Allemagne/Années 20/Nouvelle Objectivité/August Sander – Centre Pompidou

Exposition temporaire du 11 mai ay 5 septembre 2022

Otto Dix : Bildnis der Journalistin..

Titre à rallonge et exposition à rallonge aussi!

Copieuse, parce qu’elle aborde divers points de vue : une histoire de la création artistique dans les Années 20 en Allemagne, avec le courant Nouvelle Objectivité aussi bien peinture que cinéma, théâtre, Architecture et design. En parallèle, elle expose l’Œuvre du photographe August Sander Menschen des 20. Jahrhunderts (Hommes du XXème siècle). Je m’y suis un peu perdue parce que les cheminements sont compliqués.

Räderscheidt : Junger Mann mit gelbe Handschuhe

J’ai été très impressionnée par l’œuvre du photographe August Sander qui, dès 1910, photographe ambulant dans la région de Cologne, s’attacha à faire une galerie de portraits de paysans, de leur famille. Il continua ces portofolios en photographiant des artistes, des révolutionnaires, des ouvriers, des artisans mais aussi des professions libérales…Tous ces tirages sont soignés, il peut refaire plusieurs tirages d’un même négatif comme pour le manutentionnaire qui porte des briques sur un plateau, ou le pâtissier. Avec la prise de pouvoir des nazis en 1933 et l’arrestation de son fils en 1934, cet inventaire de la société allemande est interrompu quoique les images les plus récente montrent des victimes des nazis en 1945.

Une très belle exposition qui se suffirait à elle-même! (Comme il est absurde de faire des photographies avec le téléphone de tels images, je n’en ai pas fait.)

August Sander : Le  Peintre Heinriche Hoerle

L’exposition August Sander est accompagnée d’images de plasticiens avec qui Sander a collaboré en photographiant leurs œuvres.  Dans une vitrine, la correspondance entre les peintres et le photographe montre leur étroite collaboration si bien que le nom de Sander est associé à ceux de Räderscheidt, Hoerle, Seiwert, Arntz, entre autres sont associés au photographe.

Gerd Arntz : Douze maisons du temps

A la suite de la défaite de l’Allemagne dans la Première Guerre mondiale, l’Expressionnisme se basant sur l’exaltation de l’individu est remplacé par le Mouvement de la Nouvelle Objectivité qui se caractérise par une standardisation de la représentation . L’attention des artistes se porte davantage sur l’appartenance sociale qu’aux caractères individuels. Cette nouvelle objectivité s’est exposée en 1925 à Mannheim.

Affiche Nouvelle Objectivit

Ce mouvement se divise en deux ailes, la gauche, réaliste politiquement engagée plus classique. Les progressistes de Cologne développent des utopies socialistes.

Frantz Wilhem Seiwert Die Arbeitsmänner (les Travailleurs)

Cette standardisation s’exprime aussi dans l’urbanisme

Georg Grosz : Ohne Titel Konstruktion

le tableau de Grosz fait penser aux places vides de Di Chirico.

Cette Nouvelle Objectivité devient un slogan dans divers domaines et même dans celui du spectacle. Appliquée à l’Architecture, elle rejoint les recherches du Bauhaus : le projet Das Neue Frankfurt concerne l’édification de 10.000 logements en une cité-logement homogènes de maisons mitoyennes toutes construites sur le même standard.

Un autre procédé ayant cours alors est celui du montage, aussi bien dans les arts plastiques que dans le cinéma. On peut visionner dans l’exposition une partie du film Berlin, die Sinfonie der GrossStadt.

Otto Dix est le plus connu des peintres de cette époque, il se représente dans le montage au titre ironique An die Schönheit (Selbstbildnis) A la beauté autoportrait, mélangeant divers éléments entre autres une tête de coiffeur ou d’institut de beauté.

Otto Dix An die Schönheit

En parallèle aux portraits objectifs et systématiques de Sander, certains peintres livrent une image acide, presque caricaturale de leurs contemporains

Gert Heinrich Wpllheime Abschied von Düsseldorf
Heinrich maria Davringhausen : Le Profiteur

je me suis surtout intéressée aux portraits mais l’exposition montre aussi des natures mortes, des études de végétaux, et même une cuisine aménagée…

Bertolt Brecht et Kurt Weill ont bien sûr leur place.

Je terminerais ce compte-rendu bien incomplet par cettevision du travail et de l’exploitation

Oskar Nerlinger : An der Arbeit

La Môle – Hyeres et la presqu’île de Giens

CÔTE D’AZUR

Tempête sur la presqu’île de Giens et les îles d’Hyères

Pluie dès le matin.

