Merci à Babélio, dans le cadre de la Masse Critique et aux éditions Tertium de m’avoir fait découvrir cet ouvrage.
L’auteur, Journaliste à Libération, correspondante à Jérusalem de 2000 à 2003, nous livre son témoignages sur cette période où se déroula la Deuxième Intifada(septembre 2000), la construction du mur de séparation et les années suivantes. Pendant cette première décennie on a assisté à la disparition des témoins majeurs : Arafat (2004) et Ariel Sharon(2006- coma, 2014 décès), l’affaiblissement du Travaillisme israélien. Dans son livre, on évoque encore le processus de paix, le siège de Ramallah. L’auteur, journaliste rencontre des personnalités intéressantes. Elle se déplace dans le cadre de ses reportages dans les camps palestiniens comme dans les colonies israéliennes.
Cependant le petit livre de 125 pages n’est pas un livre d’histoire. L’auteure livre ses impressions plutôt qu’une analyse politique structurée.
Ce n’est pas non plus un portrait littéraire de la ville, ni le regard d’un promeneur. Peu de descriptions, si on connaît la ville, on reconnaît les quartiers,les rues , mais les indications sont plutôt vagues.
En revanche, on fait des rencontres sympathiques : Batya Gour, Zeruya Shalev, Michel Warschawski et Marek Halter…
Un petit livre sympathique pour passer une soirée à Jérusalem!
J’étais très curieuse de lire ces notes (pas d’effets de style, des notes). Préparation de Salambô? du 12 avril 1858 au 12 juin, Flaubert note ses observations, ses rencontres, ses impressions, des anecdotes de l’Algérie où il débarque et à travers la Tunisie.
Il ne s’attarde pas plus que cela à Carthage qu’il nomme Saint Louis mais y rédige ses notes au clair de lune:
« Jeudi 7 mai – Notes prises au clair de lune – lever du soleil, vu de Saint-Louis : d’abord deux taches, celles du jour levant, à droite ; la lune sur la mer à droite ; le ciel un peu après devient vert très pâle et la mer blanchit sous le reflet de cette grande bande vague, tandis que la tache que fait la lune sur la mer se salit; La bande vert d’eau fagne dans le nord, la mer s’étend orange pâle ; il n’y a plus que très peu d’étoiles, fort espacées ; toute la partie Sud et Ouest de Carthage est dans une blancheur brumeuse,la praire de Ta Goulette se distingue ; les deux ports, les montagnes violet noir très pâle, estompée de gris, le Cobus est plus distinct ; quelques petits nuages dans la partie blanche du ciel, au dessus de la bande orange... »
Les notes concernant Ariana qu’il a trouvée charmante m’ont amusée : c’est maintenant une ville champignon satellite de Tunis.
Porto Farina – Ghar MelehGhar el Melh vieux port
J’y reviendrai quand je rédigerai mes carnet à propos de Ghar Meleh qui’l appelle Porto Farina, d’Ichkeul et de ses buffles, et la montagne de Zaghouan très présente dans ses descriptions.
Sa description de Bizerte qu’il compare à Venise me fait regretter de n’y être pas allée alors que cette visite figurait dans notre programme !
A lire et à relire! Même si Salambô n’est pas encore née!
C’est une des plus belles invitations à la lecture. Lire dans une ville assiégée, bombardée pendant des mois, résister à la propagande de Bachar comme à celle de Daech. Lire pour rester humain. Lire pour échanger.
Ce livre, un témoignage presque direct : Delphine Minoui, n’a pas obtenu de visa de presse pour rencontrer les jeunes de Daraya qui ont sauvé les livres dans les maisons bombardées, les ont réparés, classés, rassemblés dans une bibliothèque. Par Skype, Whatsapp et les réseaux sociaux, elle a gardé le contact avec Ustez, le professeur, le mentor des plus jeunes, avec Omar, le combattant qui se voulait pacifiste, Ahmad, un des bibliothécaires, ou Shadi, le vidéaste…elle leur a servi de plume alors qu’ils étaient enfermés, assiégés pendant 4 ans.
