Bari

CARNET DU MEZZOGIORNO

Bari : Théâtre Margherita

San Spirito

 

Sur la route de Bari par la mer, premier arrêt à San Spirito : un petit port tout simple, plutôt port de plaisance, pour de petits bateaux, aussi port de pêche. Les étals de poisson attendent le retour des pêcheurs, vides ce matin. Dans les rues perpendiculaires au lungomare, au petit marché il y a surtout des vêtements. Nous cherchons les pizzerias pour dîner ce soir,  tout est fermé.

Arrivée à Bari

Théâtre Piccini

Fin de la route de la mer, près de l’aéroport, nous trouvons la tangenziale. J’ai trouvé le mode d’emploi du Navigatore intégré dans la Polo, nous entrons dans Bari par la Via Napoli qui traverse des zones industrielles et des quartiers modernes. Nous arrivons sur le Corso Vittorio Emanuele II qui relie la Piazza Garibaldi à la mer, bordé de beaux palazzi : le Palazzo Fizzaroti est tout à fait étonnant, gothico-vénitien tout à fait éclectique, le Théâtre Piccini fait face à l’important Palazzo del Governo. Aux murs des bâtiments, des plaques commémoratives. Les Palais sont colorés, décorés avec stucs et moulures. Des rangées de palmiers bordent le Corso. Je pense à Dürres, juste en face, où nous étions il y a deux ans : un grand port, un front de mer et des palmiers.

Au fond de l’artère, un curieux bâtiment rose aux fines tourelles couronnées de coupoles comme des minarets de fantaisie : le Théâtre Margherita –qui s’avance dans la mer sur ses pilotis. Théâtre Liberty 1914, il abrite maintenant des expositions temporaires ; en ce moment, une Exposition de Photographie  me tenterait bien C’est ici que je commence la promenade du Guide Vert.

à déguster sur place ou à emporter
à déguster sur place ou à emporter

Parking payant  (1€/h payable en pièces ou par carte de crédit) . Un marché de poisson à l’ombre d’un auvent métallique s’est installé. Dans des assiettes des coquillages, huitres, oursins accompagnés d’un demi-citron à déguster sur place. Les seiches vivantes sont dans un aquarium, des poulpes entiers dans des sacs de plastique. Plus classiquement, on peut aussi acheter des poissons d’une fraîcheur éclatante.

Vieille Ville

Place del Ferrarese

Piazza del Ferrarese, des fouilles mettent en évidence les vieilles dalles d’une chaussée antique.  On voit le chevet et l’abside de la petite église de la Valisa. Modeste, blanche, très jolie. Je la contourne. Des musiciens préparent un concert. J’entre alors dans le dédale des rues étroites où sèche le linge, enjambées de hautes arches.

par les rues étroites de la vieille ville de Bari

Au hasard, je me retrouve devant la Cathédrale di San Sabino accolée au Palais épiscopal. Très haute, très blanche. Romane mais si haute ! J’hésite entre l’impression de dépouillement des murs blancs éblouissants, très hauts, très lisses, et celle de la richesse et la délicatesse de la décoration, la finesse des sculptures des colonnes supportées par des animaux encadrant le porche et un bestiaire fantastique autour des fenêtres. Un mariage se prépare, de magnifiques bouquets de roses blanches ont été déposées, les photographes sont prêts. Je ne m’attarde pas et fonce à la crypte où je suis surprise par les couleurs après la blancheur du haut.

Saint Nicolas de Bari : porche

Je fais le tour de la cathédrale pour trouver la trulla : grosse tour ronde aveugle sur l’emplacement du baptistère, aujourd’hui, sacristie. Une simple plaque avec une ménorah gravée et une inscription en hébreu signale qu’autrefois il y avait là une synagogue.

La Via Carmine conduisant à l’Eglise San Nicola est encombrée de touristes en troupeau derrière leur guide. Les boutiques à touristes proposent des pâtes et d’autres souvenirs. J’essaie de faire des photos de linge qui pend et de vespa…San Nicola, commencée en 1089, consacrée en 1107 fut construite pour abriter les reliques volées en 1068 par 62 marins de Bari « enlèvement de Saint Nicolas ». C’est une église normande : Robert de Hauteville, dit Guiscard (frère de Roger roi de Sicile) a conquis Bari en 1071. Selon nos guides San Nicola servira de modèle aux églises de style Roman apulien. Il faut prendre du recul pour admirer la façade à trois nefs et le campanile. Je préfère me rapprocher et photographier les amusantes sculptures qui dépassent, les bœufs qui supportent les colonnes.

Saint Nicolas dd Bari

A l’intérieur, de curieuses arcades très fines traversent la nef (ajoutées après le séisme de 1456 selon le Guide Bleu) et un très haut jubé découpent le volume impressionnant. Le plafond a été peint au 17ème siècle. La crypte contient les reliques du saint. Un pope, ou plutôt deux conduisent un groupe de pèlerins slaves, femmes enfoulardées, hommes vêtus de shorts négligés, tous font les larges signes de croix orthodoxes, répétés et fréquents, s’agenouillent et se signent encore. Une seule icone est revêtue d’argent à la mode orthodoxe. Il règne une telle ferveur que je n’ose ni filmer ni bouger pour examiner les chapiteaux.

