Les chateaux du désert d’El Azrak à Zarqa

CARNET JORDANIEN

Chateau d’Al Azrak

El Azrak

Nous arrivons vers midi à El Azrak. Cette petite ville est située dans une oasis ancienne : de grands et hauts tamaris se balancent au vent. Deux  réserves  dans des zones humides à proximité permettraient des promenades et peut être l’observation des oiseaux et de la faune locale. El Azrak est aussi un carrefour routier entre la route allant vers le sud et l’Arabie Saoudite et Aqaba et celle de l’Irak vers l’est. Deux routes relient Amman , la 40 par laquelle nous sommes arrivées et la 30 qui passe plus au nord. De boutiques exposent leur marchandise sur le trottoir et il y a de nombreux restaurants.

chateau d’Al Azrak

 

Le château d’El Azrak se trouve 6 km au nord du village principal, à l’entrée du bourg El Azrak-ash-shimali. Sa taille est impressionnante. Il est construit de gros blocs de basalte. Le guide bleu attribue sa construction aux Nabatéens, pour surveiller la route caravanière. Deux blocs gravés en latin et en grec attestent de la présence romaine. On dit que Dioclétien et Maximilien  le fortifièrent. Il fut occupé par les Omeyyades : en 744 le calife omeyyade Walid II construisit une enceinte. Il est surtout célèbre parce Lawrence y fit halte avant la conquête de Damas avec Fayçal. On veut voir « la chambre de Lawrence »accessible par deux escaliers de pierre. C’est une salle voûtée au plafond de basalte. Il ne reste rien de Lawrence, un séisme l’a détruite. En revanche, la porte du château  date de l’Antiquité ; ses battants sont en lourd basalte tournent  sur ses gonds de pierre. Je me suis amusée à la pousser. Elle est très lourde. J’imagine son grincement sinistre dans la nuit raconté par Lawrence dans les Sept Piliers de la Sagesse.

Retour au carrefour pour chercher la Réserve, la station service et le restaurant Al-Ryad recommandé par le Guide du Routard. Proche de la station service (éclipsée par la cafetière géante) reconnaissable aux murets de basalte et à la balustrade blanche. L’accueil est cordial. Au menu, diverses grillades et brochettes. Dominique commande un demi-poulet grillé et moi, un plat jordanien typique : du mensaf : sur une bonne portion de riz parsemé de persil ciselé et de cacahouètes grillées se trouve un pavé jaune qui est de l’ageau mitonné, fondant (du collier semble-t-il. Avec on a servi un bol d’un liquide jaune fumant – sauce ou soupe ? – citronné délicieux.

Comme chez Hacheem, le serveur a recouvert la table d’un film plastique, apporté du pain arabe et des cuillers. Perplexité : comment manger sans couteau ni fourchette. J’ai toujours mon canif dans mon sac, on réclame des fourchettes, puis je mets les doigts pour détacher des lambeaux d’agneau. Quatre jordaniens s’installent à la table voisine, galabiehs brunes ou blanches impeccable et caffiehs à damier. Je les regarde se servir de leur pain pour emballer la nourriture qu’ils pincent sans se salir els doigts. De l’autre côté, les chats veillent, discrètement au début, bruyamment ensuite. Ils se tiennent derrière une rangée de narguilés argentés bien astiqués.

La route de la Réserve débouche juste en face. Elle est très payante : 7JD, le Jordan Pass n’est pas accepté. Nous renonçons à la promenade sur les pontons, les seuls animaux annoncés sont des gamousses. On ne va pas payer 7JD chacune (environ 12€) pour voir des buffles !

E circuit emprunte la route 30 – excellente route dans un désert de cailloutis légèrement ondulé de collines ; Bizarrement, les routes ne sont pas fléchées avec le nom des villes mais avec la direction des pays voisins. A gauche nous longeons le camp de réfugiés d’Azrak, tentes ou maisonnette blanches serrées les unes contre les autres à perte de vue, enfermées dans un grillage. Sur els bords de la route, des véhicules militaires avec mitrailleuse lourde et même des chars. Cela n’incite pas au tourisme. On construit des infrastructures, des parkings, des canalisations, des routes. Un nuage de poussière signale un nouveau chantier. Bizarrement, on ne voit ni gens ni voitures. J’aurais pensé une plus grande animation. Ce camp a été construit il y a déjà trois ans mais les articles que j’ai pu lire sur Internet signalent qu’il n’est que partiellement occupé.

qsar-al-habalat

D’après la carte deux châteaux du circuit devraient se trouver non loin de la route, on ne les voit pas, il faut dire que tout ce chantier peut les cacher ! Il y a aussi une grande base militaire et ces carrières de pierre à bâtir. 15 km avant Zarqa un complexe d’usines chimiques borde la route. Il nous faut donc faire le détour par le nord et Ad-Dulay pour retourner vers l’Est avec l’aide du GPS.

Qasr-al-Halabat

Le château est perché sur la colline, il est surplombé par une haute grue qui montre une restauration en cours. A l’entrée le Centre des Visiteurs en belle pierre blanche est fermé. La billetterie est vide « no tickets » et le musée est fermé. Je monte librement sur la colline. Un joli bâtiment carré, la mosquée, a été bien restauré (je présume que c’est une mosquée à cause du mirhab) encadré par une jolie arche.

