Où les eaux se partagent – Dominique Fernandez

VIAGGIO 2018

Où les eaux se partagent par Fernandez

« Seules vivantes dans ce désert restent les eaux qui changent sans cesse de couleur. juste au pied de la maison, elles se séparent en deux masses distinctes dont la jointure se marque par une ligne plus pâle indiquant un soulèvement du sol à cet endroit. Cette bande sous marine moins profonde, qui tantôt disparaît sous l’action des courants et tantôt se discerne à l’œil nu, relie la terre au fortin rose. la Mer Tyrrhénienne qui longe la côte occidentale de l’Italie se termine ici, où commence la Mer Ionienne, qui s’étend à l’est jusqu’à la Grèce. les deux fosses de la Méditerranée se rencontrent sur cette frontière tracée à l’époque où l’Afrique s’est détachée de l’Europe »

Depuis nos premiers voyages en Italie et en Sicile, nous avons choisi Dominique Fernandez pour passeur. Nous avons vu la Sicile avec ses mots et je ne rate aucune occasion de refaire le voyage en lecture. Le Radeau de la Gorgone est le meilleur des guides. Nous y sommes revenues après chaque visite, chaque promenade.

Cette fois-ci, il s’agit d’un roman. Romans historiques, ou plus personnels, j’ai dévorés ceux qui retracent la vie d’un artiste comme celle du Caravage, de Porporino , ou plus près de nous Pasolini. J’ai lu autrefois L’Ecole du Sud, Porfirio et Constance, qui m’ont semblé plus personnels. En résumé, je suis une grande fan de Fernandez!

Je me suis régalée dans les premiers chapitres de Où les eaux se partagent avec la découverte de cette pointe sud est de la Sicile.J’ai cherché avec Googlemaps la localisation de Rosalba et de Marzapalo : introuvables! Ce roman est bien une fiction! Quoique, en suivant la côte sur l’image satellite, on voit bien les deux couleurs des eaux, la ride sous-marine qui partage la Méditerranée. on voit aussi à Porto Palo, une vieille Tonnara, et plus au sud l’Isola delle Corrente, en direction de Syracuse une localité a pour nom, Marzamemi. La géographie est transparente.

Après la géographie, l’histoire!

Le roman est récent : il vient de sortir. L’action se déroule dans un passé mal défini. Je me jette sur les rares  indices . Quand ils rencontrent le propriétaire de la casina à Rome, le Guépard est sorti,  donc après 1958. Une allusion à la Dolce Vita (1960) repousse donc cet achat aux années 60. La chanson Nel blu dipinto di blu est datée 1954. L’histoire se déroule donc dans les années 60 un peu après, sans doute, puisque le peintre et sa femme reviennent chaque année pour les vacances d’été. La  compréhension du roman est donc ancrée dans un temps bien défini quand le souvenir du fascisme et de l’arrivée des Américains en 1943 est encore vivant.

Maria est ethnologue.  Elle préfère étudier les Aborigènes d’Australie que les mœurs des Siciliens. Lucien, au contraire,  se complaît dans l’exotisme des habitants. L’excentrique Prince Mazzarola delle Campane, propriétaire de la tonnara, avec son valet aurait pu   fréquenter les salons du Guépard de Lampedusa. Le ragionere, Cazzone, (quel nom!) à figure d’aubergine, ouvertement fasciste est un autre personnage haut en couleur, comme le sont les commerçants de Rosalba dont Fernandez nous livre des portraits saisissants, pittoresques et plein d’ironie.

Où les eaux se partagent est une sorte de roman de désamour, plutôt que roman d’amour. Deux jeunes amoureux achètent une villa au bout du monde, au soleil pour vivre leur amour …. les années passent. Maria se sent rejetée dans le monde machiste de la Sicile où les femmes quand elles veulent prendre le soleil tournent leur fauteuil le dos à la rue. Le premier malaise se traduit en agression, les jeunes la harcèlent quand elle prend un simple bain de soleil. Lucien ne réagit pas à ce rejet. Au contraire, il prend grand plaisir à la compagnie des adolescents sauvages. Le couple éclate quand Maria lui reproche d’aimer les garçons.

C’est là que mes efforts de datation prennent de l’importance. L’homosexualité date de l’Antiquité, peut être bien avant. Cependant, dans les années 1960, elle est refoulée et ne s’exprime pas au grand jour. Ce refoulement est aussi un des thèmes abordé dans ce livre.

