les Flammes – L’Âge de la Céramique -Musée d’Art Moderne de Paris

Exposition temporaire jusqu’au 6 février 2022

Ron Nagie Californie -Captive Morgan

La Céramique dans tous ses états, du Néolithique à nos jours! Poteries, sculptures, plats ou même débris dialoguent  au fil des salles, au mépris de la chronologie et de la géographie. Pièces d’anonymes ou des grands maîtres, de Gauguin, Dufy ou Duchamps, il y a même une prothèse de hanche! 

Trois thématiques : Techniques, Usages et Messages. 

Figure féminine néolithique Fort Herrouard France -4500/3500 avant notre ère-

Ce classement permet à une figure féminine du Néolithique de voisiner avec Ariane endormie de Chirico.

Des vidéos et des installations montrent le travail au tour, aux colombins, l’émaillage, la cuisson

Sont-ils des fours?

Un grand extrait du film les Contes de la lune vague après la pluie – Mizoguchi 1953

Marguerite Wildenhein Vase Visage

Usages : cette section permet de présenter les objets sous trois rubriques : utilitaire, artistique, rituel 

Carol McNicoll (UK) Pile Up

Ces vases sont très séduisants, amusants.

Enzo mari – fatti a mano /Samos
Nicole Giroud – Fontaine Textile et porcelaine

Certaines mettent en œuvre des techniques audacieuses comme ce mélange de textiles et d’argile, les tissus disparaissant à la cuisson.

Certains ont été signés par des noms célèbres :

jardin d’appartement – Raoul Dufy
Vase à deux ouvertures – Gauguin
Seraphin Boudbinine Russie : Vide poche

Du côté des objets rituels certains sont de toute beauté, carreaux d’Iznik,

Statuette funéraires chinoises dynastie Tang

Ces chinoises pourraient donner la réplique à mes tanagras préférées….

Messages est la dernière section de l’exposition. Dans les tendances contemporaines le style Sloppy: ( négligé volontaire et esthétique du difforme)  ne m’a pas convaincue  après avoir vu tant de beaux objets.

jean Luc Verna : Vase misère

U n dernier aspect est le message politique « dire c’est faire » ou son corollaire « faire c’est dire »

Choisir la céramique signerait un engagement politique, une production raisonnée, écologiquement responsable, d’une part, mais le « fait main » peut aussi être une position réactionnaire et conservatrice. 

L’exposition se termine par des œuvres du Trans féminisme Camp & queer. Je n’ai pas pu illustrer tous les aspects! A vous de les découvrir cette exposition est vraiment très riche.

Anselm Kiefer – Pour Paul Celan – Grand Palais éphémère

exposition temporaire du  16 décembre  au 11 janvier 2022

Anselm Kiefer

Monumental! Impressionnant! Colossal!

Dans l’espace vaste du Grand Palais éphémère :  des tableaux de très grands formats, un avion, une installation Arsenal rangement, magasin d’accessoires(?) . Il fait très sombre sous la halle éclairée seulement par quelques spots, comme un ciel étoilé. 

Le Grand Palais éphémère et les tableaux de Kiefer. les personnages donnent l’échelle

De très grands tableaux posés sur des roulettes, le plus souvent adossés deux à deux, semblent écraser le visiteur. Aucun parcours balisé. Il y a bien un plan, mais difficile à lire dans la pénombre. Pas de titre ni de cartel. Au spectateur de se débrouiller, de déambuler, de faire son idée.

Irrenäpfe – Gamelles de fous

Devant ces œuvres impressionnantes, nous peinons à trouver le mode d’emploi.

les pierres claires – j’ai photographié la photographe pour donner l’échelle.

Sur certains, Anselm Kiefer, a recopié à la craie un (des) poème de Celan, comme sur le tableau noir de l’école.  Je cherche une traduction ;  mon Allemand du lycée, bien rouillé, me permet de reconnaître des mots (pas tous) mais pas d’apprécier la poésie, le sens des paroles. Je ne suis pas seule dans l’embarras, d’autres visiteurs font la même démarche . Et miracle  qui n’arrive jamais dans une exposition à Paris ! Nous nous consultons :  » à quoi correspondrait ce mot? que comprenez- vous? « . Nous reconnaissons des expressions récurrentes : Cendres, pierres  neige, poussière…. univers sombre et froid qui nous renvoie à des images de l’Holocauste. 

