Bari : Pinacothèque et baignade

CARNETS DU MEZZOGIOR

 

Guido di Renzo

Deux musées me tentent : le Musée archéologique de Santa Scholastica et la Pinacothèque.

Le premier, est fermé pour restauration (aucune indication pour une éventuelle réouverture). La Pinacothèque se trouve au 4ème étage du Palais de la Province sur le Lungomare. Ici aussi, on se précipite pour me demander mon âge. Au-dessus de 65 ans c’est gratuit, pratique que je croyais tombée en désuétude.

L’exposition temporaire Incanto Partenopeo est consacrée aux peintres napolitains autour de Guido di Renzo (1886 Chieti – 1951) et ses amis Cacciaro, Irolli.

Guido di Renzo a peint surtout de petits formats, portraits et paysages. Les premiers paysages sont ceux de ses racines dans les Abruzzes : simples maisons paysannes, animaux domestiques ou arbres. Guido di Renzo a fait plusieurs études d’un même sujet. Un peu plus loin, dans l’exposition je lis » cette exposition est une déclaration d’amour au paysage napolitain » le Pausilippe, Ischia, Capri représentés par d’autres peintres avec ceux de Guido di Renzo.

Cette exposition est présentée au milieu des collections permanentes confrontée aux chapiteaux médiévaux en face des peintures anciennes. J’ai remarqué un Saint Nicolas sur bois entouré de petites scènes comme sur une icone byzantine, de beaux portraits de saints par Antonio et Bartelomeo Vivaroni, peintes vénitiens fin 15ème siècle sur bois avec un format très allongé et très étroit, aux visages d’une grande finesse et d’une grande douceur. La vedette dans une cellule climatisée est Saint Pierre Martyr par Giovanni Bellini. Ce mélange de peinture ancienne et moderne est très plaisant.

En plus de la peinture, des crèches napolitaines sont spectaculaires. L’une d’elle est peuplée de toutes sortes de personnages haute de 25 à 30 cm habillés avec soin figurant aussi bine les marchands et leur marchandise (merveilleuse poissonnerie),les paysans,  les bergers et les animaux (classique dans une crèche), les Rois Mages.

Je passe indifférente devant les grands tableaux d’inspiration religieuses 17ème et 18ème siècle mal éclairés et peu attrayants à mon goût.

Une salle 19ème avec Francesco Netti et De Nittis m’a plus intéressée. En revanche je n’ai pas trouvé les De Chirico que j’attendais.

Promenade dans les Quartiers Muratiens. Murat qui fut Roi de Naples voulu moderniser Bari et planifia ces quartiers modernes.

Le front de mer, lui est marqué par l’architecture mussolinienne avec de grand et hauts bâtiments solennels (et très militaires).

Joli cadre mais cuisine détestable

Nous retournons vers le sud dépassons Torre a Mare. Sur la route qui borde la mer se sont installées des poissonneries qui vendent moules, coquillages et poissons. De petits restaurants sont accolés à la poissonnerie : on peut déguster moules, huitres, clams crus et poissons servi en une sorte de ceviche. Nous choisissons un établissement qui a deux jolies terrasses directement sur les rochers. Bel emplacement mais self-service. On choisit son plat, on le paie et on emporte des assiettes en plastique sur son plateau. J’ai très faim puisqu’on ne peut pas manger normalement au gîte, je commande le plat qui me paraît le plus nourrissant riz et patates aux fruits de mer. C’est bourratif, en fait de fruits de mer, de rares moules sont noyés dans le mélange tandis qu’à côté de nous nos voisines se délectent d’un plateau de fruits de mer et de fritures. Mauvaise commande !

Nous retournons à Dorimar pour le dessert et le café dans le luxe de ses fauteuils blancs.

Bari a aménagé plusieurs plages le long de la route avec de grands parkings payants. Entre le parking et la plage de galets blancs, une piste cyclable. Des jeux, des bars de plages et des pontons avec des échelles pour se baigner. En ce début juin, il y a du monde sur la plage mais personne dans l’eau, c’est peu engageant. Plus près du centre une grande plage de sable est à l’abri de brise-lames cimentés construits en parallèle à la côte. Beaucoup d’enfants se baignent. C’est là que je choisis de nager, en toute sécurité mais dans une eau très peu profonde.

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Retour au gite par San Spirito et son joli port de pêche. Les vendeurs de poissons sont devant le port nous en aurions bien acheté si la cuisine avait été possible ! Je me console avec des cerises.

Bisceglie – Molfetta

CARNET DU MEZZOGIORNO

 

Port de pêche de Bisceglie

Midi, trop tôt pour déjeuner. Et si nous cherchions une plage ?

Suivant le lungomare nous arrivons à Bisceglie qui touche Trani. Ce n’est pas si facile, les plages de galets sont accessibles par des escaliers, impossible de s’approcher en voiture. Scabreuse manœuvre et marche arrière entre deux murs bien irréguliers. La Polo est maniable mais elle a une bonne envergure et nous fait regretter la Smart de Corse. Quittant les quartiers chics, nous trouvons un parking, une plage de galets avec un petit escalier et même des gens dans l’eau, ce qui m’encourage malgré la fraîcheur de la mer. C’est ma première baignade italienne et elle est très agréable. Dommage que l’environnement soit si laid : vieux immeubles de ciment et usines abandonnées. Biceglie est une ville de 50.000 habitants et cette plage d’abords facile n’est pas dans un beau quartier.

