Le Patriarcat de Pec est construit à l’écart de la ville, proche de la vallée de Rugova où des ermites étaient venus s’installer dans des grottes. Un mur hérissé de barres de fer protège le monastère. Une guérite habillée de filets de camouflage (interdit de photographier) est à l’entrée. Des policiers nous demandent nos passeports avant de lever la barrière. On a l’impression de passer une frontière : d’avoir quitté le Kosovo musulman pour une contrée étrangère (Serbie orthodoxe ?). Après le pillage et le saccage des lieux de culte orthodoxes, le Patriarcat comme le monastère de Decan et une église de Prizren, sont mis sous la protection de l’UNESCO sur la liste du Patrimoine en Péril.
Ce monastère devint le siège de l’Archevêché et du patriarcat serbe e 1346, 1463 1557 et 1776.
Derrière ses murs nous découvrons un groupe d’églises peintes en rouge sang adossées les unes aux autres, percées de belles fenêtres, parfois géminées à l’italienne, un jardin et un très vieil arbre étayé : le mûrier de Saint Sava (1169-1236).Selon la légende, Sava aurait rapporté une pousse de la Terre Sainte . . L’archevêque Arsène fit construire l’église des Apôtres au 12ème siècle. Nicodème er ajouta l’église saint Dimitri, Danilo II celle de la Vierge en 1330
Nous sommes accueillies par des moniales tout de noir voilées à l’air sévère. Pour le prix de l’entrée(2€) un audio-guide est prêté. Malheureusement, le commentaire s’attache surtout aux particularités architecturales, à l’histoire des évêques qui se sont succédés plutôt qu’aux fresques. Il y en a tant qu’on ne sait où donner de la tête. Il faudrait passer des heures pour les déchiffrer toutes. Pourquoi ne pas s’y attarder ? Si ce n’était une vieille sorcière, habillée en nonne, qui nous poursuit en agitant bruyamment une sébile et qui surveille que nous ne prenions pas de photos (photos interdites). J’aimerais examiner les icônes grecques de l’iconostase et elle me presse d’aller ailleurs.
Monastère Decan
A 12 km, sur la route de Gjakové, se trouve le fameux monastère Decan. Autant il est facile de parvenir au village, autant il est difficile de trouver le monastère établi à l’écart. Un seul panneau très discret l’indique (éclipsé par le feuillage d’un arbre d’alignement). Les passants interrogés font mine de ne pas comprendre. Pourtant le mot « manastir » devrait convenir. On se perd dans la campagne pour se retrouver au village une seconde fois.
Pas étonnant que les habitants ne nous l’indiquent pas : il est gardé par la KFOR. Il faut donner nos deux passeports aux soldats autrichiens qui nous donnent en écahnge un billet « visiteur » et qui conservnet les passeports toute la durée de la visite. On ouvre ensuite une grille qu’on refermera dans mon dos. Photos interdites comme au Patriarcat de Pec. Dehors, comme dedans. Je n’ai pas envie de désobéir, je me sens surveillée par les soldats. Deux d’entre eux déambulent sur mes talons. Un homme poivre et sel, croate, l’autre est une grande blonde costaude suédoise. Ils communiquent en anglais. Un pope survient. Jeune, ouvert, sympathique. Le militaire et le pope se congratulent en serbo-croate, puis le pope fait une visite guidée en anglais à l’attention de la suédoise. Je me joins à eux.
Le monastère est construit en belle pierre blanche par le roi Stefan (1327-1330) sa décoration est datée 1350. L’intérieur est une splendeur, l’ensemble des fresques est d’une cohérence remarquable puisque elles on été peintes en 8 an, à l’exception de l’iconostase macédonienne baroque dorée.
Decan : fresques
Le pope nous fait remarquer certaines fresques: le calendrier perpétuel avec la succession des saints à fêter, la représentation des conciles du début de l’Eglise Byzantine : les orthodoxes portent une auréoles, les hérétiques, non. Une litière avec un soldat illustre la conversion de Paul, inévitable : Constantin et Hélène…Autrefois, ce monastère très riche contenait de l’or. Le pope nous en montre une trace sur le sol et les marbres précieux, l’onyx.
Le soldat croate demande la permission de faire quelques photos. Le moine, ferme les yeux en réponse. J’en profite.
Je récupère les passeports. Ces deux visites sous la protection de la KFOR rappellent que le problèmes entre Serbes et albanais n’ont pas tous été résolus.
Météo incertaine, ciel couvert, les nuages sont accrochés aux sommets. Dès la sortie de la ville, la route suit la rivière de Pejë qui est le Drin Blanc – fleuve le plus grand de l’Albanie. Elle s’engage dans un étroit défilé creusé par le torrent entre de très hautes falaises. La route est étroite, elle passe sur des petits ponts métalliques, fait des épingles à cheveux, passe par un tunnel puis par des galeries « presque-tunnels ». J’aurais aimé marcher dans le canyon. Paradoxalement, il y a de la circulation, surtout du trafic local, de petites camionnettes qui coupent les virages et foncent ; Je photographie chaque point de vue, à chaque virage et suis fascinée par une cascade qui surgit d’une haute falaise à mi-pente se divise en plusieurs ruisselets et aboutit au torrent en grondant, se précipitant en une écume mousseuses sur les rochers qui lui barrent le chemin.
canyon de rugova
A chaque recoin, on a installé des tables et des bancs pour un minuscule bar. Une tyrolienne traverse le canyon. Un passage est équipé en via ferrata. Ce Canyon de Rugova qui paraiît perdu à la limite du Monténégro est très touristique et bien équipé en panneaux de bois qui flèchent des randonnées à pied ou en mountain bike. Nous suivons un chemin, fléché « amfitéatro ». La Clio est basse, elle peine entre ornières et rochers qui dépassent. A une fourchette où le demi-tour est possible, je pars à pied oubliant de regarder ma montre. Pas d’amphithéâtre si ce n’est un panorama dégagé sur les montagnes qui forment un amphithéâtre géant. Plus haut est construit un restaurant panoramique.
chevrefeuille
Après le défilé, la vallée s’élargit un peu ; les flancs de la montagne sont couverts d’une épaisse forêt de diverses essences, résineux et feuillus mélangés : noisetiers, hêtres, chênes, sureaux en fleurs, sans oublier les saules magnifiques en bord de l’eau. L’inventaire des fleurs serait encore plus long. Je photographie des orchidées et du chèvrefeuille aux fleurs anormalement grandes et parfumées. Je me rends compte que nus allons chercher la fraîcheur en Aout dans le Dévoluy, si nous y allions en Juin, nous trouverions sans doute une telle floraison.
A y regarder de plus près, la montagne est loin d’être déserte. Il y a des fermes avec des prés, des granges en plus des chalets des estivants ? La route continue à monter en suivant le cours d’eau de plus en plus fluet jusqu’au village. En chemin, des écriteaux signalent la mosquée (invisible) puis l’église (qui se voit). Au retour, parmi les chalets de bios et les villas de ciment, on découvrira de belles maisons anciennes en ruine et parfois en bon état.
vue de la terrasse du restaurant
Au village de Kuqishté, la route se divise, vers le nord Bogé qui est une station de ski et vers l’ouest en direction de la frontière du Monténégro. De là part un sentier vers de petits lacs que j’aurais aimer aller voir si le soleil avait été de la partie.
