Wadi Rum : trek et convivialité au Dream camp

CARNET DE JORDANIE

un olivier dans le désert

7h30,  prêtes pour l’expédition avec Mohamed et son fils qui dernier conduit le pick up, tandis que Mohamed marche avec moi.En l’absence paternelle, le fils met de la musique et danse. Dominique le filme. Il regrette que l’appareil photo ne soit pas bluetooth pour récupérer le film. La marche est facile sur le sol caillouteux et dur, sous les nuages dans la fraîcheur du matin dans le canyon. De temps en temps on suit les traces des pneus dans le sable meuble et c’est beaucoup plus pénible.

Je guette les traces d’animaux : souris, lapin, renard. Les animaux se font rares avec la multitude des touristes motorisés. Aucune chance de rencontrer le farouche ibex présent dans la réserve. Les corbeaux sont les oiseaux les plus fréquents. L’un d’eux n’hésite pas à chasser un petit rapace (faucon sans doute). Il y a aussi des petits passereaux au dessous rouge. Ce ne sont pas des rouge-gorges, ils sont beaucoup plus fins et leur ventre tire sur le rose thyrien. Le plaisir vient surtout du calme, du silence de la paix. Le canyon Al-Barra est dans l’ombre, à la sortie après 2h30 de marche, on progresse lentement dans le sable. Le soleil chauffe et il n’y a plus d’ombre. Je remonte à l’arrière du pick up. La chaleur a eu raison de ma volonté de continuer le trek d’autant plus que Mohamed propose de faire un grand circuit pour nous montrer les curiosités du Wadi Rum.

Rocher « champignon »

Nous passons par le Rocher-champignon, (moins impressionnant que ses homologues du Désert Blanc d’Egypte). Les randonneurs expérimentés peuvent monter au Djebel Burdah  (1h30) sur la petite arche naturelle qu’on distingue vers le sommet. Il y a une autre arche beaucoup plus accessible sur laquelle on peut se prendre en photo après une petite grimpette. J’ai la flemme après la marche dans le sable et les grimpettes à l’arrière du pick up (il y a une échelle mais je l’ai snobée). Près de l’arche il y a une buvette, je suis assoiffée.

Autre arrêt obligé : la maison de Lawrence, un pan de mur écroulé. En vérité, Lawrence vivait sous la tente, le mur correspond à des fortifications britanniques. Il existe d’autres murets analogues ou les trekkers intrépides peuvent bivouaquer.

De retour au camp pour le déjeuner-buffet, puis translation générale  à l’ombre du rocher sur les tapis et banquettes. Magdi apporte le thé. Hier, thé à la sauge, aujourd’hui à la menthe sauvage. La petite communauté bavarde en français avec les guides. La famille avec ordinateur nous a quittés pour Aqaba, une autre famille l’a remplacée avec des enfants sages qui lisent l’histoire des Croisades. Deux franco-algériennes voilées de Bordeaux sont en colère contre Enjoy Jordan, leur chauffeur les abandonne et elles pestent contre les dîners de l’Hôtel Edom de Petra qui ressert trois jours de suite la même nourriture insipide ; Non seulement ce n’est pas bon mais ce n’est pas sain. Après les récits des mésaventures et des découvertes de chacun, la conversation s’oriente vers la politique. Via Lawrence, omniprésent au Wadi Rum  où David Lean a tourné le film, argument touristique de poids, mais considéré comme un traître par les guides. Il étatit au courant des accord Sykes Picot et a utilisé les bédouins dans la guerre  contre les turcs sachant que La Grande Bretagne et la France allaient dépecer l’Empire Ottoman à leur profit. On parle ensuite des Printemps arabes,  les filles voilées sont très virulentes aussi bien contre la France qu’elles considèrent encore comme une puissance coloniale « quand il pleut à Paris on sort les parapluies à Alger » et que contre les « laïcs » . La révolution tunisienne ne trouve pas gré à leurs yeux et elles en viennent à regretter Kadhafi et Ben Ali….On glisse sur la campagne électorale française. » Pitié ! Nous sommes en vacances ! »

Ceux qui sont arrivés ce matin partent en 4×4 pour le coucher du soleil.

Pendant que les autres parlent j’ai sorti mon carnet moleskine et je dessine.

Autour du feu, le soir, tout le monde se rassemble. Deux théières restent au chaud, la grosse peu sucrée, la petite très sucrée. On prépare l’étape suivante. Vers 8h, cérémonie du repas cuit sous le sable. Magdi et sa pelle… il porte en triomphe les plateaux brillants de papier alu avec mes légumes et la viande.