Bari : Lungomare

Dominique a envie de déjeuner au bord de la mer. Nous suivons le Lungomare bordé d’immeubles modernes et de grande bâtisses mussoliniennes auxquelles nous ne prêtons guère d’attention. Nous quittons facilement Bari vers le sud, découvrons des établissements de plage. Un restaurant dans un trullo nous tente.

un déjeuner à la mer

Nous lui préférons une terrasse contemporaine, en blanc et bleu : Doremar. Au choix,  ombre ou soleil, tables et chaises, poufs et tables basses. Le menu est simplissime,  4 propositions sur l’ardoise, mais sibyllin : on commande sans savoir ce qui va arriver parmigiana et calamarata. La calamarata ne contient aucun mollusque ni calmar, mais des pâtes en forme d’anneaux, cuisinées avec des tomates fraîches de l’aubergine et des petits morceaux de saumon et  décorée d’une poudre fine noire mystérieuse. La parmigiana ne contient pas forcément du parmesan, c’est un gratin d’aubergine. Cuisine raffinée et délicieuse mais en petite quantité on accepte avec joie le cremoso de chocolat : fine tranche de glace avec des grains de chocolat. Il fait frais au bord de l’eau, nous prenons dessert et café au soleil.

Bari château Normand-souabe

Le château Normand-Souabe est une énorme forteresse qui a été occupée et modifiée au cours de l’histoire. Normand d’abord, on y retrouve l’empreinte de Frédéric II (1233-1240). On entre par le vestibule de Frédéric. La voûte repose sur des colonnes aux chapiteaux décorés de motifs végétaux, mais aussi de têtes de guerrier et de l’aigle impérial. On entre dans la cour et on découvre la tour carrée avec deux escaliers extérieurs formant deux rampes. A partir de 1735, le château fut une prison. On creusa ensuite une citerne et on y fit même des cultures maraîchères.

Salle Angevine : dans l’encoignure de la fenêtre

A l’étage, des expositions permanentes : restauration de l’édifice, céramiques « butto », retrouvées dans un tas d’ordure, jetées, peut-être mais encore très belles. Certaines à motifs jaunes et bleu de Bari, des faïences au fond bleu de Faenza. Une salle Angevine, très haute de plafond avec quatre cheminées. Une autre Aragonaise rappelle Bona Sforza morte à Bari en 1557.

Au rez de chaussée, une vidéo raconte l’histoire du château.

Une exposition temporaire consacrée l’une à saint Nicolas est destinée principalement aux enfants. Saint Nicolas protège les enfants et les marins. Selon la légende, les reliques de Saint Nicolas mort en 337 à Myre en Turquie,  furent emportées par 62 marins de Bari en 1087.  Dans la crypte de l’église Saint Nicolas de Bari, la lampe possède deux bouches symbolisant l’unité des cultes catholique et orthodoxe qui vénèrent ce saint.  Sont exposés, des livres d’enfants de la légende de Saint Nicolas, des pains d’épice à l’effigie de Saint Nicolas, des chocolats, des marionnettes, des Play mobiles, et des représentations de Santa Claus qui devint le Père Noël.

Autour du livre est une installation d’art contemporain Libri d’Artista, l’Arte da Leggere montrent des variations contemporaines sur le thème du livre : un livre évidé, des livres d’image, et même une version des tablettes de Babylone en argile.

La Gypsothèque vaut vraiment la visite. Les moulages en plâtre de chapiteaux des églises normandes de Bari et de ses environs sont présentés à hauteur humaine permettant de les observer plus facilement que sur place. Je me régale à photographier animaux fantastiques et personnages dont je peux voir tous les détails charmants.

 

 

Arrivée à Bari

MEZZOGIORNO

Giovanizza

Vol Air France direct : Charles de Gaulle – Bari  , 2h30,  très agréable.

Notre Polo VW de location (Sixt) est neuve (740km) équipée d’un GPS – Navigatore – dont je ne connais pas le mode d’emploi. Je me laisse guider par le téléphone jusqu’à Oasi di Pace dans la Résidence Scoglio di Euridice fermé par un cancello impressionnant. Au téléphone, un homme, pas du tout au courant de la réservation, nous l’ouvre. Dans la rue, barrée par un portail vers la mer, aucune indication de la chambre d’hôtes. Des maisons de vacances entourées d’agréables jardins. Un court de tennis côté rue, une piscine côté mer. Aucun Oasi di Pace en vue !

La dame arrive et ouvre la porte et nous intime l’ordre de verrouiller la voiture. Nous sommes bien dans le Sud de l’Italie, on y craint les voleurs ! Y en a-t-il tant ? Dans une résidence barricadée ? « Les Roms peuvent escalader » répond-elle. Tout est bouclé à clé, le petit portail du jardin, la maison. Le trousseau de clé est impressionnant.

Elle me montre les fusibles et le disjoncteur dans la rue : « Cela peut sauter » (en effet cela sautera).

