Dana Schutz – Le Monde visible – au MAM

Exposition temporaire jusqu’au 11 février 2024

Civil Planning

Vu de loin, sur l’affiche, le teaser-vidéo, l’œuvre de Dana Schutz paraît colorée, gaie, fantaisiste avec des personnages de films d’animation.

C’est vu de très loin!

Dès qu’on entre dans la première salle le premier tableau Sneeze éternuement cataclysmique avec la morve qui coule, donne un ton calamiteux, repoussant. Daughter, une jeune fille ahurie, à la coiffure ridicule arbore un T-shirt au tableau de l’Origine du Monde de Courbet, gênant! La série Self-Eater représente la consommation de sa propre chair. On est à la limite du dégoût dans ces désastres physiques. 

Shaving

Shaving continue à déstabiliser le spectateur : de loin, une vacancière contemple un coucher de soleil, on s’approche, elle se rase le pubis. Et ce qui égare le plus c’est que le personnage est en même temps de dos et de face, dans un miroir? la bombe de mousse Gilette prend une importance démesurée.

Présentation

Ces tableaux intimistes m’ont mise mal à l’aise, le monde de Dana Schutz me déconcerte, les grandes compositions comme Presentation mettent en scène la société américaine : un homme qui vient d’être déterré est disséqué devant un parterre de témoins (étudiants en médecine?) . Sur Internet j’ai lu que cette mise en scène morbide renverrait aux soldats tombés en Irak ou en Afghanistan dont les cadavres ont été soigneusement cachés au public. 

Civil Reformers

les scènes violentes se multiplient, recyclage, tronçonnage de membres humains, le monde de Dana Schutz est décidément violent, absurde et cruel.

Fanatics (2005)

Fanatics semble prémonitoire de l’assaut du Capitole. Le personnage à genoux en train de prier devant le grillage bisé, les déguisements, semblent décrire cet évènement qui aura lieu des années plus tard.

Et que dire de ces hommes armés qui vont lyncher le soleil?

Boat group

La catastrophe semble arrivée avec ces têtes dérivant sur un bateau sur un océan sinistre, vont-ils s’entredévorer.

Victor

 

Victor, grotesque est bequeté par un oiseau. Sa posture est bien grotesque pour un vainqueur!

j’ai beaucoup apprécié les sculptures de Dana Schutz, glaise ou bronze.

 

 

 

 

les Arts

les Arts, en cortège sinistre, n’apportent que peu de consolation dans ce monde guetté par la Catastrophe.

Mountain group

Peu aimable, peu séduisant, le monde de Dana Schutz est malheureusement à peine une dystopie. Elle décrit sans complaisance la violence, les luttes de pouvoir, la menace du changement climatique où chacun, Dieu, bouddha, l’artiste, les écologistes, tous brandissent un doigt vengeur faisant tomber les échelles qui ont permis aux personnage de grimper la montagne.

Un de ses tableaux les plus connus, le plus polémique, ne figure pas dans la rétrospective. C’est celui du cercueil ouvert de Emmet Till, un jeune noir martyrisé par des blancs dont la mère avait voulu que chacun puisse voir les blessures. La plasticienne blanche a été accusée par des activistes d‘appropriation culturelle comme si une artiste blanche n’avait pas le droit de traiter ce sujet. Dana Schutz s’était justifiée, en expliquant que si elle n’était pas noire, elle était une mère et pouvait comprendre la douleur et la colère de la mère d’Emmet Till.

 

 

Le Paris de la Modernité 1905 – 1925 au Petit Palais

Exposition temporaire jusqu’au 24 avril 2024

Severini Bal Pam-Pam

Le Paris de la Belle Epoque et le Paris des Années Folles, entre les deux : La Grande Guerre. 

Modigliani : tête de femme

Paris, pendant ces deux décennies, était le rendez-vous des artistes du monde entier :  L’Ecole de Paris rassemble aussi Picasso, Chagall, Soutine, Pascin, Kikoin,  Modigliani, Van Dongen, Nathalia Gontcharova, Michel Larionov, Foujita,sans oublier les sculpteurs Lipchitz, Czaky, Zadkine, Chana Orloff. Zadkine. 

