Picasso, l’Etranger – Musée de l’Histoire de l’Immigration – Porte Dorée

Exposition temporaire jusqu’au 13 février 2022

affiche

« L’étranger apprend l’art de s’adapter de manière plus approfondie, mais aussi plus douloureuse que celui qui revendique un sentiment d’appartenance »

Georg Simmel, L’Etranger 1908

L’Homme assis à la canne – 1901

« Peu de gens savent que l’artiste n’est jamais devenu français. le 3 avril 1940, Picasso déposa une demande de naturalisation qui lui fut refusée et qu’il ne renouvela jamais.. »

Cette exposition met en scène l’enquête d’Annie Cohen Solal : Un étranger nommé Picasso , Fayard, prix Fémina Essai 2021. La couverture du livre utilise le dossier de Picasso en Préfecture, l’exposition montre des facsimilés  géants. 

Dossier de Picasso

Cette exposition chronologique s’attache à la problématique de l’Etranger et montre comment Pablo Picasso, âgé de 19 ans, ne parlant pas français a débarqué à Paris à l’Exposition Universelle de 1900 où une de ses œuvres est exposée. Il est hébergé par des catalans anarchistes. On voit les nombreuses lettres que le jeune home  échange avec sa mère, elles sont même lues en Espagnol 

1900 – lettres en catalan et dessins

pour nous mettre dans l’ambiance dans une petite salle arrondie sont projetées des images de l’Exposition Universelle.

En 1901 Picasso expose à la Galerie Vollard . Le 17 mai paraît une critique élogieuse dans la Presse, le lendemain est établi le premier rapport de police sur la foi de ragots des indics. Picasso est marqué comme anarchiste et ce rapport va le suivre….

Picasso est séduit par l’ambiance des cafés et des baraques foraines, il visite aussi une prison pour femmes

1901- Femme au bonnet

1902 -1903 : 3ème voyage à Paris « la période Galère » si pauvre qu’il ne parvient pas à payer son loyer sans l’aide de Max Jacob. Une sorte de BD « Une histoire simple de Max Jacob » illustre cette amitié. Le carnet d’adresse de Picasso témoigne aussi des relations que le peintre a nouées. 

« mais qui sont-ils, dis-moi, ces bohémiens, ces gens un peu plus errants que nous-mêmes » Rainer Maria Rilke (1922)

1905 – 4ème voyage : Le Bateau-Lavoir et la rencontre avec Apollinaire. Ses carnets montrent leur fascination pour le cirque qui aboutit au grand tableau des Saltimbanques (à Washington). bienafa malgré eux Apollinaire se trouvent mêlés à des affaires de vol pour la tête ibère de Cerra (qui appartenait au Louvre) et pour le vol de la Joconde. 

Saltimbanque (l’original est à Washington)

Les saltimbanques

Guillaume Apollinaire

Dans la plaine les baladins
S’éloignent au long des jardins
Devant l’huis des auberges grises
Par les villages sans églises.

Et les enfants s’en vont devant
Les autres suivent en rêvant
Chaque arbre fruitier se résigne
Quand de très loin ils lui font signe.

Ils ont des poids ronds ou carrés
Des tambours, des cerceaux dorés
L’ours et le singe, animaux sages
Quêtent des sous sur leur passage.

Guillaume Apollinaire, Alcools, 1913

1906-1914 – A la tête de l’Avant-Garde

1909 Sacré Coeur cubiste

Picasso rencontre les Stein et Kahnweiler. Ce dernier assure la promotion de ses  œuvres jusqu’à Prague, Moscou et toute l’Europe Centrale. Dans une vidéo on peut écouter Kahnweiler raconter sa rencontre pittoresque avec Picasso  et ses rapports avec Braque. une très jolie collection de statuettes africaine rappelle le goût de Picasso pour l’art africain. 