Qsar al Haballat mélange de pierre calcaire et de basalte

Le Château est un peu plus loin, noir et blanc. Un adolescent surgit « chouf el qsar ? « . Il ne parle pas anglais mais joue les guides et me montre les mosaïques, je vois le canard mais pas le serpent à barbe signalé par le Guide Bleu p 193. Des ordures jonchent les précieuses mosaïques. Il y a un beau puits ciselé dans la cour ; Sur une tour trois copain de mon « guide » sont perchés, puis le gardien arrive « no problem ? » Je lui réponds que je suis professeur et que mes élèves ont leur âge. Penaud il rétorque que les jeunes font écrouler les murs en grimpant et qu’il est forcé de les chasser.

Je n’ai pas reconnu la forteresse romaine construite sous Caracalla ni la villa omeyyade, ni le monastère.

Hammami es-Sara

Comme ce matin, un établissement de bains à proximité du château. Bien restauré mais peu intéressant après la visite de ce matin.

Nous rentrons par Zarqa. Madame GPS nous enjoint en même temps de tenir la droite et de monter sur la bretelle à gauche. Avec ces ordres contradictoires, nous perdons la route principale pour passer par une ville embouteillée ; la traversée de Zarqa est interminable. C’est une grande ville de près d’un million d’habitants. La circulation y est infernale dans les petites rues. Nous rentrons à la tombée de la nuit à l’Hotel Retaj heureusement il est facile à trouver sur la grande voie rapide Zahran Street Four Seasons très haut et Sheraton nous servent de repère.

 

 

 

 

 

 

 

 

Les châteaux du Désert Qsar Kharaneh et Qusair Amra

CARNET JORDANIEN

Qasr- el- Kharaneh

C’est l’aventure !

Nous quittons Amman par la route de l’aéroport selon les conseils du portier de Retaj. Le pictogramme du petit avion nous guide, il y a très peu d’indications en lettres latines. A la sortie de la ville, le GPS prend le relais dans les zones artisanales ou commerciales, d’autant plus que seules Aqaba et la Mer Morte sont indiquées (vers le sud alors que les châteaux sont à l’Est)

On traverse les villes de Sahab et de Al Muqqawar.  Des marchandises sont artistiquement empilées dans la rue. Nous achetons un pack de 6 bouteilles d’eau pour seulement 1 JD , le même prix que la minuscule bouteille de l’hôtel. Je prends le pack, entre dans la boutique, attendant patiemment que la cliente au comptoir emballe tout un caddy de friandises. Le magasin embaume le café moulu sur place. Dans une grande vitrine on a mélangé amandes cacahouètes et pistaches, le mélange est du meilleur effet. Des tiroirs ouverts contiennent des friandises emballées dans du papier brillant. Les pots de khalva ont la taille de pots de peinture. Cette confiserie est tellement appétissante.

La route 40 traverse un désert caillouteux plutôt plat. Rien n’accroche le regard, à part la ligne électrique. Le matin tôt, seuls quelques gros pick up foncent. Plus tard arriveront les gros camions qui vont en Irak et en Arabie Saoudite. Ils transportent surtout du matériel de construction, sacs de ciment ou énormes blocs calcaires.

Qasr -el –Kharaneh

Notre premier château du désert se dresse fièrement non loin de la route. Solide cube de belles pierres claires, renforcé de tours rondes à chaque coin. Daté 711 ap.JC  du règne du calife Omeyyade Al-Walid-ibn-al-Malik. Plusieurs interprétations à propos du rôle de ce château, forteresse ou Khan?il ressemble aux caravansérails vus en Turquie, en Arménie et en Ouzbékistan.

Au rez de chaussée les hautes ouvertures des écuries permettaient aux dromadaires de s’y abriter. Des pièces sont réparties autour d’une cour centrale carrée. Deux escaliers extérieurs en pierre conduisent à l’étage où 4 grandes chambres s’ouvrent sur d’autres plus petites. Un gradé accompagné par un jeune policier s’entête à chercher le hammam. Il m’explique en bon anglais que le calife avait 4 femmes qui devaient avoir tout le confort. Comme j’ai lu que  le château était un caravansérail, je pense qu’il y avait plutôt des marchands que les femmes du calife. J’en ai conclu que le gros policier était un macho. L’étape suivante m’expliquera son obsession du hammam.

Qusayr Amra

Qusayr Amra : les bains

Plus qu’un château, c’est une halte de plaisance avec des bains dont les fresques sont surprenantes. Ce site exceptionnel fut découvert par Alois Musil en 1907 et connu une restaurationpar  une équipe espagnole en 1971 et 20 ans plus tard avec les français. Classé au Patrimoine de l’Humanité,  son Centre des Visiteurs est très intéressant. Des panneaux en arabe- anglais et français donnent des explications très complètes sur le site mais également sur les califes omeyyades

Califes omeyyades :

la capitale fut Damas et qui entreprirent l’arabisation de la région avec le développement de l’écriture coufique et l’émergence d’une littérature arabe. Sus leur règne la tolérance permit l’intégration des cultures locales byzantines et perses. En plus des monuments emblématiques comme la Mosquée de Damas et le Dôme du Rocher à Jérusalem, on leur doit, en Jordanie la citadelle d’Amman et plusieurs châteaux  du désert.