La fin est donc amère, comme le désamour et le délabrement de la casina.

Les huit montagnes – Paolo Cognetti

IL VIAGGIO

 

Dominique, 

Nathalie chez Market marcel

Eimelle

Keisha

martine

et toutes les copines du mois Italien m’ont incitées à lire ce livre (Keisha, seule moère l’enthousiasme des autres.

Je vais donc en remettre une couche, ne sachant plus trop qu’ajouter au concert de louanges.

O

C’est un très beau livre sur la montagne, un beau livre sur l’amitié : amitié de Bruno et Pietro commencée à 11 ans et renouée à l’âge adulte. Un beau livre sur les relations parfois difficiles entre père et fils, transmission de l’amour de la montagne, de l’alpinisme, mais aussi secrets non-dits, silences . Enfin quand l’enfant devient adulte, la séparation.  Le rôle des mères est plus discret quoique plus constant.

Dans l’ombre du Mont Rose, pas de récits d’ascensions sportives. L’ alpinisme  est discret:  une signature dans un registre caché, hors des sommets balisés, tenace, paysan.

L’auteur aborde  tous les aspects de la montagne. On s’attarde un peu sur les sommets. Il fait surtout vivre  la montagne habitée, les alpages, les villages de moyenne altitude . J’ai adoré suivre les enfants dans leurs exploration des cabanes à moitié écroulées des granges ou des étables.

C’est aussi l’histoire d’une vie rurale sur le déclin. Les mélèzes pousseront sur les prairies d’alpage. Les efforts de vivre sur la montagne d’une agriculture traditionnelle sont vains. Les constructions s’écroulent….

 

 

La pensée chatoyante – Pietro Citati

ODYSSÉE

J’ai lu La Pensée chatoyante lentement, avec délectation, revenant sur certains paragraphes, retournant en arrière, rien que pour le plaisir. J’ai fait durer la lecture et je referme le livre à regrets. J’y reviendrai!

Il fait suite à la lecture de Mendelsohn sur le même thème : Une Odyssée:  un père, un fils, une épopée, que j’ai également beaucoup aimé. Deux commentaires d’une même oeuvre, et sans un moment d’ennui ou de redondance. Une même impression de découverte (re-découverte?). Et pourtant ma dernière relecture de l’Odyssée en voyage à Ithaque  ne date que de quelques années.

Mendelsohn livre une interprétation personnelle très humaine, un père, le sien, un fils, lui même en parallèle avec la (re)connaissance d’Ulysse par Télémaque.

En revanche, Pietro Citati met en scène les dieux. Le Prologue raconte la naissance d’Apollon et celle d’Hermès puis présente les Muses,  » filles de Mnémosyne, la Mémoire ». Apollon contradictoire,avec sa cithare-arc « entre terreur et harmonie, entre force et faiblesse, entre nuit et lumière, entre l’arc et la lyre….. » . C’est à Hermès qu’il attribue la Lyre, et aussi « un esprit au mille couleurs, chatoyant ». La Pensée Chatoyante, titre de l’oeuvre, est elle dédiée à Hermes ou à Ulysse, lui aussi sinueux, changeant, menteur, voyageur… en un mot hermétique. Ce dernier adjectif, est un mot-clé du livre. Très prosaïque, moi-même, je ne connaissais que le sens « se dit de tout objet étanche « , à la rigueur « difficile à comprendre » ; je n’avais jamais fait la liaison avec Hermès. 

Les Quatre parties de « l’Odyssée » font aussi la part belle aux dieux de l’Iliade et de l’Odyssée. Les premiers chapitres reviennent sur l’Iliade particulièrement sur le personnage d’Achille. Achille est à l’opposé d’Ulysse «  Achille est droit ; si Ulysse trompe il dit vrai ; si Achille est coloré il est blanc. » . Citati distingue alors un « premier Homère » qui a touché au sommet du sublime dans l‘Iliade tandis qu’un « second Homère » aurait rédigé l’Odyssée.