Et que lisaient ils? presque tout, aussi bien les écrits anciens d’Ibn Kaldoun, que des livres américains de développement personnels comme les Sept Habitudes , livres de psychologie qui étaient des manuels de survie. De la poésie aussi Mahmoud Darwich est le plus souvent évoqué.
On pense à la bibliothèque de Bagdad détruite par les Mongols, aux autodafés de Berlin, à Fahrenheit 451…
Le début du livre est enthousiasmant, la suite est à pleurer. Daraya, après la Révolution de 2011, se voulait démocrate et modérée, elle a été la cible de Bachar et des Russes peut être plus que les milices islamistes et Daech. La missive que les femmes de Daraya au Président Hollande fut écrite un certain 14 Juillet alors qu’à Nice il y avait un carnage….Rien n’a été épargné à Daraya, ni les armes chimiques, ni le napalm, pour finalement être évacuée en Aout 2016.
On m’a prêté ce livre avec la consigne de le faire circuler et lire, je m’exécute bien volontiers.
Exposition importante couvrant 2000 ans d’histoire et tout le Moyen Orient, de l’Egypte à l’Anatolie, du Liban à l’Arménie……réunissant des pièces d’une valeur inestimables, certaines prêtée par des communautés et couvents. Grande variété aussi des objets, mosaïques et chapiteaux, icônes, manuscrits et textiles sans oublier les photographies et même des films…Chacun y trouvera ce qu’il cherche.
Bible arménienne enluminée
Pièces antiques des premiers chrétiens et objets liturgiques. Une étude très exhaustive présente les courants du christianisme avec les influences, les conciles, les théories qui les différencient: christianisme alexandrin, nestorien, arménien, melkite, maronite…. La naissance du monachisme, des stylites aux monastères du désert égyptien occupe une salle entière.
icône
Après la Conquête Musulmane au 7ème siècle, les Croisades au 11ème, et la Constitution de l’empire Ottoman, les influences se mêlent, les cultures s’hybrident, se répondent. Les objets s’échangent : objets de la vie quotidienne fabriqués par les artisans chrétiens pour les dignitaires musulmans, ou gravure des commerçants turcs à la Foire de Beaucaire.
maquette des lieux saints à destination des pélerins
Une Bible polyglotte en sept langues, imprimée à Paris par l’orientaliste Savay de Brèves, ambassadeur à Constantinople 1591-1614 – publiée de 1620 à 1645 permettait aux érudits de comparer la version hébraïque du texte sacré à sa traduction grecque, syriaque, copte, araméenne….J’ai été aussi très impressionnée par la lettre de Soliman à François 1er accordant les capitulations.
Détail du rideau d’autel en coton de madras
Un rideau d’autel de la chapelle arménienne de Jérusalem est en coton de Madras, venant d’Inde, illustrant le rôle des chrétiens dans le négoce des textiles dans la région et surtout à Alep…
Difficile de ne pas évoquer dans l’histoire récente, les persécutions : le Génocide Arménien ainsi que les massacres des Syro-Chaldéens au début du 20ème siècle. Une exposition photo des Pénélopes, femmes attendant un mari, un fils disparus, un film libanais…
J’ai découvert Charif Majdalani avecCaravansérail qui m’avait beaucoup plu. j’avais lu aussi le Dernier Seigneur de Marsad, et la Villa des Femmes avec grand intérêt et grand plaisir. J’ai donc téléchargé L’empereur à pied dès sa sortie.
Cette saga s’étale sur près de deux siècles et 7 générations. Elle raconte comment l’Empereur, Khandjar Jbeili, arrivé à pied dans la montagne libanaise avec ses trois fils, a bâti d’abord sa richesse et son pouvoir en défrichant des terres escarpées, construisant des terrasses, introduisant la culture du mûrier et s’imposant au seigneur de la montagne comme collecteur d’impôt. Beaucoup de travail, du charisme et des alliances, de la violence aussi pour se hisser à une position sociale enviable.
Il n’est pas question de morceler le domaine, ni de partager les richesses. L’héritage devra rester indivis. Seul l’aîné pourra se marier et transmettre les affaires à son aîné!L’ainé fera donc fructifier la fortune. Le cadet sera condamné à servir son frère, ou à s’évader dans des expéditions lointaines et aventureuses.
