Beida : Petite Pétra et arrivée à Pétra

CARNET DE JORDANIE

La Petite Petra

La route est très courte. Pause sur une crête boisée de chênes verts entre les rochers rouges et violets de Beida et de Pétra qui s’approchent.

Beida est le nom du site que les touristes appellent « la petite Pétra ». Nous avons eu du mal à la situer sur la carte. La « Petite Petra » était mentionnée sur notre programme sans aucune indication de lieu. Encore une approximation d’Enjoy Jordan !

Rocher bizarre

Aux alentours de Beida, les rochers ont vraiment des airs bizarres. L’un d’eux ressemble à un crâne, un autre à un éléphant sans compter les pains de sucre, les doigts dressé vers le ciel….Rien n’indique le site. En revanche de jeunes hommes à pied ou en voiture circulent à la recherche des touristes et sont très insistants. Rien ne les décourage. Ce qui a le don de nous faire rentrer dans la voiture et démarrer. Retour à guetter les panneaux qui indiquent des campements pour touristes, mais pas le site.

A quoi correspondent ces cavités?

Enfin ! Nous trouvons l’entrée et la route vers un site néolithique à 1km. J’erre dans les rochers découpés par les Nabatéens ( ?) Déjà au naturel, les rochers sont biscornus, mais en plus avec des escaliers, des rigoles , des piscines( ?) ils sont encore plus étranges. Je n’ai aucune référence en ce qui concerne les Nabatéens. A quoi correspondent ces expressions de « biclinium » et « triclinium » ? Je crois comprendre qu’il s’agit de deux ou trois bancs découpés dans la salle, pour un banquet funéraire, mais mon interprétation devrait être confirmée. Que faisait-on dans ces grottes, y célébrait-on un culte ou discutaient-ils affaires ? Une jolie façade à fronton très classique soigneusement décoré avec des colonnes plaquées sur la façade sur un perron à trois marche. Était-ce un tombeau ou un temple ?

le petit siq est bouché par un escalier

J’entre dans le petit canyon (on les nomme siq), découvre  une façade à fronton et une autre à colonne. Dans une grotte il y a une très belle fresque colorée aux motifs de vigne. Le canyon se resserre ensuite. Autant, il fait chaud au soleil, autant à l’ombre la température est délicieuse. Les parois se touchent presque. Un escalier aux marches usées bouche l’interstice entre les deux falaises. Monter ? Pourquoi pas ? Un bédouin habillé de noir est assis en haut des marches que je gravis bien péniblement avec l’arrière pensée que la descente sera vertigineuse. L’homme aide à me hisser puis explique comment  se glisser entre les deux parois qui forment une cheminée pour retrouver le passage. Je suis chaussée de sandales, pas du tout équipée pour l’alpinisme. En haut, des couvertures, des théières, des traces de feu.

Le retour a été plus facile que je ne le craignais. Je n’avais pas vu un passage entre l’escalier et une paroi, beaucoup plus sûr que les marches usées. On a même cimenté les endroits scabreux.

pampres et vignes

Sous la grotte de la fresque, un bédouin raconte à deux touristes des histoires de djinns. Il ne porte pas son chèche en turban mais il a une sorte de bonnet brillant ressemblant aux capuches des moines coptes avec des triangles qui descendent sur les tempes. Sa barbe est clairsemée mais son regard vif, un air un peu diabolique comme les djinns dont il parle.  Ces rochers étranges seraient le royaume des djinns qui nous observent alors que nous ne les voyons pas. Les chiens les sentent. Ils peuvent prendre des formes diverses comme se métamorphoser en serpent. C’est pur cela qu’il ne faut pas tuer directement un serpent ; Il faut lui demander gentiment d’aller ailleurs. Au bout de trois demandes, s’il persiste à nous menacer, on peut alors l’abattre. J’aime beaucoup ces contes de djinns. Je me félicite encore d’avoir lu Hakawati de Rabih Alameddine avant ce voyage.  Déjà ce matin, avec Baybars et les mamelouks j’étais dans le vif du sujet.

Après un pique-nique à l’ombre dans le sik nous rejoignons Petra toute proche et notre hôtel Edom où nous allons rester 3 nuits.

L’Hôtel Edom est remarquablement situé, peut être à 200 mètres de l’entrée du site de Pétra. Il a un parking, le lobby est luxueux, le réceptionniste très aimable nous offre le pot d’accueil. La chambre est au 5ème et s’ouvre sur un petit balcon qui donne sur la terrasse d’un restaurant agréable. Curieusement, on n’a pas prévu de chaise, ni de table de nuit. Quand je réclame une chaise tout le monde a l’air étonné. La télévision reçoit France 24, mais l’image se fige, on n’arrivera pas à réparer la panne.

J’ai pris un Jordan Pass à 75JD avec deux jours à Pétra, sans Jordan Pass l’entrée est de 50JD, la journée. J’avais espéré que je pourrai l’activer dans l’après midi +48h mais cela ne marche pas ainsi, ce sont deux jours à compter de demain. Ce n’est pas très grave, il nous faut bien une fin d’après midi pour préparer les visites sur le site avec nos guides.

Enjoy Jordan a prévu notre séjour en Bed&breakfast. Nous dînons donc à nos frais dans la très belle salle à manger de l’hôtel Edom : chaises habillées de blanc, pierres apparentes, joli décor sobre ; en revanche le buffet ressemble à tous les buffets à 10JD que nous connaissons (sauf qu’ici c’est 12JD) cuisine insipide, réchauffée mais pâtisseries attirantes. Il y a un groupe de français. J’en profite pour interroger leur guide. Nous prendrons les autres dîners en ville dans les petits restaurants moins chers proposant des grillades et de la cuisine locale.