Pas de cuisine, ni de réfrigérateur, en guise de bouilloire, une cafetière électrique monumentale avec des piles de gobelets de très petite taille pour le café, à peine plus grands pour le thé, pas de cuillers, des touillettes plastiques, pas d’assiettes ni de couverts. Une abondance de serviettes de toilettes ! la Télévision ne capte que les chaînes italiennes. L’intérieur est bien décoré, on aurait préféré un frigo !

Un très joli patio : des croisillons en bois foncé et un auvent de toile épaisse abritent une table et des bancs dans une végétation luxuriante. Une haie de jasmin embaume. Autour du patio des géraniums rouge se détachent sur le vert foncé des ficus, yuccas, myrte, orangers du Brésil. Dans des jardinières on a fait des compositions de cactées et succulentes. Il y a de l’eau à la fontaine. Des jarres sont négligemment oubliées….

Le cadre serait très agréable si on pouvait faire à manger, ou au moins garder de l’eau au frais. Restaurants et cafés ont à des kilomètres. La résidence est située entre Giovanizzo et San Spirito.

 

Giovanizzo est une petite ville pittoresque (22 000 habitants). Le centre historique se tasse dans ses murs autour d’une grande Cathédrale et du Palazzo Ducale au-dessus d’un très joli port. Au coucher du soleil, je me promène au bord de l’eau le long des murs de la ville. Rapide coup d’œil  à la cathédrale (il y a du monde à la messe). Dans le port des rameurs – en majorité des rameuses – en T-shirts verts s’entrainent pour la Fête de la Mer, samedi prochain – nous serons parties.

Nous trouvons notre dîner au supermarché Eurospar. Les plats préparés en barquettes comme en France, et les salades toutes prêtes n’ont pas cours ici. Chacun cuisine chez soi, pâtes et produits frais ou va au restaurant. Je trouve cela sympathique : pas de suremballage, des dispositifs pour acheter en vrac les produits secs. A

ujourd’hui cela n’arrange pas nos affaires, on doit acheter des vrais verres (pas question de boire ans les affreux gobelets minuscules), des assiettes en carton et même des couverts qu’on emportera pour les pique-niques à venir. Nous dînons sur la table du jardin d’une tomate, d’un yaourt grec et de nèfles.

 

Rendez-vous à Positano – Goliarda Sapienza

LIRE POUR L’ITALIE

 

 

De Goliarda Sapienza, j’ai lu il y a quelques temps L’Art de la Joiegros pavé génial,mais parfois indigeste (835 pages), roman-fleuve retraçant la vie d’une femme très libre, très belle, féministe, se déroulant en Sicile pendant un bon demi-siècle.

Le Rendez-vous à Positano est de moindre envergure(220 pages). Des chapitres courts, de nombreux dialogues, il se lit vite et facilement.

Unité de lieu ou presque, l’action se déroule au début des années 50, quand le petit village de Positano vivait à l’écart du tourisme de masse, paradis préservé.

Amitié entre deux femmes, Goliarda qui a gardé son nom dans le récit et fait allusion à son compagnon Francesco Maselli, le cinéaste et une princesse, Erica,dont le prénom est-il imaginaire, cette princesse a-t-elle existé? Les villageois de Positano jouent le rôle de personnages secondaires, bien présents, pittoresques et bien campés dans le récit.

L’intrigue démarre doucement, Goliarda est fascinée par Erica et par sa maison merveilleuse. Nous vivons à leur rythme, de baignades dans des criques désertes qu’on n’atteint qu’en barque aux siestes dans la maison fraîche et ravissante, et aux repas exquis que confectionne Nunziatina. pause à la pâtisserie de Giacomino….Le piano de Kempff.

« Le matin suivant, obéissant à son commandement attrayant comme on obéit à une déesse, essayant de sourire de mon côté enfant toujours affamé de fables, je tire d’abord les lourds rideaux sombres, puis les seconds de mousseline légère à peine dorés par le soleil naissant. La porte-fenêtre aux vitres transparentes s’ouvre toute grande sur une terrasse recouverte de fleurs rouges tombées d’un bougainvillier. Mes pieds nus glissent sur le pavement de terre cuite, heureux. Moi non plus je ne porterai plus de chaussures, me dis-je avec conviction, au prix d’avoir l’air d’une snob positanienne comme elle.

pourquoi ai-je tant attendu pour prendre cette décision? La faute au réalisme socialiste, insiste mon esprit qui, malgré la joie qui m’envahit tout entière devant cette carte postale patinée de ciel et de mer, continue à mortifier mes sens ankylosés par l’idéologie. Des brodequins de fer compriment mon imagination, ou seraient-ce les bandes de toile dure dont on se servait pour les pieds des Chinoises. Je les déchirerai en mille morceaux; au prix d’être banale, comme cet hymne à la vie qui vole de la hauteur de Praiaono, la première à recevoir le baiser du soleil, à ma gauche , à Punta Campanella…. »

 

Amitié passionnelle, Amitié ou amour? Goliarda est fascinée par la Princesse, si belle, si libre, si noble, si riche…aussi. Cela commence comme un roman à l’eau de rose, ou un roman-photo sur papier glacé, jet-set au soleil.

