L’histoire commence le 24 juillet 1943 tandis que les combats font rage en Sicile et se termine , le jeudi 2 décembre 1943 avec la déportation des Juifs. Entre temps, la situation politique et militaire est très confuse : juillet, Mussolinidémissionne, le Roi prend le commandement des armées avec Badoglio. Début septembre, les Allemands occupent Bologne, la République est proclamée et les fascistes sont de retour sous la coupe des occupants.
« Mais qu’est-ce qui se passe ? – Mussolini est tombé, dit l’agent. – Il s’est fait mal ? demanda De Luca. Les
policiers échangèrent des regards perplexes avant de se mettre à rire. – Mais non ! Le gouvernement est tombé. »
L’auteur rythme le récit de l’intrigue policière par les titres du journal local, Il resto del Carlino, évènements marquants aussi rationnement alimentaire, sortie de films et même émissions de la radio.
Le commissaire De Luca est un policier consciencieux, en cherchant à démanteler un réseau de marché noir, il butte sur un cadavre. Cadavre sans tête. Suivant son flair d’enquêteur, il découvre une tête sans corps. Affaire résolue? Pas du tout, la tête n’est pas celle du cadavre! De Luca se laisse emporter par cette énigme malgré la réticence de ses chefs.
« Alors qu’il peut arriver n’importe quoi… les fascistes, bon, ceux-là, maintenant… mais les communistes, qui sait, bref, il peut arriver n’importe quoi et nous, au lieu d’aider à garder la situation en main, on va à la chasse… de quoi, De Luca, mon garçon, de quoi ? «
Alors que les bombardements font des dizaines de victimes civiles, que les combats dans le sud de l’Italie sont meurtriers, que des italiens sur le front de l’Est ne reviendront pas, qui se soucie de l’assassinat de deux inconnus? Même s’ils deviendront quatre. Et encore moins s’il s’agit d’un Trafiquant de marché noir, un aristocrate débauché, joueur et de trafic de cocaïne! La corruption gangrène aussi bien les autorités. Et surtout quand on découvre que l’une des victimes était un juif et l’autre un albanais, c’est connu, les Albanais ont un code, le Kanun, qui dicte des vengeances cruelles!
« Un apatride et un interné. Qui ça intéresse ? Je ne peux pas nier qu’on l’aurait fait encore, mais faites-moi
confiance, je n’aurais choisi que des gens comme ça. Juifs, exilés, réfugiés, internés, deux ou trois, quatre au
maximum, pas plus. Qui ça intéresse ? Qui en sent le manque ? »
Alors que dans les rues on défile en chantant Bandiera Rossa
une inscription à la peinture rouge sur le mur, “Nous voulons des pâtes et de l’huile, Badoglio et le roi à la cave, le Duce à la guillotine”,
Dans les bureaux des chefs, on complote, on cache les portraits du duce compromettants, on organise sa fuite et on met à l’abri ce qui peut être utile. On se défile de ses responsabilités. Cachotterie, copinages, corruption à tous les étages, même menaces. J’ai eu un peu de mal à identifier qui était milice, police, fascistes. Peut-être, cette confusion est intentionnelle? Quant au fichage des Juifs, personne ne veut ouvertement prendre la responsabilité de transmettre une liste aux Allemands mais tout le monde se moque de leur sort.
Un polar addictif, une lecture qu’on ne veut pas lâcher. J’ai aussi appris beaucoup sur la vie quotidienne sous les bombes. De nombreux détails sont marquant. Saviez-vous qu’en 1943 un film est sorti dans les salles « la vie est belle? »
Quand revient le mois de mai, revient le Mois de la littérature italienne/ Il Viaggio initié par Eimelle d’abord, puis administré par Martine, il a changé récemment de nom pour intégrer la cuisine et la culture italienne. J’attends chaque année ce rendez-vous qui est aussi celui de mes auteurs italiens préférés. Chaque année je lis un livre (ou plus) de Camilleri, d‘Erri de Luca, et j’en découvre d’autres sur les conseils des blogueuses.eurs.
J’ai découvert Erri de Luca avec Montedidio qui m’a incité à partir illico pour Naples, j’ai fait confiance à l’auteur et ai rarement été déçue quoique ses romans napolitains sont mes préférés. Impossible et les textes écrits pendant le confinement Le Samedi de la Terre ont aussi trouvé un écho militant et écologique qui m’ont parlé. Récemment j’ai écouté sa voix dans des podcasts de Radio France : L’Heure Bleue.
Grandeur nature est un recueil d’une vingtaine de nouvelles et textes courts souvent autobiographiques, sur le thème du rapport père-fils. Erri de Lucamême septuagénaire, se considère toujours un fils puisque qu’il n’a jamais eu d’enfant.