Un restaurant a une très grande terrasse dominant la vallée. D’un côté, un troupeau de moutons, de l’autre une petite vache et 4 ou 5 veaux. Le serveur, tout bouclé, sympathique et bon anglophone nous accueille très aimablement. Il est trop tôt pour déjeuner, ce sera un capuccino et un verre de blanc (notre apéro habituel). J’entreprends un dessin. J’aime dessiner en terrasse lorsqu’il y a une belle vue. Nous commandons aussi des sandwiches que nous mangerons plus tard, dans un endroit charmant au bord du torrent près d’une maison abandonnée qui était autrefois un moulin. Terrasse lambrissée, cabane de bois, cabinets à l’extérieur, une table t un banc de planches déjà ruinées, une pelouse herbue et même une petite plage sur la rivière. Avec un rayon de soleil, j’aurais trempé mes pieds !
Rugova : maison abandonnée
Je suis impatiente de revoir la cascade pour la filmer.
Quittons Prizren par des faubourgs moches passant devant la caserne de la KFOR. A la sortie de la ville une tour blanche torsadée aussi haute qu’un château d’eau domine un cimetière. Les tombes aux plaques noires sont toutes identiques. Malgré l’insistance de Madame GPS ous refusons de prendre l’autoroute pour retrouver la route de Gjakové qui traverse une campagne densément construite. Les villages sont bâtis de grosses maisons de briques rarement crépies, quelque fois d’immeubles. Les supermarchés sont de bonne taille. Les stations-service très rapprochées. La campagne est plate. Les montagnes se profilent au loin. Il y a surtout des cultures maraîchères sous serre ou en plein champ. Les champs de blé forment des bandes étroites.
Avant Gjakove, je remarque un obélisque près d’un curieux « château fort » moderne. Nous coupons un défilé coupé par le fleuve Drin. A l’arrivée à Gjakove, des usines abandonnées sidérurgiques, électromécaniques rappellent le temps de la Yougoslavie socialiste (comme en Roumanie ou en Bulgarie) D’autres activités ont pris le relais : hangars de transporteurs, garages entrepôts de matériaux de construction. J’avais cru visiter un pays dévasté par la guerre, c’est plutôt une fièvre de construction . Le Kosovo a-t-il bénéficié d’une sorte de plan Marshall ou est-ce l’argent des Kosovars expatriés en Allemagne ou en Europe de l’Ouest ? Gjakove est une ville de 40.000 habitants. Lors de notre première traversée, nous n’avions vu que le marché et le pont ottoman. Puisque nous avons tout notre temps nous suivons les panneaux touristiques pour ne pas découvrir grand chse, une : une tour de l’Horloge crépie de blanc, une vieille maison « tour résidentielle ». la campagne de Gjakove à Pejen’est pas plus originale, les arbres des acacias et parfois des chênes.
A Plancor, une église toute neuve se dresse dans les vignes.
Arrivée à Pejë
L’entrée de l’Hôtel Dukagjini
Quand on arrive à Pejë le relief s’accentue, les montagnes sont plus proches, le paysage plus pittoresque. Pejë s’étale dans la plaine Dukagjini, c’est une ville d’environ 50.000 habitants.
Nous parvenons très facilement à notre grand Hôtel Dukagjini 5* sur le bord de la rivière. La ville a subi des destructions en 1999 de la part des forces serbes, les immeubles ont poussé de manière anarchique. La rivière de Pejë est canalisée et n’a pas de jolis abords comme à Prizren mais les centre –ville aux abords de l’Hôtel Dukagjini est aérré de plusieurs parcs bien verts.
L’hôtel est monumental, grand immeuble précédé d’arcades. Il faut gravir les 8 marche d’un perron en marbre noir pour accéder au vaste hall On confie la voiture au service voiturier. Il y a une piscine intérieure. Les chambres sont vastes et confortables. Luxe du luxe, non seulement nous avons chacune une table de nuit et une lampe mais aussi une lampe de lecture orientable ! En revanche, la salle à manger est prétentieuse et peu avenante. Nous nous promettons d’aller manger ailleurs.
Peje : bazar les bijoutiers
L’avenue Tony Blair plantée d’un jardin nous conduit à un rond point avec un centre commercial de verre et d’acier et une station service. Là commence le Vieux Bazar oriental dont les maisons sont toutes identiques (rénovées ou reconstruites ?). Comme dans tout bazar, les commerces sont regroupés par activité, tous les bijoutiers sont voisins et présentent tous de beaux colliers, bracelets ou bagues en filigrane d’or ou d’argent, parfois de petit brillants ou de belles pierres dures serties d’argent. Avec les bijoutiers on trouve les boutiques de mode des marques internationales Adidas, Levis…Les chaussures de sport sembles les plus coûteuses et luxueuses que les chaussures de ville aux talons vertigineux.
Peje : mosquée
La rue des bijoutiers débouche sur une place occupée par la mosquée Bajrakly entouré des tombes fleuries de lys blancs. Je suis très bien accueillie par un Monsieur qui allume le grand lustre aux pendeloques de cristal pour que je puisse mieux photographier les décorations peintes, guirlandes et paysages. Je regrette qu’on ait fermé l’entrée par des vitres enfermant aussi la fontaine des ablutions. Autour de la mosquée de nombreux petits restaurants ont installé une petite terrasse avec trois ou quatre tables. En période de Ramadan, autour de la mosquée personne ou presque ne déjeune sauf les policiers qui ont leur poste au milieu de la place. Les commerces sont moins luxueux mais plus colorés : on y vend des costumes traditionnels cousus sur place. De nombreuses boutiques se font concurrence suspendant pantalons blancs, gilets et ceintures brodés, foulard de gaze rouge, manteaux de feutres aux lourdes broderies.
Pejë : artisans
Dans les rues adjacentes, les tailleurs, couturiers, cordonniers ou fabricants de fez travaillent dans leurs ateliers vitrés. Le bourrelier a suspendu des harnais multicolores, noirs, rouges cloutés. Les ferronniers, dinandiers ont empilé la marchandise sur le trottoir : barbecues, faux, couvercles pour cuire le fli, grands plats pour les böreks…les berceaux que l’on peut bercer sur un cercle de bois sont très décorés. A côté des berceaux, tambourins et instruments de musique…Sans oublier les échoppes des barbiers.
Pejë : berceaux et instruments de musique
Nous entrons dans le marché où l’on vend des plants de poivrons et de tomates. Les fruits et légumes sont appétissants : courgettes et courges de toutes tailles, tutes sortes de poivrons et piments, concombres…Les pêches et abricots viennent de Grèce, fraises et cerises sont locales. Elles dégagent une odeur forte, c’est pour les confitures tant elles sont mûres. Fromage, crème et yaourts sont présentés dans des seaux en bois un peu coniques. Cela sent aussi très fort.
Au marché de Pejë : fromages
Au bout de la rue Jerash Pasha, juste au coin, se tient la Tour du Pacha en belle pierre de taille claire avec de fines sculptures près de la porte et plus haut croissant, lion, étoile de David, rosaces…(on ne visite pas ). Plus loin dans la rue se trouvent le Hammam et la Mosquée. Le Hammam n’est plus en activité. On est en train de le rénover. Les coupoles de plomb ont belle allure.
La tour du pacha
Pour déjeuner nous avons envie d’une terrasse en bord de rivière. La plupart des restaurants ont installé leurs tables sur la rue et tournent le dos à l’eau sauf l’avant dernier qui est une pizzeria. Une pizza pour deux est suffisante (4.5€avec la boisson). Je commande une glace sur la terrasse de notre hôtel, décevante malgré les 5*.