Tête de pierre de Czaky et marin de Lipchitz

Tous ces étrangers venus manger le pain des bons français?

les révolutions artistiques se succèdent : la naissance du cubisme avec Picasso et Braque. Picasso expose les Demoiselles d’Avignon en 1907, 1908, premier message radiophonique, 1909 Blériot traverse la Manche/

Picasso Femme au Pot de moutarde

Une salle présente de grands tableaux cubistes colorés comme L’Oiseau Bleu de Metzinger, chauvine, je note que le nantais Metzinger était adepte de l’Abbaye de Créteil. 

OIseau bleu Metzinger

1909 aussi les Futuristes italiens sont à Paris avec ce magnifique et impressionnant Bal Pam-Pam de Severini, remarqué par Apollinaire.

Un aéroplane figure en face de la roue de Cycle de Duchamp qui expose déjà ses ready-made.

L’Oiseau de Feu

Autre révolution artistique : Le Sacre du Printemps et les Ballets Russes  qui se produisent dans le Théâtre des Champs Elysées ouvert en 1913. On peut voir à ‘exposition des costumes de scène des ballets russes, un portrait de Stravinsky et de Noureev. Autres ballets : les ballets suédois et le curieux ballet Parade mis en scène par Cocteau, costumes de Picasso, musique de Satie (1917). le cheval fabriqué par Picasso pour deux danseurs est exposé

La Grande Guerre est présente dans l’exposition aussi bien des tableaux représentant les horreurs des destructions que d’autres présentant les tirailleurs sénégalais ( Vallotton) ou soudanais (Mela Muter)

Marie Vorobieff (Marevna) : La mort et la femme

Nombreux artistes s’engagèrent y compris ceux qui n’étaient pas de nationalité française.

Dans le Paris des Années Folles (1920) la vie artistique continue le mouvement Dada et les Surréalistes se développe avec Picabia, Tzara Man Ray et Max Ernst

Foujita deux amies
Tamara de Lempicka deux amies

Comme l’avait montré l’exposition Pionnières au Luxembourg, les thèmes lesbiens ou transgenres sont abordés et les femmes artistes très actives.

Van Dongen : Josephine Baker

Les ballets Suédois et la Revue Nègre ont laissé des images comme le ballet Les Mariés de la Tour Eiffel sur des musiques des compositeurs du groupe des six (Auric, Honegger, Darius Milhaud, Poulenc et Germaine Taillefer). Charlot inspire Fernand Léger pour un Charlot cubiste. mais j’ai surtout été bluffée par les décors de Fernand Léger pour la Création du Monde

Fernand Léger : la Création du monde

l’Exposition s’achève sur l‘Exposition Arts Décoratifs 1925

Rothko à la Fondation Vuitton

Exposition temporaire jusqu’au 31 mars 2024

Une  exposition-phare de la rentrée 2023, très courue en tout cas.

J’étais impatiente de découvrir Rothko : un podcast m’avait présenté le personnage et avait fait un parallèle avec Nicolas de Staël dont l’exposition m’avait enthousiasmée. Depuis Soulages je n’ai plus de préjugés défavorables envers les monochromes et les tableaux très abstraits. 

Rouges vibrants, jaunes éclairants, malgré la foule, la visite est un régal.

Rothko : contemplation

Les débuts, années 30, figuratifs et expressionnistes  occupent deux grandes salles  : portraits et scènes urbaines m’ont bien plu.

Rothko entrance to the subway

Avouant des difficultés à représenter la figure humaine sans la mutiler il abandonne vers 1939 pour une nouvelle aventure : l’invention d' »un mythe contemporain«  en puisant dans les mythologies antiques pour répondre à la barbarie qui régnait en Europe

Rothko : Antigone

Fuyant les Allemands, les Surréalistes, Breton en tête sont à New York et inspirent la peinture de Rothko.

A partir de 1948, les Multiformes deviennent tout à fait abstraits, perdent leur titre, la signature et leur assignation.  A partir de 1949 il peint une superposition de rectangles colorés

Dans les salles suivantes on baigne dans la couleur sans chercher de sens, seulement le plaisir de la lumière dans les jaunes et les oranges, .