1957 portrait de Kahnweiler

Première Guerre mondiale : Derain part à la guerre, Apollinaire s’engage. En 1914, le stock Kahnweiler est mis sous séquestre et 700 œuvres de Picasso seront dispersées à bas prix en 1921

« monsieur l’Inspecteur, je crois utile de vous mettre au courant des agissement du sieur Kahnweiler qui, comme ses si sympathiques compatriotes , s’indigne de savoir que l’Etat Français ose decider de la vente de son stock »

la xénophobie, n’est pas loin et suivra Picasso!

1917 – 1939 – Un artiste dans tous ses états

1920 Polichinelle et Arlequin

Entre Ballets Russes et Aristocratie Française : Picasso  devient décorateur pour les Ballets Russes et rencontre Diaghilev,  Cocteau, Satie, Stravinsky. Une vidéo nous permet d’entendre Cocteau raconter les Ballets russes avec une étonnante captation de Parade (2008) Il quitte Montmartre et s’installe Rue La Boétie, dans les  beaux quartiers. 

1921 – la lecture de la Lettre , évocation de l’amitié

Dans l’orbite de l’Internationale Surréaliste il fréquente Breton, Aragon et Eluard tout d’abord et plus tard Dali, Miro et Giacometti. 

le peintre et son modèle 1928-1929

En 1934, il s’installe dans une gentilhommière à Boisgeloup ce qui lui permet de s’éloigner de Paris pendant les émeutes xénophobes de 1934. 

Minotaure mené par une petite fille

1936 A côté des Républicains espagnols

Picasso est nommé directeur honoraire du Prado puis reçoit la commande pour l’Exposition Internationale où il présente Guernica

1939 – 1944 – La France aux Français

En 1940, la demande de naturalisation est refusée et Picasso se replie à Royan

Royan

«  je veux que mes peintures puissent se défendre, résister à l’envahisseur comme si chaque surface était hérissée de lames de rasoir »

1944- 1973 Sur la vague des trente glorieuses

Picasso obtient le statut de « résident privilégié » (renouvelable tous les 10 ans. )

1944 le PCF comme une patrie

Picasso est le dessinateur de la Colombe de la Paix, on le voit au Congrès de la paix en 1949.

les fumées de Vallauris

Il fait ensuite le Choix du Sud et s’installe à Vallauris

la Baie de Cannes

j’ai beaucoup aimé cette exposition tout à fait à sa place dans le musée de l’Immigration.

Si Lewen : La Parade, présentée par Art Spiegelmann au mahJ

Exposition temporaire jusqu’au 8 mai 2022

affiche

La Parade est une série de 55 dessins réalisés en 1950 par Si Lewen

publiée sous forme de livre, épuisé réédité en 2016, par  Art Spiegelmann . 

On peut imaginer le film de cette Parade parade militaire, comme il en fut entre les deux guerres mondiales, avec ses spectateurs curieux, peut-être joyeux où sont présentées les armées de plus en plus menaçantes. De la parade les images montrent la bataille qui se déclenche presque insidieusement, l’arrivée de la mort, jusqu’à la fin, jusqu’à cette image où les deux adversaires s’enlacent et se transpercent de leur lance. 

Art Spiegelman l’auteur du roman graphique Maus, présente dans une longue vidéo la vie de Si Lewen qui était son ami. Il raconte que Si s’était engagé dans l’armée américaine qui l’a utilisé comme traducteur et l’avait monté sur un camion équipé de haut-parleurs afin de persuader les militaires allemands de quitter le combat. Equipée très dangereuse, puisqu’il était pris pour une cible facile. Après la libération des camps, Si blesssé rentre en  Amérique. La Parade est une réponse à sa vision des horreurs de la guerre. 

Art Spiegelman

Albert Einstein a écrit à Si Lewen en 1951 :

« je trouve notre oeuvre très impressionnante d’un point de vue purement artistique. En outre, je trouve qu’elle a le réel mérite de combattre les tendances belliqueuse par le biais de l’art. ni les descriptions concrètes, ni les discours intellectuels ne peuvent égaler l’effet psychologique de l’art véritable. On a souvent dit que l’art ne devait se mettre au service d’aucune cause politique ou autre. Je ne suis pas de cet avis. « 

 

les Flammes – L’Âge de la Céramique -Musée d’Art Moderne de Paris

Exposition temporaire jusqu’au 6 février 2022

Ron Nagie Californie -Captive Morgan

La Céramique dans tous ses états, du Néolithique à nos jours! Poteries, sculptures, plats ou même débris dialoguent  au fil des salles, au mépris de la chronologie et de la géographie. Pièces d’anonymes ou des grands maîtres, de Gauguin, Dufy ou Duchamps, il y a même une prothèse de hanche! 

