8h, par de petites routes de campagne, dans la belle lumière du matin à travers vallées et collines ; des parcelles triangulaires au flanc des collines d’oliveraies ou d’orangers photogéniques . Devant une orangeraie, je trouve une belle ferme au toit de tuiles coiffant la colline. En marchant je découvre de nouvelles fleurs : pois de senteur bicolores, pourpres et violets qui ressemblent aux ailes d’un papillon. Les grosses inflorescences rouges que j’avais prises pour de la luzerne ne sont-elles pas plutôt des lupins ? Sur le bord de la route, des glaïeuls roses comme ceux que j’ai vus en Grèce. Je filme les douces collines, les fleurs, les orangers…
La route effleure Sciacca puis s’élève vers la montagne. La route passe le long du gros rocher qui domine Sciacca, d’une ancienne carrière, puis grimpe très raide. Les sommets sont formés de gros pitons déchiquetés et la ligne de crêtes est piqueté d’éoliennes qui tournent très fort .
En s’approchant du col, Dominique entend le bruit de l’eau et les brebis. L’eau s’écoule sur le bord moussu d’un bel abreuvoir blanc. Dans le verger voisin, les moutons préfèrent se dresser pour dévorer les feuilles tendres d’un abricotier plutôt que l’herbe. Ils se font même la courte échelle ! Les rochers ont des formes étranges, quand les arbres s’y accrochent ils compliquent encore leur silhouette, donner un profil en bec de perroquet ou carrément en dévers…
Juste après le col, la petite ville de Caltabellotta surgit accrochée à la montagne. Les guides la désignaient comme un « village perché ». L’appellation « ville » convient mieux avec ses nombreuses églises, ses places, son histoire séculaire. A l’entrée, un quartier HLM miteux. Un panneau annonce « Caltabellotta, ville de la Paix ». Ignorante de l’histoire locale je crois d’abord à un vieux slogan PCI….
La vieille ville est tout en ruelles et en escaliers. Sur chaque toit, une parabole et une grosse citerne grise (pas le bidon cylindrique chauffe-eau commun dans tous les pays ensoleillé), une grosse citerne.
Les flèches « cathédrale » « centre historique »,mènent à une petite place. Etrangement les pépères à casquette et à canne nous invitent à remonter en voiture. « la Cathédrale c’est très loin ! Allez-y en voiture ! »Et les deux vieux messieurs de se disputer si le meilleur itinéraire c’est tout droit ou par derrière.
Nous continuons à pied, admirant les décors des porches de maisons étroites avec un seul étage et aucun signe extérieur de richesse mais une entrée digne d’un palais encadrée de pierre ciselée avec des balcons en ferronnerie soignée reposant sur des appuis ouvragés. Témoignage d’un autre temps.
Deux folles heures en compagnie de Beatrice (Valeria Bruni Tedeschi) d’une famille aristocrate toscane et de Donatella (Micaela Ramazzotti) dans une maison de repos fermée où elles sont soignées sous un placement judiciaire.
Beatrice se comporte comme la propriétaire de la villa Biondi et se promène sous une ombrelle improbable. Elle prend sous sa protection Donatella , une nouvelle arrivante et l’entraîne malgré elle dans une folle équipée. Les soignants sont d’une grande bienveillance tandis que les deux amies en cavale accumulent les aventures.
C’est distrayant, émouvant, souvent drôle. Un film réussi sans grande prétention.
J’ai beaucoup aimé l’Amie Prodigieuse et j’ai immédiatement téléchargéle Nouveau Nom qui lui fait suite dans la saga d’Elena Ferrante. Comme je me méfie des lectures à la file d’un même auteur qui parfois provoque une lassitude, j’ai attendu quelques mois avant de continuer le feuilleton. Si l’effet de surprise ne joue pas dans ce deuxième tome, je n’en ai pas été déçue pour autant. J’ai lu quelque part (blog ou babélio?) que cette série était addictive, tout à fait un peu comme pour certaines, les séries télévisées, avec les personnages récurrents, les histoires d’amour qui s’emmêlent. C’est beaucoup plus!