Shaubak

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Dernier regard sur Dana du parking qui surplombe la vallée. Un petit chien blanc affalé paraît en mauvais état. Je lui donne une pita destinée à faire un sandwich pour midi. Après les prises de vues, le voici assis sur son derrière tout guilleret levant la patte. On passe une cimenterie Lafarge (il y en a décidément dans le monde entier). La Route du Roi court sur le bord du plateau entre champs de blé vert mais clairsemé et terrains arides où des antennes sont encloses. .

Direction Ouest avant d’arriver à Shaubak. Des bédouins ont établi leur campement dans une vallée peu profonde d’un wadi invisible. A l’écart du village, la forteresse coiffe une colline, château beige sur une colline beige, les murs se détachent sur le ciel bleu éclatant de 8h du matin. Bâti par le Roi de Jérusalem, Baudouin 1er en 115 avant Kerak, il portait alors le nom de Montréal. Comme à Kerak, le glacis, les fortifications en bel appareil taillé soigneusement sont mamelouks. Du château croisé, nous découvrons la chapelle romane. Le gardien (francophone, visite guidée imposée) a plaisir à me montrer  la clé de voûte (cette expression lui plait beaucoup et il l’utilise à chaque occasion). A proximité : le baptistère,  une canalisation de pierre conduit l’eau pour le baptême , un passage secret le reliait à la source. On peut encore emprunter le passage secret jusqu’à l’ancien village, j’y renonce de crante d’allonger trop la visite.

Comme Kerak, Shaubak fut prise par Saladin en 1180, puis par le mamelouk Alaeddine en 1300. Au temps de sa splendeur, la forteresse était construite sur 7 étages et défendue par 700 soldats, 3000 esclaves y vivaient, on n’a pas décompté les villageois, femmes et enfants… Alaeddine y construisit deux madrasas, une mosquée (belles inscriptions coufiques)Il installa des souks sur trois étages , il reste de très belles arches superposées. Marché ou caravansérail ? Shaubak se trouve sur la route des caravanes reliant la Syrie à l’Egypte. A la base de la tour de Guêt, 4 meurtrières surveillent les quatre points cardinaux. Mon guide mime le geste de l’archer. Le Donjon est daté par une inscription de 700 de l’Hégire. Un hammam plaqué de marbre a gardé quelques plaques témoins de son luxe.

Une famille cherche le souterrain. Mon guide propose de les y emmener. Ma visite s’achève, je lui donne 5JD qui paraissent convenir ; il me demande alors si je veux les accompagner ; c’est tentant ! « Mais il faudra payer plus ». Alors là, c’est non !

Détour par le musée où il n’y a à voir que quelques cafetières, outils agricoles sans intérêt. Je regrette d’avoir raté les photographies de Gertrude Bell du musée de Kérak !

Retour sur la Route du Roi. Au premier village nous achetons de l’eau, des fruits, des gouttes pour le nez (desséché par la poussière et l’atmosphère très sèche) ainsi qu’un chargeur de téléphone pour le petit nokia d’Omar , oublié à Madaba

Randonnée dans la Réserve de Dana

CARNET JORDANIEN

Wadi Dana au petit matin

Au programme : une randonnée de 5 heures. Soleyman parle de 3h. Nous avons fixé le rendez vous à 8 heures après le petit déjeuner.

Au buffet : tomates concombres, fromage blanc, humus, halva et pain pita. Le thé est excellent. Ce n’est pas du Lipton en sachet comme précédemment. La halva se marie très bien avec le fromage blanc. Cette association n’est peut être pas orthodoxe mais elle est bien calorique pour une randonnée en montagne.

Nabil pose fièrement devant son jardin et sa tente

A 8heures, comme le guide ne se manifeste pas, je vais trouver Soleyman qui me désigne un grand bédouin enturbanné de son chèche noir mais qui ne déborde pas d’enthousiasme pour m’emmener. Peut être pensait il mener un groupe, ou une jeunette. Il annonce une promenade de 2heures. Je me fâche, c’est écrit 5 ! Soleyman appelle un autre guide pour une balade plus longue. Chèche et bâton de marche, il semble équipé pour une expédition avec son grand sac à dos qu’il charge d’une grosse bouteille d’eau. Il s’appelle Nabil et marche d’un bon pas.

Amandes vertes sur l’amandier

Dans un creux se trouve son jardin, ses arbres et sa tente. Il cueille des amandes vertes me montre les  grenades séchées sur un grenadier de belle taille encore en tenue hivernale. Les cognassiers sont en fleurs, il a aussi des figuiers et un prunier. Il dit aussi cultiver des légumes mais on le les voit pas. Près du jardin il y a une petite source. Plus haut, l’eau est plus abondante est canalisée pour arroser plusieurs jardins. Chaque famille a droit à un certain nombre de jours d’irrigation, il faut grimper haut dans la montagne pour bouger la pierre qui distribue l’eau dans les différents canaux. Nabil et sa famille vivent dans une maison de pierre. L’été il est agréable d’aller au jardin.

rochers pointés vers le ciel et fenouil en fleur

On remonte vers des rochers qui dominent une entaille très étroite, canyon gardé par des rochers cylindriques comme des doigts pointés vers le ciel ou des pains de sucre. Les niveaux inférieurs sont des grès  rougeâtres où des nuances de rouge et d’orangé alternent. Plus haut, les roches sont plus compactes beige-jaunes.  Enfin, vers le sommet il y a une petite barre calcaire, banc horizontal surmonté de végétation. Un aigle plane. Verrons- nous d’autres animaux ? La faune de la Réserve est riche. Chemin faisant, Nabil ramasse des branches sèches. Avant d’arriver sur un rebord boisé confortable et ombragé derrière une roche à la curieuse forme de champignon, il m’envoie grimper au sommet de la colline voir la vue sur la vallée de la rivière Dana pendant qu’il allume le feu pour préparer le thé.

