Les contes cruels de Paula Rego à l’Orangerie

Exposition temporaire 17/10/18 /-14/01/19

Paula Rego : La danse (1988)

 

Encore une jolie surprise! Je ne connaissais pas cette artiste Portugo-anglaise. L’affiche m’avait plu et le titre Les Contes cruels m’avaient intriguée.

Paula Rego : In the garden

L’exposition de l’Orangerie nous plonge dans l’univers de l’enfance, de ses jouets, ses contes et comptines, des personnages mythiques, des animaux qui parlent….Univers cruel et non pas mièvre comme l’a analysé Bruno Bettelheim. Une série présente des petites filles avec un chien.

Petite fille et chien. Non! ce n’est pas le chaperon rouge!

Trois grandes toiles carrées montrent encore des petites filles, l’une d’elle est la petite meurtrière perversion de l’enfance!

Paula Rego : la petite meurtrière

On aime se faire peur dans le monde de l’enfance!

De curieuses saynettes sont orchestrée avec des masques de papier mâché, des poupées de chiffon, des costumes de théâtre, des poupées désarticulée. Atmosphère étrange. On retrouve plus loin ces montages dans divers tableaux dans la dernière salle.

Paula Rego a épousé le peintre anglais Victor Willing. Elle partage son temps entre Londres et le Portugal.

Elle illustre les Nursery Rhymes  par des gravures s’inspirant des illustrateurs comme Rackam ou Benjamin Rabier mais aussi Goya Caprichos et Proverbios ou Jean-Jacques Granville et Sa vie privée des animaux. Hockney a également illustré les contes de Grimm

Babablack sheep…est interprété de manière personnelle, les trois sacs de laine sont rangés de côté tandis que le mouton est érotisé dans une posture équivoque.

 

 

 

Cette araignée effrayante (comme les enfants aiment avoir peur!) est peut être inspirée des araignées de Louise Bourgeois présentées à côté.

 

Le monde de l’enfance est aussi celui des punitions et des réprimandes (titre de la salle suivante) . On y découvre une fille de policier inquiétante.

La Fille du Policier
La Fille du Policier

Des scènes familiales mettent en scène les Bonnes meurtrières de Genêt et une curieuse scène où le père est comme un pantin, évanoui ou déjà mort tandis que dans le tableau des éléments religieux font des allusion à la résurrection.

Gepetto

Les grands tableaux de la salle suivante sont des pastels, technique que Paula Rego affectionne particulièrement. Elle illustre Peter Pan et Pinocchio. Anecdotiquement l’audio-guide m’apprend que pour la Fée Bleue et pour Gepetto Paula Rego a fait poser sa fille Victoria et son gendre Ron Mueck (sculpteur) .

L’oeuvre la plus spectaculaire de cette section est le grand tableau de La Guerre inspiré d’une photo d’une petite fille pendant la guerre en Irak. Paula Rego a remplacé les têtes par celles de lapins de papier mâché et a fait figurer des animaux dans la composition.

La Guerre

Un mur regroupe le thème Animaux et Animalité . Contrairement aux contes qui montrent des animaux humanisés qui parlent ou qui adoptent des comportement humains. Il s’agit de femmes aux attitudes et postures de chiens Dogwomen. 

Dogwoman

« Etre une femme-chien ne signifie pas nécessairement être opprimée . cela n’a pas grand-chose à voir. Dans ces tableaux, chaque femme-chien n’est pas opprimée mais puissante. C’est bien d’être bestiale. C’est physique. manger, grogner, toutes les activités liées aux sensations sont positives. Représenter une femme en chien est complètement crédible. C’est souligner le côté physique de son être. »

Précise-t-elle dans une longue citation sur le dépliant de présentation de l’exposition. 

Face aux gracieuses et riantes danseuses de Degas, aux couleurs chatoyantes  5 grands tableaux ont été inspirés de la danse des Autruches du film Fantasia . Pas d’oiseaux  dans ces oeuvres mais les danseuses massives et ironiques.

Danse des autruches
Danse des autruches

Héroïnes :Paula Rego est fascinée par le personnage de Jane Eyre qu’elle met en scène dans un triptyque. Elle représente des femmes fortes comme l’ accordéoniste.

L’exposition se termine par des histoires moins traditionnelles, des mises en scène plus personnelles dans d’énormes tableaux très colorés et très riches avec de nombreux personnages autour des pièces de Martin McDonagh

L’épouvantail et le porc.
L’épouvantail et le porc.