Le Musée ethnographique est près de la Station Service, dans la maison de Tahir Bey. Maison reposant sur de solides piliers de bois. Des femmes sont affairées à vêtir des poupées de robes blanches, à tresser les ceintures et à coudre les gilets brodés. Un jeune homme m’accompagne à l’étage (photos interdites) . Le salon des hommes a un merveilleux plafond sculpté, les banquettes qui courent tout autour de la pièce sont recouvertes de kilims rouges et de dentelles blanches tandis que plus haut les étagères supportent de la vaisselle de métal ciselé. Dans une autre pièce autour de la cheminée on a disposé les ustensiles de cuisine. Les coffres de bois sont décorés de motifs géométriques. Avec le métier à tisser on tissait des bandes de 50cm de larges qui étaient assemblées pour obtenir des tapis de plusieurs lés. Les outils de la fileuse sont présentés à coté du métier à tisser, fuseau et quenouilles décorées. L’une d’elle porte un miroir, la fileuses rajustait elle son viole, se coiffait-elle ou se maquillait ?
Mon guide ne me quitte pas d’une semelle, je ne peux pas prendre de photos. Il s’ennuie et baille bruyamment. Le Musée archéologique occupe la salle du rez de chaussée. Il y a des inscriptions latines, des pots cassés, des monnaies byzantines et ottomanes, des groschens autrichiens. Pour qui sait interpréter, la numismatique raconte des histoires passionnantes, le guide qui ne sait pas s’ennuie encore plus que moi. Ses bâillements lui coûteront le bakchich !
Bourrelier
Le Moulin de Haxhi Zeka se trouve au nord de la Place de la Mosquée, je traverse des quartiers hétérogènes où de grands immeubles côtoient des pavillons entourés de jardins. Des ouvriers réhabilitent un canal où coulait le ruisseau qui faisait tourner la roue à aube du moulin. Le Moulin a été détruit en 1999. On visite donc un moulin reconstruit tout neuf(1€) A l’intérieur, il y a des photos d’animaux et des travaux d’écoliers sur le thème de l’environnement.
Je rentre par une rue tranquille, toute en courbes, qui fait le tour des vieux quartiers et me ramène aux ateliers des artisans puis à la Mosquée.
20 allers et retours dans la piscine de l’hôtel toute seule dans la pénombre. Nous dînons de yaourts et d’abricots achetés au marché.
Nous avons abordé le Kosovo presque à l’aveugle (à par le riche Road Book de 80 pages d‘Albania tradition) nous n’avons pas acheté de guide papier et je n’ai pas trouvé de lectures kosovares. Ayant terminé le Cartographe à Valbona, j’ai fait confiance aux algorithmes d’Amazon, tapé « Prizren » dans la case « rechercher » : trois réponses sont apparues, une en Anglais, une en allemand, et une troisième en Albanais. J’ai téléchargé le livre en Anglais sans indications d’éditeur ni d’auteur.
Le paragraphe de présentation de l’éditeur (?) précisait que le roman se déroulait au Kosovo pendant l’hiver 1998/1999 , que d’était l’histoire d’une famille prise dans la guerre entre le (KLA)Kosovo Liberation Army et l’armée yougoslave de Milosevic. La famille Berisha devait alors gérer sa survie entre les allégeances au KLA, les trahisons et les violences de l’occupant. Ce roman insiste sur les divisions profondes entre la voie pacifiste et ceux qui ne voyaient aucune alternative à la guerrilla. (je traduis et résume cette présentation).
J’ai lu avec beaucoup d’intérêt ce roman.
Je me suis attachées aux différents personnages composant la famille Berisha. Le patriarche, Amir, est attaché à sa ferme, sa terre, sa famille a lui aussi, en son temps, comme son fils, pris les armes. Son petit fils, Arben, 16 ans, est encore trop jeune. Agron, le père, est absent, disparu. Les femmes sont tenues à l’écart des combats, elles doivent nourrir la famille, et pas seulement alors que les privations sont dures. Le personnage de Besa est complexe : femme jeune et instruite, épouse Agron, elle s’est imposée, à sa belle famille, elle cherche à gagner l’affection d’Arben, le fils d’Agron, elle s’interpose entre les militaires serbes qui occupent le village, négociant la survie de sa famille ou glanant des informations pour les combattants albanais dans les montagnes? Ses convictions sont nuancées, plus proches des idées du président Rugova « notre Gandhi » , elle soutient et aide les combattants du KLA. elle a aussi recueilli un jeune garçon Ardian, fils de victmes des Serbes. Une amitié lie Arben et Ardian, même si le premier se méfie de Besa, sa belle-mère tandis qu’Ardian lui voue une admiration sans borne.
On se doute que la catastrophe sera terrible.
L’histoire se termine en 2003 quand Ardian et Arben, les seuls survivants du clan Berisha ,se retrouvent alors que les experts internationaux tentent d’identifier l’ADN des restes des personnes trouvées dans des charniers.
Dès que je suis rentrée à la maison, j’ai « googlisé » sans succès, le titre et l’auteur. Inconnus! A house Divided est le titre d’un feuilleton historique pendant la Guerre de Sécession, il a aussi été utilisé par Pearl Buck. Il existe plusieurs Frank Harris, mais aucun ne semble être l’auteur du livre. Aucun éditeur ne revendique ce livre qui n’existe, semble-t-il que sous forme numérique. Cette incertitude me gêne un peu quant à la confiance à accorder au témoignage. J’aurais préféré savoir dans quelles circonstances cet ouvrage a été conçu. Fiction ou histoire? De même pour les traditions albanaises et le mode de vie, folklore ou réalité?
Complexe du Musée de la Ligue de Prizren et Mosquée Gazi Mehmet Pacha
La Ligue de Prizren est à l’origine de l’indépendance de l’Albanie.
Le traité de San Stefano (30 mars 1878) concluant la guerre entre l’empire russe et l’Empire Ottoman fut signé dans la banlieue d’Istanbul et eut pour conséquence la création de la Bulgarie et l’indépendance de la Serbie et du Monténégro. La Bosnie Herzégovine devient autonome.
Le Royaume Uni et l’Autriche Hongrie s’y sont opposés trouvant ce traité trop favorable aux Slaves. Quatre mis plus tard, le traité de Berlin (13 juillet 1878) fit la révision du Traité de San Stefano. La thrace et l’Albanie restent ottomanes. L’Autriche-Hongrie obtient le droit d’occuper la Bosnie Herzégovine.
La Ligue de Prizren demandait l’autonomie de l’Albanie.
combattant de la Ligue de Prizren
Le complexe de la Ligue de Prizren comprend un petit bâtiment d’un étage consacré aux documents sur la Ligue de Prizren, une place ronde entourée de bancs et un groupe de maisons ottomanes. Quand j’arrive, je crise un groupe de soldats ou plutôt de soldates en tenue de camouflage avec des insignes de la KFOR et des drapeaux allemands cousus sur les épaules. L’entrée au complexe coûte 1€. Aucune explication disponible dans une autre langue que l’Albanais. En dehors d’un panneau que je recopie :
« Dans la Résidence du gouvernement Provisoire de la Ligue Albanaise de Prizren a été situé le Musée de la Ligue lequel renfermait de nombreux documents originaux. Le 27 mars 1999 à 22h50 le Musée a été frappé par des obus de mortier des forces serbes détruisant les originaux. Le 30 mars les forces serbes à l’aide d’une excavatrice nt brisé les traces du bâtiment et les statues d’Ymer Prizeni et d’Abdyl Frashëri. Reconstruction en Novembre 1999 »
A l’étage dans la première pièce, on a placé la Carte de l’Albanie (1877-1881) : à l’Albanie actuelle s’ajoutent une grande partie du Kosovo au-delà de Pristina, l’Epire avec Joanina et Preveza et une partie du Monténégro jusqu’à Kotor. Des photos de combattants moustachus portant fez et même caffyah sont exposées. Certains sont en uniforme, d’autres en redingote européenne, d’autres ont des pantalons blancs, ceintures et gilets brodés, l’un d’eux morte même la fustanelle. Dans la seconde pièce, on voit de nombreux fac-similés de documents diplomatiques calligraphiés en albanais, Français ou allemand. Je reconnais la signature de Bismarck. En turc, différents sceaux et cachets. On peut aussi consulter un article du New York Times et admirer une collection de sabres et fusils.
