L’horizon a pour elle dénoué sa ceinture – Chana Orloff (1888- 1968) – Rebecca Benhamou – fayard

BIOGRAPHIE DE CHANA ORLOFF

Chana Orloff – Autoportrait

Depuis sa rétrospective au Musée Zadkine, j’ai cherché une biographie de Chana Orloff . L’horizon pour elle a dénoué sa ceinture de Rebecca Benhamou est une biographie pleine de sensibilité et d’empathie qui replace la sculptrice dans son contexte.

1910, Chana Orloff quitte la Palestine  pour Paris, prend son indépendance et étudie le dessin et la sculpture après un passage dans un atelier de couture. 

« Paris c’est la liberté, c’est les droits de l’homme et tant d’autres choses[…]A Paris elle sera une femme libre, »

A Montparnasse, elle trouve d’autres artistes juifs, certains parlent hébreu ou yiddisch. Dans la sculpture, elle trouve sa voie comme portraitiste désobéissant à la tradition juive qui interdit de reproduire des images sculptées.

« Observe les visages, Chana. Ne les copie pas, applique-toi plutôt à les lire. Rappelle-toi, panim n’existe
qu’au pluriel. N’est-ce pas lourd de sens ? Sculpte les visages, sculpte les corps, sculpte les vrais gens. Le
reste n’a pas d’importance. » (Soutine)

 Panim, (une petite critique pour l’édition numérique qui reproduit les mots en lettres hébraïques mais qui a oublié que l’hébreu s’écrit de droite à gauche, la lecture en est toute bizarre! )

Portraits : (en haut à droite Otto Rank)

Elle fréquente les « Montparnos »: Foujita, Picasso, Kisling, Soutine, Lipschitz, Zadkine, Modigliani et Jeanne Hébuterne. Dès 1912, elle expose deux portraits au Salon d’Automne.

A Necherith

Oui tu es belle

Ni rose ni lys, ni princesse

Artiste

Le grand amour de Chana Orloff, le poète polonais Ary Justman, proche d’Apollinaire, de Cendrars devient son mari et le père de Didi. Il meurt en 1919 de la grippe espagnole, peu de temps après la disparition d’Apollinaire. Décès de  Modigliani, suivi par Jeanne Hébuterne.

« Après le temps du deuil celle qu’on surnommait l'(aigle a déployé ses ailes »

Elle devient la portraitiste des élites parisiennes. les plus grands posent pour elle

Durant les années folles, Paris est une fête. Chana fréquente les américaines Natalie Clifford Barney, et les Amazones que l’Exposition Pionnières au Luxembourg a mis en lumière CLIC

Romaine Brooks

Et Chana n’a plus que ce mot en tête : Amazone. Elle fait partie de ce groupe. Amazone, c’est ce qu’elle est
devenue.

C’est le nom d’un groupe de femmes, comme elle, habituées à faire cavalier seul. Des femmes qui vivent
avec des femmes, d’autres qui couchent avec des femmes et des hommes, d’autres encore qui s’habillent
comme des hommes, qui redéfinissent radicalement le sens de la féminité.

Le féminisme de Chana, si tant est qu’il existe, est un féminisme muet, que l’on découvre au fil des
portraits qu’elle réalise : 1920, Natalie Clifford Barney. 1921, Claude Cahun, photographe, écrivain, poète.
1923, Romaine Brooks, artiste peintre. 1931, Eyre de Lanux, artiste, écrivain, designer. 1934, Anaïs Nin,
écrivain. 1939, Germaine Malaterre-Sellier, militante, féministe…

Féministe, mais aussi mère. La maternité inspire de nombreuses œuvres.

C’est pourtant un amour si singulier, rétorque Chana. Plus viscéral, plus animal, plus ancré. Pour une
artiste, c’est le plus transcendant de tous les arts. La maternité, c’est insuffler un peu de magie et de grâce
dans la banalité du monde, c’est la plus noble de toutes les créations, c’est l’art par le corps. Comment être
pleinement artiste sans avoir donné la vie, sans l’avoir sentie dans son ventre, dans ses tripes, au plus
profond de soi ? »

En 1926, Chana et son fils obtiennent la nationalité française et la légion d’honneur. Elle fait construire sa maison-atelier Villa Seurat

« projet, réalisé par les frères Lurçat, avait pour but de créer une colonie d’artistes. Cette vie en collectivité a
trouvé indéniablement un écho chez elle, dont la famille habitait encore dans un kibboutz en Palestine.
Elle s’est retrouvée dans la vision moderne de l’architecte Auguste Perret, précurseur dans l’utilisation de béton armé, et lui a confié la construction de sa maison. »

Au fil des années 30, l’atmosphère s’alourdit, l’antisémitisme gagne. malgré les lettres de sa famille qui l’implore de rentrer à Tel Aviv Chana reste à Montparnasse qu’elle ne quitte en catastrophe pour échapper à la rafle en juillet 42. Exil en Suisse. Dès la Libération, elle revient pour trouver la villa Seurat saccagée, ses sculptures blessées. Puis elle se remet au travail et sculpte un homme dans la glaise. Elle l’appellera le Retour.

Il me reste maintenant à découvrir la Villa Seurat mais il faut s’inscrire longtemps à l’avance.