Cette référence au  « Premier Homère » et au  « Second Homère » se poursuit jusqu’à la fin du livre. Tout au long de la lecture, je me suis interrogée sur ce « second Homère« . J’ai trouvé sur Internet des articles savants sur une controverse entre hellénistes datant du temps des Romains portant sur l’existence-même d’Homère, sur la possibilité que l’Iliade et l’Odyssée ne soient pas du même auteur; le premier Homère aurait rédigé l’Iliade et le second, l’Odyssée.  Querelle de spécialistes, je n’y connais rien. Une hypothèse qui m’a poursuivie durant ma lecture était celle que, Ulysse lui-même, dans ses récits et ses mensonges, soit le « second Homère » . J’ai attendu jusqu’au dernier chapitre une explication définitive que je n’ai pas trouvée….

Comme dans l’Odyssée, et comme me l’a appris Mendelsohn, après le Prologue, la Télémachie conduit à la suite de Télémaque et d’Athéna à Sparte à la cour de Ménélas et d’Hélène. Nous retrouvons les héros de Troie et ce qui est advenu à leur retour. Le récit mystérieux d’Hélène m’a surprise. J’avais aussi oublié Protée

La suite de La Pensée chatoyante nous promène avec Ulysse dans lÎle de Calypso qui s’appelle ici « Ogygie, l’ombilic du monde » et que le tourisme moderne identifie à Gozo. Justement nous en revenons! La grotte de Calypso avait été une déception, une fissure plutôt qu’une grotte perchée loin du rivage. Mais si on pense qu’Ogygie était la prison d’Ulysse, la fente sinistre dans la roche suspendue au dessus de la plage devient beaucoup plus crédible. Il me plait que Gozo qui possède un des plus vieux temples de l’humanité, bien plus vieux que la Guerre de Troie, soit « l’ombilic du monde »

J’ai lu l’Odyssée à Ithaque et à Corfou, j’ai donc été plus attentive au récit d’Ulysse aux Phéaciens, cependant Citati, démêle les mondes doubles, celui proche de l’âge d’or où les dieux se montraient aux hommes, du monde des hommes, des contemporains d’Ulysse où ils apparaissent déguisés, du monde actuel ….Avec Calypso et Circée, le récit baigne dans la magie.

Magie ou astuce? d’Ulysse à qui la vanité joue des tours? Ulysse ne donne pas son nom, et ne se dévoile qu’au dernier moment, aussi bien  aux Phéaciens qu’à Ithaque. Citati donne de l’importance à cet anonymat qu’il cultive. Personne, se nomme-t-il auprès de Polyphème, le Cyclope, ce qui le sauve. Ulysse fils de Laërte crie-t-il au Cyclope ce qui déclenche le courroux de Poséidon. Personne, reste-t-il caché dans la prison de Calypso.

En lisant La pensée chatoyante, je redécouvre de nouveaux épisodes, sur lesquels l’auteur a braqué le projecteur et qui m’avaient échappé; il dévoile aussi les intentions des dieux, leurs déguisements, le brouillard qui leur sert à masquer la réalité, les métamorphoses…Il établit aussi des concordances étonnantes avec des œuvres de la littérature. La comparaison la plus osée et une des plus réjouissante est celle d’Ulysse et du Docteur Freud dans l’Interprétation des rêves :

« Le « second Homère » pense qu’il est un bon interprète des songes. Il procède comme un psychanalyste moderne qui sépare les éléments les uns des autres et traduit les figures superficielles en figures profondes.

Je ne voudrais pas identifier la figure du mystificateur chatoyant, sur le point de reconquérir son trône avec celle de son austère élève de Vienne. Antre la psychanalyse du roi d’Ithaque et celle de Freud il y a deux différences. Les rêves freudiens sont issus de l’immense dépôt du passé, plein de sens et d’apparences indéchiffrables[….]Freud veut comprendre l’âme du patient et si possible le guérir. Le songe qu’Ulysse étudie ne renferme pas seulement le passé : l’avenir surtout s’y cache : c’est une prédiction, une prophétie qu’il entend révéler à Pénélope ; c’est ainsi seulement qu’il peut la guérir….. »

Je reviendrai à La Pensée chatoyante, pour y trouver encore d’autres relations avec la culture moderne, des raccourcis surprenants qui nous mènent à la madeleine de Proust ou à la chaise de Van Gogh que Citati compare au lit mythique qu’Ulysse a construit avec un olivier ancré dans le sol. On y découvre aussi les fondements du récit, de toute la littérature.