Le village de La Môle, à 1 km du cabanon, a une superette Spar et un boulanger. Ce matin, dimanche, l’église est ouverte. La piste vers le Barrage de la Verne, à la sortie du village,  est barrée par une barrière rouge et blanc quelques centaines de mètres après l’usine des eaux, interdite à la circulation automobile. pour voir le Barrage il faut aller à pieds.  Quant à la Chartreuse de la Verne, c’est une véritable expédition impossible à envisager seule.

Puisqu’il pleut, allons en ville.

la D98, route de Cogolin à La Môle suit la vallée de La Môle depuis Cogolin et la rivière de Campeaux ; elle est bordée de vignoble, de châteaux,  très beaux domaines viticoles. Dans la montagne, les chênes-liège sont magnifiques; Très peu ont été découpés pour prélever le liège, la plupart sont recouverts de lichens. 

Au col de Gratteloup, un arboretum est signalé par le Guide Vert. La route descend ensuite par de nombreux virages. A La Londe-les Maures elle rejoint la D559 qui est un route large (3 ou 4 voies) très roulante.

L’entrée sur Hyères est spectaculaire : palmiers, aloès, fleurs, un véritable parc nous accueille avec des rondpoints soignés.

la Presqu’île de Giens

Giens : port du Niel

Comme les musées n’ouvrent pas le matin, nous partons explorer la Presqu’île de Giens formée par deux tombolos encadrant des salins et une zone humide. La route parcourt le tombolo est , on peut apercevoir les salins inondés et des flamands roses. malheureusement cette route est en chantier et des constructions, campings, Belambra cachent la mer.

A Giens, on circule au hasard cherchant les ports et les plages.

Giens : La Tour Fondue

La Tour fondue est une forteresse bâtie en 1634, elle a belle allure. Malgré la tempête il y a du monde pour le bac des îles qui ne sont pas loin, mais les passagers doivent être bien secoués.

Les petites routes sont bordées de verdure, les jardins sont plus fleuris que dans l’intérieur, une glycine a des grappes mauves tandis que celle de notre cabanon n’a pas encore démarré. 

Port Niel : des petits bateaux sont à l’abri d’une courte digue. Je dessine. Puis sors espérant une belle vague pour une photo spectaculaire. 

Giens : la Madrague barques

la Madrague : encore un petit port avec des barques colorées mais environnement plus construit.

Plage de l’Alfamarre : est bordée par la route du Sel (interdite à la circulation automobile)sur le tombolo-est qui longe le Salin des Pesquiers. A la saison touristique, un petit train l’emprunte. Des rondins sont installés sur chaque bord, quand je marche je me sens emprisonnée.  je dois retourner jusqu’au parking pour atteindre la longue plage de graviers bordée de dunes; l’eau est transparente, turquoise, très calme.

Tombolo ouest dunes le long des salins

Le site archéologique d’Olbia est fermé le dimanche

Nous traversons la ville d’Hyeres : centre agréable autour du Casino, plus haut la vieille ville est piétonnière.

La Montée de Noailles  très raide en épingles à cheveux conduit aux ruines du château des Aires construit au XIème siècle, remanié XIIIème démantelé par Henri IV et Louis XIII, donc bien en ruine.

Hyeres Château

Du petit parking,  deux allées piétonnes partent :

l’une va au Parc Saint Bernard un jardin remarquable que je voulais visiter mais qui est fermé pour cause de vent violent.

Villa Noailles

Villa Noailles : aquarelle

L’autre conduit à la Villa Noailles, villa dessinée par l’architecte Mallet-Stevens achevée en 1933 qui est le siège du Centre d’art contemporain de la métropole de Toulon. qui accueille en résidence des artistes. En ce moment l’exposition a pour thème Le Paysage Local : photographies de la villa, aquarelles, dessins d’architecture ou fantaisie sont exposés dans le salon rose, salle de séjour qui a la particularité de n’avoir pas de fenêtre mais d’être éclairée par un grand vitrail au plafond composé de 4 types de verre cannelé. A droite, un petit cabinet était destiné à la confection des bouquets. 

En sous-sol de la Villa, une autre exposition montre l‘évolution de l’architecture locale : Hôtels et restaurants emblématique de la ville et des environs qui ont traversé le temps. Certains ont été le lieu de tournage de films comme Pierrot le Fou ou le Passager de la Pluie… la présentation de l’exposition note que la photographie est « la trace tangible d’une réalité à l’état passé ». Il s’agit donc d’une double réflexion, sur le rôle de la photographie comme sur l’évolution de l’architecture. Très pointue. Difficile d’apprécier quand on ne connaît pas les lieux.