Vers 1956, les couleurs s’assombrissent

Une installation est saisissante la Rothko Room de la Tate Gallery : 9 toiles de très grand formats conçues pour être ensemble dans une lumière faible : le spectateur doit se sentir immergé dans la couleur. Une animatrice intervenant là explique que Rothko aurait été impressionné à Florence par la Bibliothèque Laurentienne de Michel-Ange et aurait imaginé une sorte de trompe-l’oeil

Rothko room tate Gallery
Rothko room Tate Gallery

la suite de l’exposition est un peu monotone, une suite de très grands tableaux, très colorés. La foule se fait pressante. Il faut attendre 10 minutes pour accéder à une petite salle avec des rouges, peut être sublimes, mais l’impression est gâtée par les selfies que les visiteurs prennent égoïstement.

 

Le Château des Rentiers – Agnès Desarthe

RENTREE LITTERAIRE 2023

Cité sur plusieurs blogs, Keisha, écouté l’auteure à la radio, c’était une occasion de faire connaissance avec Agnès Desarthe dont je n’avais rien lu. 

« Avaient-ils compris que la vieillesse est plus âpre quand elle est solitaire ? Avaient-ils anticipé, avaient-ils prévu qu’il serait beaucoup plus facile de se retrouver pour jouer aux cartes et échanger des recettes de cuisine quand on n’a qu’un couloir à traverser, un ou deux étages à descendre, à monter, grâce aux nombreux ascenseurs ? »

 

Le sujet me plaisait : faire une maison commune pour partager la vieillesse entre amis, une sorte de phalanstère, un béguinage, ou un kibboutz, alternative à la vieillesse solitaire ou pire à l’Éhpad. D’ailleurs, cela existe déjà : les Babayaga de Montreuil ont réalisé cette initiative depuis un moment.

Le contexte me plaisait bien aussi : ces juifs russes avec leur accent yiddish  à la Popeck, je les entends parler, ce sont les parents des copains de l’Hashomer hatzaïr, nostalgie!

A regarder mes grands-parents et leurs amis, on ne craignait pas de devenir vieux. Car vieux ne signifiait pas« bientôt mort ». Vieux signifiait « encore là ».

[…]
Ils avaient survécu. Ils sur-vivaient et conjuguaient ce verbe au pied de la lettre : vivant supérieurement, et
discrètement aussi, à la façon des superhéros, dont les superpouvoirs sont enivrants et doivent demeurer secrets.

De courts chapitres, un roman choral où se mêlent les voix de plusieurs générations, et des souvenirs personnels qu’elle égrène. réflexions sur la vieillesse, mais pas que, sur l’écriture, témoignage impossible ou fiction imagination.

Entreprise sympathique que cette anticipation de la vieillesse, non pas celle des survivants mais des boomers. Sauront-ils aussi bien vieillir ensemble?

« Je me dis que notre génération a vécu dans un confort tel que la vieillesse a cessé d’être un privilège – le privilège de ceux qui s’en sont sortis, qui ont échappé à la mort, dont la santé a permis qu’ils résistent à diverses
épidémies. La vieillesse, pour nous, n’est que déchéance. Notre génération a tout à perdre en vieillissant. J’ai
peur que mon phalanstère ne voie jamais le jour. »

 

Une lecture agréable dont j’attendais sans doute trop pour que ce soit un coup de cœur.

 

 

Viva Varda ! Cinémathèque

Exposition temporaire jusqu’au 28 janvier2024

Cette grande exposition se tient au 5ème étage de la Cinémathèque dans le Parc de Bercy, prendre son temps pour admirer le bâtiment de Frank Gehry (1994) et s’il fait beau flâner dans le parc.

On entre dans la 1ère section qui présente des portraits et autoportraits de Varda dont on a un peu oublié les images de jeunesse tant la dame à la coiffure bicolore est encore présente dans nos mémoires. 

Les 7 familles d’Agnès la met en scène avec ses familles de Théâtre au Festival d’Avignon, dont elle était la photographe, rue Daguerre qu’elle a abondamment photographié et filmé, en compagnie de cinéastes, Demy, bien sûr mais aussi Godard. Amusant de chercher et trouver (ou pas) les visages de Piccoli, Samy Frey, Depardieu tout jeune, Brigitte Bardot, Sylvia de Monfort, Noiret…et tant d’autres qui ravivent tant de souvenirs. 