Chagall – Portrait du Père
Le texte GRANDEUR NATURE s’ouvre sur le portrait du père de Chagall avec l’émancipation du fils qui s’exile, de sa ville et de sa langue, le yiddisch, mais il se mêle au texte biblique du sacrifice d’Abraham et de l’obéissance d’Isaac qui se laisse lier, attacher pour le sacrifice . Obéissance insensée.
N’existe-t-il pas de légitime défense contre son père, n’existe-t-il pas un droit de rébellion ? Est-ce bien moi qui ai écrit cette phrase, démenti de moi-même, des jeunes d’une génération qui s’est insurgée contre les pères ?
Je n’arrive pas à adhérer aux références au textes sacrés et surtout à l’hébreu bibliques. Pourquoi donc traduire lecaved en « donner du poids » et non pas en « honorer »? Quand on félicite quelqu’un « col hacavod » c’est un honneur et non pas une charge! peut être mon hébreu moderne parasite la lecture religieuse. La recherche du sacré dans les textes m’est totalement étrangère et même m’agace un peu. Ironie de cette référence quand je lis plus avant dans le livre le chapitre sur Mai 68
Un court texte intitulé Note rappelle que Marc Chagall et Stravinsky étaient détenteurs d’un passeport Nansen
« Un apatride est quelqu’un qui perd sa nationalité par privation d’État. En Italie, les lois raciales de 1938 la retirèrent aux personnes d’origine juive. Nansen reçut le prix Nobel de la paix en 1922 pour le passeport qu’il avait voulu et réalisé. »
Utile rappel dans l’Italie de Meloni!
Dans Notion d’Economie, Erri de Luca raconte son enfance, son éducation, les rapports à l’argent que lui ont transmis ses parents.
le texte suivant raconte les enfants misérables de Naples. Erri de Luca n’est jamais meilleurs que quand il raconte sa ville.
le Tort du Soldat est une histoire plus longue, tirée d’une version théâtrale ancienne. la culpabilité peut-elle se transmettre à travers les générations? La fille doit-elle porter le lourd héritage du père (alors qu’on lui a caché le tort?). Ici aussi, j’ai calé aux références de la kabbale. Décidément je suis anticléricale totale! le nazi se penchant sur la kabbale, très tordu!
MERCI est une histoire sur la relation mère/fille que j’ai bien aimé.
UNE EXPRESSION ARTISTIQUE illustré par un pavé lancé : Qui chute Anvidalfarei
1968 fut l’année académique du pavé extrait de sa base et projeté en l’air.
nous étions nombreux, enfants de l’après-guerre, de l’élan d’un peuple à se reproduire après les décimations. Nous étions aussi la première génération cultivée en masse. Les deux vertus réunies étaient incendiaires.
Continuons le combat ». De là aussi le nom de l’organisation révolutionnaire italienne qui a suivi : Lotta Continua
Expression artistique : il cite les artistes qui ont donné des oeuvres pour la lutte :
On me demande parfois ce qu’il en a été de ce temps-là, ce qu’il a laissé. Je réponds : le vide, celui du trou des
parasols retirés à la fin de l’été, profond, même beau à voir, avant que le sable le recouvre sans laisser de trace.
Erri de Luca ancien militant soixante-huitard m’intéresse décidément plus que l’exégèste de la Bible. Et Impossible m’a plus accrochée.
« Ce n’est pas un affrontement entre flics et grévistes qui dégénère, c’est quelque chose qui remonte des tréfonds de notre histoire. Les gens sur la place de la Victoire ont complètement oublié les demandes d’augmentation. Ils se battent maintenant contre l’injustice, contre ce qu’ont subi leurs parents, leurs grands-parents et toutes les générations avant. Les policiers en face, eux, tout ce qu’ils voient, ce sont des Noirs qu’il faut remettre à leur
place ! »
[…]
Le 27 mai, c’est la date anniversaire de l’abolition de l’esclavage en 1848,
Qui connaît le massacre du 26 au 28 mai 1967 sur la Place de la Victoire à Pointe-à-Pitre?
Au cours de notre visite en touktouk de Pointe-à-Pitre, Baptiste, notre guide a immobilisé le touktouk pour nous montrer la fresque et nous conter cet épisode tragique de l’histoire de la Guadeloupe.
Le livre de Cantaloube tente de nous éclairer sur cet épisode oublié de l’histoire récente. Oublié ou occulté? Le décompte des victimes n’a même pas été établi, 8 morts, officiellement, une centaine, avance ChristianeTaubira, peut-être davantage. Sans compter les arrestations, et l’emprisonnement en Métropole de syndicalistes et militants et même de personnes n’ayant pas pris part aux manifestations.