La Banque

Loubon : vue de la Ciotat

La Banque :  c’est le Musée d’Hyères, son nom vient de ce qu’il est installé dans l’ancien bâtiment de la Banque de France. On peut même voir au sous-sol, les coffres-forts. 

Collections permanentes diverses : arrêt sur image dans les salines avec des tableaux , personnalités de Hyères comme Monsieur Godillot qui c haussa les armées de Napoléon III. Les tableaux pâlissent à côté des œuvres célèbres de l’exposition mais vues séparément ils seraient intéressants.

  Il y a aussi un beau jardin qui n’est pas sous son meilleur jour  sous la pluie.

Face au Soleil (1850-1950) est une exposition temporaire (27/11/22 au 27/3/22 de 50 artistes Provençaux, ou non, qui ont peint les paysages de la Provence. Quatre sections, par ordre chronologique :

Célébrer l’âme de leur chère Provence, 1850-1870 regroupe des artistes plutôt naturalistes qui peignent les paysages et les lavandières, baigneuses ou bergers. Les calanques et les ports (Marseille) les inspirent. 

Guigou : Lavandières devant la Sainte Victoire

L’Appel de la Lumière Méditerranéenne, 1870-1900 : avec le développement des chemins de fer, des artistes du nord viennent en bord de mer : Boudin, Ziem peignent les ports

l’émotion est lumière et couleur, 1900-1920

Roches rouge à Agay Valttat

la côte d’Azur devient un grand atelier pour fauves (Valtat, Derain), pointillistes (Cross et Signac), Renoir s’installe à Cagnes-sur-mer

Seyssaud Agay

Vers l’expression d’une réflexion individuelle, 1920-1950

Dufy : Hyeres jardin

Bonnard, Camoin, Chagall ou Ernest Pignon et bien sûr Picasso

l’exposition offre un panorama complet sur un siècle de peinture et sur l’évolution des styles.

Manguin : Baie de Saint Tropez

Pour moi c’est aussi l’occasion de retrouver les paysages que je viens de découvrir pendant les deux semaines précédentes. Illustration de nos vacances. Je suis particulièrement sensible aux représentation des roches rouges de l’Estérel : une reproduction du tableau de Valtat se trouvait dans le bastidon d’Agay et je ne connaissais pas le peintre. L’amusante dédicace de Chagall à Guiguite et Aimé Maeght me parle.

Herbin : sentier sur la colline de Cassis

Mon amour des oliviers est peint par Edouard Pignon.

Edouard Pignon : paysan à l’olivier

Ce jour pluvieux a été ensoleillé en peinture!

Nous rentrons à La Môle par le chemin des écoliers, la route du littoral qui passe au Lavandou et Cavalière . A l’entrée de Rayol nous bifurquons sur la D27  départementale  très étroite en lacets vertigineux qui passe au col Canadel pour descendre vers le gîte dans la forêt. Cette traversée des Maures justifie leur appellation de « massif montagneux », même si les altitudes sont minimes. Entre les vieux chêns-lièges les échappées sur la mer sont éblouissantes. 

Pharaon des deux terres : L’épopée africaine des Rois de Napata – au Louvre

EGYPTE/SOUDAN

Colosse Taharqa

Dépaysement, exotisme garanti vers des destinations inconnues, Napata et le Djebel Balkar, Sanam, Nouri, Douki Gel….  

Pharaons africains inconnus : Piânkhy (720), Chabatâka (713-705), Chabaka(705-690) Taharqa (690-664), Taneoutamani (664-655) formant la XXVème dynastie.

Taharqa

Les organisateurs de l’Exposition Pharaon des Deux Terres ont mis le projecteur sur une période très courte : un siècle où la dynastie kouchite venant de Napata au Soudan a pris le pouvoir sur les Deux Terres, non pas seulement la Haute Egypte et la Basse Egypte comme les pharaons des dynasties précédentes mais sur le Royaume de Kouch et sur l’Egypte.

Chabarka

Je croyais connaître un peu de ces pharaons noirs après avoir visité deux fois le très beau Musée Nubien d’Assouan. A Assouan, toute l’Antiquité et même bien après étaient présentés, je n’avais même pas remarqué ces pharaons.

