Soulages, une autre lumière au Luxembourg

Exposition temporaire jusqu’au 11 janvier 2026

J’ai découvert Soulages, chez lui, dans son musée de Rodez. Découvert l‘Outrenoir sur des toiles où le noir appliqué au pinceau, au couteau, griffé gratté joue avec la lumière qui transforme le tableau selon l’angle d’incidence. De grands tableaux noirs et tant de variété…une visite passionnante. CLIC

J’ai suivi Soulages à Conques et observé comme la lumière modifie les vitraux selon le temps qu’il fait, l’angle d’incidence… Et toujours la sobriété des abbayes cisterciennes CLIC

Soulages, peintre du noir ou de la lumière.?

« J’aime l’autorité du noir, sa gravité, son évidence, sa radicalité. Son puissant pouvoir de contraste donne une présence intense à toutes les couleurs lorsqu’il illumine les plus obscures il leur confère une grandeur sombre »

Soulages 2005

 

Quoique… Soulages n’a pas toujours peint du noir. Quand il s’est installé à Paris à la fin des années 40, il a surtout utilisé du brou de noix à la riche teinte brune.

 

L’exposition présente des papiers marouflés sur toiles. Ordre chronologique, on peut deviner l’évolution du travail. Bou de noix, gouache noire, encre. Peinture abstraite : ne pas chercher d’intention, les titres donnent une date, et les dimensions de l’œuvre. Rien pour guider le regardeur qui se fera son interprétation personnelle. Ou pas.

On découvrira des séries qui se répondent,

Intrigué, je zoome :

surprise! une timide apparition de la couleur

il y a aussi une exposition « immersive » avec casque numérique mais j’ai horreur du casque, je ne peux donc pas vous en parler.

La Femme nouvelle selon Gabriele Münter – Florence Mauro (Le roman d’un chef d’œuvre)

EN REVENANT DE L’EXPO…GABRIELE MÜNTER et KANDINSKY

1929 la sténographe Suisse en pyjama

« Ecrire. Gabriele peint le portrait de la féminité et aussi celui de la femme active, qui a une fonction propre et réalise un métier. Sténographe, le premier métier officiel attribué au genre féminin. La femme représentée, motif central, occupe tout l’espace du tableau. La frontalité et le peu de perspective accordée au sujet peint nous rapprochent. Une coupe de cheveux à la garçonne. Plutôt courte, crantée. Le pantalon a la forme « harem », la mode de l’époque. Les chaussures rouges indiquent qu’elle aime aller danser, mais qu’elle s’est rendue immédiatement disponible au travail. Elle serait vêtue sous son pull d’un pyjama, le tissu apparaît, souple. Panoplie de la femme émancipée. L’artiste utilise peu de couleurs, du bleu outremer au fond, plus clair[…] Gabriele vient de peindre la « femme nouvelle » en France, « Neue Frau » en Allemagne.

Je me souviens très bien de ce tableau à l‘Exposition Gabriele Münter au MAM au printemps dernier (CLIC), mais je n’avais pas acheté le livre de Florence Mauro à cette occasion. En visitant l’Exposition Kandinsky à la Philharmonie( CLIC) j’ai pensé à elle. 

1907 Kandinsky à l’harmonium

Courte biographie (109 pages en comptant les annexes), Florence Mauro s’attache à décrire certaines œuvres majeures de la peintre. Si bien que j’ai lu ce texte en 3 jours, m’arrêtant pour chercher dans la galerie-photo de mon ordinateur, ou sur Internet les tableaux du livre. Lecture hachée mais très plaisante. 

Paul Klee assis dans un fauteuil.

Plaisir aussi de croiser au fil des pages les peintres du Cavalier Bleu, ceux de Montparnasse, Paul Klee, et de découvrir des noms inconnus.

Suivre cette voyageuse, partie très jeune aux Etats Unis d’où elle a rapporté de belles photographies (dans l’exposition du MAM), qui a voyagé  avec Kandinsky, d’abord son professeur, puis son compagnon, à Paris avant la Grande Guerre, puis en Suède où elle avait imaginé vivre avec Kandinsky qui n’était plus le bienvenu dans l’Allemagne en guerre.