Charif Madjalani est un merveilleux conteur.
Son récit sera donc double, ascension de cette famille à la grande bourgeoisie chrétienne libanaise, propriétaires terriens mais ensuite commerçants et finalement affairistes. On verra descendre de la montagne les descendants de Khandjar Jbeili , s’installer dans un véritable palais jusque à ce que la guerre civile ne les en déloge. La période de la guerre civile est magnifiquement racontée et analysée. On verra leur mode de vie encore féodal jusqu’à la fin du 20ème siècle.
En parallèle, les aventures des cadets, les conduisent sur des itinéraires rocambolesques. Zeid, parti cherché fortune en Amérique, après une étape vénitienne, se fixera au Mexique dans le redoutable Sonora où il s’imposera par son charme et par la violence.
Chehab, son cousin, fera route vers l’Orient, sur la route de la Soie, à la poursuite d’un général russe blanc, l‘Ataman Premerguine et son armée fantôme traînant un trésor de porcelaines fines ornées de roses et d’oeufs Fabergé.
Naufal, le poète lettré, ira à la recherche d’un tableau perdu. Cette recherche le mènera à Venise, mais aussi à Dubrovnik, à Kotor et finalement il se lie avec un journaliste américain qui veut faire un reportage sur le Commandant Markos, sur le Mont Gramos, avec l’ELAS dans la guerre civile grecque en 1948.
Ce roman en 6 parties distinctes est un peu hétérogène, mélange de Caravansérail – pour les aventures lointaines et du dernier Seigneur de Marsad pour les épisodes libanais. Si l’effet de surprise n’est plus présent pour moi, le plaisir de lire un conte oriental est toujours très vif. Le dernier chapitre « en attendant les ogres » traite de l’évolution récente du Liban, de corruption, d’affairisme et de projets immobiliers m’a beaucoup intéressée.
Merci à Babélioet aux éditions Gallimardpour ce livre que j’ai lu d’un trait, tant que c’est possible pour un pavé de 685 pages !
Orhan Pamukest un auteur que je lis volontiers.
Toutefois, le titre, un peu bizarre, ne m ‘aurait peut être pas attirée. Le sous-titre est beaucoup plus explicite :
La vie, les aventures du marchand de boza
et
l’histoire de ses amis et tableau de la vie à Istanbul entre 1969 et 2012 vue par les yeux de nombreux personnages
Présenté ainsi, le livre correspond à toutes mes attentes, et ne m’a pas déçue.
Ce livre choral met en scène une famille : deux frères arrivent d’un village d’Anatolie dans le début des années soixante, à Istanbul pour chercher fortune en vendant du yaourt et de la boza. Leurs fils, trois cousins, tombent amoureux des trois filles d’un marchand de yaourt revenu dans leur village….années d’apprentissage , service militaire, mariages….Amours agitées, enlèvements ou fugues. Les mariages arrangés sont-ils plus heureux que les mariages d’amour? La jeune fille qui porte foulard est elle plus sage? Pendant une quarantaine d’année la famille s’agrandit, des enfants naissent en ville, s’éloignent du village, mais la communauté reste soudée. La solidarité des anciens villageois reste très forte.
Pamuk raconte la vie du peuple des marchands des rues venus de leur village d’Anatolie chercher fortune en vendant du yaourt le jour et de laboza le soir. De bonne jambes, une perche et des plateaux pour livrer jusque dans les cuisines des client, la marchandise fraîche. De la psychologie aussi, un bon vendeur doit savoir bavarder, se mettre en valeur.
Au fil de la saga la vie quotidienne se transforme, les marchands des rues subissent la concurrence des produits transformés par l’industrie agroalimentaire. Les yaourts sont conditionnés dans des pots, les glaces se vendent partout dans des congélateurs et Mevlut doit renoncer à fabriquer et vendre ses glaces artisanales..Les autorités font aussi la chasse aux vendeurs de rue. La charrette où il vendait du pilaf aux pois chiches est saisie et détruite….
Certains villageois ont quitté le commerce des rues pour celui, beaucoup plus lucratif, de la construction immobilière, de la spéculation des titres de propriété, devenant des personnages considérables qui s’entouraient d’associés, cherchant des appuis politiques ou religieux.