Lila(Lina) et Lenù (Elena) ont seize ans au début du Nouveau nom. Lila est Madame Caracci, avec son identité de femme mariée, mal mariée : dès le jour de son mariage elle a pris un dégoût irrémédiable pour Stefano. Elena, brillante élève au lycée mais aussi gagner sa vie….Les amies s’entraident, partent en vacances à Ischia où elles découvrent le désir, et l’amour, pour le même garçon. Leur amitié sans faille survivra-t-elle?
Je n’aime pas les billets qui résument un roman. J’en resterai là. Le Nouveau nom n’est pas qu’un roman d’amour et d’amitié. Ce n’est pas seulement le quotidien d’un quartier pauvre de Naples. C’est beaucoup plus. C’est un roman féministe qui montre la condition des femmes dans les années 60 à Naples, femmes battues, humiliée, éreintées par les grossesses et les travaux ménagers
« Ce jour-là, en revanche, je vis très clairement les mères de famille du vieux quartier. Elles étaient nerveuses et résignées Elles se taisaient, lèvres serrées et dos courbé ou bien hurlaient de terribles insultes à leurs enfants qui les tourmentaient. «
Le combat d’Elena pour sortir de la pauvreté par l’éducation, ses efforts acharnés pour briller dans ses études. Etre diplômée ne suffit pas pour sortir d’un milieu modeste.
« je faisais partie de ceux qui bûchaient jour et nuit, obtenaient d’excellents résultats, étaient même traités avec sympathie et estime, mais qui ne porteraient jamais inscrits sur eux toute la valeur, tout le prestige de nos études; j’aurais toujours peur : peur de dire ce qu’il ne fallait pas, d’employer un ton exagéré, d’être habillée de manière inadéquate, de révéler des sentiments mesquins et de ne pas avoir d’idées intéressantes ».
Le contexte des idées politiques, le roman traverse les années 60 et les débats idéologiques. J’aurais peut être aimé en savoir plus sur 68. mais peut être, en Italie, cette année-là a eu moins de retentissement qu’en France..
Maintenant que nous avons une carte détaillée, nous décidons de suivre la côte pour profiter de la mer. La Promenade lungomare se poursuit jusqu’à une esplanade où se trouve la statue de l’évêque San Vito et une église très simple, presque un cube (plus haut que long ou large) avec une seule ouverture. Une belle porte de bronze est encadrée de marbre gris un peu à la manière espagnole. Sur la place, à l’arrière, un voilier de fer a ses voiles découpées de silhouettes d’oiseaux marins. On passe ensuite une passerelle moderne en suivant la direction de Granitola.
Réserve Naturelle Lago Preola &Gorghitondi
Cinq bassins d’origine karstiques (dolines) provenant de la dissolution de la craie sur un substrat argileux. Les cinq petits étangs hébergent une faune très riche, protégée. Un petit circuit de 300m est ouvert au public. Il conduit à un affût permettant d’observer les hérons, canards, foulques…quelques panneau présentent au public la fouine, les serpents et batraciens. Des promenades accompagnées sont aussi possibles.
Granitola
Une tour sarrasine, nous accueille, à sa pointe un phare. Entre les deux une crique rocheuse où sont échouées sur les rochers deux groupes de 5 barques. La place est plantée de beaux platanes (élagués en ce moment) 4 ou 5 cafés, quelques maisons basses blanches, d’autres à étage, jaunes. Une plage minuscule, un club de plongée. Nous faisons une agréable pause au café au bord de l’eau.
L’itinéraire du retour, au jugé, est très agréable dans les vignes et les cultures. A Campobello 9di Mazara nous réussissons à éviter la grande route et serpentons vers Menfi.
Face au musée, le portail spectaculaire du collège de Jésuite est soutenu par 4 atlantes – télamones . Son cloître est classique, dépouillé. Les lycéens m’accompagnent dans une salle de conférence peinte à fresque et dans deux autres salles d’exposition de peintures, principalement des marines, que je regarde distraitement.
. Nous commençons par le Palais des Chevaliers de Malte et le petit théâtre Garibaldi, construit en 1848, appelé alors « théâtre du Peuple » .Construit en bois avec deux étages de loges abondamment décoré.