Curieuse du monde rappelle un aspect de son œuvre que j’avais oublié : ses films des Back panthersles Murs peints de Californie, Cuba, Chine,et même Madonna interviewée…

Féministe, joyeuse : L’une chante et l’autre pas est un grand souvenir des années 70, figures de Delphine Seyrig, de Valérie Mairesse, Giselle Halimi . projeté sur un mur la réception de sa palme d’or d’honneur à Cannes et la manifestation d’actrices, réalisatrices pour entendre son discours où Varda expose les chiffres ahurissants  : seulement à ce jour deux femmes palmées et encore pour Varda une palme d’honneur pour l’ensemble de sa carrière et Jane Campion a dû partager la sienne avec un réalisateur-homme. 

J’avis choisi la date de notre visite en fonction de la rétrospective : justement dans la salle Franju se joue Les Glaneurs et la Glaneuse dont j’avais raté la sortie et que j’ai vu avec énormément de plaisir

Du temps de Millet glaneurs et glaneuse se baissaient et amassaient les épis après la moisson. Mais ce sont plutôt des glaneurs de patates que Varda a rencontrés. Société d’abondance qui jette par tonnes les pommes de terre hors calibre, trop grosses, en forme de cœur.Société de misère qui ramasse, Varda donne la parole à ceux qui ramassent pour manger tout simplement. La parole à ceux qui ne l’ont jamais. 

Dans les vignes et les vergers, on ne glane pas, on grappille les pommes laissées sur l’arbre, les tombées, les trop petites, les trop grosses. Dans les vignes, grappillage aussi après la vendange, dans les vignes délaissées non cueillie.

Un avocat en robe rappelle le Droit : le Droit prévoit glanage et grappillage, prévoit les dates, les horaires. Oui c’est légal, prévu par le Code.

Glanage urbain aussi. Fin de marchés, dans les cageots pour les miséreux, mais pas que. Rencontre d’un homme droit dans ses bottes, salarié, intégré qui fait les poubelles par devoir militant. Scandale de ces poubelles de supermarchés pleines de victuailles encore bonnes que certain arrosent d’eau de Javel pour interdire de les consommer. Depuis la sortie du film (2000) c’est maintenant interdit.

Glanage d’objets, ou plutôt accumulation de ce qui pourrait encore servir et qui est abandonné dans la rue. Encore un avocat en robe pour dire le Droit de la propriété de ces objets abandonnés : détournement sympathique de ces objets : collection de frigos devenus œuvres d’art.

Quel joli enchaînement que ce frigo plein de figurines, play-mobiles casqués, manifestation ouvrière enfermée monté juste avant une vraie manif avec drapeaux rouges dans les avenues parisiennes. Un des intervenants de la Table ronde nous fait remarquer ce montage marabout-bout-de-ficelle-selle de cheval…. la manif arrive à Denfert Rochereau, il y a un lion de bronze, lion de pierre d’Arles….Il faut avoir vu le film un bon nombre de fois pour remarquer comment Varda a glané des images sans aucun rapport évident et avoir donné du sens au montage.

mais j’anticipe sur la Table Ronde réunissant quatre spécialistes Nathalie Mauffrey, Sylvain Dreyer, Antoine Compagnon et Pierre-Antoine Burquin. 

Curieusement Antoine Compagnon est surtout venu en tant que spécialiste des chiffonniers du XIXème siècle. Chiffonniers, biffins, ancêtre de ces glaneurs du XXIème siècle. Coïncidence? La rue Mouffetard était le rendez-vous des chiffonniers et un des premiers films d’Agnès Varda est L’Opéra-Mouffe (1958)

les Glaneurs, on comprend, mais la Glaneuse? la Glaneuse c’est Varda, elle même, qui ramasse « au hasard? » des images et des objets pour les réunir au montage. Occasion de mentionner le concept de Cinécriture ou de Roaddocumentary . Des camions, des camions, sur l’autoroute. Quel autre cinéaste s’arrêterait aux camions, encore de ces objets triviaux qui n’ont rien à faire au cinéma…

Et j’ai oublié ses films les plus célèbres : Cléo de 5 à 7 (1962) Sans Toit ni loi(1985)  Visages-villages (2018)..

Une après-midi bien remplie!

Van Gogh à Auvers-sur-Oise. Les derniers mois – Musée d’Orsay

Exposition temporaire du 3 octobre2023 au 4 février 2024

On croit tout connaître de Vincent Van Gogh, et cette exposition donne à voir des tableaux inconnus! Elle raconte une histoire, un épisode de 70 jours, pendant lesquels il a peint 74 tableaux, s’est lié avec le Docteur Gachet, a rédigé une abondante correspondance avec son frère Théo. 