C’est aussi le récit de la construction des quartiers périphériques d’Istanbul, les villageois s’installaient sur des terrains inoccupés, sans titre de propriété, construisaient une cabane, puis une maison de parpaing qui, au fil du temps s’élevait sur plusieurs étages….en 2012, sur ces collines on construit des tours de 20 étages.
Mevlut et son père, arpentaient tous les quartiers de la ville. Le lecteur les suit dans leur course quotidienne. Au fil des années le centre de la ville se modifie. Les immeubles où vivaient les Grecs chassés en 1964 puis avec la guerre à Chypre, se dégradent, une nouvelle population remplace Grecs, Arméniens et Syriaques. En 1999, le séisme met dehors les habitants. Ce sont 40 ans d’histoire turque qui défilent.
« Mevlut se rappela que cette vue sur la ville était exactement celle qu’il avait observée du sommet de la colline lorsqu’il était arrivéà Kültepe. D’ici, il y a quarante cinq ans on apercevait les usines, les autres collines qui se couvraient rapidement de bidonvilles du bas vers le haut. A présent Mevlut ne voyait plus qu’un mer d’immeubles de hauteurs diverses?-…. »
La richesse de ce livre tient dans les détails : on assiste à la fabrication de la boza, du pilaf. On imagine les odeurs, les saveurs, les cris des marchands de rue. On entre dans les intérieurs des héros du livre mais aussi des clients. Pamuk fait vivre tout un monde au quotidien.
C’est une histoire vraie, celle de Muhammad Assaf qui a gagné le télé crochet Arab Idol après s’être enfui clandestinement de Gaza en 2012 et qui est devenu ambassadeur des Arts et de la culture de l’Unesco. Lire lCI C’est un de ces rêves que nourrit la télévision, on pense à Slumdog Millionnaire. Le metteur en scène Hany Abu-Assad aime filmer – et filme très bien – les courses des enfants, déjà dans Omar, le héros courait vite.
Dans la première partie, 4 enfants courent à travers Gaza, dans les ruelles, de toits en toit, rattrapant même un homme à vélo. 4 amis qui veulent former un groupe musical et qui n’ont que des bidons …mais Nour est exigeante, sous sa casquette à l’envers, Nour est une fille, cela ne se voit au début. C’est elle qui rêve de matériel professionnel et qui motivera les garçons, le chanteur c’est son frère Muhammad. Cette première partie du film, en 1905, est une réussite totale, rythme, action, musique et drame. La seconde, 2012 dans Gaza en ruine raconte le concours. Elle inclut les véritables images du concours, le triomphe de Muhammad Assaf après ses épreuves pour rejoindre le Caire. Elle montre les ruines, l’évolution de Gaza. un des amis du groupe, devenu barbu veut interdire la musique. Laissera-t-il son ami passer la frontière?
« El Kouds », dit l’Arabe portant la main au front;
Le Grec cherchant le Christ, « Hyerosolyma » ;
« Yerouchalaïm » te nommons nous, fils prodigues de Sem ;
mais les jeunes peuples te saluent, ceinte d tes remparts,
D’un rayonnant « Jerusalem »
Arnold Zweig (1887-1968) en butte à l’antisémitisme du Reich émigra en Palestine dans les années 1930. Après la Seconde guerre mondiale il préféra construire le socialisme en RDA où il fut un écrivain reconnu.
Le sort s’est acharné sur son ouvrage Un Meurtre à Jérusalem écrit à Jérusalem, : publié en Allemagne en décembre 1932, il fut saisi dès avril 1933 pour être brûlé et passa donc inaperçu à sa parution. Ce n’est qu’en 1956, en RDA qu’il fut réédité mais défiguré par la censure communiste. Il ne put être publié dans son intégralité qu’en 1994. C’est pourtant un livre remarquable qui mérite de sortir de l’inconnu.
Roman policiercomme le suggère le titre? Certes, il y a une victime, le poète De Vriendt, qui a abandonné le sionisme pour l’orthodoxie. Il y a un policier, Irmin, des services secrets de sa Majesté, qui cherchera le coupable par devoir et aussi par amitié.