L’épouvantail et le porc est presque une crucifixion avec une procession qui gravit la montagne. Le porc a sauvé l’épouvantail d’un incendie du champ dans lequel il se trouvait. Mais il ne s’opposera pas à la décapitation de son bienfaiteur par l’éleveur. Dans un  coin, la femme au chapeau porte une faux, représente-t-elle la mort?

pillowman

Deux grands triptyques mettent en scène le personnage du Pillowman (Martin McDonagh) . Le pillowman étouffe les enfants par sa tendresse pour leur épargner des souffrances dans le monde. (thème évoqué dans Les petites filles et la mort de Papadiamantis). La tendresse du Pillowman évoque à Paula Rigo son propre père et elle met dans le tableau des éléments de sa vie personnelle, ses souvenirs d’enfance, la plage d’Estoril où elle allait avec ses parents, une partie de pêche

pillowman

Etonnante illustration du Chef d’Oeuvre inconnu de Balzac qui avait aussi inspiré Picasso

j’ai découvert sur internet en me documentant que Paula Rego, féministe avait peint le triptyque sur l’Avortement à propos de la campagne pour sa légalisation au Portugal en 1998. Cette oeuvre ne figure pas dans l’exposition de l’Orangerie mais je la mentionne ici.

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Saraceno – On Air – au Palais de Tokyo

CARTE BLANCHE A SARACENO

Exposition temporaire du 17/10/18 au /01/19

araignées tisseuses

Quelle est la perception de l’espace, de la musique et même du cosmos, du point de vue de l’araignée?

Les araignées construisent des toiles, chacun sait cela. Avez-vous pris le temps de la contemplation de cette architecture soyeuse d’une géométrie parfaite? Peut-être au petit matin quand la rosée du matin a laissé des perles irisées. Saracenonous propose un autre point de vue : dans les immenses salles obscures du Palais de Tokyo, des cages de verre emprisonnent leurs constructions éclairées par des spots. parfois on distingue l’araignée. parfois non. Selon l’espèce, la toile aura une structure différente. Parfois deux sortes de toiles coexistent dans une seule cage. Chacun sort son téléphone ou son appareil photo pour capter des images inédites. 

La toile est un piège, l’araignée perçoit les vibrations de la soie quand la proie vient s’y prendre. Saraceno émet l’hypothèse que cette perception des vibrations permettrait de capter des sons. Des micros sont donc installée, récepteurs des vibrations infimes de l’air, amplifiant une musique aléatoire comme les poussières qui dansent dans un faisceau lumineux projeté sur un écran. Sounding the air est une sorte d’instrument de musique où  5 très longues fibres de soie éclairées vibrent à la présence des spectateurs (changement de température, de pression de l’air); les vibrations sont traduites en fréquences sonores.

aérographie

Comme par associations d’idées inconscientes, de l’araignée nous sommes passées aux vibrations de l’air, provoquant le son, donc la musique. Et toujours par association d’idées, nous voilà « On Air » avec ces poussières qui dansent, et la pollution des particules de suie récoltées à Mombay. Cette suie va être l’encre des aérographies : stylos reliés à des ballons gonflés à l’hélium dessinant sur des surfaces blanches des tracés aléatoires confrontés à des toiles d’araignées noircies, « nouveau langage pour l’ère de l’Aérocène » (copié du dépliant disponible à l’entrée de l’exposition)

Glissons dans une aventure pour explorer l’Aérocène : vidéos d’une étrange expédition aéronautique mue à l’énergie solaire au dessus des zones désertiques aux USA et en Argentine.

Et toujours par glissement sémantique, nous voici dans l’espace, le cosmos à la recherche des rayons cosmiques, de lumière émise il y a des centaines de milliers d’années…même des ondes émises lors d’éruptions solaires. On revient aux araignées, peut être les perçoivent-elles? Algo-r(h)i(Y)thms  à la recherche d’autres perceptions. C’est poétique mais peut être trop subtil pour moi.

Le Muséo aéro-solar est un musée volant fait d’un assemblage collectif de sacs plastiques usagées.

J’ai passé près de deux heurs à errer dans les salles tantôt obscures tantôt blanches entre toiles d’araignées , installations et expériences scientifiques. Parcours poétique très planant. Je ressors du musée comme flottant dans l’une de ces bulles que je ne suis pas arrivée à photographier. Je n’ai pas tout compris, mais qu’importe. qui a dit qu’on devait comprendre à la lettre la poésie?

Basquiat à la Fondation Vuitton

Exposition temporaire jusqu’au 14 janvier 2019

C’est une exposition très riche :  les tableaux sont grands, colorés, très nombreux. On pourrait déambuler sans chercher à comprendre, seulement séduit par les couleurs, les motifs variés, les textes (ou plutôt listes de mots) comme des rébus ou des messages secrets. Et cela suffirait sûrement à notre plaisir!