Plage de Bisceglie

Après avoir traversé des zones industrielles et des immeubles peu engageants, nous trouvons une petite crique avec un port de pêche, des barques bleues dans l’eau et des caïques colorés montés sur les quais de pierre blanche. De jolies maisons colorées en arc de cercle et une série de restaurants aux terrasses fleuries. Nous choisissons Il Caico . Au menu salades et pizzas. Salade verte, haricots, tomates thon pour moi. La pizza de Dominique n’est pas ronde mais allongée, servie sur une planche garnie de câpres et d’anchois. (21€ avec un verre de vin blanc et café)

Tour normande du Castillo de Bisceglie

Sans beaucoup de convictions, nous cherchons à l‘heure de la sieste, la cathédrale(sans la trouver) et le castello normanno-svevo dont il reste la haute tour normande et une cour en chantier.

Molfetta

Encore une ville industrielle avec des quartiers hideux. Les villes historiques en Italie ne se prêtent pas à la circulation automobile réservée aux riverains, avec des caméras flashant les autres. Nous sommes donc confinées à ces artères modernes horribles.

Un panneau touristique marron porte une curieuse indication « Pulo » et « Musée archéologique de Pulo » . Cela changera des cathédrales et des châteaux normands ! Le Musée archéologique se situe en dehors de la ville. Il est logé dans l’élégante Casina Capelluti au fond d’un jardin très calme. C’est un musée très moderne. A l’entrée on me demande mon âge, tarif réduit d’1€ et visite guidée privée (je suis la seule visiteuse).

Le « Pulo » est une doline parfaitement ronde dans la région karstique. Dès la Préhistoire, les hommes se sont installés à proximité Au 18ème siècle au temps des Bourbons, Giuseppe Maria Giovanni, prêtre et naturaliste, a étudié la doline et les grottes de Molfetta. En 1785, une nitriera fut installée, exploitation des nitrates qui ont percolé dans le réseau karstique. Le traitement consistait en un lavage du minerai avec 12 passages successifs dans l’eau qu’on portait à ébullition dans de grandes chaudières. Les vestiges des trois bâtiments subsistent encore au fond de la doline. On voit au musée les vases en céramiques utilisés alors.

Un couvent de capucins fut construit sur le bord du Pulo en 1535.

L’étage du musée est consacré à la Préhistoire. Au Néolithique, l’agriculture était déjà développée, les animaux domestiqués. . Des blocs de pisé des murs des maisons, cuits par un incendie, montrent la trace de piquets et permettent de reconstituer comment étaient construites les cases : on enfonçait des piquets solides, on tressait des branches souples pour faire une sorte de grille et on remplissait la paroi d’un mélange de paille et d’argile. En plus des silex, la présence d’obsidienne provenant des îles Lipari montrait que les échanges commerciaux avaient déjà cours et surtout que les habitants du Pulo étaient plutôt riches pour en détenir. La céramique de Molfetta est connue. Les décors étaient imprimés à la surface des pots avec des coquillages.  On a retrouvé des anses sur les pots et on peut imaginer qu’ils pouvaient être portés sur le dos avec des bretelles.

Nous montons au Pulo situé au-dessus de la voie rapide. Le site est clos mais visible de la route.

Dolmen San Silvestro13

Nous rentrons par les petites routes de campagnes à travers oliveraies, vergers de figuiers et champs. Sur la route de Terlizzi à Giovanizza se trouve le magnifique Dolmen de San Silvestro : allée couverte cachée par un tumulus de petites pierres protégées par une couche d’argile et formant un cercle de 35m de diamètre. Il a été mis au jour en 1961. Daté de l’âge de Bronze, il comporte en plus de la galerie une pièce ronde qui serait peut être utilisée pour les cérémonies ou comme lieu de réunion pour les vivants.

 

 

 

 

 

Trani

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Le port de Trani

La journée commence mal : la cafetière a fait sauter l’électricité dans toute la maison. Dépannage téléphonique avec le propriétaire qui me guide dans l’armoire des fusibles.

Sur la voie rapide SS16 (2×2 voies) de Giovinazzo à Trani, nous avons la surprise de découvrir un paysage industriel auquel je ne m’attendais pas du tout. Des zones industrielles se succèdent, hangars, centres commerciaux immenses alors que j’imaginais des villages de pêcheurs. Sidérurgie, chantiers navals sont abandonnés et rouillés.

Trani

Villa Communal et clocher de Sn Domenico

Trani est une ville de 50.000 habitants. La Via Cavour aboutit à une place devant la Villa Communale un jardin public sur une sorte de promontoire qui domine deux baies, celle du port dans une anse ronde autour duquel est bâtie la vieille ville dominée par le haut campanile et l’autre baie bordée d’une longue plage avec la ville moderne. Je commence la visite de Trani dans ce jardin très ombragé orné de statues. L’église San Domenico est en réfection, la façade est cachée par un échafaudage mais le campanile se voit à travers les frondaisons.

Trani : Chiesa de Ognissanti

Gardant pour cap le campanile du Duomo, je longe le port et découvre le chevet d’une petite église de style roman-apulien : trois cylindres de l’abside et des absidioles, avec une fenêtre haute fine ment décorée sur des murs lisses très blancs.