St Niccolo
Tous les guides recommandent la visite de l’église Saint Nicolas, église des pêcheurs située sur une terrasse dominant le fleuve et le port de pêche, chef d’œuvre du style arabo-normand. Ne pas confondre avec Saint Nicolas de Bari au coin de la Via Marina et de la Via San Nicola. Les deux églises dont les noms se ressemblent sont très proches. Hélas, elles sont fermées toutes les deux. Nous ne verrons donc pas les mosaïques seulement les trois cylindres réunis en un volume étonnant.
La Kasbah
la kasbah
Souvenir du temps où Mazara était arabe avant Roger, elle abrite la communauté tunisienne de la ville. Tandis que j’admire une porte magnifique sur un édifice quasi en ruine, une musique orientale se fait entendre. Film en place de la photo. La musique sort d’une voiture. Le conducteur trouve une chanson grecque qui sied aussi bien à l’ambiance du lieu. Re-film des maisons à étages d’où pend la lessive. Street Art ?
De céramistes ont décoré de simples pavés à motifs contemporains ou de grands panneaux de majolique les murs aveugles du quartier arabe, balisant ainsi un parcours dans les vicoli de la kasbah. Nous tournons dans le labyrinthe d’impasses, de cours et de ruelles tortueuses, le regard tantôt attiré par les panneaux de céramique, tantôt par le spectacle de la vie dans les rues ou les cours. Une porte cloutée bleue s’ouvre sur un couloir blanc, on se croit à Djerba, une rouge sur un intérieur orange. Un peu gênée de mon regard voyeur je félicite les habitants d’avoir si bien décoré la maison ou la courette. Ils reçoivent les compliments avec le sourire ; Les panneaux racontent une histoire. L’un d’eux proclame « Mazara, cité multiculturelle » d’autres portent des poèmes, en sicilien que je ne comprends pas. Nous empruntons la Via Bagno, selon le Guide GEO, il y aurait un hammam, selon les panneaux émaillés ce serait plutôt un mikvé proche de la synagogue. Juifs et musulmans se côtoyaient, quand ? avant l’Inquisition !
par les vicoli
J’atteins San Francesco que je néglige, je le regretterai.
13 heures, temps de chercher un restaurant. Nous choisissons La Locanda Di Don Martino une terrasse très chic : nappes en lin brun, photophore en cuir translucide à la marocaine, personnel stylé. Carte de la Mer/Carte de la Terre. On nous dissuade de nous attabler dehors, le vent souffle très fort. La salle est vaste et sombre, nous insistons.
Je commande un Risotto du Pêcheur, Dominique des calamars grillés avec des épinards. Le riz est rouge et pimenté, fondant, excellent, les moules et les palourdes sont présentées dans leurs coquille, les nombreuses petites crevettes sans la carapace. Les calamars sont entiers, gonflés, tendres, leurs tentacules pourpres sont un peu caramélisés. Les épinards en revanche, manquent d’assaisonnement.
Retour à la voiture par les vicoli en passant devant de nombreuses églises en suivant toujours la piste des carreaux. Un tableau m’interpelle : » Au Haut Moyen Age, ici fut créé le plus ancien parlement d’Europe » pas assez de précision, j’aimerais en savoir plus. L’histoire de la Sicile est vraiment complexe !
Installé dans l’Eglise S Egidio (15ème s) surmontée de coupoles rondes rouge foncé évoquant plus une mosquée qu’une église avec sa façade très sobre et ses murs nus. J’ai gardé un souvenir très vif de ma première rencontre avec la satyre de bronze, éphèbe de toute beauté, sorti de la mer on loin de là. Mazara del vallo lui a offert un écrin, un musée à lui-seul. Aujourd’hui, je n’aurais pas de rencontre intime. Les élèves du lycée de Mazara, en costume de cérémonie, jouent les guides touristiques. Je suis escortée de deux garçons et de deux filles qui prennent très au sérieux leur nouveau métier. Ils me racontent l’histoire de la ville qui fut successivement phénicienne, grecque, romaine, arabe, normande, espagnole (et j’en passe). Nomme d’après le nom du fleuve Mazaro qui offre dans son estuaire, un havre, aussi bien aux pêcheurs qu’aux commerçants et aux bateaux de guerre. Le satyre est donc accompagné d’amphores antiques recouvertes parfois de coquillages et d’huitres et d’objets plus récents comme cette gourde de pèlerin aplatie ou deux braseros de terre cuite. Un étrange cylindre est présenté comme une « patte d’éléphant » punique. Il y a aussi une inscription phénicienne.