Nous avons eu la chance de suivre des micro-visites gratuites (15 minutes dans une salle) avec un médiateur passionnant qui nous a donné des clés pour comprendre l’intention, le message (un des messages) contenus dans les tableaux.

irony of negro police

 

On reconnait bien sûr la préoccupation majeure de Basquiat : le racisme et la violence que subissent les noirs de la part de la police éventuellement. Plusieurs tableaux représentent des policiers, leurs insignes, les symboles de l’Etat Américain….

les tableaux de Basquiat contiennent de nombreux mots, onomatopées, lettres. On peut imaginer que cette peinture est bruyante. Cependant les bouches des noirs sont souvent verrouillées par des cages, symbolisant l’esclavage ou le silence qui leur est imposé.

Autre motif récurrent : l’auréole qui surmonte les têtes, auréole des martyres ou couronne d’épine du Christ. Le boxeur est aussi un personnage que Basquiat affectionne, représenté parfois uniquement avec son short.

Per capita
per capita

Dans ce tableau « per capita’ on reconnait le boxeur à son short, l’auréole, « ex pluribus… » est le début de la devise américaine mais il manque « unum » l’unité, les noirs, la diversité ne seraient ils pas compris dans ce « pluribus« . Per capit& par tête introduit la lise de revenu brut par habitant selon les Etats des USA ,  on voit la différence entre les états peuplés de nombreux noirs, ce tableau dénonce la spéculation initiée par Reagan qui augmente la pauvreté et les inégalités. Dans un quadrillage des S peuvent symbolise Sugar ou Sacks(de coton) et les échanges commerciaux. La torche peut être celle de la Statue de la Liberté que voient les immigrants en arrivant à New York, elle peut aussi être la torche olympique de Jesse Owens, premier sportif noir médaillé olympique. Quelle richesse dans le contenu de cette toile. Et nous aurions pu passer sans rien voir d’autre que des graffitis ou des couleurs sans l’intervention du médiateur!

Zydeco 1984

Triptyque comme un retable d’église, à la limite de la sculpture : référence à la musique. Les allusions à la musique sont nombreuses!

Not for sale

L’esclavage est clairement le thème du tableau : le bateau doré au centre : traversée transatlantique puis le marchand d’esclave avec la mention « not for sale »

Encore un triptyque, retable, en plus des symboles chrétiens, on voit des masques africains et Ogun le dieu Yoruba qui est aussi vénéré dans le vaudou d’Haïti (le père de Basquiat était haïtien), on voit aussi des motifs avec les bras en l’air courants en Afrique de l’Ouest et toujours des graffitis qu’il faudrait prendre le temps de lire et de déchiffrer.

Dos Cabezas : Andy Warhol et Basquiat
Andy Warhol et Basquiat

 

Ces deux portraits ont été peints en 1h30! et inaugurent une collaboration entre Warhol – star de la peinture new-yorkaise et de Basquiat qui ont peint ensemble, exposé ensemble. Cette association s’est mal terminée, chacun pensant que l’un tirait profit de l’autre.

Riding with death (1988)
Riding with death (1988)

Un des dernier tableaux de l’artiste, ne rien voir de prémonitoire. Basquiat est mort d’overdose mais il avait encore plein de projets, entre aute ce nouveau style avec un fond uni!

Nous avons passé plus de trois heures dans l’exposition sans nous ennuyer ni nous fatiguer! Passionnant! Mais il faut avoir les clés pour déchiffrer les messages.

L’Envol ou le rêve de voler à la Maison Rouge

Derniers jours, dernière expo…..

machine volante

Il reste une petite semaine pour aller voir l’Envol, ultime exposition de la Maison  Rougeun lieu que j’ai bien aimé fréquenter. Je suis toujours triste quand un lieu culturel ferme?

Lenvol comme une métaphore ?

Vidéos, photos, objets volants et même une échelle pour monter au ciel (mon oeuvre préférée, il y a toujours un chouchou dans une expo)

Dans le couloir, un hélicoptère emporte Jésus dans son envol au dessus de Rome, scène de la Dolce Vita, une série de photos montrent des lévitations ou des vols hors normes. A retenir, deux belles et grandes photos de Ramette en couleur, et politiquement. The Day Rhodes Fell de Chapungu (1991) Afrique. du Sud qui est plutôt un déboulonnage qu’un envol.