Chiesa de ognissanti : les Templiers

La  Chiesa ognissanti est l’église des Chevaliers du Temple(début Xième siècle). La côte Adriatique a été marquée par les Croisades et la présence des Templiers. Le premier document attestant de cette église remonte à 1170, elle resta aux mains de l’ordre jusqu’en 1312 (suppression de l’ordre par le pape Clément). Le portique est celui de l’Hospice des Chevaliers. A l’intérieur de l’église, deux rangées de trois colonnes de granite délimitent trois travées tandis que 4 piliers portent des chapiteaux bien usés, plafond de bois. Un garde, gardien ou religieux, porte l’habit blanc avec la croix rouge rappelant les Croisades.

Place San Marco, l’église Sainte Thérèse a une façade baroque.

Le Palazzo Caccetta (1449-1453), édifié par un riche marchand, a de jolies fenêtres aux fines colonettes.

Trani duomo, chevet

Suivant les quais, je parviens à la Cathédrale par l’arrière, chevet très haut, toujours 3 hauts cylindres. Une fenêtre très ornée. Le flanc est très sobre, 6 hautes arcades sont soutenues par des piliers. La façade est symétrique. Deux rampes d’escalier sont fleuries d’hortensias blancs et de roses, encore un mariage ; le marié vient d’arriver, les invités se pressent.

Trani duomo

L’accordéoniste rom a cessé de jouer pour que retentisse la marche nuptiale. Les touristes attendent sur la place. J’entre dans une crypte et j’ai la surprise d’en découvrir une seconde, plus bas et un escalier qui conduit encore plus bas. Tandis que la noce se met en place, j’examine la très belle porte de bronze, les colonnes portées par des lions fantastiques, les personnages et la dentelle de pierre autour du porche encerclant les trois arcades de chaque côté. Légèrement décalé, le campanile carré est vraiment vertigineux.

Trani, duomo portes de bronze

Au musée diocésain, se trouve « le Musée de la machine à écrire »  que je néglige pour aller faire un tour au château souabe de Frédéric II et de Manfred. Enorme forteresse carrée avec ses grosses cours carrées. En restauration, caché derrière des échafaudages.

Retour par des petites rues de la ville médiévale. La Rue de la Giudecca descend vers le port, j’y trouve l’ancienne synagogue du temps de Frédéric II (12ème 13ème siècle)devnue plus tard l’église Saint Pierre Martyr. La tortueuse via Ognissanti me conduit à une place triangulaire et à l’église basse San Francisco – cela change du roman-apulien. Une dame attentionnée me signale qu’il n’est pas prudent de mettre mon sac sur le dos. Quelle obsession, les voleurs ! La rue est vide, dans la foule je comprendrais…J’atteins enfin la ville moderne et retrouve la via Cavour, bien droite qui va directement à la Villa Communale.

Bari

CARNET DU MEZZOGIORNO

Bari : Théâtre Margherita

San Spirito

 

Sur la route de Bari par la mer, premier arrêt à San Spirito : un petit port tout simple, plutôt port de plaisance, pour de petits bateaux, aussi port de pêche. Les étals de poisson attendent le retour des pêcheurs, vides ce matin. Dans les rues perpendiculaires au lungomare, au petit marché il y a surtout des vêtements. Nous cherchons les pizzerias pour dîner ce soir,  tout est fermé.

Arrivée à Bari

Théâtre Piccini

Fin de la route de la mer, près de l’aéroport, nous trouvons la tangenziale. J’ai trouvé le mode d’emploi du Navigatore intégré dans la Polo, nous entrons dans Bari par la Via Napoli qui traverse des zones industrielles et des quartiers modernes. Nous arrivons sur le Corso Vittorio Emanuele II qui relie la Piazza Garibaldi à la mer, bordé de beaux palazzi : le Palazzo Fizzaroti est tout à fait étonnant, gothico-vénitien tout à fait éclectique, le Théâtre Piccini fait face à l’important Palazzo del Governo. Aux murs des bâtiments, des plaques commémoratives. Les Palais sont colorés, décorés avec stucs et moulures. Des rangées de palmiers bordent le Corso. Je pense à Dürres, juste en face, où nous étions il y a deux ans : un grand port, un front de mer et des palmiers.

Au fond de l’artère, un curieux bâtiment rose aux fines tourelles couronnées de coupoles comme des minarets de fantaisie : le Théâtre Margherita –qui s’avance dans la mer sur ses pilotis. Théâtre Liberty 1914, il abrite maintenant des expositions temporaires ; en ce moment, une Exposition de Photographie  me tenterait bien C’est ici que je commence la promenade du Guide Vert.

à déguster sur place ou à emporter
à déguster sur place ou à emporter

Parking payant  (1€/h payable en pièces ou par carte de crédit) . Un marché de poisson à l’ombre d’un auvent métallique s’est installé. Dans des assiettes des coquillages, huitres, oursins accompagnés d’un demi-citron à déguster sur place. Les seiches vivantes sont dans un aquarium, des poulpes entiers dans des sacs de plastique. Plus classiquement, on peut aussi acheter des poissons d’une fraîcheur éclatante.

Vieille Ville

Place del Ferrarese

Piazza del Ferrarese, des fouilles mettent en évidence les vieilles dalles d’une chaussée antique.  On voit le chevet et l’abside de la petite église de la Valisa. Modeste, blanche, très jolie. Je la contourne. Des musiciens préparent un concert. J’entre alors dans le dédale des rues étroites où sèche le linge, enjambées de hautes arches.

par les rues étroites de la vieille ville de Bari

Au hasard, je me retrouve devant la Cathédrale di San Sabino accolée au Palais épiscopal. Très haute, très blanche. Romane mais si haute ! J’hésite entre l’impression de dépouillement des murs blancs éblouissants, très hauts, très lisses, et celle de la richesse et la délicatesse de la décoration, la finesse des sculptures des colonnes supportées par des animaux encadrant le porche et un bestiaire fantastique autour des fenêtres. Un mariage se prépare, de magnifiques bouquets de roses blanches ont été déposées, les photographes sont prêts. Je ne m’attarde pas et fonce à la crypte où je suis surprise par les couleurs après la blancheur du haut.