pause pour le thé

Quand je reviens, la théière est en équilibre sur trois pierres. J’ai le temps de faire un croquis pendant que le thé infuse et se refroidit. Nous en buvons deux verres. Le thé bédouin est très fort et sucré. Nabil me raconte la généalogie de sa famille. Lui-même a deux femmes et 8 enfants. Il a 9 frères et sœurs et encore des demi-frères beaucoup plus âgés. Ce n’est pas étonnant que je confonde les bédouins de l’auberge, ils sont tous frères et se ressemblent avec le même chèche nir noué en turban. Nous ne voyons pas les bédouines. Les deux femmes qui servent en cuisine et font le ménage ont indonésiennes. Je remarque : « quelle famille nombreuse! » je m’attendais qu’il réponde quà la campagne chaque bras est utile, sa réponse me déconcerte « C’est bien d’avoir de nombreux frères qui peuvent vous défendre quand on vous attaque ! ».

Rochers bizarres

La roche est creusée de nombreux trous ronds,  je découvre une coquille de lamellibranche, proche des huitres ronde encore en place et même en parfait état de conservation avec encore la taille du muscle. Je remarque aussi les stratifications entrecroisées dans le grès.

Le genêt fleurit blanc(les ajoncs nt jaunes. Le parfum du genêt est très fort avec la chaleur. Nabil me montre aussi des pistachiers et des noyers très grands et très vieux. On ne frappe pas les oliviers « l’arbre ne donne pas de fruit si on lui fait mal ». la récolte se fait à la main (comme en Tunisie). Toute la famille cueille c’est une véritable fête, on ppiqu-nique, on cuit même le pain sur place ainsi que le mensaf et d’autres plats bédouins.

L’hiver, il peut faire très froid ; L’an passé, le village a été isolé 3 ou 4 jours par la neige.

Même si la randonnée n’est pas très longue, elle est instructive et très vivante ; Vers la fin nous rencontrons une classe de filles de At-Tafila, 8-10 ans accompagnées par les enseignantes et par des adolescentes dont certaines parlent français. Les petites sont très envahissantes. Elles crient dans mes oreilles « What is your name ? » puis hurlent à la vue d’un criquet minuscule que j’attrape par les pattes ainsi que les pyrrhocores qui grimpent sur mon pantalon. Je demande à une grande de traduire que dans ma classe j’ai des élevages d’insectes et que mes élèves les manipulent.

Je me suis assise à proximité d’un petit canal et l’herbe a taché mon pantalon et ma « chemise du désert » que je m’empresse de laver. La lessive sèche vite. Comme nous n’avons aucun projet pour l’après midi, nous profitons de notre maison, de sa terrasse pour la lessive, mettre de l’ordre dans les affaires, les photos et mon carnet de notes. Je m’installe à l’ombre d’un petit caroubier.

à l’entrée du village

Autrefois le village, profitant de ces cinq sources cultivait ses champs irrigués. Il a été abandonné et plusieurs hôtels se partagent les maisons. En haut, il y a un beau « bâtiment administratif » avec un Nature Center, un atelier de traitement des fruits, séchage, confitures…une jolie boutique d’artisanat local.

Arrivée à Dana

CARNET DE JORDANIE

Wadi Dana et les crêtes qui se succèdent

Nous descendons sur la route 35 jusqu’à At-Tafila sur le plateau cultivé de champs de blé, des blocs volcaniques sont éparpillés. La Wadi-el-Hasa a creusé un canyon et on a installé un barrage. Les Bédouins ont installé leurs campements. Certaines tentes sont recouvertes de bâches plastifiées beiges ou orange mais il y a encore de belles tentes de laine noire. Sur la route les enfants brandissent des œufs très blancs. Un barrage policier filtre le passage. At-Tafila est le dernier repère sur la carte. Le village de Dana n’y figure pas seulement  des pointillés délimitent la Réserve de Dana. Nous suivons les instructions du GPS avec scepticisme : il n’a pas accepté le village de Dana mais connait un hôtel (qui n’est pas le nôtre). Il nous entraîne dans ces raccourcis hasardeux dont les GPS sont coutumiers, routes percées de nids de poules jusqu’à un champ d’éoliennes qui tournent à grande vitesse. Deux hommes qui parlent anglais nous rassurent et conseillent de tourner à gauche au prochain village ce qui est cohérent avec les indications du GPS, nous ne sommes pas perdues

Dana point of vue !

le village de Dana

La vue est extraordinaire  sur les crêtes violettes au coucher du soleil qui se succèdent, très découpées sur les versants du petit canyon. Vers le nord, on devine les brumes de la Mer Morte. Le chauffeur d’une touriste israélienne nous montre en contrebas le village de Dana sur une petite hauteur, tout près ; nous sommes arrivées.

notre petite maison de pierres à Dana

Le Dana Hôtel correspond à un projet d’écotourisme destiné à faire profiter les bédouins  des revenus touristiques alors qu’ils étaient opposés au projet de réserve qui limite leur liberté de pâture. Le village abandonné a été retapé pour offrir des hébergements tout à fait confortables et agréables dans des maisons individuelles. La nôtre se trouve au bout du chemin dallé. C’est une maison carrée en pierre calcaire. La grande chambre  est plutôt un studio avec un plan de travail et un évier, on pourriat presque y cuisiner. La salle d’eau possède un beau lavabo de pierre, la douche à l’italienne est éclairée par un puits de lumière.

La salle à manger est à l’étage de la grande maison (où sont logés les groupes de touristes). Le dîner-buffet est à la bonne franquette Soleyman crie « le dîner est prêt » ; une foule de hollandais, britanniques et allemands se précipitent, tellement affamés qu’ils ne laissent même pas passer Dominique qui clopine avec sa béquille. C’est ensuite la foire d’empoigne pour s’asseoir. Ambiance auberge de jeunesse. Cuisine basique, la même que dans les buffets que nous avons fréquentés ; Les touristes en troupeau se servent des pyramides de nourriture. J’avale mon riz et mes boulettes pour fuir cette ambiance bruyante.