The day Rhodes fell

Autour du patio, toute une série de machines volantes attirent l’attention de scolaires.

aile

Shimabuku (Japon) a filmé un cerf volant anthropomorphe, vidéo très poétique. On ne comprend pas tout de suite qu’il s’agit d’un cerf volant .

l’échelle du ciel

Parmi les œuvres que j’ai préférées : l’échelle vers le ciel (Hometown Sky Ladder)de l’artiste artificier chinois Caï Guo-Qiang qui a conçu, à la poudre à canon un grand tableau de papier. j’ai découvert cet artiste il y a quelques temps à la Fondation Cartier dans un tableau d’animaux

Hypnotique, le film de l’Iranien Parvis Kimiavi : le jardin de pierres, pas de machine volante ni de lévitation mais la danse gracieuse d’un berger, derviche, qui suspend des cailloux, fait le poirier…

Encore du rêve ! Je suis toute chose de la fermeture…..

 

 

Les sculptures de la Défense

TOURISTE DANS MA VILLE

la grande arche

pratique

Le  parcours artistique est  présenté par Defacto qui a édité un plan « L’ESSENTIEL DE LA COLLECTION en 60 minutes chrono! ».

Je l’ai téléchargé,  imprimé, chargé l’application La Défense City Map, pris mon Pass Navigo, direction La Défense!

Si la promenade vous tente, deux écueils à éviter : le plan imprimé sur A4 est illisible, l’Office de Tourisme de la Défense en propose un beaucoup plus grand, plus confortable. De même, l’appli City Map peut être intéressante pour celui qui aurait un rendez vous dans une des tours, n’a aucun intérêt pour les sculptures qui n’y figurent pas.

Les Hommes de la Cité « alors pense à un oiseau » de France et Hugues Siptrott

Il m’avait semblé plus logique de descendre à la Station  de la Ligne 1  Esplanade de la Défense et de parcourir l’axe de la Défense en regardant l’Arche. Erreur! l’Office du Tourisme est plus proche du terminus Arche de la Défense. Sans le grand plan j’ai perdu beaucoup de temps sans voir les sculptures. Il aurait été plus judicieux d’emprunter le RER A .

Depuis que j’ai lu La Grande Arche de Laurence Cossé, j’avais le projet de parcourir l’axe de la Défense, de l’Arc de Triomphe à la Grande Arche. J’attendais le moment favorable.

 

Vive les Groues : camper à l’arrière de la Défense!

J’ai découvert aussi avec le Voyage Métropolitain à Nanterre une perspective originale de la Grande Arche, vue de la friche alternative Vive Les Groues juste derrière la Défense, où nous avions fait escale. Dans cette friche, les voyageurs métropolitains ont bivouaqué (pas moi) profité de la Banya mobile (bain russe sur roulette, et fait toutes sortes de rencontres. J’aime beaucoup ce genre d’endroits alternatifs et créatifs qui s’apparentent aux Grands Voisins. 

La Défense vue de Vive les Groues

J’ai travaillé dans les années 1970 dans les tours de la Défense, chez IBM, Framatome, Technip….mais je n’ai rien reconnu. Ma première impression a été celle d’un immense chantier. Certains bâtiments vieux de plus de 40 ans sont accompagnés de grues immenses. Partout on construit, rénove, rehausse….La seconde d’un labyrinthe, sur plusieurs niveaux. A la sortie du métro je me suis engagée dans des placettes, damiers ou dominos sans savoir où cela allait me mener, au dessus de la circulation automobile au niveau de Courbevoie.

Place des reflets : oeuvre d’art ou bouche d’aération et ascenseurs?

Il faut emprunter des passerelles (souvent en chantier elles-mêmes) sans bien savoir où elles conduisent. Je suis arrivée sur la place bien nommée des Reflets où j’ai découvert la première « oeuvre » : un ensemble de 7 très gros cylindres en mosaïque blanche verte et bleue (pas de cartel comme promis, pas d’auteurs) j’ai fini par comprendre qu’il s’agissait des ascenseurs. qu’importe, les couleurs se réfléchissait dans les vitres noires des immeubles (siège de Saint Gobain).

Bassin et signaux de Takis

J’ai donc regagné l’Axe de la Défense pour une promenade plus logique. Un bassin forme un miroir carré où se reflètent les 49 Signaux  du Bassin, oeuvre de Takis (1988)qui a installé 17 signaux électromagnétiques à l’autre extrémité de l’axe près de la Grande Arche. »frêles sentinelles cherchant à  capter les signaux d’un mystère cosmique » ai-je copié du cartel.  Je ne suis pas fan de ces poteaux noirs spiralés  portant des panneaux colorés.

l’Arc de Triomphe à la campagne?