Stèle triomphale de Piânkhy

La conquête de l’Egypte par Piânkhy est documentée par la Stèle triomphale où les rois d’Egypte se prosternent devant le conquérant (registre juste au dessus des hiéroglyphes).  Avant cette conquête les Pharaons Egyptiens et le Royaume de Kouch entretenaient des rapports commerciaux (or, ivoire, bétail) illustrés par la fresque de Houy

tome de Houy : tribut des kouchites

Les rapports étaient parfois mouvementés et les Egyptiens représentent parfois les kouchites entravés comme des esclaves/ Au Nouvel empire la conquête du Sud fut entreprise.

kouchite représentation égyptienne
kouchite

 

 

 

 

 

 

 

 

Après cette introduction « égyptienne » , les expéditions en Nubie de Champollion, Lepsius, et bien plus au sud le long du Nil avec l’expédition Bankes et Louis Maurice Adolphe Linant de Bellefond ont rapporté des témoignages, cartes, relevés des sites kouchites en particulier le relevé de Djebel Barkal « la montagne pure » avec à ses pieds de nombreux temples 

Napata Djebel Barkal

 

 

 

 

 

 

Djebel Barkal est situé entre la 3ème et la 4ème cataracte, ce relief tabulaire dominait la plaine de 100 m de haute et une aiguille pointue rappelait l’Uraeus, le cobra des pharaons.

Au temple d’Amon, un bélier solaire incarnant Amon-Rê est impressionnant

Bélier solaire protégeant Aménophis III Djebel Barkal

la richesse du royaume de Kouch est matérialisée par de nombreux objets en or – les kouchites maîtrisaient parfaitement la métallurgie et l’orfèvrerie

Triade d’Elephantine
Criosphynx : corps de lion tête de bélier

Si les béliers et les sphynx sont nombreux, les Kouchites vénéraient également les oiseaux : déesse vautour, ou Horus le faucon

Déesse vautour de Sanam
Taharqa à genoux offrant le vin à Horus

Les Kouchites de la XXVème dynastie se sont installés sur toute l’Egypte, de Memphis, Saqqara à Napata, en passant par Thèbes. Thèbes, ville d’Amon revêtait une importance capitale pour ces Pharaons qui aspiraient à restaurer l’unité de l’Egypte et une certaine orthodoxie dans les cultes. le temple de Karnak fut complété avec un vaste chantier de nouvelles constructions et le relais était assuré par Les Divines Adoratrices D’Amon

Divines adoratrices à Thèbes

Un couloir voûté figure le Sérapéum de Saqqara . Mariette y a retrouvé des stèles correspondant à l’enterrement des taureaux Apis 

Enterrement du boeuf Apis
Enterrement du boeuf Apis

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cependant, dans le Delta Saïs a résisté aux rois de Napata . Le dernier pharaon de la XXVème dynastie Tanouetamani fut balayé par les Assyriens d’Assourbanapal. Assourbanapal prend deux fois Thèbes et Psammetique II avec l’aide de ses mercenaires, des hoplites grecs mène une expédition jusqu’en Ethiopie et saccage Napata. 

Assyriens et char

 

Assyrien prenant une ville égyptienne et soldats kouchite s’enfuyant
Plaque chryséléphantine :lion assyrien dévorant un kouchite

 

La fin de l’exposition montre les répliques des statues de la cachette de Douki Gel trop fragiles pour voyager réalisées à l’imprimante 3D comme le colosse de Taharqa qui accueille les visiteurs. Ce procédé, au début m’a un peu désarçonnée, les statues tellement impeccables, comme neuves, revêtues de parements à la feuille d’or et avec une coiffe peinte en rouge vif. Elles n’ont pas le charme des ruines, mais pourquoi se priver de les montrer telles qu’elles étaient alors?

En épilogue : l’épopée d’Inaros et l’opéra Aïdaavec les costumes dessinés par Mariette lui-même

Aïda : aquarelle de Mariette

 

 

 

 

 

 

L’Aventure Champollion – Dans le secret des hiéroglyphes – BnF

Exposition Temporaire du 12 Avril 2022 au 24 juillet 2022

Champollion

Le 27 Septembre 1822, dans sa Lettre à Dacier annonçait le déchiffrement des hiéroglyphes. Cette exposition en fête donc le bicentenaire.

Jean-François Champollion est né à Figeac en 1790. A 10 ans il rejoint son frère ainé, archéologue qui supervise son instruction. A 11 ans, il s’initie à l’Hébreu, il sait déjà le Grec et le Latin, 2 ans plus tard, il apprend le Syriaque et l’Araméen, en 1805, le Copte. Sa connaissance de nombreuses langues et alphabets, va être une des clés du déchiffrement. 

Rosette – Charles -Louis Balzac

En 1799, l’officier Bouchard découvre la stèle, la pierre de Rosette où le même décret figure en Grec, en Hiéroglyphes et en démotique. Les Anglais confisquent la pierre en 1801. Entre temps, heureusement on procéda à son estampage qui put être étudié par Champollion. 

Stèle d’Agathodaimon et Isis-Thermoutis découverte à Saqqarah

L’exposition de la BnF commence donc avec l’Expédition d’Egypte de Bonaparte et présente de magnifiques aquarelles du Caire, Rosette, divers journaux de bords et d’objets divers rapportés par ses savants. Les 23 volumes de la Description figurent en bonne place. 