Roman historique : le meurtre a lieu à la veille des émeutes en Palestine 1929 qui ont fait 133 victimes juives et 110 arabes.
Jaffa street during the 1929 disturbances
Roman politique : toutes les composantes de la politique sont ici analysées avec beaucoup de précision.
Les britanniques ont Mandat sur la Palestine, et maintiennent l’ordre avec un minimum de troupes, jouant des rivalités entre juifs et arabes., n’intervenant que fort peu dans les émeutes pour protéger les Juifs.
On assiste à la réunion des cheikhs et des dignitaires arabes, véritable tableau. Les fellahs dépossédés bien par les propriétaires terriens qui vendent leurs terres, ne sont pas oubliés.
La communauté juive est encore plus hétéroclite, religieux agoudistes et sionistes s’opposent .Les juifs orthodoxes sont prêts à composer avec les dignitaires arabes pour limiter le pouvoir des sionistes. Même parmi les sionistes on distingue, les socialistes, ouvriers et kibboutznikim, et les nationalistes d’une part. Russes et Allemands ont des réactions différentes…sans parler des communistes qui prônent l’unité des travailleurs arabes ou juifs. Des discussions sans fin analysent toutes ces nuances et font ressortir les différences.
Roman philosophique le poète, De Vriendt est un personnage complexe. Pour certains, orthodoxes, c’est un dévot. Sa relation homosexuelle avec le jeune Seoud à qui il prodigue des cours le comble et le fait douter. Ses poème peuvent apparaître comme des blasphèmes
En vérité, c’est Toi le Prince des Ténèbres
Toi qui quand je suis né, m’as condamné à mort,
et lorsque grimaçant, je girai dans ma tombe,
De quel secours sera que Tu sois éternel
Qui a tué De Vriendt? Est-ce un crime d’honneur de la famille de Seoud, Irmin, le policier britannique l’avait averti de la menace. Est-ce un crime de rôdeur, de voleur, des arabes bien sûr, les voleurs ne pourraient être juifs, « sauf peut être au Kurdistan? ». Est-ce un crime politique, des jeunes nationalistes ne peuvent lui pardonner sa trahison, puisqu’il s’oppose aux sionistes, prêt à s’allier au Mufti… Un terrorisme juif s’attaquant à des Juifs paraît inconcevable, et pourtant….
C’est en tout cas un roman fort bien écrit. Chaque chapitre est un véritable tableau, décor personnages sont décrits avec soin et précision. le décor n’est jamais oublié, ni le climat, chaleur oppressante de la journée, recherche de la fraîcheur…. ni la nature. Ode magnifique aux paysages, montagnes de Jérusalem, Mer Morte, Carmel….
Le récit des émeutes est saisissant, vues par les juifs religieux comme un pogrom, par l’anglais, avec un certain flegmatisme, occasion de bravoure par les jeunes nationalistes, aussi fraternisations inattendues entre Juifs et arabes qui entretiennent des relations de bon voisinage. Humour et ironie ne sont pas absent même dans les moments tragique, comme ces protestations américaines qui réclament des navires de guerre britanniques dans « la rade de Jérusalem »…
Nous suivons Wassef jusqu’à la station service. Il fonce. Nous le perdons vite. Passons encore deux postes de police. On devine les montagnes jordaniennes à contre-jour. Après l’aéroport d’Aqaba, on distingue très bien la frontière : le grillage et du côté israélien les cultures irriguées très verte. Côté jordanien, cailloutis et acacias africains, à droite la montagne très aride.
Les tamaris en buissons poussent sur les premières dunes de sable clair, dans les creux les arbres sont très verts.
Rahma : une oasis avec des palmiers, des serres et des eucalyptus protégeant des vergers.
Les camions chargés de potasse vont à notre rencontre. On nous avait fait peur décrivant une route étroite, sans bas côté. Certes, c’est une deux-voies et pas une autoroute comme la Desert Highway, mais on se croise très bien.
Après Rahma, retour des dunes, très belles. En face, côté Israélien, les cultures irriguées sont bien vertes. La plaine de l’Araba s’élargit, les montagnes s’éloignent. Des chameaux paissent librement dans les dunes ; le sable empâte les reliefs.
