Dernier jour à la Fortuna – dessins des fermes

CARNET DES POUILLES

lezs animaux de la ferme au petit matin

Dernier jour à La Fortuna, envie de profiter du domaine où nous nous sentons comme chez nous. Ce matin, j’ai dessiné la grande cour comprise entre les écuries sous les arcades et notre maison, d’un côté, un grand bâtiment bas et voûté abritant des salles de réception et des cuisines (le club house du ranch ?) cet endroit paraît un peu désaffecté. C’est le domaine des chevaux et des cochons. En regardant bien, on voit que, dans une roue de charrette, on a fait un massif de plantes grasses, aloès,  sedum, et autres succulentes que je ne sais pas nommer. Les jeunes ont balayé, passé le jet. Ce matin l’endroit parait pimpant. Ils attendent des visiteurs pour demain Samedi. Ettore et Fortunato construisent une estrade pour un orchestre près de la piscine. Samedi, nous serons ailleurs. Nous ne verrons pas les mondanités et la foule. Pour nous, le charme des lieux est justement le calme de l’avant saison. Le domaine est immense : la Masseria a trois étages, le camping avec ses huit emplacements très bien installés, notre maison et ses quatre appartements. Si tout était complet, La Fortuna fourmillerait de monde, il leur faudrait rentrer les animaux…

Comme les autres jours, nous passons les heures chaudes à la piscine. Je profite des 16m de longueur pour expérimenter des nages sur le dos.

Le soir nous allons nous promener dans la campagne autour de la Fortuna dans les vignes qui grimpent  sur des fils soutenus par de hauts poteaux. Les grappes sont encore vertes mais déjà de taille impressionnante. Les vignerons en éliminent  une partie qui se dessèche au pied des ceps. Plus loin des oliveraies. Cette promenade dans le calme, loin des foules balnéaires nous ravit.

Je dessine la ferme abandonnée qu’on voit sur le bord de la route. Comme les fermes ici, elle est en tufo beige clair. Ce tufo est un calcaire qui se taille très bien. On en fait des blocs sciés régulièrement. Encore maintenant, au lieu d’utiliser les affreux parpaings gris, on construit les maisons modernes en pierre de taille ainsi que les murs et les portails monumentaux .Il arrive qu’on commence même à enfermer la propriété d’un magnifique mur sans construire la maison.

L’architecture locale comprend des éléments originaux tels que des escaliers extérieurs qui grimpent plus haut que la plus haute terrasse, ne conduisant nulle part, autre caractéristique : les créneaux coiffant les murs, deux blocs surmontés d’un petit au milieu donnant un cachet moyenâgeux. Certains angles sont adoucis de créneaux qu’on a arrondis en une courbe gracieuse. On utilise aussi les arcades arrondies ou gothiques en arc brisé y compris dans les maisons neuves. Des contreforts posés à l’oblique complètent cette série d’ornementation. Sans oublier les cheminées hautes et souvent coiffées d’une pointe.

La grosse ferme abandonnée combine tous ces éléments. De nombreux bâtiments s’imbriquent, se superposent composant des volumes compliqués soulignés par  les ombres du cocher du soleil. D’autres fermes plus basses avec des palmiers qui dépassent de leurs murs crénelés ont un air africain, surtout sous le soleil de midi.

 

 

Alberobello, le village des Trulli

CARNET DES POUILLES


Alberobello est le village des trulli, emblèmes des Pouilles. Le trullo est la première image qui vient à l’esprit quand on parle des Pouilles. Ce sera donc notre première visite.

Une quarantaine de km séparent Alberobello de San Vito dei Normanni, route par Ceglie Messapica, Martina Franca, LocroRotondo, très agréable dans des collines au relief beaucoup plus marqué que du côté de Taranto, terre rouge, oliviers, petite murettes. C’est une campagne très aménagée, les oliveraies sont extrêmement soignées, la terre a été labourée. Les maisons sont nombreuses, souvent chaulées. On fait grand usage de la chaux, les bordures de pierre sont également blanchies ainsi que les murs, les poteaux des portails.