Site de Qusayr Amra :

Dans un climat semi-aride, le Wadi Botoum  permettait avec des barrages, des citernes et des ouvrages hydrauliques d’entretenir une quasi oasis. En outre il était situé le long des pistes caravanières. Les habitations étaient construites en hauteur à l’abri des inondations tandis que les bains se situaient dans la zone basse. Des tamaris marquent le lit de l’oued.

Les fresques

Fresque
Fresques : les artisans et les métiers

Une des fresques représente les rois Caesar”, l’empereur byzantin, “Kisra”, l’empereur sassanide, “Negus”, le roi d’Abyssinie et “Rodéric”, le roi wisigoth d’Espagne.

Le prince est dans une construction d’image montrant l’art de recevoir les baigneurs. L’histoire est racontée sur plusieurs registres ; En haut ce sont des scènes de chasse avec le rabattage des onagres, au milieu on voit le roi dans un jardin, une femme au bain. La présence de personnages et même de personnages féminins fort peu vêtus est tout à fait étonnant dans la peinture islamique.  Sans doute, le caractère tout à fait profane du lieu (un hammam) explique cela. Dans la salle voûtée, sur le plafond sont peintes les constellations.

constellations

Une autre pièce est décorée d’animaux dans des médaillons tandis qu’un plafond montre le travail des artisans de l’époque.

L’habilité  et la finesse des fresques évoque l’art des miniaturistes, Ariane à Naxos aurait servi de modèle à la femme aux bains ce qui dénote une influence byzantine.

aniamux musiciens

Malgré les abondantes explications, à l’entrée dans le bâtiment c’est la surprise totale. Je n’aurais jamais imaginé une telle fraîcheur, une telle variété des couleurs et des thèmes. C’est aussi un miracle que je l’ai trouvé ouvert ; A la fin de ma visite, un bédouin en galabieh brune et caffieh à damier rouge ferme le verrou .

Amman, citadelle et Musée archéologique

les vedettes du musée : statuettes d’Ain Ghazal

CARNET JORDANIEN

Dans l’Odéon – théâtre de poche, très bien restauré, un guide francophone sort me montrer les escaliers qui permettent de monter à pied à la citadelle. Des Jordaniens nous disent de prendre le taxi qui ne coûterait que 1 JD, pour nous ce sera 2.

Grotte préhistorique

La Citadelle est construite à l’aplomb du  théâtre. Comme il n’y a pas de source sur la colline un système de citernes et de collecte  de l’eau est encore visible. Pas une goutte  ne devait être gaspillée. Le site est occupée depuis l’âge de Bronze (1700 – 1550avant JC) On peut voir une grotte

Les Romains ont fortifié la citadelle.

Temple d’Hercule et la main de la statue colossale, au fnd, la ville d’Amman

Un grand temple fut dédié d’abord à Tyché de Philadelphia puis à Hercule. Tyché, la Fortune, divinité hellénistique était vénérée en Orient, à Alexandrie, en Crète, à Antioche. Le temenos d’Hercule fut détruit pendant la période byzantine. Il en reste 6 colonnes à chapiteaux corinthiens (161-166 ap.JC). la figure d’Hercule a été retrouvée sur de la monnaie battue à Philadelphia il était associé au dieu ammonite Milkom. 3 chapiteaux corinthiens sont à hauteur d’homme, on mesure mieux l’énormité des proportions.

Musée archéologique

statuette d’Ain Ghazal

Devant le musée on voit   la main  d’une statue colossale. Le musée est vieillot, un peu poussiéreux mais recèle des trésors. Les vedettes sont les statuettes d’Ain Ghazal (8000-4000 av. JC) certaines sont des statues jumelles : d’un corps sommaire, rectangulaire émergent deux têtes délicates au nez et yeux bien formés ; Les yeux sont soulignés de noir (asphalte). Le Louvre héberge une statue d’Ain Ghazal, c’est même la plus ancienne statue du Louvre ; J’irai lui rendre visite à la prochaine occasion.

Statuettes ammonites

L’âge de fer correspond à la Période ammonite et au site de KHirbet-el-Hajjar (8ème siècle av.JC) les statuettes en calcaire sont originales. L’une d’elle porte une inscription en phénicien.

De la période romaine on trouve des céramiques, des statuettes en terracotta, genre des tanagra, des lampes à huile et une barque funéraire, aussi du verre, ‘industrie du verre romain aurait commencé au 1er siècle ap JC.

Antiquités byzantines

La plus jolie poterie byzantine est une lampe à 7 mèches.  Je photographie aussi un cygne formé à partir d’une coquille de porcelaine. On peut voir sur le site une vaste église byzantine ( 550 ap JC)

La ville bruisse de l’appel à la prière du vendredi et des prêches diffusés par des micros.

Palais Omeyyades

En sortant du musée je découvre le Palais Omeyyade  avec la salle de réception restaurée : on a reconstitué le dôme en bois et les décors d’arcs soulignés par des dents (d’influence perse) agrémentées aussi d’entrelacs et de motifs végétaux. Le complexe palatial comprenait aussi des bains, de l’Iwan ou salle d’audience, il ne reste plus grand chose.