1936 Route menant aux montagnes

Encore une fois, mesurer comme la notoriété était plus compliquée pour une femme. Revenue seule en Allemagne, oubliée alors qu’elle était une figure majeure de l’Avant-Garde du temps du Blau Reiter tandis que Kandinsky et Klee avaient intégré le Bauhaus et étaient au faite de la célébrité.

Je compte persister dans la lecture de cette collection Le roman d’un chef d’oeuvre afin de continuer les visites des expositions et musées. 

 

 

 

Le mystère Cléopâtre à l’IMA

Exposition temporaire jusqu’au 11 janvier 2026

La mort de Cléopâtre jean André Rixens (1874)

Cléopâtre, figure historique

Cléopâtre voit le jour à Alexandrie en 69 av. JC et se suicide par une piqûre de serpent en 30 av JC après la bataille d’Actium. Cléopâtre VII, reine intelligente, fine diplomate a restauré le lustre que son royaume avait perdu, devenant protectorat romain. Elle noue des liens avec César dont elle a un fils Césarion (Ptolémée XV), le suit à Rome en 46.  Après l’assassinat de César, elle va négocier avec Marc Antoine ,  accroit ses territoires, modernise sa flotte. ils auront ont 3 enfants. Vaincue à la bataille d’Actium, elle préfère se suicider que de se soumettre à Octave. 

La bataille d’Actium

La première partie de l’exposition est archéologique avec des objets originaux : un vase en forme de canard m’a bien plu, des bagues et sceaux, et toute une collection numismatique avec des pièce à l’effigie de Cléopâtre qui ne ressemble pas du tout à Liz Taylor, ne porte pas de perruque de pharaon mais dont le nez fameux est bien marqué. La dynastie des Ptolémées est d’origine macédonienne et l’Egypte est très hellénisée : des statuettes montrent les dieux égyptiens  très différents de ceux du Nouvel Empire. On reconnait Isis, Osiris, Horus, et Bès. Photographies anciennes  de Denderah, temple hellénistique. Et même une réplique de la Pierre de Rosette

Buste de Serapis

Une visite virtuelle  d’Alexandrie provient d’un jeu vidéo Ubisoft. Je n’aime pas tellement cette esthétique et surtout les personnages que je trouve laids mais c’est très instructif : on voit la Grande Bibliothèque, le Musée, l’île de Pharos…

Cléopâter mourant debout. Sculpture en marbre de Jean Baptiste Goy pour les jardins de Versailles

La Légende de Cléopâtre

La suite de la visite se déroule au deuxième niveau et raconte les légendes de Cléopâtre.

Les Romains, et surtout Auguste, le vainqueur d‘Antoine ont noirci le mythe. Virgile, Horace, Plutarque la décrivent comme un monstre séduisant les hommes, une sorte d’obsédée sexuelle, même parfois de prostituée. 

Les Egyptiens, plus tard (VIIIème – XIIème siècle) lui brodent une toute autre légende, de reine bienveillante, de philosophe érudite, même une alchimiste, de femme préférant la mort à la soumission.

Mort de Cléopâtre

Les classiques, Dante ou Shakespeare  reprennent la légende, s’inspirant des romains, Plutarque entre autres, en font une héroïque tragique, entre passion amoureuse et politiques. Le suicide au serpent a inspiré sculpteurs et peintres.  Après l’expédition de Bonaparte en Egypte, la découverte des décors , l’Orientalisme  inspire peintres et hommes de théâtre. Sarah Bernhardt lui prête son visage

Sarah Bernhardt en Cléopâtre

Puis vient le temps du cinéma, déjà Méliès en 1899 et une véritable Cléomania va traverser l’histoire du cinéma: Claudette Colbert (1934), Vivien Leigh(1945) Sophia Loren (1953); Liz Taylor (1963) (c’est ell. e qui est pour moi la figure de Cléopâtre) suivie de tant d’autres. Asterix et la BD s’emparent de Cléopâtre

Liz Tayor : cléopâtre fait naviguer dans son bain un des navires de sa flotte

Je n’ai pas apprécié la scénographie avec la projection de trois films en même temps sur un immense mur-écran, n’arrivant à en suivre aucun.

Cléopâtre reine du marketing

je vous laisse deviner à quelles marques sont nom est attaché. C’est toujours l’image des péplums qui est alors utilisé, glamour et exotique.