Trois thématiques : Techniques, Usages et Messages. 

Figure féminine néolithique Fort Herrouard France -4500/3500 avant notre ère-

Ce classement permet à une figure féminine du Néolithique de voisiner avec Ariane endormie de Chirico.

Des vidéos et des installations montrent le travail au tour, aux colombins, l’émaillage, la cuisson

Sont-ils des fours?

Un grand extrait du film les Contes de la lune vague après la pluie – Mizoguchi 1953

Marguerite Wildenhein Vase Visage

Usages : cette section permet de présenter les objets sous trois rubriques : utilitaire, artistique, rituel 

Carol McNicoll (UK) Pile Up

Ces vases sont très séduisants, amusants.

Enzo mari – fatti a mano /Samos
Nicole Giroud – Fontaine Textile et porcelaine

Certaines mettent en œuvre des techniques audacieuses comme ce mélange de textiles et d’argile, les tissus disparaissant à la cuisson.

Certains ont été signés par des noms célèbres :

jardin d’appartement – Raoul Dufy
Vase à deux ouvertures – Gauguin
Seraphin Boudbinine Russie : Vide poche

Du côté des objets rituels certains sont de toute beauté, carreaux d’Iznik,

Statuette funéraires chinoises dynastie Tang

Ces chinoises pourraient donner la réplique à mes tanagras préférées….

Messages est la dernière section de l’exposition. Dans les tendances contemporaines le style Sloppy: ( négligé volontaire et esthétique du difforme)  ne m’a pas convaincue  après avoir vu tant de beaux objets.

jean Luc Verna : Vase misère

U n dernier aspect est le message politique « dire c’est faire » ou son corollaire « faire c’est dire »

Choisir la céramique signerait un engagement politique, une production raisonnée, écologiquement responsable, d’une part, mais le « fait main » peut aussi être une position réactionnaire et conservatrice. 

L’exposition se termine par des œuvres du Trans féminisme Camp & queer. Je n’ai pas pu illustrer tous les aspects! A vous de les découvrir cette exposition est vraiment très riche.

Anselm Kiefer – Pour Paul Celan – Grand Palais éphémère

exposition temporaire du  16 décembre  au 11 janvier 2022

Anselm Kiefer

Monumental! Impressionnant! Colossal!

Dans l’espace vaste du Grand Palais éphémère :  des tableaux de très grands formats, un avion, une installation Arsenal rangement, magasin d’accessoires(?) . Il fait très sombre sous la halle éclairée seulement par quelques spots, comme un ciel étoilé. 

Le Grand Palais éphémère et les tableaux de Kiefer. les personnages donnent l’échelle

De très grands tableaux posés sur des roulettes, le plus souvent adossés deux à deux, semblent écraser le visiteur. Aucun parcours balisé. Il y a bien un plan, mais difficile à lire dans la pénombre. Pas de titre ni de cartel. Au spectateur de se débrouiller, de déambuler, de faire son idée.

Irrenäpfe – Gamelles de fous

Devant ces œuvres impressionnantes, nous peinons à trouver le mode d’emploi.

les pierres claires – j’ai photographié la photographe pour donner l’échelle.

Sur certains, Anselm Kiefer, a recopié à la craie un (des) poème de Celan, comme sur le tableau noir de l’école.  Je cherche une traduction ;  mon Allemand du lycée, bien rouillé, me permet de reconnaître des mots (pas tous) mais pas d’apprécier la poésie, le sens des paroles. Je ne suis pas seule dans l’embarras, d’autres visiteurs font la même démarche . Et miracle  qui n’arrive jamais dans une exposition à Paris ! Nous nous consultons :  » à quoi correspondrait ce mot? que comprenez- vous? « . Nous reconnaissons des expressions récurrentes : Cendres, pierres  neige, poussière…. univers sombre et froid qui nous renvoie à des images de l’Holocauste. 