Déjeuner chez Hacheem

Tous les taxis connaissent le restaurant populaire Hacheem  recommandé par le guide du Routard. Les  prix des taxis  ont augmenté depuis ce matin : 3JD . Les tables d’Hacheem sont installées dans une ruelle. Des familles jordaniennes sont attablées ainsi que des touristes. Le service est expéditif : le serveur dispose un film plastique sur la table, des cuillers en plastique, une corbeille de pain pita. Au menu, des mezzés : humus, falafels, tomates et oignons, aubergines. C’est très bon et bon marché (5JD pour les deux), à la bonne franquette mais les remplaçants  se présentent et nous ne pouvons nous attarder.

robes brodées

Après la prière du vendredi, les commerçants ont ouvert les boutiques. Des robes brodées rouges ou noirs sont suspendues ou sur des mannequins, mais plutôt que des souvenirs, je cherche une boutique de téléphone qui me remettra ma carte SIM française, et j’espère redonnera vie au téléphone bloqué. Les boutiques de téléphone ne manquent pas. Gracieusement un jeune homme replace la puce – sans résultat pour ranimer le smartphone –  « go to combany ! » me conseille-t-il. Dans la rue commerçante, je trouve le Nymphée romain monumental mais peu gracieux.

 

Après avoir goûté à une pâtisserie locale le Kunafa  au fromage fondu  chez Habiba  dégusté chaud  dans la rue sur le rebord d’un muret (on n’est pas toutes seules).

 

Nous décidons de remonter à la Citadelle pour voir le coucher du soleil. L’ambiance est différente de ce matin. Les familles ont remplacé les touristes. Des enfants font voler des cerfs-volants qui sont des drapeaux jordaniens agrémentés de franges vertes. Je dessine la ville, le théâtre à mes pieds et les collines en face. Dessiner permet de fixer mon attention ? Amman est très minérale avec ses maisons de belle spierres calcaires, quelques cyprès émergent entre les terrasses. Une mosquée à bandes noire et blanches me fait penser à certaines églises toscanes. Je constate une réelle homogénéité de l’architecture, brisée seulement par deux tours jumelles et un ou deux autres gratte-ciel qui dépassent. Il fait frais, le soir,  à Amman, nous n’avons pas prévu de lainage et retournons en taxi à l’hôtel Retaj.

Amman vue de la citadelle

Omar de l’Agence Enjoy Jordan vient nous apporter un petit Nokia hors d’âge et un GPS que nous lui avons réclamés. Nous lui faisons part de nos ennuis : s’il avait donné le Nokia à ses employés hier, je n’aurais pas verrouillé mon téléphone. Il ne s’attarde pas à donner des conseils touristiques. Pour un peu, nous décourage de faire le circuit des châteaux du désert du guide Bleu en entier.

L’hôtel Retaj n’a pas de restaurant mais il est situé dans un quartier où les restaurants de toutes sortes abondent, du fast food Burger King au chic Moulin(en français sur l’enseigne lumineuse) je découvre même un Carrefour Contact. A 50m du Retaj , sur le même trottoir  Jabri sera notre « cantine » c’est une sorte de self service qui propose de la cuisine jordanienne excellente à manger sur place ou à emporter. Sur place, il y a un décor « self service » sans intérêt, j’emporte donc pour 13.5JD deux plats de riz et poulet et deux yaourt lebaneh. On paie à la caisse et le serveur prépare les plats . C’est très bien servi.  Il y en a pour quatre ! Le riz est le meilleur que j’ai jamais mangé : des grains longs et fins sautés et des amandes grillées, le poulet est excellent quand au yaourt ! du yaourt grec en meilleur, plus épais, plus crémeux, un peu acide, une merveille. Nous en mangerons souvent.

Pour terminer la soirée, nous trouvons la BBC et CNN parmi la centaine de chaines en arabe.

 

 

 

 

Amman, une journée pour découvrir la ville :Downtown

Amman théâtre romain précédé de la colonnade du Cardo maximus

CARNET JORDANIEN

A notre programme, une journée libre pour explorer la ville.

Hier soir, nous avons parcouru de grandes artères très larges, bien éclairées passant à travers des quartiers modernes aux belles maisons au parement de pierre (la même qu’à Jérusalem). Un pont suspendu aux éclairages colorés et changeants, relie deux collines « le plus haut du Moyen Orient » commente le chauffeur. Autour de l’Hôtel Retaj où nous logerons quatre nuits, je remarque des grands hôtels, Four Seasons, Sheraton , repères utiles pour retrouver notre chemin.

Aujourd’hui, nous circulons en taxi. Je négocie la course avant de monter :

« Downtown ! 3 JD »

Le chauffeur ne sait pas où nous déposer. Il téléphone à un ami anglophone et me passe l’appareil « au théâtre romain ! ». La course va très vite. Le vendredi matin tout le monde dort, les boutiques sont encore fermées.

Le théâtre romain et l’ancien forum de la ville romaine Philadelphia sont bien conservés. Une belle place dallée avec des arbres maigrelets dans des grandes jardinières les mettent en valeur. Une belle colonnade, reste des galeries bordant le Cardo maximus précède le théâtre. Le théâtre est adossé à une colline très raide. Les gradins sont vertigineux. Une fois grimpée en haut, j’hésite à descendre, encombrée de ma jupe longue. Le mur de scène est encore orné. Je découvre d’en haut le petit odéon.