A peine avons nous quitté Tenuta Deserto que nous découvrons les premiers trulli. A côté de la Masseria, il y a également un petit groupe de trulli qui m’avait semblé artificiel. Je ne sais pourquoi, j’avais imaginé cette construction solitaire, un peu hutte de berger. Telle n’est pas ma surprise de voir des groupes de cônes regroupés derrière une façade rectangulaire reliés entre eux. Certains sont entièrement cimentés. Il y a même des escaliers extérieurs, parfois une sorte de chemin de ronde. D’autres sont en pierre sèche sans aucun liant. Le plus souvent la base est cimentée et chaulée ainsi que la pointe portant un curieux volume : le pinacle. Sur les toits en pierre on a dessiné à la chaux de curieux dessins: des croix, symboles  astrologiques, même un cœur percé d’une flèche. Renseignements pris, il ne s’agit pas d’une déclaration d’amour profane, c’est l’amour de la Vierge Marie. Je m’exclame à chaque trouvaille : trulli perdus dans une oliveraie ou entouré d’un jardin luxuriant.

Locrorotondo attire notre regard : perchée sur la colline, ses maisons parfaitement  blanches font une couronne éblouissante, les toits en V renversés comme à MonteSantAngelo soulignent cette couronne avec les pointes. Dômes et campaniles dépassent.

Alberobello est inscrit au Patrimoine de l’Humanité à cause de l’homogénéité de la construction : deux quartiers sont construits uniquement de trulli très bien préservés. C’est donc un site touristique très fréquenté. Parking payant, pas d’horodateur, les cartes de parking sont en vente dans les magasins de souvenirs qui pullulent 4.5€ c’est bien cher mais cela correspond à un  droit d’entrée.

Nous remontons une des petites rues du quartier des trulli blanchis à la chaux, éblouissants sous le soleil du matin, fleuris agrémentés de tonnelles de vignes passiflores chargés de fruits oranges de la passion .Les maisons rondes sont regroupées autour de minuscules  ours. Les habitants ont sorti les chaises. Les femmes tricotent de magnifiques liseuses, des châles et des pulls qu’elles vendent. S’il ne faisait pas si chaud, si les valises étaient moins pleines, j’aurais bien acheté une liseuse. En Turquie, j’avais regretté d’avoir laissé passer une occasion similaire. Les gens nous invitent avec beaucoup de gentillesse à entrer chez eux : joailliers, épiciers de luxe, vendeurs de cartes postales et même mini brocante ? Tous les trulli sont de minuscules boutiques de souvenirs. On ne se lasse pas de prendre en photo les toits amusants, les girouettes en forme de guerrier casqué, les pinacles en boule, diamant, disque…

Le Musée se trouve sur la colline d’en face qui porte un autre quartier de trulli et la ville moderne. Il est installé dans une dizaine de cônes qui communiquent entre eux sans qu’on ne s’en rende compte. Comme dans tous les écomusées l’intérieur d’une maison ancienne a été reconstitué avec son mobilier. Des outils des différents corps de métiers sont exposés dans des vitrines : boutique du coiffeur, tailleur de pierre, vigneron… Ce qui me surprend ce sont les dates qui figurent sur les étiquettes : » XXème siècle », froidement, vaguement, comme il serait écrit « XIVème » ou « XVIIIème ». Le XXème siècle est bien terminé avec les machines singer à pédale, les peignes-rasoirs et les vases de nuit en grès. Jolie exposition-photos du Japon : Alberobello est jumelée avec un village japonais. Les panneaux explicatifs sont très détaillés. Il me faut du temps pour déchiffrer l’Italien et les lire. La plupart des documents datent  du XIXème siècle. Le témoignage le plus ancien est de 1790. Des statistiques de 1850 dénombrent 439 chefs de familles journaliers pour 41 fermiers et 11 bourgeois et hommes de bien. A cette époque ces derniers construisaient des maisons vastes et carrées.  Le phylloxera qui a tué la vigne en France marqué l’essor du vignoble dans cette région des Pouilles. Les paysans ont alors planté sur de petites surfaces disponibles et se sont enrichis.

Avant de quitter Alberobello je m’offre une glace au lait d’amande, spécialité locale, délicieuse avec des amandes pilées.

Notre visite de Locrorotondo se limite à la recherche des boutiques encore ouvertes ce dimanche midi. Dans le Centre Historique, près d’une jolie église toute simple décorée d’une rosace très fine, une pâtisserie vend ses derniers gâteaux. J’achète deux cornets feuilletés et deux canoli à la ricotta.