Soudain, l’histoire prend une autre tournure. Longue confession. Promesse de confiance totale, de fidélité. La belle princesse cache de lourds secrets dont Goliarda devient la seule détentrice. La Princesse n’a pas toujours été solitaire, elles étaient trois soeurs, elle a été mariée….Une tragédie se dessine.

3L’amitié entre les deux femmes s’égrène sur de longues années au fil d’autres rendez-vous à Positano. Fidèle, Goliarda y rejoint sa princesse. Positano se modernise, les touristes arrivent. Le divin équilibre vacille. Combien de temps Positano restera-t-il préservé? D’autres personnages s’immiscent dans le tête-à-tête : Olivia, la soeur d’Erica, Ricardo, l’ancien amoureux retrouvé……

Même si Erica est un peu « trop », trop belle, trop riche, trop intelligente. Même si Goliarda fascinée ma laisse sur ma curiosité. J’aurais aimé la voir vivre à Rome et sur les plateaux de cinéma, rencontrer Maselli et Visconti. Sentir sa personnalité se déployer.

Malgré tout ce roman est un coup de cœur.

Le Christ s’est arrêté à Eboli – Carlo Levi

LIRE POUR L’ITALIE

Carlo Levi  fut confiné pour antifascisme de 1935  à 1936, en résidence surveillée à Gagliano petit village de Lucanie , non loin de Matera. Le Christ s’est arrêté à Eboli est la chronique de cette année de relégation.

Carlo Levi, originaire de Turin, est médecin mais n’exerce pas, il  peint.

Il est accueilli avec beaucoup d’intérêt par les habitants du village perdu, tellement abandonnés qu’ils disent que le Christ s’est arrêté à Eboli et qu’ils ne sont pas même chrétiens. Les seigneurs galantuomini ou plutôt les notables, médecins, pharmaciens, instituteurs le considèrent  un homme fréquentable, un sujet de distraction à leurs ragots et leurs mesquineries. Le podestat se réjouit d’exercer sur lui son autorité et faire régner l’ordre fasciste. Les paysans font d’abord appel au médecin qui les soulagera peut être de leurs maux et de la malaria qui sévit. Il gagnera leur sympathie ainsi que celle des enfants.

Au fil des saison, Carlo Levi dresse une galerie de portraits avec un regard bienveillant même pour les personnages les plus noirs. Le livre réunit une mosaïque d’anecdotes pittoresques(l’œil du peintre) décrivant avec acuité les détails de la vie quotidienne. Dans ce pays délaissé par le Christ la superstition et la sorcellerie enchantent le récit. Giulia, sa servante l’introduit dans sa connaissance des  philtres d’amour, lycanthropes, interventions de la Vierge au visage noir, gnomes monachicchii….

Comme j’ai aimé la scène des ouvriers agricoles torturés par un monachcchio dans une grotte où ils tentaient de faire la sieste au frais et contraints de dormir en plein soleil.

Quelle nuit de Noël burlesque avec le prêtre déchu honni par les notables, ignoré des paysans, on en rirait de bon cœur si les conséquences pour le curé, dénoncé à l’évêque et aux  autorités fascistes de Matéra, n’avaient été tragiques.

Carlo Levi ne se contente pas de narrer des épisodes amusants. Il analyse aussi les rapports sociaux, cherche des remèdes à la grande pauvreté et à la malaria. Il les situe aussi dans la perspective historique. Le temps des brigands  n’est pas loin. La méfiance vis à vis de l’Etat transcende tout ce que les politiques de droite comme de gauche peuvent imaginer comme intervention étatique. Rome est plus éloignée de Gagliano que New York où nombreux paysans sont allés tenter leur chance. La résignation et le fatalisme ne contiennent pas toujours la colère des cafoni.

Ce livre est un véritable coup de cœur. J’ai cherché un paragraphe de citation. Difficile choix : j’aurais tout recopié. C’était déjà une relecture, je sais que je le relirai! Cette fois-ci je le mets en perspective avec ma lecture récente de Tous sauf moi de Melandri qui met en scène cette période et la guerre africaine en Ethiopie. La première fois je n’avais pas saisi les allusions à cette expédition. C’est aussi, une préparation pour notre voyage dans le Basilicate d’ici quelques jours. J’espère trouver une petite place dans la valise pour ce mince livre de poche (302p)

 

La Vie parfaite – Silvia Avallone

LIRE POUR L‘ITALIE

J’avais beaucoup aimé d’Acier de Silvia Avallone qui se déroulait à Piombino, en Toscane et racontait l’amitié de deux jeunes adolescentes sur fond de crise des aciéries en 2001. Je m’étais promis de suivre les publication de l’auteure. Le mois Italien/Il Viaggio m’a do né l’occasion de découvrir La Vie Parfaite, publication récente d’Avallone (5/04/2018) . 