Für Paul Celan Geheimnis der Farne – Le secret des Fougères

Les fougères suggèrent ces forêts allemandes, le plasticien les a incorporées au tableau, les a dorées. Neiges et fougères. Au bas d’un autre tableau, je découvre dans les fougères la tourelle d’un char

cachés dans les fougères : les canons

Une dame a vu ma photo, elle commente. Si écrasés par la monumentalité de l’œuvre, nous échangeons nos trouvailles, analysons ensemble les surfaces, les objets incorporés…nous déchiffrons à plusieurs ce qui nous semble être des symboles.

Denk dir – die Moorensoldaten – soldats ou fantômes? au centre de la spirale (galaxie) un caddie plein de pierres carbonisées – menace?

Dans ma déambulation, j’imagine un langage de symboles pour comprendre les tableaux (peut-être suis-je complètement égarés?)

madame de Staël : de l’Allemagne

Piqués dans un bunker  : des pavots, je retrouve ailleurs ces pavots (Mohn) graine du sommeil, de l’oubli tandis que toute l’œuvre convoque la mémoire. Dans l‘Arsenal, il y en a des stocks, pour des œuvres ultérieures?

Arsenal

cet Arsenal n’est pas une réserve mais une installation à part entière avec ces robes pétrifiées symbolisant la Shekhina. Dans le podcast de Frace Culture, la Grande Table, le plasticien rappelle d’autres traditions juives, la kabbale, le Golem…

Etrange installation que cet avion recouvert de plomb. Oxymores que cet avion de plomb, et ces pavots de la mémoire.

Je suis attirée par des détails,  j’ai envie d’entrer dans l’intimité  des surfaces, et en même temps, je me sens oppressée par ces œuvres sombres présentées dans le noir. Une heure après être entrée je fuis à la sauvette, besoin de respirer à l’air libre!

 

 

Galleria d’Eva Jospin – Musée de la Chasse et de la Nature

Exposition Temporaire jusqu’au 22 mars 2022

Eva Jospin : capriccio 2019

Chassez vos préjugés anti-chasse et venez visiter l’exposition  Galleria d’Eva Jospin au Musée de la Chasse et de la Nature! 

Eva Jospin : balcon 2015

Le Musée de la Chasse et de la Nature est logé Rue des Archives, Hôtel Guénégaud, occasion d’une balade dans le Marais. Il accueille de très belles expositions contemporaines comme celle de Sophie Calle (2018) et Garouste (2028).  Il met à disposition de l’artiste et de ses invités les salles du rez-de-chaussée et des espaces au 2ème étage, mais surtout permet aux artistes d’installer des œuvres dans l’écrin des collections permanentes. Le jeu est de les découvrir au milieu des animaux empaillés (je n’aime pas trop), des armes (je déteste) ou des tableaux d’époque.

ici la contribution d’Eva Jospin est minuscule, de minces filets que le gardien nous montre . la colonne de bois de cerf est l’œuvre d’une autre plasticienne

Certaines installations sont très discrètes et il faut l’aide des gardiens très coopératifs pour les trouver. 

Galleria 2021: plafond à caissons

Eva Jospin sculpte, coupe, colle, cisaille, travaille le carton ondulé. Elle joue avec cette matière, construit une galerie roccoco,  baroque, sorte de cabinet de curiosité avec des niches

Galleria 2021 : niche

Colonnes ou broussaille? taillis ou masse rocheuse? comme dans Matera qui double un mur, roche ou liège?

Un de ses motifs de prédilection est la forêt, taillis, branchages : une œuvre – Forêt 2010 -fut acquise autrefois par le musée et se trouve à l’étage supérieur en compagnie du tableau de Philippe Cognée,  Paysage vu du train

Philippe cognée : Paysage vu du train

le Nymphée occupant toute une pièce (toujours accompagné d’un tableau de Cognée)

Nymphée

C’est une œuvre d’une topographie compliquée qui m’évoque la vue d’une cité antique avec colonnade, arène ou théâtre antique, escaliers monumentaux ne menant nulle part un peu à la manière de ceux de Escher. Cette structure complexe comporte une grande variété de détails, une passerelle, une tonnelle métalliques, des imitations de rochers, des arches…. on pourrait rester des heures à s’y promener virtuellement<;

Nymphée, escalier et tonnelle

Ces constructions de carton d’une finesse et d’une richesse d’imagination m’émerveillent, comme cette technique sophistiquée à partir d’un matériau si commun, si simple métamorphosée par la technicité de la plasticienne; à suivre. D’ailleurs, j’ai bien envie d’aller la suivre à Giverny où elle expose aussi!