Le mot de la fin :

« Le livre contient des récits mythologiques que certains, ou la plupart connaîtront ; mais mon livre avait envie de les raconter : et je crois qu’il faut obéir aux désirs des livres. »

L’enfant perdue – Elena Ferrante – L’amie prodigieuse tome. IV

LIRE POUR NAPLES

Depuis un an, j’attendais le dernier tome de la série de l‘amie Prodigieuse.

Elena Ferrante a su faire vivre toute un monde, un quartier, une ville – Naples – sur cinq décennies.  Nous avons vu vieillir les personnages, naître des enfants, évoluer des amours et des désamours, s’éloigner et se rapprocher les deux amies Lenù et Lila. Nous avons vu arriver les idées nouvelles, le féminisme, évoluer des techniques…perdurer des vieilles rancunes, toujours dans la violence….J’ai été très attentive au foisonnement des idées autour de 1968, j’ai aimé voir émerger le talent littéraire d’Elena. Je n’ai pas eu besoin de consulter l’index des personnages classés par familles: s Greco, Cerullo, Sarratore… je me souvenais très bien de tous.

J’avais retenu que le tome 4 sortirait le 18 janvier, j’ai eu un avant-goût des 12 premiers chapitres sur ma liseuse. Et le 18, le livre entier s’est téléchargé à 6h du matin!

Cependant, ce dernier tome n’est pas mon préféré. Les premiers chapitres ont traîné : Elena va-t-elle quitter Pietro? Va-t-elle rejoindre Nino? Vont-ils fonder un nouveau couple? Les atermoiements,  les longueurs m’ont un peu agacée, ainsi que cette passion adolescente:

« A l’idée de lui nuire de ne plus le revoir, c’était comme si je me fanais d’un coup dans la douleur : la femme libre et cultivée perdait ses pétales, se détachant de la femme-mère, la femme-mère prenait ses distances avec la femme-maîtresse et la femme-maîtresse avec la mégère enragée, et toutes me semblaient sur le point de partir au gré du vent. Plus Milan approchait,  plus je réalisais que Lila écartée, je ne savais pas me donner de consistance si ce n’est en me modelant sur Nino. »

Comment l’écrivaine reconnue, déjà mère de famille, la féministe peut-elle être aussi midinette?

La contextualisation dans l’histoire italienne m’a passionnée dans toute  la série de l‘Amie Prodigieuse. Les Brigades Rouges, l’enlèvement d Aldo Moro ont marqué l’histoire italienne récente. Les prises de positions, fluctuantes dans le temps, de Nino me semblent bien  intéressantes, ses revirements opportunistes le font dériver de l’extrême gauche au centre droit . Le personnage de Pasquale  n’apparaît qu’en creux, traqué, protégé par sa sœur Carmen, lui reste fidèle aux idéaux communistes qui l’ont conduit aux Brigades rouges. En revanche, Elena qui était très politisée dans les tomes précédents est plutôt indifférente aux évolutions politiques.

Elena retourne à Naples dans son quartier. Elle semble s’être refermée sur des soucis domestiques; J’imagine peu la femme de lettres féministe et militante dans ce contexte.

C’est là qu’intervient le Tremblement de Terre qui a secoué Naples. Le roman vibre littéralement, prend de la consistance. Et le personnage de Lila reprend de l’importance. Lila – l’Amie Prodigieuse – occupe le devant de la scène. Non seulement elle intervient dans dans les relations mère-filles d’Elena avec ses filles mais elle semble tirer les ficelles du quartier. La disparition de Tina va encore rebattre les cartes…(attention de ne pas spoiler).

Le personnage principal n’est-il pas la ville de Naples? 

… » Lila l’avait initiée à l’idée d’un déferlement permanent de splendeurs et de misères, à l’intérieur d’une Naples cyclique où tout était merveilleux avant de devenir gris et absurde, et avant de scintiller à nouveau, comme lorsqu’un nuage passe devant le soleil et au’on a l’impression que celui-ci se cache[….]une fois le nuage dissipé le soleil redevient soudain aveuglant et il faut se protéger les yeux de la main tant il est ardent. Dans les récits de Lila, palais et jardins tombaient en ruine, retournaient à la nature, parfois peuples de nymphes, dryades, satyres et faunes ; ils étaient habités tantôt par des morts, tantôt par des démons que Dieu envoyait dans les châteaux mais aussi dans les maisons de gens ordinaires, pour leur faire expier leurs péchés ou pour mettre à l’épreuve les occupants à l’âme pure… »

Une ville de Naples sous la menace du Vésuve, terriblement bouillonnante, belle et corrompue…

C’est aussi le roman, de la maturité, des enfants qui grandissent, des corps qui vieillissent, s’affaissent, des personnages qui disparaissent, s’éloignent ou meurent.  Terriblement décrit, avec maestria mais aussi de la nostalgie…

L’histoire est bien terminée. Lila est effacée.