 

J’ai retrouvé le même décor : les cités-dortoirs déshéritées,  et les adolescentes avec leur rage de vivre et leurs frustrations, entre pauvreté et marginalité.  La cité est surnommée Lombriconi (vers de terre) ironie pour des barres d’immeubles longs d’un kilomètre accompagnées de tours (un peu Sarcelles) en périphérie de Bologne. Dans cette cité résident surtout des femmes, les hommes sont en prison, en cavale ou inexistants. Les adolescents le même chemin…

sarcelles

« Pourquoi tu crois que les tours, la cour en bas, ce n’est pas intéressant? Tu les as déjà regardées, tu as pris des notes. TAnt que tu ne les mets pas noir sur blanc, les choses,  tu ne les vois pas…. »

C’est donc une (deux) histoires de femmes et de maternité. Adele, 17 ans est enceinte. Elle accouche et abandonne sa fille dès les premières pages du roman. Dora, professeure de lettres, mariée depuis 7 ans est désespérée de ne pas être enceinte. Traitements hormonaux, tentatives de FIV, rien n’y fait. Ce désir d’enfant la fait dérailler complètement, elle est capable d’agresser physiquement les femmes enceintes qu’elle rencontre…

La vie est mal faite : Adele, l’adolescente, est incapable d’assumer sa fille tandis que Dora et son mari, architecte, ont tout pour accueillir un enfant et voient leur désir d’enfant pourrir littéralement leur vie de couple. 

Le thème de la maternité ne me passionne pas. J’ai donc moins bien accroché que dans la lecture d’Acier. J’ai été plus sensible à la description de la vie dans les Lombriconi, la façon avec laquelle les mères-courages comme Rosaria élèvent leurs filles, entre travail mal payé, tâches ménagères et télévision (omniprésente dans les foyers de la cité).

Voilà ce qui fait la différence, pensa Zeno : s’entêter quand on n’y arrive pas, s’acharner, jour et nuit, choisir la difficulté plutôt que la facilité, travailler à en crever.La différence entre ceux qui quitteront les Lombriconi et ceux qui y resteront. »

Parmi les racailles et les dealers, un garçon, Zeno, fait exception. Enfermé chez lui, il est en terminale littéraire dans un lycée classique du Centre-ville et observe minutieusement la vie de ses voisines. Son histoire est déchirante. Chez lui aussi, la figure du père absent explique son comportement qui paraît étrange dans la cité. Laideur du décor, pauvreté des loisirs : pour se distraire, on va au centre commercial, on regarde la télé…

La Vie parfaite, Adele ne pourra pas l’offrir à Bianca, sa fille à-naître. Et pourtant quelques instants de cette vie à laquelle elle aspire,surgissent comme des fenêtres furtives dans cette vie morose. comme un jardin caché dans l’hôpital, ou la découverte de la mer. 

Même si j’ai préféré d’Acier, j’ai été happée par la rage de vivre dans cette banlieue, le foisonnement des histoires, souvent violentes et tragiques. 

 

 

Le Tour de l’Oie – Erri de Luca

LIRE POUR L’ITALIE

 

« Je lisais un livre où un vieil homme s’invente un fils. C’est un menuisier et il le fait en bois. Il aimait l’idée qu’on l’appellerait papa. »

Evidemment, on pense à Pinocchio… Dans la maison qu’il a construit de ses mains, le narrateur, Erri de Luca, allume un bon feu de bois et va passer la soirée en compagnie de ce fils inventé. Il va lui raconter sa vie, ses parents, ses expériences de militant, d’écrivain. Confidences intimes, transmission de ce qu’un père aimerait passer à son fils, à la génération suivante…

« Être avec toi, fils, me retire du passé. Tu me fais déboucher dans le présent d’un soir réchauffé par le bois de mimosa, qui pousse tout seul dans le champ. »

 

Et la lectrice est ravie d’être dans la confidence, de découvrir les secrets d’un de ses auteurs favoris, qui monologue, puis dialogue puisque ce fils inventé lui répond :

 » Tu te résumes ainsi : révolutionnaire, ouvrier, émigré, dans le sillage des dernières guerres sur le sol d’Europe. Tu as voulu avancer de cinquante ans ton acte de naissance. Je préfère les histoires de tes parents, elles sont sans intention, aucun signe à discerner, agrandir, souligner. Bref, leurs histoires »

Imaginer ce qu’on a l’habitude de nommer les « années de plomb » qu’Erri de Luca nomme par son nom Lotta Continua, années de militance, établissement en usine, clandestinité et prison pour certains, parenthèse qui n’est toujours pas refermée pour d’autres (Battisti).

Et bien sûr, imaginer le travail d’écriture de l’écrivain et toutes ses lectures…

« Je pratique des abstinences littéraires de grandes signatures du XXe siècle. J’ai abandonné Joyce, Beckett, Musil, Brecht, Sartre dès les premières pages.

Je crois que seul Borges est obligatoire »

L’imaginer à Sarajevo,  à Belgrade :

« Cette nuit est irréparable : tu citais Ossip Mandelstam dans la chambre de l’hôtel Moskva à Belgrade. »

Retrouver ses ouvrages comme Montedidio…retrouver Naples, le meilleur d’Erri de Luca, selon moi, est à Naples. Naples qui’l connaît, ou l’éruption du Vésuve que lui a raconté sa mère…

« Mon fils, il s’agit purement et simplement de mots, mis à la file comme les fourmis. Leur tanière est le vocabulaire. Ils peuvent transporter une charge supérieure à leur poids. Tel est le prodige qui touche ceux qui lisent les livres des littératures. Ils voient que les mots peuvent tout décrire. »

J’ai envie de tout surligner, de recopier toutes les citations que j’ai choisies.