Saint Nicolas de Bari : porche

Je fais le tour de la cathédrale pour trouver la trulla : grosse tour ronde aveugle sur l’emplacement du baptistère, aujourd’hui, sacristie. Une simple plaque avec une ménorah gravée et une inscription en hébreu signale qu’autrefois il y avait là une synagogue.

La Via Carmine conduisant à l’Eglise San Nicola est encombrée de touristes en troupeau derrière leur guide. Les boutiques à touristes proposent des pâtes et d’autres souvenirs. J’essaie de faire des photos de linge qui pend et de vespa…San Nicola, commencée en 1089, consacrée en 1107 fut construite pour abriter les reliques volées en 1068 par 62 marins de Bari « enlèvement de Saint Nicolas ». C’est une église normande : Robert de Hauteville, dit Guiscard (frère de Roger roi de Sicile) a conquis Bari en 1071. Selon nos guides San Nicola servira de modèle aux églises de style Roman apulien. Il faut prendre du recul pour admirer la façade à trois nefs et le campanile. Je préfère me rapprocher et photographier les amusantes sculptures qui dépassent, les bœufs qui supportent les colonnes.

Saint Nicolas dd Bari

A l’intérieur, de curieuses arcades très fines traversent la nef (ajoutées après le séisme de 1456 selon le Guide Bleu) et un très haut jubé découpent le volume impressionnant. Le plafond a été peint au 17ème siècle. La crypte contient les reliques du saint. Un pope, ou plutôt deux conduisent un groupe de pèlerins slaves, femmes enfoulardées, hommes vêtus de shorts négligés, tous font les larges signes de croix orthodoxes, répétés et fréquents, s’agenouillent et se signent encore. Une seule icone est revêtue d’argent à la mode orthodoxe. Il règne une telle ferveur que je n’ose ni filmer ni bouger pour examiner les chapiteaux.

Bari : Lungomare

Dominique a envie de déjeuner au bord de la mer. Nous suivons le Lungomare bordé d’immeubles modernes et de grande bâtisses mussoliniennes auxquelles nous ne prêtons guère d’attention. Nous quittons facilement Bari vers le sud, découvrons des établissements de plage. Un restaurant dans un trullo nous tente.

un déjeuner à la mer

Nous lui préférons une terrasse contemporaine, en blanc et bleu : Doremar. Au choix,  ombre ou soleil, tables et chaises, poufs et tables basses. Le menu est simplissime,  4 propositions sur l’ardoise, mais sibyllin : on commande sans savoir ce qui va arriver parmigiana et calamarata. La calamarata ne contient aucun mollusque ni calmar, mais des pâtes en forme d’anneaux, cuisinées avec des tomates fraîches de l’aubergine et des petits morceaux de saumon et  décorée d’une poudre fine noire mystérieuse. La parmigiana ne contient pas forcément du parmesan, c’est un gratin d’aubergine. Cuisine raffinée et délicieuse mais en petite quantité on accepte avec joie le cremoso de chocolat : fine tranche de glace avec des grains de chocolat. Il fait frais au bord de l’eau, nous prenons dessert et café au soleil.

Bari château Normand-souabe

Le château Normand-Souabe est une énorme forteresse qui a été occupée et modifiée au cours de l’histoire. Normand d’abord, on y retrouve l’empreinte de Frédéric II (1233-1240). On entre par le vestibule de Frédéric. La voûte repose sur des colonnes aux chapiteaux décorés de motifs végétaux, mais aussi de têtes de guerrier et de l’aigle impérial. On entre dans la cour et on découvre la tour carrée avec deux escaliers extérieurs formant deux rampes. A partir de 1735, le château fut une prison. On creusa ensuite une citerne et on y fit même des cultures maraîchères.

Salle Angevine : dans l’encoignure de la fenêtre

A l’étage, des expositions permanentes : restauration de l’édifice, céramiques « butto », retrouvées dans un tas d’ordure, jetées, peut-être mais encore très belles. Certaines à motifs jaunes et bleu de Bari, des faïences au fond bleu de Faenza. Une salle Angevine, très haute de plafond avec quatre cheminées. Une autre Aragonaise rappelle Bona Sforza morte à Bari en 1557.

Au rez de chaussée, une vidéo raconte l’histoire du château.

Une exposition temporaire consacrée l’une à saint Nicolas est destinée principalement aux enfants. Saint Nicolas protège les enfants et les marins. Selon la légende, les reliques de Saint Nicolas mort en 337 à Myre en Turquie,  furent emportées par 62 marins de Bari en 1087.  Dans la crypte de l’église Saint Nicolas de Bari, la lampe possède deux bouches symbolisant l’unité des cultes catholique et orthodoxe qui vénèrent ce saint.  Sont exposés, des livres d’enfants de la légende de Saint Nicolas, des pains d’épice à l’effigie de Saint Nicolas, des chocolats, des marionnettes, des Play mobiles, et des représentations de Santa Claus qui devint le Père Noël.

