Caravage à Rome amis et ennemis – Musée Jacquemart-André

Exposition temporaire jusqu’au 28 janvier 2019

Gentileschi : Judith et Holopherne

J’ai rencontré le Caravage à Rome, Naples, La Valette….et toujours impressionnée par le Maître! J’ai aussi lu et relu La Course à l’Abîme de Dominique Fernandez  a guidé mes pas dans Rome dans  Le piéton de Rome, et La Couleur du soleil de Camilleri.

Baglione : l’amour divin et l’amour profane

 

Retrouver Le Caravage ressemble plutôt à la visite d’un ami de longue date. Quoique – je ne suis pas sûre que la fréquentation de ce mauvais garçon soit recommandable! J’ai beaucoup apprécié que ses toiles soient confrontées à celle de ses concurrents, contemporains ou élèves, ses amis et ennemis comme le dit le titre. Le musée n’est pas grand, on  peut prendre notre temps : remarquer les petites taches de sang qui mouchettent le bras de

Dans la première salle « THEÂTRE DES TÊTES COUPEES » le tableau du Caravage, Judith décapite Holopherne, sous un drapé rouge qui accentue le drame avec un décor théâtral, est accompagné d’autres décapitations de Judith, Saraceni, Gentileschi, ou de David et Goliath du Cavalier d’Arpin. Le David et Goliath  d’Orazio Borgianni nous a fait sourire : la posture assez extravagante, les pieds en l’air et cette physionomie de pirate de BD (ou peut être les dessinateurs de BD se sont-ils inspiré de cette tête grimaçante?)

Artemisia Genteleschi : SAinte Cécile

Salle 2 :  Musique et Nature morte, le très beau et rare (il vient de l’Ermitage) Joueur de Luth fait face à Sainte Cécile d’Artemisia Gentileschi (j’ai très envie de lire Artemisia de Lapierre que Claudialucia a chroniqué récemment). Deux belles corbeilles de chasselas décorent la Douleur d’Aminte de Bartoloméo Cavarozzi (celui-là vient du Louvre je pourrai lui rendre visite).

Caravage : Joueur de luth

Salle 3 : au saint Jean-Baptiste du Caravage de la villa Borghèse avec son mouton répond un autre Saint Jean-Baptiste de Manfredi nettement plus habillé au mouton plus mièvre, plus agneau que bélier.

Saint Jean-Baptiste (détail)

Salle 4 CONTEMPORAINS, occasion de découvrir une adoration des mages d’Annibal Carrache surchargée d’angelots (avec un concert d’anges sur un nuage) très baroque.

Salle 5 MEDITATIONS  réunit autour de Saint Jérôme une figure que j’ai rencontrée aussi à La Valette – un Saint François toujours du Maître et d’autres tableaux représentant une figure unique(figura sola)

Manfredi : couronnement d’épine

Salle 7 LA PASSION DU CHRIST  donne à voir les rivalités entre artistes, un concours sur le Thème Ecce Homo aurait été remporté par Cigoli .

Ecce Homo

Le mur du fond est occupé par le très grand tableau de José de Ribera qui se trouvait à Rome cette année-là : Le Reniement de Pierre peint dans un décor d’auberge, où 5 personnages jouent aux dés sous un éclairage caravagesque. En face le tableau de Manfredi nous étonne : on dirait que le soldat romain est décapité (où est donc sa tête alors que son armure brille de tous ses détails?)

Ecce Homo : Cigoli

Jeu des différences avec les deux Madeleine en extase, presque identiques. Nathalie qui est plus observatrice que moi me montre le traitement des cheveux, les mains….

Souper à Emmaüs (détail)

 

En conclusion : le très beau Souper à Emmaüs.

Et comme toujours, à Jacquemart-André, des vidéos prolongent de façon savante la visite.

Une matinée bien remplie, avec le plaisir de rencontrer une blogueuse que je ne connaissais que virtuellement.

Elsa mon amour – Simonetta Greggio

LE MOIS ITALIEN/IL VIAGGIO

« Toutes mes clés sont dans mes romans. Que celui ou celle, qui tentera de raconter mon histoire le sache, hors de mes pages, mon existence n’est que commérage. Quelques détails, quelques goûts, quelques inflexions. Aborder l’histoire d’autrui n’est acceptable que dans la désinvolture oublieuse et amicale d’une partie de carte avec un inconnu » 

Les lectures communes permettent de s’échapper de la routine et d’aller vers des livres auxquels je n’aurais pas pensé.