Entailles et reliefs en positif

Dans le déchiffrement des hiéroglyphes, toutes sortes d’inscriptions sont présentes : étiquettes de bois attachées aux momies, bandelettes enveloppant les momies (en hiératique) , petites entailles sur des monnaies, bijoux gravées sur des pierres semi-précieuses ou des métaux.

D’autres savants ont essayé de déchiffrer les écritures antiques. Une curieuse thèse publiée au XVIIIème siècle faisait état d’une parenté entre les hiéroglyphes et l’écriture chinoise « Mémoire sur lequel on prouve que les chinois sont une colonie égyptienne ». Plus sérieusement William Waburton propose que les noms des rois étaient entourés dans des cartouches. Depuis l’Antiquité avec Maneton, on dispose de la liste des pharaons.

A côté des inscriptions multilingues et des travaux de déchiffrement au cours du XIXème siècle sont exposés des curiosités : deux documents étonnants : calligrammes d’Apollinaire : La figue, l’oeillet et la pipe à opium et d’Isodore Isou.

Cercueil de Padiimenipet

le cercueil décoré de Padiimenipet a fait l’objet d’une étude détaillée par Champollion. Le livre publié est présenté ici. Comme nous sommes à la BnF des manuscrits et livres anciens sont nombreux. Il y a aussi une collection de précieux papyrus. 

Angelelli – Champollion, barbu est assis au milieu

Expédition de Champollion en Egypte (1828-1829) Expédition franco-Toscane lui permit de parcourir tous les sites antiques des Pyramides à la Haute-Egypte. Curiosité : les lunettes de soleil du savant et une  longue pipe rapportée en souvenir.

les oiseaux colorés de Beni- Hassan

Des photographies anciennes de Maxime Du Camp (1851) de Teynard (1851-52) montrent l’aspect des sites qui n’ont pas encore été dégagés avec les statues géantes d’Abou Simbel émergeant du sable. On voit aussi les dessins et les photographies de Mariette, le plafond astronomique de Dendera…. les statuettes de nombreuses divinités. 

Horus sur les crocodile et sous la tête de Bès

Diverses visites peuvent êtres envisagées, celles qui s’attachent plus spécifiquement aux hiéroglyphes, ou aux objets égyptiens. Il y en a pour tous, pour les spécialistes, pour les enfants, les curieux, les amoureux des vieux livres et manuscrits….

ostracon de Deir el Medineh : bélier étudié par Champollion

Une exposition très riche

Gaudi à Orsay

Exposition temporaire jusqu’au 17 juillet 2022

affiche

Gaudi m’a surprise et bluffée en Espagne. Il y a presque 50 ans à Barcelone, et je n’ai pas oublié le Park Güell ni la Sagrada Familia. Plus récemment à Comillas, Astorga, Leon, j’ai été étonnée par la variété des réalisations, aussi bien l’exubérance Art Nouveau, l’utilisation de matériaux différents, de styles variés, du gothique au mozarabe, des courbes Art nouveau des balcons comme des vagues, ou des grottes, céramiques colorées du Park  Güell à l’austère pierre d’Astorga….

Comillas  : Capricho
Astorga

je me suis donc précipitée au Musée d’Orsay et j’ai même du m’y reprendre à deux fois avant de réserver un créneau horaire (réservation obligatoire). 

« Au seuil de l’œuvre »  : en introduction nous entrons dans le vestibule de la Casa Mila de boiseries de chêne aux portes vitrées de verre cathédrale donnant de la lumière à la chapelle. J’admire la douceur des courbes du chêne poli, belle et noble matière. 

L’atelier de Gaudi (détruit en 1936), proche de la Sagrada Familia a été reconstitué avec les sculptures en plâtre et cet astucieux dispositif de miroirs permettant de réfléchir un élément sous différents angles. De très belles photographies en N&B (mais petites) montrent l’atelier quand Gaudi y travaillait.

Dans la Bibliothèque de Gaudi contient de belles « photographies de travail » ainsi que des livres qui ont inspiré Gaudi : les livres de Viollet-le-Duc : bestiaire du château d’Abadia, La Description de l’Egypte, des photographies de l’Alhambra. Ruskin et Owen Jones comptent aussi dans les sources d’inspiration : « Grammaire de l’ornementation » avec toute une déclinaison des motifs arabes. 

Gaudi à l’oeuvre montre d’abord les travaux d’études à l’Ecole Provinciale de Barcelone (1878). J’ai aimé les dessins très fins 

.