Une dernière partie de l’exposition est surprenante. Le nationalisme égyptien, entre autres du temps de Nasser a repris à son compte Cléopâtre. Plus loin, les mouvements des luttes africaines-américaines l’ont adoptée comme héroïne refusant la soumission, Barbara Chase-Riboud sculpté son trône vide : force et fragilité du pouvoir féminin.

Le trône vide Cléopâtre par Barbara Chase-Riboud

Dernier avatar : l’icone féministe. Des plasticiennes contemporaines mettent en scène la misogynie qu’a subi Cléopâtre de la part des hommes qui ont minoré son rôle de souveraine, qui l’ont diabolisée et hypersexualisée. Esmeralda Kosmatopoulos CLIC a réalisé une installation de trois tableaux de la reine de profil (profil retrouvé sur les monnaies) I want to look… et à côté toutes les prescriptions de chirurgie esthétiques sur une ordonnance fictive, en particulier rhinoplastie (on connait la citation « si le nez de Cléopâtre… » clic

Esmeralda Kosmatopoulos : I want to look like Cleopatra

Et pour finir une image de Cindy Sherman : Cléopâtre ou Méduse?

Georges De La Tour – Entre Ombre et Lumière – Musée Jacquemart André

Exposition temporaire prolongée jusqu’au 22 février 2026

George De La tour – Le Nouveau Né

Entre ombre et lumière on pense tout d’abord à Caravage, la vidéo de l’exposition préfère ténébrisme . La visiteuse s’amuse à chercher la source de lumière, est-ce une bougie cachée par la main de la femme qui fait écran, ou le nourrisson est-il l’enfant Jésus rayonnant de lui-même? J’aime beaucoup le visage doux de la mère. 

Ici la chandelle est bien présente, éclairant le livre de compte (soigneusement peint, j’ai vérifié) et comptant la monnaie. J’ai pensé sur place au tableau du Caravage à Saint Louis des Français : La vocation de Mathieu. Après examen,  ils sont bien différents.

Job raillé par sa femme

Plus spectaculaire encore l’éclairage par en dessous dans le Job raillé par sa femme. Et dans la femme à la puce, on devine la puce écrasée entre les ongles.

La Femme à la puce.

le Peintre des infortunés

j’ai aimé les représentations des misérables Mangeurs de pois

et le vielleur aveugle qu’il a peint tantôt avec sa sacoche, tantôt avec son chien

Le vielleur

Répliques et variations

montre deux versions de Saint Jérôme pénitent . Ici un autre jeu pour la visiteuse joueuse : jeu des 7 erreurs, le sujet plaisait puisque un tableau avait été commandé par Richelieu, et l’autre se trouve en Suède. Celui au chapeau rouge était-il destiné au cardinal? 

Apostolados

Vient toute une série de saints (deux saint Jacques, le majeur et le mineur) . Ces thèmes religieux m’attirent moins mais je me suis arrêtée longuement devant les deux tableaux de Saint Pierre repentant . Celui à la larme est bouleversant se tordant les mains.

Saint Pierre repentant à la larme

Autre repentante : Madeleine

Madeleine repentante

Georges de La Tour a peint de nombreuses toiles, il était célèbre en son temps. La Lorraine a vécu des années troublées avec la Guerre de Trente ans puis des épidémies dont il a d’ailleurs succombé en 1652. Le peintre est tombé dans l’oubli et seulement une quarantaine d’œuvres ont été retrouvée. On ne connait certains tableau que par des copies.

Encore une belle exposition, dommage qu’elle attire tant de foule!

 

1925 -2025 – Cent ans d’Art Déco au Musée des Arts Décoratifs

Exposition temporaire jusqu’au 26 avril 2026

Centenaire de l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels moderne de Paris 1925. Paris célèbre les Arts déco au MAD et à la cité de l’Architecture. Qui dit « arts déco » dit mobilier, mode, bijoux, accessoires pour la maison, mode…A la Cité de l’Architecture, plutôt pavillons de l’Exposition. Plus que jamais, architectes et décorateurs, ferronniers, verriers, stylistes ont travaillé de concert.

paravents en ferronnerie et robe assortie

L’exposition est très fournie, chacun.e y trouvera son trésor. Créations de bijoux prestigieux de Cartier éblouissants de diamants et de matériaux précieux (j’ai aimé le corail). Tissus et modèles de mode. 1000 objets promet le catalogue.