Si je connais de nom Elsa Morante, je n’ai rien lu d’elle. Cette biographie me sert donc d’introduction et je me promets de lire au moins la Storia très prochainement. Cette biographie est-elle désinvolte, amicale ou commérage?

Elsa Morante et Moravia à Capri

De nombreux personnages, écrivains ou cinéastes,  apparaissent dans ce roman. Parfois furtivement, parfois ils ont droit à tout un chapitre et même plusieurs. Moravia, son mari est plutôt décrit comme compagnon d’écriture et de travail que comme amant ou mari. A la fin :  longue citation du Mépris, tel que Godard l’a filmé. Portrait vachard comme celui de Malaparte sous un jour peu flatteur.  Personnages mondains comme les  Agnelli, Virginia et Eduardo du temps du fascisme – personnages influents dans l’Italie d’alors. Avec beaucoup plus de tendresse : Anna Magnani,  Pasolini qui traverse le roman à nombreuses reprises. Très belle évocation de Leonor Fini. Plus équivoque, le personnage de Visconti avec qui Elsa a entretenu une relation plutôt univoque. Fellini, Pavese…combien d’autres? Toute une période de la vie intellectuelle italienne. Un peu « people » quand même. L’auteure a-t-elle évité l’écueil du commérage?

Histoire d’amour avec sa ville de Rome  où j’ai eu plaisir à y retourner :

« Je me suis souvenue à quel point ma ville est un Caravage, chiaroscuro, un miracle secret. Une intimité effarouchée, un baiser volé. Une ville habitée par des bêtes monstrueuses, mi-chevaux, mi-dauphins, animaux mythiques chers à mon âme. Je suis moi-même l’un des monstres sacrés de Piazza Navona….. »

Rome, bien plus que l’Italie, est ma patrie »

On peut aussi faire une lecture historique, s’intéresser au rapport entre les intellectuels et les puissants au fascisme, s’intéresser à la façon dont deux écrivains juifs (à moitié mais les Allemands ne faisaient pas dans la nuance) ont traversé la période de la guerre.

Bizarre! je me suis plus attachée aux comparses qu’à Elsa elle-même. Peut être parce que ces amis faisaient partie de sa personnalité?

elle écrit aussi

« Pourquoi croit-on que les écrivains écrivent, si ce n’est pour prêter leur voix à ceux qui n’en ont pas – qui n’en n’ont plus? »

Comme si l’évocation de ses amis étaient l’essentiel de sa vie? Il faut vraiment que je lise dans le texte!

 

 

La Loi de la mer – Davide Enia

LE MOIS ITALIEN/IL VIAGGIO

 

« Ici on sauve des vies. En mer toutes les vies sont sacrées. Si quelqu’un a besoin d’aide, on lui porte secours. Il n’y a ni couleur de peau, ni ethnie, ni religion. C’est la Loi de la mer »

Ce n’est pas un roman. C’est un récit. Ce n’est pas un témoignage sur les débarquements et les sauvetages. C’est beaucoup plus que cela. Davide Enia passe quelques jours à Lampedusa en compagnie de son père. Davide Enia, écrivain, rencontre des gens et écrit. Son père fait des photographies.

« Il y aura une épopée de Lampedusa. Des centaines de milliers de personnes ont transité par cet île. Il manque encore une pièce dans la mosaïque, aujourd’hui : l’histoire de ceux qui migrent. Nous n’avons pas les paroles pour dire leur vérité. Nous pouvons nommer la frontière, le moment de la rencontre,montrer des documentaires sur les corps des vivants et des morts. Raconter les mains qui soignent et celles qui érigent des barbelés. Mais l’histoire de cette migration, c’est eux qui la raconteront, ceux qui sont partis pour aborder sur nos rivages à un prix qu’on n’imagine même pas. il faudra des années. Ce n’est qu’une question de temps mais c’est eux qui nous expliqueront leurs itinéraires et leurs désirs, qui nous dirontde ceux que les trafiquants d’êtres humains ont massacré dans le désert…’

Dans le récit, j’ai lu des pages terribles sur des naufrages, quelques pages joyeuses sur les arrivées de ceux qu’on a sauvés. Assez peu de rencontres avec les arrivants. Des dialogues avec les îliens et ceux qui s’investissent dans le sauvetage et l’accueil. Comme Franco, le menuisier qui fait des croix pour les tombes des inconnus, morts en mer ou échoués sur les plages. Comme ce plongeur de métier envoyé à Lampedusa pour les opérations de secours. Paola et Melo qui logent des touristes mais qui vont sur la jetée accueillir les arrivants. Vito, et son bateau. le fossoyeur qui fleurit les tombes….Il y a la mer avec ses naufrages mais aussi le plaisir de la baignade.