Les nuages ont éclipsé le coucher du soleil, toujours pas d’étoiles.

 

Wadi Rum en 4×4 au coucher du soleil

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15h30, nous embarquons dans le 4×4 de Mohamed – le patron du camp – conduit par son fils qui fait moins que les 20 ans annoncés. Dominique dans l’habitacle, moi à l’arrière en plein air. La conduite est souple, plutôt lente, sans à-coups, donc confortable.

les 7 piliers de la Sagesse

Les massifs émergent du sable, énormes chicots tantôt massifs tantôt déchiquetés. Le grès subit l’érosion qui façonne la roche. Elle ressemble à des bougies géantes de cire qui fond en dégoulinades, des vasques qui débordent d’un liquide qui se fige. Parfois, tout s’enroule

erosion

…Despans de montagne sont tombés, laissant une face plane, les blocs éboulés plus loin. Ailleurs ce sont des cavités, creux arrondis ou colonnes. Comment se sont-elles formées et surtout quand ? Certaines de ces dégoulinades ou draperies ressemblent à des stalactites. Dans une caverne je connais le mécanisme des concrétions mais ici, quel est le ciment ? siliceux ou calcaire ? Un taux d’humidité est nécessaire ? Les écroulements sont plus facilement explicables dans cette région sismique subissant de grands écarts de température.

Autre observation : les différences de couleur. Le long d’un massif, le sable est rose, ailleurs il est jaune, plus loin encore plus clair. Un arrêt sur un rocher pourpre. Des enfants l’émiettent pour obtenir un sable violet, ils se sont amusés à écrire sur le sable clair.

l’entrée du siq

A l’entrée d’un défilé, la végétation est plus dense et plus verte, indice de la présence de l’eau. Mohamed nous montre les escaliers nabatéens creusés dans le rocher menant à une source. Encore aujourd’hui, les bédouins viennent y chercher de l’eau. Un autre guide-chauffeur montre comment les bédouins utilisent une plante pour faire du savon. Ils pilent ses feuilles charnues. En versant de l’eau, cela mousse comme du savon et cela lave aussi.

savn bédouin

Autre arrêt devant un vénérable olivier vieux de plusieurs siècles, isolés parmi les genêts blancs en fleur. A y regarder attentivement, ce désert a beaucoup de buissons, certains secs d’autres verdoyants. Un arbre non identifié est même d’un  vert si vif qu’il semble artificiel.

Je ne sais pas décrire la splendeur. Je regarde, éblouie, le paysage changeant, les formes des rochers que Mohamed nomme : ici les Sept Piliers (référence à TE Lawrence) , ici, la pyramide… j’aimerais que cette promenade dure encore…

Nous ne sommes pas seuls, les 4×4 se suivent sur le même itinéraire et convergent à la grande tente noire où on nous offre le thé et qui est une boutique de souvenirs. Rien de tapageur. Je suis tentée par des sachets de sauge et cardamome – thé bédouin – il y a aussi du khôl, des savons naturels et bien sûr des chèches pour ceux qui auraient oublié !

une caravane au coucher du soleil

Au coucher du soleil nous grimpons au « sunset point » sur un gros rocher ; Une caravane approche, occasion de tester le zoom x12 du nouveau Lumix. Le ciel est embrumé, le soleil est avalé. Pas de coucher du soleil ? tant pis !

Pour chauffer le thé

 

Avant le dîner, Magdi a allumé le foyer, un beau feu de 4 bûches. On boit le thé. Chacun fait part de ses découvertes. La nuit tombe, on attend les étoiles. La lune est pleine, et il y a des nuages. Le spectacle des étoiles sera aussi pour une autre fois. Issa appelle « venez pour le repas ! ». tut le monde se lève et le suit… non pas vers la tente-restaurant mais derrière le camp. Pas de table ni de casserole ni de feu, un tas de sable.

un four sous le sable!

Magdi, une pelle à la main déblaye le sable, découvre un couvercle métallique, l’essuie soigneusement. Dans un bidon métallique, les légumes et la viande ont mijoté trois heures sous le  sable ; les braises sont sous le bidon. Enorme four. Le poulet est excellent, l’agneau fondant, les carottes un peu caramélisées et les courgettes confites.

le dîner sorti du bidon

Wadi Rum – le train de Lawrence – arrivée au Dream camp

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le chemin de fer que Lawrence attaquait!