De chaque côté du théâtre se trouve le Musée Jordanie. A droite, des bijoux et costumes folkloriques de Jordanie et de Palestine sont magnifiques mais les photos sont interdites. Si mon téléphone fonctionnait j’aurais volé des clichés. Les visiteurs sont jordaniens pour la plupart (ou originaire de la région, je sais les reconnaître). Les familles sont accueillantes. Les enfants exercent leur anglais scolaire « What is your name ? Where do you come from ? ». Les femmes me montrent les plus beaux bijoux d’argent ciselé, de corail ou d’ambre.

Dans l’autre partie du musée, on a reconstitué des scènes de la vie quotidienne : un salon urbain de la bourgeoisie, des scènes villageoises.  L’arrivée de la mariée dans un palanquin – véritable cabine carrée faite d’épais tapis – et la procession de dromadaires est spectaculaire.  La fabrication du fromage se fait  dans une outre de peau de chèvre. Divers artisans sont représentés: le vannier et le tisserand,(les fils de laine sont teints  au jus de grenade), le repasseur de couteau, le bijoutiers. Une tente bédouine a été montée, en deux parties, dans la moitié des hommes on prend le café préparé sur les braises à l’extérieur, dans le coin de repos des femmes l’une d’elle fume une longue pipe.  La famille qui m’a adoptée me fait partager son enthousiasme.

Dans l’Odéon – théâtre de poche, très bien restauré, un guide francophone sort me montrer les escaliers qui permettent de monter à pied à la citadelle. Des Jordaniens nous disent de prendre le taxi qui ne coûterait que 1 JD, pour nous ce sera 2.

Je danserai si je veux – film de Maysaloun Hamoud

FILM ISRAELIEN/PALESTINIEN

Laila et Salma partagent un appartement à Tel Aviv. Laila est avocate, belle, indépendante. Salma est DJ et barmaid dans un bar branché. Elles sont joyeuses et libres, boivent des bières, fument des joints et profitent de la vie trépidante de Tel Aviv. Quand Nour débarque dans la colocation avec sa grosse valise et son voile, elle détonne un peu.

Trois filles palestiniennes qui essaient de gagner la liberté et le bonheur, chacune à sa façon.

Laila, courtisée par un collègue juif ,  ne cède pas à ses avances, elle tombe amoureuse de Ziad, le beau garçon qui revient de New York ils forment un très  beau couple mais rapidement Ziad lui demande des compromis inacceptables pour elle.

Nour est fiancée à Wissam, un homme pieux qui ne songe qu’à avancer la date du mariage alors que Nour tient à terminer ses études d’informatique et à obtenir un emploi.

Salma est lesbienne. Sa famille chrétienne de Nazareth, qui paraît tolérante lui présente des prétendants qu’elle refuse.

A chacune, son degré de révolte, sa résistance,  ses limites.

Ce n’est pas facile d’être une femme – palestinienne – libre et heureuse même dans la grande ville.

Un film féministe réalisé par Maysaloun Hamoud qui a cherché à faire entendre une nouvelle voix dans l’ambiance des changements annoncés par les Printemps arabes.

Un film produit par Shlomi Elkabetz dédié à Ronit Elkabetz, sa sœur décédée il y a tout juste un an, bouleversante dans le Procès de Viviane Amsallem qu’ils ont réalisé ensemble.

 

Arrivée à Amman, privée de téléphone!

CARNET DE JORDANIE

Nous attendions beaucoup du survol de la cote dalmate et des îles de la Mer Egée, puis d’Israël…

Le vol a été retardé de plus d ‘une heure. Le soleil s’est couché vers Zadar, il faisait nuit noire sur la Grèce. Au dessus d’Israël, la  densité de l’éclairage électrique orange des routes et des rues, brillant des maisons m’a étonnée.

Tout avait bien commencé à l’aéroport d’Amman, visas commandés par l’Agence Enjoy Jordan, valises récupérées dans les premières.

smartphone et ordi

Cela s’est franchement gâché quand l’employé d’ Enjoy Jordan m’a entraînée à la boutique de téléphone pour acheter une carte Sim. Chaque fois que nous avons fait un « auto-tour », en Arménie, en Bulgarie, Roumanie…l’agence nous avait confié un téléphone local avec les numéros de contacts et un GPS préparé avec les adresses des hôtels et des sites déjà mémorisés (avec les transcriptions orthographiques lisibles par nous et la machine quand l’alphabet est différent de l’alphabet latin). Sur Skype,  j’en avais fait la demande à Omar et il avait promis, téléphone, GPS et carte. Les gens d’Enjoy Jordan sont venus les mains vides : ni téléphone, ni carte, ni GPS !

Alors que je suis très réticente à introduire une carte Sim sur le Smartphone, notre accompagnateur me rassure, il n’y aura aucun problème, selon lui.

