De Charif Majdalani, j’ai beaucoup aimé Caravansérail : « C’est une histoire pleine de chevauchées sous de grande bannières jetées dans le vent, d’errances et de sanglantes anabases…. » ainsi que Le dernier seigneur de Marsad saga d’une famille de chrétiens-orthodoxes vivant dans la banlieue de Beyrouth de la fin du 19ème siècle à la guerre civile dans les années 1975 et après.
Villa des Femmes reprend la thématique de ce dernier livre.
incipit :
« je me suis tenu là, tout le temps nécessaire, gardien de la grandeur des Hayek, témoin involontaire de leurs déchirements et de leur ruine, assis en haut du perron de la villa… »
Le narrateur est Noula, chauffeur du patron Skandar Hayek, le patron des usines textiles, le chef de famille incontesté, autorité quasi-féodale qui fait les municipalités, négocie la paix entre Palestiniens et Chrétiens. La première partie du roman narre donc la geste de la famille Hayek, sa grandeur et ses secrets cachés, Mado la fiancée sacrifiée, Marie et son mariage de convenance…les familles apparentées.
Skandar, au faîte de sa gloire, s’écroule. Son fils, incapable de lui succéder, ruine la famille. Les tensions entre Palestiniens et Chrétiens tournent à l’affrontement. La guerre éclate, larvée puis violente. Mado , Marie, Karine, la fille et Jamilé résistent dans cette villa des femmes.
Roman très bien conduit qui tente de nous faire comprendre l’incompréhensible que cette guerre fratricide. Des personnalités sont diverses et intéressantes, des femmes fortes. j’ai aimé le charme de ce domaine dans les orangers. Cependant l’effet de surprise ne joue plus. Ce roman ressemble un peu trop au Dernier Seigneur de Marsad.
Merci à Babelioet aux éditions Gallimard de m’avoir permis de lire en avant première Judas d’Amos Oz avec le plaisir de la la découverte!
Amos Oz est un auteur que je suis depuis longtemps. J’ai toujours plaisir à me plonger dans son univers. Judasse déroule à Jérusalem dans l’hiver 1959-1960. La ville est encore divisée. Le souvenir de La Guerre d’Indépendance et du siège de Jérusalem est encore présent.
Schmuel Asch est étudiant. Il rédige un mémoire sur Jésus dans la tradition juive. Son amie vient de le quitter, son père, de faire faillite. Il trouve un travail singulier : tenir compagnie à un septuagénaire infirme, Wald, quelques heures en soirée, lui faire la conversation, lui servir du thé… en l’échange du gîte et du couvert. Dans la maison règne Atalia, femme belle mais étrange, qui fascine Schmuel.
Schmuel est un garçon sensible mais véléitaire, maladroit, révolutionnaire, solitaire. J’ai mis du temps à m’attacher au personnage « révolutionnaire de pacotille, tout juste bon pour le café du commerce… » . Son histoire d’amour pour Atalia, plus âgée que lui, indépendante qui joue de son pouvoir de séduction, ne m’a pas intéressée. Ce genre d’histoire ne mène à rien, Wald l’avait prévenu dès le début.
Un des thèmes de ce roman est la perception de Jésus par les Juifs au cours des siècles et les rapports entre le christianisme et la judéité de Jésus. Controverses moyenâgeuses perverses auxquels les rabbins et érudits doivent se soumettre…
« Ce qui ne m’empêche pas de me demander ce que seraient devenus le monde et les Juifs s’ils n’avaient pas rejeté Jésus. Je n’arrête pas de penser à celui qui l’a livré à ses ennemis pour trente pièces d’argent. Cela vous paraît logique à vous?Judas était riche et possédait des terres à Kerioth, paraît-il. Trente pièces d’argent! Trois fois rien. Le prix moyen d’un esclave.
Le personnage de Judas : le traître, dans la tradition chrétienne, le Juif, lui paraît essentiel. Que Jésus soit juif ou pas, n’est pas le plus important dans le rejet des Juifs par les Chrétiens, c’est plutôt l’identification des Juifs à Judas, le traître. L’hypothèse de Schmuel est que Judas est au moins aussi important que Jésus dans la naissance de la nouvelle religion.