 

La course à l’abyme – Dominique Fernandez

CARNET MALTAIS/LIRE POUR L’ITALIE

C’est avec un plaisir immense que j ‘ai relu cet ouvrage.  Je relis les livres de Dominique Fernandez à l’occasion de mes voyages,  en Sicile, à Rome. C’ est un passeur d’histoire merveilleux et un fin analyste.

A la première lecture, je ne connaissais pas le Caravage et c’était une découverte à la veille de notre voyage à Naples. De retour de Malte, j’ai repris ce livre. entre temps j’avais lu Le Piéton de Rome qui consacre de nombreuses pages à Michelangelo Merisi. 

Plutôt qu’à la personnalité du peintre,  je me suis intéressée aux analyses des tableaux que, maintenant, j’ai vus et aux thèmes récurrents, surtout le Saint Jean Baptiste qui m’a impressionnée à La Valette mais qu’il a peint à nombreuses reprises :

« Quand ils (les Français) représentent la tête de saint Jean-Baptiste sur le plateau de Salomé, on ne voit ni les veines qui pendent du cou ni les flots de sang qui dégoulinent. je veux moi, qu’on prenne cet épisode de la Bible pour ce qu’il est : un homicide répugnant. »

A plusieurs reprises dans le livre il revient sur ce thème :

A Malte : « pour le plus grand tableau qu’on m’eût jamais commandé j’étais invité à peindre un assassinat par décollation »

et cette scène inspire plusieurs interprétations:

« je m’identifiais à Jean, je rêvais au bonheur de mourir de la main d’un bourreau aussi beau et radieux que lui… »

ou la scène de l’assassinat de son père :

« meurtre, un meurtre qui s’était produit réellement, la mort de mon père poignardé par les tueurs dans une rue de Milan »

Toute une étude est réservée à la peinture de ce saint depuis Leonard de Vinci dont le portrait androgyne l’inspire.

Autre figure récurrente : le Bacchus , je me souviens du Bacchus malade de la galerie Borghese et le Jeune homme à la corbeille de fruits exposé juste à côté.

Autre lieu, autres scènes et tableaux qui m’ont impressionnée : les tableaux représentant Matthieu dans l’église de saint-Louis- des-Français. Le séjour du Caravage à Rome est raconté avec toutes les intrigues dont celle autour des peintures dans cette églises que j’ai visitée en suivant l’itinéraire de Dominique Fernandez dans le Piéton de Rome.

Lectures, visites, tableaux se répondent et je vais de l’un à l’autre sans me lasser.

je suis le Libanais – Giancarlo De Cataldo

LE MOIS ITALIEN / IL VIAGGIO

C’est un roman noir italien, aucun rapport avec le Liban, si ce n’est le surnom que le héros du livre a pris, on ne sait pourquoi d’ailleurs.

Aux origines de Romanzo Criminale, dit le 4ème de couverture. Du même auteur,  j’ai lu avec beaucoup d’intérêt Suburra et Rome Brûle, gros romans avec des implications politiques passionnantes. Je suis le Libanais est d’un autre calibre, 126 pages seulement.

C’est un portrait d’un jeune romain, mauvais garçon, plus voyou que truand qui se rêve roi de Rome après avoir rendu service à un gros bonnet de la Camorra napolitaine. Il lui faut quelques centaines de millions de Lires pour investir dans le trafic de stupéfiant des camorristes. Pour se les procurer il va avoir recours à des combines…. il va tomber amoureux d’une jeune bourgeoise gauchiste (nous sommes dans les années 70).

Portrait d’un homme, roman d’apprentissage, air du temps des seventies…

Looping – Alexia STRESI

MOIS ITALIEN/IL VIAGGIO

Looping a été écrit en français par une écrivaine française, Alexia Stresi qui est aussi une actrice connue. Si Looping a sa place dans ce challenge c’est parce que l’action se déroule en Italie et en Libye du temps où la Libye était une colonie italienne. C’est une leçon d’histoire de l’Italie pour moi qui connaissais peu la période fasciste et celle de la Démocratie Chrétienne.