Giuseppe Penone à la BNF – Sève et pensée

Exposition temporaire jusqu’au 23 janvier 2022

Pensieri e linfa

Sève et pensée – pensieri e linfa – est une sculpture : un tissu de lin posé sur l’écorce d’un arbre frotté avec des feuilles de sureau.

« j’ai pensé que je pourrais associer à ce geste manuel celui de l’écriture. l’écriture est comme la sève qui irrigue la vie de l’arbre, elle porte un flux continu d’idée »

dit Penone, dans un entretien avec Jean-Christophe Bailly qui a traduit le texte qui accompagne le frottage. 

Il sera beaucoup question d’empreinte, empreintes d’écorce, de feuilles, empreintes digitales.

pensieridi foglie

Avec ses empreintes digitales et de la couleur verte, il compose plusieurs tableaux

Leaves of grass

Leaves of grass fait référence à l’œuvre de Walt Whitman. En plus des traces de ses doigts il a planté au centre du tableau une sculpture d’argile que j’ai prise de loin pour un coquillage et qui n’est que l’empreinte de son poing serrant la terre. 

Plus sophistiqué le petit bois

Verde del bosco (le spectateur donne l’échelle)

Si les empreintes d’écorce, de peau, de feuilles… restituent la surface des choses, le plasticien fait aussi surgir les structures internes de l’arbre. Il cherche à redonner vie à ces poutres de charpente qu’il dessine avec précision  pour retrouver l’arbre à l’intérieur du bois

gli alberi dei travi

il pousse le travail plus loin en décapant autour des noeuds du bois

alberi libro

Penone sait aussi dessiner et graver très finement

151 nomi di alberi

parfois, avec beaucoup d’humour, on trouve l’arbre dans la gorge du personnage

paesaggio

Une œuvre spectaculaire illustre le thème du regard. Je n’ai pas beaucoup aimé l’expérience du regard inversé où de minuscules lentilles-miroirs obturant la pupilles reflètent la rue que devrait capter l’œil sur une série de photos. En revanche j’ai beaucoup aimé ces yeux fermés composés d’épines d’acacias et de marbre évidé à la même manière que l’arbre ci-dessus pour mettre en évidence les veines.

Occhi chiusi

Une vidéo montre Penone au travail. il commente d’autres réalisations .J’ai beaucoup aimé le jardin construit sur le plan d’une branche qui se ramifie en rameaux, les sentiers figurant la même structure et le promeneur par son mouvement personnifiant la sève circulant dans l’arbre.

Penone aboli la séparation entre végétal et homme, dans le sens des flux de la pensée humaine….

« il y a un esprit de la matière »

Rencontres avec deux artistes palestiniens au Macval : Taysir Batniji et Kamelya Jubran

Exposition temporaire de Taysir Batniji jusqu’au 9-01-2022 au Mac val de Vitry

hannoun (1972-2009) performance installation, photographie couleur, copeaux de crayon
Champ de coquelicot

QUELQUES BRIBES ARRACHEES AU VIDE QUI SE CREUSE

Je suis un très mauvais public pour l’art contemporain.

Si la visite n’avait pas été guidée en présence de Taysir Batniji et commentée par d’excellents conférenciers, je n’aurais sans doute rien compris et j’aurais été très déroutée par cette installation dont le thème est la disparition, l’effacement, l’arrachement, l’absence et l’exil.

Sans titre -1998 – valise sable;
le sable est un leitmotiv dans le travail de Taysir Batnijj
« ma patrie est une valise » Mahmoud Darwich

Dans le vaste espace que le Macval offre à cette monographie, je suis désorientée. Aux murs :  des cadres assez petits et à l’intérieur, des feuilles blanches, des aquarelles minimalistes, sur le mur du fond un grand tableau noir, dans un couloir des photos, au sol une valise pleine de sable, un pavage avec de vrais pavés, un empilement de savons…Des cartels avec du texte, nécessaires. 