Il me faut faire un travail d’historienne, moi qui n’y connais rien. En l’absence de guide touristique, je n’ai rien pour m’appuyer. Heureusement, à l’hôtel, il y a la WIFI, avec le smartphone, je peux confirmer mes hypothèses et compléter mes « découvertes ».
1878 : formation de la Ligue de Prizren : un texte en français daté mai 1878(2 mois après le traité de San Stefano)
« Nous avons appris avec une profonde douleur que certaines parties de notre contrée habitée par les Ghègues seront annexées par la Serbie et le Monténégro ou par la Bulgarie…. »
J’ai déjà vu au Musée Historique de Tirana les portraits d’Abdyl Fäsheri etd’Ymer Prizreni (président de la Ligue de Prizren) ainsi que de Toptani dont on a vu la Maison Toptani à Kruja. Je reconstitue le puzzle de l’histoire Albanaise….
Musée Ethnographie: les costumes fin 19ème début 20ème sont présentés dans des vitrines, albanais et macédoniens, avec une collection de braseros, d’aiguières et de plats métallique avec des couvercles, des plateau servant de tables basses et des kilims à fond dominante rouge.
A l’étage, une collection de tableaux illustre le thème de l’indépendance albanaise. Tableaux modernes sans dates, les auteurs me sont inconnus. Témoignages et illustrations, la qualité esthétique n’a pour moi aucune importance. Des sous-verres protègent des dessins très réussis.
La mosquée Gazi Mehmet pacha (16ème siècle) est grise à l’extérieur, précédée d’un auvent de bois, très belle à l’intérieur, vaste et décorée. C’est là que se réunit en juin 1878, la Ligue de Prizren.
Des camionnettes apportent des cartons de nourriture pour l’Iftar. Elles portent les noms d’organisations caritatives turques, et certaines portent même un drapeau jordanien u palestinien, étrange retournement des charités !
Le ciel est très menaçant. Je passe sans m’arrêter devant de très belles maisons peintes en jaune et rentre vite fait par l’avenue Adem jJabari, l’artère qui passe devant le Hammam et la Poste, bordée de boutiques d’habillements un peu luxe, robes de mariées ou robes longues au bustier très décolleté.
Je termine l’après midi sur la terrasse de l’Hôtel dans le parfum des pétunias. Il y a aussi un fuchsia et des géraniums maigrelets.
Le beau temps est revenu. Le petit déjeuner est servi sur les tables du balcon au soleil qui recharge mon humeur en énergie.
Eglise Saint Sauveur
8h45, à l’assaut de la Citadelle. L’église Saint Sauveur est fermée, j’ai eu de la chance hier ! Les murs de la Citadelle se détachent sur le ciel bleu et les arbres. La grille st ouverte sur un chantier de restaurations, la citadelle sera ouverte au public dans 2moi selon un des maçons, il y aura un musée dans les jolies maisons de pierre. Je peux monter sur l’esplanade et de là bénéficier d’un panorama intéressant sur la ville et ses environs. Je découvre le Musée de la Ligue de Prizren et la Mosquée Gazi Mehmet Pacha (16ème siècle), ainsi que les jardins de la Mosquée Sinan Pacha et lafontaine. Du côté opposé à la ville, les restaurateurs n’ont pas relevé les ruines qui sont beaucoup plus romantiques dans les fleurs jaunes, bleues et les coquelicots. C’est un vrai plaisir de flâner à Prizren même si beaucoup de monuments sont fermés, l’observer sous différents angles, dessiner.
le pont de pierre et la rivière gonflée par l’orage d’hier
Je passe devant l’amphithéâtre à ciel ouvert du KinoEuropa où il y a une exposition-photos intéressante et une petite galerie de peinture moderne (aucun intérêt). Le bâtiment jaune arrondi qu’on voit de notre fenêtre est un restaurant, construction datée 1929. Autour de la place Shafervari il y a d’autres façades stuquées datée 1928-1950, rose pastel.
Promenade dans la ville : Cathédrale
la cathédrale
Sous le soleil, la promenade est bien différente. Passant la place et sa fontaine, nous arrivons à la cathédrale gardée par deux policiers armés. Un panneau indique qu’on ne doit introduire ni arme (pictogramme) ni appareil-photo, ni boisson dans l’église. Pour les armes et la boisson je comprends ! Pour l’appareil photo, je suis contrariée. La cathédrale a été brûlée et réparée. Elle est massive ; Des gros piliers ronds soutiennent u auvent. A l’intérieur, la peinture blanche et le sol si brillant donnent l’impression de vide. En revanche l’odeur délicieuse de cire et d’encens compensent. Eglise habitée de parfums à défaut de boiseries et d’icônes.
petite église
En face il y a une toute petite église orthodoxe sur un joli jardin plus touchante que la grande cathédrale.
Hammam Gazi Mehmet Pacha (1561-1564)
les coupoles de plomb du Hammam
Le Hammam était assez vaste pour permettre aux femmes et aux hommes d’avoir des bains séparés. En rénovation, il est fermé à la visite mais on peut admirer les petites coupoles ondulantes en plomb avec de tout petits cylindres percés de trous pour laisser échapper la vapeur.
Pause-café
Installées sous l’auvent le plus sombre dans le dernier café bordant la rivière, je commande un café. Pas de café turc sur ces modernes terrasses, un espresso italien serré et mousseux. J’ai plaisir à dessiner le pont (moderne pas le vieux pont de pierres qui est derrière nous), les toits qui s’étagent en désordre et dépassent, une coupole grises trois minarets, le plus proche a la pointe métallique grises, le plus lointain, tout blanc, le plus grand à « deux étages » qui dépasse avec sa pointe noire. La rivière a repris sa couleur verte, les îles herbues réapparaissent même si le courant est encore tumultueux. La rive d’en face est plantée de tilleuls à la silhouette en grosse boules. Ces tilleuls en fleur parfument toute la ville. C’est un plaisir de respirer chaque bouffée quand le vent se lève.
mausolée
J’entraîne Dominique dans les restaurants des moulins, pour y parvenir on passe devant des maisons ottomanes avec les encorbellements, les balcons soulignés par du bois. La rivière fait un coude Dans le creux se trouve la mosquée Maksul Pasha (17ème siècle ) une grande banderole y annonce le Ramadan. Comme il est bientôt une heure de nombreux vieux messieurs s’y rassemblent, certains sur les bancs dehors, d’autres à la fontaine des ablutions. Un peu plus loin, un platane plus que séculaire vraiment énorme dispense une ombre sur la vaste place. On peut se peser pour 5 centimes d’€ sur un pèse personne public. Un jardin avec des lys rangers et des roses entoure la tombe d’Agliza Baba, un mausolée blanc couvert d’un toit avec un avant toit tout autour de l’édifice rectangulaire arrondi au bout. Deux tombes rondes turques sortent de la floraison des lys. Le restaurant des moulins se trouve un peu plus loin. Malheureusement, les tables près du ruisseau sont plein soleil et il fait bien chaud.
Nous préférons revenir en arrière le long de la rivière sous les auvents bien épais du restaurant étagé sur une rue en pente avec des petites terrasses (j’ai oublié de noter le nom, dommage). Menu varié, certains plats paraissent cher (6 uo 7 €, en France ce serait ridicule) optons pour kebab et köfte servis avec des légumes grillés : fêves, courgettes, brocolis un peu de riz et une pomme de terre. C’est tellement abondant qu’on s’organise discrètement un « doggy-bag » pour le soir, avec un quart de vin blanc (piquette) et une bouteille d’eau pétillante, l’addition s’élève à 10€20 pour nous deux. 5€ par personne dans un restaruatn chic, il ne faudra pas se priver !