Je me suis attachée à l’héroïne Noelie, née avant  la Première Guerre mondiale, fille d’une très jeune paysanne , Camilla, et  d’un père soldat de passage à Imperia, sur la Riviera italienne,  qui se retrouve dans un palais occupé par les fascistes à Tripoli. A Rome, elle s’intègre dans la bonne société …. Aussi à l’aise aux commandes d’un avion dans le désert libyen que dans les salons d’une station balnéaire huppée et même en négociatrice auprès de Khadafi.

Histoire tout à fait extraordinaire, presque un conte, de la petite paysanne qui devient grande dame. Personnalité hors norme,mais surtout visite dans les arcanes de la politique italienne du fascisme à la Démocratie chrétienne.

La Nature exposée – Erri de Luca

IL VIAGGIO

 

J’achète les livres de mes auteurs préférés   sans chercher à connaître le sujet, sans lire la présentation ni le 4ème de couverture.  Je fais confiance à l’auteur. Si j’avais su que, chez les paysans de montagne, « la nature » désignait le sexe, j’aurais peut être hésité. Un livre sur le dévoilement du pénis du Christ! pas franchement ma tasse de thé. Et j’aurais eu bien tort. Parce que c’est un livre délicat, poétique et profond. Impudique? pas vraiment.

 

 

Le narrateur est un montagnard, ancien mineur, passeur d’occasion de ces voyageurs (il ne dit pas réfugié) sur les chemins des contrebandiers, sculpteur amateur, artisan capable de réparer un nez, un doigt, une main cassée dans la pierre.

A la suite d’une dispute avec le forgeron son ami, le narrateur descend de la montagne vers la mer et trouve par hasard, dans une église, une statue qui avait besoin de restauration. C’est une merveilleuse statue de marbre, un Christ en croix qu’on a affublé d’un drapé de granite pour cacher les parties honteuses. Au restaurateur, la tâche d’enlever le drapé et de réparer les dégâts au marbre.

Le héros se passionne pour ce travail. Il se documente sur la statue, le sculpteur, relit les évangiles, et même prend conseil chez un rabbin. Il ira jusqu’à Naples étudier les nus antiques.

Je retrouve Erri de Luca avec ses lectures laïques et érudites des textes sacrés. Son rapport au sacré me convient, respectueux aussi bien de la foi du curé et de l’évêque qui lui ont confié la restauration que des avis du rabbin et des commentaires de l’ouvrier algérien avec qui il dîne dans le petit restaurant populaire. Le sacré dépouillé de toute bigoterie, la tolérance prend toute sa transcendance.

« en quelques mois, j’ai fréquenté un curé, un ouvrier musulman, un rabbin. Aucun contact avant, et puis les trois  la fois, ils m’ont permis de me mettre à leurs balcons, où j’ai éprouvé des vertiges qui me sont inconnus lorsque j’escalade des précipices… »

Simplicité du montagnard qui a un rapport charnel à la pierre, à l’eau glacée du torrent, au sable de la plage, qui « engueule la neige » et délicatesse de son toucher quand il s’agit de la statue de marbre. C’est en la caressant qui’l découvrira ses secrets, ses messages cachés…

Générosité de l’homme simple qui est touché par la parole d’un enfant, un seul mot « Düsseldorf », qui rend l’argent des voyageurs une fois le passage de la frontière effectué.

Erri de Luca nous ramène à Naples :

« Un homme qui vient des bois et d’un village se retrouve à Naples, sorti du train au milieu de la place de la gare. Il doit étudier la situation. La difficulté immédiate, c’est la traversée[…]il ne faut pas croire que la mer Rouge s’ouvre en deux pour eux, c’est une mer rouge locale… »

Naples c’est aussi le Vésuve :

« Raimondo associe le sentiment religieux de la ville aux éruptions. « la miraculeuse liquéfaction du sang de la relique de Saint Janvier reproduit sous le verre la fusion volcanique. le sang est l’exorciste du Vésuve, sa statue est portée e, procession contre l’avancée du feu. A Naples le sentiment religieux ne vient pas du haut des cieux, mais des entrailles de la terre…. »

Un beau livre sur la beauté des choses, des sculptures…de la montagne, des textes sacrés.