Dans l’Axe, Sun  City de Fanny Bouyagui est un champ de tournesol planté dans des containers de bois posés sur des palettes. Cela permet des photos de l’Arc de Triomphe sur un premier plan rural étonnant. Une autre installation de bois « Forme publique, rue de l’Utopie » est une passerelle montant dans la canopée d’un bosquet de tilleuls. Occasion de remarquer que les végétaux sont beaucoup plus présents que je ne l’aurais pensé à a Défense. Les tournesols me semblaient une sorte de provocation, tandis que les tilleuls sont plantés depuis de nombreuses années. A la suite je remarque que plusieurs rangées de platanes sont alignés le long de l’esplanade et qu’on a rempli des bacs en ciments de massifs fleuris.

Hanif Kureshi

Une silhouette d’une grande femme indienne en robe rouge découpée dans du contre-plaqué dépasse des tournesols, c’est l’oeuvre d’Hanif Kureshi. Pas très convaincant! Non plus ces bancs géants 187cm x 500cm x 160cm dont la hauteur ne décourage ni les enfants ni les adolescents qui dominent ainsi la promenade.

Au mitant de l’axe se trouve la statue de la Défense de Louis Ernest Barrias (1883). C’est elle qui a donné son nom au quartier de Courbevoie. Elle commémore la résistance des Parisiens aux Prussiens en 1870. Rodin a aussi présenté une sculpture au concours mais c’est celle de Barrias qui a été choisie. Coïncidence : j’ai vu la Défense de Rodin il y a deux jours à l’île Seguin sur l’escalier monumental à la Seine Musicale.

Dans les traces de nos Pères Joseph Jankovic

Au hasard de mes déambulations, je rencontre deux curieux personnages dans des gros pieds, comme des bottes , au titre énigmatique Dans les traces de nos pères de Joseph Jankovic,(1990) artiste de Bratislava. Une élégante Terre de Louis Derbré m’évoque la danse. La fresque de Bottazzi est coincée dans un passage sombre, elle semble réfléchir les structure du gratte-ciel en face.

La Terre de Derbré

L’axe de la Défense aboutit sur une très grande place entre le Centre Commercial des Quatre Temps, le Cnit et la Grande Arche. Dans mes souvenirs le Cnit était un hall d’exposition où j’avais vu le salon Nautique, je me souviens des énormes bateaux qui croisaient sur des camions sur le Pont de Neuilly. Il contient maintenant les mêmes enseignes Décathlon et autres que dans les centres commerciaux, je ne sais pas pourquoi dela m’attriste.

L’araignée de Calder

Sur cette énorme place se trouvent les œuvres les plus connues : l’Araignée de Calder et les personnages colorés de Miro. A l’arrière de l’araignée une grue se profile; cela m’amuse. Un peu plus loin, le grand Pouce de César mesure 12 m et pourtant semble petit. Je m’intéresse davantage à la grande sculpture allongée de 23 m de long de Anthony Caro,  After Olympia,.

After Olympia et le Cnit

Enfin! je m’approche de l’Arche! avec le beau temps les marches sont pleines de monde, certains sont venus avec leurs vélos, et même des valises roulantes. Les marches sont vraiment très grandes, elles contiennent toute cette foule qui contraste avec le vide au dessus, les fenêtres intérieures sous leur verre lisse, les dalles blanches dont j’ai tant lu les histoires dans le live de Cossé.

cherchez le pouce de César!

Je n’ai pas vu le quart des sculptures annoncées, je n’ai pas eu l’occasion de m’intéresser à l’architecture de tous ces gratte-ciel et déjà je rentre en RER! Pour les œuvres, il faudrait peut être revenir, mais j’ai une vision de La Défense très loin de mes préjugés. J’imaginais un endroit minéral, froid, temple des affaires, peuplé d’hommes d’affaires en costume-cravate. j’ai croisé des familles, des enfants, des femmes traînant des caddies de courses; On habite aussi à la Défense! J’ai vu un endroit beaucoup plus vivant que je ne l’imaginais, plus prosaïque et commercial avec les enseignes connues.

 

Freeing Architecture – JUNYA ISHIGAMI – Fondation Cartier

EXPOSITION TEMPORAIRE jusqu’au 9 Septembre 

Forest kindergarten

C’est une exposition extraordinaire!

Vraiment un coup de cœur!

Il ne vous reste que quelques jours avant la clôture.

Junya Ishigami est un architecte japonais, Lion d’or de la Biennale d’Architecture de Venise 2010. Il présente à la Fondation Cartier 19 projets architecturaux, réalisés ou non.