Nous allons découvrir avec son pinceau le charme de ce village à la fin du printemps (il s’installe le 20 mai 1890) et meurt le 29 juillet. Nous allons suivre ses recherches, ses carnets, ses études, ses expérimentations : techniques , couleurs, cadrage, même recherches de format (double-carré) ou de cadres.

champ de blé avec bleuets

Comme j’ai aimé ce champ de blé avec bleuets où les hachures contrastent avec les à-plats de l’horizon!

bouquet de renoncules

Comme il est charmant ce bouquet de renoncule dans une porcelaine japonaise

pluie

japonisant aussi ce paysage de pluie sur ce format double-carré (1 m x 0.5 m) aux étonnantes teintes délavées.

j’attendais des jaunes et des ors, des bleus éclatants et je découvre aussi des verts printaniers. Même deux tableaux sont des monochromes verts.

Bien sûr j’ai tout photographié mais je vous laisse découvrir, vous serez surpris!

La Défense – Nanterre avec le Voyage Métropolitain

VOYAGE METROPOLITAIN

La défense : rendez-vous sous l’Arche

Préambule au voyage, rappels sur la Grande Arche et sa construction si bien racontée par Laurence Cossé, un roman, un mythe qui inspire les études sérieuses, ou non. Ceux qui, parmi nous se sont documentés sont tombés sur une foule de productions, y CErgy des Conspirationnistes qui s’en sont inspirés comme des Pyramides de Gizeh. Flatteur pour la Grande Arche!

La Grand Arche située sur l’Axe Historique, Louvre, Concorde, Arc de Triomphe ne ferme pas la perspective. Du côté de Nanterre cet axe se poursuit avec plus ou moins de bonheur. Nanterre est entaillé par un échangeur routier, l’autoroute A14, le RER A qui se ramifie, vers Saint Germain en Laye, et Cergy et Poissy. 

Dans l’axe historique, vers l’ouest: La passerelle Chemtov

La Passerelle Chemetov  (400 m en bois)  se trouve donc dans l’Axe mais elle est fermée, en mauvais état, surmontant les Jardins de l’Arche de Gilles Clément. De part et d’autre, les 2 cimetières de Nanterre et de Puteaux, vus de haut ressemblent à un labyrinthe de jardin à la Française, les arbres taillés au cordeau cachent les tombes. 

Tours Nuages d’Aillaud

Il faut donc faire des détours, passer sous de mini-arches de verre (décidément le thème de l’arche a inspiré les architectes). Nous découvrons un ensemble architectural emblématique de Nanterre : Les Tours Nuages d’Aillaud de la Cité Picasso. C’est un ensemble impressionnant de 18 tours aux mosaïques colorées de Fabio Rietti. En s’approchant, on découvre les fenêtres, certaines hublots, d’autres yeux ouverts sur le ciel. Elles ont inspiré Laurent Kronental pour des photographies remarquables CLIC;

Au pied des Tours Nuages, le serpent en mosaïque de Laurence Rietti

Au pied des tours un jardin de sculptures et de pavés abrite un serpent de mosaïque fait par Laurence Rietti.

Quand on s’approche des tours, on constate que le revêtement de mosaïque est en mauvais état. De plus, la tendance est à l’isolation thermique. Comment résoudre le problème sans toucher à l’œuvre? La présence d’amiante complique les travaux. Une rénovation est proposée avec un placage métallique qui épouserait l’extérieur des bâtiments et intégrerait de la matière isolante, qui ajouterait des ombrières au-dessus des fenêtres.

Le problème de la préservation du patrimoine du XXème siècle se pose avec acuité pour un autre ensemble : les écoles de Musique (ou plutôt le Foyer Maurice Ravel) et l’Ecole d’Architecture œuvre de J. Kalisz inscrits dans un projet d’André Malraux de faire entrer la Culture. Le Foyer Maurice Ravel est vide d’étudiants et le bailleur n’a pas effectué les travaux d’entretien qui s’imposent. Pourtant c’est un très joli ensemble blanc inspiré par les constructions méditerranéennes, avec des patios et des cubes blancs décalés, balcons et jardinets.