 

ses projets pour un embarcadères ou pour un amphithéâtre universitaire sont des thèmes classiques de fin d’étude

Projet pour un embarcadère 1876

Barcelone : est une ville en pleine expansion urbaine siège de deux Expositions Universelles,  racontée avec un talent fou dans La ville des prodiges d’Eduardo Mendoza. Gaudi s’est investi dans l’Exposition de 1888 et a dessiné le Pavillon Transatlantique. A Paris, à l’Exposition de 1910 au Grand Palais,  il y eut un accrochage de photographies du Park Güell

Gaudi et Güell 

Trancadis du Park Güell

Eusebi Güell (1846-1918) industriel du textile, « dandy de la Catalogne identitaire » forma avec l’architecte un duo indéfectible, liés par la passion pour la Catalogne et la foi religieuse. Gaudi a donc dessiné pour lui le Palais Güell et le park Güell 

Fauteuils pour le Grand salon du Palais Güell

Comme souvent à cette époque, les architectes ont un souci très poussé du détail harmonisant aussi bien les éléments du décor extérieur et intérieur au mobilier assorti.

Casa Vicens

La suite de l’exposition présente les maisons conçues par Gaudi : Casa Vicens, de style mudejar, Casa Calvet et Casa Batlo qui me donnent une furieuse envie de retourner à Barcelone exprès pour les visiter.

Casa Batllo,

C’est là que l’exposition est un peu frustrante. On aimerait plus d’éléments de décor, plus de couleurs. Seule solution: le voyage réel!

Casa Vicens : grilles feuilles de palmier et jardinière

la fin de l’exposition est consacrée aux Projets religieux de Gaudi

L’abbaye Sainte Marie de Montserrate, le monumental vitrail de la Cathédrale de Majorque et bien sûr l’édification de la Sagrada Familia avec ses 18 pinacles. 

Une rétrospective comme une invitation au voyage!

En hommage à Gaudi ce curieux triptyque coloré de Tapiès.

 

Albert Edelfelt (1854-1905) Lumières de Finlande au Petit Palais

FINLANDE

Enfants au bord de l’eau

Exposition temporaire jusqu’au 10 juillet 2022

En route pour le baptème

Edelfelt est un peintre finlandais qui est venu à Paris comme son compatriote Akseli Gallen-Kallela dont on peut voir une belle rétrospective au Musée Jacquemart André à Paris en ce moment-ci. Deux Finlandais à Paris en ce moment (comme alors, dans les années 1880). Aucune redondance dans ces deux visites, Finlandais mais très différents!  

Portrait du grand-père de l’artiste

Edelfelt est venu à Paris avec une bourse pour étudier la peinture d’histoire sous la direction de Gérôme . Il a peint des tableaux historiques, et s’est même représenté en costume (16ème ou 17èm siècle). j’ai bien aimé un paysage de neige racontant la révolte des paysans en 1596 avec le Village incendié. Dans ce grand tableau on peut voir trois sujets différents, trois paysans avec skis et arbalètes au premier plan, avec une attention particulière au portrait, un paysage de neige et au fond, très petit, dans un style très différent les silhouettes des cavaliers et les maisons incendiées derrière eux. 

le village incendié (1596) détail.

Edelfelt excelle dans le portrait et son chef d’œuvre le plus connu en France est le portrait de Louis  Pasteur qui surpasse ceux des autres peintres de l’époque : François Lafon et Leon Bonnat. L’exposition permet de faire son avis personnel et de comparer les trois tableaux. Montrant Pasteur en action dans son laboratoire, il peint une « allégorie de la science en marche » des rapports étroits se tissent entre Edelfelt et Pasteur qui peint sa femme, son fils et toute la famille Pasteur-Vallery-Radot. 

Louis Pasteur 1886

A paris, Edelfelt peint de nombreux portraits de ses amis et de la vie parisienne. Il se plait à représenter les chatoiements des tissus

Virginie

Dans sa grand composition Au jardin du Luxembourg il côtoie les impressionnistes auprès desquels il est exposé et trouve que ce voisinage le dessert et que ses coloris sont pâles à côté des tableaux impressionnistes<;

Au jardin du Luxembourg

Mais quand il rentre en Finlande l’été où il a fait construire un atelier en 1883 il peint les Finlandais plus que les paysages. Il a une attention particulière pour les enfants et les vieux, les paysans et les marins.

Apprentis tailleurs
Devant l’église en Finlande

Tandis que Gallen-Kallela livre des paysages éblouissants, Edelfelt s’applique à nous faire aimer ses compatriotes.

Musée Guimet : Le fil rouge de Chiharu Shiota

JAPON:ART CONTEMPORAIN

Chiharu Shiota détail

Chiharu Shiota est une plasticienne japonaise  née au Japon en 1972 mais travaillant depuis 1996 à Berlin. Artiste mondialement connue, elle a représenté le Japon à la Biennale de Venise. 