Ce livre va résonner encore longtemps, la première page s’est ouverte au Kibboutz Be’eri, en 2016. Cela me fait frémir.

Le Juif Errant est arrivé – Albert Londres – 1930

.

Albert Londres est peut être le plus célèbre des journalistes. Journaliste d’investigation, il entreprend des reportages au long court. Le Juif errant est arrivé est composé de 27 chapitres correspondant à un long voyage à travers l’Europe, de Londres jusqu’en Palestine. Courts chapitres très vivants, amusants, au plus proche du sujet traité. 95 ans, reste-t-il d’actualité?

« pour le tour des Juifs, et j’allais d’abord tirer mon chapeau à Whitechapel. Je verrais Prague, Mukacevo, Oradea Mare, Kichinev, Cernauti, Lemberg, Cracovie, Varsovie, Vilno, Lodz, l’Égypte et la Palestine, le passé et
l’avenir, allant des Carpathes au mont des Oliviers, de la Vistule au lac de Tibériade, des rabbins sorciers au
maire de Tel-Aviv

La première étape : Londres où arrivent les Juifs de l’Est, émigrants ou « rabbi se rendant à LOndres recueillir des haloukah(aumônes)

pourquoi commencer le reportage à Londres? Parce que, voici 11 ans l’Angleterre s’est engagée par la Déclaration Balfour :

: « Juifs, l’Angleterre, touchée par votre détresse,
soucieuse de ne pas laisser une autre grande nation s’établir sur l’un des côtés du canal de Suez, a décidé de vous envoyer en Palestine, en une terre qui, grâce à vous, lui reviendra. »

A Londres, le journaliste rencontre toutes sortes de Juifs, dans l’East End, les Juifs fuyant les persécutions d’Europe Orientale, des rabbins, des sionistes, des Juifs qui ont réussi, se sont enrichis, ont déménagé dans l’Ouest.. Londres remarque le portrait de Théodore Herzl en bonne place. Sont-ils sionistes?

Théodore Herzl, journaliste à Paris, écrivain à succès. quand éclata en 1894 l’Affaire Dreyfus

 Le cri de « Mort aux Juifs ! » fut un éclair sur son âme. Il bloqua son train. « Moi aussi, se dit-il, je suis Juif. »

Il fit un livre « L’Etat Juif » puis partit en croisade, se précipita chez les banquiers juifs, puis lança l’appel d’un Congrès Universel mais fut dénoncé par les rabbins comme faux Messie. Il gagna Constantinople pour obtenir la cession de la Palestine par le sultan, puis il s’adressa à Guillaume II à Berlin, puis en Russie tandis que Chamberlain lui fit une proposition africaine. 

Cependant :

 » Était-ce bien le pays d’Abraham ? Je pose cette question parce qu’elle est de la
plus brillante actualité. Depuis la conférence de San-Remo, en 1920 (après Jésus-Christ), où le conseil suprême des alliés donna mandat à l’Angleterre de créer un « foyer national juif » en Palestine, les Arabes ne cessent de crier à l’imposture. Ils nient que la Palestine soit le berceau des Juifs. »

Londres n’oublie pas les Arabes.

Après ces préambules, le voyage continue à l’Est : Prague, 

« Prague, sous la neige, est une si jolie dame ! J’y venais saluer le cimetière juif et la synagogue. Ils représentent,
en Europe, les plus vieux témoins de la vie d’Israël. À l’entrée des pays de ghettos, ils sont les deux grandes
bornes de la voie messianique d’Occident. Ce n’est pas un cimetière, mais une levée en masse de dalles
funéraires, une bousculade de pierres et de tombeaux. On y voit les Juifs – je veux dire qu’on les devine –
s’écrasant les pieds, s’étouffant, pour se faire, non plus une place au soleil, mais un trou sous terre. »

[…]
« a le Christ du pont Charles-IV aussi. C’est le troisième témoin de l’ancienne vie juive de Prague. C’était en
1692. Un Juif qui traversait la Voltava cracha sur Jésus en croix. »

presque du tourisme?

pas vraiment parce que dans les Carpathes, il va rencontrer la misère noire, la peur des pogromes, la faim

« Abraham, sont-ce là tes enfants ? Et ce n’est que Mukacevo ! Que cachent les ravins et les crêtes des Carpathes ?
Qui leur a indiqué le chemin de ce pays ? Quel ange de la nuit les a conduits ici ? La détresse ou la peur ? Les
deux. Ils fuyaient de Moravie, de la Petite Pologne, de la Russie. Les uns dans l’ancien temps, les autres dans les nouveaux, chassés par la loi, la faim, le massacre. Quand on n’a pas de patrie et qu’un pays vous repousse, où va- t-on ? »

A partir de Prague, la lectrice du XXIème siècle va peiner avec la géographie, les frontières ont beaucoup dérivé depuis le Traité de Versailles. La Tchécoslovaquie, de Masaryk a donné des droits aux Juifs mais certaines communautés sont tellement pauvres et arriérées que seuls certains s’occidentalisent. La Pologne a institutionalisé l’antisémitisme.