La masseria : vie de château et exploitation agricole

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LA MASSERIA

Je suis pressée de passer devant la grande poubelle métallique « il bidone » pour retrouver mes lunettes qui ont dû tomber quand  nous avons jeté nos ordures ce matin. A notre passage :  rien. De retour au gîte, je déballe tout, toujours pas de lunettes. On retourne au « bidone » eureka!

J’ emprunte un saladier dans la grande cuisine du château. Sveva, la châtelaine, est en train de confectionner une crème caramel.Elle est grande, blonde aux abords un peu brusques,  Habillée très simplement, elle a l’assurance de la noblesse campagnarde, ici, pas de chichis ! Je l’imaginerais facilement à cheval. Sous ses dehors intimidants, elle est charmante. Nous conversons en français qu’elle parle parfaitement. Elle a étudié au Lycée français de Rome puis chez des Dominicaines françaises.

Ce matin elle a fait un tour à Lecce (70km) où elle espérait trouver une brocante. Nous évoquons les villes baroques de Sicile : Syracuse, Noto…La Toscane l’agace : trop de tourisme lui a fait perdre son authenticité.

Après midi, piscine et lecture : Les Derniers jours de Pompéi.

Vers le soir, nous allons faire un tour dans l’immense domaine. Au-delà de la maison, une barrière retenue à une magnifique poterne avec 4 piliers de pierre s’ouvre sur une allée blanche très large bordée de deux murets. Cette route plate est construite sur une sorte de digue très haute dominant des vallons de prairies en pente dans les quelles paissent des chevaux et des moutons. Près de la maison, sont plantés des eucalyptus et des pins, à 150m, un magnifique chêne séculaire . La route blanche, toujours égale, passe sur un pont de pierre. Malheureusement, une autre grille cadenassée interdit de poursuivre notre chemin. Revenant sur nos pas, nous empruntons la route d’accès des voitures, cancello énorme entre des poternes de pierre, puis un chemin poussiéreux qui nous conduit dans les oliviers.

La promenade m’a fait voir la propriété sous des angles différents. Je dessine la Masseria vue de la digue et découvre un escalier monumental qui tourne sur de hautes arcades.

Les chevaux du domaine sont des purs-sangs. Sur le haut buffet de la cuisine s’entassent des dizaines de coupes gagnées par son mari à cheval. L’entrée du Rosmarino est décorée de sous verre sur le thème équestre, des gravures anciennes mais aussi des photographies de départ de courses signées par les participants. J’avais pensé qu’elles étaient là pour donner un genre, non c’est tout à fait authentique!

Lorsque nous explorons la géographie d’un pays, nous visitons musées, châteaux et églises, mais nous découvrons aussi la personnalité de nos hôtes. A l’hôtel l’accueil est standardisé. En Agritourisme, nous pénétrons dans les maisons des gens. Nous côtoyons les propriétaires des grands domaines que nous ne fréquenterions jamais dans notre vie quotidienne. Dans cette découverte, il faut être prudente, ne pas se laisser aveugler par des préjugés. Sveva avait annoncé qu’elle préparait un « petit dîner ». Nous avions imaginé l’arrivée de leurs amis en tenue de soirée. C’est le couple de touristes qui occupe la maison voisine. Le gros monsieur en maillot de bain croisé à la piscine a revêtu une chemise bien repassée. Point de nappe, de bougie ou de mise en scène. Nous nous sommes emballées, victimes de notre imagination.

Finalement, je commence à voir les avantages de notre Rosmarino sans cuisine. Partager la cuisine du château ne sera plus une corvée, plutôt une occasion de bavarder ! Pour frire mes escalopes panées, j’ai oublié l’huile et je demande à Sveva la permission d’utiliser la sienne. C’est celle de ses oliviers. Je tiens ainsi les réponses aux questions que je me posais quand nous nous promenions dans les oliviers.

« Combien donne un olivier ? – de 13 à 20% : un quintal d’olives peut donner de 13 à 20 litres selon la qualité des olives et selon la taille de l’arbre. 100kg représente la récolte d’un bel arbre »

Ici, les arbres sont gigantesques, je n’imagine pas qu’on puisse secouer à la machine ces troncs énormes, ni battre les feuillages si hauts. Pas de filets enroulés comme je l’ai vu en Grèce.

« Quand les arbres sont trop grands on attend que les olives tombent toutes seules sur des filets ou tout simplement au sol »

D’où l’intérêt  de bien désherber l’oliveraie et de tenir le sol propre.