Pères
photographies couleurs intérieur de boutiques à Gaza

Heureusement, une conférencière anime la visite. Elle nous conduit à la série de photographies en couleur « Pères« . Très belles photos de simples boutiques ou d’ateliers à Gaza. Entre les marchandises on voit les photographies de famille, les Pères, ainsi que les portraits de leaders politiques ou ceux des martyrs. Ces boutiques sont des lieux de socialisation, ces portraits accompagnent les clients et vendeurs, avec le temps ils jaunissent, puis disparaissent, effacés, arrachés….

aquarelle imitant les traces que les scotchs arrachés ont laissé sur le cadre : disparition de la photo!

Cette disparition des visages joue en « basse continue » dans l’œuvre du plasticien . Taysir joue avec cette disparition, peint à l’aquarelle, un arrachement imaginaire de photos qui ont disparu bien avant que l’oeuvre ne soit peinte. Sans l’intervention de la conférencière, je serais passée complètement à côté.

Les cadres semblant ne contenir que des feuilles blanches nécessite l’initiative du visiteur : si on s’approche, on pourrait deviner les traces en fine gravure des photos effacées d’une noce : celle de son frère. Mais il faut être prévenu pour venir les chercher d’assez près. De même  ce mur noir n’est pas vraiment noir : c’est un assemblage de portraits de martyrs de l’Intifada. C’est seulement les variations de l’éclairage qui font apparaître les visages.

Pour revenir à la « basse continue » qui accompagne la visite : les bombardements aériens sur Gaza qui pilonnent la ville. Toujours comme accompagnement la musique I will survive de Goria Gaynor, provenant d’une vidéo où Taysir s’est filmé dansant sur cette musique, qui se mêle aux bombes.

Un mur ressemble à s’y méprendre à la vitrine d’une agence immobilière avec  description des maisons qui ne sont pas à vendre, elles ont été bombardées et les destructions sont bien apparentes.

« On note la permanence de certains motifs, de certaines procédures plastiques. il y a des arrachements, des vides, des recouvrements, des réserves, des reconstitutions? Des simulacres? Du non fini, de l’inachèvement…. »

selon le livret de présentation

Une autre conférencière a préparé tout un topo sur l’exil, la disparition, citant Pérec et Hannah Arendt, Edward Saïd….je décroche un peu du commentaire très très intello. Intéressant, certes, pour découvrir par moi-même les oeuvres qui n’ont pas été commentées en détail.

L’oeuvre qui m’a le plus émue : ces toiles de peintres ligotées, roulées, rouillées maculées de la trace de la clé de la maison de ceux qui en ont été chassés et qui la conservent précieusement.

Taysir Batniji assis derrière les toiles roulées. Au fond le simulacre de vitrine d’agence immobilière

Cette exposition qui paraît très conceptuelle, difficile à aborder a été un moment très émotionnellement chargé du fait de la présence de l’artiste d’une grande simplicité et gentillesse.

Le concert de Kamelya Joubran s’inscrit dans la suite de l’exposition; La chanteuse palestinienne oudiste, a une démarche similaire à celle du plasticien : 

Kamilya Jubran et Werner Hasler

 

J’aime l’oud et la musique arabe même si je ne comprends pas les paroles . Kamilya Jubran présentait son nouveau spectacle Wa. J’ai du mal à caractériser cette musique : jazz arabe? jazz électronique. Werner Hasler joue de la trompette mais surtout du clavier électronique. j’ai été un peu désarçonnée par l’électro. 

Sur l’appli RadioFrance j’ai trouvé deux podcasts Dans la discothèque d’Ocora et En sol majeur (RFI) Taysir Batniji

Othoniel au Petit Palais : le Théorème de Narcisse

Exposition temporaire jusqu’au 2 janvier 2002

Othoniel : la Rivière Bleue

Je me faisais une joie de cette exposition – bonus en plus de Répine. merveilleux, enchanteur, poète…les qualificatifs des critiques sont très élogieux. A l’entrée du Petit Palais les briques de verre bleue formant la rivière ne me convainquent pas, d’autant plus que le technicien les frotte avec de grandes lingettes jaunes jetables. On ne connaît pas les chiffons et les serpillières dans le monde de l’Art Contemporain?