Autour du livre est une installation d’art contemporain Libri d’Artista, l’Arte da Leggere montrent des variations contemporaines sur le thème du livre : un livre évidé, des livres d’image, et même une version des tablettes de Babylone en argile.

La Gypsothèque vaut vraiment la visite. Les moulages en plâtre de chapiteaux des églises normandes de Bari et de ses environs sont présentés à hauteur humaine permettant de les observer plus facilement que sur place. Je me régale à photographier animaux fantastiques et personnages dont je peux voir tous les détails charmants.

 

 

Arrivée à Bari

MEZZOGIORNO

Giovanizza

Vol Air France direct : Charles de Gaulle – Bari  , 2h30,  très agréable.

Notre Polo VW de location (Sixt) est neuve (740km) équipée d’un GPS – Navigatore – dont je ne connais pas le mode d’emploi. Je me laisse guider par le téléphone jusqu’à Oasi di Pace dans la Résidence Scoglio di Euridice fermé par un cancello impressionnant. Au téléphone, un homme, pas du tout au courant de la réservation, nous l’ouvre. Dans la rue, barrée par un portail vers la mer, aucune indication de la chambre d’hôtes. Des maisons de vacances entourées d’agréables jardins. Un court de tennis côté rue, une piscine côté mer. Aucun Oasi di Pace en vue !

La dame arrive et ouvre la porte et nous intime l’ordre de verrouiller la voiture. Nous sommes bien dans le Sud de l’Italie, on y craint les voleurs ! Y en a-t-il tant ? Dans une résidence barricadée ? « Les Roms peuvent escalader » répond-elle. Tout est bouclé à clé, le petit portail du jardin, la maison. Le trousseau de clé est impressionnant.

Elle me montre les fusibles et le disjoncteur dans la rue : « Cela peut sauter » (en effet cela sautera).

Pas de cuisine, ni de réfrigérateur, en guise de bouilloire, une cafetière électrique monumentale avec des piles de gobelets de très petite taille pour le café, à peine plus grands pour le thé, pas de cuillers, des touillettes plastiques, pas d’assiettes ni de couverts. Une abondance de serviettes de toilettes ! la Télévision ne capte que les chaînes italiennes. L’intérieur est bien décoré, on aurait préféré un frigo !

Un très joli patio : des croisillons en bois foncé et un auvent de toile épaisse abritent une table et des bancs dans une végétation luxuriante. Une haie de jasmin embaume. Autour du patio des géraniums rouge se détachent sur le vert foncé des ficus, yuccas, myrte, orangers du Brésil. Dans des jardinières on a fait des compositions de cactées et succulentes. Il y a de l’eau à la fontaine. Des jarres sont négligemment oubliées….

Le cadre serait très agréable si on pouvait faire à manger, ou au moins garder de l’eau au frais. Restaurants et cafés ont à des kilomètres. La résidence est située entre Giovanizzo et San Spirito.

 

Giovanizzo est une petite ville pittoresque (22 000 habitants). Le centre historique se tasse dans ses murs autour d’une grande Cathédrale et du Palazzo Ducale au-dessus d’un très joli port. Au coucher du soleil, je me promène au bord de l’eau le long des murs de la ville. Rapide coup d’œil  à la cathédrale (il y a du monde à la messe). Dans le port des rameurs – en majorité des rameuses – en T-shirts verts s’entrainent pour la Fête de la Mer, samedi prochain – nous serons parties.

Nous trouvons notre dîner au supermarché Eurospar. Les plats préparés en barquettes comme en France, et les salades toutes prêtes n’ont pas cours ici. Chacun cuisine chez soi, pâtes et produits frais ou va au restaurant. Je trouve cela sympathique : pas de suremballage, des dispositifs pour acheter en vrac les produits secs. A

ujourd’hui cela n’arrange pas nos affaires, on doit acheter des vrais verres (pas question de boire ans les affreux gobelets minuscules), des assiettes en carton et même des couverts qu’on emportera pour les pique-niques à venir. Nous dînons sur la table du jardin d’une tomate, d’un yaourt grec et de nèfles.

 

Rendez-vous à Positano – Goliarda Sapienza

LIRE POUR L’ITALIE

 

 

De Goliarda Sapienza, j’ai lu il y a quelques temps L’Art de la Joie , gros pavé génial,mais parfois indigeste (835 pages), roman-fleuve retraçant la vie d’une femme très libre, très belle, féministe, se déroulant en Sicile pendant un bon demi-siècle.

Le Rendez-vous à Positano est de moindre envergure(220 pages). Des chapitres courts, de nombreux dialogues, il se lit vite et facilement.

Unité de lieu ou presque, l’action se déroule au début des années 50, quand le petit village de Positano vivait à l’écart du tourisme de masse, paradis préservé.

Amitié entre deux femmes, Goliarda qui a gardé son nom dans le récit et fait allusion à son compagnon Francesco Maselli, le cinéaste et une princesse, Erica,dont le prénom est-il imaginaire, cette princesse a-t-elle existé? Les villageois de Positano jouent le rôle de personnages secondaires, bien présents, pittoresques et bien campés dans le récit.

L’intrigue démarre doucement, Goliarda est fascinée par Erica et par sa maison merveilleuse. Nous vivons à leur rythme, de baignades dans des criques désertes qu’on n’atteint qu’en barque aux siestes dans la maison fraîche et ravissante, et aux repas exquis que confectionne Nunziatina. pause à la pâtisserie de Giacomino….Le piano de Kempff.