Ravie de ces explications, je rapporte mes escalopes au Rosmarino et nous dînons devant la maison dans le « salon de jardin ». Vers 10heures, le vieux fermier, allumeur de réverbères, poussera la porte de notre entrée pour accéder à l’armoire électrique

Grotte de Castellana /plage au sud de Monopoli

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Photos Castellana Grotte
Cette photo de Castellana Grotte est fournie gracieusement par TripAdvisor

L’ autoroute Bari-Brindisi  longe la mer par la plaine côtière jusqu’à Monopoli. Nous montons ensuite dans la colline boisée.

Parking extérieur obligatoire. Ce n’est pas par souci de préserver les abords immédiats de la grotte, comme à Castel del Monte, il y a toute une foire artisanale en plus des hôtels, restaurants, magasins de souvenirs, boutiques qui cachent un petit musée très bien fait.

La visite accompagnée est chère 13€. Ce prix s’explique par toute l’armada de guides, l’éclairage et toutes les installations du site.

Pas d’aventure ici ! Un groupe d’une centaine de touristes encadrés par trois guides suit un cheminement cimenté entre des barrières en aluminium. La guide présente les concrétions amusantes : la civette, la jambe de la ballerine chaussée d’escarpins, la Madone en prière, le dromadaire…Les explications scientifiques sont plus sommaires. Le rôle des Guides se borne à la surveillance « attention à la marche… » « Eteignez votre caméscope ! »

Malgré la foule, malgré les aménagements, la magie opère. Nous marchons trois kilomètres tantôt dans des salles immenses où l’on pourrait loger une cathédrale, tantôt dans un long et étroit canyon, tantôt dans des couloirs ornés de stalactites, stalagmites, colonnes très bien éclairés.

Je marche en tête du groupe, j’oublie mes compagnons et me laisse séduire par toute cette splendeur. La salle blanche est une merveille, colonnes, concrétions de calcite très pure, draperies translucides diffusant une lumière très douce.

A la sortie de l’ascenseur, je retrouve la chaleur et la lumière.

Plage
Photos Monopoli
Cette photo de Monopoli est fournie gracieusement par TripAdvisor

Nous continuons la journée à la plage au sud de Monopoli : plage de sable, eau transparente, parasols bleus et lettini en plastique blanc- 5€ chaque objet. La plage payante jouxte une plage libre bondée. Sous les parasols, très peu de monde.

Nos voisins parlent très bien le français mais ils ne sont ni discrets ni malins .Etonnés de notre présence :

-« vous n’avez pas d’origines italienne ? »

 »  Comment êtes vous arrivées ici ? »

« Créteil, on connaît, on n’aime pas»

« on avait remarqué que vous n’étiez pas jeunes » insiste le gros balourd »Ce n’est pas une gaffe quand même ! »

En bon Italien, il a des références antiques:

« Nous sommes sur la Via Appienne, ici on changeait les chevaux ! » Renseignements pris, c’est faux, la Via Appienne arrive à Brindisi mais passe plus à l’ouest.

Je passe mon temps dans l’eau. Peu de poissons pas de vagues.

A cinq heures, on remballe. Nous sommes près du site archéologique d’Egnazia où aura lieu un concert de Paganini au programme Theodorakis et Azzola. Theodorakis dans les ruines antiques me plait beaucoup. C’est un  de mes grands souvenirs : Theodorakis à Césarée en 1971 ou 1972, nous avions rempli un camion pour aller l’entendre dans le théâtre antique. Les billets se vendent au musée. Nous n’avons plus envie d’entreprendre la visite d’un site ce soir, de toutes façons nous reviendrons pour le spectacle.

Sous la belle lumière du soir, de  gros oliviers isolés dans un champ labouré, ratissé et roulé attirent notre regard. Un peu plus loin, on arrose par aspersion : cela fera de belles photos !

Martina Franca

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la silhouette de Saint Marin se détache

 

Martina,  à cause de Saint Martin, celui qui a partagé son manteau. Franca indique une ville franche. En 1300 Philippe d’Anjou, prince de Tarente lui accorda des franchises.
Martina Franca est distante de moins de 40km du gîte par la route d’ Alberobello dans les collines  des trulli  devenus familiers.