Vers 14h, comme hier, avant-hier, samedi… les nuages bourgeonnent. Nous aurons de la pluie avant ce soir !
Nous découvrons la vallée de Valbona sous le beau soleil du matin alors que nous l’avions remontée sous le déluge avant-hier. Deux tour de Bayram Curri pour trouver la route du Kosovo est directe dans une campagne verte où on fait encore les foins à la main et on construit des meules cylindriques.
Avant d’arriver au Kosovo, le relief change : les falaises calcaires et les pentes abruptes s’adoucissent et laissent place à des forêts touffues sur des croupes arrondies. Les hêtres, les charmes et les pins sont remplacés par des chênes. Pluus de bancs calcaires, des roches métamorphiques brillantes de micas. A la frontière, le douanier s’intéresse plus aux papiers de la voiture qu’au passeport qu’il tamponne mécaniquement.
Nous entrons dans un nouveau pays. Les constructions sont différentes. Les maisons de briques de parfois deux ou trois étages et des dimensions imposantes. Elles sont souvent en construction et en tout cas jamais crépies. Si « quand le bâtiment va, tout va ! » le Kosovo est en plein développement !
Souvenirs de guerre : les cimetières très fleuris de bouquets de fleurs artificiels bordent la route.
Gjakove
Le pont des tanneurs de Gjakové
On passe devant un curieux pont aux arêtes anguleuses construisant une sorte de zigzag et on entre dans la ville de Gjakovépar le marché très animé, d’abord les pépiniéristes vendent les plants de poivrons et tomates à repiquer, ensuite les marchands de légumes derrière des tomates, aubergines poivrons et oignons de bonne taille. La route traverse ensuite des quartiers modernes sans intérêt. La même route fléchée Prizren, Pristina, est très passante. Le trafic est ralenti par des tracteurs et des curieux engins pétaradants. Nous passons à proximité d’un autre pont ottoman. Je monte sur ce pont avec une curieuse impression d’inconfort, les galets mais surtout ces montées et ces descentes avec des arêtes. Qui pouvait y circuler ? trop étroit pur supporter les automobiles ; mais peut-on imaginer les carrioles sur cette surface brisée d’angles ? En tout cas pas les motos ni les vélos sur les galets !
A l’entrée de Prizren, des zones commerciales ou industrielles rebutantes, puis des quartiers sans charme. Prizren est une grande ville de 475.000 habitants. Le centre-ville est traversé par la rivière. Les autos circulent sur un quai l’autre, piétonnier, est occupé par les terrasses des cafés. Sur les pentes, les maisons s’étagent avec leurs toits rouges à 4 pans. Coupoles et minarets élancés comme des crayons. Une ville orientale.
MosquéeSinan Pacha
En face du pont de pierre – pont ottoman du 16ème siècle – le consulat de Turquie, façade blanche et drapeau rouge, est la première maison que je remarque, presque aussi importante que le grand hôtel Théranda. De l’autre côté du pont se tient la mosquée Sinan Pacha (17ème siècle)
Hôtel Prizreni
L’Hôtel Prizreni, en face du pont suivant, au début d’une ruelle qui grimpe à la citadelle occupe une maison d’angle biscornue. Au rez de chaussée, un petit bar s’ouvre sur une placette. La réception est au niveau supérieur sur une rue qui monte. Une petite terrasse nous servira d’annexe avec vue sur la ville et la mosquée. Il faut encore monter 6 marches pour accéder à notre chambre dont les fenêtres donnent sur une autre rue en pente et la Mosquée Sinan Pacha. Un géranium rose, une jardinière de zinnias rose et jaune sur le rebord de la fenêtre, plus loin que la mosquée, on distingue une maison jaune à la façade arrondie soulignée par un fronton à degrés aux bords métalliques brillants et au toit à volumes compliqués. Derrière, un clocher avec une petite coupole verte surmontée d’une croix. Juste derrière le mur, des parasols et des lampadaires éclairent le jardin de la mosquée.
Notre hôtel sur les jardins de la mosquée
Notre chambre est blanche soulignée de bois clair rustique avec les fenêtres encadrées de bois et de curieuses fausses poutres disposées en diagonales. La salle de bain est bizarre avec un « pissuar » pour les messieurs et un wc fermé pour les dames et une belle douche à l’italienne. En décoration, deux cadres, l’un d’une phto ancienne de la ville fin 19ème siècle, l’autre avec le règlement de l’hôtel.
A peine installées, je pars à la découverte des environs et à la recherche d’un restaurant pour midi. Sur les bords de la rivière les terrasses du centre sont celles de cafés ou de fast- food. Les restaurants plus chics sont à l’écart. Le long de la rivière, après une autre mosquée, deux restaurants ont des petits ruisseaux canalisés, avec des moulins et des fleurs ; Menus à 6€. Cela me plait bien !
Malheureusement le ciel est chargé en nuages menaçants et de grosses gouttes s’écrasent. Nous avons juste le temps d’arriver sur la place avant que l’orage ne se déverse sur nous. Les garçons en terrasse sont plus occupés à abriter tables et bancs qu’à venir prendre la commande. La terrasse est jolie près du pont de pierre mais le menu n’est pas très attractif : pizzas et pâtes. Dominique choisit des spaghettis bolognaises et moi une salade campagnarde. Mauvais choix ! les spaghettis se feront attendre jusqu’à 15 heures. (il faut les cuire). L’averse a cessé. Nous essayons d’embarquer à bord du petit train touristique qui part quand 5 personnes sont présentes à bord. Il n’arrive personne.
fontaine du tekke des derviches
De l’autre côté du vieux pont de pierre, l’Office de Tourisme vend des plans mais dispense peu de conseil. En face se trouve un tekke de derviches du 17èmesiècle. La cour et le jardin sont très tranquilles avec deux belles fontaines de marbre et une galerie couverte. Je n’ose pas entrer dans le bâtiment. Les chaussures dans les casiers montrent qu’il y a du monde.
Le Hammam est en restauration. Sous le ciel couvert, avec les échafaudages, je suis un peu déçue. En face, un haut minaret appartenait à la plus ancienne mosquée de la ville – maintenant disparue.
Eglise orthodoxe Saint Sauveur
Je traîne dans les rues avant de monter à la citadelleet m’arrête à l’église Saint Sauveur à mi-pente dans un écrin de verdure. Elle a belle allure mais il lui manque le toit. Les colonnes ne soutiennent plus rien. Les belles icônes sont remplacées par des reproductions. Une musique sonorise la visite. Quatre ou cinq hommes me font signe que la visite n’est pas gratuite. Comme je réclame un ticket, ils me montrent la corbeille près de l’autel « pas de tarif, vous donnez ce que vous voulez ! »
Le ciel est noir, très menaçant. Il pleut dans les montagnes environnantes. Des éclairs zèbrent les nuages. Je descends avant d’être trempée.
A l’hôtel, j’ai retrouvé la Wifi, découvert l’attentat de Samedi 3 à Londres. Personne n’a l’air au courant ni spécialement affligé. Est-ce que leur guerre dont le souvenir est encore frais les fait relativiser ? Il s’est déroulé ici des atrocités. Peut être le fait que ces attentats sont faits au nom de l’Islam les rend muets. CNN, la BBC, France 24 ne parlent que des attentats. Ici, aucun echo. Je passe une bonne heure à pianoter et à Googliser Prizren , on n’a pas apporté de guide-papier du Kosovo. Je trouve l’itinéraire pour aller à l’église Ste Veneranda (Ljeviska)(1606-1307) transformée par la suite en mosquée puis en 1933 ; en église. Suivant l’itinéraire de Googlemaps, bravant les gouttes, je pars en expédition. La mosquée Sinan Pacha est ouverte, j’y découvre la jolie décoration peinte. La rivière charrie de l’eau marron et a englouti les îles herbeuses. L’église Ljeviska est fermée, sous la protection de l’UNESCO et de rouleaux de barbelés. Selon les panneaux, elle est en restauration amis je ne vois pas trace de chantier.