Wadi Rum débouche à l’est de la Desert Highway

Le sable est rose, les massifs pointent, déchiquetés. La route suit le chemin de fer du Hedjaz que Lawrence et ses guerriers bédouins harcelaient pour empêcher les forces turques de convoyer troupes et armement. La petite gare exhibe le train de 1916 (locomotive ancienne mais pas d’époque, japonaise de 1955, pour les puristes). La locomotive tire des wagons de bois, il y a même un drapeau turc. Tous les touristes s’arrêtent et se prennent en photo.

Arrivée au camp

Au check point, les militaires nous font signe de passer. Les points de contrôles sont assez nombreux dans la région. Au Centre des visiteurs de Wadi Rum, les visiteurs motorisés sont invités à laisser leur véhicule sur un vaste parking gardé. Les employés sont très efficaces. Enjoy Jordan ne nous a laissé qu’un numéro de téléphone pour joindre le chauffeur du 4×4 qui doit nous emmener au campement (pas d’adresse, pas de nom, ce serait trop facile).  Le ranger dit qu’il connait le chauffeur et le camp. Nous ne sommes pas sur le bon parking  le Dream Camp est à Disey, une dizaine de km plus loin. Il téléphone lui-même. Le chauffeur nous attendra là-bas.

déjeuner sus la tente

En effet, au volant d’un beau pick-up blanc, un bédouin très souriant nous fait signe de le suivre jusqu’au camp. Le trajet dans le sable est très court. Caché par de hauts rochers, le petit camp est discret. Deux rangées de tentes noires assez hautes et rigides , une grande tente restaurant et le rocher délimitent un carré avec des banquettes garnies de coussins rouge orange à rayure. Sur un tapis,  de curieuses selles de dromadaires garnies de tapis colorés ; elles servent à s’accouder. Au centre, un feu.

Dream camp : salon

Nous arrivons à l’heure du déjeuner, avant de découvrir notre tente (qui est plutôt un bungalow avec toutes les commodités, électricité, salle d’eau et toilettes) plus de confort, moins d’aventure ? nous déjeunons dans la grande tente. Enjoy Jordan a prévu la demi-pension seulement. Qu’en est-il du déjeuner ? Un guide francophone, Omar,  d’Enjoy Jordan, nous entendant pester contre les ambiguïtés de notre feuille de route, m’emprunte mon téléphone. Il appelle Omar pour lui demander de les lever. Nous avons aujourd’hui, une balade en jeep au cocher du soleil (3h) mais demain que fera Dominique pendant mon trek de 6h avec pique-nique ? Les deux Omar plaisantent au téléphone, à mes frais, ce qui ne m’amuse qu’à moitié(le crédit fond comme neige dans le désert).

Thé bédouin

Le restaurant est meublé de banquettes aux tapis rouges, noirs et blancs, sable ; sur les tables d’épais tapis fleuris. Au centre le buffet : poulet au riz, salades et même des gâteaux orientaux. D’autres touristes déjeunent accompagnés par leurs guides. Tous d’Enjoy Jordan,  et francophones sauf un couple d’Américains .

Pour la sieste, tous les occupants du camp, touristes, guides, bédouins, sont installés à l’ombre du grand rocher dans la brise pour profiter de la température délicieuse (dans les tentes c’et un four).

De Pétra à Wadi Rum en passant par el- Humayma

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Wadi Musa : la ville moderne au dessus de Petra

La route monte beaucoup pour quitter Petra, d’abord par le bourg de Wadi Moussa, où se trouve la Poste et les commerces, puis encore et encore jusqu’à un plateau cultivé alors que je croyais être dans un désert aride. Les champs sont de petites bandes vertes horizontales séparées par des talus caillouteux. Selon la topographie, les proportions entre blé et cailloux varie.

Une coupe le long de la route révèle un  calcaire jaunâtre marneux.

Au village d’ Ayl-el-Jadida :quelques vergers et oliveraies. Ensuite les cultures disparaissent. Les collines sont pelées caillouteuses avec juste des buissons ras. Une buse perchée s’envole à notre passage. A Wahida, nombreux troupeaux.

Nous avons perdu la Route du Roi, des panneaux nous ont fait couper pour rejoindre plus vite la Desert Way qui est l’autoroute empruntée par les camions venant du port d’Aqaba. Les campements bédouins sont nombreux avec de gros 4×4. La Desert Highway descend, le panorama est embrumé. Des crêtes violettes se succèdent, des massifs isolés comme des chicots pourpres violacés surgissent du fond de la plaine. Sur le bord de la route

El-Humayma

Le site archéologique de El Humayma  est indiqué par un panneau marron. Il se trouve à 12km vers l’ouest. La petite route moonte et descend comme des montagnes russes. Sur les côtés on extrait un minerai blanc pulvérulent et meuble. Sel ? Sable ou postasse ? Aucun indice pour le savoir, c’est écrit uniquement en arabe. Le site est précédé d’un magnifique Centre des Visiteurs en pierre équipé de panneaux photovoltaïques, mais désert. Même pas un panneau explicatif ou un plan. Un berger juché sur son bourricot, de curieuses converses roses aux pieds, pousse son troupeau devant lui à travers les ruines.