Grilles ferronnerie .Brandt Cherchez le paon et les baigneuses!

Il faut donc faire ses choix. Je vous présenterai uniquement mes préférés, au feeling, sans jugement de valeur. Effet de théâtre des paravents que j’aurais bien tous photographiés. 

paravent paysage

Les vases m’ont aussi beaucoup plu : Lalique, évidemment

vase avec les perruches

Tout un mur présente les motifs, colorés, géométriques, stylisés ou exubérants, tissus, papiers peints…

Quel tissu choisirez vous pour tapisser les fauteuils? Choix au Galeries Lafayette dans tous ces échantillons.

Grande sophistication des techniques et des matières parfois insolites comme le galuchat (peau de raie) de ce  chiffonnier anthropomorphe qualifiée de « Joconde »

Chiffonnier anthropomorphe

Laque avec des coquilles d’œufs, incrustation d’ivoire, broderies.

incrustation de nacre

Les meubles sont présentés dans des salons : salon de Nelly de Rothschild, décoré par Clément et Mère. Ou hôtel particulier de Jacques Doucet…

Coiffeuse toute en arrondi et en spirale

Une « Ambassade française » est meublée pour l’Exposition. plusieurs projets sont mis au concours.

Bureau de l’Ambassade

Il faudrait aussi citer les Artistes décorateurs les plus éminents comme Jacques-Emile Ruhlmann;Jean-Michel Frank ou Eileen Gray.

Il me faudrait aussi m’attarder sur l’Orient Express dont les wagons meublés sont reconstitués au rez de chaussée. Avec la vaisselle, les velours des sièges…

Enfin, je comprends comment Matatoune eu l’idée d’approfondir chaque motif chaque détail dans son calendrier de l’Avent. 24 articles pour présenter l’Art Déco. Chaque matin, j’attends son billet! CLIC Je la remercie encore de m’avoir donné quelques clés pour visiter cette exposition foisonnante.

Paris 1925 – l’Art Déco et ses architectes à la Cité de l’Architecture

Exposition temporaire jusqu’au 29 mars 2026

 

Le titre aurait dû être L’Exposition Internationale des arts décoratifs et industriels modernes à Paris 1925 . L’exposition de la Cité de l’Architecture se concentre sur cette Exposition Internationale et présente quelques pavillons réalisés par des architectes de renom. 150 pavillons dont une centaine français et de nombreux étrangers, l’Allemagne exclue, les USA empêchés. 

Jiriart Tribout Pavillon des Galeries Lafayette

Ces constructions se devaient être des créations originales et modernes. Plusieurs contraintes pesaient sur leur conception :les pavillons devaient être démontables, la hauteur imposée 5 m, et les arbres et la végétation ne devait subir aucun dégât.

MALLET STEVENS : pavillon des renseignements et du tourisme

Robert Mallet Stevens (1886-1945) a intégré les arts appliqués et  a travaillé en collaboration avec des sculpteurs, vitraillistes .

Albert Laprade – Pavillon eu magasin du Louvre

Albert Laprade a commencé sa carrière au Maroc, réalisé aussi le palais de la Porte Dorée. C’est un des premiers inventeurs des jardins contemporains

Le Corbusier (1887-1965) a construit le Pavillon de l’Esprit Nouveau avec un arbre inclus dans la terrasse-jardin (pas facile à photographier j’ai loupé la photo)

PERRET GRANET Théâtre de l’Exposition

Auguste, Gustave Perret et André Granet ont conçu un théâtre très épuré, très clair 

Favier décor pour le pavillon de l’Intransigeant

Favier et Brandt ont aussi fait des grilles pour la Porte d’Honneur de toute finesse

Favier et Brandt grilles

Il faudrait aussi citer Süe et Mare parmi les fondateurs de l’Art Déco ainsi que Marast qui a aussi imaginé l’église de Vincennes des Jardins, de conception méditerranéenne 

Exposition très pointue, pédagogique mais uniquement centrée sur l’Exposition. J’attendais aussi des constructions Art Nouveau dans les environs…

Ce qui se trame – Histoires tissées entre l’Inde et la France – Manufacture des Gobelins

Exposition temporaire jusqu’au 4 janvier 2026

 

Somptueux Kalamkari au cyprès et aux paons

Les textiles, cotonnades, indiennes voyagèrent de l’Inde à la France en nombreux allers-retours, influences s’entrepénétrant, comme chaîne et trame d’un tissage métissé. J’avais déjà vu ces influences à Orange à la présentation de la fabrique Wetter où étaient manufacturées des « indiennes » et au Musée de la Toile de Jouy.