Les trois millions et demi de Juifs paient quarante pour cent des impôts et pour un budget de plus de trois
milliards de zloty, un os de cent mille zloty seulement est jeté à Israël. Un Juif ne peut faire partie ni de
l’administration, ni de l’armée, ni de l’université. Comme le peuple est chassé des emplois, l’ouvrier de l’usine, l’intellectuel est éloigné des grades. Pourquoi cela ? Parce que le gouvernement polonais n’a plus de force dès qu’il s’agit de résoudre les questions juives, la haine héréditaire de la nation emportant tout. Les Juifs de Pologne sont revenus aux plus mauvaises heures de leur captivité. †

Les bolcheviks « protègent » leurs juifs après les pogromes effrayants de Petlioura en Ukraine. 

Albert Londres visite partout, les taudis, les cours des rabbins miraculeux. Il se fait un ami colporteur qui l’introduira dans l’intimité des maisons où un journaliste ne serait pas admis. Dans le froid glacial leur périple est une véritable aventure. Les conditions dans lesquelles vivent les plus pauvres sont insoutenables. Seule solution : l’émigration . En Bucovine, (actuellement Ukraine) loin de toute mer, les agences de voyages maritimes prospèrent :

La misère a créé ici, ces Birou di Voïag. Les terres qui ne payent pas remplissent les bateaux.

Le clou, c’était que les Birou di Voïag ne chômaient pas. La foule, sous le froid, attendait à leurs portes comme les passionnés de Manon sur le trottoir de l’Opéra-Comique.

Et après toute cette misère, il rencontre un pionnier de Palestine, sioniste, décidé, revenu convaincre ses coreligionnaires

Qu’êtes-vous venu faire ici, monsieur Fisher ? — Je suis venu montrer ces choses aux jeunes. Israël a fait un
miracle, un miracle qui se voit, qui se touche. Je suis une des voix du miracle. Il faudrait des Palestiniens dans
tous les coins du monde où geignent les Juifs. Alter Fisher, le pionnier, n’était pas né en Bessarabie, mais en Ukraine. L’année 1919 il avait dix-huit ans.

cette époque j’étais un juif-volaille. Les poulets, les canards, on les laisse vivre autour des fermes. Puis, un beau jour, on les attrape, et, sans se cacher, on les saigne. Le sang répandu ne retombe sur personne. L’opération est légale. En Palestine on m’a d’abord appris à me tenir droit. Tiens-toi droit, Ben ! »

La solution? Pas pour les juifs orthodoxes. Avant de partir pour la Palestine, Londres fait un long détour par Varsovie où il visitera « l’usine à rabbins » et la cour d’un rabbin miraculeux d’où il rapporte des récits pittoresques d’un monde qui va disparaître (mais Albert Londres ne le sait pas). Pittoresques, dépaysants, très noires descriptions mais les écrivains comme Isaac Bashevis Singer en donnent une vision plus humaine.

Le voyage de Londres continue en Palestine où il découvre la ville moderne Tel Aviv, l’enthousiasme des pionniers

On vit une magnifique chose : l’idéal prenant le pas sur l’intérêt. les Juifs, les Jeunes Juifs de Palestine faisaient au milieu des peuples, honneur à l’humanité.

Ils arrivaient le feu à l’âme. Dix mille, vingt mille, cinquante mille. Ils étaient la dernière illustration des grands mouvements d’idées à travers l’histoire….

Ce serait un conte de fées si le pays n’était pas peuplé d’Arabes réclamant aussi la construction d’un foyer

Admettons. Nous sommes sept cent mille ici, n’est-ce pas ? On peut dire, je crois, que nous formons un foyer
national. Comme récompense, lord Balfour nous envoie les Juifs pour y former également un foyer national. Un
foyer national dans un autre foyer national, c’est la guerre !

!… De nous traiter en indigènes !… Voyons ! le monde ignore-t-il qu’il y a sept cent mille Arabes ici ?… Si
vous voulez faire ce que vous avez fait en Amérique, ne vous gênez pas, tuez-nous comme vous avez tué les
Indiens et installez-vous !… Nous accusons l’Angleterre ! Nous accusons la France !…

Albert Londres pointe ici les guerres à venir. D’ailleurs les émeutes sanglantes ne tardent pas. En été 1929, les massacres se déroulent et préludent à toute une série qui n’est toujours pas close. 

Et le Juif Errant?

 

Plaçons donc la question juive où elle est : en Pologne, en Russie, en Roumanie, en Tchécoslovaquie, en
Hongrie. Là, erre le Juif errant.

Une nouvelle Terre Promise, non plus la vieille, toute grise, de Moïse, mais une Terre Promise moderne, en
couleur, couleur de l’Union Jack ! Le Juif errant est tombé en arrêt. Qu’il était beau,

 

C’est donc une lecture vivante, agréable, presque amusante qui, dès 1929 anticipe la suite de l’histoire.

 

 

#J’Accuse…! Jean Dytar – Delcourt

AFFAI

RE DREYFUS

..

C’est un gros  et lourd coffret contenant une grosse BD, comme un dossier. Noir et Blanc, graphisme hachuré pour les cases de BD où sont dessinés les personnages. Dossier de Presse également. 308 pages qui ne se tournent pas si vite qu’on pourrait l’imaginer tant l’information est riche et dense.