Les rues de la ville neuve sont occupées par le marché : débordement de melons jaunes et verts, de pastèques (angurie), caisses de toutes petites tomates bien rouges. Celles d’ici sont en grappe, plus rarement des olivettes. Haricots verts, aubergines violettes et blanches, poivrons verts, rouges et jaunes. Foisonnement de couleurs. Nous nous promettons d’y retourner après la visite touristique.

arc de triomphe et toujours Saint Martin

Nous entrons dans  la vieille ville par une arche toute simple signalée par une plaque. A l’intérieur de la ville close c’est un dédale de ruelles et d’impasses. Maisons blanches comme à Ostuni en moins éblouissant, plus poussiéreux. Peut être l’éloignement de la mer ? En revanche les ornements des portes et des balcons sont un régal pour les yeux.

Les palazzi bordent la Via Mazzini. S. Vito dei Greci (XVème) s’ouvre par une porte à bossage en pointes de diamant surmonté d’une balustrade. En face, d’autres palais aux portes ouvragées aux fenêtres encadrées royalement, volutes baroques découpées et évidées toutes en courbes, ferronneries bombées compliquées. Certaines façades blanches sobres sont seulement soulignées d’une porte monumentale. Il faut être attentive à tous les détails. La belle église San Domenico est cachée derrière des bâches, grâce au Guide Bleu, je découvre les sirènes cachées de la corniche. A l’intérieur, une décoration de baldaquins et de drapés en l’honneur de Sainte Anne du 23 au 26 juillet, tissus bleu  blanc et rouge du pire effet occultent les peintures et les fresques nautiques.

Nous arrivons rapidement au cœur de la vieille ville : la basilique S Martino sur la place du Plébiscite. Enorme édifice à façade baroque tardif (1747- 1775) finalement assez sobre par comparaison avec les églises de Lecce. Un haut relief au dessus du portail : Saint Martin partage son manteau. Je savais que saint Martin était un soldat romain. Je ne l’imaginais pas chevalier casqué fougueux découpant le manteau à l’épée.

L’intérieur de l’église est très clair, marbres et dorures, angelots. Finalement très élégant.

Au moment où nous quittons l’église, s’approche. Je suis un groupe de Français avec conférencière qui fait un subtil distinguo entre le baroque de Rome, ses fastes et ses pompes et le « barroquet » ou « barroquin » de Naples, plus proche de l’artisanat, insolent avec ses putti, petits garçons sexués plutôt qu’anges.

Saint martin! le soldat romain a gagné une armure!
Saint martin! le soldat romain a gagné une armure!

 

Une très jolie place succède à la place du Plébiscite : bordée d’un côté par une colonnade en hémicycle occupée par des cafés. De là partent des rues étroites toujours bordées de palais magnifiques débordant de balcons en ferronnerie torsadée, de fenêtres encadrées de volutes élégantes, d’armoiries…Nous ne savons plus où donner de la tête.

La Via Vittore Emmanuelle II est bordée de boutiques proposant des soldes mirobolants. Je craque pour un panta-court bouffant avec des lacets partout : 8€. La formule panta-court me plait : pas de problème pour entrer dans les églises et se promener en ville, on a l’air habillé.

La Piazza Roma est triangulaire,  un jardin public avec une fontaine ornée de dauphins en occupe le centre. Un côté de la place est occupé par le Palais Ducal immense bâtisse de 380 pièces construit en 1668 par Petracone Caracciolo. Un jeune homme se présente : il fait bénévolement visiter le palais aux étrangers. Petit cours d’architecture : le palais est maniériste. Le Maniérisme se distingue du Baroque par les lignes droites, les colonnes doriques, encadrement des fenêtres et des portes souligné par des cannelures verticales. A l’étage, deux enfilades de pièces : encadrements des portes doré très baroques. Dans la première salle série de portraits des ducs qui présentent toujours la même figure (celle du duc qui a construit le palais). Puis salle du confessionnal : le duc séduisait des jeunes filles et les tuait, genre Barbe bleue ! Puis la chapelle et des magnifiques fresques dans les trois salles suivantes à thèmes mythologiques ou bibliques.

Passé la Porte Saint Martin la grande place rectangulaire moderne relie la ville close à la ville moderne. Au Théâtre Verdi, l’Orchestre de la vallée d’Itria répète toutes portes ouvertes à cause de la chaleur : Bellini, Montecchi et Capulete. Les cuivres sont près de la porte, plus loin les bois. J’ai l’impression d’être au milieu des musiciens. En face, chœurs de Verdi (un disque ? ou une répétition au Plais Ducal ?)Cette musique nous donne des envies de concert.