Ce n’est pas un reportage journalistique comme nous en avons lus beaucoup. C’est un livre personnel sur la relation entre un père et son fils. Relation entre un homme et son frère, Beppe atteint d’un lymphome. Les deux sont médecins. Ils sont donc très conscients de ce qui arrive. La mort est très présente, dans les naufrages, mais aussi dans la maladie de Beppe, le deuil de Toto, mort récemment d’un cancer. Et pourtant ce n’est pas une lecture pesante. Il y a beaucoup de tendresse et de joie de vivre.

C’est aussi le livre d’un Sicilien très attaché à son île, à sa langue ; nombreux sont les mots siciliens que je n’aurais jamais compris sans la traduction. Attaché aussi aux caractères et aux traditions de ces hommes taiseux pour qui le langage des corps est presque plus bavard que les rares paroles.

« Le Sud souffre d’une difficulté à communiquer venue d’une culture où se taire est une preuve de virilité »

Le thème de la photographie est abordé. Cela me parle parce que c’est le troisième dans cette rentrée littéraire 2018. La photographie est aussi une manière entre le père et le fils de communiquer mais là, c’est avec le grand-père…

Un livre court (236 pages) mais très riche, en émotions et en thèmes abordés. Un livre personnel d’un auteur qui m’avait déjà scotchée Sur la terre comme au ciel, une histoire de boxeurs alors que la boxe et le sport en général m’indiffèrent. Alors que dans celui-ci, larrivée des migrants à Lampedusa m’interpelle depuis longtemps

« On n’échappe pas à la guerre en montant dans un avion. on s’enfuit à pied et sans visa puisque personne n’en délivre plus. Quand la terre finit, on monte dans un bateau. Et cela revient à remonter à nos origines, à la source d’où jaillit encore l’eau qui nous abreuve. C’est toujours la même histoire. Une jeune Phénicienne s’échappe de la ville de Tyr, elle traverse le désert tout entier, et puis ses pieds n’avancent plus parce qu’elle est devant la mer. Là elle rencontre un taureau blanc qui baisse le tête et la prend sur son dos, et devient la barque qui sillonnera la mer pour l’amener en Crète. Cette jeune fille s’appelle Europe. C’est de là que nous venons. Nous sommes les enfants d’une traversée sur l’eau. »

 

Pirhanas – Roberto Saviano

LIRE POUR L’ITALIE & pas seulement….

Roberto Saviano, pour avoir écrit Gomorra et Extra Pure, reportage sur la Camorra napolitaine, vit sous protection policière depuis plusieurs années. Ses livres et les adaptations en film ou télévisées sont régulièrement attaquées. De la non-fiction narrative, Saviano est passé à l’écriture d’un roman de fiction très alimentée par la réalité.

Dès que j’ai ouvert le livre, j’ai failli le refermer. Le premier chapitre Mange-merde m’a paru difficilement soutenable. Humiliation d’un petit et humiliation diffusée sur les Réseaux Sociaux.

Dois-je vraiment lire cela?

La limite entre la complaisance, le plaisir de lire des horreurs et la curiosité est vraiment floue.

Surtout que cela empire par la suite. Dès que ces adolescents, encore des enfants pour certains, se procurent des armes, ils passent très vite au meurtre. Meurtres gratuits tout d’abord, pour s’entraîner pour vérifier  les tutoriels sur lesquels ils apprennent le maniement des armes. Chevauchées infernales sur leurs motos, terreur des passants. On se croirait au cinéma, ou dans un jeu vidéo. Et puis conquête d’un pouvoir, d’un territoire. Luttes avec d’autres bandes. Luttes à mort.

Aucune perspective si ce n’est la consommation immédiate de biens dérisoires. Une entrée dans une boîte clinquante au Posilippo, du champagne, de la coke…et toujours des armes, des actions d’éclat au goût du sang.