Für Paul Celan Geheimnis der Farne – Le secret des Fougères

Les fougères suggèrent ces forêts allemandes, le plasticien les a incorporées au tableau, les a dorées. Neiges et fougères. Au bas d’un autre tableau, je découvre dans les fougères la tourelle d’un char

cachés dans les fougères : les canons

Une dame a vu ma photo, elle commente. Si écrasés par la monumentalité de l’œuvre, nous échangeons nos trouvailles, analysons ensemble les surfaces, les objets incorporés…nous déchiffrons à plusieurs ce qui nous semble être des symboles.

Denk dir – die Moorensoldaten – soldats ou fantômes? au centre de la spirale (galaxie) un caddie plein de pierres carbonisées – menace?

Dans ma déambulation, j’imagine un langage de symboles pour comprendre les tableaux (peut-être suis-je complètement égarés?)

madame de Staël : de l’Allemagne

Piqués dans un bunker  : des pavots, je retrouve ailleurs ces pavots (Mohn) graine du sommeil, de l’oubli tandis que toute l’œuvre convoque la mémoire. Dans l‘Arsenal, il y en a des stocks, pour des œuvres ultérieures?

Arsenal

cet Arsenal n’est pas une réserve mais une installation à part entière avec ces robes pétrifiées symbolisant la Shekhina. Dans le podcast de Frace Culture, la Grande Table, le plasticien rappelle d’autres traditions juives, la kabbale, le Golem…

Etrange installation que cet avion recouvert de plomb. Oxymores que cet avion de plomb, et ces pavots de la mémoire.

Je suis attirée par des détails,  j’ai envie d’entrer dans l’intimité  des surfaces, et en même temps, je me sens oppressée par ces œuvres sombres présentées dans le noir. Une heure après être entrée je fuis à la sauvette, besoin de respirer à l’air libre!

 

 

Galleria d’Eva Jospin – Musée de la Chasse et de la Nature

Exposition Temporaire jusqu’au 22 mars 2022

Eva Jospin : capriccio 2019

Chassez vos préjugés anti-chasse et venez visiter l’exposition  Galleria d’Eva Jospin au Musée de la Chasse et de la Nature! 

Eva Jospin : balcon 2015

Le Musée de la Chasse et de la Nature est logé Rue des Archives, Hôtel Guénégaud, occasion d’une balade dans le Marais. Il accueille de très belles expositions contemporaines comme celle de Sophie Calle (2018) et Garouste (2028).  Il met à disposition de l’artiste et de ses invités les salles du rez-de-chaussée et des espaces au 2ème étage, mais surtout permet aux artistes d’installer des œuvres dans l’écrin des collections permanentes. Le jeu est de les découvrir au milieu des animaux empaillés (je n’aime pas trop), des armes (je déteste) ou des tableaux d’époque.

ici la contribution d’Eva Jospin est minuscule, de minces filets que le gardien nous montre . la colonne de bois de cerf est l’œuvre d’une autre plasticienne

Certaines installations sont très discrètes et il faut l’aide des gardiens très coopératifs pour les trouver. 

Galleria 2021: plafond à caissons

Eva Jospin sculpte, coupe, colle, cisaille, travaille le carton ondulé. Elle joue avec cette matière, construit une galerie roccoco,  baroque, sorte de cabinet de curiosité avec des niches

Galleria 2021 : niche

Colonnes ou broussaille? taillis ou masse rocheuse? comme dans Matera qui double un mur, roche ou liège?