Dans la Fronde Séverine rend compte du procès

L’auteur a imaginé le retentissement médiatique de l‘Affaire Dreyfus selon les médias 2.0, d’où le titre sous forme de mot-dièse. Chaque document est présenté comme sur l’écran d’un ordinateur, boutons, fenêtres, ascenseurs mais aussi parfois, likes, commentaires et icones de réseaux sociaux….Et comme l’illusion n’était pas complète, une appli Delcourt Soleil est permet d' »augmenter la réalité » du livre en scannant certaines pages et en accédant aux éditions de la Presse de l’époque. Présentation originale, peut-être anachronique, quoique. En tout cas très vivante. On ne s’ennuie pas en lisant tous ces articles. Et ma lecture fut très longue parce que j’ai utilisé le smartphone avec l’appli Delcourt, mais aussi Wikipédia et même Encyclopédia Universalis.

J’ai donc rencontré de nombreux personnages, les protagonistes de l’Affaire, Le Capitaine Alfred Dreyfus qui n’apparait qu’à la fin, son frère Mathieu dont on reprend les souvenirs (l’Affaire telle que je l’ai vécue), ses soutiens de la première heure Bernard Lazare, Scheurer-Kestner, puis le camp Dreyfusard s’étoffe avec l’intervention de Zola, Clémenceau, Jean Jaurès le soutien de plusieurs journaux, Le Figaro et l’Aurore, La Fronde avec Séverine... je ne peux pas les citer tous. Et bien sûr la Ligue des Droits de l’Homme

Caran d’Ache
…surtout ne parlez pas de l’Affaire Dreyfus…ils en ont parlé

Le camp des Antidreyfusards est très fourni, très organisé. L’auteur leur donne la parole pour qu’on puisse imaginer la violence de l’Antisémitisme, les coups tordus, la mauvaise foi, la puissance de l’Armée, relents de Boulangisme, coup d’état raté mais tenté par Déroulède qui veut convaincre un général de rentrer à l’Elysée (on pense à Trump) . Fake news, la Presse ne recule devant aucune allégation fallacieuse. Attentat contre Labori. Faux et usages de faux jusqu’au bout. Et la morgue des militaires. Sans oublier les caricatures de Caran d’Ache

Pas question ici de revenir sur les épisodes d’une affaire qui a couru sur 5 ans , du 1er Procès de 1894 au procès de Rennes en 1899, mais dont la conclusion devra attendre 1906 (douze ans!) pour la réhabilitation de Dreyfus, et la réintégration de Picquart.

Moi qui croyais les BD réductrices, je me suis bien trompée! C’est un  ouvrage de fond. A lire, relire, faire lire et conserver

 

 

 

 

 

 

 

 

Journal de Nathan Davidoff – Le Juif qui voulait sauver le Tsar – présentation Benjamin Ben David -Ginkgo éditeur

J’ai trouvé ce livre dans le blog de Keisha

Après notre voyage en Ouzbékistan et la visite de la synagogue de Boukhara j’ai été très curieuse de connaitre les Juifs boukhariotes surtout dans le début du XXème siècle avec la Révolution de 1917. Le sous–titre « le Juif qui voulait sauver le Tsar » m’a aussi intriguée.

Nathan Davidoff (1880 -1977) fut un homme d’affaires, un négociant en textiles, un capitaine d’industrie qui a pris d’abord la succession d’une affaire de famille florissante avant d’étendre ses activités à diverses branches.

La Communauté juive de Boukhara a un statut original : dès 1833, les Juifs boukhariotes furent autorisés à adhérer aux guildes commerciales et à résider dans certains territoires de l’Empire russe. en 1866 et 1872, ils obtinrent la nationalité russe. Le territoire du Turkestan ancien (actuel Ouzbékistan) est sur la Route de la Soie, et après la Guerre de Sécession américaine, quand le coton vint à manquer sur le marché mondial, un territoire de plantation du coton. Les Juifs traditionnellement étaient négociants de fils.

La famille de Nathan Davidoff établie à Tachkent et Kokand possédait des carderies et une fortune assez considérable. Le jeune Nathan Davidoff participa d’abord à l’affaire familiale avant de s’établir à son compte. Le journal raconte par le menu l’extension de ses activités commerciales et industrielles. Très gros travailleur, il savait se faire apprécier aussi bien des banquiers que de ses collaborateurs. Plus intéressé par le commerce qu’avide d’argent, il savait négocier les meilleurs prix sans étrangler ni ses clients ni ses concurrents. Il n’hésitait pas à se rendre en personne à Moscou auprès de son oncle d’abord, puis pour son compte personnel. Il a su étendre ses activités à d’autres branches comme les mines de charbon, et une concession ferroviaire pour le transport, des forêts et une scierie….

En bon négociant, il a su rendre service à toutes sortes de personnages, aussi bien dans l’entourage du Tsar qu’auprès des révolutionnaires. Par ses relations, il a eu conscience à temps de ce que la révolution bolchevique était inéluctable. Il a donc essayé de convaincre le Tsar de fuir ou tout au moins de faire passer la frontière à sa famille.

Ces mémoires détaillent les opérations commerciales et financières, il faut lire en diagonale toutes les transactions qui sont répétitives. Mais au fil de la lecture on apprend comment vivaient les Russes à Moscou et à la campagne.