Pause dans un café luxueux devant l’arc de triomphe où Saint Martin est perché, se détachant sur le bleu du ciel. Je commande le granité de café qui me faisait très envie depuis notre arrivée en Italie. On l’apporte dans une très jolie coupe remplie à ras bord de ce sorbet au café très fort les morceaux de glace pilée donnent la consistance du granité. Sur la plage, j’avais essayé le granité de limone, chimique et trop acide venant des machines transparentes sur le comptoir des cafés et j’avais été déçue. Le cadre de la terrasse, le mobilier en fer forgé blanc, le joli parasol, tout contribue à rendre ce granité délicieux. Nous réservons des places pour le concert de jeudi soir : Farinelli Roi et Empereur.

collection de balcons!

Après midi sur le bord de la piscine. Il faut user de stratégie pour avoir deux chaises longues. On réserve les places avant le déjeuner, tout le monde fait ainsi, les imprévoyants n’ont plus qu’à étaler une serviette par terre au soleil  tandis que les bateaux pneumatiques violets des enfants belges trônent sur des fauteuils ombragés. .J’ai trouvé le Monde ce matin,  je me concentre dans ma lecture .

en surveillant la ratatouille…une leçon d’histoire

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Pour faire une ratatouille,  je ne peux pas laisser la casserole sur le gaz sans surveillance dans la grande cuisine de la Masseria. J’emporte Les Derniers Jours de Pompéi pour lire.

S arrive en coup de vent, prend les fax (dans la cuisine  qui sert de bureau!) et part voir ses paysans qui lui ont préparé un certain fromage qu’elle aime particulièrement et doit ensuite procéder à l’échange des poulets (garder les poules pour les œufs et vendre les poulets mâles). Quand elle parle de ses fermiers on se croirait revenus cent ans en arrière.

Son mari se fait réchauffe un panino et offre un verre de vin blanc. Très en verve, il raconte ses voyages en  mission en Roumanie et en Ukraine, comme agronome ou économiste.  Sa passion, c’est l’histoire. Il fulmine contre le Pape qui fait des déclarations, selon lui, à contre-courant de l’histoire ; puis se désole de l’inculture des jeunes italiens. D’après lui, la cassure s’est opérée dans les années  70-80 . Il soutient qu’à 64 ans, sa génération est beaucoup plus proche de celle de son père, et même de celle de son grand père né en 1864, que de celle de son fils qui a 29 ans. Il disserte sur l’accélération du changement et du progrès technique. Pendant  plus de 2000 ans tout le monde se déplaçait à cheval, en carrosse ou en charrette. Le paysan comme le Roi ! On s’étonne de l’intervention du roi. C’est qu’en Italie, le dernier roi a abdiqué en 1946 ! R énumère tous les rois d’Italie à partir de Victor Emmanuele II. Je le remercie pour la leçon d’histoire. la ratatouille a bien mijoté.

Ostuni

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Ostuni n’est distante de Tenuta Deserto que de 11 km.La route d’Ostuni est très agréable à travers oliveraies et vergers d’amandiers. En chemin, nous faisons un crochet pour découvrir de jolis trulli cachés dans les oliviers. Cette campagne est très construite: maisons soignées avec une allée bornée de bornes et créneaux chaulés de blanc, jardins pimpants.

Ostuni est une ville blanche couronnant une colline. Les quartiers modernes  ne sont pas déplaisants : immeubles blancs peu élevés, commerces d’accès facile. C’est ici que nous ferons nos courses au lieu de nous perdre dans le dédale de San Vito dei Normanni pour ne rien acheter !

La circulation dans la vieille ville est impossible. Il ne faut pas s’y aventurer, même là où cela est permis : les rues très étroites se coupent à angle droit, un camion suffit pour bloquer le trafic.

Sur la colline,  la Cathédrale : façade dépouillée, elle rosace de pierre, joli porche sculpté, une frise en feston fins. Hélas, l’intérieur est baroque ! Faux marbres et rompe l’œil, baroque solennel et ennuyeux sans aucun délire ni  humour. Le baroque n’est acceptable que dans la démesure. Contenu, il est sans intérêt.