L’Exposition « Ce qui se trame «  se déroule  sous  le patronage des Manufactures nationales, de l’Institut Français, de l’Ambassade de France en Inde mais aussi de Louboutin, directeur créatif de l’exposition, de la Maison Lesage Intérieurs et 19M, et enfin, du programme de résidences artistiques à la Villa Swatagam. 

L’Antichambre

La visite commence dans l‘Antichambre, exemple parfait de métissage : le mobilier, la cheminée et ses bûches, le lampadaires sont tapissée de cotonnade aux motifs et couleurs indiennes . Tendues, au-dessus de nos têtes, des lanières de tissu figurant la toile d’une tente moghole. Sur le mur d’entrée aux arcades indiennes on a tendu de la toile de Jouy aux motifs bucoliques, images de France…métissage inversé.

Nid contenant une tente moghole

Rouge indien, rouge voisin du corail et bleu de l’indigo, les couleurs indiennes de base. Le nid inversé sur un miroir où est posée une tente moghole est l’œuvre de Lesage, contemporaine et surprenante. 

madame de Pompadour et un caraco d’Indienne

Quand Madame de Pompadour faisait la mode à la Cour, l’indienne était de tous les accessoires, ici en caraco sur une jupe de coton. Le coton venait d’Inde.

Broderies de Sumakshi Singh

La salle suivante est blanche, blanche comme la dentelle d’Alençon, ou la mousseline brodée. Dentelle de France, broderie indienne, s’épousent s’échangent. Le blanc est la couleur de deuil en Inde. Une merveilleuse installation Blueprint of Before and After de Sumakhsi Sing CLIC est composée de très fines broderies sur des modèles végétaux, feuilles de lotus ou d’herbes aquatiques suspendues par des fils presque invisibles. Légèreté, transparence. Les broderies étaient sur un support que la brodeuse a dissous chimiquement pour qu’il ne reste que ces nervures. la disparition de la matière pour ne garder que le squelette correspond à ce thème du deuil. A la fragilité de la vie. Je suis revenue contempler cette oeuvre qui me plaisait beaucoup à la fin de la visite. De la fenêtre venait une lumière rose du coucher du soleil éclairant les motifs et leur donnant un aspect nouveau. 

au coucher du soleil la lumière rose colore les broderies de Sumakshi Singh

Rouges panneaux qui se répondent : tentures napoléoniennes de la salle du trône du Palais de  Versailles avec les pans  des tentes mogholes. Sari brodé, caftan contemporain.

Pan de tente moghole

et au plafond des fils d’or tendus d’un tissage d’une finesse évanescente tandis qu’au milieu de la salle Lakshmi Modhavan CLICa installé une 96 navettes de bois chargées de fil d’or sauf certaines contenant des cheveux noirs de son fils,  symbolisant la transmission de la tradition et de son savoir de tisseuse. Le tissage à la main de ces fils d’or est si fin que des mots se lisent par transparence EVERYBODY /ANYBODY/NOBODY:

Fil d’ors fins comme un cheveu et leur ombre portée

suspendus le Kalamkari au cyprès (voir ci-dessus) imprimé au bloc, découpé, appliqué sur un fin voile de coton puis rebrodé au point de chaînette pour dessiner les deux paons, deux tigres et des antilopes. 

motifs floraux garance et indigo

Des tissus indiens de légende comme le Chintz peint et teint à la main de délicate fleurs garance et indigo. Shantush si fin qu’il passe à travers un anneau, pashmina

Un escalier monumental conduit à l’étage : sur un écran un film montre les différentes façons de porter le sari. A Varanasi des pèlerins de toute condition vont vers le Gange, des jeunes élégantes le plissent, le replient, en font un voile ou une étole…