Cependant, il ne faut pas chercher de folklore, ou de description de Boukhara, Tachkent ou Samarcande qui nous font tant rêver. La vie de la communauté juive est plutôt évoquée dans les notes que le petit fils de Nathan a ajoutées. De même, le procès antisémite qui lui fut intenté et qui se termina par un non-lieu.

Ces mémoires sont un témoignage précieux pour qui s’intéresse à cette région d’Asie Centrale et au début du XXème siècle.

Anatomie de l’Affiche Rouge – Annette Wieviorka – SeuilLibelle

ENTRE HISTOIRE ET MYTHE

incipit 

« Le  février Missak Manouchian entre au Panthéon, avec son épouse Mélinée. L’histoire mérite d’être connue et reconnue. Missak, le militant, le résistant est une figure digne d’être honorée. Mais je suis saisie par un double sentiment, celui d’une injustice à l’égard des  autres résistants étrangers fusillés en même temps que lui par les nazis et d’Olga Bancic guillotinée ; celui d’un malaise devant un récit historique qui distord les faits pour construire une légende »

Ce court essai (46 pages) est une leçon d’histoire, rigoureuse.

La légende de l’Affiche Rouge a été construite à plusieurs reprises.

Par les nazis d’abord, qui ne firent pas figurer tous les résistants mais surtout les juifs, ce qui correspondait à la propagande de l’époque. Choisir parmi les résistants du FTP-MOI ceux qui étaient juifs quitte à qualifier Celestino Alfonso de « juif espagnol »de « ne pas mettre sur l’affiche » le français Rouxel. Attribuer un nombre fantaisiste d’attentat à chacun. Les mettre en scène….Sur les 23 condamnés seuls dix figurent sur l’affiche, 7 juifs sur les dix présents alors qu’ils étaient douze sur les vingt trois fusillés…

Tous étaient FTP-MOI . Missak Manouchian ne remplaça Boris Holban qu’en aout 1943. Officiellement, le « groupe Manouchian » n’a jamais existé sous ce nom, affirme l’auteur….

Annette Wieviorka étudie dans le détail les personnalités de ces combattants du FTP-MOI, loin de la légende ou de la propagande sans éluder la trahison .

Légende de l’Affiche Rouge entretenue par le poème d’Aragon publié dans l’Humanité en 1955 dont elle livre une première version. . En 1959 Léo Ferré le met en musique, reprise par de nombreux artistes jusqu’aux rappeurs  et Feu Chatterton.

Légende portée au cinéma  ici encore des libertés sont prises par rapport à l’histoire.

La panthéonisation a privilégié la légende à la vérité historique, privilégié deux héros à la reconnaissance du collectif

« Le « groupe » est donc devenu un couple, plutôt glamour, les « étrangers » les seuls Arméniens ; les Italiens, Espagnols, Juifs de toutes nationalités et les Français, compagnons de ce combat solidaire, passent au mieux au second plan, deviennent invisibles ou noyés dans la vaste catégorie des « étrangers » privés de noms. »

Saine lecture en temps de « réécritures de l’histoire » et de « vérités alternatives »

CHANA ORLOFF – Sculpter l’époque – MUSEE ZADKINE

Exposition temporaire jusqu’au 31 mars 2024

Chana Orloff autoportrait

J’ai découvert Chana Orloff à l’Exposition Pionnières au Luxembourg en 2022, je l’ai retrouvée à Paris de la Modernité au Petit Palais qui vient de se terminer et au Mahj  à l‘Exposition Paris pour école 1905-1940. 

Chana Orloff : L’Amazone

La rétrospective que lui offre la Musée Zadkine est donc bienvenue!

Ce n’est pas tout, il me reste à visiter la Maison Seurat, la Maison-Atelier qui se visite sur rendez-vous pour des visites-conférences.

Noter aussi les 2 podcasts de France culture Talmudiques  – Le Temps de Chana Orloff

Galerie de portraits

Le visiteur est accueilli par une galerie de portraits, plâtres, bois, pierre, bronze, même ciment, Chana Orloff a sculpté les têtes de ses contemporains. Sculpter l’époque, s’intitule l’exposition! Sont-ils ressemblants? sans doute, ils sont amusants, à la limite de la caricature en empathie avec le modèle. Pleins d’humour. la Sculptrice s’amuse particulièrement avec les binoclards à qui elle offre des yeux au-dessus des lunettes!

Ida Chagall

Têtes d’hommes, mais aussi femmes et enfants, elle fait poser son fils Didi et les enfants de ses amis comme Ida Chagall. Des maternités, mères et enfants, mais aussi femme enceinte .

maternité : femme enceinte

Je n’avais jamais vu ses sculptures animalières de toute beauté, oiseaux, inséparables très stylisés, dindon plantureux, caniches et même une sauterelle sinistre évoquant un canon nazi, les sauterelles étaient des plaies d’Egypte!

Sculptures de poche qu’elle a pu emmener quand elle a fui les rafles (juste à temps mais l’atelier sera pillé en son absence).

Danseuses

J’ai surtout été étonnée de la variété des productions, variété des matériaux, des sujets, des styles.

