Lire pour le Cambodge : Le Papier ne peut pas envelopper la braise – Rithy Panh et Louise Lorentz

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Rithy Panh est un cinéaste cambodgien qui a récemment réalisé Un barrage contre le Pacifique d’apès Marguerite Duras et des documentaires dont le célèbre

 sur la prison Khmère rouge de Phnom Penh, Le Papier ne peut pas envelopper la Braise a été égalment tourné comme documentaire.

Comment appelle-t-on un documentaire quand il s’agit d’un livre? Un témoignage, un reportage?

Ce livre donne la parole à une douzaine  prostituées partageant un logement dans le Building blanc,  un immeuble  qui fut autrefois un fleuron de l’architecture de Phnom Penh.

Confidences tristes, révoltes, tendresse, entraide…. ces filles partagent leurs peines et parfois leurs joies.

Jeunes, à peine une vingtaine d’années et déjà si abimées par la vie. Toutes droguées, souvent séropositives, parfois mères. Elles ont presque toutes la même histoire : paysannes pauvres, leur famille les a vendues, a vendu très cher leur virginité, pour payer les soins d’un père malade, racheter un lopin de terre ou réparer une maison.  Elles sont souvent le seul soutien de famille et nourrissent mères, soeurs, et souvent leurs enfants. Certaines ont été mariées à un bon à rien; la plupart galère seule. Une passe suffit à peine à se procurer une dose de mâ, la drogue qu’elles fument dans un narguilé de fortune. Sans le mâ, elles n’auraient pas le courage de travailler. Mais la dose épuise leurs maigres ressources. Reste la solution d’emprunter à la maquerelle….

Tellement courageuses et vivantes.

Le livre se termine par la mort de Phirom emportée par le Sida, Phirom la fleur de sac de jute…

Terriblement touchantes, elles raconte un Cambodge loin de celui que les touristes visitent. J’ai lu avec intérêt cet ouvrage.

Les mystères de Lisbonne : film de Raul Ruiz

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4h26 de pur plaisir!

Le réalisateur a pris son temps avec de longs plans qui nous permettent de détailler les décors et les costumes, de savourer la musique, de profiter pleinement des fêtes ou des décors naturels…Des tableaux aux murs qu’on a l’impression de reconnaître dans dees lieux différents comme des indices semés exprès pour  que le spectateur les  relève. Pas une seconde d’ennui, des rebondissements, des retours en arrière, des travestissements Les personnages, nombreux, ont des identités multiples, certains se dévoilent, d’autres restent mystérieux. Le Père Dinis, qu’en penser? On est dépaysé par la douceur du Portugais, toujours suprenant, un peu étrange à nos oreilles et en même temps familier.

C’est un feuilleton à la Dumas avec ses invraisemblances, ses duels à l’épée – incroyable ce suicide à la fin du duel alors que les adversaires viennent de se réconcilier!. Toute l’histoire du début du XIXème siècle défile devant nous, même la Révolution française, l’épopée napoléonienne. On voyage à Venise,en France…et toujours dans des châteaux, on aboutit au Brésil ou en Afrique(?)

Le film évolue dans une lumière fabuleuse, gamme de bruns pour les couvents, promenades verdoyantes sous les nuages ou la pluie dans des jardins romantiques et  luxuriants qui me rappellent Sintra ou Buçaco, mélancolie d’un Portugal Atlantique. Lumière dorée des salons mondains, candélabres et dorures. L’or se reflète dans l’eau de l’océan ou d’un fleuve; Réminiscence d’unfilm ancien sur le fleuve d’or qu’est le Douro?

Et toujours, scandant les scènes, le théâtre miniature que le héros emporte partout avec lui…

Un barrage contre le Pacifique, le film de Rithy Panh

Dans 5 jours nous serons à Phom Penh, pour rêver à l’avance, de rizière, d’Asie…

J’ai lu trois fois le livre de Marguerite Duras. Il y a bien longtemps, la première, du temps d‘India Song, de Delphine Seyrig…
Emerveillement de jeunesse devant cet exotisme et cette étrangeté.
A la veille de notre circuit au Vietnam, et maintenant après avoir vu le film de Rithy Panh. pour confronter le livre au film.

La lecture du cinéaste cambodgien est originale : il nous livre de très belles images de cette plaine, des rizières, de la jungle. On voudrait retenir certains plans magnifiques. Vues prises du bungalow, à travers les bananeraies et les plantes tropicales. Mobilier de bambou, objets de la vie quotidienne, les acteurs aussi sont beaux, peut être trop, trop beau Joseph, trop lisse peut être, trop beau Monsieur Jo qui n’aurait pas pu égayer la famille par son surnom de « tête de veau »…

Le cinéaste a privilégié la vie à la campagne. L’intrigue qui se déroule dans la ville coloniale, jamais nommée, qu’il me plait d’identifier à Saigon, a été éludée.