J’ai eu raison de douter. Dès que le Jordanien change la puce l’antivirus réagit et verrouille le Samsung : une fenêtre noire me demande de déverrouiller avec le code PIN , impossible. Sur la fenêtre noire de McAfee il est écrit qu’u  email sera envoyé par courrier électronique. Mais ce qui me sert d’ordinateur est précisément le téléphone bloqué.  Au début je ne m’inquiète pas : à l’hôtel, j’aurai accès à Internet sur un ordinateur…Refus catégorique du réceptionniste !

Difficile de m’endormir : dans la chambre d’à côté une télévision hurle. A 5 heures du matin j’appelle la réception qui envoie quelqu’un l’éteindre : il n’y avait personne dans la chambre.

Voici que Google s’en mêle, impossible d’ouvrir ma boîte mail. Pour m’identifier on  m’envoie un SMS sur mon téléphone verrouillé. Cela tourne en rond !

Immense frustration : un smartphone ne sert pas uniquement à téléphoner. Toutes les adresses de mes contacts s’y trouvent. Il me sert aussi de réveil-matin, de lampe de poche. En randonnée, je suis une addict du podomètre. C’est aussi un appareil photo. C’est toujours agréable de montrer des photos de ma maison, de ma famille, aux gens que je rencontre à l’étranger. Je ne parle pas de la Matinale du Monde et du Monde auxquels je suis abonnée. Et bien sûr le GPS (puisque nous n’en avons pas). Sans parler de mes emails,  de FaceBook, de ma musique, mais on peut survivre sans cela…..

Comme je comprends la détresse de mes élèves quand je leur confisque leur portable qui a sonné inopinément en classe!

Au retour, la cure de deux semaine sans écrans  s’et très bien  passée. J’ai même défait la valise, mis la machine à laver à tourner, rangé mes affaires avant de mettre le téléphone en charge et de le déverrouiller.

Retour au XXème siècle quand les smartphones n’existaient pas. Je n’ai reçu le mien en cadeau que pour mes 64ans.

 

 

 

Lawrence d’Arabie – par Michel Renouard – Folio biographies

JORDANIE

Lawrence d'Arabie par Renouard

Dans deux jours, nous nous envolons pour Amman.

Bien sûr nous visiterons Petra et le Wadi Rum qui est un des lieux de tournage du Lawrence d’Arabie de David Lean. Commencer le voyage avec TE Lawrence s’est imposé comme une évidence comme la lecture de la biographie de Gertrude Bell qui suit. C’est une de mes habitudes de me chercher des compagnons de voyages prestigieux dans les bibliothèques. J’aurais pu relire le livre de Benoist Méchin qui était à la médiathèque mais j’ai préféré télécharger celle de Michel Renouard plus transportable en voyage sur la liseuse. 

C’est une biographie sérieuse avec notes (fin de chapitre)  et bibliographie fournie (en annexe). L’ouvrage est découpé en chapitres courts qui se lisent très facilement, chacun résume un épisode de la vie de Lawrence resituant les événements dans leur contexte historique, politique ou littéraire. Lawrence ne se résume pas à l’épisode de la Guerre, guérilla bédouine, bataille du rail,  prise d’Aqaba et chemin de Damas… que le film a popularisé. C’est un personnage complexe que l’auteur cherche à analyser dans ses différentes facettes et contradictions. Archéologue, orientaliste, espion, brillant stratège:

« Lawrence a parfois été accusé d’avoir joué double jeu pour mieux tromper les Arabes. il est vrai qu’il est d’abord et avant tout  au service de Sa Majesté(le contraire en pleine guerre aurait été surprenant). Reste qu’il se montre d’une grande loyauté envers Fayçal, l’allié…. »

C’est aussi une grande leçon d’histoire dans toutes les subtilités de la géopolitique que mènent les Britanniques et les Français dans le dépeçage de l’Empire ottoman. Le chapitre racontant les tractations avant le Traité de Versailles sont passionnantes. « Dans les corridors du pouvoir ». La rencontre de Fayçal avec Arthur Balfour, Rothschild et Weizmann aboutissant à un accord en anglais dont le codicille en arabe en change toute la teneur, annonce les luttes futures en Palestine.

Refusant la facilité des écrits hagiographiques ou les hypothèses scandaleuses ou journalistiques, l’auteur cherche à démêler les faits avérés des allégations du mythe.

Les derniers chapitres montrent un personnage qui fuit la gloire et recherche désespérément l’anonymat, s’engageant sous un faux nom (mais avec la protection de Churchill) comme simple soldat dans la RAF. Lawrence est un écrivain à succès qui refuse d’être publié et surtout qui néglige les droits d’auteurs qui lui permettraient de vivre confortablement. Loin de se contenter de ses mémoires il traduit  Homère.

Je n’en ai pas fini avec Lawrence : j’ai téléchargé les Sept Piliers de la Sagesse  (en VO) Je reviendai sur ce personnage avec les photos de Jordanie. 

Hakawati – Rabih Alameddine

MILLE ET UNE NUITS…..

incipit:

« Ecoute. permets-moi d’être ton dieu. Laisse-moi t’emmener dans un voyage au delà de l’imagination. laisse-moi te raconter une histoire… »

le titre :

« Qu’est-ce qu’un hakawati? demandes-tu. Ah, écoute.