20h, le soleil revient et sèche l’humidité. Le muezzin appelle à 20h15. C’est l’Iftar, de nombreux albanais ont envahi le jardin derrière la mosquée. On sert sur des tables sous les parasols jaunes. Dans la nuit noire un feu d’artifice est tiré. Belle fin de journée.
C’est l’Odyssée de Lazare, routard, à travers les Balkans, qui tente de rentrer chez lui à Paris et dérive jusqu’à Odessa. Lazare, 25 ans, est un roadie : il conduit la camionnette et porte les amplis d’un groupe de rock, les Brutes de Luxe, dans une tournée qui démarre au Festival de Sarajevo et qui devrait les conduire à Zagreb, Budapest, peut être Prague. Une aubaine pour ce chômeur, sans qualification particulière dont la seule ambition est de payer le loyer de sa chambre.
A Sarajevo la camionnette disparaît, volée sans doute. L’autocar vers Paris est complet, l’avion trop cher, Lazare tente le train jusquà la côte dalmate et de là, le ferry pour l’Italie. Dans le train, Gerd , lui raconte les îles aux eaux turquoises de l’Adriatique. Arrivé à la côte « il pouvait prendre le ferry pour l’Italie, un bateau appareillait ce soir, ou un bus pour le nord. Il pouvait aussi rejoindre les îles de Gerd, une petite vedette bleue partait dans vingt minutes ».
Plusieurs jours, Lazare vit en Robinson, pêchant des oursins, observant les oiseau du maquis, sentant la présence rugueuse des écorces de pin.
« C’étaient de petites choses infimes mais elles prenaient une importance solennelle. Il aurait fallu les consigner quelque part car les idées se dispersent quand on voyage, on passe de l’une à l’autre, sans cérémonie beaucoup se perdent en route…. »
Il lui vient l’idée décrire au dos de la carte de l’Europe, des poèmes adressés à Elena – Penelope restée à Paris – de petits souvenirs qu’il ne veut pas oublier. D’où le titre de Cartographe.
Au hasard des rencontres, Lazare exerce sa profession de roadie : un orchestre campagnard l’embarque à la Fête du Printemps des paysans de l’île où il fait bombance. Il a goûté la vie de nomade et hésite à embarquer sur le ferry qui le ramènera chez lui. Il fait du stop jusqu’au Montenegro se laisse envoûter par la musique des Tsiganes.
« Elles sont là, les choses qu’on doit raconter. a fleur de peau, comme les empreintes digitales… »
Une bande de Serbes l’invite à boire. Trop tard pour le ferry! Il rencontre Nina. Le prochain ferry ne part que dans une semaine. Le plus court serait de passer par l’Albanie. Au port de Dürres il y a une liaison quotidienne.
Les idées reçues sur l’Albanie : accidents de la routes et vendetta, se vérifient dans les aventure de notre Ulysse ainsi que l’émigration par hors bord vers l’Italie. Le pécule que Lazare gardait pour payer son retour s’amenuise. Heureusement, il redevient roadie avec un petit orchestre de Tiranaqui anime des mariages. les affaires marchent bien. Et les voilà arrivés en Macédoine... A Skopje, il prendra le car d’Eurolines…dans deux jours il sera à Paris! Sauf qu’il perd son porte-feuille! le voilà avec juste quelques lekë en poche.
En auto-stop il arrive à Sofia, hébergé par Mira…s’enfuie, le périple continue en Roumanie, puis en Ukraine. Ulysse se clochardise, la suite devient franchement glauque….je vous laisse découvrir.
Un livre pour m’accompagner dans les Balkans, lecture facile, peut être un peu trop. Les clichés abondent. Cet Ulysse roadie vit dans l’univers rock, musique et bière. Ne pas en attendre trop …
A l’arrivée à Fierze, de grosses gouttes s’écrasent. Le ciel est noir. L’orage éclate. A Bayram Curri, de véritables rivières de boue s’écoulent dans les rues. Heureusement, nous sommes précédées par un petit car blanc qui nous trace la route puisqu’on ne voit plus rien, ni les trottoirs, ni les obstacles éventuels. Quand nous prenons la route de montagne qui grimpe dans la vallée de Valbona,la pluie cesse. On devine des névés sur les sommets.
L’agence a réservé dans l’auberge qui se trouve au bout de la vallée. Le chemin passe le torrent à gué. Nous nous garons devant un chalet pimpant précédé par deux autres maisons de bois. Des Hollandais occupent les fauteuils sous un auvent, de grosses couvertures sur les genoux. Dans le bâtiment qui sert de restaurant, d’autres touristes boivent des bières. Je suis trempée. Le responsable est un moustachu poivre et sel, vêtu d’une polaire, à l’allure de montagnard, bourru.
« Nous avons une réservation » – je hasarde timidement. Aucune réponse ! Il ne me calcule même pas. Je retourne sous la pluie chercher le Road book pour lui montrer notre réservation. Pas plus de réaction. Il téléphone. Je suis transparente. Je retourne à la voiture ; aucun effet. Quel accueil !
Au bout d’un long moment, enfin, le moustachu daigne expliquer qu’un couple est arrivé avant nous; il a confondu et leur a donné notre place. Un ami va le dépanner. Demain, il y aura de la place.
L’ami arrive immédiatement. C’est un grand type jovial qui rigole. Nous suivons son véhicule jusqu’à une clairière non loin de la route. Où est la maison ? Elle est un peu plus loin, on peut l’apercevoir. Il faudra monter dans sa voiture avec une famille albanaise avec deux enfants.
L’orage a fait sauter l’électricité. Nous sommes trempées et gelées. Arrive un jeune couple. On nous demande de céder la chambre avec un lit double. Nous nous retrouvons dans un dortoir avec une norvégienne et une danoise tête-bêche dans un seul lit. Devrons nous aussi dormir ainsi ? Dominique proteste. Nous n’avons plus l’âge des colonies de vacances. Nous avons payé pour avoir une chambre ! Le jeune couple ira au dortoir et leur petit chiot restera dans le couloir.
Le moral est au plus bas.
Börek maison tout juste sorti du four
Notre hôtesse est voilée. Son hidjab est très couvrant ; bien sûr, ils font Ramadan. L’Albanie est à l’est. Il fait nuit tôt. Ils dîneront à 8h15. Nous pouvons attendre. L’atmosphère se réchauffe pendant la préparation du dîner. Mère et fille parlent très bien anglais. Elles nous montrent la cuisson du börek dans le four. Doré, gonflé, il est très appétissant, fourré aux épinards (enfin, pas tout à fait des épinards, dit la fille) ?
A table on a servi un petit bol avec de la soupe avec de petits morceaux de veau, des carottes, pommes de terre, oignon, poivron, vermicelle (délicieuse), un plat de salade, tomates concombre avec un grand morceau de fromage frais, et bien sûr le börek ! Ce n’est pas tout, il y a aussi des côtelettes d’agneau. Un festin !
Après le dîner on se couche sous la couette bien chaude tandis que les Albanais regardent la télévision.