 

Et puis, toujours ce jeu que je pratique à chaque lecture : chercher l’énigme qui se cache sous le titre.  Et je l’ai trouvée!  p. 120 :

« J’ai un corps et j’ai joué au jeu de vivre dedans. Quel jeu ? Le jeu de l’oie. On lance un dé et on se déplace dans un circuit en spirale »

Le jeu de vivre. Qui lance le dé?

A vous de le lire, de le découvrir, tant de belles surprises et tant de poésie

Tous sauf moi – Francesca MELANDRI

LIRE POUR L’ITALIE

Lorsque Babélio a proposé une rencontre avec Francesca Melandri, je me suis précipitée. J’ai découvert cette auteure avec Plus haut que la mer qui évoque les années de Plomb et se déroule en partie en Sardaigne, que j’ai beaucoup aimé. Eva Dort raconte un autre épisode de l’histoire de l’Italie : celle des villages germanophones du Haut Adige italianisés au cours de la période fasciste et après la Seconde Guerre mondiale. Francesca Melandri m’a fait découvrir une Italie que je ne soupçonnais pas dans des romans denses et puissants. Gallimard m’a fait parvenir un exemplaire de Tous sauf moi et l’invitation à rencontrer l’écrivaine. 

Le seul défaut de Tous sauf moi est son poids : 568 pages d’un grand format, un pavé pour la lectrice qui a le poignet cassé! Au dessus de 400 pages, je préfère le numérique. C’est un détail . Il ne faut surtout pas s’effrayer de ce pavé parce qu’une fois qu’on est entré dans l’histoire on se laisse entraîner dans une histoire passionnante.

Tous sauf moi est le dernier opus de la trilogie historique. Il retrace l’histoire du fascisme et particulièrement celle de l’aventure coloniale mussolinienne en Ethiopie. Comme dans ses précédents romans, le présent et le passé se télescopent et la saga familiale ne sera pas racontée de façon linéaire. C’est d’ailleurs le présent qui déclenche l’enquête qu’Ilaria mène pour découvrir l’histoire de son père. Un migrant africain débarque sur son palier, à Rome avec une carte d’identité qui prouve qu’il est son neveu : il porte le même nom que son père Attilio Profeti.  Ce dernier, à 95 ans, n’a plus toute sa tête ; sa seule préoccupation « gagner le concours » consiste à survivre plus vieux que tous.

Tous sauf moi est la devise, le refrain, répété comme un mantra depuis son enfance, tous mourront « sauf moi« . En effet, la chance est du côté d’Attilio Profetti : il va survivre à une guerre meurtrière. Il réussira, sans même le chercher, à être planqué. Il va s’enrichir et s’élever dans l’échelle sociale par des relations louches. Il va aussi passer à travers les enquêtes des juges dans l’opération mains propres, compromis mais pas assez important pour être condamné. Dans sa vie familiale, il a aussi une chance folle…mais ne spoilons pas le récit.

C’est en fouillant dans la vie de son père qu’Ilaria va découvrir presque un siècle d’histoire. Attilio, chemise noire, est envoyé en Ethiopie, se compromet aussi dans les théories raciales les plus abjectes,  est témoin des massacres.  Plus tard, on découvre  corruption et affaires de Berlusconi. Et finalement, les camps de rétention des migrants. Une histoire peu reluisante !

La romancière a construit un puzzle riche et foisonnant. Les personnalités sont complexes. Rien n’est simple. Au détour d’un chapitre, Francesca Melandri évoque deux personnages historiques qui n’ont rien à voir avec les héros inventés pour le roman : Badoglio et Graziani, figures importantes de l’histoire la plus trouble de l’Italie. Au cours de la rencontre, elle a évoqué le monument à Graziani qui a fait polémique : on célèbre encore les héros du fascisme, même si on sait qu’ils sont responsable de massacres.

Tous sauf moi peut être lu comme un roman historique. Il peut aussi être envisagé sous le prisme des relations familiales. On croit connaître ses parents, son mari. Qu’en sait-on vraiment?

C’est en tout cas un très beau roman!

Francesca Melandri – la photo est floue mais je la garde parce que c’est un bon souvenir.

Francesca Melandri

La rencontre avec Francesca Melandri a aussi été passionnante. Dans cette heure de questions-réponse, nous avons appris comment ce livre s’est construit avec dix ans de recherches, de rencontres, en Italie et en Ethiopie. Le choix du titre aussi différent en français du titre italien…

Un rêve d’Italie – Collection Campana – Louvre

Exposition temporaire jusqu’au 18 février 2019

Une collection comme geste politique!