Suis-je forcée de lire cela?

Et bien, je me suis laissée embarquer jusqu’au final, au meurtre d’un enfant.  Logique, inévitable. Tragédie totale qui mettra peut être le point final à la lecture mais pas à l’engrenage dans lequel les pirhanas sont entraînés. C’est bien écrit! Cela se lit bien. Mais cela me met mal à l’aise. Loin de moi le reproche qu’on a fait à l’auteur de pousser les adolescents à la violence, lire Saviano ne me fera commettre aucun délit mafieux!

Doit-on censurer ces images insoutenables comme celles de Daech? Faire des procès à ceux qui les regardent? Lien entre  terrorisme et violence des gangs mafieux. Ce n’est pas moi qui le fais, c’est Saviano lui-même. Ces enfants écrivent les louanges des islamistes sur leur mur Facebook, même s’ils sont de bons catholiques qui vont brûler des cierges à la Madone.

Saviano dédicace ses livres et je fais la queue avec mon exemplaire!

C’est en écoutant Saviano (La Grande Librairie), en lisant ses interviews du Monde, etc… que j’ai compris. Pirhanas est le développement romanesque de faits divers « une histoire incroyable« ayant vraiment eu lieu. Une bande d’enfants d’adolescents de 14 à 19 ans a vraiment pris le pouvoir sur Naples à une époque où les parrains se sont retrouvés en prison et où le territoire était à prendre. Le jeune  chef de bande n’est pas une fiction, même si le personnage est inventé. Pour écrire les dialogues, l’auteur s’est basé sur des écoutes téléphoniques authentiques.

J’ai eu le privilège d’avoir une invitation dans les salons de Gallimard et d’écouter Saviano. D’après lui, ces enfants sont des « génies criminels » des « enfants prodiges » qui ont su exploiter un vide de pouvoir pour développer le commerce de la drogue. Ce ne sont pas des enfants poussés par la misère, ce sont les enfants d’une petite bourgeoisie dont le pouvoir économique s’effondre. Logique capitaliste ou logique mafieuse? Ils ont compris qu’avec un investissement de 5000€, l’économie de la drogue pouvait les rendre multimillionnaires. Et pour la mise de départ, il faut des armes, des extorsions, des braquages. Mais pour garder le pouvoir, le territoire, il faut maintenir la terreur et la mort.

La différence entre les enfants-pirhanas et les parrains traditionnels adultes, c’est que les enfants vivent dans l’instant immédiat, No- future. Ils veulent tout et tout de suite. La mort est la suite logique, ils n’en ont pas peur. Comme les terroristes, ils vivent un désir de mort. Ce désir est selon Saviano, le point de contact avec le djihadisme. Le langage de la banlieue selon lui est violent et universel, comme le Rap.

Encore plus effrayant que je ne le croyais en lisant!

merci à Babélio et à Gallimard pour le livre et l’invitation!

 

 

Beati Paoli t3 : Coriolano – Luigi Natoli

IL VIAGGIO : LECTURE COMMUNE 

Coriolano

Pavé de l’été (644p)! 

J’ai pris un plaisir de lecture presque adolescent, comme à 12 ans les 3 Mousquetaires, ou Le Comte de Monte Cristo. Je me suis laissé embarquée dans les enlèvements de la prisonnière d’un couvent, dans les conspirations et coups tordus des parents de Giovanna, les recherches des titres de noblesse de Cesare….et bien sûr les amours contrariées, les duels, les réunions secrètes…

Je ne me suis pas lassée de ce feuilleton interminable (après les 2 premiers tomes,  1870 p) parce que je me suis promenée avec un  plaisir toujours renouvelé dans Palerme. J’ai préféré ce dernier épisode parce que le contexte historique et presque révolutionnaire avec l’accaparement des grains par les spéculateurs est particulièrement bien évoqué.

Comme j’étais curieuse de la véracité des faits, je me suis documentée sur Luigi Natoli : site de l’éditeur Métailié ICI 

J’ai été étonnée de ce que ce roman qui ressemble aux romans romantiques du 19ème siècle ait été écrit au 20ème siècle. Luigi Natoli était journaliste et historien, on peut lui faire confiance pour la vérité historique.