« Le matin suivant, obéissant à son commandement attrayant comme on obéit à une déesse, essayant de sourire de mon côté enfant toujours affamé de fables, je tire d’abord les lourds rideaux sombres, puis les seconds de mousseline légère à peine dorés par le soleil naissant. La porte-fenêtre aux vitres transparentes s’ouvre toute grande sur une terrasse recouverte de fleurs rouges tombées d’un bougainvillier. Mes pieds nus glissent sur le pavement de terre cuite, heureux. Moi non plus je ne porterai plus de chaussures, me dis-je avec conviction, au prix d’avoir l’air d’une snob positanienne comme elle.

pourquoi ai-je tant attendu pour prendre cette décision? La faute au réalisme socialiste, insiste mon esprit qui, malgré la joie qui m’envahit tout entière devant cette carte postale patinée de ciel et de mer, continue à mortifier mes sens ankylosés par l’idéologie. Des brodequins de fer compriment mon imagination, ou seraient-ce les bandes de toile dure dont on se servait pour les pieds des Chinoises. Je les déchirerai en mille morceaux; au prix d’être banale, comme cet hymne à la vie qui vole de la hauteur de Praiaono, la première à recevoir le baiser du soleil, à ma gauche , à Punta Campanella…. »

 

Amitié passionnelle, Amitié ou amour? Goliarda est fascinée par la Princesse, si belle, si libre, si noble, si riche…aussi. Cela commence comme un roman à l’eau de rose, ou un roman-photo sur papier glacé, jet-set au soleil.

Soudain, l’histoire prend une autre tournure. Longue confession. Promesse de confiance totale, de fidélité. La belle princesse cache de lourds secrets dont Goliarda devient la seule détentrice. La Princesse n’a pas toujours été solitaire, elles étaient trois soeurs, elle a été mariée….Une tragédie se dessine.

3L’amitié entre les deux femmes s’égrène sur de longues années au fil d’autres rendez-vous à Positano. Fidèle, Goliarda y rejoint sa princesse. Positano se modernise, les touristes arrivent. Le divin équilibre vacille. Combien de temps Positano restera-t-il préservé? D’autres personnages s’immiscent dans le tête-à-tête : Olivia, la soeur d’Erica, Ricardo, l’ancien amoureux retrouvé……

Même si Erica est un peu « trop », trop belle, trop riche, trop intelligente. Même si Goliarda fascinée ma laisse sur ma curiosité. J’aurais aimé la voir vivre à Rome et sur les plateaux de cinéma, rencontrer Maselli et Visconti. Sentir sa personnalité se déployer.

Malgré tout ce roman est un coup de cœur.

Le Christ s’est arrêté à Eboli – Carlo Levi

LIRE POUR L’ITALIE

Carlo Levi  fut confiné pour antifascisme de 1935  à 1936, en résidence surveillée à Gagliano petit village de Lucanie , non loin de Matera. Le Christ s’est arrêté à Eboli est la chronique de cette année de relégation.

Carlo Levi, originaire de Turin, est médecin mais n’exerce pas, il  peint.

Il est accueilli avec beaucoup d’intérêt par les habitants du village perdu, tellement abandonnés qu’ils disent que le Christ s’est arrêté à Eboli et qu’ils ne sont pas même chrétiens. Les seigneurs galantuomini ou plutôt les notables, médecins, pharmaciens, instituteurs le considèrent  un homme fréquentable, un sujet de distraction à leurs ragots et leurs mesquineries. Le podestat se réjouit d’exercer sur lui son autorité et faire régner l’ordre fasciste. Les paysans font d’abord appel au médecin qui les soulagera peut être de leurs maux et de la malaria qui sévit. Il gagnera leur sympathie ainsi que celle des enfants.

Au fil des saison, Carlo Levi dresse une galerie de portraits avec un regard bienveillant même pour les personnages les plus noirs. Le livre réunit une mosaïque d’anecdotes pittoresques(l’œil du peintre) décrivant avec acuité les détails de la vie quotidienne. Dans ce pays délaissé par le Christ la superstition et la sorcellerie enchantent le récit. Giulia, sa servante l’introduit dans sa connaissance des  philtres d’amour, lycanthropes, interventions de la Vierge au visage noir, gnomes monachicchii….

Comme j’ai aimé la scène des ouvriers agricoles torturés par un monachcchio dans une grotte où ils tentaient de faire la sieste au frais et contraints de dormir en plein soleil.

Quelle nuit de Noël burlesque avec le prêtre déchu honni par les notables, ignoré des paysans, on en rirait de bon cœur si les conséquences pour le curé, dénoncé à l’évêque et aux  autorités fascistes de Matéra, n’avaient été tragiques.

Carlo Levi ne se contente pas de narrer des épisodes amusants. Il analyse aussi les rapports sociaux, cherche des remèdes à la grande pauvreté et à la malaria. Il les situe aussi dans la perspective historique. Le temps des brigands  n’est pas loin. La méfiance vis à vis de l’Etat transcende tout ce que les politiques de droite comme de gauche peuvent imaginer comme intervention étatique. Rome est plus éloignée de Gagliano que New York où nombreux paysans sont allés tenter leur chance. La résignation et le fatalisme ne contiennent pas toujours la colère des cafoni.