Le soir, il fait très frais. Pas question de rester longtemps sur les fauteuils de la terrasse à regarder les étoiles ; malgré mon étole en cachemire, je grelotte.9

Les Croisades vues par les Arabes d’Amin Maalouf ( relecture)

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Après avoir visité les châteaux-forts de Jordanie, d’Ajloun à Kerak, Shaubak, autant de souvenirs des Preux chevaliers, de Saladin, des Mamelouks, j’ai eu envie de retourner au livre d’Amin Maalouf, lu et chroniqué il il a quelques années lire ICI

J’ai retrouvé les acteurs les plus marquants de l’époque:

Saladin, le héros incomparable, par son courage et l’importance des batailles de Hattin et la prise de Jérusalem mais aussi par sa courtoisie, son respect de ses adversaires et de ses prisonniers qu’il préférait libérer. Son attitude chevaleresque trouve un exemple qu château de Kerak où se déroulait une noce qu’il prit soin de ne pas bombarder ni déranger alors qu’il assiégeait le château.

Le rendez vous manqué de Richard Coeur de Lion et de Saladin,  illustré vu je sais plus où?

Admirable aussi de sensibilité, ce chevalier qui pleure!

En contrepoint, la barbarie de Renaud de Chatillon, le seigneur de Kerak, pillard qui étendit ses razzias jusqu’en Arabie, et qui fut tué des mains de Saladin.

Baibars, le mamelouk, je l’avais oublié. Si maintenant j’ai été beaucoup plus attentive à son histoire, c’est parce que je l’ai « rencontré » à Ajloun , mais surtout parce que la légende a été racontée dans Hakawati de Rabih Alameddine que j’ai lu récemment.

A cet ouvrage, je dois aussi, l’attention particulière aux pigeons voyageurs….

Je suis retournée au livre espérant me promener dans ces décors maintenant familiers.

J’ai été étonnée de ne pas trouver beaucoup d’allusions à ces châteaux d‘Oultre-Jourdain.  Forteresses qui me semblaient d’importance stratégique sur les routes des caravanes et des pèlerinages. Il semble que les sièges de villes  comme Antioche, Alep, Tripoli et Acre étaient d’importance incomparable! Sans parler des intrigues ourdies au Caire, Damas ou Bagdad.

Une lecture dense,  se déroulant sur près de deux siècles. Relire pour réviser m’a fait plaisir mais il faudra encore bien des lectures, et des voyages(? ) pour assimiler cette Histoire.

Kerak

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Kerak

Kerak  ou Al-Kerak, est une ville moyenne animée avec deux universités. La citadelle des Croisés Kerak ou Krak des Moabites, est à l’écart de la ville au dessus de la route qui descend vers la Mer Morte à Potash city. Nous suivons les panneaux marrons « Castle Panorama » qui nous conduisent vers un mirador (et un restaurant) d’où on peut admirer le spectacle Sons et Lumières. Le château et son glacis sont impressionnants mais nous ne sommes pas rendus ! Entre le mirador et le château une profonde vallée entaille le relief.

Nous repérons la route à suivre mais aboutissons dans un marché où il faut rouler au pas des chalands qui ne se pressent pas. Je peux admirer des tenues féminines affriolantes, barbotteuses tissus panthère ou pastel, portées sous l’abaya ou à la piscine ? Les robes traditionnelles brodées au point de croix sont suspendues aux tôles des auvents, piles d’oranges, tomates concombre, oignons dans de grands sacs. Je demande le chemin « kalaat ? » un homme qui buvait son café se lève court devant la voiture, à droite, puis à gauche, puis direct (il fait le geste). Plus loin, c’est bouché ! Un petit camion a baissé son hayon devant une boulangerie et deux jeunes hommes déchargent des sacs de farine. Le plus jeune tire les sacs avec un crochet, l’autre, un sac vide sur la tête charge le sac plein sur son épaule. On nous fait signe de contourner. Avec une extrême précision (et l’aide des consommateurs du café) cela passe sans accrochage. Un très gros 4×4 est garé au coin de la terrasse du café. Vide. Nous sommes coincées. Le chauffeur du camion de farine recule. Dominique, au volant, peste. Je retiens mon souffle.

Le château de Kerak

Château de Kerak : vu de la basse-cour

Le château de Kerak a donné son nom à la ville. Un chapitre entier du guide bleu lui est consacré : son histoire remonte à la Bible, elle fut la capitale de Moab – ville des Tessons – et fut attaquée par les Israélites au 9ème siècle av. JC par le roi Joram guerre, racontée sur la stèle de Mesha.

 Evêché, à l’époque byzantine. L’importante population chrétienne facilita l’installation des Croisés. En 115, Baudouin 1er, roi de Jérusalem en fit la capitale d’Outre-Jourdain. En 1140, Payen le Bouteiller fit construire la forteresse qui échut à Renaud de Châtillon, sombre personnage qui terrorisait la région et les caravanes. Saladin assiégea le château en 1183 et 1184 mais ne réussit pas à le conquérir ; les Croisés firent un grand feu sur la plus haute tour et alertèrent le roi Baudouin IV, le roi lépreux, qui secouru les assiégés. Les Croisés furent vaincus à la Bataille de Hattin en 1187. Saladin, fit grâce à la plupart des Croisés mais tua Renaud des Châtillon de ses propres mains. Après la mort de son mari Etiennette de Milly soutint le siège durant plus d’un an et saladin ne put le conquérir qu’en novembre 1189. C’est Saladin qui a sa statue équestre devant le château.

En 1283, Baybars, le mamelouk, s’empara de Kerak.