Giampetro Campana – directeur du Mont de Piété à Rome –  a rassemblé une vaste collection archéologique et de peinture italienne avec la volonté d’offrir un tableau complet des richesses de l’Italie, s’inscrivant dans le courant du Risorgimento et  de l’unité italienne. Arrêté en 1857 pour des malversations financières, il a dû disperser sa collection. En 1861, le Louvre en a acquis une bonne partie.

L’exposition suit le Catalogue établi par Campana dans son projet de musée. Campana ne s’est pas contenté d’acheter, il a aussi entrepris des fouilles en particulier dans la région de Rome et dans les sites étrusques de Cerveteri et de Veies : sa collection est riche en vases et terres cuites étrusques.

Sarcophage des époux

 

Ce sarcophage des époux ressemble à celui de la Villa Giulia à Rome (musée étrusque ). Une tombe étrusque est reconstituée avec des plaques peintes.

A Pérouse une urne funéraire (400-375 av JC )en bronze :

urne funéraire Pérouse Jeune homme banquetant

Une autre urne

duel fratricide d’Etéocle et de Polynice.

L’urne ci-dessus est peut être moins fin mais c’est le combat d’Etéocle et de Polynice qui a retenu mon attention (je suis fan absolue d’Antigone).

La collection de vases trouvés en Etrurie est remarquable. Souvent les artistes étaient grecs et produisaient pour le public étrusque qui les importait. Une série provient d’un atelier répertorié : l’atelier de Nikosthénès. Les sujets représentés étaient souvent mythologiques : travaux d’Hercules ou sportifs .

Vase romain

A côté de ces oeuvres d’art très recherchées sont exposés aussi des objets plus frustes comme des antéfixes, des briques estampillées ou des moules ainsi que des lampes à huile.

En face des vases des bronzes racontent les armes, les monnaies, j’ai remarqué les balles de frondes qui ne sont pas rondes comme je l’imaginais mais fuselées, décorées revêures d’inscriptions désignant le corps d’armes, logique, mais plus amusant des insultes invectivant l’ennemi.

Plaques campana avec des scènes variées.

Campana avait aussi le goût des plaques de terra-cotta décoratives, des peintures antiques de couleurs fraîches et vives ou délicates comme cette procession trouvée Porta Latina représentant une famille grecque (identifiée avec les noms)

L’objet le plus spectaculaire est la main de Constantin (Musée du Capitole) dont un doigt appartenait à la collection Campana acquise par Napoléon III. Les restaurations furent très poussées, parfois trop aux dires des archéologues, conférant une réputation douteuse à certaines œuvres.

Brutus,Antinoüs et César

Venus d’Anzio

Les marbres étaient exposés dans les jardins.

A côté des collections antiques Campana a réuni une collection « moderne » – entre guillemets parce que la modernité commence par une icône byzantine et des primitifs du  14ème siècle –

Nativité de Saint Jean Baptiste  (1340) école d’Arezzo

une très belle Annonciation

Annonciation

A côt »é des sujets religieux, il a aussi réuni de très beaux coffres de mariage et des décors de chambre à coucher, sur des sujets exaltant la fidélité des épouses Histoire de Tarquin et de Lucrèce ainsi que le départ d’Ulysse où l’on voit Pénélope tisser.

panneaux de coffres de marrage Lucrèce et Tarquin en haut départ d’Ulysse en dessous

Ariane et le Minotaure (1510 – 1515)

Ariane et le Minotaure

Ariane à Naxos

Le studiolo d’Urbino  de Fédérico de Montefeltro(1422-1482) contient une série de 14 grands portraits très colorés et vivants de penseurs antiques et modernes : Platon, Aristote et Ptolémée voisinent avec Dante et Sixte IV ainsi que Saint Augustin et Sénèque. L’ensemble témoignait de l’ambition humaniste du condottiere pendant la Renaissance.

Studiolo d’Urbino

Studiolo d’Urbino

la Bataille de San Romano (1438) actuellement aux Office de Florence est grès impressionnant

Bataille de San Romano

j’ai aussi beaucoup aimé le Noli me tangere de Botticelli

Botticelli : Noli me tangere

Le 16ème et le 17ème siècles ne sont pas oubliés :  la mort de Cléopâtre de Girolamo Marchesi da Cotignola est originale. 

Mort de Cléopatre

Les majoliques représentant des sujets variés, surtout Belle donne e istoriati sont merveilleuses

Belle donne e istoriati

Un banquet donné au peuple romain

Toute une salle est consacrée aux nombre Della Robbia très reconnaissables et toujours charmants.

Della Robbia

La fin de l’exposition concerne la dispersion de la collection, ce qui intéresse les spécialistes plutôt que moi.

J’ai pris beaucoup de plaisir à voir tous ces chefs d’oeuvres!

La Pension de la Via Saffi – Valerio Varesi

POLAR ITALIEN (PARME)

C’est une lecture de saison! L’action se déroule pendant la semaine qui précède les vacances de Noël avec  le dénouement  le jour de Noël. Parme est noyée dans le brouillard, tout juste comme la Région Parisienne aujourd’hui. Ambiance de circonstance!