Défilé Haute couture

Nous sommes arrivées dans la salle du défilé Haute Couture où des couturiers européens ou indien ont interprété le thème du sari. La robe satin rose est de Christian Dior, The golden Ascendant de l’Indien Gaurav Gupta, la robe du soir d’Yves Saint Laurent. Tandis que Chanel est en organza orange (tunique et bermuda). Spectaculaires anneaux de saturne de Schiaparelli

Anneaux de Saturne de Schiaparelli

Le décor est une immense tapisserie à fond vert et motifs végétaux The flower we grew de Rithika Merchant, Chanakya, CLIC

motif de la tapisserie

réalisée pour le défilé de Christian Dior au Musée Rodin. Elle est composée de 37 panneaux et a nécessité 144000 heures de travail par 306 artisans.

la salle suivante est sur le thème « Sculpter le corps des femmes »

Made in India – Leila Alaoui

la photographe a réalisé les photographies des ouvrières du textile en faisant leur portrait en pied dans une cabine à fond noir. Elle a gagné leur confiance  puis monté 18 photographies de leurs mains ravagées par le travail manuel. (la Haute couture et le Luxe sont loin!)

Dans les sculptures du corps, une très dérangeante Vénus ouverte de Jeanne Vicérial CLIC

Un très grand panneau indigo clôture cette séquence. Indigo de l’Inde. Cascades de fils.

indigo

On entre dans la salle DENIM, denim, la toile des jeans, qui intégre la ville de Nîmes qui lui a donné son nom et l’indigo de l’Inde. Dans cette salle des poufs, canapés invitent à se poser pour regarder le film qui détaille les techniques de teinture au bloc, les broderies avec des paillettes, des perles, les incrustations….

Et pour terminer un retour à la Manufacture de Gobelins avec la grande tapisserie du Corbusier. Le Corbusier a dessiné la ville futuriste de Chandigarth en Inde. 

en conclusion : une exposition merveilleuse qui ne restera que jusqu’au 4 janvier. Courrez aux Gobelins!

Berthe Weill 1865 – 1951 -La petite galeriste des grands artistes – Marianne Le Morvan

EN REVENANT DE L’EXPO DE L’ORANGERIE

J’ai parfois un gros coup de cœur pour un personnage découvert lors d’une exposition. Une découverte! Je n’avais jamais entendu parler de la galériste. Et je n’avais plus envie de la quitter sans mieux la connaître.

Disponible sur Kindle, j’ai téléchargé la biographie que lui a consacré Marianne Le Morvan. Elle est la Directrice et fondatrice des archives de Berthe Weill, elle a aussi été une des commissaires de l’exposition de l’Orangerie. La moitié du livre contient des annexes, bibliographie, liste  et chronologie des expositions que Berthe Weill a organisé, préfaciers des catalogues etc… Du sérieux, une mine pour les chercheurs en histoire de l’art (que j’ai zappé). 

Donc courte biographie qui se lit très vite et avec beaucoup de plaisir.

Kars Portrait de Mademoiselle Berthe

Des illustrations, Montmartre 1900, bals masqués, dessin de Picasso. Des correspondances : lettres  de Dufy qui l’a surnommée « La petite mère Weill »(la petite merveille), lettres de Berthe Weill à Picasso, des extraits de textes très amusants de Berthe Weill dans diverses occasions. Et plein de détails sur la vie des artistes à leurs débuts, à Montmartre.

Elle répond aussi à mes interrogations : comment a-t-elle pu être oubliée? Pourquoi ne s’est-elle pas enrichie?

Maintenant, il ne me reste plus que de lire Pan!… dans l’Oeil que la Galériste a publié en 1933. 