Le vent soulève le sable. Nous roulons dans un brouillard jaune. Deux petits cars surgissent en face ; on ne les avait pas vus arriver. Heureusement, ce n’est qu’une alerte, pas une vraie tempête de sable.
voila les dromadaires sur la route!
Après le barrage Basaga, une palmeraie, des serres. Puis on retrouve le désert de cailloutis.
Appels de phare : dromadaires sur la route !
La brume de chaleur a complètement avalé les sommets. De l’autre côté de la frontière toute proche on voit les voitures circuler. Après la route vers la Réserve de Dana, des villages et des cultures maraîchères : oignons, pastèques, courgettes, aubergines…mûrissent à la chaleur . Le thermomètre de la voiture marque 31°C.
Le musée du point le plus bas du globe
Le musée du point le plus bas du globe
Un peu à l’écart de la route, le bâtiment de pierre s’enroule un pue à la manière des loges d’une ammonite, le Musée à thème géologique est plutôt un musée historique. Les premiers peuples établis dans la région entre 13.000 et 10.000 ans étaient des agriculteurs ayant domestiqué les animaux< ; Dans les vitrines, des meules et mortiers de basaltes ainsi que de petites flèches, des aiguilles pour coudre le cuir en silex avec des perles de pierres colorées.
Au Néolithique (_5000ans) âge de Bronze, se déroulaient déjà des cérémonies funéraires. De nombreuses poteries datent de cette époque.
– 3500ans âge de fer, les habitants sont les Moabites
Ensuite les Nabatéens , par la route romaine passant dans l’Araba. On y cultivait les palmiers pour les dattes et ils exportaient du sel et du bitume.
le puzzle des archéologues
En 1988, on découvrit la « cave de Lot », un monastère (573-605-691 après JC). Dans la basilique à 3 nefs on a mis à jour des mosaïques. Divers objets trouvés au monastère se trouvent au musée dont un balai en feuille de palmier, bien humble qui m’a touchée. Une corde m’a fait penser aux monastères grecs perchés en haut d’une falaise. Des tissus luxueux montrent que le monastère jouissait d’une certaine richesse. Les lampes à huile étaient délicieusement décorées. Au bout du hall d’exposition dans les laboratoires, les archéologues travaillent ; Certains reconstituent le puzzle géant de la mosaïque du monastère. Ils ont coulé du plâtre à l’envers des tesselles et tentent d’emboîter les pièces. Comme pour n’importe quel puzzle ils ont commencé par les frises des bordures. Au centre dans u n médaillon il y a un texte en grec, des oiseaux, des plantes. Le travail des archéologues me fascine.
Dans les environs se trouvent d’autres chantiers de fouille dont celle d’une sucrerie à Mazara-as-Safi et Fifa de la période Ayyoubide et mamelouke (12-13ème siècle), on cultivait aux alentours de la canne à sucre ; occasion de rappeler une courte histoire du sucre connu en Asie depuis plus de 2500ans. Le secret de fabrication fut bien gardé par les Arabes et rapporté en Europe par les Croisés
les citernes du monastère de saint Lot
Nous montons au monastère, la route est carrossable jusqu’à l’escalier qui monte à l’église . A la sortie du Musée il fait très chaud (34°C). Les œufs durs pris au petit déjeuner ne nous tentent pas. Dominique fait cadeau de toutes nos provisions et de deux bouteilles d’eau au gardien de la « cave of Lot » pendant que je monte l’escalier. C’est un escalier bine cimenté au muret de galets n a collé une plaque : « point le plus bas du globe vous êtes sur le rift Africain, les roches sont très anciennes Précambrien ». Une structure métallique protège le monastère particulièrement bien conservé ; L’église est construite sur trois niveaux, la nef en bas encadrée de colonnes, plus haut une estrade au fond le chœur. La mosaïque a été déposée au Musée. Le plus intéressant est à côté du monastère : la citerne 17x7m avec une profondeur de 10m couverte de troncs de palmiers pour réduire l’évaporation et revêtu de ciment hydraulique ; tout un système de canalisation approvisionnait cette citerne de 880.000 l suffisant pour une petite communauté pendant plusieurs mois.