Un de ses motifs de prédilection est la forêt, taillis, branchages : une œuvre – Forêt 2010 -fut acquise autrefois par le musée et se trouve à l’étage supérieur en compagnie du tableau de Philippe Cognée,  Paysage vu du train

Philippe cognée : Paysage vu du train

le Nymphée occupant toute une pièce (toujours accompagné d’un tableau de Cognée)

Nymphée

C’est une œuvre d’une topographie compliquée qui m’évoque la vue d’une cité antique avec colonnade, arène ou théâtre antique, escaliers monumentaux ne menant nulle part un peu à la manière de ceux de Escher. Cette structure complexe comporte une grande variété de détails, une passerelle, une tonnelle métalliques, des imitations de rochers, des arches…. on pourrait rester des heures à s’y promener virtuellement<;

Nymphée, escalier et tonnelle

Ces constructions de carton d’une finesse et d’une richesse d’imagination m’émerveillent, comme cette technique sophistiquée à partir d’un matériau si commun, si simple métamorphosée par la technicité de la plasticienne; à suivre. D’ailleurs, j’ai bien envie d’aller la suivre à Giverny où elle expose aussi!

Giuseppe Penone à la BNF – Sève et pensée

Exposition temporaire jusqu’au 23 janvier 2022

Pensieri e linfa

Sève et pensée – pensieri e linfa – est une sculpture : un tissu de lin posé sur l’écorce d’un arbre frotté avec des feuilles de sureau.

« j’ai pensé que je pourrais associer à ce geste manuel celui de l’écriture. l’écriture est comme la sève qui irrigue la vie de l’arbre, elle porte un flux continu d’idée »

dit Penone, dans un entretien avec Jean-Christophe Bailly qui a traduit le texte qui accompagne le frottage. 

Il sera beaucoup question d’empreinte, empreintes d’écorce, de feuilles, empreintes digitales.

pensieridi foglie

Avec ses empreintes digitales et de la couleur verte, il compose plusieurs tableaux

Leaves of grass

Leaves of grass fait référence à l’œuvre de Walt Whitman. En plus des traces de ses doigts il a planté au centre du tableau une sculpture d’argile que j’ai prise de loin pour un coquillage et qui n’est que l’empreinte de son poing serrant la terre. 

Plus sophistiqué le petit bois

Verde del bosco (le spectateur donne l’échelle)

Si les empreintes d’écorce, de peau, de feuilles… restituent la surface des choses, le plasticien fait aussi surgir les structures internes de l’arbre. Il cherche à redonner vie à ces poutres de charpente qu’il dessine avec précision  pour retrouver l’arbre à l’intérieur du bois

gli alberi dei travi

il pousse le travail plus loin en décapant autour des noeuds du bois

alberi libro

Penone sait aussi dessiner et graver très finement

151 nomi di alberi

parfois, avec beaucoup d’humour, on trouve l’arbre dans la gorge du personnage

paesaggio

Une œuvre spectaculaire illustre le thème du regard. Je n’ai pas beaucoup aimé l’expérience du regard inversé où de minuscules lentilles-miroirs obturant la pupilles reflètent la rue que devrait capter l’œil sur une série de photos. En revanche j’ai beaucoup aimé ces yeux fermés composés d’épines d’acacias et de marbre évidé à la même manière que l’arbre ci-dessus pour mettre en évidence les veines.

Occhi chiusi

Une vidéo montre Penone au travail. il commente d’autres réalisations .J’ai beaucoup aimé le jardin construit sur le plan d’une branche qui se ramifie en rameaux, les sentiers figurant la même structure et le promeneur par son mouvement personnifiant la sève circulant dans l’arbre.

Penone aboli la séparation entre végétal et homme, dans le sens des flux de la pensée humaine….

« il y a un esprit de la matière »

Botticelli – Artiste et Designer – Jacquemart André

Exposition temporaire jusqu’au 24 janvier 2022

Simonetta Vespucci -( 1485 Francfort sur le Main)

Le Musée Jacquemart André est un écrin parfait pour l’exposition Botticelli qui voisine avec la collection permanente de peinture italienne de la Renaissance. 