Se repérer dans un site antique?

Je pars à l’exploration de la petite cité nabatéenne. Les fondations ont été soigneusement cimentées, tout un quartier de maisons de pierre avec des pièces de petite taille. Dans un bâtiment plus grand, une arche tient encore. Je ne trouve ni église, ni bains publics n i aqueduc annoncés par le Guide Bleu. Notre expérience des cites grecs ou romains ne nous est d’aucune aide. Un peu déçues, nous retournons à l’autoroute et ses camions.

Petra : église byzantine et temple des lions ailés, musée

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Devant le Tombeau Corinthien, je trouve le chemin vers l’Eglise Byzantine et le Temple des Lions ailés. Il fait des détours dans la colline mais il  est bordé de pierres des deux côtés si bien qu’on ne risque pas de se perdre. A un détour du chemin, je m’arrête dessiner des monuments dans le lointain, peut être la citadelle des Croisés au sommet d’une colline. Un chamelier passe, me propose, bien sûr de monter. Je ne verrai personne d’autre. Cela change de la foule de la Rue des Colonnes ! Un wadi a creusé dans les roches rouges un petit canyon qu’on franchit sur un pont à clair-voie fabriqué avec des tiges métalliques fines croisées à angle droit. On passe sur le vide une dizaine de mètres au dessous. Il ne faut pas avoir le vertige mais cela passe bien.

Baptistère

L’église byzantine est protégée par un toit bâché discret. Bâtie en 450 elle fut détruite par un incendie en 600. On a retrouvé dans une cache des papyrus écrits en Grec paradoxalement conservés par l’incendie racontant la vie quotidienne.

Mosaïque des saisons

C’est une église à trois nefs. Son pavement de marbres précieux a été reconstitué. Deux mosaïques de chaque côté de la colonnade représentent à droite les quatre saisons (personnifiées) De l’autre des médaillons avec des animaux, sangliers, dromadaire, oiseaux, hyène,certains sont exotiques comme la girafe (comme ils n’en avaient sans doute jamais vue, ils ont dessiné un chameau tacheté).

Hyène

Dans la région, un pèlerinage avait lieu à Jabal Harun (le Tombeau d’Aaron). Des structures nabatéennes furent converties à un usage chrétien : des ermitages autour du « Monastère ». Une cour (atrium) entouré de colonnes et pavée était entre l’église et le baptistère : le bassin cruciforme était surmonté d’un baldaquin porté par quatre colonnes de marbres rares encore en place. Quatre colonnes de granite bleu marquent l’emplacement d’une chapelle.

De là, on a une vue plongeante sur le complexe du grand temple qui donne une compréhension globale de l’ensemble.

 Le temple des Lions ailés (25 av. JC – 75 après JC)  était consacré à la divinité nabatéenne Al-Uzza (equivalent à Aphrodite selon le musée).

Dushara

L’ancien musée que je voulais visiter est transformé en restaurant. Il a déménagé au Centre de Visiteurs  et j’irai cet après midi ! la scénographie est moderne, de nombreux panneaux explicatifs intéressants bilingues Arabe/Anglais présentent la civilisation nabatéenne. Malheureusement, peu d’objets sont exposés. Pourtant les Nabatéens étaient riches. Il y a plus de photos illustrant les propos que de beau objets excepté la très belle tête de Dushara (équivalent de Zeus ou de Bacchus) et les bétyles d’Al-Uzza.

Bétyle d’Al-Uzza

Petra : les grands tombeaux et la Khubta

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Les grands tombeaux : le Palace

Le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt !

Premières au petit déjeuner : Houmous, tomates olives et fromage genre feta que je parfume avec du thym et d’autres herbes moulues, une part de khalva et une datte ; après avoir composé un petit déjeuner oriental je boude les viennoiseries et les saucisses tronçonnées…

La seule spécialité que je snobe, malgré la jarre métallique bizarre, c’est le foul, fèves, haricots ou lentilles ne me disent vraiment rien au saut du lit.