Un hakawati est un raconteur de légendes, de mythes, de fables (hekayât). Un conteur d’histoires, un amuseur, quelque’un qui gagne sa pitance en charmant l’auditoire. Comme le mt « hekayeh » (histoire, fable, nouvelle) « hakawati » vient du libanais « haki » qui signifie « discussion » , « conversation ». Ce qui suggère qu’en libanais le simple fait de parler consiste déjà à raconter une histoire »

Ce gros livre (572 p) raconte plusieurs histoires qui s’emboîtent comme les contes des mille et unes nuits. Histoires vraies (ou arrangées) d’une famille libanaise. Saga familiale sur plus d’un siècle, commençant à Urfa (près d’Edesse)au temps de l’empire ottoman,  puis dans la montagne druze, se déroulant à Beyrouth sur plusieurs générations, racontée par Osama, fils revenu de Los Angeles au chevet de son père mourant. Le récit est entrecoupé d’autres histoires : la  légende de Baybar,( 1223-1277 ) mamelouk, racontée autrefois par le Grand-père d’Osama, le hakawati,  et un conte fantastique mettant en scène des sorcières, des djinns, des tapis volants, des perroquets aux noms de prophètes,. 

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Bien entendu, en plus des fils des trois histoires qui se dévident, se tressent, s’emmêlent, d’autres contes viennent se greffer, parce qu’il y a toujours matière à conter….on saute d’une époque à l’autre sans transition…

Rabih Alameddine raconte le Liban dans sa complexité, de la domination ottomane, le mandat français, les guerres civiles, mosaïque de peuples.La famille a aussi des origines très mélangées, arméniennes, druze, maronite, albanaise, anglaise. A l’hôpital les tantes fêtent l’Aid  et la famille se réunit pour Noël, grande tolérance religieuse…Il nous fait aussi découvrir les curieuses façons des colombophiles.

Une lecture au long cours très dépaysante qui fait voyager dans le temps et l’espace….

L’Orient derrière soi – André Tubeuf – Actes sud

Un très beau titre m’a attiré ainsi que la couverture vieux rose, comme un sépia encore défraîchi, Istanbul et la Corne d’Or?

 

André Tubeuf, musicologue que j’avais entendu sur France Musique, (clic vers le podcast ICI) raconte son enfance en Orient. Né à Smyrne en 1930, il a suivi son père ingénieur dans ses affectations en Orient, sur les bords de la Mer Noire, à Alep et à Beyrouth avant de partir eétudier Paris à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. C’est une évocation de cette Méditerranée orientale, et un roman d’apprentissage de cet enfant français d’Orient qui se cherche et « s’incorpore » dans son école des Jésuites de Beyrouth…

 

La première partie « TROIE »raconte Smyrne. Lecture délicieuse. Evocation merveilleuse de la lumière dorée, des senteurs d’abricots et de raisins, de la douceur des baignades de la première enfance. Smyrne-Troie a brûlé lors de la Catastrophe en 1922, Smyrne-Troie-Atlanta d‘Autant en emporte le vent, incendie terrible et spectaculaire que l’enfant n’a pas vécu mais dont le souvenir plane, souvenir homérique, Pergame proche.

LA COTE PERDUE : Sur les bords de la mer Noire, l’enfant grandit libre entre son jardin sauvage et les baignades, ses chats, ses frères et quelques camarades. Il n’y a pas d’école pour enfermer les petits. Une religieuse lui apprend à chanter en latin, puis est expulsée par les autorités d’Atatürk. Un frère des écoles chrétiennes improvise un semblant de classe avant que, en 1939, le déménagement ne soit inévitable pour les expatriés français.

Ce n’est pas en  France où ils n’ont pas d’attaches – que les Tubeuf se réfugient, mais dans dans la Ville, Stamboul comme ils l’appellent, Istanbul. C’est là qu’ils se retrouvent en famille.  A peine 9 ans, André est scolarisé en 6ème, chez les séminaristes.  Le plus petit, et pourtant bon élève. Evocation poétique non pas des monuments ou des sites de la Ville. Plutôt des goûters dans les salons des dames stambouliotes…J’ai adoré ce récit  de la vie levantine, cosmopolite, hospitalière.

Alep 1941, étrangement l’enfant se découvre français. La Syrie est sous mandat. Dans les années 40, règne une étrange guerre franco-française entre les loyalistes pétinistes et la France libre, gaullistes ou simples résidents d’Outre-mer qui ne dépendent pas de Vichy. J’ai découvert cet épisode que je ne connaissais pas. Nouvelle installation, nouvelle maison, nouvelle école et découverte  du théâtre, de Corneille et Molière.

A Beyrouth  la famille passe l’essentiel de la guerre. La scolarité de l’enfant se stabilise chez les Jésuites de USJ. Il a enfin des camarades, presque de son âge. Il « s’incorpore » dans les camps  (presque des préparations militaires) que les Jésuites organisent pendant les vacances. L’enfant déraciné se cherche des semblables dans les enfants français d’expatriés.

Enfin le récit se termine par un pèlerinage « ITINERAIRE DE JERUSALEM A PARIS » . Les références cathos et claudéliennes n’ont pas trouvé d’écho  chez moi comme  les récits levantins .  Pluriel, mosaïque de religions, ouvert et hospitalier, le Liban n’en est pas moins très confessionnel. L’enfant , qui parle turc dans la rue, et grec avec sa mère, me séduisait plus que l’apprenti-combattant des camps d’été. Mais il faut bien grandir….