Vierge à l’Enfant

Cette exposition va rendre compte de l’œuvre du peintre, de son apprentissage dans l’atelier de Lippi jusqu’à sa peinture tardive quand Savonarole a donné une ambiance tragique à Florence. Elle montre la proximité de la peinture de Botticelli avec celle de son maître Lippi que le jeune Sandro copie .

Vierge à l’enfant s’appuyant sur un ange sous une guirlande

La production de Botticelli est variée, c’est ce qui justifie le sous-titre de designer, il a peint de magnifiques cassoni 

la bataille de Pydna

Il a aussi dessiné des cartons pour des broderies somptueuses ou des marqueteries ou des tapisseries.

marqueterie

La Naissance de Vénus n’a pas fait le voyage mais a inspiré ces Vénus plus ou moins pudiques dont Botticelli a peint plusieurs exemplaires, celle de Turin est même habillée mais d’un voile si transparent qu’il souligne plus qu’il ne cache ses appâts. 

Venus pudique

Un format qu’affection le maestro est le Tondo dont les constructions savantes sont particulièrement séduisantes. Celui nommé le maitre du gothique montre la construction de Venise en arrière-plan

Tondo : le maître du gothique

Deux petites compositions m’ont bien amusée

Les Vandales dévorés par les ours
Saint Juste expulsant les démons de la région de Volterra

Comme d’habitude, le Musée Jacquemart André a réalisé des vidéos très intéressantes.

Seul bémol, rançon du succès : la foule!

 

La Collection Morozov – Vuitton

Exposition temporaire du 22 septembre 2021 au 22 février 2022

Matisse : corbeille de fruits

Exposition spectaculaire qui réunit  les chefs d’œuvre français et russes, de Renoir à Picasso en passant par Cézanne, Bonnard, Matisse, Gauguin, van Gogh… et j’en oublie, des plus fameux. Les deux frères Mikhail et Ivan Morozov n’ont pas seulement collectionné des tableaux magnifiques, ils ont surtout fait des commandes. Les tableaux ont souvent été peints pour être vus ensemble comme ceux de la salle Bonnard dont les formats sont inhabituels. Après la nationalisation de la collection en 1918 les tableaux ont été répartis dans différents musées entre Moscou et l’Ermitage. Les voir réunis ici leur donne une meilleure cohérence. 

Bonnard : printemps

Quel éblouissement que ces deux grands tableaux presque carrés Printemps et Automne encadrant le triptyque Méditerranée. L’été se trouve en face. Dans cette salle consacrée à Bonnard on peut aussi admirer le Triomphe de Cérès de Ker-Xavier Roussel dont les gais coloris s’harmonisent avec les tableaux voisins. 

Ker-Xavier Roussel : Le Triomphe de Cérès

Certains tableaux sont surprenants comme le Cézanne sombre ou le Bouchon de Manet peint à grands coups de pinceau

Cézanne : scène d’intérieur

J’ai bien aimé les deux saltimbanques de Picasso

Picasso 2 Saltimbanques

Une salle entière est consacrée à Sisley, Pissaro,  des petits formats de paysages de Louveciennes ou de Pontoise, la surprise vient d’un peintre russe Korovine : ubn café à Paris  et d’un merveilleux paysage de Golovine

Golovine ; paysage Pavlovsk

Au fond, de très beaux Monet : des fleurs et un étang, mais nous ne sommes pas à Giverny, c’est Mongeron. 

Une découverte, à côté de Derain, Louis  Valtat : la Mer à Anthéor

Louis Valtat : La mer à Anthéor

Une journée en Polynésie, c’est bien sûr Gauguin

Gauguin : Matamoé

j’ai beaucoup aimé ce paysage aux paons.

Encore de la couleur avec Martiros Sarian

Martiros Sarian : rue à Constantinople

Une salle entière est dédiée à Cézanne : calme et verdure  des Bords de Marne à Créteil ou saint Maur des Fossés ainsi qu’un très beau pin

Cézanne : le Pont de Créteil

On retrouve Cézanne à de nombreuses reprises, paysages et natures mortes, des portraits aussi.