Foyer Maurice Ravel Kalisz

L’école d’Architecture, fermée dans les années 2000 est carrément dans un processus de déconstruction. On ne voit plus que l’ossature dans le chantier. Elle va être reconstruite par Eiffage et intégrée à l’université Leonard de Vinci. (fac Pasqua). Ce qui nous fait furieusement penser aux financement des concessions autoroutière. Et chacun de déplorer les privatisations des « biens communs ». 

Nanterre : monument à la déportation

Tandis que nous quittons le quartier Picasso, je m’étonne de ne pas voir de tags ou graffitis rappelant les violences urbaines de Juin 2023, ils ont sans doute été effacés. Quand nous parvenons à l’Esplanade Charles de Gaulle j’en découvre. « JUSTICE POUR NAHËL PAS DE PAIX » s’étale sur un mur et sur des cubes de verre. Un des voyageur remarque les traverses de chemin de fer et un rail circulaire. Une rotonde ferroviaire? Curieux, il n’y a qu’un seul rail! Aucun wagon n’a tourné sur cette place. Il s’agit d’une œuvre d’art : d’un monument de Dani Karavan à la Déportation. Dani Karavan est aussi le créateur de l’Axe Majeur de Cergy. 

Nous traversons le Parc André Malraux, créé par le paysagiste J.Sgard, inspiré par les parcs des Pays Bas ou des pays nordiques : parcs ouverts nécessaires à la respiration de la ville. C’est aussi un espace sculpté dans le terrain bouleversé par les carrières et par les terrassements de construction de la Défense. Parc ouvert jour et nuit, ce qui est inhabituel chez nous. 

Le haut bâtiment de la Préfecture est de Perret. Je commets la réflexion sacrilège de dire qu’il me fait penser à l’Hôtel International de Tachkent ou de n’importe quel Hôtel International soviétique. Oh bévue! Oh gaffe!

En face, nous faisons une halte devant une sobre plaque de marbre commémorant le massacre du 17 Octobre 1961. Combien sont partis de Nanterre, vêtus des habits du dimanche pour manifester? habitants des bidonvilles de Nanterre, ouvriers en bâtiment ou des industries automobiles….Une voyageuse, évoque une manifestation du 14 Juillet 1953 – un bain de sang oublié.

Le Voyage se poursuit devant MacDo où on évoque deux Fiascos fantômes géants d’un futur qui n’a jamais existé : l’Aérotrain train monorail dont il reste le rail et la Tour de Schöffer 342 m de haut, lumineuse 5226 projecteurs animés par la circulation . 

L seconde partie du voyage se déroule au pied du RER Nanterre Université pour visiter La Contemporaine, bibliothèque dépendant de l’Université de Nanterre et Musée d’Art Contemporain.

Champ de la Garde : labourage avec un cheval de trait

Autre site d’intérêt : Le Champ de la Garde  ou Ferme du bonheur oasis de nature et d’agriculture dans cet environnement minéral, parrainé par AgroTechParis , l’INRAE, l’INERIS  menant depuis 2014 des expérimentations sur la pollution des sols et des jardins partagés.

Malheureusement il se met à pleuvoir et l’imprévoyante que je suis commence à avoir très froid, habillée en sandales et T-shirt d’été. Arrivée imprévue de l’automne que je fuis. 

 

Au Bonheur des Dames – Emile Zola

LES ROUGONS-MACQUART t11

Valloton Bon marché

 

« de l’autre côté de la rue, ce qui la passionnait, c’était le Bonheur des Dames, dont elle apercevait les vitrines, par la porte ouverte. Le ciel demeurait voilé, une douceur de pluie attiédissait l’air, malgré la saison ; et, dans ce jour blanc, où il y avait comme une poussière diffuse de soleil, le grand magasin s’animait, en pleine vente. Alors, Denise eut la sensation d’une machine, fonctionnant à haute pression, et dont le branle aurait gagné jusqu’aux étalages. Ce n’étaient plus les vitrines froides de la matinée ; maintenant, elles paraissaient comme chauffées et vibrantes de la trépidation intérieure. Du monde les regardait, des femmes arrêtées s’écrasaient devant les glaces, toute une foule brutale de convoitise. Et les étoffes vivaient, dans cette passion du trottoir : les dentelles avaient un frisson, retombaient et cachaient les profondeurs du magasin, d’un air troublant de mystère ; les pièces de drap elles-mêmes, épaisses et carrées, respiraient, soufflaient une haleine tentatrice ; tandis que les paletots se cambraient davantage sur les mannequins qui prenaient une âme, et que le grand manteau de velours se gonflait, souple et tiède, comme sur des épaules de chair, avec les battements de la gorge et le frémissement des reins. »

Le personnage principal est bien sûr le magasin qui grandit au dépend des commerces du quartier, gonfle, respire, séduit….