Du fier château, il ne reste qu’un squelette après qu’Ibrahim Pacha, en 1840 ne détruise une grande partie des fortifications.

Kerak :souterrains

Le visiteur individuel n’a aucune indication pour visiter la forteresse. Pour se repérer, seulement un plan à l’entrée. Je descends dans la Basse-cour où des étudiantes en blouse blanche et voile rouge tournent un film. Au niveau supérieur je découvre les fameux souterrains et parcours de fraîches salles sombres et profite de la fraîcheur, admire la taille des salles, la hauteur des voûtes. Incapable de savoir si je visite des salles de réception ou les réserves de victuailles ou d’arme. J’ai peur de m’y égarer et retourne sur mes pas. Je trouve le puits de lumière mais pas le musée ni la chapelle. J’aurais bien aimé voir les photographies de Gertrude Bell.

Quitter Kerak est un peu compliqué. Suivant les panneaux touristiques. Suivant les panneaux marrons nous n’avions pas branché le GPS, il est temps de le remettre en service.

Umm-er-Rassas et la route du roi vers le sud

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colonne stylite

Sur la Route du Roi, 32km au sud de Madaba, Dhiban est le site où l’on a trouvé la célèbre stèle de Mesha dont j’ai vu la copie au Musée archéologique de Madaba. L’original se trouve au Louvre – je me promets d’aller lui rendre visite.

De Dhiban, vers l’est,  on rejoint le site d’Umm-er-Rassas (très bien expliqué sur le Guide du Routard). A travers des champs de blé avec des moutardes jaunes, nombreux troupeaux paissent. Que font les bergers toute la journée.? Certains jouent de la flûte, d’autres manipulent leur téléphone.

Umm-er- Rassas

Umm-ar Rassas

Umm-er-Rassas est inscrit depuis 2004 sur la liste de l’UNESCO du Patrimoine de l’Humanité avec ses 16 églises et sa colonne Stylite. On a construit un très grand centre des visiteurs avec bureau de Poste, poste de Police, magasins de souvenirs, billetterie et restaurant. De tous ces aménagements, seul le poste de police est ouvert. Il faut d’ailleurs s’y faire enregistrer avec vérification de mon Jordan Pass. Un cheminement bien plat invite Dominique à la promenade jusqu’à Saint Etienne où un hangar de tôle protège les mosaïques.

Eglise saint Etienne

Celle de l’Eglise Saint Serge est un  tapis végétal, les personnages ayant été abimés par les iconoclastes. Je reconnais  une maison, des cornes d’abondance, des feuilles de vigne. Les bordures sont en meilleur état, plusieurs frises s »’emboîtent,  de l’intérieur vers l’extérieur : les vendanges avec grappes et corbeilles, une frise géométrique, enfin des frises « à la grecque ». !Dans le chœur près de l’autel sont représentés deux béliers que j’avais ris pour des chevaux, sous deux arbres.

Villes de Palestine t motifs nilotiques

J’ai vu une reproduction de la mosaïque de Saint Etienne à Madaba. L’original est quand même autre chose ! Je m’applique à filmer chacune des villes. J’identifie facilement Philadelphia (Amman), Madaba, Néapolis (Naplouse) je ne trouve pas Jérusalem. Les villes du delta du Nil figurées en face ne sont pas connues de moi. La bordure interne aux « figures nilotiques », bateaux, poissons, m’avait inspiré des voyages plus lointains.

Nou nous promenons au hasard dans les vestiges difficilement identifiables (toute une ville) . Il faut faire attention de ne pas tomber dans les ouvertures des puits ou des citernes.

Citernes ou caves?

La colonne stylite est un peu plus lin à l’écart. Ce n’est pas une colonne à proprement parler, plutôt une tour carrée. Souvenirs de lecture de Lacarrière, il faudrait que je relise Les Hommes ivres de Dieu. J’imaginais cette colonne moins haute. A une telle altitude, l’ermite était vraiment coupé du monde. Sa position sur la terrasse était plus confortable que je ne l’avais imaginée. En revanche le ravitaillement était peut être compliqué (quoique avec un panier et une corde….)

Iris noir de Jordanie

Au retour je photographie deux très beaux iris très foncés. Sont-ce les fameux iris noirs(Iris nigricans) symboles de la Jordanie ?

Wadi Al-Mujib : barrage

Retour à Dhiban sur la route 35 (Route du Roi)jusqu’à Kerak : étape de 50km parmi les cultures verdoyants sur les hauteurs coupées par le canyon creusé par la Wadi Al-Mujib, entaille profonde de 900m dans un désert très aride et pierreux. Un barrage sur le wadi retient un lac bleu turquoise dans un écrin de roches beige ou roses. Des bédouins ont installé leurs tentes. Près du barrage, une oasis  de cultures très vertes et d’autres sous plastique. Des enfants en uniforme bleu, les petis, verts, les plus grands sortent de l’école. La route passe sur le barrage. Dans le creux du canyon le thermomètre de la voiture indique 28°C (avec le soleil il doit faire beaucoup plus). Nous déjeunons sur le versant sud du canyon, dans un virage, au Restaurant Trajan Rest House qui propose pour 10JD le même buffet qu’à Jerash. Cuisine sans recherche ni goût mais il y a des gombos et j’adore cela. Comme à Jerash, nous payons plutôt pour l’emplacement magnifique que pour la cuisine quelconque. Des cyprès ont été plantés le long de la route qui remonte sur le plateau où nous retrouvons l’agriculture.

Mukawir : Machéronte le Palais d’Hérode

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la Mer Morte le matin

Le muezzin m’a réveillée, la mosquée est toute proche.

Petit déjeuner local : sur une grande assiette carrée, des tomates en quartier, des concombres en rondelle, olives noires, humus, la confiture est présentée dans une tranche de poivron vert, pain arabe et café turc excellent.