Ce n’est pas un livre d’histoire, mais une fiction. l’auteur est toutefois très bien documenté et livre ses sources.
Trois personnages principaux interviennent : un journaliste ancien flic, un barbouze émargeant aussi bien à la CIA que dans les officines parisiennes d’ultra droite, un ancien truand corse, marseillais, spécialiste des convois de drogue, reconverti skipper transatlantique pour les yachts de luxe. Tous trois connaissent les coups tordus, le maniement des armes, savent donner des coups (et les encaisser). Nous allons suivre les aventures de ces tristes sires en Guadeloupe d’abord, puis à Paris avec combats de rue et barricades de Mai 68. Une France qui s’ennuie comme on l’a dit à la télé? Peut être que la Guadeloupe n’est pas tout à fait la France? En tout cas l’Etat de Droit n’y règne pas vraiment.
Loi du genre, le roman sera bien arrosé de rhum et d’hémoglobine. Ce n’est pas vraiment ma tasse de thé. Je me serais passée des vengeances personnelles. Mais l’aspect trouble de cette période, les personnages comme Foccart, les dessous pas très propres de la France sous De Gaulle sont très bien évoqués.
Grande fresque historique (624 pages) qui se déroule à Saint-Domingue de 1770 à 1793 jusqu’à la guerre civile puis à La Louisiane 1793 – 1810.
« Danse, Zarité, danse, car un esclave qui danse est libre… aussi longtemps qu’il danse », me disait-il. Moi, j’ai toujours dansé. »
Deux récits s’entremêlent, celui de Zarité , l’esclave mulâtre, et celui de son maître, Toulouse Valmorain qui débarque de Paris pour prendre la succession de son père à l’Habitation Saint Lazare – une plantation sucrière.
« Vous avez la chance de ne pas être un planteur, dit Valmorain. Je n’aime pas l’esclavage, je vous l’assure, et j’aime encore moins vivre ici, mais il faut bien que quelqu’un dirige les colonies pour que vous puissiez sucrer votre café et fumer un cigare. En France, on profite de nos produits, mais personne ne veut savoir comment on les obtient. »
L’auteure Isabel Allende est chilienne, le livre est donc traduit de l’Espagnol ce qui me change de la littérature caraïbe que j’ai lue jusqu’à présent : Chamoiseau, Maryse Condé ou Simone Schwartz Bartdont le style intégrait les influences créoles. Lecture plus fluide, mais moins dépaysante. Saint Domingue était à moitié espagnole et la Louisiane colonie espagnole, une partie du roman se déroule à Cuba.
Décentrement aussi de l’action, L’île sous la mermet en scène les planteurs, les Grands Blancs, les autorités militaires, et toute une bourgeoisie urbaine avec les cocottes qui apparaît beaucoup plus marginalement dans les romans précédemment cités où narrateurs et personnages principaux étaient plutôt des esclaves, des noirs, et des gens très simples.
Roman historiqueet aussi roman d’amour : les histoires d’amour occupent une grande place dans le récit. Amour maternel surtout: Zarité met au monde deux enfants dont le maître est le père, elle élève le fils de son maître et de sa femme décédée comme ses propres enfants. Relations entre le maître et l’esclave, achetée à 9 ans, violée à 11….Amour de Zarité pour un esclave qui s’enfuira et deviendra lieutenant de Toussaint Louverture. . A propos de Toussaint Louverture, j’aurais aimé en savoir plus!
j’ai aussi bien aimé les personnages du médecin, le docteur Parmentier, et de Tante Rose, la guérisseuse de Saint Lazare, détentrice d’un savoir ancestral, et aussi de pouvoirs occultes.
« Depuis le seuil, Tante Rose a vu le Baron Samedi et un frisson l’a secouée, mais elle n’a pas reculé. Elle l’a
salué par une révérence, en agitant l’asson avec son cliquetis d’osselets, et lui a demandé la permission de
s’approcher du lit. Le loa des cimetières et des croisements de chemins, avec sa tête blême de mort et son chapeau noir, s’est écarté, l’invitant à s’approcher de doña Eugenia ; celle-ci respirait comme un poisson,
trempée, les yeux rougis par la terreur, luttant contre son corps qui faisait du mieux qu’il pouvait pour libérer le bébé, tandis qu’elle le retenait en serrant avec force. Tante Rose lui a mis l’un de ses colliers de graines et de
coquillages autour du cou et elle lui a dit quelques mots de réconfort, que j’ai répétés en espagnol. Puis elle s’est
tournée vers le Baron. »
La deuxième partie du livre se déroule en Louisiane, une plantation sucrière, des esclaves…Tous les personnages, ou presque vont se retrouver. la Louisiane devient française, pour peu de temps, puis américaine…
Le Mémorial ACTe peut se visiter comme un musée retraçant l’Histoire de l’esclavage, l’Histoire de la Guadeloupe en particulier, de Sumer à l’Abolition. Il peut aussi se visiter comme un pèlerinage. Ou même comme un Musée d’Art Moderne.