En revanche, il a mis l’accent sur l’exploitation coloniale. Les paysans sont bien présent. Il a donné une importance au personnage du caporal qu’il n’avait pas dans le livre. Le caporal dévoué mais sourd dans le film est tenté par la révolte. Il manipule les armes de Joseph va secourir les paysans expropriés. Duras parle longuement des enfants qui mourraient en bas âge, moins de leurs parents. Rithy Panh leur donne la parole.
Ce n’est pas seulement la crédulité d’une veuve qui a placé tous ses espoirs dans cette concession qu’exploitent les agents corrompus du cadastre. C’est aussi l’expropriation des paysans qui n’ont jamais eu de titres de propriété, qu’on floue pour installer des plantations d’hévéas ou de poivriers. Monsieur Jo n’est pas seulement le fils velléitaire et incapable d’un spéculateur, c’est celui qui symbolise l’exploitation des paysans.
Certains trouvent que l’adaptation s’éloigne de l’œuvre,  que Isabelle Huppert campe un personnage différent de celui de la Mère, que les relations familiales passionnelles sont affadies,  je l’ai lu dans les critiques. Cette version cambodgienne, différente, m’a paru intéressante. Ce qui ne dispense pas de relire encore le livre!

Incendies – film de Denis Villeneuve, d’après la pièce de Wadji Mouawad

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Les guerres civiles sont les plus cruelles. Chrétiens, Palestiniens, musulmans se déchirent. Les vendettas, les représailles s’additionnent et seuls les chefs de guerres en tiennent un compte exact pendant des décénnies, remarque un personnage du film.

Quête des racines, quête d’identité …. les deux jumeaux canadiens sont projetés dans le Liban déchiré.

Thriller? On ne s’ennuie pas un instant pendant les 2h10 du film, les surprises et rebondissements  sont haletants.

Comment le cinéaste a-t il filmé ces décors de destructions absolues? Reconstitutions ou ruines encore visibles. La violence est extrême on n’en ressort pas indemne.

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La ressemblance entre les deux actrices qui jouent  Lubna Azabal (Nawal Marwan, la mère). la mère et Jeanne, Mélissa Désormeaux-Poulin,la fille et les nombreux flash- back, exigent du spectateur une attention redoublée aux décors. Un téléphone portable, un 4×4 nous permettent de nous situer dans le temps.

Tragédie, tragédie des origines, j’aurais aimé voir la pièce de Wadji Mouawad dans la suite du théâtre antique.

Le quattro volte – film de michelangelo Frammatino

Le générique de fin s’égrene blanc sur noir, sans musique ni parole, sobre.  La lumière s’allume. Une dame derrière moi s’exclame :

– « moi qui étais venus parfaire mon Italien! »

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Un film sans parole, cela donne envie de communiquer. Amateurs de films d’action, de documentaires didactiques, impatients et pressés, s’abstenir. Si un plan-séquence d’un quart d’heure ne vous effraie pas vous découvrirez  un hymne à la vie sauvage des montagnes calabraises rude et simple, un peu étrange aussi.

– » j’aurais aimé savoir ce qu’il est advenu du chevreau« , je réponds à la dame, un peu stupidement

– « il est mort! »  affirme une troisième, qu’une heure et demie sans parole a aussi rendue bavarde

–  » il est mort en offrande, en ligaturant son museau on l’avait condamné à l’avance, offrande pour que le troupeau puisse  survivre » analyse la première dame.

Quatre saisons de la vie, quatre états de la nature, minéral avec le charbon, végétal avec l’arbre, animal, les chèvres, spirituel les fêtes, superstitions,  quatre saisons de l’année. Naissance et mort. Un village austère loin de la modernité mais encore bien vivant. Des paysans taciturnes. Ce n’est cependant pas un film muet: les claquements de la pelle des charbonniers, les cloches de l’église, celles des chèvres, aboiements du chien. Quels cabotins ces animaux!

Même la Pluie – film d’Iciar Bollain

Une équipe espagnole vient en Bolivie filmer l’arrivée de Christophe Colomb, l’exploitation des Indiens, le pillage de leurs richesses mais aussi la protestation de Las Casas contre l’esclavage. Pourquoi en Bolivie? la nature fournit des décors somptueux mais surtout les salaires des figurants sont ridiculement bas : 2$! Et les figurants ne manquent pas! Au casting, des files impressionnantes attendent le réalisateur qui se sent rapidement dépassé. Pauvres mais pas si dociles que ne l’imagine le D’ailleurs, ils tombent mal : la ville est en proie à une révolte sanglante . Les Indiens de Cochabamba se battent contre la privatisation de l’eau. 