Omar qui  sert ce matin, est professeur d’anglais et d’espagnol. Nous bavardons en attendant que son compère aille chercher une carte de crédit téléphonique. Même local, le téléphone est une ruine.

Le vent a chassé les nuages et le ciel est limpide.

La forteresse d’Hérode

Le détour par MachéronteMukawir en arabe – n’était pas à notre programme. Nous nous laissons tenter par le détour (une quarantaine de km en plus). C’est la forteresse f’Hérode bâtie par Alexandre Janneus au 1er siècle avant JC où se déroula l’histoire de Saint Jean Baptiste et de Salomé. J’ai eu l’occasion de lire récemment la pièce d’Oscar Wilde et de relire Hérodias de Flaubert. La forteresse fut détruite par Gebrinius sur l’ordre de Titus en 70 après JC.

Il faut quitter la Route du Roi à Libb vers l’ouest la route serpente au sommet de collines plantées d’oliviers, de blé bien vert égayé par les fleurs jaunes de la moutarde sauvage. Au détour de la route, la surprise : la Mer Morte et la Plaine du Jourdain, beaucoup plus nets et colorés qu’hier avec la brume. La vue est tellement belle que je prends mon temps pour marcher à pied. Je crois deviner les maisons coiffant une colline et pense que cela ne peut être que Jérusalem, Jericho plus proche est dans un creux.

Genet blanc

Au village de Mukawir, un grillage enclos deux églises byzantine contenant des mosaïques. Le bédouin, gallabieh brune, caffieh rouge à damier, canne et fine moustache blanche, devant sa tente ne m’ouvre pas le site mais me fait retourner pour pointer une colline pointue: « le château est là-bas !». Des mimosas en fleurs, un genêt blanc égaie la colline pelée. Sur l’acropole, deux colonnes : je devine les mus du palais. La pente est bien raide, notre route bien longue. Je renonce à gravir le chemin – à regret. Décidément, ce circuit en deux semaines est une série de renoncements, nous aurions dû prévoir trois semaines. Le paysage de désert est splendide, les bancs calcaires sont parsemés de brins verts qui sécheront sans doute bientôt, je distingue des grottes, certaines obturées par des murets : abris pour les hommes ou les troupeaux ? La rive occidentale de la Mer Morte est très nette. Bouffée de nostalgie !

 

HERODIAS :

La citadelle de Machaerous se dressait à l’orient de la mer Morte, sur un pic de basalte ayant la forme d’un cône. Quatre vallées profondes l’entouraient, deux vers les flancs, une en face, la quatrième au delà. Des maisons se tassaient contre sa base, dans le cercle d’un mur qui ondulait suivant les inégalités du terrain ; et, par un chemin en zigzag tailladant le rocher, la ville se reliait à la forteresse, dont les murailles étaient hautes de cent vingt coudées, avec des angles nombreux, des créneaux sur le bord, et, çà et là, des tours qui faisaient comme des fleurons à cette couronne de pierres, suspendue au-dessus de l’abîme.

Il y avait dans l’intérieur un palais orné de portiques, et couvert d’une terrasse que fermait une balustrade en bois de sycomore, où des mâts étaient disposés pour tendre un vélarium.

Un matin, avant le jour, le Tétrarque Hérode-Antipas vint s’y accouder, et regarda.

Les montagnes, immédiatement sous lui, commençaient à découvrir leurs crêtes, pendant que leur masse, jusqu’au fond des abîmes, était encore dans l’ombre. Un brouillard flottait, il se déchira, et les contours de la mer Morte apparurent. L’aube, qui se levait derrière Machaerous, épandait une rougeur. Elle illumina bientôt les sables de la grève, les collines, le désert, et, plus loin, tous les monts de la Judée, inclinant leurs surfaces raboteuses et grises. Engaddi, au milieu, traçait une barre noire ; Hébron, dans l’enfoncement, s’arrondissait en dôme ; Esquol avait des grenadiers, Sorek des vignes, Karmel des champs de sésame ; et la tour Antonia, de son cube monstrueux, dominait Jérusalem

FLAUBERT

 

Madaba et le Mont Nebo

CARNET DE JORDANIE

 

Mosaïque de Madaba (parc archéologique)

Pour le Mont Nebo je fais confiance au GPS qui nous guide dans les petits chemins et les villages jusqu’à Madaba. Malheureusement, il est réglé sur le centre artisanal de ce nom et non pas sur le monastère. Petites rues embouteillées, nous avons un avant-goût de la conduite dans cette petite ville. La route du Mont Nebo est bordée de pins puis de centres artisanaux et des restaurants pour touristes.

Difficile de distinguer le « mont » sur l’épaulement des collines. Il est coiffé d’une « église » moderne Entrée payante (2JD) le Jordan Pass n’est pas accepté. Les nombreux cars ont déversé des classes de filles. Nombreuses sont « en cheveux » est-ce parce qu’elles sont chrétiennes ou parce qu’elles sont trop jeunes pour être voilées ? Elles ne s’intéressent que très peu aux mosaïques, trop occuper à se photographier les unes les autres. Les touristes les intriguent. Deux grandes (voilées) me font passer un véritable interrogatoire « Pourquoi avez-vous choisi la Jordanie ? – avez-vous visité d’autres pays du Moyen Orient ? pourquoi pas Dubai ? » . Les plus petites exercent leur anglais « what is your name ? ». Elles sont bien amusantes.

Mosaïque du Mont Nebo, la « girafe » tenue en laisse
girafe tenue en laisse

L’église, très moderne est conçue pour protéger une église ancienne et les précieuses mosaïques très exotiques avec des animaux. Un noir tient e laisse une autruche, un dromadaire, des chasseurs transpercent un ours et un sanglier ; thèmes de chasse étonnant dans une église. Cette œuvre remarquable a été datée (530) et signée. Elle conviendrait mieux au Palais de Constantinople qu’à un lieu sait.