Dimanche 10 Juin : Valbona
Au matin, le ciel est parfaitement dégagé. Il fait très frais. Les filles nordiques rejoindront à pied la Vallée de Teth (3 heures pour monter, 3 heures pour descendre) une très grosse randonnée avec le paquetage. Elles savent voyager léger !
Feric a fait des crêpes qu’on tartine de confitures de prunes. Toujours la salade tomates concombres avec une grosse part de fromage. « Thé de la montagne » : dans la casserole infusent des herbes que je n’arrive pas à identifier. Albania Tradition recommande dans le Road book une randonnée au sommet de la montagne (900m de dénivelée) et un pique-nique. Arben me conseille plutôt deux promenades, une le matin et une l’après midi qui me permettront de déjeuner le midi avec Dominique.
J’ai laissé mes chaussures de marche dans la voiture. Faric m’accompagne : au bout du pré derrière la barrière en bois , la rivière est enjambée par une passerelle. La voiture est là, tout près. Le torrent roule une eau claire, couleur menthe glaciale. Les pluies diluviennes d’hier ne l’ont pas troublée.
la rivière Valbona
Sous le soleil, la maison d’Arben et de Faric est un véritable paradis. Dans le creux du pré se déploient en éventail les rangs serrés de pommes de terre, puis les haricots et tomates qui ont de gros tuteurs , enfin les poivrons, devant le maïs et en bordure les oignons. A cause de l’altitude, les légumes n’ont pas encore fleuri. Arben doit acheter tomates et concombres au village.
Le dépliant plastifié du Parc National de Valbone (excellente carte au 1 :17.000ème, avec les courbes de niveau) comporte 10 circuits commentés pour les randonneurs non accompagnés de guides. Je choisis le Circuit de la Galerie 1.7 km, 2heures, 910m-1120m – marques rouges. La Galerie correspond à un forage exploratoire à l’exploitation de la bauxite. Départ à la passerelle d’Arben et Faric.
Comme la balade n’est pas longue, je prends le temps de boire un café turc en compagnie de Feric. J’ai du mal à trouver les marques rouges derrière la maison d’Arben. Les herbes embaument, elles ressemblent à la sarriette en version géante. Le sentier déjà escarpé me conduit à une pente très raide et à un sentier couleur rouille (débris de l’exploitation minière ?) Avant d’essayer de grimper, je me choisis un solide bâton. Sans lui, je n’aurais jamais réussi et je commence à appréhender la re-descente plutôt dangereuse. Après les cailloux, le sentier se faufile en forêt entre les hêtres et les charmes dont le feuillage a prématurément roussi à cause d’un gel tardif, il y a trois semaines au mois de mai. Un nouveau feuillage vert tendre repousse. Les crosses des fougères-aigles ne sont pas encore déployées en larges ailes. Il y a beaucoup de fleurs : des églantines presque rouges aux larges pétales rose vif, des géraniums bleus, des fleurs jaunes non-identifiées. La montée bien raide s’achève là où des poutres noircies sont entassées (j’avais cru voir de loin des tables à pique-nique) Le sentier change de direction et arrive à une tranchée verticale, un ruisseau à sec peut être, Les marques rouges sont remplacées par les rouges et blanches des GR. J’ai bien trouvé le chemin de la descente, tant mieux, je ne descendrai pas la pente qui me faisait peur ! En effet, le sentier est beaucoup plus facile. J’arrive au pont sur la rivière. Pur boucler le circuit il faut marcher sur la route, passer devant l’ancien moulin au beau toit de lauzes.
déjenuenr sur la terrasse
Pour déjeuner Faric a mis les petits plats dans les grands. Arben a pêché deux truites minuscules dans la rivière, cuites à point, servies avec des frites. Dans le saladier, tomates et concombres comme d’habitude. Dans une coupelle, une spécialité : du maïs pilé avec du fromage qui a l’aspect et la couleur de la polenta mais qui est différente pour le goût et la texture. C’est une pâte assez sèche. On retrouve le grain de maïs et non pas la semoule. Le fromage est intimement mélangé. Dans un bol, une épaisse crème aigre battue avec du yaourt destinée à accompagner le maïs. J’y découvre deux écorces arrondies d’un poivron jaune pâle qui a parfumé la crème, légèrement acide, sans doute mariné.
les eaux turquoise du petit lac Xhemas
Nous avons déjeuné sur la terrasse sous le soleil. Comme souvent, en montagne, les nuages ont bourgeonné vers midi ; à 15h le ciel est couvert. C’est donc tête nue et sans eau que j’entreprends ma seconde promenade : n°2 du dépliant : Lac Xhemas (850 m 45 mn altitude 740m-790m) Le point de départ est un bon kilomètre plus bas sur la route goudronnée. J perds patience et la quitte un peu trop tôt vers les maisons d’hôtes et hôtels de Valbona qui donnent l’impression d’un « quartier » urbanisé quand on arrive de la montagne sauvage. Le balisage est défaillant. En cherchant bien je trouve les marques. C’est un paysage très différent de chaos rocheux, de vieilles maisons envahies par les fougères et les vieux hêtres moussus. Le petit lac dans les roches calcaires, enchâssé dans une dépression glaciaire( sans doute karstique) e a une eau turquoise, limpide. Aux abords du lac, des accents familiers : on parle hébreu, deux retraités bien sympathiques. Leur voiture est à la sortie du sentier. Comme le soleil tape dur, je saute sur leur proposition de me remonter chez Arben. Lecoin leur plait beaucoup.
pour cuire le fli sous les braises
Feric nous fait visiter le nouveau bâtiment abritant la nouvelle cuisine, la salle à manger pour les touristes avec une belle cheminée et son four à pain. A l’arrière, un feu de bois permet de confectionner le plat traditionnel : le Fli. Pour nous faire plaisir elle va le confectionner pur nous. Tout d’abord, Arben a apporté une brouette entière de bois, fagot et grosses branches. Il faut allumer le feu à l’avance pour avoir des braises que Feric pose sur un couvercle métallique (genre couvercle de lessiveuse). Elle graisse un grand plat rond métallique (le même que celui du börek) et apporte deux casseroles. Dans l’une une pâte à crêpe sans les œufs, dans l’autre un mélange d’huile, de beurre et de crème. Le plat à börek est sur un support métallique. Faric dépose une couche de pâte fine qu’elle étale bien puis pose le couvercle chaud. Elle renouvelle l’opération avec l’autre pâte qu’elle étale à la louche bien régulièrement puis va chercher le couvercle avec un gros bâton. Elle répète l’opération une vingtaine de fois, une épaisse couche de pâte à crêpe, une de crème. A la fin elle remet des braises sur le couvercle et laisse cuire 20 minutes supplémentaires. Quand le plat sera refroidi et transportable, Faric découpe des losanges dans le gâteau, la croûte est sèche, les couches du dessous sont moelleuses comme des crêpes et l’ensemble constitue un gâteau feuilleté, très bon.
Cuire le fli : première couche
Faric est restée plus de deux heures à manipuler des braises. Elle a tant transpiré qu’elle a besoin d’une douche. Elle revient avec ses cheveux bouclés humides lâchés. Comme nous sommes entre filles elle restera dévoilée sauf pour aller prier. Nous attendons 8h15 pour dîner ensemble. C’est un repas de ramadan bien copieux. Comme nous avons déjeuné à midi, nous y faisons honneur plus par politesse et gourmandise que par faim.
Repas de fête pour ramadan
Nous avons vraiment apprécié l’accueil de cette famille qui ne s’est consacrée au tourisme que depuis quelques mois et aimerions que le blog leur apporte des touristes. Je peux donner leurs contacts si vous êtes intéressés par un séjour!