Ô vous Frères Humains – Albert Cohen

Chana Orloff : Didi marin

Marseille, 1905,

« Non, il s’agit d’un souvenir d’enfance juive, il s’agit du jour où j’eus dix ans. Antisémites, préparez-vous à
savourer le malheur d’un petit enfant, vous qui mourrez bientôt et que votre agonie si proche n’empêche pas de
haïr. O rictus faussement souriants de mes juives douleurs. O tristesse de cet homme dans la glace que je regarde. » 

Ce court livre (225 p)donne la parole à cet enfant de 10 ans, percuté par l’antisémitisme alors qu’il aller fêter son anniversaire.

c’est pas ton pays ici, tu as rien à faire chez nous, allez, file, débarrasse voir un peu le plancher, va un peu voir à
Jérusalem si j’y suis.

Amoureux de la France, cocardier, vouant un véritable culte patriotique avec un « autel à la France » le rejet du camelot le touche infiniment. 

Albert Cohen, dans sa vieillesse se souvient de l’errance de l’enfant dans Marseille et tout le livre se déroule en une journée, la « journée du camelot » qui déambule au lieu de rentrer chez lui

Mon héréditaire errance avait commencé. J’étais devenu un juif et j’allais, un sourire léger et quelque peu hagard aux lèvres tremblantes.

Soudain, j’aperçus un Mort aux juifs à la craie sur le mur. Je frissonnai et je m’enfuis. Mais au tournant de la rue, un autre Mort aux juifs.

Un long monologue, une déambulation, Albert Cohen 70 ans plus tard écrit un texte tendre, tragique, mais ne désespère pas. Il n’appelle pas à la vengeance mais à l’intrinsèque bonté qu’il veut trouver dans les humains,

« Dites, vous, antisémites, haïsseurs que j’ose soudain appeler frères humains, fils des bonnes mères et frères en nos mères, frères aussi en la commune mort, frères qui connaîtrez l’angoisse des heures de mort, pauvres frères en la mort, mes frères par la pitié et la tendresse de pitié, dites, antisémites, mes frères, êtes-vous vraiment heureux de haïr et fiers d’être méchants ? Et est-ce là vraiment le but que vous avez assigné à votre pauvre courte vie »

Si vous avez aimé Le livre de ma mère il est de la même veine!

Comment ça va pas? Conversations après le 7 octobre – Delphine Horvilleur – Grasset

APRES LE 7 OCTOBRE….

 

Comme un déchirement, qui s’étire.

Une blessure qui s’envenime.

Besoin de lire, d’écouter des voix amies, familières, je me précipite sur toute lecture amie, Delphine Horvilleur, dès la sortie de son livre, Valérie Zenatti aussi, et puis Albert Cohen, Ô vous, frères humain. 

Des soupçons. Soupçons d’antisémitisme dans ce que je considérais être ma famille politique, soupçons de connivence avec l’impensable, impensable à Gaza pour les otages, impensables massacres.

Delphine Horvilleur écrit :

« Moi par exemple, j’avais l’habitude, sur les réseaux sociaux, d’être une « sale gauchiste, trop libérale, qui
manquait de respect aux traditions ». Je m’y étais faite. Et là, je ne comprends plus rien. L’arbitre a dû changer,
parce que soudain je suis devenue une « raciste, sioniste, complice de génocide ». Parfois, je poste des messages »

Les réseaux sociaux me rappellent sans cesse ce cauchemar. Liker? utiliser cet imoticone qui pleure. Dire que cela ne va vraiment pas, comment?

 

« Oy a brokh’… À mes oreilles d’enfant, ces trois mots suscitaient une étrange conscience d’appartenance. Non
pas à un judaïsme dont je me fichais pas mal, à une tribu ou un groupe religieux, mais à une sorte de confrérie humaine : une fraternité de la poisse, une confédération internationale du pas-de-bol, dans laquelle quoi qu’il arrive je pourrais toujours m’engager. »

Si éloignés des discours martiaux, ces trois mots yiddisch qu’on aurait pu reléguer à un temps révolu. Pas révolu du tout l’antisémitisme qui surgit là où on l’attendait le moins.

« Depuis le 7 octobre, c’est comme si nos langages ne parvenaient plus à dire, nous trahissaient constamment ou se retournaient contre nous. Les mots qu’on croyait aiguisés ne servent à rien, et ceux qu’on croyait doux n’apaisent personne. Les images, caricaturales et manipulables, ont pris le relais, sur nos écrans. Les yeux
subjugués abrutissent un peu plus nos oreilles et nos cerveaux. »

Malgré les trois citations que j’ai copiées, ce n’est nullement un livre pleurnichard, il est parfois amusant, toujours instructif comme ces références aux textes quand Jacob devient Israël, et boiteux…

Une réflexion lucide : Ca ne va vraiment pas!

Il n’y a pas de Ajar – monologue contre l’Identité – Delphine Horvilleur

LITTERATURE FRANCAISE

Rothko – rouge

« À travers Ajar, Gary a réussi à dire qu’il existe, pour chaque être, un au-delà de soi ; une possibilité de refuser cette chose à laquelle on donne aujourd’hui un nom vraiment dégoûtant : l’identité. »

Depuis que j’ai lu Vivre avec nos morts   je suis fan absolue de Delphine Horvilleur dont je connais la voix avec les podcasts de Radio France. 