Le couvent baroque est plus intéressant : grillages bombés de la clôture, les bonnes sœurs avaient elles des robes à panier ? Une bonne sœur peinte prend son envol ! Les grilles peintes ressortent sur le décor blanc. Le musée installé dans le couvent présente des découvertes archéologiques locales : sépultures néolithiques reconstituées. Le commentaire extrêmement détaillé est accessible uniquement aux italiénisants et rebutant le touriste moyen, même de bonne volonté.

Une jolie placette fait face à la cathédrale. La gracieuse loggia du palazzo Vescovile l’enjambe en une arche de pierre blonde tranchant sur le blanc éblouissant. Tous les palazzi sont chaulés de blanc. La pierre sculptée se détache. Le vicolo castello nous conduit à une vaste terrasse d’où l’on voit la mer bleu foncée et le moutonnement des oliviers. Du Castello, il ne reste plus que des murailles blanchies . Les ruelles blanches nous inspirent beaucoup.

notre collection de portes

Comme à Rabat, nous faisons une collection de portes : porte rococo découverte au hasard dans une impasse, beaux portails 17ème se faisant face dans une ruelle. Il n’y a aucun recul pour cadrer la photo. La porte sera tronquée mais on aura  la jolie plante verte des voisins !Jeu des ombres bleutées des arches multiples sur la blancheur des rues, volumes compliqués des escaliers soulignés par une rangée de pots de fleurs contenant des géraniums ou du basilic. Ici un jasmin grimpe, là un citronnier ou un olivier en pot se détachent. Les volets verts  ou bleus donnent un air de Rabat ou de Cyclades. Pourtant la mer est distante d’une bonne dizaine de kilomètres. Nous ne nous lassons pas de faire des photos.

porte de collection!

Je dessine une ruelle où trois arches se superposent, deux escaliers se contrarient, un yucca darde ses pointes acérées qui se dédoublent avec les ombres. Sans parler des marches du pas des portes ! La ruelle est large d’un mètre cinquante. Aucun véhicule ne viendra me déranger. Je m’assieds par terre.

Le photographe l a donné nos photos à une autre cliente. Heureusement, c’est une voisine qui les rapportera une heure plus tard quand elle aura constaté la méprise. Cela ne nous était encore jamais arrivé !

Nous rentrons pour déjeuner au gîte au plus chaud de la journée – ciel gris, atmosphère humide. Si nous étions en France, il y aurait de l’orage

Plage, dunes et oiseaux à san Vito dei Normanni

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En face de San Vito dei Normanni, sur la dune, se trouve la réserve du WWF, refuge pour les oiseaux.

18h 30 – les gens remballent ombrelles et  sièges, mais la plage est encore bien occupée. Nous avions imaginé un site désert, des sentiers de randonnée, des oiseaux… Mais cela, c’est à Pâques. Fin Juillet, le moindre accès à la mer est fleuri de parasols et de serviettes colorées.

Pas de sentier côtier, c’est la dune. Nous marchons sur la plage, atteignons des rochers.  Une palette de bois, échouée sans doute d’un cargo du port de Brindisi tout proche, nous sert de siège.

Je marche à la limite de l’eau sur le sable. Sur la dune poussent de très belles fleurs blanches que je n’arrive pas à identifier : pétales plus découpés que les iris ou que des narcisses, longues feuilles en ruban. Des immortelles violettes, les mêmes qu’au Danemark ou qu’aux Canaries, ubiquistes. Nous sommes venues « pour les oiseaux », aucun ne se présente, pas même un goéland ou une hirondelle. Je croise de rares baigneurs qui ont choisi un endroit tranquille. Le soir tombe. Le ciel est rose. L’eau reflète des teintes rares, du rose saumon au jaune paille en passant par l’orange ou le gris argenté.

Au loin, de très gros bateaux partent et arrivent à Brindisi. Des rochers plats et piquants délimitent les petites criques. Je remets mes sandales. Le sentier passe par la dune jusqu’à la plage suivante où je me trempe les pieds avec délice. C’est la plus belle promenade des vacances.

Coucher du soleil :  ici, sur l’Adriatique, il se couche dans les collines, mais il teinte joliment la mer. Dernier bain de mer, la grosse boule rouge est barrée d’un banc de nuages.