Le centre de Parme (2004) s’est vidé de la population étudiante et laborieuse, bureaux et immigrés ont remplacé les autochtones. Seul résiste le barbier qui attend la retraite. Le commissaire Soneri ne retrouve  plus ses souvenirs de jeunesse dans la pension pour étudiants où logeait sa fiancée Ada et où l’on retrouve la propriétaire Ghitta assassinée.

L’enquête démarre doucement, très doucement.  Soneri revisite son passé autant qu’il cherche les indices pour résoudre l’affaire. Il marche en plein brouillard. Les mobiles du meurtrier (e) ne manquent pas. Ghitta était un personnage singulier, sa pension, un établissement louche, maison de rendez-vous. Soneri lève une affaire de corruption dans les affaires de construction de Parme qui se transforme…

Soneri revient sur ses années de jeunesse, années 70, années de plomb, quand les gauchistes avaient viré terroristes, quand les factions se faisaient la guerre. Années où le parti communiste italien était encore influent. Parme, de tradition ouvrière ancienne. Allusions aux années 20 et aux barricades de de 1922, Arditi del Popolo. Un goût d’Ettore Scola dans « nous nous sommes tant aimés » (avec 30 ans d’écart)... Nostalgie, qui donne un charme indéniable à ce polar lent. Un photographe à l’ancienne a gardé des clichés des manifestations ou des réunions des anciens militants. Soneri découvre une photo de son ancienne femme qu’il n’aurait pas dû voir….

Traditions de Noël. Il fut un temps où on faisait maigre la veille de Noël (ça c’est un scoop). Gastronomie parmesane. Evidemment, en planque Soneri trompe l’ennui ou la faim avec des copeaux de parmesan! Il est question de préparer (ou non) des anolini specialité de Parme, et bien sûr le jambon, bien gras….

J’ai beaucoup aimé ce livre et je reviendrai sûrement vers cet auteur.

Eblouissante Venise au Grand Palais

EXPOSITION TEMPORAIRE jusqu’au 21 janvier 2019

Venise, les arts et l’Europe au XVIII ème siècle

Cette promenade dans la Venise du XVIII ème siècle est toujours un émerveillement, même si les thèmes sont connus et si j’ai en mémoire une récente  exposition à Jacquemart-André(2013) des vedute avec de nombreux tableaux de Canaletto et Guardi. 

Pietro Longhi : l’audience du Doge

l’audience du doge

L’exposition du Grand Palais est plus diverse. Le très grand portrait du procurateur Daniele Dolfin  en habit rouge, de Giambattista Tiepolo nous accueille dès l’entrée. La taille de la Vue du Palais Ducale  de Canaletto me surprend, j’avais été habituée aux plus petits formats. Plusieurs vues de Venise témoignent de son active importance diplomatique avec la visite des ambassadeurs : Luca Carlevaris (1721); ou les fêtes présidées par le doge Pietro Longhi L’audience du Doge, ou Guardi Le Doge à bord du Bucentaure (1775-1777).

Luca Carlevaris ; Entrée du comte de Gergy 1721

Ces vedutistes ont peint la vie mondaine de Venise tandis que certains ont peint  aussi des aspects moins brillants comme les mendiants Canaletto  Rio dei mendicanti ou l’atelier des tailleurs de pierre.

Une salle est consacrée à la musique Vivaldi (1678-1741) et Porpora (1686 -1768), Farinelli en sont les figures les plus connues. Les luthiers étaient aussi très réputés à Venise et de beaux instruments sont présentés.

Pietro Longhi : Il Concertino

La musique est aussi peinte : répétitions d’un opéra, Il  Concertino de Pietro Longhi, bals et commedia dell Arte, bals masqués…..

Guardi : Le Ridotto du Palazzo

Les arts décoratifs sont raffinés, tendance rococo, chinoiseries, stucs, dorures et meubles peints . Un reliquaire a attiré mon attention : j’imaginais plutôt miroir d’une élégante que destiné à quelque ossement sacré!

Reliquaire

Reliquaire

Bien sûr les tableaux d’inspiration religieuse sont aussi présents : Guardi a peint Le Christ et les pèlerins d’Emmaüs  tout à fait surprenant. C’est un très grand tableau où des apparitions, femmes alanguies (en extase?) têtes émergeant des nuées, contrastent avec le réalisme du la partie inférieure beaucoup plus classique.

Je fais connaissance avec un artiste que je ne connaissais pas Giovanni Battista Piazzetta (1682 -1754) avec Judith et Holopherne de caractère et des dessins intéressants.

Piazzetta : Judith et Holopherne

A l’étage l’exposition se poursuit avec La Diaspora des Vénitiens en Europe qui montre que toute l’Europe, la France, l’Angleterre et l’Allemagne ont fait appel aux peintres vénitiens pour décorer châteaux et belles demeures . je découvre qu’il y avait deux Tiepolo : Giambattista et Giandomenico (son fils). J’ai beaucoup aimé les scènes de rues de Giandomenico Scène de Carnaval et L’arracheur de dents.

 

Giandomenico Tiepolo : scène de Carnaval

 

 

L’arracheur de dents

Décidément Venise a bien du charme à la veille de sa chute quand Bonaparte met fin à la Sérénissime République séculaire.

Giambattista Tiepolo