Ce serait lui qui aurait orchestré la crucifixion croyant que le miracle aurait lieu qui persuaderait toute l’assistance, et tout Jérusalem, de la mission de Jésus. Judas aurait eu trop confiance. Plus que Jésus lui-même, qui ne voulait pas aller à Jérusalem.
En revanche, Shealtiel Abravanel, le père d’Atalia, est un personnage original et passionnant dont on découvre l’identité et les idées au cours du roman. Schmuel va mener l’enquête aux archives pour comprendre comment ce dirigeant sioniste a disparu de l’actualité à la veille de la résolution de l’ONU donnant naissance à l’Etat d’Israël. L’unanimité s’est faite autour de Ben Gourion pour la partition de la Palestine et la création d’un Etat juif. Unanimité sauf Shaltiel Abravanel contraint de démissionner. Abravanel, le traître, qui s’est cloîtré dans la maison où travaille Schmuel.
« Ils l’appelaient traître parce que, en 1947 et même en 1948, en pleine guerre d’indépendance, il ne démordait pas de l’idée que la décision de créer un Etat juif constituait une erreur tragique. »
Le thème du traître met en parallèle Judas et Shaltiel Abravanel. Encore faut-il définir la traîtrise!
« Il écouta Schmuel s’étendre sur le mot « traître » qu’il fallait plutôt interpréter comme un titre d’honneur. »
Traîtres, le Général de Gaulle, qui a donné l’indépendance aux Algériens? Le prophète Jérémie? Abraham Lincoln?, les officiers allemands qui tentèrent d’assassiner Hitler? Théodor Herzl fut accusé de traîtrise parce qu’il avait envisagé la création d’un Etat Juif hors de Palestine. Même Ben Gourion quand il accepta la partition du pays en deux états…..
Ce livre s’inscrit aussi dans une réflexion sur la création de l’Etat Juif, remet en causse une unanimité aussi bien dans la Communauté juive que dans le concert des nations à l’ONU en 1947-48.
Abravanel : « Après de longues années de discussions avec ses amis en Palestine et dans les pays voisins, il était parvenu à la conclusion que la principale préoccupation des Arabes tournait autour de la supériorité des juifs en matière de compétence, de technologie, d’ingéniosité et de motivation[….]d’après lui, il redoutait moins le petit embryon sioniste que le géant destructeur qu’il contenait en germe… »
Abravanel, qui se disait sioniste et qui avait travaillé dans les institutions sionistes du temps du Mandat britannique en arrivait à une remise radicale de la notion d’Etat :
« Abravanel ne croyait pas à l’idée d’un état. Pas même binational. ni à une confédération judéo-arabe. Pour lui, un monde morcelé en une centaine de pays avec des postes-frontières, des barbelés, des passeports et des drapeaux, des armées et des monnaies différentes était une illusion archaïque, primitive, meurtrière, un anachronisme qui ferait long feu…. »
Les idées d’Abravanel, si décalées, si minoritaires, peuvent elles trouver un écho actuellement? Le roman qui se déroule il y a plus d’un demi-siècle, ne le dit pas.
LE TRÔNE D’ADOULIS – LES GUERRES DE LA MER ROUGE A LA VEILLE DE L’ISLAM
Envie d’exotisme? d’aventure? d’inconnu?
Ce trône d’Adouliscorrespondait à une humeur d’évasion : les bords de la Mer Rouge, Yemen, Erythrée, Aden ou Ethiopie…sont des contrées que je n’explorerais qu’en lecture. Evasion aussi dans une période que je ne connais pas : royaumes hellénistiques des Ptolémées, au IIIème siècle avant Jésus Christ à la veille de la naissance du Prophète au VIème siècle.
Les pouvoirs politiques, les rivalités entre Byzance, les Perses, les Éthiopiens d’Aksûm, mettent en oeuvre des alliances étonnantes. Sur la route de la Soie, les commerçants font halte dans des ports inconnus…
Enjeux religieux, les monothéismes s’étendent et rivalisent. Chrétiens nestoriens, ou chalcédoniens s’opposent ou s’allient contre les Arabes juifs ou Juifs arabes, zoroastriens perses viennent aider les Juifs…persécutions de ces derniers contre les chrétiens et expéditions vengeresses d’Aksûm qui cherche à étendre son influence sur la péninsule arabique….