Contrastant avec les paysages colorés, une salle entière contient des grands portraits d’hommes dans une dominante de gris, Picasso, Cézanne, Kontchalovski, Malevitch et Ilia Machkov. Certains sont étranges voire inquiétants.

Kontchalovsky
Ilya Machkov : autoportrait

Une salle met à l’honneur la Ronde des Prisonniers de Van Gogh

On revient à la couleur avec Matisse, ses fleurs, ses natures mortes et le triptyque marocain

Matisse : triptyque marocain

Enfin le cinéma ! Arts, images et spectacles en France 1833-1907 – Musée d’Orsay

Exposition temporaire du 28 septembre jusqu’au 16 janvier 2022

1826 : premières photos de Niepce

1895 : première séance de cinéma des Frères Lumière.

Depuis le milieu du XIXème siècle, les représentations de la réalité évoluent, les images s’animent.

 

Pygmalion et Galatée Rodin

En introduction à l’Exposition, la sculpture de Rodin s’anime sur l’écran comme une blague : la statue quitte son piédestal et devient femme vivante – illustration de cette arrivée du mouvement. Mouvement, transformations et bouleversements dans Paris documentés par la photographie qui témoigne de la construction des Boulevards haussmanniens, de la construction de la Tour Eiffel, de l’enterrement de Victor Hugo ou tout simplement de la circulation Rue Royale.

Caillebotte : Pont de l’Europe

La peinture aussi préfigure le cinéma comme ce passant sur la gauche du tableau qui s’éloigne à grandes enjambées tandis que le train Gare Saint Lazare s’annonce avec son panache blanc.

Pissaro : La Place du Théâtre français

Cadrage cinématographique pour ce carrefour peint par Pissaro vu de dessus. L’idée de mouvement, d’images animées s’impose dans ces séries de photographies, dans les jeux d’animations de disques qui tournent, de photographies stéréoscopiques, même dans la peinture où les personnages virevoltent comme dans la Valse de Valotton

la Valse : Valotton

Valotton illustre cette vie moderne trépidante

Valotton : le Bon Marché

Evidemment, le sujet de l’exposition est illustré par de nombreuses projections qu’il est plus difficile de photographier et de commenter.

Corps en mouvement des gymnastes et athlètes, corps musclés, à saute-mouton, aux agrès à la course. Différentes des images sportives d’aujourd’hui qui font plus de place au record, à la performance qu’aux exercices . Sport masculin et danse. Loïe Fuller est une muse inspirant de nombreuses réalisations, photographies, films mais aussi sculptures ou lampes.

Loïe Fuller

Photographies, et films montrent aussi le corps féminin dans un but érotique et même un esprit voyeur. toute une salle montre films et photos coquines.

Vers la fin de l’exposition on arrive à représentation historique : panorama comme cette bataille de Champigny/Marne(2 décembre 1870) peinture géante de 120 m de long sur 9m de haut (seul un extrait est ici présenté), peinture et films historiques et bibliques.

Après la surprise de la vie quotidienne qui a ravi les premiers spectateurs, les réalisateurs doivent présentent des sujets plus élaborés : au début du XXème siècles les différents genres de cinéma sont développés : comique, érotique, historique, le cinéma est bien là!

Rencontres avec deux artistes palestiniens au Macval : Taysir Batniji et Kamelya Jubran

Exposition temporaire de Taysir Batniji jusqu’au 9-01-2022 au Mac val de Vitry

hannoun (1972-2009) performance installation, photographie couleur, copeaux de crayon
Champ de coquelicot

QUELQUES BRIBES ARRACHEES AU VIDE QUI SE CREUSE

Je suis un très mauvais public pour l’art contemporain.

Si la visite n’avait pas été guidée en présence de Taysir Batniji et commentée par d’excellents conférenciers, je n’aurais sans doute rien compris et j’aurais été très déroutée par cette installation dont le thème est la disparition, l’effacement, l’arrachement, l’absence et l’exil.