La terrasse garde les fondations du monastère. Chacun vient contempler le panorama comme Moïse qui n’a pu fouler la Terre Promise.

Face à la Terre Promise, sur la Terrasse du Mont Nebo, crucifix ou bâton de Moïse avec le serpent.

Pour le déjeuner, les restaurants prometteurs semblent fermés (l’un d’eux avec des  scènes de la Bible en plâtre dans le jardin,  n’ouvrira que pour le dîner) le parking du suivant est encombré de cars…La conduite dans Madaba devient un véritable cauchemar pour Dominique. Le fenêtre « batterie faible » occupe l’écran, au pire moment  l’appareil s’éteint à nombreuses reprises (bien qu’il soit branché sur l’allume-cigare de la voiture depuis ce matin 8h) .  J1’ai programmé le Parc Archéologique c’est un complexe d’églises anciennes en pleine ville. Les rues commerçantes sont étroites, embouteillées ; Les habitants laissent leur voiture au milieu de la circulation, ouvrent leur portière, klaxonnent. Quand, enfin on a garé la voiture à proximité du parc archéologique, ce sont les restaurants qui sont introuvables.

On a tourné près de deux heures au hasard, empruntant toujours les mêmes rues. Enfin, à la limite de la ville, nous découvrons une échoppe de falafels . Pour 1JD nous avons deux pita/falafel et pour un autre JD deux oranges, deux bananes. Déjeuner tout à fait suffisant !

Madaba : église de la vierge, curieuse mosaique ronde

Le parc archéologique expose de nombreuses mosaïques provenant des églises voisines, il contient l’Eglise de la Vierge redécouverte en 1857, érigée sur un ancien temple romain. On voit encore les arches romaines . Le  plan circulaire inhabituel pour une église repose sur les structures du temple. Une très belle mosaïque ronde entourée d’entrelacs islamiques fait la synthèse entre toutes ces origines, l’art byzantin rencontre l’art islamique.

La salle d’Hippolyte raconte la tragédie d’Euripide. On reconnait Phèdre, Aphrodite, et les petits amours. Trois villes sont personnifiées Rome, Gregoria et Madaba (j’ai cherché sans trouver Gregoria). C’est une mosaïque vraiment extraordinaire

Moins spectaculaires, les mosaïques de l’église de Matrouh : les médaillons ronds ou hexagonaux sont entourés de belles frises en camaïeu gris-beige-jaune ou rouge-rose-bleu.

Sur un mur, on voit de belles maisons représentant les villes des environs.

Le decumanus de la ville romaine passe dans le Parc Archéologique.

Il y a aussi une mosaïque provenant de la forteresse de Machéronte  d’Hérode le grand que nous verrons demain.

La mosaïque la plus fameuse est celle du plan de la Palestine qui se trouve dans l’église Saint Georges. A l’issue de ma visite au Parc Archéologique je pars à la recherche de Saint George. Me guidant à un clocher qui dépasse les maisons j’arrive à la grande église Saint Jean Baptiste qui est diamétralement opposée sur le plan. Il faut dire que nous avons tant tourné que j’ai perdu le  nord.

les écoliers de Saint Jean Baptiste

Saint Jean Baptiste est une église catholique encore en fonction avec un haut clocher carré coiffé d’un toit à 4 pentes et surmonté d’une croix. Dans le presbytère, on aménagé une sorte de musée avec la reproduction moderne de la mosaïque de Saint Etienne. Aux murs des photographies anciennes très intéressantes des années 1900 : on voit des paysans et les élèves des écoles catholiques. Les petits garçons arbore une tenue bédouine avec chèche et cordelette, les filles habillées de noir et parfois voilées.

Le prêtre me propose de découvrir les souterrains sous l’église ; C’est une promenade très surprenante. Je ne sais pas trop où j’arrive. Je renonce à l’autre attraction : grimper au sommet du clocher pour avoir une vue plongeante sur Madaba. Des souterrains on débouche dans l’église, très vaste, moderne de peu d’intérêt.

A proximité, notre hôtel Saint Jean. Je retourne à la voiture en mémorisant le parcours. Nous sommes passée dans ces rues, n’avions pas remarqué l’hôtel ni les resaturants alors que les cherchions.

Comme il est déjà 16h et que tout ferme à 17, je choisis les visites les plus proches.

Le Musée est poussiéreux. J’aurais sans doute profité de la visite si un vieil homme à caffieh à damier ne s’était imposé comme guide et ne m’avait imposé ses commentaires en arabe. Les mosaïques ont perdu leur éclat dans la poussière, les lampes à huile en poterie, les lourds bracelets en argent auraient mérité des efforts de présentation.  Par politesse, je laisse mon hôte me détailler chaque objet, il méritera son bakshish !

L’Eglise des Apôtres se trouve en périphérie de la vieille ville. Ce n’est pas une église mais une structure protégeant les mosaïques. Pierre et tuile, rien de l’extérieur ne laisse deviner que c’est une construction relativement récente. Le gardien fait des efforts pour mobiliser mon attention en pulvérisant de l’eau pour raviver les couleurs des mosaïques. Je lui donne un JD qu’il accepte en feignant d’être surpris.

Il est trop tard pour l’église Saint George. Je ne verrai pas la mosaïque la plus célèbre de Jordanie.

Hôtel saint John : lobby

Accueil très chaleureux à l’Hôtel Saint John dont la gestion est familiale. Comme tous les Jordaniens, le réceptionniste s’inquiète de notre perception de la Jordanie et des Jordaniens ?

Notre chambre est simple mais confortable ; Il y a un très grand lit et un écran plat de grande taille (avec BFMTV en français. La climatisation a été inversée pour servir de chauffage. La fenêtre est petite et il n’y a pas de vue, ce qui n’est pas grave puisqu’au 4ème étage la terrasse est très agréable avec une vue étendue sur la ville, le clocher de l’église Saint Jean Baptiste, la coupole dorée et les minarets comme   effilés au taille-crayon, de type turc.