Le Trône d’Adoulis n’est pas d’une lecture facile. C’est un livre érudit. Je manque de références et, souvent, me trouve perdue dans les précisions épigraphistes, la graphie du gez ou l’emploi du grec dans ces contrées si éloignées …L’art de l »auteur est de mettre en scène, non pas seulement des personnages, mais aussi, et surtout le travail des archéologues, qui confrontent des écrits sur des stèles, des récits de marchands, des textes théologiques, des histoires d’éléphants. Je les imagine déchiffrant les écrits, démêlant les faits historiques et les vantardises des souverains qui les ont fait graver…et c’est aussi passionnant que les romans policiers que je viens de terminer.
« Ce livre est une réponse? Une réponse à une question que l’on m’a posée très souvent :
-Ainsi vous faites des fouilles en Syrie, n’est-ce pas? Vous devez tout me raconter. Comment vivez vous là-bas? sous la tente? «
Point de mystère, point d’enquête à la Agatha Christie, point de leçon d’archéologie, nous en apprendrons bien peu sur les civilisations assyriennes ou hittites, sur les anciens qui ont bâti les villages enfouis sous les tells . En revanche, nous partagerons le quotidien des archéologues et des ouvriers employés pour les fouilles, ainsi que les villageois qui les entourent.
C’est un récit très réjouissant, le sourire ne m’a pas quitté de tout le week end. Humour britannique garanti, figures pittoresques, épisodes cocasses. Avant de prendre l’Orient Express, il faut faire les valises, et les courses. Agatha Christie se décrit en délicatesse avec les fermetures Eclair, aux prises avec un bataillon de souris, ou découvrant les joies du camping. C’est toujours très drôle.
Elle décrit avec vivacité toute la petite société qui gravite autour des fouilles : les domestiques, chauffeurs ou cuisiniers qui seront leurs compagnons pendant plusieurs saisons, jamais stylés mais toujours inventifs, les ouvriers, les fonctionnaires, postiers, banquiers ou douaniers, les autorités françaises (la Syrie est sous mandat français). Et bien sûr des chiens, des chevaux …
A Palmyre, peut être ont-ils raté de peu Ella Maillart et Anne Marie Schwarzenbach? (rencontrées à nouveau dans la Boussole d’Enard). Ils passent cinq saisons à la frontière avec la Turquie dans des contrées dont nous ne connaissons les paysages aujourd’hui que dévastés par la guerre. Population d’origines variées, villages arabes, kurdes, arméniens ou yezidis. Sa description des femmes kurdes très libres me fait comprendre mieux les combattantes kurdes actuelles. Ils sont passés par Raqqa, maintenant triste capitale de Daech, alors « cité entièrement préservée », ville ravissante avec ses briques de boue aux formes orientales« sans électricité ni hôtel capable d’accueillir des occidentaux. C’est donc un pittoresque voyage dans des endroits que je ne suis pas prête de voir de mes propres yeux.
Dans un épilogue écrit en 1944 elle conclut :
« j’aime ce pays fertile et paisible, le naturel de ses habitants qui savent rire et apprécier la vie, qui sont indolents et gais, dignes et bien élevés, dotés d’un grand sesn de l’humour, et pour qui la mort n’a rien de terrible »
Que pensent les femmes de l’état de guerre permanent qui règne à Gaza?
Comment vivent-elles?
Elles vont chez la coiffeuse, l’esthéticienne, se font maquiller, épiler. Dans le petit salon Christina, elles sont nombreuses. Il y a la mariée, sa mère sa belle-mère. Il y a aussi une divorcée – Hyam Abbas (je suis fan) et puis deux autres groupes de trois femmes, venues, on ne sait pas pourquoi, surtout celle qui refuse d’ôter son voile et qui ne veut ni se faire couper les cheveux, ni se faire épiler, encore moins maquiller… Sans doute pour sortir de chez elles, pour bavarder, médire des maris.
Un lion devant le salon, situation loufoque. L’amoureux de la belle esthéticienne le tient en laisse, une autre faction veut le reprendre. Les rivalités factieuses tournent mal. On se bat avec des armes de guerre….pour un lion.
L’électricité est coupée, la climatisation tombe en panne. Le huis clos devient étouffant.
L’arme de ces femmes : l’humour! C’est finalement très drôle.