Habillé d’une résille métallique, admirablement situé sur le bord de l’eau, un peu à l’écart de la ville sur le site de l’ancienne Usine Darboussier, la plus grande sucrerie de l’île.
Il faut abandonner les sacs dans les casiers, appareils photos, caméras et smartphone interdits. L’hôtesse équipe le visiteur d’un casque-audioguide compris dans le prix d’entrée (7€/solo – 10€ pour deux)
LA CONQUÊTE
On découvre la petite Vierge noire de Guadalupe qui a donné son nom à l’Île à la suite d’un vœux de Christophe Colomb.
Quatre personnages – quatre destins – accueillent le visiteur Juan Garrido, le conquistador noir, Francis le Wolof, esclave allié aux Amérindiens pour lutter contre les Espagnols, Louis le Marron qui a vécu avec les Amérindiens Caraïbes, Jean Le Portugais. Ces personnages surgissent d’écrans, ils interpellent le visiteur en racontant leur histoire.
La salle suivante montre la diversité des populations précolombiennes, l’occupation progressive des Antilles. D’abord, la conquête espagnole qui commence à Hispaniola (Haïti), Porto Rico et Cuba. Anglais et Français arrivèrent plus tard et conclurent d’abord des alliances avec les Indiens Caraïbes. Le Traité de Basse Terre (1660) concède la Dominique et Saint Vincent à ces derniers ?
Dans les vitrines sont exposées armures et arbalètes.
Une autre vitrine « Taïno et Kalinago » présente les trésors des Amérindiens, pectoral en or, objets usuels et objet des chamans.
Au mur, des œuvres contemporaines posent la question : « Le noir est-il une couleur ? » . L’œuvre La voleuse d’enfant de Thierry Alet est une sorte de mosaïque avec un code couleur sur fond noir. Les œuvres contemporaines dispersées à travers les collections historiques m’intéressent quoique cette installation ne m’a pas parlé.
Pirates et Forbans raconte une autre histoire avec une projection d’une bataille navale sur un mur. La tradition de la piraterie aux Antilles s’est poursuivie jusqu’au XIXème siècle.
VERS L’ESCLAVAGE
Je reconnais le téléfilm La Controverse de Valladolid de JC Carrière, dont je garde un souvenir très vif 30 ans après l’avoir vu. Une spirale des temps de l’esclavage commence dès le IV ème millénaire à Sumer, en passant par les Hittites, Egyptiens, la Grèce, Rome jusqu’aux temps modernes de la Traite Atlantique où 12 à 13 millions de Noir ont été victimes de la traite en trois siècles. Cette énumération est ponctuée de quelques trêves abolitionnistes comme en 539 av JC la proclamation de Cyrus ou l’affranchissement par Louis le Hutin.
l’arbre de l’oubli – Pascale marthine Tayou
L’arbre de l’Oubli : installation de Pascale Marthine Tayou , me ramène à Ouidah (Bénin) . Malgré l’interdiction de prendre de photos je sors mon téléphone de sa cachette et découvre que je ne suis pas seule à le photographier.
PASSAGE DU MILIEU
Un couloir noir, éclairé de rouge va faire imaginer au visiteur l’horreur de laTraversée.
En sortant du Sas, on arrive dans une salle dédiée au CODE NOIR dont une page est projetée au mur. L’œuvre de Pélagie Gbaguidimontre le Code Noir comme une blessure physique. Tandis que la tapisserie d’Abdoulaye Konaté : l’Homme biométrique montre des hommes couchés de toutes couleurs. Les œuvres contemporaines sont plus présentes et apportent une charge émotionnelle croissante : ces entraves aux pieds, ces anneaux sont-ils réels ou figurés ? Insensiblement je zappe les informations chiffrées, les cartes pour être emportées par ces créations contemporaines qui font partie intégrante du parcours dans le musée.
kara Walker : the Palmetto Libretto
LA SOCIETE D’HABITATION montre les conditions de vie des esclaves et celles des maîtres ? Après un tableau d’époque montrant la baignade des belles dames, on voit la case des esclaves en branchages. Le polyptique de Kara Walker : The Palmetto Libretto est d’une grande violence. Une projection raconte la Journée d’un esclave.