Ce livre est un véritable coup de cœur. J’ai cherché un paragraphe de citation. Difficile choix : j’aurais tout recopié. C’était déjà une relecture, je sais que je le relirai! Cette fois-ci je le mets en perspective avec ma lecture récente de Tous sauf moi de Melandri qui met en scène cette période et la guerre africaine en Ethiopie. La première fois je n’avais pas saisi les allusions à cette expédition. C’est aussi, une préparation pour notre voyage dans le Basilicate d’ici quelques jours. J’espère trouver une petite place dans la valise pour ce mince livre de poche (302p)

 

La Vie parfaite – Silvia Avallone

LIRE POUR L‘ITALIE

J’avais beaucoup aimé d’Acier de Silvia Avallone qui se déroulait à Piombino, en Toscane et racontait l’amitié de deux jeunes adolescentes sur fond de crise des aciéries en 2001. Je m’étais promis de suivre les publication de l’auteure. Le mois Italien/Il Viaggio m’a do né l’occasion de découvrir La Vie Parfaite, publication récente d’Avallone (5/04/2018) . 

 

J’ai retrouvé le même décor : les cités-dortoirs déshéritées,  et les adolescentes avec leur rage de vivre et leurs frustrations, entre pauvreté et marginalité.  La cité est surnommée Lombriconi (vers de terre) ironie pour des barres d’immeubles longs d’un kilomètre accompagnées de tours (un peu Sarcelles) en périphérie de Bologne. Dans cette cité résident surtout des femmes, les hommes sont en prison, en cavale ou inexistants. Les adolescents le même chemin…

sarcelles

« Pourquoi tu crois que les tours, la cour en bas, ce n’est pas intéressant? Tu les as déjà regardées, tu as pris des notes. TAnt que tu ne les mets pas noir sur blanc, les choses,  tu ne les vois pas…. »

C’est donc une (deux) histoires de femmes et de maternité. Adele, 17 ans est enceinte. Elle accouche et abandonne sa fille dès les premières pages du roman. Dora, professeure de lettres, mariée depuis 7 ans est désespérée de ne pas être enceinte. Traitements hormonaux, tentatives de FIV, rien n’y fait. Ce désir d’enfant la fait dérailler complètement, elle est capable d’agresser physiquement les femmes enceintes qu’elle rencontre…

La vie est mal faite : Adele, l’adolescente, est incapable d’assumer sa fille tandis que Dora et son mari, architecte, ont tout pour accueillir un enfant et voient leur désir d’enfant pourrir littéralement leur vie de couple. 

Le thème de la maternité ne me passionne pas. J’ai donc moins bien accroché que dans la lecture d’Acier. J’ai été plus sensible à la description de la vie dans les Lombriconi, la façon avec laquelle les mères-courages comme Rosaria élèvent leurs filles, entre travail mal payé, tâches ménagères et télévision (omniprésente dans les foyers de la cité).

Voilà ce qui fait la différence, pensa Zeno : s’entêter quand on n’y arrive pas, s’acharner, jour et nuit, choisir la difficulté plutôt que la facilité, travailler à en crever.La différence entre ceux qui quitteront les Lombriconi et ceux qui y resteront. »

Parmi les racailles et les dealers, un garçon, Zeno, fait exception. Enfermé chez lui, il est en terminale littéraire dans un lycée classique du Centre-ville et observe minutieusement la vie de ses voisines. Son histoire est déchirante. Chez lui aussi, la figure du père absent explique son comportement qui paraît étrange dans la cité. Laideur du décor, pauvreté des loisirs : pour se distraire, on va au centre commercial, on regarde la télé…

La Vie parfaite, Adele ne pourra pas l’offrir à Bianca, sa fille à-naître. Et pourtant quelques instants de cette vie à laquelle elle aspire,surgissent comme des fenêtres furtives dans cette vie morose. comme un jardin caché dans l’hôpital, ou la découverte de la mer. 

Même si j’ai préféré d’Acier, j’ai été happée par la rage de vivre dans cette banlieue, le foisonnement des histoires, souvent violentes et tragiques. 

 

 

Le Tour de l’Oie – Erri de Luca

LIRE POUR L’ITALIE

 

« Je lisais un livre où un vieil homme s’invente un fils. C’est un menuisier et il le fait en bois. Il aimait l’idée qu’on l’appellerait papa. »

Evidemment, on pense à Pinocchio… Dans la maison qu’il a construit de ses mains, le narrateur, Erri de Luca, allume un bon feu de bois et va passer la soirée en compagnie de ce fils inventé. Il va lui raconter sa vie, ses parents, ses expériences de militant, d’écrivain. Confidences intimes, transmission de ce qu’un père aimerait passer à son fils, à la génération suivante…

« Être avec toi, fils, me retire du passé. Tu me fais déboucher dans le présent d’un soir réchauffé par le bois de mimosa, qui pousse tout seul dans le champ. »

 

Et la lectrice est ravie d’être dans la confidence, de découvrir les secrets d’un de ses auteurs favoris, qui monologue, puis dialogue puisque ce fils inventé lui répond :

 » Tu te résumes ainsi : révolutionnaire, ouvrier, émigré, dans le sillage des dernières guerres sur le sol d’Europe. Tu as voulu avancer de cinquante ans ton acte de naissance. Je préfère les histoires de tes parents, elles sont sans intention, aucun signe à discerner, agrandir, souligner. Bref, leurs histoires »

Imaginer ce qu’on a l’habitude de nommer les « années de plomb » qu’Erri de Luca nomme par son nom Lotta Continua, années de militance, établissement en usine, clandestinité et prison pour certains, parenthèse qui n’est toujours pas refermée pour d’autres (Battisti).