J’ai fait un beau voyage en Egypte, 1849, en compagnie de Florence Nightingale et de Flaubert. Ou plutôt deux voyages légèrement décalés puisque ils ne se sont jamais rencontrés. Ils ont pourtant fait le trajet Alexandrie-Le Caire en novembre 1849 sur le même bateau, sans jamais se rencontrer, Gustave Flaubert, sur le pont avec les hommes, Florence Nightingale, dans la cale avec les femmes.
Même génération, Florence Nightingale 29 ans, Flaubert 27ans. Chacun ayant quitté sa famille pour échapper à une dépression, Florence fuyant la pression de sa famille et une rupture de ses fiançailles, Gustave l’échec supposé de sa Tentation de Saint Antoine. Leur itinéraire était le même Le Caire-Luxor, Aswan et Abou Simbel. Florence Nightingale et ses amis sur une dahabiah, Flaubert et Maxime Le Camp à bord d’une cange. Ils se sont suivis. Flaubert a eu l’occasion de voir l’empreinte du pied d’une anglaise….
Sattin a eu l’idée de rapprocher leurs carnets de voyage. Un siècle et demi plus tard.
Occasion de rencontrer deux personnalités du 19ème siècle: un des écrivains les plus marquant et La dame à la Lampe l’héroïne de Crimée, qui a révolutionné le système hospitalier britannique. Sattin prend son temps pour nous les présenter. J’ai préféré la bio de Florence Nightingale à celle qu’il trace de Flaubert, ou peut être la personnalité de la première? Ces deux personnages sont à un tournant-clé de leur vie, à la veille de leur célébrité. Ils se cherchent. Flaubert cherche son style, l’Orient l’attire, mais doit-il écrire comme Chateaubriand ou comme Balzac? C’est sur le Nil que s’impose Emma Bovary, de il se souviendra peut être de son voyage pour Salambô. Tandis que Flaubert cherche son style florence Nightingale cherche un sens à sa vie de femme. Vouée au mariage comme toute femme de son époque et de sa condition, elle le refuse
» Comment pourrait elle se marier quand le mariage voulait dire obéir à un mari? »
Elle a ressenti un appel divin, pour faire de sa vie autre chose, quelque chose d’utile, elle a déjà la vocation de soigner, d’être infirmière. Dans la bonne société anglaise, les infirmières ont mauvaise réputation. Ce voyage lui permettra de faire le point sur sa vocation et de s’éloigner des contraintes de sa famille.
J’ai donc eu beaucoup de plaisir à visiter l’Egypte par leurs yeux. Voyage mystique de Florence qui voue un culte à Osiris qu’elle voit en figure christique. Voyage très différent dans les bordels, auprès des danseuses orientales de Flaubert, moins sensible au charme de l’Antiquité.
C’est aussi l’occasion d’imaginer le Nil sans le carcan des barrages ou des écluses. Abou Simbel avant le Lac Nasser, Philae sur son île d’origine et les cataractes après Aswan.
Palmyre, perle du désert syrien, était-elle syrienne, hellénistique ou romaine? On y parlait araméen mais aussi grec, avant-poste romain sujette des Césars ou cité caravanière sur la Route de la Soie?
Paul Veyne nous transporte dans le désert aux confins de l’Empire romain, proche de la Perse, et nous décrit une ville différente des villes romaines au plan analogue, du Maroc en Bulgarie. Cette civilisation marchande d’une grande richesse qui a gardé son originalité, ses tribus nomades, ses dieux Bêl et Baalshamîn « traduits » en Zeus, Allat tantôt figurée en Athéna de Phidias, tantôt Artémis…
Si les colonnades sont hellénistiques c’est que « l’hellénisme était toujours la civilisation « mondiale » qui impressionnait tous les peuples, le prestigieux modèle étranger qu’on imitait et en même temps le miroir ou les différents peuples croyaient retrouver leurs propres traits sous une forme plus vraie; S’helléniser c’était rester soi-même tout en devenant soi-même : c’était se moderniser ».
Il raconte aussi l’histoire de Zénobie, reine d’Orient et Vraie romaine… Son mari Odinath, élevé au rang de sénateur romain, leva une armée de bédouins ou de Sarrasins contre Sapor le roi de Perse qui retenait prisonnier l’empereur romain en personne, Valérien. Zénobie, reine hellénistique lettrée et ouverte attirée par le religion juive donna aussi asile aux manichéens. Après une facile conquête de l’Egypte elle se rêva même impératrice romaine , commença une marche sur Rome et fut refoulée par Aurélien.