Ces luttes font un écho saisissant avec le propos du film. La jeune photographe saisit l’occasion : elle photographie et veut intégrer la lutte des Indiens à son making-of du film. producteur, réalisateur, acteurs se trouvent entraînés dans la tourmente quand les choses se gâtent sérieusement. Chacun réagit à sa manière et parfois de façon étonnante. les plus idéalistes se révèlent pétochards tandis que les cyniques témoignent de plus d’humanité….

Racontant une lutte qui s’est déroulée et qui s’est terminée par la victoire des Indiens, ce film n’est pas un documentaire. C’est du cinéma! Du cinéma à la Ken Loach, pas étonnant puisque le scénariste est celui de Ken Loach ! Ce qui n’est pas du goût de tous.

Ce film m’a touchée, la fin est un beau cadeau aux porteurs d’eau de la Fondation Danielle Mitterrand!

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Another Year – Mike Leigh – l’année commence bien au cinéma!

TOILES NOMADES

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Quatre saisons de la vie de Tom et Gerri, une année de plus !

Ils ont peut être soixante ans, une  maison victorienne chaleureuse à Londres, un jardin ouvrier qui vit au rythme des saisons, un fils gentil et attentionné. Elle est psychologue, lui, géologue  « creuse des trous », des amis de longue date un peu paumés qu’ils savent réconforter…

Mike Leigh sait dépeindre la vie telle qu’elle va dans la plus grande sincérité et authenticité. Les personnages ont de l’étoffe, ils sont vrais, sans glamour ni artifice, sans misérabilisme non plus. La chaleur humaine est communicative, la générosité fait chaud au coeur. Même si Mary sombre dans l’alcoolisme et la dépression, même si Ken se laisse complètement aller, si le deuil a rendu Ronnie mutique…Heureusement, le jeune couple est d’une fraîcheur qui revigore.

Est-ce le jardinage qui donne tant de bonheur? Image merveilleuse du couple réfugié dans l’abri de jardin lors d’une averse?

Ou la tranquillité d’un voyage en Irlande : le géologue regarde la falaise et la femme du géologue regarde la mer.

Ophélie 1948 (Hamlet de L. Olivier )

CHALLENGE SHAKESPEARE

Claudialucia a consacré plusieurs billets passionnants à Ophélie et j’ai eu envie de visionner la cassette du Hamlet de Laurence Olivier .

Hamlet classique, éternel !

J’ai essayé de donner ma réponse à la question de Claudialucia : Hamlet aime-t-il Ophélie?

Est-il capable d’aimer, alors que l’amour joue si peu de rôle dans les mariages royaux où les intérêts de l’Etat passent avant l’amour? c’est Polonius qui soulève cet argument, et il n’a sans doute pas tort, cette fois-là.

Est-il capable d »aimer alors qu’il est torturé par le spectre de son père?

La trahison de sa mère ne lui fait-elle pas perdre toute confiance en l’amour?

Ou simplement, solitaire, irrésolu, n’est-il pas dans sa nature de balancer entre des sentiments flous?

C’est Ophélie qui aime. Qui sait qu’elle aime. A la folie. Folie d’Ophélie/folie feinte de Hamlet ou vraie peut être?

Pour répondre à une question j’ ai posé tant d’intérrogations….

D’ailleurs, je viens de découvrir que le film est ressorti cette semaine à Paris et qu’on peut le voir en salle.

John Gielgud : le visage de Prospero

CHALLENGE SHAKESPEARE

Un autre atout du Prospero’s Books de Greenaway est le choix de John Gielgud pour incarner Propero.

Prospero, le magicien entre en scène coiffé d’une sorte de bonnet à corne tel que le portaient les doges de Venise, manteau magique brodé de signes cabalistiques qui passe du bleu au rouge sans crier garde.

Dans la solitude de son cabinet, l’érudit est coiffé d’un simple bonnet de toile fine; mais quand il reprend son dûché de Milan, il revêt la fraise des hommes de 1611!

Prospero’s bookS – Greenaway – les grimoires du magicien

CHALLENGE SHAKESPEARE

BookS le S qui fait toute la différence.

Dans mon billet précédent je m’interrogeais sur le singulier de » I’ll to my book »

Greenaway a décidé pour le pluriel. Il nous offre toute une bibliothèque d’incunables et de manuscrits (en plus d’une Tempête, d’une lutte de pouvoir, d’une histoire d’amour, d’un meurtre qui échoue, d’un mariage , c’est tout cela la Tempête). Grimoires de magiciens, planches d’anatomie, relations de voyages. On pourrait regarder le film en ne s’intéressant qu’aux livres.

Enigme: Prospero est il en train de rédiger le dernier de sa collection?