La marque de fabrique du plasticien : les perles de Murano

la Couronne de la Nuit

la Couronne de la Nuit qui coiffe l’escalier prend bien sa place, mais ne m’éblouit guère. Encore des perles!

le complexe de Narcisse

Il fait descendre au niveau bas pour découvrir le Complexe de Narcisse ou des colliers de perles de verre de Murano forment des nœuds. C’est joli, brillant mais un peu gratuit. Il faut des explication préalable pour imaginer l’homme-fleur qui se mire dans le miroir de l’eau.  

xx

Dans le jardin, ce sont des perles d’or qui forme le Lotus d’Or

Lotus d’or

je suis un peu déçue, j’avais beaucoup aimé les fontaines de Versailles.

Chaïm Soutine / Willem de Kooning, la peinture incarnée à l’Orangerie

Exposition temporaire jusqu’au 10 janvier 2022

Soutine : la colline de Céret

 » peindre comme Ingres et Soutine à la fois »  de Kooning, 1940

J’aime les expositions qui font dialoguer les artistes, collectionneurs ou mieux peintres à la fois différents et proches. Faire apparaître des influences, des inspirations. Soutine (1893-1943) et De Kooning (1904-1997) sont plus proches dans le temps que je ne l’imaginais. je connaissais le Soutine de Céret ou de la Ruche proche de Picasso, Modigliani ou Kremègne, et De Kooning, le peintre de Woman newyorkais, plus contemporain. 

Soutine : Grotesque dit autoportrait

l’exposition de l’Orangerie met en évidence les correspondances qui surgissent quand on met face à face les portraits .

Soutine : le Groom

et

De Kooning : Dame de coeur

1950, rétrospective au MoMA de Soutine

Soutine : Le Pâtissier

en 1950 c’est aussi le Tournant des « Woman » pour De Kooning 

Seul, face aux « woman » le boeuf écorché de Soutine . Le regard s’y pose difficilement tant les rougeurs des chairs et du sang sont expressives et insoutenables. En face, 3 tableaux

De Kooning Woman

« C’est vraiment absurde aujourd’hui de fabriquer une image comme l’image de l’homme avec de la peinture(…) mais tout à coup, il m’est apparu qu’il serait encore plus absurde de ne pas le faire » De Kooning

la salle suivante est intitulée « Woman as Landscape »

Soutine : Femme entrant dans l’eau

parmi ces images de femmes, la permanence de l’eau résonne avec le portrait de La Femme entrant dans l’eau qui contemple son reflet.

De Kooning Femme Acabona flottant comme le reflet dans l’eau

En face de la Colline de Céret très expressionnistes où l’on voit les traits de pinceau et les empâtements avant de découvrir le paysage et le village (il me faut reculer de bien 3 mètres) on a accroché de grands tableaux le sujet s’efface devant les traits de peinture, les coulures blanches, les grandes taches. Je décroche un peu.

Vidéo intéressante où De Kooning parle en peignant, il fait référence aux idoles féminines antiques, à la figure de la femme américaine telle que l’affirme la photographie de mode. Lui, il barre les bouches alors que le modèle la peint au gloss…

Une année en Normandie – Hockney à L’Orangerie

Exposition temporaire jusqu’au février  2022

a year in Normandie (été)

J’avais été bluffée par la Rétrospective Hockney à Pompidou en 2017, surtout par la variété des œuvres et des techniques employées. David Hockney n’est pas uniquement le peintre des piscines californiennes, même si ces toiles sont géniales. J’ai regretté d’avoir raté son exposition à la Galerie Long Ma Normandie  rue de  Téhéran (2020) d’autant plus que j’ai vu sur Internet La place de Beuvron-en-Auge où nous avions déjeuné quelques semaines plus tôt. Je me suis donc précipitée à l’Orangerie dès l’ouverture! 

Hockney en majesté à l‘entrée de la salle des Nymphéas! Quel honneur! Certes, les deux tableaux d’ouverture sont très séduisant.

Hiver

L’idée serait venue à David Hockney de la tapisserie de Bayeux de réaliser une longue fresque imprimée sur papier de 90 m de long racontant le déroulement d’une année en Normandiede l’hiver à l’arrivée du Printemps, puis de l’été et de l’automne. Variations de lumière sur un sujet récurrent : sa maison en Normandie, les pommiers et collines l’environnant. 

printemps
été
automne

L’ensemble est séduisant, on se promène avec plaisir dans cette composition monumentale.