Architecture, sculpture, religion, politique, tous les aspect de la ville de Palmyre traduisent une hybridation, symbiose entre l’empire Romain et l’Orient lointain. Le résultat est original.
Le mot de la fin :
« Oui, décidément, ne connaitre ne vouloir connaître qu’une seule culture, la sienne, c’est se condamner à vivre sous un éteignoir »
Dans certains livres, les pages se tournent toutes seules, le lecteur (la lectrice, dans mon cas) ne peut plus le lâcher tant qu’elle n’est pas arrivée à la fin. Boussole exige une lecture lente. Question de style : une seule phrase occupe toute la première page . Il faut reprendre son souffle avant d’aborder la suite…Question aussi de contenu – extrêmement dense. Quelque fois je reprends la lecture à la page précédente pour être sûre de ne rien avoir manqué.
Le narrateur est un érudit viennois, musicologue et orientaliste, qui, une nuit d’insomnie et d’angoisse, convoque ses souvenirs de voyages en Orient, Istanbul, Damas et Téhéran, ses recherches et ses rencontres ainsi que sa relation avec Sarah, son double féminin, encore plus érudite plus curieuse, voyageuse, amour insatisfait et lointain.
Vienne, la Porte de l’Orient? Quand les Ottomans menaçaient la ville en 1529 ou 1683? Je rencontre Goethe, Beethoven, Mahler, Bruno Walter au détour des pages. pages littéraires ou musicale. plus étonnant: Balzac? Érudition.
A Istanbul, je croise Liszt et son piano, qui jouait pour le sultan mélomane. Le narrateur imagine des ponts sur le Bosphore (comme dans Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants) le cosmopolitisme élevé au rang d’art majeur….musique orientale, orient des musiciens, Félicien David, comme orientaliste musicien…
J’ai beaucoup aimé ses souvenirs de Damas et de Palmyre et l’admiration de Sarah pour Annemarie Schwartzenbach, les aventurières comme Lady Hester, Marguerite d’Andurain (moins illustre) ou Eberhardt…
Et sans surprise Edward Saïdquoique dans les termes étonnants :
« Le débat est devenu houleux ; Sarah avait lâché le Grand Nom, le loup était apparu au milieu du troupeau, dans le désert glacial : Edward Saïd. C’était comme invoquer le Diable dans un couvent de carmélites… »
Téhéran aux dernières heures du Shah, aux premières de Khomeni…
Lecture lente parce que je rêve chaque fois que je rencontre une figure connue, que je retourne sur l’ordinateur pour mieux connaître un personnage inconnu… Tentation de nouvelles lectures ? Il faudrait que je relise, la page précédente, ou carrément le texte que cite l’érudit…tentation de musiques aussi…
J’ai emprunté Boussole, il faudra que je le rende. mais je vais l’acheter parce que c’est un livre que j’aurais encore envie de retrouver, .
2h33, d’une enquête minutieuse avec images d’époque (images de caméras de surveillance auxquelles nous nous sommes malheureusement habitués), reconstitutions avec sang, et sirènes , auditions des témoins, interrogatoires répétitifs….archives de télévisions.
L’enquête ne cherche pas le coupable. Nous le connaissons, Yigal Amir ne nie pas le meurtre, il le revendique. Le faits, non plus, l’assassinat s’est fait devant foule de témoins.
L’enquête de la Commission officielle cherche à établir les défaillances du système de sécurité. Qui a été négligent? La police, les services secrets, la garde rapprochée, le chauffeur. Tous seront interrogés sous nos yeux. Le juge pointilleux lève des contradictions dans leurs discours, met en évidence des failles. Jamais le contexte politique ou religieux ne sera analysé. Ce n’est pas faute d’avoir été questionné par les témoins. La Commission n’enquêtera pas là-dessus. Ce n’est pas sa mission!
Et pourtant alors, comme maintenant, la question importante est celle-ci: qu’est-ce qui a permis et même légitimé aux yeux de certains l ‘assassinat de Rabin?
Comment la violence inouïe qui régnait alors dans la rue, avec appel au meurtre, cercueil promené publiquement, menaces ouvertes, n’avait-elle aucune part dans les causes de l’assassinat.