Le satyre fut découvert en deux temps : en 1997, une jambe et en 1998 le reste du corps. Sa datation reste mystérieuse : peut être 4ème ou 3ème siècle av. JC. On ne sait pas s’il s’agit d’une statue grecque ou d’une copie romaine.
On l’a nommé le satyre à cause de son regard perdu, les yeux un peu révulsés et la bouche ouverte. On a aussi pensé au dieu Eole avec sa coiffure emportée par le vent.
Appartenait-il à un groupe de statues ou était-ce la figure de proue d’un navire ? On pensait qu’il tenait un bâton d’une main et de l’autre une coupe de vin.
Dans la salle attenante, un audiovisuel raconte la découverte et la restauration du satyre. L’archéologue fait remarquer que le corps lisse aux muscles peu marqué est plus féminin que masculin. Pline aurait décrit un groupe sculpté par Praxitèle, représentant l’ivresse – Periboetos – très répandu dans le monde grec à opposer à une autre représentation de satyre assis . L’archéologue cite aussi Platon qui aurait décrit une sorte d’orgasme quand on a crié très fort ceci expliquerait le relâchement de la musculature, la bouche ouverte et le regard perdu.
Place du Plebiscite et église S Ignazio le musée du Satyre
Cap à l’ouest sur la même route SS115 perchée sur une série de viaducs élancés et aériens qui enjambent des vallées creusées par de petits fleuves côtiers, cultivées surtout de vignes agrumes et aussi de blé. Curieusement on fait pousser les fèves entre les rangées des oliviers. Après Castelvetrano nous empruntons l’autoroute jusqu’à Mazara del Vallo. Le trajet nous a paru très court.
L’arc normand
Le centre de Mazara est piétonnier. Nous garons la voiture proche du Corso Umberto 1er, la rue chic ornée de palmiers au milieu de la chaussée et de très belles potiches en majolique ou en mosaïque colorée. La céramique est une des spécialités de la ville. Les potiches sont toutes différentes, l’une d’elles est ornée de calligraphie arabe. Les bancs sont aussi recouverts de carreau de majolique aux motifs très contemporains, et graphismes épurés. De belles boutiques de vêtements chics, et chaussures, bordent le Corso qui mène à l’Arc Normand, seul vestige du château normand du comte Roger qui libéra Mazara en 1072 de la domination arabe. Après le 16ème siècle, les souterrains du château servirent de prison. Le Palais fut démoli en 1880 pour faire place à un jardin public lungomare. Devant la fenêtre en ogive : « l’arc », un mince jet d’au dans un bassin est entouré de rocaille. Les énormes ficus aux larges troncs et aux branches sinueuses forment une sorte de coupole de verdure aux entrelacs gothiques. Il doit faire bon l’été de s’y reposer. Aujourd’hui, le vent rafraîchit l’air et la mer est démontée, hérissée de crêtes blanches ; nous préférons les bancs au soleil à la place ombreuse.
jardin lungomare
Très ensoleillée ; en revanche la Plazza de la Repubblica située entre la Cathédrale, le Palais épiscopal, le séminaire épiscopal d’un côté et le Musée diocésain et l’église du Couvent Santa Catharina. Au centre se trouve la statue de San Vito. Les arcades se déplient sur deux niveaux. La coupole est vernissée, turquoise. La place a de l’allure !
sur le porche de la cathedrale le Comte Roger piétine le sarrasin
A 9h30, la Cathédrale est ouverte, une troupe de scouts s’affaire. Chacun s’installe pour la messe dominicale. Nous saisissons l’occasion pour entrer. La cathédrale normande du 11ème siècle a été remodelée au 18ème siècle. Au dessus du portail le bas-relief (15ème s) représente Roger à cheval piétinant un sarrasin.
intérieur de la Cathédrale : barroquissime!
L’intérieur de l’église est baroque, très baroque. Le plafond aux tons pastel est entièrement peint à fresque tandis que les hautes fenêtres éclairant une nef très lumineuse blanche ornée de grisaille et or, sont encadrées de sirènes et de putti en trompe-l’œil.