DE LA CONTESTATION A LA REVOLTE
Est illustrée par Two feathers de Frohawks
L’histoire des idées n’est pas oubliée Au XVIIIème siècle, Les idées des Lumières mais aussi l’apogée de la déportation des Africains et le maximum de l’esclavagisme la contestation de l’esclavagisme se fait parmi les Encyclopédistes comme dans la Franc Maçonnerie, Une salle est dédiée à la Franc Maçonnerie qui a joué un rôle important malgré la division au sein des loges entre conservateurs esclavagistes et abolitionnistes. De même l’acceptation des gens de couleur au sein des loges ne s’est faite que progressivement et tardivement.
En face, Santeria du cubain Santiago RodriguezOlaZabalainsi que la présentation des tambours voisines rappelle les origines africaines et le vaudou et nous mène logiquement au Carnaval avec ses costumes colorés variés parfois effrayants.
carnaval
En face, la salle consacrée à l’Eglise et l’Esclavage est plus ambiguë surtout dans l’intention de « l’évangélisation des sauvages » prétexte à la Colonisation. La profonde religiosité des descendants des esclaves ne m’a pas paru suffisamment expliquée.
LE TEMPS DE L’ABOLITION
J’aurais dû passer moins de temps dans les premières salles pour avoir encore la disponibilité de prendre des notes. Cette période est très riche et passionnante. Je n’ai noté que le nom des œuvres contemporaines.
Le parcours chronologique reprend avec la célébration de Toussaint Louverture :
Toussaint Louverture de Mario Benjamin (Haïti) est violent, impressionnant comme la composition de Shuck One qui rappelle la Bataille de Guadeloupe en mai 1802 lors du rétablissement de l’esclavage.
La fin du parcours célèbre Thomas Clarkson et Victor Schoelcher
On passe à l’histoire post-esclavagiste avec une représentation de l’Usine Darboussier, la plus grande sucrerie de l’île, puis distillerie où on a installé le Mémorial, l’arrivée d’une main d’œuvre importée….
Puis l’évolution de l’image des noirs de l’abolition à nos jours
J’aurais pu, si j’en avais eu encore l’énergie et la concentration, entendre les voix et lire Aimé Césaire, Senghor, ou Miriam Makéba. La citation de Wolé Soyinka sur la Tigritude répond au concept de négritude développé par Césaire et Senghor.
Une visite n’est pas suffisante pour épuiser les richesses du MACTe/Il faudrait revenir.
J’ai préféré passer plus de temps à regarder l’exposition de Ronald Cyrille AkaB ;Bird artiste invité 2022 -2023 au MACTe. B.Bird est le pseudonyme de l’artiste né en 1984 à Saint Domingue, il est arrivé en Guadeloupe . Il a étudié et il vit en Martinique. J’ai beaucoup aimé les collages roue/blanc/noir évoquant l’esclavage : hommes découpés, corps étirés, torturés. D’autres œuvres sont très différentes touffues, très colorées rappelant la nature exotique, les couleurs caribéennes avec des jaunes acides bleus turquoise. Images violentes, homme-coq, hommes-chiens avec des dents très visibles. Images violentes.
Portrait de Senghor , Hostie Noires 2021 Roméo Mivekannin
Dans cette exposition Senghor et les Arts on apprend peu sur l’homme que fut Senghor, ses apprentissages, ses études ou sa famille. Senghor est présenté ici, comme président qui donna une importance capitale à la culture, l’inscrivant dans son gouvernement. Il était combattant de la négritude, concept inventé par AiméCésaire, courant vivant de métissage paritaire, civilisation de l’universel.
Modou Niang – Oiseau mystique – tapisserie de Thiès
L’exposition du Quai Branly fait m’inventaire des réalisations comme la Manufacture des tapisseries de Thiès, le théâtre national Daniel Sorano (1965), L’école de Dakar proposant des enseignements de théâtre et de danse, Ecole de danse Mudra-Afriqueen collaboration avec Béjart….
Hosties Noires – installation rendant hommage aux tirailleurs sénégalais à Châlons en Champagne
le Festival mondial des Arts Nègres de Dakar (1966) est un aboutissement « rendre visible l’homme noir dans sa diversité«
Diverses expositions d’artistes occidentaux se tinrent à au Musée dynamique de Dakar : Picasso, Soulage, Hundertwasser, Chagall.
Parallèlement une exposition au Grand Palais à Paris a mis à l’honneur les artistes sénégalais.
Cherif Thiam1973
Toutefois, Senghor fut contesté surtout dans la mouvance de 1968 en dénonçant les connivences avec la France et exigeant plus de visibilités pour les mouvements anticolonialistes.