Un autre point de vue celui de l’Humanité qui rattache les Beati Paoli à la Mafia ICI

trouvé sur Youtube :

Et bien sur comme c’est une lecture commune : un lien vers le blog de Martine : ICI

 

Splendeur – Margaret Mazzantini

IL VIAGGIO

J’avais beaucoup aimé Le Mer, le matin. J’ai eu plus de mal à entrer dans ce gros roman de 406 pages. Je ne suis pas une bonne cliente pour les romans d’amour. Le petit garçon riche malheureux qui jette ses jouets par la fenêtre m’a passablement agacée. L’amitié tardive avec le fils de la concierge qui ne se découvre que sur la fin de leur scolarité commune ne m’a pas semblé crédible. Paradis que ce voyage scolaire où les deux garçons se découvrent, ne m’a pas convaincue;

Pourtant j’ai continué et j’ai préféré la suite  qui se déroule à Londres (pour le voyage à Rome, on repassera). Les amours hétérosexuelles, son mariage, ses relations avec la fille de sa femme sont décrites avec délicatesse, surtout quand on se rend compte que l’unique passion de Guido sera pour Costandino. J’ai fini à m’attacher aux personnages et je voulais savoir si leur histoire trouverait enfin un dénouement heureux.

Recherche de normalité dans une époque où l’homosexualité n’est pas encore acceptée. Costantino, pour sa part a un ménage tout à fait conformiste mais il n’a pas oublié Guido. Quand leurs retrouvailles paraissent possibles, les deux hommes subissent une agression violente. Jamais leur amour ne pourra s’exprimer au grand jour.

Splendeur? Triste splendeur. Où est-elle la splendeur dans le non-dit, le refoulement, voir le mensonge?

Le Duc de Naxos – Georges Nizan

LIRE POUR LA GRECE 

« Yussuf Nassi, je vous concède le gouvernement de Naxos ainsi que les îles de Paros, d’Antiparos de Milo, de Santorin et autres îles de l’Archipel, peuplées ou inhabitées…. »

Le 19 octobre 1566, le sultan Sélim anoblit le juif Joseph Nassi, né au Portugal Joào Miguez, Juan Miguez pour les Espagnols,  commerçant  de la Maison Mendez, Grand Argentier du Roi de France sous le nom de J Miques,….baptisé catholique au Portugal, marrane exilé aux Pays Bas, revenu au judaïsme à Istanbul, ayant entrepris la reconstruction de Tibériade…..

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Le Duc de Naxos – ne m’était pas inconnu. Catherine Clément, dans la Senora raconte l’épopée de la famille Mendez, l’exil des Marranes, du Portugal, à Anvers puis à Venise et Ferrare, Istanbul et même en Palestine. Elle tisse aussi les relations entre les riches marchands et banquiers de la famille Mendez, négociants d’épices, banquiers des rois. Joseph Nassi est le neveu de Dona Gracia – la Senora – qui a permis d’aider les marranes exilés à rejoindre l’empire ottoman, à transférer leurs biens et capitaux chaque fois que cela était possible.

J’ai lu deux fois la Senora la dernière fois en revenant de Ferraretoujours avec autant de plaisir.

Catherine Clément a mis le projecteur sur Dona Gracia, tout en racontant la vie de Joseph Nassi.

Georges Nizan a choisi Joseph Nassi  et s’est plus attaché aux relations diplomatiques et politiques, aux intrigues politiques et politiciennes. Il conte par le détail les complots à la cour de Sélim, le sultan, rivalités entre le Grand Vizir Sokolu et les Pachas, et amiraux. Il s’est aussi attaché à mettre en lumière les relations très troubles entre la Porte et les Rois de France; un peu trop en détail, à mon goût, je me suis perdue dans les différents ambassadeurs et émissaires francs. Il a aussi analysé les rapports de force, les alliances et les retournements d’alliance entre l’Espagne et Venise et comment la conquête de Chypre par les Ottomans, à laquelle Joseph Nassi a travaillé, a abouti à la catastrophe pour les Turcs que fut Lépante.

Naxos et la citadelle vénitienne

De retour de Naxos, j’ai cherché dans cet ouvrage comment ce duc de Naxos avait gouverné son Dûché. Il en est assez peu question. Joseph Nassi a déposé le Duc de Naxos  Jeacques  Crispo dont le gouvernement était précaire sur une population locale grecque orthodoxe mécontente et hostile aux latins; Puis il a délégué son pouvoir et l’affermage des impôts à son homme de confiance Francisco Coronello. Le Dûché de Naxos était plus un titre honorifique qu’un réel pouvoir politique.