Vous pouvez aussi écouter les podcasts de RadioFrance : CLIC

Et CLIC

Berthe Weill, Galeriste d’avant-garde à l’Orangerie

Exposition temporaire jusqu’au 26 janvier 2026

Georges Kars : Portrait de Berthe Weill (1933)

Deux bonnes raisons d’aller à l’Orangerie voir cette exposition :

  • voir de la belle peinture, : toute une rétrospective des meilleurs artistes de la première moitié du XXème siècle : de Picasso à Chagall, en passant par Dufy, Derain, Modigliani et j’en oublie…
  • Dufy – Trente ans ou la Vie en Rose. A l’occasion des 30 ans de la Galerie B Weill

Faire une très belle rencontre avec une personnalité très originale de l’histoire de l’Art : une femme  juive d’origine modeste qui a eu l’audace d’ouvrir une galerie de peinture sans fortune ni grand nom et dès 1898, d’exposer le tableau Zola aux outrages de De groux. Elle a eu le flair de découvrir Picasso à son arrivée à Paris et être la première à vendre ses tableaux, qui a organisé une rétrospective Modigliani en 1917, la seule avant la mort de l’artiste. Elle  a exposé des styles aussi différents que les Fauves, les Cubistes, les peintres cosmopolites de l’Ecole de Paris. Féministe, elle a défendu des femmes que les critiques hommes faisaient mine d’ignorer, entre autres Suzanne Valadon.

J’achète les trois premiers Picasso

Picasso : La Chambre bleue(1901)

les Picasso sont en très bonne compagnie avec une nature morte de  Matisse et la clownesse de Toulouse-Lautrec. 

Meta Vaux Warrick Fuller
Les Malheurs

Je découvre la sculptrice Meta Vaux Warrick Fuller afro-américaine venue compléter sa formation à Paris qui subit de retour aux Etats Unis de nombreux rejets du fait des préjudices raciaux. Autre découverte pour moi Paco Durrio avec de très beaux bijoux en métal : boucle de ceinture, broche…

Notre Dame des Fauves

La seconde salle montre côte à côte un beau Metzinger – Champ de pavots à côté du paysage aux vaches de Delaunay. Voisinent aussi des Marquet et Dufy, ainsi que le magnifique Pont de Charing Cross de Derain

Delaunay : Le Paysage aux vaches

j’ai aussi bien aimé le cultivateur de De Vlaminck et le Restaurant de la machine à Bougival éclatant de couleurs

De Vlaminck – Le cultivateur

Moins connu Béla Czobel qu’elle expose en 1908

 

Bélà Czobel – L’homme au chapeau de paille.

Deux tableaux spectaculaires de Raoul de Mathan rappellent encore l’Affaire Dreyfus =. le peintre a assisté en 1899 au procès et peint deux toiles en écho : La cour d’Assise et le Cirque

Raoul de Mathan – La cour D’Assise

« Le cubisme soulève les passions » 

André Lhote – Port de Bordeaux.

Sa galerie les expose : Gleizes, Metzinger, Fernand Léger, Lhote. J’ai aimé aussi la tour Eiffel de Diego Rivera (mais je ne peux pas tout montrer). 

« mais qu’ont-ils donc ces nus? »

Modigliani – Nu au collier de corail

Quatre nus de Modigliani font scandale, le commissaire de police demande de les retirer à cause des poils pubiens pour « outrage à la pudeur ».

Groupe plus éclectique

Montre des artistes cosmopolites comme Pascin

Pascin – Portrait de Madame Pascin (Hermine David)

Sans oublier que Madame Pascin était aussi une artiste reconnue, dont quatre dessins sont exposés. Chagall, avec une cage à oiseaux. 

Féministe?

Berthe Weill peinte par Emilie Charmy

Berthe Weill découvre Emilie Charmy en 1905. Leur amitié perdurera à travers les années et c’est cette dernière qui abritera Berthe pendant les persécutions antisémites nazie et prendra la galerie à son nom quand il sera interdit aux juifs de tenir des commerces. 

Portrait d’Emilie Charmy par Pierre Girieud

 

Monet/Sécheret – Dialogues inattendus à Marmottan

PAYSAGES D’EAU/TROUVILLE

Le Musée Marmottan Monet invite des artistes contemporains à dialoguer avec les œuvres de Monet. Sécheret (né en 1957) qui peint souvent à

Trouville a fait se rencontrer deux tableaux de Monet : Camille à la plage et Sur la plage de Trouville avec une collection de ses œuvres

Cherchez Camille!

En face de cet accrochage, plusieurs grands tableaux avec les Roches Noires au premier plan montrent la lumière changeante de Normandie, les nuages toujours différents et à l’horizon Le Havre et ses installations portuaires

Plage de Trouville

j’ai beaucoup aimé cette découverte!