Les maquettes, dessins, vidéos illustrent ces projets tous originaux, tous différents. Les maquettes sont des œuvres magnifiques, elles ont été montées spécialement pour l’exposition à la Fondation Cartier pour faire de l’exposition une oeuvre d’art, un tout , conçu dans le bâtiment de Jean Nouvel.

Parc Groot Viversburg Visitor Center

J’ai adoré l’approche poétique d’Ishigami qui invente des projets uniques dans leur contexte. Architecture comme un phénomène naturel, affirme-t-il. Il étudie l’environnement naturel, non seulement la topographie (qu’il a tendance à modifier en creusant des cuvettes, ou des grottes) mais aussi la végétation (qu’il intègre aussi à l’intérieur d’une maison, ou les rochers qui participent à la maison et forment des « cloisons ».

Une des Huit villas de Dali

Parfois il respecte totalement les plantations, parfois il recrée un nouvel environnement en déplaçant arbre par arbre , ceux de la forêt du Botanical Farm Garden Art Biotop/Farm Garden et inventant un milieu humide nouveau synthétisant la forêt et la rizière préexistantes

Il ne s’interdit pas de bétonner des grottes artificielles creusées dans la roche pour House and Restaurant

House and restaurant

Ishigami s’inspire de la nature, mais aussi du monde des rêves et du monde enfantin. Pour le Forest Kindergarten de Shandong, Chine, il a élaboré son plan à partir d’illustrations enfantines, il a conçu des espaces à l’échelle des enfants, avec des plans inclinés, des endroits où seuls les enfants peuvent se tenir. il a aussi respecté les arbres de la foret

Forest Kindergarten : classe

Dans le même état d’esprit, il a imaginé des nuages qui seraient aussi des formes d’animaux au sommet d’un immeuble de huit étage. Dans la garderie, les enfants pourraient voir dans les nuages des baleines, les chevaucher…

Claoud garden Kanagawa Japon

Pour la maison pour personnes âgées, Ishigami a imaginé transporter des maisons de bois traditionnelles de tout l’archipel japonais et les rassembler après les avoir dépouillées des murs extérieurs. Ce projet avait un but double : de conservation du patrimoine et d’accueil

HOme for the Elderly

Les projets sont vraiment variés, une salle polyvalente dans une université, une chapelle, un espace de méditation œcuménique  à Copenhague ancrée dans les fonds marins, restaurer les sous-sol d’un musée russe….

J’ai eu la chance de visiter en même temps qu’un groupe d’architectes qui émettaient des critiques autorisées sur les aspects pratiques de la construction, ventilation, ruissellement, faisabilité.Tous ces projets originaux mettent en oeuvre des techniques ultra-sophistiquées. Ce n’est pas de la construction standard! Certains projets sont en cours de réalisations ou arrêtes faute de crédits. De l’architecture de luxe qui prête à rêver!

 

 

Gordon Matta-Clark – anarchitecte – au Jeu de Paume

EXPOSITION TEMPORAIRE DU 05/06/18 – 23/09/2018

gordon mata aux halles

Qu’est-ce qu’un anarchitecteUn architecte anarchiste, peut-être?

Un architecte construit, l’anarchitecte déconstruirait-il?

Ou promènerait-il un regard d’architecte sur des destructions?

Chacune de ces hypothèses pourrait être vérifiée dans cette exposition.

Le commentaire propose une autre piste : un détournement d’un titre du Corbusier « vers l’architecture » Gordon Matta Clarke s’inquiétait de la façon dont les utopies de l’architecture moderne laissaient de côté le citoyen lambda.

 

Dans l’oeil d’artiste sur les destructions ces Wallpapers (1973) : GMC photographie des immeubles abandonnés du Bronx , murs intérieurs ayant gardé leurs papier peints ou des installations sanitaires, il utilise ses photos pour faire un véritable mur de photo. Se promenant dans les décombres il photographie des découpes de planchers. Il faut être architecte pour être sensibles à des structures à travers des ruines et les partager avec des spectateurs moins avertis. 

Pour les déconstructions, GMC a pratiqué des découpes dans d’immenses halles  sur un quai effondré de la rivière Hudson, il a offert aux habitants un accès à l’eau dans un « temple du soleil et de l’eau ». Le site fut rapidement fermé. L’exposition montre des photos de ce Day’s End (1975)

Déconstruction que ce Conical Intersection (1975) : découpe d’un vieil immeuble en face du chantier de construction du Centre Pompidou cherchant à pratiquer une lentille à travers l’ancien Paris des Halles pour voir le chantier du futur musée. Il a filmé cette démolition selon une découpe savante.