Senghor poète
Balafons et koraillustré par Masson
Un autre aspect de l’exposition est l’édition des poèmes de Senghor illustrés par les artistes les plus renommés de l’époque , Chagall, Masson, Hartung, Soulage, Vieira da Silva, …
Poème illustré par Zao Wou Ki
j’ai beaucoup aimé cette reine de Saba de Etienne Hadju. je regrette que la photo ne soit entachée d’un reflet parasite
Reine de Saba – Etienne Hadju
j’ai aussi bien apprécié l’exemplaire de l’hebdomadaire le UN avec la participation de Mamadou Diouf, de Mohamed Mbougar Sarr entre autres.
Pour accompagner le voyage à la Guadeloupe, j’ai choisi La Mulâtresse Solitude – figure emblématique de la lutte contre l’esclavage – évoquée dans ce roman historique.
Née vers 1772 – pendue le 19 novembre 1802.
Son histoire commence de l’autre côté de l’Atlantique avec celle de sa mère Bayangumay, en Casamance..
« La grande ville des bords du fleuve, lieu d’ombre et de luxe, de tranquillité, portait encore le nom de Sigi qui signifie : Assieds-toi. Mais depuis qu’on y embarquait les esclaves, elle n’était plus connue que sous le nom de Sigi-Thyor : Assieds-toi et pleure. Et désormais, de proche en proche, des terres connues aux plus lointaines, qui vont au-delà du pays des Balantes, les peuples qui craignaient de devenir gibier se faisaient chasseurs, oubliant qu’une seule et même plaie s’ouvrait à leur flanc. »[…] Et les Anciens comparaient le corps nouveau de l’Afrique à un poulpe cloué sur la grève, et qui perd goutte à goutte de sa substance, cependant que les tentacules s’étreignent et se pressent les uns les autres, et se déchirent sans pitié, comme pour se demander mutuellement raison du pieu qui les traverse de part en part. »
Fille d’une esclave africaine Bayangumay, violée sur le bateau négrier par un marin blanc,
« cette étrange coutume, la Pariade, qui avait lieu un mois avant l’arrivée au port, jetant soudain les matelots ivres sur les ventres noirs lavés à grandes giclées d’eau de mer. Les enfants de Pariade avaient souvent les traits qui se contrariaient, filaient dans tous les sens, les sourcils hésitants, les yeux entre deux mondes. »
Rosalie, qui se nommera plus tard Solitude est une métisse aux yeux vairons qui lui valent aussi le surnom « deux âmes« . Petite fille, elle est offerte à la fille du maître de l‘Habitation du Parc, à Capesterre . Son sort est plutôt enviable tandis que sa mère s’enfuit malgré le sort amer qu’on inflige aux esclaves marrons
« M. Mortier assurait avoir vu des nègres marrons traités aux fourmis, traités par le sac, le tonneau, la poudre au
cul, la cire, le boucanage, le lard fondu, les chiens, le garrot, l’échelle, le hamac, la brimbale, la boise, la chaux vive, les lattes, l’enterrement, le crucifiement ; et toujours parfaitement en vain ou du moins sans résultat
appréciable : le même sourire sur leurs lèvres maudites, la même façon lointaine de vous insulter, comme si vous n’existiez pas vraiment, à leurs yeux… »
Le livre raconte la vie dans les plantations à sucre. Vie des esclaves agricoles et de ceux qui servent dans la maison. Au delà de la biographie, c’est très intéressant. Rosalie qui va prendre le nom de Solitude perd peu à peu la raison
« Selon une tradition orale, encore vivace à la Côte-sous-le-Vent, du côté des pitons de Deshaies, c’est vers l’âge de onze ans que la petite fille de Bayangumay tourna en zombi-cornes. En ce temps-là, disent les vieux conteurs créoles,
[…] Il y avait alors une grande variété d’Ombres dans les îles à sucre : nègres morts animés par magie, nègres vivants qui avaient chu dans un corps de bête, et d’autres, d’autres encore, dont l’âme était partie on ne savait où. Ces derniers portaient habituellement le nom de zombi-cornes.
[…] les zombi-cornes étaient tout simplement des personnes que leur âme avait abandonnées ; ils demeuraient vivants, mais l’âme n’y était plus.
Et puis, survient la Révolution, tout d’abord la Révolution libératrice et c’est un des aspects les plus intéressants du livre.
« Le 7 mai 1795, les troupes de la Convention débarquaient en Grande-Terre de Guadeloupe où elles répandaient le décret d’abolition de l’esclavage ; et le 12 mai suivant, grossies par les esclaves rencontrés en chemin, elles faisaient leur entrée dans les faubourgs de la Pointe-à-Pitre.