Le chœur est spectaculaire avec un autel entièrement revêtu d’argent ciselé et sculpté surmonté d’un baldaquin extraordinaire : des angelots y sont suspendus et s’accrochent en acrobates au plafond. Un enfant alpiniste semble assis dans une nacelle tandis qu’un tout petit s’accroche aux franges. Sous le baldaquin, sur un rocher six saints personnages sont en oraison sous un ciel doré.
putti alpinistes
Une très belle croix de bois est suspendue sous la coupole aussi très lumineuse. Nous nous déchaînons à tout photographier avant que l’office ne commence. Nous sortons sous le carillon des cloches qui sonoriseront le film où Roger piétine le sarrasin.
La Via du XX septembre conduit à la Place du Plébiscite, où une église ruinée « resti della chiesa S Ignazio » est une rotonde, sur un plan octogonal, qui a perdu sa coupole : 16 colonnes rondes et lisses groupées deux à deux, précédent 7 chapelles et le portail. Face à la porte le chœur est plus profond. Des décors baroques subsistent : stucs, angelots, guirlandes et feuillages, chapiteaux très ouvragés….Une grosse masse de lierre occupe tout le haut d’une alcôve, des rameaux dégoulinent formant des festons vivants. En face, un figuier est accroché au mur et pousse la tête en bas tandis que des plantes herbacées font des touffes un peu partout.
Un peu plus loin – après la villa du Capitaine du capitaine Hardcastle – le temple d’Hercule dresse ses huit colonnes remontées à l’initiative du capitaine. A l’intérieur, le chaos est impressionnant de blocs taillés ;parfois un peu d’enduit blanc subsiste sur un tambour.
Tombe de Theron
Une route coupe le site qu’une passerelle enjambe. On voit à l’extérieur le petit mausolée carré – la Tombe de Théron – peinte par Jean-Pierre Houel (Louvre). Une ambigüité plane sur l’identité de Théron : un romain ou le tyran d’Akragas au 5ème siècle ?
Déjeuner au Doric Café, d’une belle salade et d’arancini (15€ pour deux avec un verre de vin blanc). Du café, on jouit d’une très belle vue sur le Temple de Junon.
Temple de Zeus Olympicos
Télamones (8m)
Du plus gros temple dorique d’occident il ne reste qu’un chaos de blocs impressionnants dont les chapiteaux donnent l’échelle. Des télamones (atlantes) de huit mètres soutenaient l’architrave, trois gisent par terre , reconstitués. Le temple fut construit après les victoires sur les Carthaginois du tyran Theron (488-472). Les télamones furent interprétés comme le symbole des barbares carthaginois vaincus. Les ruines servirent de carrière au 18ème siècle pour la construction du môle de Porto d’Empédocle.
Pour se faire une meilleure idée des dimensions, il faut pénétrer à l’intérieur. Diodore de Sicile écrivit qu’il ne fut jamais achevé et qu’il en manquait la toiture. Selon lui, il servit de forteresse aux Romains pendant la première guerre puniques. Que représentaient les arceaux gravés sur de nombreux blocs ?
Temple des divinités chtoniennes
De la période archaïque à l’époque impériale des fêtes s’y déroulèrent : les cérémonies à Coré – fille de Démeter enlevée par Hadès – étaient nocturnes comme le témoignent les lampes retrouvées sur les lieux. Elles commémoraient la régénération de la nature dans les cycles agricoles. Les thermophories se déroulaient sur trois jours. Le premier jour, les femmes faisaient une procession, le second était jjour de jeûne. Des porcelets femelles étaient sacrifiés et jetés dans des cavités des autels (on les récupérait ensuite pour fertiliser la terre). Le troisième jour, Kallighenia clôturait le jeûne par un banquet.
En 2005, des fouilles permirent de découvrir une galerie souterraine rejoignant laKolymbethia (belle piscine) où maintenant un jardin est installé, très odorant. Des panneaux préviennent les allergiques aux fèves de ne pas s’y aventurer. Ce n’est as l’allergie qui ma retenue (j’avais très envie d’y descendre) mais le manque de temps et la radinerie. Il faut acheter un billet supplémentaire et comme je ‘avais plus le temps j’ai préféré m’abstenir plutôt que de bâcler la visite.