Cette exposition montre surtout des photos et des vidéos, quelques réalisation physiques, mais peu. Elle pratique des ouvertures, dans les maisons anciennes, les friches industrielles mais aussi dans l’esprit du spectateur.

A voir!!!

 

« Les racines poussent aussi dans le béton » Kader Attia au MACVAL

Exposition temporaire au MACVAL (Vitry) jusqu’au 16 septembre 2018

Skyline

Ne laissez pas filer cette exposition tout à fait passionnante.

Prévoyez du temps et de la disponibilité : deux vidéos de chacune 46 minutes vont sérieusement allonger le temps de la visite. D’autant plus que les autres installations sont aussi intéressantes et ce serait dommage de manquer de temps. C’est donc une exposition tout à fait copieuse.

On entre d’emblée dans le vif du sujet : dans le béton de Sarcelles ou de sa voisine Garges-les-Gonesse où Kader Attia a grandi. Architecture du béton : référence au Corbusier qui se serait inspiré de l’architecture du Sud Algérien pour inventer sa cité radieuse, ayant survolé en avion Ghardaïa.

Coïncidence? Le plasticien est justement d’origine algérienne, comme beaucoup des habitants des cités, de Sarcelles ou de Marseille. Ces racines algériennes trouvent-elles un écho dans les cités-dortoirs? Où de nouvelles racines ont-elles poussé dans ces quartiers? Occasion de faire des montages de photo que j’ai beaucoup apprécié, mix d’architecture de Sarcelles et de Ksour, montages de photos de banlieusards ou d’Algériens. Et pour illustrer ces rapprochements deux films avec Jean Gabin, Pépé le Moko (Duvivier 1937) avec la présentation de la Casbah comme d’une architecture inquiétante et Mélodie en sous-sol(H. Verneuil 1960) et la construction de Sarcelles. Qui de plus enraciné que Gabin avec son pavillon rue Théophile Gautier qui demande son chemin aux maçons immigrés dans le chantier?

couscous

Un paysage de couscous fait comme un tapis circulaire dans une pièce de transition, référence aux racine, le couscous , comme du sable, matériau de construction? Tapis ou paysage? Un peu plus loin, nouvelles références aux origines mélangées que cette bétonnière – allusion au père de l’artiste, constructeur – qui tourne chargée de clous de girofle censé embaumer l’exposition(elle ne tournait pas quand nous sommes passées). Autre référence odorantes, ce plateau de piment rouge entouré de feuilles de menthe. Des pains en galette de semoule sont fichées dans le mur. Univers familial de l’enfant de Garges-les-Gonesse.

cube de sucre

Encore une référence à l’architecture à base de cubes que cette vidéo impressionnante de Sucre et de pétrole où un empilement parfait de sucre blanc est contaminé par une giclée de pétrole noir, s’en imbibe et s’écroule

arrive le pétrole
écroulement

Un autre thème est la réparation; des objets et des corps.

Une vidéo passionnante montre la vidéo de l’arrestation violente de Théo par les forces de police, commentée par 3 personnes, un acteur algérien, un philosophe antillais et un autre antillais. Discours sur le corps de l’émigré, comme il est perçu, à travers le prisme colonial. Comment la vidéo peut être lue, par la presse, par Marine Le Pen, par les habitants des banlieues….comment la violence est perçue. Comment une lecture neutre de la vidéo est impossible. Le corps de l’esclave mis en scène, le corps du danseur, le corps du travailleur. Vidéo très dense, difficile à résumer, d’autant que je n’ai pas pris de notes.

mobilier urbain : barrière anti-migrant

cette barrière symbolise la violence des installations du mobilier urbain faite aux migrants. L’installation doit être envisagée avec des danseurs qui se faufilent dans les interstices, qui s’affrontent à la barrière. Malheureuse nous n’avons vu la performance que filmée (les danseurs ne peuvent pas être présents tout le temps).

Je n’ai pas cité les grandes photos de trans, ni celles des chibanis, ni la vidéo sur la douleur des membres manquants, sur la réparation…. Cette exposition est riche, trop riche, cela nuit un peu à la cohérence. Appréhender le travail d’un artiste dans sa diversité demande un effort au visiteur. Après 2 heures de visite je me sens fatiguée.

Nymphéas – L’abstraction américaine et le dernier Monet

Exposition temporaire à l’Orangerie jusqu’au 20 Août 2018 

Monet : pont japonais

Monet est-il un peintre abstrait?