[…] Au dernier instant il s’arrêta devant Solitude et murmura, d’une voix infiniment navrée : Et toi, pauvre zombi qui te délivrera de tes chaînes ? La jeune femme répondit en souriant : Quelles chaînes, Seigneur ? »
Libération des esclaves, mais aussi guillotine,
La guillotine avait quitté la Pointe-à-Pitre, elle hantait maintenant les deux ailes de l’île, escaladait les mornes
les plus raides, les plus abandonnés, à la recherche de citoyens qui ne comprenaient pas leurs nouveaux devoirs. Nombre d’entre eux, fuyant la liberté, l’égalité et la fraternité, gagnaient l’obscurité profonde des bois,
En 1802, l’esclavage est rétabli, les derniers combats opposent les marrons retranchés dans les forêts et les collines. Solitude s’est jointe à eux. Elle est une des héroïnes de leur lutte désespérée.
La Mulâtresse Solitude dans son square parisien, enceinte qui brandit le rouleau de la proclamation de Degrès (10 mai1802)
Solitude fut exécutée au lendemain de sa délivrance, le 29 novembre 1802.
Un roman historique ou un « tombeau« pour les 769 Juifs morts noyés le 24 février 1942 sur le Struma, épave transportant des Juifs roumains fuyant les persécutions en Roumanie qui devait les conduire de Constançaen Palestine. Véritable épave flottante, au moteur en panne rafistolé, le Struma est arrivé à rallier Istanbul où on lui a imposé une quarantaine. La Turquie – en principe neutre – a refusé le débarquement aux passagers sous les injonctions des Britannique, des Allemands et a laissé pourrir la situation pour enfin remorquer le navire en Mer Noire où il a été torpillé par la marine soviétique.
Roman, parce que l’auteur, Halit Kakinç, journaliste et écrivain, a essayé de faire « revivre » un certain nombre de personnages. Roman historique écrit après de nombreuses recherches , préfacé par Esther Benbassa, historienne et directrice d’études à la Sorbonne, sénatrice EELV.
Ce livre est de lecture facile et instructive fait revivre ces épisodes tragiques récurrents comme l’odyssée du Saint Louis (1939) qui a quitté Hambourg pour rejoindre La Havane contraint de retourner en Allemagne, celui du Patria coulé à Haïfa en 1940, Exodus(1947), et tant d’autres moins fameux, peut être…
« Ce roman historique nous rappelle avec pudeur et dignité le sort des réfugiés en 1941. D’autres aujourd’hui, perdent la vie en route, sombrant avec leurs espoirs, sans que beaucoup s’en émeuvent vraiment »
Esther Benbassa
Je remercie les Editions Turquoise de l’envoi de ce joli livre .
Les livres des survivants ou survivantes de l’Holocausterévèlent des personnalités fortes et très diverses. Edith Bruck est une écrivaine originale.
Le Pain perdu débute dans un village hongrois en 1943 . La petite fille Ditke a déjà très conscience de l’antisémitisme des villageois et des lois antisémites qui s’appliquent aussi à l’école et les brimades de la part des adultes et des enfants
« S’ils se rendaient à l’unique pompe d’eau potable, ils étaient repoussés en queue de la file d’attente et il n’était pas rare que l’on crache dans leurs seaux. Contre les Juifs, tout devenait légitime pour les villageois, et le plus petit d’entre eux se sentait puissant, en imitant les adultes. »
Le Pain perdu, c’est celui que la mère avait préparé avec la farine qu’une voisine avait offert, qui levait et qui devait être mis au four, quand les gendarmes sont venus en 1944 chercher la famille pour la déporter vers le ghetto. « le pain », » le pain », était la plainte de sa mère devant la catastrophe imminente.
Ditke et sa soeur Judit se soutiennent après avoir été séparées du reste de la famille
« Est-ce que c’étaient trois mois ou trois années qui étaient passés ? Chaque jour, à chaque heure, à chaque minute on mourait : l’une par sélection, une autre à l’appel, une autre de faim, une autre de maladie et une autre, comme Eva, suicidée, foudroyée par le courant du fil barbelé, restant longtemps accrochée comme le Christ en croix. Son image s’est imprimée en moi et en Judit, »
Quand la guerre se termine « une nouvelle vie » s’ouvre aux deux soeurs qui recherchent d’abord les survivants de leur famille à Budapest : Sara et Mirjam les soeurs ainées mariées, David leur frère. Elles retournent au village où elles trouvent leur maison pillée et l’hostilité des voisins.
Judit persuade Ditke à la suivre en Palestine qui était le rêve de leur mère. Edith a une autre vocation : elle veut écrire. Elle pressent que la discipline qu’on exigera d’elle lui pèsera. Elle ne supportera pas « les dortoirs »
Pour suivre sa sœur et son frère Ditke essaye de s’installer à Haïfa, se trouve un mari, marin, un travail, rêve un moment d’une maison, et même d’un bébé. Fiasco, son mari est violent ; elle divorce.