Temple des Dioscures
temple des Dioscures
De l’autre côté de la Plateia, grande place colonisée par les mauves rases en fleurs, les quatre colonnes de l’angle Nord-Ouest sont les seules restantes du Temple des Dioscures.
Nicolas de Stael : Agrigente
Lors du trajet du retour j’ai baissé les vitres pour me rassasier du parfum des orangers. A Sciacca, nous décidons d’adopter un autre supermarché : Conad. Suivant les panneaux publicitaires nous faisons le tour de la ville pour nous trouver au sommet de la colline sous la muraille. Plutôt que de se ravitailler en grande surface, mieux vaudrait essayer les petits commerçants. Dominique gare la voiture en deuxième file et reste dedans (il y en a d’autres). A Sisa, je ne trouve que les confitures et yaourts du petit déjeuner. La viande se trouve chez le boucher (préparations très alléchantes), les légumes au Fruta e verdura, les œufs chez le crémier. Chaque boutique spécialisée offre des produits de qualité incomparable pour des prix minimes. Vive le petit commerce encore bien vivace en Sicile ! Mais quel casse-tête de faire les courses en voiture !
73 km, itinéraire pour Sciacca par le Cap San Marco, les lidi de Sciacca, et le port. la route SS115 est un prodige de travaux publics – galeries et ponts se succèdent dans un relief escarpé de défilés calcaires et de calanques. Les crêtes déchiquetées se superposent à l’horizon tandis que les versants raides sont très verts. Dans les creux, à l’abri des paravents, les vergers d’agrumes alternent avec les oliveraies. Le parfum des fleurs d’orangers me transporte. Je ne l’ai pas identifié tout de suite. Cette odeur familière, entêtante, m’a assaillie, me rappelant des souvenirs anciens, profondément enfouis. Dès que j’ai fait la relation entre les vergers et ce parfum j’ai ouvert grand la fenêtre pour le laisser entrer et m’en enivrer. On vend des oranges sur le bord de la route.
Porto Empédocle monte la garde avec ses cheminées d’usines à rayures rouge et blanches, ses hauts HLM en rangs serrés, sa cimenterie et son port, à l’entrée d’Agrigente. Quelle idée de donner le nom du philosophe à une telle excroissance du XXème siècle ! Nous passons devant la maison de Pirandello – il faudrait que je lise ses pièces.
La Cité des temples est un centre commercial en verre, autre verrue du XXIème siècle cette fois.
Plus loin, le marché propose les poissons de la pêche locale, artichauts et pommes de terre.
Temple de Junon
A l’entrée du Temple de Junon le parking est ombragé. Du temps d’Akragas, la ville grecque, l’avait sûrement nommé temple d’Héra en Sicile et en Italie les noms latins paraissent si naturels que je me plie à la coutume locale. Un conférencier d’un groupe d’allemands annonce que les dénominations des temples sont fantaisistes et qu’il eût été plus rigoureux de les nommer avec des lettres comme à Sélinonte. Construit en 450-440 av. JC, il fut incendié par les Carthaginois en 406. Des traces rouges de l’incendie subsistent sur les pierres brunes de la calcarénite locale. Une conférencière anglophone dont le groupe est assis sur l’autel d’Héra décrit les sacrifices. Selon elle, de nombreuses traditions et coutumes viennent de l’Antiquité grecque : la lune de miel serait un mois où on consommerait du miel, les anciens grecs ne lançaient pas du riz mais des céréales avec les grains rouges de grenade, symbole de fertilité, pour célébrer les mariés…
la muraille d’Akragas et les acanthes
Derrière le temple de Junon, un chemin longe la muraille défensive d’Akragas qui suit une crête rocheuse, défense naturelle de la cité longue de 12km, percée de 9 portes et passages secrets. Les amandiers sont déjà chargé de grosses amandes.
A l’époque romaine tardive, les murailles ne furent plus entretenues, des zones artisanales et des nécropoles s installèrent dans les cavités ( Arcosolia).
les togati
On a installé récemment deux statues de marbre trouvées non loin de là : les Togati – personnages revêtus de toges, de l’entourage de l’empereur.