lampe à huile du monastère
Il nous faut donc chercher un restaurant. Dans la ville minière rien. Sur le bord de la route au village suivant nous nous arrêtons devant le premier boui -boui « Turkish restaurant » : dans une rôtissoire tournent des poulets, sur un grand barbecue grille une brochette de tomates cerises. Nous commandons un « kebab » une saucisse d’agneau haché est grillée, enveloppée dans un pain très fin d’au moins 35cm de diamètre tartiné d’une sauce rouge (tomate, pas harissa, j’ai eu des frayeurs) puis garnie avec de la salade hachée et des oignons. Le tout enroulé passe à nouveau au barbecue pour rendre la pâte plus croustillante, servi avec des variantes, carottes au vinaigre, gros cornichon malossol dans une barquette en polystyrène. Pas de couverts. J’ai quelques doutes sur la propreté de la salade. Comme nous rentrons demain en France, on verra bien ! (on n’a rien vu et bien digéré).
la Mer Morte s’évapore
Nous passons devant une usine de Potasse et une autre de Brome. Autour du Potash Township. La paysage est lunaire exploité, puis raviné. Je ne sais pas faire la part de l’exploitation industrielle des sels de la Mer Morte et de l’évaporation physique (disparition de la mer).Les grandes tranchées visibles de la route correspondent –elles à l’extraction ? après les deux grandes usines , la mer se manifeste sous la forme d’un rectangle vert puis bleu hérissé de vaguelettes blanches.
La route longe ensuite en corniche la Mer Morte, bleue profond, qui pourrait aussi bien être un océan puisque la rive d’en face est invisible.
Sur un parking, un petit bazar vend des bouées et des ballons. Une plage accessible imprévue nous tente. La descente est introuvable. Sous une grande tente, on a installé des fauteuils Voltaire et des canapés recouvert de velours et de brocards comme dans un salon d’une maison bourgeoise. Deux touristes français nous laissent la meilleure place, surplombant la mer, encadrée par des lauriers roses fleuris. Le café turc est excellent (3JD quand même) . Nous ne sommes pas pressées d’arriver à Amman. Nous faisons durer la pause ; en dessous de nous des américains flottent. Je vis maintenant le raidillon mais il fait tellement chaud (34°)que je n’ai pas le courage de descendre et surtout de remonter toute salée.
Nous reconnaissons la route à partir du « complexe panoramique » prise pour rejoindre Madaba par un matin plus clair. La brume s’épaissit ; le ciel devient franchement gris quand on amorce la remontée dans les collines derrière les camions.
Sur les bords de la route, les maraîchers vendent les primeurs des bords de la Mer Morte. Tomates, courgettes, melons et même pastèques. Les camions de légume sont peints à la main de motifs géométriques.
Le GPS nous conduit à Zahran Street sans encombre. Nous rentrons « chez nous » accueillies chaleureusement par Omar de Wadi Rum qui prend en main le check-in comme il avait fait au campement.
Mensaf et boites de pâtisserie chez Jabri.
Le grand rangement occupera une partie de la soirée. Vestes, chaussures et sacs qui traînaient dans le coffre de notre grande Hyundai Elantra doivent impérativement entrer dans les valises. Il faut retirer de ma valise cabine tous les objets indésirables. !Retour dans le monde des actualités avec la BBC. Finalement mes 15 jours « sans écran » se sont bien passés.
Avant de quitter le camp, Dominique a demandé la provenance des tentes : est-ce de la laine bédouine ? Non, tout vient prédécoupé de Syrie, les coussins, les tapis, seul le montage se fait en Jordanie !
De grosses gouttes de pluie s’écrasent sur le pare-brise. J’aurais aimé voir les rocher ruisseler en cascades, aucune chance aujourd’hui.
Sur la Desert Highway, il y a un immense parking à camions avec même une mosquée verte. Nous entrons dans la zone franche d’Aqaba, on passe un poste de douane, il faut montrer les passeports.