Deux figures traversent le roman : Octave Mouret qui était le commis du magasin et qui a épousé Madame Hardouin, la veuve du propriétaire dans Pot-Bouille. Déjà, dans ce roman, il avait pour projet d’agrandir Au Bonheur des Dames, d’acheter la boutique voisine. Au début de Au Bonheur des Dames, ce n’est plus une boutique mais un bazar et le simple commis est devenu un capitaine d’industrie qui risque tous ses bénéfice pour faire grossir l’affaire.

« Vois-tu, c’est de vouloir et d’agir, c’est de créer enfin… Tu as une idée, tu te bats pour elle, tu l’enfonces à
coups de marteau dans la tête des gens, tu la vois grandir et triompher… Ah ! oui, mon vieux, je m’amuse ! »

Denise débarque de Valognes, à peine vingt ans mais mûrie par la responsabilité de l’orpheline sur ses deux jeunes frères. Son oncle, Baudu possède une boutique en face du Bonheur des dames. Il ne peut l’embaucher mais sera une bonne référence. Les débuts de Denise comme vendeuse ne sont pas faciles. Moquées par ses collègues, il lui faut une volonté de fer pour tenir bon. Denise a du caractère. Elle saura imposer ses compétence et gravir la hiérarchie malgré jalousies et cabales. Elle ne se laissera jamais aller à se laisser entretenir. Quand à la morte saison, elle se retrouve renvoyée du magasin, elle trouve de l’aide chez les petits commerçants du quartier mais elle comprend qu’ils sont condamnés à court terme. Mouret lui donne une deuxième chance. Il est fasciné par la personnalité droite et irréductible de Denise….

Le lecteur aura droit à un véritable cours de commerce, ou de marketing.  . On pourrait imaginer le dépérissement des commerces de Centre ville concurrencés par les grandes surface. Mouret a tout inventé, les promotions, les soldes, les évènements, la publicité. On voit émerger la société de consommation. Les femmes sont choyées pour les pousser à acheter plus. Du côté du personnel, la productivité est mesurée avec des primes à la clé, dortoirs et cantine sur place, vendeurs et vendeuses sont sur place, paternalisme et surveillance.

Passionnant et encore actuel!

Histoires Vraies – MacVal

Exposition temporaire collective jusqu’au 17 septembre 2023

Croa croa croa 1.0.3 collective

Apprécier l‘Art Contemporain n’est pas toujours une évidence pour moi. Parfois, je ne sais même pas trouver l’œuvre dans la galerie, ni le cartel qui y correspond.

Une bâche de toile cirée blanche, une théière perchée, une clé c’est l’installation  d’un plasticien Farès Hadj-Sadok’s, le titre « le Moyen Remplacement » est un détournement de la notion du Grand Remplacement de l’Extrême Droite.  

Mehryl Levisse : Le lectrice

Et ces personnages masqué(e)s, aux tenues bariolées, perché(e)s sur de très hauts talons, déambulant un livre à la main ou couché(e) sur un banc, au genre indéterminé, femmes, travestis, drag-queens? Ce sont les personnages à animer de Mehryl Levisse installation vivante qui me met un peu mal à l’aise. Ce même plasticien expose aussi des têtes colorées qui ressemblent plus à une œuvre que ces « personnages » muets. Le nom de l’œuvre Le Lectrice (non! ce n’est pas une coquille).

Heureusement, aujourd’hui, Journée du Patrimoine, le MacVal propse des visites guidées et le conférencier (ci-dessus devant le tableau Croa croa croa a choisi de décrypter quelques œuvres emblématiques pour les béotiens de mon genre. C’est l’œuvre d’un collectif de 3 plasticiens qui ont choisi de détourner le logo d’une fameuse marque de commerce en ligne : le résultat peut être interprété comme un vol de corbeaux menaçants comme dans les Oiseaux de Hitchcock, ou ceux de Van Gogh, « matérialisant la menace de l’omnipotence des  GAFAM sur l’humanité ».