 

Egnazia : spectacle de danse: Raffaele Paganini – Piazzola, Theodorakis

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Une masseria, comme un chateau

A 5heures, il est temps de partir à Egnazia pour visiter le site archéologique et pique-niquer avant le spectacle.

à 6h,  quittant la route côtière pour  un chemin de traverse, nous découvrons une masseria carrée, compacte, ornée de créneaux et de tourelles et de hautes cheminées carrées ressemblant à un château fort, orange dans la lumière du soleil déclinant. Derrière l’énorme portail fermé par des grilles, un chien dissuasif, on ne s’arrêtera pas !

Les oliviers sont énormes, centenaires, torturés, tortueux. Il semble qu’une main de géant les a empoignés et tordus. Certains troncs  sont formés de plusieurs rejets comme des cordes tressées. D’autres sont creux, un vide sépare leurs racines comme deux jambes d’un monstrueux bipède. Têtards, troncs boursouflés, feuillage rare, hirsutes. D’autres croulent sous leur ramure déjà lourde de leur promesse de récolte.

Je m’installe sur une murette pour dessiner tout près d’une ferme abandonnée aux longs murs bas dont le crépi blanc s’efface.

olivier centenaire

Deux blocs nous font un banc pour le melon au jambon du dîner. Pique-nique parfait !

Nous y arrivons au site et musée d’Egnazia,  au coucher du soleil – somptueux, belles photos. Il  reste une heure pour découvrir la ville romaine sur la Via Trajana, ses rues son forum, l’amphithéâtre, les basiliques chrétiennes…

Déception ! Pas de théâtre antique ! Pas de vieux gradins de pierre ! Un podium de poutres métalliques, planches et toile installé au milieu d’une pelouse et des chaises en plastique, aucun rapport avec le spectacle Theodorakis vu à Césarée il y a si longtemps !

A 9heures, l’assistance n’est pas installée. Des élégantes en robes brillantes emperlousées aux savants brushings, sont debout dans l’allée centrale. On s’embrasse, on se congratule. Sur le podium les électriciens règlent les projos. A 9h3O, nous commençons à nous impatienter.


 

Pas d’orchestre, de la musique enregistrée. C’est un spectacle de danse. Danse moderne assez convenue. Pas d’audace chorégraphique. Une bonne technique, le spectacle est au point. La première partie présente des tangos sur une musique d’Astor Piazzola .

La deuxième est une espèce de pièce dansée autour du personnage de Zorba interprété par le danseur étoile Raffaele Paganini. Zorba va se marier, les jeunes filles brodent le voile de la fiancée qui s’élance à la poursuite de son amoureux. C’est très niais. Ensuite : scènes de danses masculines, seules référence à Zorba, puis des femmes en costume oriental. Un peu de couleur, cela s’améliore. Fin à 11heures et retour par l’autoroute  Bari Brindisi en passant par Ostuni. Nous sommes un peu déçues

Baignade à Torre Guaraco et courses à Ostuni

CARNET DES POUILLES

loggia delpalazzo vescovile

Je me réjouis de retourner à la Réserve de Torre Guaraco.

En passant à San Vito dei Normanni, nous observons une curieuse scène : l’inauguration d’une boucherie avec la bénédiction de la boutique par un curé en étole.

J’imaginais que le matin, nous retrouverions le calme de l’autre soir. Malheureusement, le parking est bondé, la plage couverte de parasols.. L’eau est très transparente, un peu agitée mais pas trop. C’est l’occasion d’une belle baignade au dessus de petits rochers plats velus d’algues que broutent les poissons. Sans parasol, impossible de rester hors de l’eau.

Ostuni :

Ostuni est notre métropole, nous y avons nos habitudes, nos places de parkings, ma marchande de journaux qui vend le Monde, notre supermarché. Nous y retournons donner les pellicules à développer chez le photographe et acheter des cadeaux pour toutes celles qui prennent soin de nos plantes…

les petites rues d'Ostuni

Nous gravissons avec plaisir la rue qui monte à la Cathédrale, bordée de magasins de souvenirs où je trouve un paréo. Nous rapporterons  des pâtes multicolores, et des objets en verre peint. En attendant que les photos soient prêtes, je commande un granité au café sur la plus jolie terrasse face à la Cathédrale sous  l’arche Renaissance du palais Vescovile.  L’appareil ne fonctionne pas on m’apporte un café frappé mousseux dans une coupe.

Encore un après midi tranquille au bord de la piscine.