 

La Mer, le matin – Margaret MAZZANTINI

IL VIAGGIO

Merci aux copines de la page FB du mois Italien/il viaggio, , Martine, Mireille et Paolina qui me l’ont recommandé. C’est une belle lecture! 

Cette lecture s’inscrit dans le Mois italien mais aussi dans une suite de romans qui a commencé par La terre qui les sépare d‘Hisham Matar qui raconte la quête d’un fils cherchant son père dans les geôles de Khadafi, puis par Looping d’Alexia Stresi qui se déroule en partie en Libye et traite de la colonisation mussolinienne de la Lybie (entre autres), enfin la vie ne danse qu’un instant de Theresa Revay se déroulant dans l’Italie de Mussolini et commençant par la conquête de l’Ethiopie.

Italie/Lybie; colonisation/décolonisation mais aussi Exil/ émigration sont les thèmes de La mer, le matin. 

Deux histoires en parallèle :

Farid et la Gazelle raconte l’exil de la mère et de son fils fuyant la guerre civile en Libye qui a tué le père. Farid, enfant du désert n’avait jamais vu la mer. Il se retrouve sur un de ces bateaux pourris qui font naufrage en mer au large de l’Italie. L’innocence de l’enfant, qui apprivoise une gazelle innocente…

Couleur silence

Est aussi une histoire d’exil. c’est l’exil d’Angelina, la  mère de Vito, l’adolescent, puis le jeune homme sicilien, enfant de Tripolini – équivalent de nos pieds noirs – exilés de Libye. Enfants de ces colons que Mussolini a envoyé construire une campagne italienne de l’autre côté de la Méditerranée et que Khadafi a renvoyé ses eux en prenant le pouvoir.

Deux histoires en miroir. Farid qui quitte la Libye pour l’inconnu. Vito, de l’autre côté de la mer, qui a hérité de la nostalgie d’ Angelina, sa mère, de santa sa grand mère pour la Libye.

La mer,  le matin est la troisième partie du livre; celle qui fera peut être rencontrer les deux exils. On aimerait que Vito rencontre Farid, qu’il le sauve du naufrage…

Je ne vais pas raconter la fin. Il faut lire ce livre poétique, généreux qui soulève aussi un voile sur une histoire douloureuse.

La vie ne danse qu’un instant – Theresa Révay

Merci à Babélio et aux éditions Albin Michel de m’avoir offert ce livre !

Alice Clifford est correspondante de presse, intrépide reporter de guerre est  sur tous les fronts, de l’Abyssinie 1936, quand les troupes de Mussolini ont chassé le Négus, Madrid 1937,  à la Guerre d’Espagne, puis la Nuit de Cristal à Berlin novembre 1938, jusqu’à Monte Cassino aux côté des troupes américaines.

Fine journaliste, elle interviewe  Mussolini, fréquente un prince romain introduit au Vatican, publie des articles analysant les mécanismes du pouvoir fasciste. Dans les premières prévient des atrocités contre les Juifs dans les camps de concentration.

Entre ses reportages de guerre, Alice Clifford vit à Rome où elle a un appartement et un amant.Ou elle retourne se ressourcer à Alexandrie où vit son père et son ex-mari.

Ce roman historique, très bien documenté rappelle dix ans d’histoire européenne.Si je suis restée un peu sur ma faim pour ce qui concerne la Guerre d’Espagne, tout ce qui se déroule en Italie, aussi bien à Rome que dans les guerres de conquêtes mussoliniennes est très intéressant. Le rôle des papes Pie XI et Pie XII est intéressant.

Je me suis moins attachée au roman d’amour. La jeune femme si belle, si désirable, si intelligente….qui se veut libre et non-conformiste est comme on dirait « trop ». « Trop » beaux, séduisants, bien-nés, riches….ses amants. Quand à Fadil, l’ex-mari il est tout simplement parfait. Tant de perfection me lasse.

En bref, c’est un roman historique intéressant, mais c’est un roman historique, pas un témoignage direct ni une oeuvre littéraire qui vous emporte.

Même si Alice est américaine, nous baignons dans une atmosphère italienne tout au cours du roman.  Ce qui explique pourquoi je publie le billet dans le mois Italien.

L’image contient peut-être : ciel, plein air, eau et texte