Initialement, nous devions partir à 5h30 pour le ferry de 9 heures. L’agence a finalement réservé sur le bateau de midi. Cela nous arrange bien : nous pouvons profiter du petit déjeuner somptueux de l’Hôtel Panorama – mention spéciale pour le strudel aux pommes, noix et raisins – et les pommes dauphines. Les fruits rafraîchis, quetsches et pêches, sont maison et non industriels.
Nous faisons confiance à Madame GPS pour passer par un chemin caillouteux. Pour gagner quelques kilomètres Mme GPS nous envoie par des raccourcis hasardeux. Cette fois-ci, la route est longue sans voir le goudron. Étrangement, des belles maisons sont construites, on passe devant une épicerie, les enfants avec leurs cartables vont à l’école. Il existe donc des villages à l’écart des routes carrossables ! Un homme au volant d’une Range Rover s’arrête pour nous dire qu’il faut faire demi-tour : avec notre Clio, nous ne passerons pas.
Nous nous retrouvons une heure plus tard à notre point de départ à Kruja et décidons de ne plus se fier au GPS mais de suivre à la lettre les indications du Road Book qu’Albania Tradition a fait pour nous avec cartes et commentaires. Tout serait simple sans les déviations en centre-ville pour cause de marché, de chantiers, de contournement des agglomérations, sur des chemins de terre. A nouveau, nous perdons du temps et avons peur de nous égarer.
L’itinéraire emprunte une « autoroute » qui traverse la plaine côtière, par Lezhe et Shkoder. Il faut la quitter juste avant Shkoder en direction de Vau Dejes d’où part la route de Koman. Sur l’autoroute, nous regagnons un peu de temps perdu. Elle se transforme en deux voies ordinaires avant Lezhe. Je suis bien trop occupée à suivre la carte pour faire mes inventaires habituels de cultures, végétations, habitations. En dehors des stations service vraiment très nombreuses, pas d’enseigne de marques connues, certaines abandonnées, des grands restaurants routiers, il ne me reste aucun souvenir particulier de ce paysage de plaine.
Après Vau Dejes la route longe un lac de barrage aux eaux lisses et peu profondes enchâssées dans des montagnes arides et pierreuses – paysage très paisible après la grand route animée. Pour Koman, une seule route indiquée d’abord 30km. Comme il est 11h, nous prenons notre temps. Au début, la chaussée était en bon état en corniche au dessus du lac. Quand elle s’élève dans la montagne , le revêtement se dégrade, les nids de poules sont énormes. Nous n’arriverons pas à 11h30 pour l’embarquement. Nous n’arriverons peut être même pas à midi – heure du départ. Impossible d’aller plus vite. Il semble que les kilomètres sont beaucoup plus que 30, 35 km annoncés !Dans ces conditions, nous ne pouvons pas profiter du paysage et encore moins faire des photos.
11h50, il reste encore 4km avant Koman.
Koman est un lieu bizarre au milieu de nulle part. Un camp de camping – qui peut y venir camper ? ceux qui ont loupé le bateau ? Un chantier. Pas de bateau ni de port. Un mur de béton barre la vallée. Où est donc le port ? Au chantier, un vigile en uniforme marron nous indique la route qui monte vers la montagne ;
Il ne reste plus que 5 minutes !
On fait demi-tour, cette piste caillouteuse monte en tournant le dos au lac. Sûrement le vigile n’a rien compris. Si ! si ! C’est bien la route vers le ferry (trageto). On remonte sans conviction. La route bifurque, on se trouve à l’entrée d’un tunnel. Il est déjà midi quand on s’y engage. Le tunnel est long. Encore loin de la sortie, on s’immobilise à la queue d’une longue file de voitures à l’arrêt. Devant : deux gros autocars. Je descends aux nouvelles et pour acheter les billets.
koman : embarquement des derniers véhicules sur le hayon
Le bateau est encore à quai. Il reste de la place pour les voitures. On embarque d’abord les cars. Je tente ma chance:
-« j’ai une réservation !j’ai une réservation ! »
Le marin me tend sa liste écrite au stylo à bille:
-« cherchez votre nom ! »Je ne le trouve pas, rien à faire
-« Pas de problème ! » rétorque le marin.
Quand, finalement, la file se met en mouvement, il reste tout juste une place pour la Clio rouge. Entre temps on nous taxe 2€ « pour le tunnel ». Pas de ticket ni de talon. C’est sans doute une arnaque. Après toute cette course, nous sommes devant le bateau, nous n’allons pas faire des histoires pour 2€ ! Dominique trouve son prénom à l’envers de la liste. Je n’avais cherché que les noms de famille. On paie 31€. Les marins casent la voiture tout au bout. Ouf ! Le ferry peut appareiller, nous sommes à bord ! Un très gros SUV rempli de Chinois se pointe, on nous fait manœuvrer. L’arrière dépasse. Est-ce bien raisonnable ? Il suffit de ne pas relever le hayon. Et comme il y a encore un peu de place horizontalement, on y case une Mercedes noire étincelante et même une autre Mercedes au pare-brise étoilé remplie de bidons. Les policiers arrivent. Tout leur paraît normal. En revanche au bar au dessus du bureau des tickets, des chants résonnent « avanti poppolo… ». Un énergumène au fez blanc décoré de l’aigle bicéphale se démène avec ses compagnons de beuverie.
13h30, plus d’une heure après le départ prévu, le ferry s’ébranle, fait un majestueux demi-tour et retourne au port. Une camionnette débarque. Un frisson d’émotion parcourt l’assistance : un dangereux psychopathe serait à bord. Qu’attend la police pour l’arrêter ? murmure-t-on chez les vieilles dames à cheveux blancs qui parlent anglais. Le « psychopathe » s’est enfermé dans les toilettes pour femmes après avoir asséné un coup de poing au policier. Tous les marins viennent prêter main forte à la police. Sans résultat. La porte métallique est solide. Une vieille dame très digne arrive à le raisonner et lui faire ouvrir la porte. Sort le jeune qui chantait au bar, fin saoul.
Enfin le ferry peut quitter le port. Il est 14h. Deux heures de retard ; Entre temps le ciel s’est couvert, la criosière se fera sous les nuages. Le foulard turc n’est plus indispensable. Un marin apporte à Dominique une chaise. Nous sommes très tranquilles pour profiter du paysage.
Le Lac Komani est un lac de barrage sur le Drin qui en compte 3 celui de Vau i Dejes qui retient le lac que nous avons suivi jusqu’à Koman, celui de Koman dont nous parcourons avec le ferry la retenue, et en amont celui de Fierze dont le lac s’étend jusqu’au Kosovo. Comme les barrages se succèdent nous n’avons rien vu du fleuve qui se divise en deux branches , l’une se déversant dans le lac Shkoder l’autre dans l’Adriatique à Lezhe. La vallée noyée par le Lac Komani est très étroite. Les guides touristiques comparent le lac aux fjords norvégiens. Le lac s’étend sur 34 km est aussi très profond.
Parfois on navigue sur son miroir reflétant des forêts touffues, l’eau fendue par le navire fait un miroir déformant . Parfois les falaises nues forment un étroit défilé. Sur le pont supérieur règne une joyeuse ambiance de croisière ; Il y a même un DJ qui adapte la musique au paysage : passages romantiques dans le défilé, airs dansants folkloriques quand les rives s’éloignent. Tous les passagers dansent des rondes qui ressemblent à la Hora que je dansais en Israël, il y a bien longtemps. Peut être est-ce la même ? Je n’ose pas me joindre à eux, je n’ai jamais eu le sens du rythme. Jeunes et vieux, hommes et femmes font la farandole. Une grosse dame en leggings rose chair (vraiment peu seyants) mais avec une belle chevelure déployée saisit des serviettes en papiers et les agite gracieusement comme des mouchoirs.