Je me suis un peu égarée dans les méandres des intrigues des puissances méditerranéennes. J’aurais préféré que l’auteur resserre un peu son propos, surtout à propos du recouvrement de la dette du roi de France qui est un détail mineur.  Je me suis un peu ennuyée vers la fin.

Noli me tangere – Andrea Camilleri

LIRE POUR L’ITALIE

nNoli me tangere Fra Angelico

Roman policier, puisque un policier, le commissaire Maurizi mène l’enquête sur la disparition de Laura, la femme d’un écrivain célèbre. Enquête discrète pour éviter un scandale.  Par ailleurs, le bien-fondé de cette enquête n’est pas évident : pas de cadavre, seule la voiture vide est retrouvée au bas d’un pont, le sac à Venise. La disparue a peut être organisé sa fuite sciemment.

Faute d’indices, Maurizi fait plutôt une enquête de personnalité. Il lit des lettres, interroge les anciens amis et amants. Laura est une femme complexe. Alors que les hommes qu’elle a fréquentés ont une opinion plutôt négative, son professeur d’Histoire de l’Art voit en elle un esprit très fin, et une grande intelligence. Égoïste et allumeuse?

Giotto Noli me tangere

Et comme nous sommes en Italie, un circuit artistique s’organise autour du thème Noli me tangere qui a inspiré de nombreux peintres et qui est le sujet de la thèse de Laura. Pour mon plus grand plaisir!

J’ai bien aimé ce roman fin et léger, mais je préfère toujours les romans siciliens  de Camilleri qui me font rire.

Noli me tangere Titien

 

Un Homme seul – Antonio Manzini

LE MOIS ITALIEN/IL VIAGGIO

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

Merci à Babélio et aux éditions Denoël , pour ce bon moment de lecture!

Un polar bien ficelé qui m’a emmenée à Aoste,  à Rome, Pescara et même en prison.

Comment chroniquer un thriller sans spoiler? Il ne faut pas donner trop d’indices qui dévoileraient l’intrigue. Et pourtant je voudrais vous donner envie de le lire.

Rocco Schiavone n’a  pas la classe de Guido Brunetti ou la chaleur de Montalbano, mais c’est un personnage intéressant, complexe, que j’avais découvert avec Piste Noire. Un homme seul m’a tenue en haleine et je l’ai préféré à Piste Noire. Le sous-Préfet, qui tient à son grade, est l’homme seul, menacé, hanté par la perte de Marina, sa femme, on s’attache à lui malgré ses défauts. Il peut être grossier et brutal. Les personnages secondaires ont une bonne épaisseur et ne sont pas là pour de la figuration.

Je repartirai volontiers pour une nouvelle enquête avec Schiavone!

La Fille dans le Brouillard – Donato Carrisi

LE MOIS ITALIEN/IL VIAGGIO

La Fille dans le brouillard

Qu’ajouter aux 110 Critiques sur Babélio! C’est un livre populaire!

Après deux lectures un peu difficiles, j’ai chercher un roman avec une histoire à laquelle me raccrocher, un bon polar distrayant. Et c’est exactement ce qu’il me fallait. Un thriller qui vous emporte et ne vous lâche plus, avec des surprises, des rebondissements, une enquête passionnante qu’il faut, évidemment éviter de dévoiler. 

En plus d’une histoire très bien ficelée, il y a aussi une analyse de l’emprise des médias sur le déroulement de l’enquête mais pas seulement, aussi sur la manière dont le public perçoit l’information et dont il peut être manipulé.

C’est dans l’air du temps. Ces marches blanches après une disparition d’enfant, ces bougies qu’on allume, ces pélerinages  sur les lieux du crime, et ces reportages incessants qui occupent tout l’espace des informations. Voyeurisme? Empathie? Le criminel peut se mettre en scène, l’enquêteur utiliser tout le cirque médiatique pour débusquer le coupable. Un policier manipulateur, une journaliste sans scrupule….

Un livre qui donne envie de couper la télé pour un certain temps et d’aller faire un tour dans la montagne

lire aussi le billet d’eimelle