Monet : Saule pleureur (1920-1922)

Cette exposition célèbre le centenaire de la décision de Monet d’offrir les nymphéas à l’Etat français, elle met en évidence la postérité de Monet dans l’art américain. En 1955 le MoMA acquiert un Monet et les tableaux de l’exposition sont souvent introduits par le Critique Greenberg qui publia en 1955 un grand essai sur la peinture américaine faisant de Clyfford Still, Barnett Newman, Pollock ou Tobey des héritiers de Monet.

Pollock : Untitled 1949

Intéressante confrontation de peintres de continents et d’époques éloignées.

Si la couleur « devient autonome » et primordiale, on saisit mieux la parenté entre les nymphéas et les toiles de Monet qui sont un feu d’artifice de couleurs.

Rothko et Clifford Still peignent selon le Colour field painting avec de grands champs de peinture

 

Clifford Still 1965

Les grandes taches ont des contours déchiquetés, la peinture au couteau donne un certain relief aux taches, on regarde le très grand tableau un peu comme un paysage

 

Pollock : the deep (1953)

Dans les tableaux de Rothko, rien pour raccrocher l’oeil à du figuratif : de grande taches colorés

Rothko

De Kooning dans sa Villa Borghèse, après avoir peint des paysages urbains retrace à New York des souvenirs, recollections de Rome

De Kooning villa Borghese

On peut aussi citer Morris Louis avec ses acryliques délavés qui font comme des bandes verticales (j’aime moins, donc pas de photo) ou Helen Frankenthaler également des acryliques

Helen Frankenthaler (non! ce n’est pas la photo qui est floue mais le tableau!)

j’ai beaucoup aimé le tableau de Guston « impressionisme abstrait » 

 

Guston détail du rouge au centre du tableau

 Riopelle, peintre canadien, établi en France expérimente une technique originale de « mosaïques »

Détail d’un tableau de Riopelle (bord du tableau)

Et je termine par un de mes préférés Round the world de Sam Francis (1958-1959)

Around the world

Bien sûr, on n’a qu’une envie : monter au rez de chausser dans les deux salles des Nymphéas. On aimerait les avoir pour soi et méditer devant mais gare aux groupes de Chinois ou Japonais!

 

Mohamed Bourouissa : Urban Riders au Musée d’Art Moderne

Exposition temporaire 26 janvier – 22 avril 2018 au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris

Urban riders

Plasticien franco-algérien, né à Blida (1978), nous offre une exposition composite (photos, vidéos, objets, dessins) autour du thème Urban Riders.

A l’occasion de l’organisation du Horse Day, événement destiné à revitaliser un quartier nord de Philadelphie en 2014, Mohamed Bourouissa s’est installé 9 mois autour des écuries pour la réalisation d’un film et d’une sculpture monumentale. L’exposition Urban Rider réunit donc, la grande sculpture The Ride,  les costumes portés par les cavaliers, colorés, délirants, les dessins du storyboard préparant le film, diverses vidéos et le film.

story board

Cet événement joue avec l’univers fantasmé du western mais aussi avec la réalité urbaine. Le cheval est caparaçonné de CD qui brillent, une vidéo projetée sur le capot d’une de ces grosses voitures américaines qui sont aussi des monuments de la culture populaire américaine.

sur un capot de voiture

Cette exposition a été réalisée en 2017 pour la Fondation Barnes de Philadelphie. Sa présentation évoque Fanon et les Damnés de la Terre. Dans le film, Bourouissa joue avec les contrastes Noir et Blanc, cavalier noir sur cheval blanc. Cheval blanc à tête noire. Un dialogue intrigue il s’agit de John Wayne, les palefreniers parlent-ils de l’acteur ou est-ce le nom du cheval, un petit poney à magnifique crinière blanche. Sur un cheval noir passe un  cavalier vêtu de blanc….

caparaçon brillant!

J’ai été très intéressée par ce métissage des cultures :  culture banlieue « Gang style », culture western, et cela filmé traduit en image par un algéro-français…..

De retour de l’expo je me suis documentée sur Internet au sujet de Mohamed Bourouissa. Et j’ai trouvé tout un travail sur les banlieues (Bourouissa est de Courbevoie). Dans le Monde 2, un porte-folio où ses photographies sont comparées à des Caravage. Ailleurs j’ai trouvé des vidéos captées au téléphone portables en prison, échangées avec un ami emprisonnés, aussi une vidéo en caméra cachée sur les revendeurs de cigarettes à Barbès. Regard politique sur les damnés de la terre. Dans un interview on lui demande s’il n’a pas eu envie de faire le même travail « chez les riches« . La réponse m’a étonnée « c’est compliquer de filmer chez les riches! »  , il y avait bien pensé, au Brésil.

 

Avec l’art contemporain, j’ai parfois du mal. Mais je fais des efforts!