David Hockney « peint » avec son Ipad et il faudrait expliquer comment. Les traits sont bizarres, souvent répétitifs. on n’imagine pas la main de l’artiste. Certaines fleurs dans la pelouse, pissenlits( ? ) sont figurés par des ronds parfaits, cette nature artificielle simplifiée me dérange un peu. L’ipad pourqjuoi pas? un procédé parmi les nombreux que le peintre a expérimenté comme le polaroïd, les collages, la vidéo (géniale arrivée du printemps vue à Pompidou) . Simplement le voisinage avec les Nymphéas parait présomptueux et dessert plutôt Hockney.

Anni et Josef Albers, L’Art et la Vie au Musée d’Art Moderne de Paris

 EXPOSITION TEMPORAIRE du 10 septembre 2021 au 9 janvier 2022

 

Une rétrospective chronologique où les œuvres d‘Anni et celles de Josef Albers se répondent, se complètent, de leur rencontre au Bauhaus en 1922,  leur exil américain en 1933 à la suite de la fermeture du Bauhaus avec l’arrivée des nazis où ils partent enseigner au collège de Black Mountain . 

Bauhaus Josef Albers vitrail « éclat dans la grille

 Bauhaus

« le but de toute activité artistique est la Construction«  Gropius

Chaque étudiant doit rejoindre un atelier, Josef Albers entre au Bauhaus en 1920 dans l’atelier de verre. Avec la crise économique qui règne alors en Allemagne il est contraint d’utiliser des objets récupérés à la décharge et crée des assemblages avec des matériaux composites. 

Anni Fleischmann est admise en 1922 dans l’atelier textile « la classe des femmes »

Anni : 1925 tenture : soie, coton, acétate

Josef utilise aussi des plaques de verre dépoli peintes

Josef : verre dépoli

Il semble que les motifs et les constructions se répondent. Les lignes horizontales rappellent le bâtiment neuf de l’école à Dassau. Une vie sociale intense s’y déroule. Josef qui s’adonne aussi à la photographie y fait de très beaux portraits d’Anni mais aussi de Klee et de Kandinsky. Les photographies sont présentées en diptyques ou mosaïque.

Le Bauhaus est une école de design où l’on réalise des meubles et des objets usuels : tasse en verre ou compotier. 

typographie Bauhaus

1933 nouveau départ en Amérique

Anni et Josef partent enseigner dans un collège expérimental au Black Mountain college . De très belles vidéos montrent cet enseignement original où la devise est « Open eyes » . On voit Josef exposer ses théories sur la couleur, effectuer un pliage de papier zigzag, démontrer bandes de papier en main que 1+1 =3 et même parfois 4. Anni raconte qu’elle a enseigné le tissage sans métier à tisser réalisant des assemblages et collages avec des graines, des tortillons de papier simulant le tissu. 

Apparition de la couleur

« Je crois que l’art est parallèle à la vie. La couleur, selon moi, se comporte comme un être humain[…] de deux manières distinctes : d’abord dans son existence autonome, puis dans sa relation à autrui » 

En 1947 Josef réalise toute une série de Variants et de Constellations . le variants, comme leurs noms l’indiquent, sont des tableaux colorés avec des variations de couleurs sur une structure analogue. 

 

Découverte des arts précolombiens

Entre 1935 et 1967 les Albers effectuent une douzaine de voyages au Mexique, Pérou et Amérique latine. Une belle collection de statuettes précolombiennes occupe une vitrine. Josef photographie pyramides et paysages. ils rapportent également des textiles.

Tentures

 

 

Anni fabrique des bijoux avec des objets usuels de la vie quotidienne : joints et rondelles, anneaux de plastique entiflés sur des rubans de gros grain coloré.

collier réalisé avec une bonde d’évier, des trombones..

Sur le mur faisant face aux bijoux sont exposés des dessins de Josef sur le thème des noeuds et enchevêtrements

 

josef : noeuds

Commande religieuse :pour la synagogue B’nai Israel Woonsocket Rhode Island

Ark panel

A côté des grandes tentures, Anni réalise aussi des petits formats comme des tableaux.

Hommage au carré

hommage au carré

De 1950 à 1976 Josef peint plus de 2000 tableaux sur le thème du carré. les cimaises de deux grands salles en sont remplis. Là, j’ai un peu décroché!

Chagall le Passeur de Lumière au Centre Pompidou-Metz

Exposition temporaire prolongée jusqu’au 31 Août 2021

Surtout dépêchez-vous de la visiter! C’est vraiment une exposition majeure!