En face du Temple de la Concorde, presque par hasard, en descendant une allée conduisant aux quartiers hellénistiques, je découvre le complexe paléochrétien de la nécropole Casa Pace, installée dans une ancienne carrière de pierre, Latomie Mirabile,les hypogées sont disposés autour d’une placette circulaire fleurie de bleu et de violet avec des acanthes sous les oliviers. Sous mes pas, craquent les coques d’amandes. Un gros caroubier se tient à l’entrée de la placette fermée par une rangée de figuiers de barbarie. Le parfum de la fleur d’oranger semble concentré dans ce cercle mystérieux. Personne ne viendra troubler cette visite romantique, comme une méditation. La Bibliothèque Paléochrétienne dans une belle maison ancienne à étage précédée d’une placette de galets, est fermée ; A l’arrière, les arbres de Judée commencent leur floraison. Dans un grand verger d’olivier, les allées du Cardo, de la Via dei Sepolari ainsi que les cardines sont figurées par des allées. Il faut imaginer à la place des arbres les maisons d’Akragas. Un peu plus loin se trouvent les quartiers hellénistiques. Des rectangles creusés témoignent de fouilles archéologiques. Après une longue montée sans avoir trouvé la villa des Mosaïques, je me lasse. Je ne croise qu’une Italienne hystérique qui répète « There is no exit ! » et un couple qui flâne en photographiant les fleurs. Le site est vaste. Dès qu’on s’éloigne des temples les plus fameux, on peut se promener comme en pleine campagne.
Temple de la cncorde
Le Temple de la Concorde tire son nom d’une inscription trouvée à proximité « Concordiae Argentorum sacrum » . Bâti de 440 à 430, il fut transformé en basilique chrétienne Pierre et Paul, ce qui lui a permis de rester état de conservation exceptionnel. Je pense au Parthénon avant Morosini qu’on tâche de remonter, chantier qui s’éternise. Cette Concorde en calcarénite jaune est difficilement imaginable en blanc comme la petite maquette de la cafétéria, blanche avec des décors bleus et rouges. Des filins métalliques interdisent l’accès au temple. Il y a partout des caméras de surveillance et les environs sont nettoyés, propres, balayés trop civilisés. Sur une longue allée « via sacra » circulent des bus électriques, des trottinettes et des processions de touristes. Nous étions venues autrefois le matin et revenues au coucher du soleil. Ce n’est sûrement plus permis. Devant le Temple de la Concorde, une grande statue de bronze : Icare tombé (2011) d’Igor Mitoraj. Ses ailes me l’avait fait prendre pour un ange.
Icare tombé
En face un panneau signale « il ritorno de la Capra Girgentana » chèvre aux cornes imposantes torsadées, verticales, chèvre Markhor falconari, dont on a importé un spécimen d’Afghanistan.
Le paysage se découvre au dessus de la Côte Italienne. Je parviens pas à identifier les îles. Baie de Naples peut être ? Juste avant l’arrivée, les sommets des volcans éoliens émergent de la brume. Un soleil éclatant éclaire les rochers déchiquetés.
Suivant la troupe des touristes, nous montons à bord de la navette des loueurs de voitures jusqu’à un bâtiment – construit près des parkings – qui héberge Europcar, Avis, Sixt…point de Firefly. Je téléphone. La navette prend l’autoroute puis circule dans la campagne. Notre loueur est installé à l’écart de la station balnéaire de Cinisi. Deux jeunes siciliens essaient de nous persuader de contracter leur assurance. La voiture est une Fiat 500 noire au toit ouvrant « On vole beaucoup de ces voitures en Sicile » insiste-t-il. Il inspecte méticuleusement les égratignures de la carrosserie. La voiture brille et semble neuve, elle affiche 51.000km au compteur. Selon le GPS, nous devrions arriver dans un peu plus d’une heure à Sciacca par l’autoroute.
notre carrosse : une Fiat 500
Le temps est splendide. La frange blanche des vagues ourle l’eau bleue du Golfe de Castelammare que l’autoroute longe de loin. Nous tentons une première sortie au Montelepre. Dès la sortie, nous nous perdons dans des impasses aux noms de fleurs via Azalea, via mimosa…Sans carte, nous tournons en rond. Le GPS repère « faites demi-tour dès que possible… ». Disciplinées, nous retournera sur l’autoroute jusqu’à la bifurcation avec la direction de Trapani et celle de Mazara del Vallo. La tentation de sortir du ruban d’asphalte est très forte. Vers Calatafini nous renouvelons une sortie, au hasard avec les vagues souvenirs de 2004.