J’arrive tôt pour avoir le Sik pour moi seule. Impression d’être dans un couloir de mystère, passage secret vers le Trésor. Il m’importe que ce passage vers le monde des Nabatéens se fasse dans le silence… troublé par uen famille de Sud-Africains en mal de photos de famille. Je remarque les figues bientôt mûres sur les figuiers qui s’accrochent dans les interstices de la falaise et qui pendent au dessus de ma tête.

Devant le Trésor, le banc est disponible, j’essaie de dessiner histoire de mieux observer ; je trouve les Dioscures Psychopompes. La jeune fille au visage abimé est-elle Isis entourée des amazones. Je cherche les symboles d’Isis avec la lune entre les cornes sans les trouver, ni les cornes des chapiteaux. J’aurais dû prendre les jumelles.

Tombeau de l’urne

Je poursuis la promenade au Tombeau de l’Urne abandonnée hier soir et suis l’itinéraire de la colline de la Khubta. Le Tombeau  de l’Urne fut transformé tardivement en église byzantine. Plus loin les énormes façades des Tombeaux corinthiens. Celle du Palace est surchargée de colonnes : j’en compte 18 sur deux niveaux. L’érosion a eu raison de leur décor, colonnes et frontons semblent avoir coulé. Cet aspect décadent leur donne plus de charme. Dans leur neuf ils devaient être prétentieux.

Tombeaux de la Rue des Façades

La piste Jabal-al-Khubta monte à l’assaut de la montagne. Les escaliers usés de grès multicolore ont été remplacé la plupart du temps par des marches de pierres taillées. Je monte seule, dans le calme avec seulement  les cris des oiseaux (et des poules). Même si aucun monument ne balise ma route, le paysage me suffit. En revanche cela monte drôlement raide sans paliers pour se reposer comme au Monastère. Une femme descend, je lui demande si cela vaut la peine de continuer. « Oui pour la vue ! » J’arrive à un sommet.

vue sur le théâtre

Ensuite la piste descend sur du cailloutis ; je me méfie des cailloux qui roulent en descente et qui sont traîtres. Il n’y aura personne pour me ramasser si je tombe. J’ai eu tort parce qu’on surplombe un peu plus loin le Trésor. Sur le chemin du retour, je croise deux françaises décidées à aller jusqu’au bout qui m’invitent à les accompagner (je n‘ai pas envie de doubler les marches) Je les retrouverai deux jours plus tard à wadi Rum. Même sans la récompense du Trésor, c’est une superbe balade.

 

La châtelaine du Liban – Pierre Benoît

A LA POURSUITE DES EXPLORATRICES…

 

Je cherchais Hester Stanhope rencontrée par  Lamartine et  citée par Gerard de Nerval . Une recherche sur Internet me disait que Hester Stanhope avait inspiré le personnage d’Athelstane Orloff dans La châtelaine du Liban. J’ai donc retrouvé le volume dans la collection des Pierre Benoit.

J’ai lu plusieurs de ses romans au temps de mon adolescence, et je garde un bon souvenir de ces lectures qui me transportaient dans des ailleurs exotiques. Hélas, les temps ont changé et le roman a mal vieilli (peut être moi aussi?) .

 

J’ai à peine entrevu Hester Stanhope, tout juste sa sépulture et son évocation trop rapide à mon goût : le déguisement de la comtesse Orloff lors de son bal masqué selon la description de Lamartine, des sous-entendus..des allégations d’espionnage au profit de la Grande Bretagne.

En revanche, je me suis copieusement ennuyée en compagnie des militaires venus à Beyrouth pacifier cette Syrie découpée dans les accords Sykes Picot, attribuée comme Mandat à la France. Vie mondaine coloniale, absinthe et femmes de mauvaise vie.

Le capitaine Domèvres, héros blessé est fiancé à Michelle, la fille d’un des gradés. Il est promu à un poste de responsabilité au Deuxième Bureau. Ses amis lui déconseille de fréquenter la comtesse Orloff, femme fatale, briseuse de mariages à venir. Evidemment il tombe sous le charme de cette séductrice….en oublie sa gentille fiancée qui meurt de consumption, en oublie même ses devoirs les plus élémentaires. Il envisage même de trahir sa patrie pour de l’argent our renflouer la comtesse ruinée.Heureusement, il est sauvé par son ami Walter qui le remet dans le droit chemin de la fraternité des méharistes.

Lu avec beaucoup d’agacement ce livre réactionnaire, colonialiste, et vraiment passé de mœurs.

Pour Lady Stanhope, je relirai Lamartine!