Violence y compris dans l’enceinte de la Knesset, où l’opposition ne laissait pas le Premier Ministre s’exprimer. Délégitimation du gouvernement démocratiquement élu. Analogie avec Pétain…appels à la résistance.
Violence de la colonisation
Condamnations religieuses, malédictions d’un autre temps. Je n’aurais jamais imaginé qu’au XXème siècle une malédiction proférée par quelques barbus pût aboutir. Quoique au 21ème….Cela rend ce film encore plus nécessaire!
Non ce n’est pas un thriller comme la bande-annonce le suggère. Ce serait plutôt un opéra funèbre.
Amos Gitaï a construit le documentaire, il le dit lui-même, comme un architecte. Ce n’est pas un documentaire-télé mais une oeuvre magistralement construite. En ouverture, une longue interview de Shimon Peres trouve son symétrique avec les mots de la fin de la veuve, Lea Rabin. Habilement entremêlées les images d’archives et la fiction, le sang qu’on ne voit jamais à la télévision, présent comme dans un film, qui heurte et nous choque. Lancinantes les phrases du juge. Les longueurs ne sont-elles pas voulues?
Ma première émotion a été de retrouver a voix de Rabin inoubliable.
Si telle la Mère Noëlle vous voulez glisser un cadeau dans la ballerine de quelqu’une sous le sapin ou lui faire la surprise en le glissant subrepticement dans son sac, voici une jolie idée! Encore mieux pour le 8 mars, mais c’est dans longtemps!
Format presque carré 12,9cm x 10 cm , une couverture souple blanche aux motifs abstraits, moins d’une centaines de pages. Collection militante pour des textes originaux que j’ai envie de faire connaître autour de moi.
PINAR SELEK – Loin de chez moi..mais jusqu’où?
Préfacé par son collectif de solidarité.
Je connaissais Pinar Selek romancière de La Maison sur le Bosphore que j’avais beaucoup aimé. Au détour du blog Entre les lignes, j’avais lu une analyse de son texte Service Militaire en Turquie construction de la classe de sexe dominante et entendu parler de ses poursuites par la justice turque qui l’ont contrainte à l’exil. J’ai apprécié la romancière, la sociologue et la militante féministe et pacifiste. J’avais envie de mieux la connaître. Quand les éditions iXe m’ont proposé de lire un livre de leur collection, c’est mon premier choix. Je les remercie de me l’avoir envoyé!
Le collectif de soutien à Pinar Selek présente son histoire, ses engagements féministes, pacifiste et antimilitaristes dans une première partie. Loin de chez moi…mais jusqu’où? est un texte assez court(20pages) mais très dense. Annoncé par deux vers de Novalis:
« La philosophie est le mal du pays
C’est le souhait de se sentir chez soi partout »
C’est donc un texte philosophique sur le sentiment d’appartenance à une maison et sur l’exil. Virginia Woolf écrivait :
« En tant que femme je n’ai pas de pays. En tant que femme je ne désire aucun pays. Mon pays à moi, femme, c’est le monde entier. »
Philosophe féministe elle « expérimente l’état de déterritorialisation » repoussant toute frontière.
L’exil comme nostalgie de la maison, ou l’exil comme chance?
ROSA BONHEUR : « Ceci est mon testament… »
Suzette Robichon dans l’avant-propos Le domaine de la parfaite amitié présente Rosa Bonheur, célèbre peintre animalier(e?) , sa vie libre dans la nature, son amour des animaux, ses succès internationaux et ses compagnes, Nathalie Micas, son amie de toujours depuis ses 14 ans et Anna Klumpke « sœur de palette » qu’elle désigne comme légataire universelle lui laissant le « Domaine de Parfaite Amitié« .
Le testament et la lettre-testament n’ont aucune prétention littéraire. C’est cependant un texte scandaleux pour l’époque (1898). Il était alors, (et maintenant?) inconcevable de déshériter les proches de sang (frère ou sieur) au profit d’une étrangère même si cette dernière avait partagé le domaine du vivant de Rosa Bonheur. Dans la lettre-testament, elle croit nécessaire de justifier sa conduite envers sa famille « m’ayant mal jugée en mon droit de libre librement » . C’est donc letestament d’une femme libre.
Enfin un article de la Fronde raconte l’enterrement de l’artiste à Thomery puis au Père Lachaise.