La géologie a changé, le granite du socle est à nu. Il est découpé par des filons colorés rouge, noirs ou vert foncé qui s’entrecroisent et se recoupent. Il se débite en boules rondes – classique – L’autoroute court près d’un oued ; Le train en parallèle sur un remblai. Justement deux locomotives oranges tirent une trentaine de wagons de minerai. Omar, le guide, nous a donné les indication pour trouver l’hôtel Raed : demander le Restaurant Captain bien connu, c’est en face.
Réception charmante. Notre chambre a une vue sur la mer, tout le confort, très vaste. U n décor, blanc violet, un grand frigo, une petite table carrée et deux fauteuils confortables.
10h30, nous sommes prêtes pour la plage. Pas de visites culturelles prévues : la Mer Rouge et ses coraux ! L’hôtel Raedvend les tickets d’une plage privée La Plage Bérénice qui 14km après la sortie de la ville, du côté de l’Arabie.
Bougainvillées
La Plage Bérénice est un complexe balnéaire de luxe avec une entrée sécurisée. Après la fouille des sacs on nous donne un grand et lourd drap de bain en éponge. Nous empruntons des allées fleuries de bougainvillées, verbena, plumbago et passons devant trois piscines, une mini-piscine pour les enfants, une belle piscine ovale à débordement en face du restaurant et une troisième pour s’exercer à la plongée. Il y a également une belle boutique, un centre de plongée.
Eilat en face d’Aqaba
Sur la plage, sous de grands parasols, il y a des lits en plastique garnis de matelas confortables. Le sable est plutôt du gravier rose, rose et blanc, granite et débris de coraux. Je me trempe d’abord en face de nos lits de plage, pieds nus. A peine suis-je entrée dans l’eau que je tombe sur les coraux. Ils sont au ras de l’eau à 4 ou 5 m du bord colorés, jaune, verts, bleus….Attention à ne pas les heurter ! Je sors avec des égratignures sur la cuisse et décide donc d’utiliser les escaliers du ponton qui descendent en eau plus profonde et de prendre mon masque. Avec le masque, je découvre les oursins qui ont de très longs piquants. Autre raison pour ne pas venir en marchant de la plage. Les baignades sont courtes ; l’eau est très fraîche. Le vent fait des vaguelettes qui ont assez de force pour me déshabiller. Le haut de mon maillot s’est enroulé et je me retrouve les seins à l’air. Désormais je nage le long de la corde à flotteurs qui sécurise les baignades en interdisant les bateaux, l’eau est assez profonde pour que je risque pas de me grafigner à nouveau.
C’est la première fois que je vois tant de coraux multicolores. En Thaïlande, je m’étais blessée en marchant sur des coraux blancs, morts, et j’en avais gardé un souvenir cuisant plusieurs semaines après notre retour. A Cuba, le mauvais temps et le vent nous avait privées de barrière de corail. De même à Dahab, il y avait trop de vagues. Je suis donc ravie, je ne les imaginais pas bleus ou violets. Une espèce vert fluo est de bonne taille, elle ressemble à un paquet de lanières qui seraient emmêlées, un vert ressemble à un cerveau. Et les poissons….
Vers 15h30 Dominique découvre les fauteuils confortables près de la piscine à débordement.Le parasol ne faisait plus d’ombre, nous nous préparions à rentrer. Nouvelles baignades en piscine, si vaste. C’est plus confortable pour nager. Je suis presque seule en dehors de deux jeunes hommes et d’une fille en burkini. J’ai suivi la polémique mais je n’en avais pas vu : tenue noire, pas très pratique ; Le mari tire sur les bas pour que pas un centimètre de peau ne soit à découvert.
vue de notre chambre hôtel Raed
Le buffet de Raed est encore pire que celui d’Edom. Ce dernier n’était guère appétissant, celui-ci est vide ! Et pourtant nous sommes en demi-pension ! Au diable l’avarice ! Nous choisissons une table en terrasse au Fishmarket (qui n’est pas une poissonnerie mais un restaurant de poissons). Cadre très agréable, un peu cher mais tellement mieux que notre cantine. Riz aux crevettes. Les grains sont très long, le riz très parfumé. Les deux américains rencontrés à Wadi Rum dînent à la table voisine ; Ils ont commandé des mezzés et trois énormes poissons arrivent. Nous nous verrons demain matin, leur guide a proposé qu’on se suive sur la route de l’Araba