Petra : la Ville Basse

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Ville basse : rue des colonnes et Complexe du Grand temple

Qasr-el-Bint est une grande construction son nom le Palais de la Fille du pharaon correspond à une légende, le roi aurait promis sa fille à celui qui serait capable de maîtriser l’approvisionnement en eau…. C’est plutôt un complexe de temples  hellénistique consacré à Dushara le principal dieu nabatéen.

la rue des colonnes passe sous l’arche

La rue des colonnes est soigneusement dallée, elle passe sous une arche Temenos (125-225 Ap JC)de conception romaine . Les colonnes soutenaient des galeries couvertes abritant des magasins pour les marchandises en provenance d’Afrique et d’Arabie.

Le complexe du Grand Temple (25av.JC-100après JCOn monte par un bel escalier (propylées)  à la cour pavée d’un dallage hexagonal original et sa colonnade  qui comptait soixante colonnes de calcaires aux chapiteaux à tête d’éléphant (il faut le savoir pour reconnaître un éléphant), Il est bâti sur deux niveaux.

Chapiteau du Grand Temple

A l’arrière du temple se trouve un théâtre très petit et en bon état . On remarque les parements de marbre et même des fresques.

Du Nymphée il ne reste que ruines, il est difficile d’imaginer une fontaine dans un lieu aussi désertique. Près du nymphée, un pistachier est vieux de 4500ans, selon un écriteau.

Au dessus du grand théâtre les tombeaux sont surmontés d’un décor avec des marches ou des merlons qui auraient permis selon certaines hypothèses à l’âme de s’élever.

Khazneh à midi

Comptant rentrer déjeuner vers 13h, je me trouve à midi devant le Khazneh. Dominique m’appelle. Elle est venue à pied avec sa béquille. Nous rentrerons en carriole. Inutile d’essayer de marchander : le prix est fixe : 20JD. La carriole est petite avec sa capote violette. Le cocher partage la banquette avec nous. Il conduit à la voix « Rrhhah ! rrhhah ! » ce qui doit vouloir signifier « au galop ! au galop ! ». il peste contre les passants qui ne se poussent pas assez vite. J’aurais préféré une balade plus tranquille pour profiter du sik.

Nous avions prévu de déjeuner de yaourt, ou plutôt de labneh. Tous les petits supermarchés sont fermés. C’est vendredi, l’heure de la prière. Je redescends après la douche, à 13h30 les boutiques ouvrent .

A midi, le site était vraiment bondé. Je n’ai aucune envie d’y retourne dans la chaleur. Vers 16h, c’est le reflux. Les conducteurs des chevaux n’ayant plus de clients à faire monter (c’est compris dans le prix du billet mais il faut prévoir le bakshish).  Désœuvrés ils s’amusent et font la course sur la piste sableuse, on se croirait sur l’hippodrome du temps des romains ou des byzantins ! En galopant, ils soulèvent la poussière. Les carrioles sont très prises dans le sens des retours, dans la descente je pense aux chars de Benhur !

Pierres des djinns

Pour cette deuxième visite, je prends mon temps pour lire les panneaux. Les grands cubes à l’entrée seraient les pierres des djinns. De l’autre côté de la route se trouve le Monument à obélisques . Chaque obélisque (ou pyramide effilée) serait un Nefesh (une âme) tandis que dans des niches le long du parcours dans le sik on a creusé des niches pour les betyles (idoles) . je suis à la recherche d’un bétyle représentant Al-Uzza schématisé avec des ronds pour els yeux. Ces pierres sont des idoles dans des niches au musée il est expliqué que Betyle s’écrit Beit =maison) il (el=divinité).

monument à obélisques

J’écoute d’un air faussement distrait un guide francophone qui montre une caravane en bas relief dans la roche. Plusieurs chameaux sont figurés ainsi que les pieds des caravaniers. Un caravanier sans tête est debout vêtu d’un manteau ou d’une tunique drapé au plis bien visibles. On distingue les lanières des sandales.

L’éclairage de l’après-midi met en valeur les tombeaux de la Rue des Façades, « tours » avec des merlons. Je découvre le très grand Tombeau de l’Urne puis le Tombeau de la Soie qui doit son  nom aux diaprures rouge et blanches au plafond de la salle simple mais fascinante. Nombreux touristes y viennent prendre des selfies malgré l’accès malaisé. Je remarque un peu tard, un escalier montant à une façade impressionnante ; Il est tard, j’ai peur de ne pas avoir le temps avant la fermeture du site ! si mon téléphone n’était pas bloqué j’aurais été bien curieuse de voir au podomètre la distance parcourue depuis ce matin.