Et bien sûr, imaginer le travail d’écriture de l’écrivain et toutes ses lectures…

« Je pratique des abstinences littéraires de grandes signatures du XXe siècle. J’ai abandonné Joyce, Beckett, Musil, Brecht, Sartre dès les premières pages.

Je crois que seul Borges est obligatoire »

L’imaginer à Sarajevo,  à Belgrade :

« Cette nuit est irréparable : tu citais Ossip Mandelstam dans la chambre de l’hôtel Moskva à Belgrade. »

Retrouver ses ouvrages comme Montedidio…retrouver Naples, le meilleur d’Erri de Luca, selon moi, est à Naples. Naples qui’l connaît, ou l’éruption du Vésuve que lui a raconté sa mère…

« Mon fils, il s’agit purement et simplement de mots, mis à la file comme les fourmis. Leur tanière est le vocabulaire. Ils peuvent transporter une charge supérieure à leur poids. Tel est le prodige qui touche ceux qui lisent les livres des littératures. Ils voient que les mots peuvent tout décrire. »

J’ai envie de tout surligner, de recopier toutes les citations que j’ai choisies.

 

Et puis, toujours ce jeu que je pratique à chaque lecture : chercher l’énigme qui se cache sous le titre.  Et je l’ai trouvée!  p. 120 :

« J’ai un corps et j’ai joué au jeu de vivre dedans. Quel jeu ? Le jeu de l’oie. On lance un dé et on se déplace dans un circuit en spirale »

Le jeu de vivre. Qui lance le dé?

A vous de le lire, de le découvrir, tant de belles surprises et tant de poésie

Tous sauf moi – Francesca MELANDRI

LIRE POUR L’ITALIE

Lorsque Babélio a proposé une rencontre avec Francesca Melandri, je me suis précipitée. J’ai découvert cette auteure avec Plus haut que la mer qui évoque les années de Plomb et se déroule en partie en Sardaigne, que j’ai beaucoup aimé. Eva Dort raconte un autre épisode de l’histoire de l’Italie : celle des villages germanophones du Haut Adige italianisés au cours de la période fasciste et après la Seconde Guerre mondiale. Francesca Melandri m’a fait découvrir une Italie que je ne soupçonnais pas dans des romans denses et puissants. Gallimard m’a fait parvenir un exemplaire de Tous sauf moi et l’invitation à rencontrer l’écrivaine. 

Le seul défaut de Tous sauf moi est son poids : 568 pages d’un grand format, un pavé pour la lectrice qui a le poignet cassé! Au dessus de 400 pages, je préfère le numérique. C’est un détail . Il ne faut surtout pas s’effrayer de ce pavé parce qu’une fois qu’on est entré dans l’histoire on se laisse entraîner dans une histoire passionnante.

Tous sauf moi est le dernier opus de la trilogie historique. Il retrace l’histoire du fascisme et particulièrement celle de l’aventure coloniale mussolinienne en Ethiopie. Comme dans ses précédents romans, le présent et le passé se télescopent et la saga familiale ne sera pas racontée de façon linéaire. C’est d’ailleurs le présent qui déclenche l’enquête qu’Ilaria mène pour découvrir l’histoire de son père. Un migrant africain débarque sur son palier, à Rome avec une carte d’identité qui prouve qu’il est son neveu : il porte le même nom que son père Attilio Profeti.  Ce dernier, à 95 ans, n’a plus toute sa tête ; sa seule préoccupation « gagner le concours » consiste à survivre plus vieux que tous.

Tous sauf moi est la devise, le refrain, répété comme un mantra depuis son enfance, tous mourront « sauf moi« . En effet, la chance est du côté d’Attilio Profetti : il va survivre à une guerre meurtrière. Il réussira, sans même le chercher, à être planqué. Il va s’enrichir et s’élever dans l’échelle sociale par des relations louches. Il va aussi passer à travers les enquêtes des juges dans l’opération mains propres, compromis mais pas assez important pour être condamné. Dans sa vie familiale, il a aussi une chance folle…mais ne spoilons pas le récit.

C’est en fouillant dans la vie de son père qu’Ilaria va découvrir presque un siècle d’histoire. Attilio, chemise noire, est envoyé en Ethiopie, se compromet aussi dans les théories raciales les plus abjectes,  est témoin des massacres.  Plus tard, on découvre  corruption et affaires de Berlusconi. Et finalement, les camps de rétention des migrants. Une histoire peu reluisante !

La romancière a construit un puzzle riche et foisonnant. Les personnalités sont complexes. Rien n’est simple. Au détour d’un chapitre, Francesca Melandri évoque deux personnages historiques qui n’ont rien à voir avec les héros inventés pour le roman : Badoglio et Graziani, figures importantes de l’histoire la plus trouble de l’Italie. Au cours de la rencontre, elle a évoqué le monument à Graziani qui a fait polémique : on célèbre encore les héros du fascisme, même si on sait qu’ils sont responsable de massacres.

Tous sauf moi peut être lu comme un roman historique. Il peut aussi être envisagé sous le prisme des relations familiales. On croit connaître ses parents, son mari. Qu’en sait-on vraiment?

C’est en tout cas un très beau roman!

Francesca Melandri – la photo est floue mais je la garde parce que c’est un bon souvenir.

Francesca Melandri

La rencontre avec Francesca Melandri a aussi été passionnante. Dans cette heure de questions-réponse, nous avons appris comment ce livre s’est construit avec dix ans de recherches, de rencontres, en Italie et en Ethiopie. Le choix du titre aussi différent en français du titre italien…