Ses prises de position sur l’Identité vont à contrario des tendances actuelles où chacun se définit selon un séparatisme inquiétant justifiant les censures les plus inquiétantes quand ce ne sont pas les pires violences.

« Qui veut réaliser la volonté de Dieu ? Qui ? Qui veut venger l’honneur du prophète ? Qui veut évangéliser
l’Amérique ? Qui veut poser des petites maisons en Cisjordanie ?… Qui ? Et soudain, on est entouré de gens qui ne manquent pas d’air : une foule de gens hyper-connectés à la volonté de Dieu, qui savent parfaitement te l’interpréter comme s’ils faisaient partie de Sa garde rapprochée. »

Delphine Horvilleur a choisi un angle d’attaque original : le cas Ajar/Romain Gary  pour démontrer les identités multiples. Romain Gary lui parle personnellement 

Depuis des années, je lis l’œuvre de Gary/Ajar, convaincue qu’elle détient un message subliminal qui ne s’adresse qu’à moi.

Personnellement j’ai aimé La Vie devant soi et la Promesse de l’Aube, mais je ne fréquente pas avec autant de constance les œuvres de Gary/Ajar. J’ai donc suivi Delphine Horvilleur avec beaucoup d’intérêt mais il faudrait que je relise Gary.

Ensuite, sûrement je reviendrai à Il n’y a pas d’Ajar qui est un texte concis mais très profond. Et même si on ne lit pas Romain Gary, tout ce qui traite de l’Identité ou plutôt « contre l’identité » est absolument essentiel par les temps qui courent. 

De Mirleft à Amtoudi

PLAGES DE L’ATLANTIQUE – MONTAGNES DE L’ANTI-ATLAS

Strates colorées dans le désert près d’Amtoudi

De Mirleft à Amtoudi : 156 km

A l’aventure à travers les montagnes, nous empruntons la route du village d’Ali et  la randonnée jusqu’au petit col d’où l’on découvre toutes les plages de la côte. Le paysage est somptueux avec les lignes de crêtes. Le GPS avait proposé deux itinéraires, l’un par Tiznit, un autre par Sidi Ifni et Goulimine. Nous passons outre : notre petite route est bien goudronnée, la circulation est inexistante et c’est une belle promenade. Le GPS s’adapte ensuite, tant mieux parce que la signalisation est en arabe et en tamazight !

En gagnant de l’altitude le paysage reverdit un peu, il y a quelques oliviers. La P1907 traverse une plaine finement labourée avec de grands arganiers. Les puits sont cimentés où se dirigent des petits ânes chargés de bidons. Nous rejoignons ensuite la P1903 qui vient de Sidi Ifni et passons l’oued Tiguini, puis une montagne boisée. P1911 : chantier important ; on construit quelque chose d’énorme route ou barrage hydraulique, impossible à définir.

Nous rejoignons la N1 (Casasblanca – Agadir – Dakhla) près de la petite ville d’Akhasss, aux arcades ocre-rouges. Les commerces sont tous fermés (c’est dimanche). A la sortie de la ville, un tracteur laboure – première manifestation de la mécanisation depuis Massa et les serres. La grande route descend une sorte de défilé avec de nombreux virages entre des versants où la roche est à nu et tous les arganiers morts desséchés. Sur cette route importante circulent de nombreux cars qui assurent la liaison Casablanca Laayoune ou Dakhla, de gros camions aussi. Ce n’est pas le trajet le plus agréable mais on avance bien. 25 km jusqu’à Bouizarkane (altitude 613 m, 14.000 ha) dans une plaine vide au pied de chaines de montagnes imposantes. Au pied des montagnes les villages qui se blotissent sont entourés de verdure. Aux alentours de Timolay, les moulins à huile se succèdent.

A l’entrée de chaque agglomération, la Gendarmerie Royale installe un barrage. Nous sommes toujours passées sans encombre, mais à l’entrée de Timolay, on nous fait signe. « Papiers du véhicule, permis de conduire, passeports ! – vous êtes en infraction de vitesse ! ». Incrédule, Dominique explique qu’elle ne peut pas descendre du véhicule. Arrive le chef. « Ce n’est pas vrai ! » Le chef montre son téléphone, 75 km/h au lieu de 60 en agglomération. Il est vexé de la contestation puis temporise « c’est une figure de style ! » Amende 150dh à payer immédiatement. Il consulte le fichier, c’est notre première contravention, pardonnée !

Après Timolay, les euphorbes ont complètement disparu, il reste seulement quelques buissons desséchés épars sur le cailloutis. De chaque côté de la route les strates des massifs montagneux sont visibles avec des couleurs variées, des petits bancs plus durs en relief. On pourrait dresser la carte géologique à la jumelle. Géologie et technicolor. Bancs ocres, marnes vertes plus tendres, la lumière fait chatoyer les couleurs : un versant à l’ombre, est plus mauve, en face plus doré.

Ifrane-Atlas- Saghir (12.000 ha) est précédée par des ruines mal définies.