Négligeant Ségeste (je le regretterai : nous avions vu le temple sous un ciel gris, le soleil de ce matin l’aurait mis en valeur). Nous suivons les panneaux vers la Route de Palerme à Sciacca et tortillons dans les collines entre Gibellina, Poggioreale, La Contessa et Sambuca villes que nous ne voyons jamais.
Nous sommes fascinées par les fleurs : jaunes, les crucifères géantes, genre de moutarde sauvage aux très petits pétales, anthémis jaune d’or éclatant…plus basses, les taches bleues des liserons, des chardons, étonnantes, ces nappes pourpres couvrant de grandes étendues. Les coquelicots ont des corolles surdimensionnées, presque aussi grand que des pavots. La terre est noire et grasse. Les collines sont surtout plantées de vigne et d’olivier. Quelques vergers de pêchers commencent à fleurir rose. Les pentes raides sont couvertes d’une herbe verte très vif. On croise des chiens blancs, au loin quelques moutons.
dans la gloire du printemps
Notre itinéraire tortueux nous fait sans doute perdre beaucoup de temps et de carburant mais c’est un grand plaisr de parcourir la Sicile dans la gloire du printemps ;
Enfin nous avons rejoint la g Palerme-Sciacca, trouvé un café à une station service et acheté des pizzas : une part de verte (roquette, champignon fromage) une rouge (tomate, jambon et saucisse en rondelle). Gastronomie basique pur un pique-nique dans un chemin.
A 14h nous sommes à Sciacca, le rendez- vous est à 16h. Première visite de Sciacca : au premier abord, des immeubles de ciment, peu attirants, la ville ancienne est difficile d’accès en voiture, nous descendons au port.
le port de Sciacca
Café en terrasse à une gelateria « Charlie Bar » .La glace aux noisettes est la spécialité de la maison. Je viens de lire dans Le radeau de la Gorgonede Dominique Fernandez que les Siciliens étaient des taiseux. Cela ne se vérifie pas du tout ici . Des marins ou pêcheurs traversent la route pour retrouver les copains, embrassades et conversations très, très sonores. Je ne comprends rien, entre eux, ils parlent sicilien. La pause tranquille est écourtée dans cette cacophonie.
Le Corso Vittore Emanuele -la plus belle artère de la ville – conduit à l’Hôtel de Ville dans l’ancien collège des Jésuites, derrière une grande terrasse dominant la mer, ornée d’une rangée de ficus.
Nous suivons la voiture de la fille de la propriétaire dans des routes très tortueuses dans la campagne. La mer brille, un peu plus bas. La route s’achève brusquement : nous descendons à pic pour découvrir le lotissement bien caché dans la verdure.
Giusi nous confie le trousseau de nombreuses clés, celles du portail, de la porte et celles des grands portails enfermant le lotissement de la route et de la plage. Les Siciliens enferment tout. La règle est de refermer derrière soi les portails si on les a trouvés fermés.
Notre maison est ronde : un petit dôme de ciment chaulé de blanc avec quatre ouvertures arrondies munies de volets de bis. La petite coupole blanche évoque une soucoupe volante ou Starwars. Très basse, elle s’intègre très bien dans la végétation. De notre terrasse on devine le haut de celles des voisins immédiats sans imaginer qu’il y a de nombreuses habitations. La coupole est précédée d’un très grand auvent soutenue par deux colonnes crépies de blanc. Au sol, un beau carrelage et une table de mosaïque avec un banc de jardin. La courette est tapissée de cailloutis blanc. Le long des murets blancs on a disposé des yuccas qui se découpent sur la mer. L’autre côté est bordé de thuyas ébranchés jusqu’à 1.80m. En face, six beaux palmiers. Une petite terrasse d’angle donne sur la mer. Des plantes grasses poussent dans de grosse poteries ; l’environnement est original.
L’intérieur de la maison ronde est divisé en une grande salle à manger cuisine, l’autre moitié est divisé en une salle d’eau et la chambre. Le carrelage en damier bleu et blanc est joli, le reste de la décoration hétéroclite ?
Je suis ravie, le nom « bungalow » m’avait fait craindre le pire, mobile-home ou caravane…