Chagall a exploré de nombreux domaines et de nombreuses techniques des arts plastiques. Cette exposition met le projecteur sur sa création de vitraux.  On associe volontiers vitraux aux églises et moins aux édifices laïques, encore moins aux synagogues.

Comment Chagall, le juif est-il devenu le Passeur de Lumières? 

Chagall gravure Rebecca

En introduction, une série de très belles gravures aux sujets bibliques va conduire doucement le visiteur dans la progression du travail qui va aboutir à la décoration du baptistère de la Chapelle d’Assy

Chagall gravure : passage de la Mer Rouge

Chagall va reprendre le sujet de cette gravure, l’Exode, à plusieurs reprises, ajoutant de la couleur, puis passant à la céramique. Ces transformations progressives vont me fasciner. J’ai l’impression de voir l’artiste au travail.

Chagall l’Exode Baptistère de la Chapelle d’Assy

La chapelle d’Assy est un véritable musée d’Art moderne de nombreux artistes de renom ont collaboré à sa décoration grâce au Frère Marie Alain Couturier qui voulait faire appel aux meilleurs artistes, peu importe qu’ils soient protestants comme Le Corbusier ou Juifs  comme Chagall qui a choisi un thème de l’Ancien Testament mais qui fait figurer une crucifixion dans le coin en haut à droite. D’ailleurs ce Christ en croix figure aussi sur d’autres tableaux  comme celui d’un autre exode après un pogrom ou le crucifié figure les souffrance des Juifs en Russie. Je m’amuse à une sorte de « jeu des 7 erreurs » pour voir ce que Chagall a ajouté (ou supprimé) dans cette version très grand format. Je découvre encore une autre facette de l’œuvre de Chagall : la sculpture du marbre qui me plait beaucoup. 

Chagall : maquette de la Cathédrale de Metz

Il n’est pas indifférent que les vitraux de Chagall soient célébrés à Metz. En effet, la cathédrale de Metz a subi de nombreux dommages pendant la dernière guerre, comme celle de Reims. Chagall a dessiné des vitraux pour cette cathédrale. A cette occasion, le visiteur de l’exposition peut voir les projets, les maquettes, les étapes de la fabrication d’un vitrail. si on compare la photographie du vitrail et cette maquette nous avons préféré la maquette, plus transparente, plus fluide. C’est le charme des expositions bien faites de nous raconter une histoire, de nous prendre par la main. Dans celle-ci nous découvrons une technique et toutes ses étapes. C’est passionnant. 

les femmes d’Israël

Vitrail et sculpture sur marbre, peinture à l’huile, aquarelle ou gouache…ne pas oublier la tapisserie: Aux Nations Unies à New York on commanda suite au décès de Dag Hammarskjöld un immense vitrail, Peacewindow qui inspira une tapisserie:

Tapisserie de la Paix réalisée par Yvette Cauquil-Prince

les vitraux de Chagall ornent nombreux édifices religieux de part le monde, en Angleterre, en France la Chapelle du Saillant, celle des Cordeliers à Sarrebourg, et même en Allemagne.

Etrangement c’est pour une synagogue, celle de l’Hôpital Hadassah à Jérusalem que Chagall fut restreint par des contraintes précises : la non-figuration de la personne humaine. Les animaux remplaceront les personnages! 

Hôpital Hadassah Jérusalem

Et bien sûr, on ne peut pas oublier les tableaux, toujours merveilleux

Chagall : roi David

La visite se termine par une vidéo où l’on voit toutes les étapes de la fabrication des vitraux destinés à l’Art Institute of Chicago, création de Chagall mais aussi œuvre du Maître verrier Simon Marq de Reims. Très intéressant! 

Nous sortons émerveillées de cette visite où nous avons passé plus de deux heures. Il n’en sera pas de même pour la seconde exposition Face à Arcimboldo qui nous a bien déçues. Une accumulation d’œuvres de toutes époques pas toujours de bon goût. mais surtout une présentation très peu commode; Alignement de fiches dactylographiées sur le mur face aux œuvres qu’il n’est pas facile d’identifier. Des grands noms, comme Picasso ou Max Ernst, Marcel Duchamp,  Ensor, Otto Dix (que j’avais confondus) des masques de Pompéi, de parfaits inconnus. Manque de cohérence et d’intérêt.