« Fais ce que tu veux, de toute façon tu n’écoutes personne ! Attends, dès que tu auras dix-huit ans, tu pourras devenir une très jolie soldate et tu apprendras même la langue. — Je ne prendrai jamais une arme en main. — Tu préférerais te faire tuer ? — Je crois que oui. Je préfère avoir eu un père martyr plutôt qu’un père assassin. — Moi, par amour d’Israël, j’aurais été militaire. — Je sais. Pas moi. Les guerres entraînent des guerres. Moi, je désarmerais le monde entier. — Rêve donc tes rêves. Mais le réveil sera rude. — J’ai déjà vécu ce réveil »
Pour fuir le service militaire, elle se remarie, avec Bruck qui lui donnera son nom d’écrivaine. Mariage blanc, elle s’enfuit devient danseuse à Athènes. D’Athènes à Istanbul, à Zurich suivant sa troupe , et enfin Naples et Rome
Pour la première fois, je me suis trouvée bien tout de suite, après mon long et triste pèlerinage. “Voilà, me disais-je, c’est mon pays.” Le mot “patrie”, je ne l’ai jamais prononcé : au nom de la patrie, les peuples commettent toutes sortes d’infamie. J’abolirais le mot “patrie”, comme tant d’autres mots et expressions : “mon”, “tais-toi”, “obéir”, “la loi est la même pour tous”, “nationalisme”, “racisme”, “guerre” et presque aussi le mot “amour”, privé de toute substance. Il faudrait des mots nouveaux, y compris pour raconter Auschwitz, une langue nouvelle, une langue qui blesse moins que la mienne, maternelle.
C’est donc en Italien qu’elle écrira comme elle l’avait toujours désiré. Coiffeuse des acteurs et actrices du cinéma italien, des critiques littéraires des cinéastes, se marie avec le cinéaste Nisi. Toujours antifasciste, elle écrit :
« En fille adoptive de l’Italie, qui m’a donné beaucoup plus que le pain quotidien, et je ne peux que lui en être
reconnaissante, je suis aujourd’hui profondément troublée pour mon pays et pour l’Europe, où souffle un vent pollué par de nouveaux fascismes, racismes, nationalismes, antisémitismes, que je ressens doublement : des plantes vénéneuses qui n’ont jamais été éradiquées et où poussent de nouvelles branches, des feuilles que le peuple dupé mange, en écoutant les voix qui hurlent en son nom, affamé qu’il est d’identité forte, revendiquée à et à cri, italianité pure, blanche… Quelle tristesse, quel danger ! »
« Mourir à Pizzo ! Personne ne connaît Pizzo. Pizzo n’existe pas encore, et n’apparaîtra au monde que comme le lieu du martyre de Murat. »
Roi par effractionest un roman historique retraçant la vie de Joachim Murat.
Pizzo que nous avons visité il y a quelques années en vacances en Calabre. Sans cette visite, je ne me serais peut-être pas intéressée à ce Maréchal d’Empire et à sa carrière militaire bien que la fréquentation de Balzac a renouvelé mon intérêt pour l’épopée napoléonienne.
selon Wikipedia :
« Le , le maréchal Joachim Murat, ancien roi de Naples, débarque à Pizzo avec ses partisans pour tenter de reconquérir son trône. Capturé par la foule et emprisonné au château de Pizzo, il est exécuté à la suite d’un procès joué d’avance le . »
Le roman de François Garde se déroule pendant ces 5 jours où Muratest prisonnier et revient sur sa vie, de son enfance, fils d’aubergiste dans le Quercy. Brillant cavalier, soldat intrépide de l’Empereur, il est remarqué par Caroline, la sœur de Napoléon qui en fera le Roi de Naples
« Roi par effraction » parce que Napoléon veut avoir le dernier mot et désavoue les initiatives qui feraient de lui un vrai roi et un champion de l’unité italienne.
« Il se prenait pour un véritable souverain ? Il reste le lieutenant de l’Empereur, voire le sous-lieutenant. Un simple délégué dépourvu de toute autonomie de décision. »
Et pourtant, il s’est attaché à l’Italie et s’est vraiment cru une mission en règnant à Naples. Après Waterloo, tandis que Napoléon prisonnier fait route vers Sainte Hélène, Murat croit encore en son destin à Naples. Réfugié en Corse,
« Lui qui a commandé les plus grandes charges de cavalerie de l’histoire et triomphé sur tous les champs de bataille d’Europe ne peut accepter l’idée d’être pourchassé comme un contrebandier dans la montagne corse, et au final capturé. Il ne se laissera pas enfermer dans un destin aussi médiocre.
[…] toute hâte Murat fait imprimer des milliers d’exemplaires d’une proclamation célébrant son retour sur le trône et appelant tous les Italiens à se réunir sous sa paternelle autorité. »