Sans titre -1998 – valise sable;
le sable est un leitmotiv dans le travail de Taysir Batnijj
« ma patrie est une valise » Mahmoud Darwich

Dans le vaste espace que le Macval offre à cette monographie, je suis désorientée. Aux murs :  des cadres assez petits et à l’intérieur, des feuilles blanches, des aquarelles minimalistes, sur le mur du fond un grand tableau noir, dans un couloir des photos, au sol une valise pleine de sable, un pavage avec de vrais pavés, un empilement de savons…Des cartels avec du texte, nécessaires. 

Pères
photographies couleurs intérieur de boutiques à Gaza

Heureusement, une conférencière anime la visite. Elle nous conduit à la série de photographies en couleur « Pères« . Très belles photos de simples boutiques ou d’ateliers à Gaza. Entre les marchandises on voit les photographies de famille, les Pères, ainsi que les portraits de leaders politiques ou ceux des martyrs. Ces boutiques sont des lieux de socialisation, ces portraits accompagnent les clients et vendeurs, avec le temps ils jaunissent, puis disparaissent, effacés, arrachés….

aquarelle imitant les traces que les scotchs arrachés ont laissé sur le cadre : disparition de la photo!

Cette disparition des visages joue en « basse continue » dans l’œuvre du plasticien . Taysir joue avec cette disparition, peint à l’aquarelle, un arrachement imaginaire de photos qui ont disparu bien avant que l’oeuvre ne soit peinte. Sans l’intervention de la conférencière, je serais passée complètement à côté.

Les cadres semblant ne contenir que des feuilles blanches nécessite l’initiative du visiteur : si on s’approche, on pourrait deviner les traces en fine gravure des photos effacées d’une noce : celle de son frère. Mais il faut être prévenu pour venir les chercher d’assez près. De même  ce mur noir n’est pas vraiment noir : c’est un assemblage de portraits de martyrs de l’Intifada. C’est seulement les variations de l’éclairage qui font apparaître les visages.

Pour revenir à la « basse continue » qui accompagne la visite : les bombardements aériens sur Gaza qui pilonnent la ville. Toujours comme accompagnement la musique I will survive de Goria Gaynor, provenant d’une vidéo où Taysir s’est filmé dansant sur cette musique, qui se mêle aux bombes.

Un mur ressemble à s’y méprendre à la vitrine d’une agence immobilière avec  description des maisons qui ne sont pas à vendre, elles ont été bombardées et les destructions sont bien apparentes.

« On note la permanence de certains motifs, de certaines procédures plastiques. il y a des arrachements, des vides, des recouvrements, des réserves, des reconstitutions? Des simulacres? Du non fini, de l’inachèvement…. »

selon le livret de présentation

Une autre conférencière a préparé tout un topo sur l’exil, la disparition, citant Pérec et Hannah Arendt, Edward Saïd….je décroche un peu du commentaire très très intello. Intéressant, certes, pour découvrir par moi-même les oeuvres qui n’ont pas été commentées en détail.

L’oeuvre qui m’a le plus émue : ces toiles de peintres ligotées, roulées, rouillées maculées de la trace de la clé de la maison de ceux qui en ont été chassés et qui la conservent précieusement.

Taysir Batniji assis derrière les toiles roulées. Au fond le simulacre de vitrine d’agence immobilière

Cette exposition qui paraît très conceptuelle, difficile à aborder a été un moment très émotionnellement chargé du fait de la présence de l’artiste d’une grande simplicité et gentillesse.

Le concert de Kamelya Joubran s’inscrit dans la suite de l’exposition; La chanteuse palestinienne oudiste, a une démarche similaire à celle du plasticien : 

Kamilya Jubran et Werner Hasler

 

J’aime l’oud et la musique arabe même si je ne comprends pas les paroles . Kamilya Jubran présentait son nouveau spectacle Wa. J’ai du mal à caractériser cette musique : jazz arabe? jazz électronique. Werner Hasler joue de la trompette mais surtout du clavier électronique. j’ai été un peu désarçonnée par l’électro. 

Sur l’appli RadioFrance j’ai trouvé deux podcasts Dans la discothèque d’Ocora et En sol majeur (RFI) Taysir Batniji