Le dîner cher de l’Hôtel Edom fait penser à la cantine (nous apprendrons plus tard de la bouche d’autres touristes qu’ils ne cuisinent que tous les trois jours, habitués à recevoir des groupes pour une seule  nuit qui ne se rendent pas compte qu’ils mangent des restes.)Je préfère l’accueil chaleureux du petit restaurant du coin « Sandstone » : je choisis dans la carte des grillades le Mixed grill avec un café turc j’en ai pour 10JD et je me suis régalée.2

Petra : la montée au Monastère le matin

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siq : dans la fente la surprise

Il est toujours très difficile de rendre compte d’un site immense et archi-connu comme Pétra. Je ne vais pas recopier le Guide Bleu qui est là pour cela. Les documentaires à la télévision aussi. Mes notes seront  mes impressions.

Ma première visite est plus sportive que culturelle. La montée au « Monastère » est légendaire avec ses 800 marches. Je me suis fixé cet objectif pour commencer.  Hier soir, le guide du groupe Allibert m’avait annoncé 2 heures, dont une pour monter les marches. Nous avons pris un petit déjeuner rapide. Au lever du jour je passerai d’un bon pas devant des merveilles sans m’y arrêter.

Le Siq désert

H : je traverse le Siq désert et dans l’ombre. Un balayeur chante, sa voix résonne entre les hautes parois. C’est un véritable enchantement de s’enfoncer dans la faille sinueuse, les parois se referment comme des lèvres entrouvertes lour laisser deviner la façade du Khazneh : le Trésor. Impossible de ne pas s’arrêter un moment à le contempler, si merveilleusement préservé, même si les figures d’Isis et des Amazones sont mutilées. Une femme peint une aquarelle.

Le Khazneh, le Trésor

Le Siq s’élargit. Partout, traînent des caisses en plastiques, des plateaux rouillés. Les marchands y installeront leurs étals de souvenirs quand les touristes viendront. Je passe sans m’arrêter devant les monuments funéraires encore dans l’ombre.

les ânes se reposent de la montée au Monastère devant Qasr-el-Bint

La rue des Colonnes est l’artère principale (Cardo) de la ville basse. Tout du long, un ânier me propose sa monture pour le Monastère. Au début, je lui explique gentiment que j’aime marcher et que je suis partie tôt pour profiter de la fraîcheur. Il fait trotter le bourricot, brusquement l’arrête à mon niveau et recommence. Je deviens beaucoup moins aimable « Khalas ! ». Cela ne le décourage toujours pas. Cherchant à le semer j’ai perdu mes marques, à une fourchette je ne sais plus quelle direction prendre. Si je ralentis, l’ânier va revenir m’importuner. Une petite dame rondelette au visage souriant est assise et me rassure. Je suis sur le bon chemin. Elle se présente :  « je m’appelle Sarah, on se retrouvera là-haut dans mon magasin ».

800 marches!

Les marches taillées dans le grès sont souvent très usées, on a cimenté les endroits trop abîmés. Des paliers permettent de reprendre le souffle, jamais durant la montée, je ne n’ai peiné. Les bédouines m’indiquent« the lion » Ce monument discret se trouve dans une entaille dans la paroi.  Ceci  me plonge dans la perplexité, j’ai confondu  le triclinium du lion et la Fontaine du lion située dans un autre quartier de Petra. Je n’identifie pas l’animal ni la tête de Méduse que je devrais voir.

Les lions sont de part et d’autres de la fente

Le soleil éclaire les marches, j’enlève ma polaire, et me voile. Les bédouines installent leurs  étals en compagnie de leurs enfants et parfois de leurs maris. La marchandise n’est pas variée. Partout les mêmes chèches à damier, les bracelets en argent trop clinquants, les pierres arrachées au site, et des poteries et des colliers de corail ou turquoise trop colorés pour être honnêtes. A mi pente,  on peut se désaltérer de citronnade ou de jus de grenade. C’est bien appétissant « La grenade vous donnera de l’énergie, vous allez voler ! ». je ne vole pas mais j’ai rempli mon contrat : moins d’une heure pour arriver au Monastère !

Le Deir dans l’ombre

Le Monastère (Deir) ressemble au Trésor, en moins décoré. Il est dans l’ombre, le matin, les photos seront moins réussies. Je poursuis le sentier jusqu’au« meilleur point de vue sur l’Araba », petite grimpette supplémentaire. Les crêtes violettes et déchiquetées me plaisent beaucoup mais il y a du brouillard dans le creux, les montagnes du Néguev  bleuissantes se confondent avec le ciel.