Sur une terrasse voisine, un homme brandit une épuisette à la manière d’un filet à papillons. Il siffle. Une troupe de pigeons arrive à son appel.

Nous y passons le reste de la soirée. Thé à la menthe au soleil couchant en triant les photos dans des fauteuils confortables/ La température a sérieusement fraîchi, j’enfile une polaire et m’enroule dans le cachemire de ma grande écharpe grise.

Des jeunes filles aux longs cheveux lâchés jouent aux cartes en fumant des narguilés. Elles  sont très gaies (et bruyantes). La musique est au volume maximum La lumière passe du rouge au bleu donnant au Skybar une ambiance de boîte de nuit (il n’est pas 19h). De nouvelles jeunes filles arrivent, toutes sur le même modèle, pantalons serrés, blousons gris ou rouge, cheveux très longs, peu ou pas de maquillage à la différence des voilées qui arborent un rouge brillant et des yeux très charbonnés. Embrassades entre filles (discrètes) entre garçons, bises, pas de mélange de genres. Autant les filles sont exubérantes, autant les garçons silencieux.

Quand arrive l’heure de la prière, la musique est mise en sourdine ; l’hôtel Saint John est catholique mais respect le chant du muezzin.

Les pigeons au coucher du soleil

On nous apporte une très grande variété de salades : persil haché et tomates coupées très fin, servie sur des feuilles de salade, humus décoré de feuilles de menthe et lignes de sumac, tehina décorée de pois chiches, fétouche avec des croutons arrosés d’une sauce couleur caramel, une salade absolument  délicieuse de tomates, concombres aubergines finement hachés avec des poivrons, de la pomme et des amandes. Au début nous chipotons, ne picorons que pour goûter – pour garder de l’appetit pour le plat principal – puis on liquide tout. C’est tellement bon ! Quand on nous apporte le poulet coupé en dés dans des oignons recouvert de pita chaude nous n’avons plus faim ; Nous goûtons pour faire honneur au cuisinier en se forçant un peu.

La Mer Morte

CARNET DE JORDANIE

Mer Rouge et cristaux de sel

Après la route de l’aéroport,  fluide, la descente est interminable dans les collines. Avec un dénivelé de 1200m, les oreilles se bouchent comme en avion. Au détour d’un virage j’aperçois la Mer Morte dans une atmosphère très embrumée.

.Nous renonçons à Béthanie, le site du baptême du Christ – payant hors Jordan Pass – qui nous rallongerait le circuit. Nous ne sommes pas en pèlerinage !

la Mer morte  et la Plaine du Jourdain noyés dans la brume

La vallée du Jourdain est moins verte que je ne le présumais. Nous passons devant une bananeraie (bien gourmande en eau). Dans la luzerne tournent  les arroseuses. Plus loin des champs de pommes de terre et des choux. Des haies de cyprès cachent d’autres cultures. Enfin elle émerge de la brume, bleue opaline, évanescente. Les collines de Judée estompées se confondent avec le ciel. Je suis submergée de souvenirs : descente d’Arad à Metzada à grande vitesse dans els tournants, baignade vers Ein Gedi….

les écolières à la plage, en face la Rive Occidentale

Une première tentative d’approcher la mer tourne court. Nous empruntons une petite route agricole qui s’arrête 50m plus tard dans un champ. Une piste nous ramène à la route par des acacias. Deuxième essai près d’un hôtel, on arrive sur un grand parking où sont garés deux minibus. Un cavalier fonce sur nous à bride abattue « Bicture ? »je fais « non » d’un claquement de langue puis me dirige vers le groupe de gamines qui pique-niquent sur des tables de bois. Elles sont mignonnes. La baignade c’est beaucoup plus bas et inaccessible. Les hôtels de luxe ont installé des plages privées invisibles et surtout très chères. Il y a bien une plage publique Amman Beach mais l’entrée est à 20JD cela fait très cher si on n’a pas l’intention d’y passer la journée. Nous renonçons, il y a tant à voir dans cette journée. Le maillot sera inutile, ainsi que les soins intensifs pour guérir à temps les bobos aux pieds aussi.

derrière le drmadaire, Amman Beach

La température était de 12°C à Amman, sur le bord de la Mer Morte elle frise les 30°C et le soleil brûle, au lieu de rouler la caffiah en turban, je me voile pour cacher le visage .

Nous dépassons les hôtels espérant approcher de l’eau, en vain. J’arrive quand même à photographier des concrétions salines qui font une frange blanche brillante sur les roches foncées. Les nuages se sont dissipés, la brume s’est levée. Les montagnes de Judée – Palestine ou Israël ? – en face sont blanches tandis que la rive jordanienne est brune ou pourpre.

Une route passant par le « complexe panoramique » et les sources chaudes de Ma’in va vers Madaba. Spectacle en technicolor, les strates alternent brunes et vertes ou roses et blanches, photogéniques !La descente sur la cascade de Ma’in est impressionnante. A l’entrée du site, il y a une grande queue. Entrée 15 JD chacune.  Comme pour la Mer Morte, nous renonçons à la baignade, je privilégie les mosaïques de Madaba. Décidément il manque une journée Mer Morte à notre programme ! la remontée se fait bien, et continue dans le désert jusqu’à ce que je remarque des asphodèles (fanées) puis des pins, isolés au début, enfin une véritable forêt. Nous sommes au col, les pins sont touffus. Le plateau est cultivé, blé bien vert sur la terre rouge, paysage agricole paisible, oliviers gris-bleus, maisons dispersées. Il y a aussi des vignobles avec de hauts ceps et des sarments courant sur les fils.