Guimet lui offre une « carte blanche », elle déploie son fil rouge dans la Rotonde puis on peut la suivre dans les étages.

 

chihuharu shiota

oeuvre réalisée pendant le confinement. Impression d’enfermement. Dérisoires objets minuscules prisonniers du fil rouge qui tisse un plafond comme la toile d’une araignée.

L’arc et le sabre – L’ Imaginaire guerrier du Japon – Musée Guimet

Exposition temporaire jusqu’au 29 Aout 2022

Je rêve de visiter le Japon. Depuis la pandémie les voyages se compliquent. Je me contente donc du Japon à Paris, cinéma ou expositions et je suis rarement déçue. Le thème de L’imaginaire guerrier n’est peut être pas mon thème de prédilection mais j’ai été éblouie par la qualité des objets de cette visite, le raffinement des  matières et des techniques.

Haniwa (5ème siècle)

Le guerrier le plus ancien de la collection est ce Haniwa de terre cuite qui était planté autour d’une tombe. Ces guerriers étaient alignés parfois par centaines et sur plusieurs rangs.

Au 6ème siècle, avec l’arrivée du bouddhisme au Japon ces représentations ont disparu.

Archer photo ancienne

Cette exposition n’est pas chronologique, elle est plutôt thématique. Nous découvrons tout d’abord l’équipement du samouraï sur de très belles photos anciennes :

Samouraï casqué
Deux samouraïs

Diverses pièces sont exposées dans des vitrines comme une veste de pompier matelassée toute décorée, divers casques, des poignées de poignards , des gardes de sabre. Chaque objet est une véritable œuvre d’art : les casques portent des représentations d’animaux symboliques censées effrayer l’ennemi : la libellule, le serpent enroulé, aussi le lapin (un lapin effrayant? oui pour un ennemi japonais!) . Les gardes de sabre ou les étuits de poignards sont des merveilles d’orfèvrerie

Tsuba : garde de sabre

plus curieusement cette représentation de l’équipement du guerrier accompagnée d’un navet (pourquoi un navet?)

Equipement de samouraï et navet

Le théâtre a utilisé les représentations  des combats, les samouraïs, objet de théâtre ou de parodie : le nô né au XIVème siècle, le kabuki XVIIème (théâtre outrancier et burlesque.

Histoire des 47 Ronins

L’Histoire des 47 Ronins occupe toute une salle. Basée sur un fait historique 1703 avec le suicide par éventration (seppuku) d’un maître suivi de celui des 47 disciples.  La série d’estampes raconte cette histoire : « Le théâtre des vassaux fidèles » avec de nombreux épisodes et luxe de détails aussi bien dans la représentation de combats que dans la vie quotidienne. elles sont l’œuvre de Uttagawa Hiroshige (1797-1858)

Histoire des 47 Ronins
Historie des 47 ronins (détail)

je regarde ces estampes réalisées au XIX ème siècle comme de véritables bandes dessinées d’une qualité graphique exceptionnelle.

Pas étonnant que la suite de l’exposition logiquement débouche sur les Mangas . Le mot « manga« est apparu à la fin du XVIIIème siècle. Le manga d’Hokusai commencé en 1814 est une collection de carnets de dessins. 

Conclusion de l’exposition : XXI ème siècle

Objet dérivé : figurine plastique

Il faudrait aussi partir du côté du cinéma : on peut assister à la projection d’un film muet de 1910 : « Le châtiment du samouraï » (Pathé) .Une collection d’affiches montre les films japonais ou non-japonais inspirés par la figure  du samouraï  :  Les 7 Mercenaires, La Guerre des Etoiles, Kagemusha, ghost Dog (Jarmusch), Kill Bill (Tarantino). Nous sommes arrivées bien loin du guerrier d’argile du Vème siècle!

Connaissez-vous Toyen?

Exposition temporaire au MAM de Paris du 25 mars au 24 juillet 2022

affiche

Une affiche énigmatique!

Un nom qui l’est autant. Homme? femme? de quelle origine?

« Marie Čermínová, dite « Toyen », née à Prague le 21 septembre 1902 et morte à Paris le 9 novembre 1980, est une artiste peintre tchèque surréaliste » Wikipédia

Toyen 1930

TOYEN vient du Français CITOYEN et ce choix ne peut que me la rendre sympathique. 

« 1919, Toyen a 17 ans. elle vient de quitter sa famille pour rejoindre les milieux anarchistes et communistes de Prague. » 

Et voici encore de quoi me la rendre encore plus sympathique!