 

Shlomo le kurde – Samir Naqqash

 

Comment ai-je trouvé ce livre? D’après les algorithmes d’Amazon ou les propositions de Babélio? Le titre m’a interpellé : Shlomo , prénom juif, suivi de kurde. Les Kurdes (à part mes petites élèves) je  ne les connais que d’après la télévision (guerres en Irak ou en Syrie et politique turque).  De leur culture, juste un film : My sweet Pepperland. J’étais donc très curieuse du Kurdistan. L’auteur m’était inconnu, Samir Naqqash, né à Bagdad en 1938 – mort en 2004 en Israël, écrivain juif de langue arabe, considéré par Naguib Mahfouz comme « l’un des plus grands auteurs à écrire en arabe aujourd’hui« .

Enchevêtrement des identités:

 

 

 

 

Au début du livre en 1924, en partance  de Bagdad vers Bombay,  Shlomo se présente :

« Un nasillard bredouillant, un métis, un Kurde juif perse, azéri et bagdadien, un voyageur en route vers l’Inde. Moi! j’étais tout  cela à la fois »

il affirme:

« Je suis Shlomo le Kurde! Un Kurde borné, aussi fort que les montagnes du Kurdistan, aussi résistant que les arbres d’Azerbaïdjan! …un homme pieux, pratiquant, plein de bons sentiments…. »

et à nouveau:

« Je suis un Kurde, borné, mon corps élancé et souple est un cyprès dressé sur la terre du Kurdistan, un chêne que ne peut déraciner même la pire des tempêtes, mon cœur est fait de ces pierres où j’ai grandi, il n’est pas lâche, il ne bat pas à cause de la peur… »

Ce chêne indéracinable a pourtant pris le chemin de l’exil à la fin de la Première Guerre Mondiale une première fois et en 1941, chassé de Bagdad par un pogrom pendant la Seconde Guerre Mondiale 

C’est avant tout un commerçant habile  voyageant de Sablakh dans le Kurdistan iranien, jusqu’à Istanbul, Moscou, Téhéran puis de Bagdad vers l’Inde. C’est un homme honorable à qui on avait délégué la garde de la synagogue de Sablakh. Polyglotte qui servit d’intermédiaire entre la communauté juive et les ruses quand ils occupèrent la ville. 

Multiplicité des langues

Comme juif « le djebali, c’est le nom de l’araméen des montagnes?- C’est la langue des Juifs depuis l’époque où les Assyriens nous ont capturés? […] – Et l’hébreu? – C’est la langue de notre Torah et aussi celle du Midrash »

Il parlait en persan, en kurde et en azéri qui étaient les langues de sa ville. En russe et en turc pour faire du commerce. Installé à Bagdad , il appris l’arabe de Bagdad puis l’anglais, le hindi….Sur sa boutique l’enseigne était « Shlomo le kurde » le premier à avoir importé des vêtements de seconde main, marchandise qu’il avait découverte à Bombay.

Shlomo le Kurde est un personnage! Presque centenaire, il raconte ses souvenirs, ses amours, Esmer et Esther, à Sablakh, il était bigame et cela ne semblait scandaliser personne.

Au delà du personnage de Shlomo c’est l’histoire des persécutions des Juifs, liquidation de la communauté de Sablakh puis du pogrom de Bagdad le Farhoud qui eut lieu le 1 et 2 juin 1941 alors que les Britanniques qui occupaient l’Irak se replièrent et que la population pro-nazi  se déchaîna.

C’est aussi l’histoire de Sablakh (Mehabad)pendant la Première Guerre Mondiale . Petite ville perse aux confins du royaume du Shah-an-shah qadjar, dans les montagnes du Kurdistan, à l’ouest de l’Azerbaïjan iranien, elle était peuplée de musulmans et juifs et chrétiens.

« …personne parmi les sages de Sablakh, pas même ceux qui ressemblaient aux prophètes, n’avait prévu que la belle et paisible Sablakh tomberait elle aussi dans le gouffre de ce maudit conflit, que les deux pinces de la tenaille se refermeraient sur elle – l’empire tsariste d’une part, les Ottomans et les Allemands de l’autre. Une tenaille tyrannique qui allait écraser Sablakh… »

Le Shah avait déclaré la Perse état neutre dans la guerre, ce qui n’empêcha pas les armées du Tsar de venir l’envahir, suivis des alliés ottomans et allemands. La ville fut successivement occupées par les belligérants qui terrorisaient la population locale. Les musulmans soutenaient leur coreligionnaires ottomans tandis que les russes les massacraient. Des luttes fratricides entre les seigneurs locaux envenimaient la situation. Des factions pro-bolcheviks compliquaient encore les alliances. Aux combats sanglants qui se déroulaient,  les hivers rigoureux, la neige, le froid, rendaient la vie encore plus pénible. Vint la famine que l’auteur décrit très vivement, ironie et tendresse, le récit est poignant. Contre tous ces malheurs, les voisins s’organisent, la solidarité est grande. Après 4 années d’enfer, Shlomo devra prendre le chemin de l’exil.

Est-ce parce qu’il a été écrit en arable par un israélien que ce livre majeur est pratiquement oublié?