Selon Internet c’est le lieu d’une communauté juive importante et d’un pèlerinage

« Selon la tradition orale, Ifrane Anti-Atlas serai la plus ancienne présence juive au Maroc. Les israélites ont quitté la Palestine au temps de Nabuchodonosor, roi de Babylone après la première destruction du temple en 587 av.J.C. Ils traversèrent l’Egypte et la bordure septentrionale du Sahara, puis parvinrent au rivage atlantique de l’Anti-Atlas en 361 avant Jésus-Christ et s’installèrent en premier lieu dans les grottes en bordure de l’assif (rivière) Ifrane, et ce, après qu’ils aient pu acheter l’autorisation de s’installer aux autochtones amazighs.

Point stratégique important pour le commerce des caravanes soudanaise, le Mellâh d’Ifrane est devenu prospère entre le 18ème et le 19ème siècle sous l’influence de Tassourt (Essaouira / Mogador ____ Le Rabbin Youssef ben Mimoun (qui serait mort en l’an 5 av.J.C.) fut l’un des plus vénérés saints juifs dont la réputation attire encore aujourd’hui chaque année des touristes juifs venant des quatre coins du monde.

Dans les années soixante les derniers juifs ont quitté Ifrane en direction d’Israël, les vieux du village se souviennent encore des adieux pénibles car -loin de toutes considération religieuse ou autre- ces juifs berbères faisaient tout simplement partie de l’histoire et la culture d’Ifrane d’Anti-atlas, ils avaient vécu avec eux dans la paix le respect et la fraternité… Aujourd’hui, des pèlerins continuent à venir vénérer les tombes des saints enterrés au cimetière. »

Conseil Régional du Tourisme Guelmim Résidence Sahara Tél / Fax : 028873812 – WWW.crt-guelmim.com – www.portailsudmaroc.com

C’est jour de marché à Ifrane. Le souk occupe toute la rue principale. Toute sortes de marchandises sont exposées sur les trottoirs et même sur la chaussée : grillage, plomberie, arbres en motte prêts à être plantés : oliviers, orangers, paille dans  les ruelles adjacentes et, derrière, des animaux moutons et chèvres. Ce marché me fascine mais je n’ose pas descendre de voiture : il n’y a que des hommes et je suis en T-shirt bras nus. Deux femmes très élégantes nous expliqueront plus tard que « le matin c’est le marché des hommes, l’après midi le marché des femmes ». Elles se sont apprêtées pour le « marché des femmes » leurs voiles sont très colorés et à ramages, elles en superposent plusieurs. Autour de la tête, un linge fin et blanc qu’elles remontent pour cacher le bas du visage et la bouche.

Le marché occupe si bien la chaussée que nous ne savons plus où nous diriger quand le GPS nous ordonne de tourner ; On fera trois fois le tour d’un pâté de maison avant de sortir du marché.

A la sortie d’Ifrane : miracle, l’eau coule dans une rigole cimentée !. Il y a des oliviers, des jardins, un peu plus loin, une palmeraie. C’est là que nous allons pique-nique. Petite promenade dans al palmeraie mais je ne passe pas inaperçue. Des hommes sortent de leurs jardins. Encore ici, je sens que ma tenue n’est pas appropriée.

Il reste encore une trentaine de kilomètres jusqu’à Amtoudi. Les montagnes se resserrent et deviennent plus spectaculaires. Le gros piton rocheux portant un grenier se voit de loin.

Amtoudi

Le village est encaissé à l’entrée d’un canyon. L’oued est à sec mais il reste assez d’humidité pour que de jolis petits champs d’orge bien verts égaient le paysage. Le gros rocher portant l’agadir domine le village. Les fortifications se distinguent très bien d’en bas.

Un quartier du village avec la mosquée se tasse à l’ombre d’une falaise. Hassan chez qui nous devons habiter habite de l’autre côté de l’oued sur le versant ensoleillé. Il nous attend près du pont mais il faut garer la voiture bien loin de sa maison et continuer à pied par un sentier bien pentu et malaisé.

Chez lui, comme il l’avait assuré au téléphone, c’est bien au rez de chaussée et à plat. Mais encore faut-il y parvenir ! Hassan mesure la difficulté et téléphone au Camping-Hôtel Amtoudi. Il y a de la place, nous logerons là. A l’arrière d’une vaste esplanade aménagée pour les camping-cars avec bornes électriques et arrivée d’eau. A l’arrière, un grand bâtiment avec un très vaste restaurant et un patio où s’ouvrent 4 chambres et des sanitaires communs, buanderie …Notre chambre possède une salle d’eau avec WC et douche (300 dh la nuit ou 300dh/px en demi-pension).

On est gênées pour Hassan parce que sa femme avait préparé un couscous. Demain, je partirai avec lui en trek (3 visites le pique-nique pour 500dh)

Nous sommes soulagées. L’hébergement n’a aucun charme particulier, c’est plutôt genre Auberge de Jeunesse mais il a le mérite d’être accessible et disponible. La veille une douzaine de motocyclistes avaient occupé toutes les chambres.

Pour diner, un délicieux couscous-poulet avec un grand plat de légumes que nous apprécions plus que la viande. Le serveur est vraiment très gentil. Tout s’arrange au Maroc ! les villageois sont solidaires et s’entraident.