C’est une grande rétrospective que le MAM lui consacre.

le coussin

j’ai beaucoup aimé ses tableaux de jeunesse, entre 1922 et 1929, les coloris frais, la recherche poétique du détail aussi bien dans le sujet que dans la technique, grattage, épaississement, pochoir(?),

1926 Fata morgana

 

les avaleurs de sabre

Cirque, variété, music hall, ballet, pantomime, mélodrame, café-concert, fête populaire […]spectacle sans littérature et hors la littérature sont la véritable poésie fraîche électrique, le plus possible non naturaliste

Une autre série en couleurs violentes, en tableaux plus grands, aux limites de l’abstraction évoque des paysages, des aires géographiques, des paysages sous-marins

1931
1931 dans les mers du sud

Pendant cette même période, sur des carnets; elle fait des dessins érotiques, ces tableaux de coquillages sont-ils des visions érotique?

Toyen surréaliste

Dans les années 1933-1934, elle passe à des tableaux plus sombres avec des fonds gris, des dégoulinades et des zébrures noires. Les titres : Homme de glu, Dans le brouillard, spectre jaune, spectre rose introduisent un nouvel univers : celui du rêve, du somnambulisme

1935 la Femme magnétique

Toyen travaille sans harnais de sécurité au-dessus du toit de son profond somnambulisme, divaguant sans  un geste, ressentant sans cesse une malédiction au dessus de l’ivresse » 1938

 

Effroi

De 1924, son premier voyage à Paris à 1939 où les surréalistes tchèques entrent en clandestinité, les voyages, les échanges épistolaires, les expositions surréalistes sont fréquents. En 1932, Toyen expose avec Max Ernst, Tanguy, Dali et Giacometti.  En 1935, Breton vient à Prague avec Eluard. Dans une vitrine, des photos de Man Ray une vitrine on voit des lettres très affectueuses d’Eluard. Nombreuses sont les illustrations des livres des surréalistes, Soupault.

les spectres, objets fantômes, son rêve (1937) est cauchemardesque.

les voix dans la forêt

1939 –  1946 Cache-toi,  guerre.

Cache toi guerre

Ces cauchemars sont-ils prémonitoires des horreurs de la guerre?

Pendant les années de guerre Toyen produit des cycles « Tir » et « Cache toi guerre » 

Tir
1945 la Guerre ou l’épouvantail de campagne

Elle cache pendant la guerre Heisler qui est juif. C’est avec lui qu’elle prendra la route de l’exil à Paris, fuyant le totalitarisme stalinien. Breton lui organise une exposition à Paris.

Le Nouveau Monde Amoureux (1967 -1980)

1968 le Nouveau Monde amoureux.

Toute une série de grands tableaux très sombres avec des formes indéfinies, des verts inquiétants des violets ou des marrons sinistres ne réussissent pas à me séduire, c’est trop monotone à mon goût.

1964 Le rêve

En revanche, la présence d’animaux même inquiétants comme des fauves, des hiboux ou des chiens de garde me plaisent.

 

1960 Nouent et renouent

Pour finir, Nouent er renouent est mon préféré.

Akseli Gallen-Kallela – Mythes et Nature au coeur de la nature finlandaise – Jacquemart-André

EXPOSITION TEMPORAIRE jusqu’au 25 juillet 2022

 

Akseli Gallen-Kallela 1865-1931), après des années de formation en Finlande étudie à Paris de 1884 à 1888. 

L’exposition au Musée Jacquemart-André offre un panorama sur l’œuvre variée du peintre finlandais.

Portraits naturalistes comme cette souffrance muette

Souffrance muette

Gallen-Kallela a su construire et aménager un chalet comme studio d’artiste dans la forêt pour sa famille et pour travailler en pleine nature. Un vitrail montre qu’il a utilisé des techniques diverses dans les arts décoratifs comme un tapis ondulant.

Bouleaux

Etudes botaniques avec une finesse inégalée

 

Huile, aquarelle, dessin, il a aussi utilisé la gravure en illustrant le Kalavala

GRavure

Il a aussi collaboré aux décors des Expositions Universelles en 1889 et 1900 avec des fresques sur les thèmes du kalavala

Nuages et reflets des nuages….

Deux salles de l’exposition montrent le symbolisme sur des thèmes plus ésotériques mais ce n’est pas ce qui me plait le plus.

mais c’est l’évocation de la nature finlandaise, de l’eau, de la glace, des reflets et des nuages qu’il m’a vraiment bluffée.

Reflets et bandes de glace, géométrie d’une débâcle.

Un rendu parfait de l’eau .

Neige aussi

 

Et même une tonalité japonisante avec ce fond doré

paysage japonisant?