A la descente, Sarah me reconnaît « le thé est prêt ! » Hospitalité bédouine ! ». Le thé est brûlant. Ses fils le boivent sans attendre. Elle garnit de  falafels dans une pita et m’en propose. Bien sûr,  je refuse.  Bien sûr, il va falloir acheter un souvenir. J’ai envie d’un caffieh blanche(perfidement, j’ai remarqué qu’elle n’en a pas). Elle déballe tout ce qui est blanc. Une écharpe, plutôt une étole en lainage est ce qui serait le plus de mon goût. Le prix annoncé est rédhibitoire : 15 JD, elle descend tout de suite à 15 €. Je les ai pas sur moi. « Combien avez-vous ? », dans le porte-monnaie, il y a 3.5JD. Cela fera l’affaire ! « je veux ouvrir la boutique » explique-t-elle.

Je m’emballe la figure avec, ce n’est pas un voile ni une caffieh, mais j’ai l’air presque voilée. Au moins je ne prendrai pas de coup de soleil ! Quand comprendra-t-on qu’un voile protège du soleil et de la poussière et que nous n’avons ni l’un ni l’autre en région parisienne ? En revanche, dans le désert jordanien, c’est indispensable.

9h30, mon ascension s’étant parfaitement déroulée j’ai du temps pour le tourisme.

Les aventures extraordinaires de Sa’îd le Peptimiste – EMILE HABIBI

LITTERATURE ISRAELIENNE/PALESTINE 

Comment vivent les Arabes israéliens( 1.6 millions en 2015) ?

 

Le cinéma donne une réponse vivante, encore dans les salles actuellement Tempête de sable, un remarquable AjamiAna Arabia, Noces en Galilée … et j’en oublie. Pour la littérature,  encore je ne connaissais que Sayed Kashua qui écrit fréquemment dans la Newsletter de La Paix Maintenant, il était temps pour moi de lire Emile Habibi (1922-1996), député du parti communiste, journaliste , écrivain reconnu et primé.

Le titre : Les aventures extraordinaires de Sa’îd le Peptimiste me fait penser aux contes orientaux.  Conteurs et les contes sont des facteurs importants de la culture arabe. Mais pas que! Dans la première partie du livre l’auteur fait allusion aux poètes et auteurs anciens (très intéressantes notes en bas de page). Il fait aussi référence à un conte des 1001 nuits : la maison de Broze, que j’aimerais bien lire.

Autre allusion : Sa’îd les Peptimiste est un Candide. Naïf mais s’interrogeant sur la marche du monde. L es réponses de Panglosse  transcrites dans la situation d’Israël dans les annéees 50 résonnent ironiquement. Candide était un optimiste. Sa’îd  est qualifié de « Peptimiste »: l’optimiste béat n’est pas de mise après la Nakba, mais cela pourrait encore être pire pour notre héros qui n’est ni mort (un âne a arrêté la balle qui lui était destinée, il n’est pas exilé, il a même des « relations » un Adon Sifsârashk, qui le protège, en échange de services pas très avouables.

Sa’îd, homme simple, juste pour survivre, se soumet joue un rôle que d’aucuns jugeraient sévèrement, il renseigne les autorités israéliennes, des activités des communistes. S’il dévoiles certains secrets des autres, les siens, il les garde bien . Pourtant, l’empathie subsiste. Autre mode de survie, l’humour, l’ironie. Les « aventures extraordinaires » parfois, au début, prêtent à sourire. On pense à l’humour juif, paradoxalement. A mesure que j’avance dans la lecture, le tragique l’emporte avec la disparition de son fils et de sa femme. Wala’ leur fils a pris les armes et s’est enfermé dans une caverne marine, les policiers israéliens demandent à  Sa’îd et  à sa femme Bâqiyyeh de faire sortir leur enfant:

« – Wala’, mon enfant, jette tes armes et sors! […]Ta caverne est étroite, elle est sans issue. tu étoufferas! – Y étouffer! Je suis venu pour respirer librement. Quand j’étais un enfant, vous étouffiez déjà mes cris. Plus tard, quand je m’essayais à parler votre langue, vous me faisiez la leçon « Prends bien garde à ce que tu dis! » »

Malgré tous ses compromis, malgré ses « appuis » Sa’îd se retrouve emprisonné pour une erreur minable.

Jamais dans ses tribulations Sa’îd ne se plaint ni ne geint. Cela pourrait être tellement pire….