Jordan Roger : » burn them all »
Aurélien Mauplot : Moana Fa’a’aro

Jordan Roger : « burn them all » : Au premier plan un château imitant l’univers rose et sucré de Disneyland, des flammes orange s’attaquent à la construction en multiples incendies. Il figure une bataille entre les forces révolutionnaires et réactionnaires de La Maison d’Armaggedon et de la Maison des Uranistas. Cet univers m’est plutôt indifférent. 

Aurélien Mauplot : Moana Faa’a’aro En revanche, au mur, une collection de photographies, objets naturalistes dans des cadres et des boîtes, cartes…figurent un cabinet de curiosité comme l’aurait exposé un des explorateurs de cette île de l’Océan Pacifique, découverte à deux reprises, perdue… symbole de la construction historique des fake-news.

Suzanne Husky : Les Oiseaux semant la vie

Les œuvres sont très variées et nombreuses. J’en ai sélectionné quelques unes. Les Oiseaux semant la vie de Suzanne Husky est une charmante tapisserie, contrepoint à Croa Croa touche optimiste où les oiseaux reconstituent le sol, sèment des graines et survolent un champ d’éoliennes. Suzanne Husky se définit comme éco-féministe. 

Mary Sibande : Her Majesty Sophie

Mary Sibande sud-africaine,  se représente elle-même en un personnage Sophie, robe élégante et tablier de soubrette, archétype de la servante du temps de l’apartheid, rayonnante. Elle  cristallise ainsi l’histoire des femmes, leur colère, leurs causes. 

Régine Kolle – Trahison de Betty Draper

Le grand tableau de Régine Kolle raconte l’histoire de la trahison du psychanalyste qui racontera au mari de Betty ce qu’elle a livré sur le divan. parfaite illustration du thème de l’exposition « Histoires vraies »!

Aurélie Ferruel et Florentine Guédon : S’éclater le gésier

les deux plasticiennes ont construit une improbable motocyclette en fibres végétales accidentée et dont le « gésier » éclaté germe en jolies figures de verre coloré. Métaphore d’une renaissance?

Les œuvres en vidéo sont aussi nombreuses: un improbable Simblic de Sylvie Ruaux m’a fait sourire. un western canadien où les Indiens seraient les vainqueurs, avec un héros/héroïne « Miss Chief Eagle Testickle » … Yan Tomaszewski se filme en trans-coréen , la K-pop me laisse indifférente…

Véronique Hubert : Culture de la Crainte

Arrivée sceptique, je suis sortie ravie de cette visite!

Pot-Bouille – Emile Zola

LES ROUGON-MACQUART t.10

Portrait de Zola par Manet

Rue de Choiseul, un immeuble bourgeois neuf de quatre étages,  pierre de taille, escalier luxueux de faux marbre chauffé, 

« …la maison est très bien, très bien….Mon cher vous allez voir…et habitée par des gens comme il faut! »

Le propriétaire de l’immeuble y loge, Monsieur Campardon architecte a loué la chambre du quatrième à Octave Mouret qui est apparenté à sa femme, une cousine de Plassans. Les Josserand sont moins à l’aise, caissier dans une cristallerie, ils ont deux filles à marier, et tiennent leur rang pour les marier comme il faut. Les Pichon sont de petits employés mais « d’une éducation parfaite ». Le concierge, M. Gourd veille à la bonne tenue de l’immeuble :

« Non, voyez-vous, monsieur, dans une maison qui se respecte, il ne faut pas de femmes, et surtout pas de ces
femmes qui travaillent. »

Pas de femmes et surtout pas d’ouvriers!

« Vas-y donc, pourris ta maison avec des ouvriers, loge du sale monde qui travaille !… Quand on a du peuple chez soi, monsieur, voilà ce qui vous pend au bout du nez »

Des ouvriers, il y en a deux, un menuisier qui ne peut même pas recevoir son épouse, domestique à ses jours de libertés puis une piqueuse de bottines, que M. Gourd a chassée pour cause de grossesse :

« Une maison comme la nôtre affichée par un ventre pareil ! car il l’affiche, monsieur ; oui, on le regarde, quand il entre ! »

Respectabilité est le grand mot d’ordre de cette maison de la rue Choiseul!

Sous les toits, accessibles par l’escalier de service, les chambres des bonnes. Parce que, même si on oublie de les présenter, de nombreux domestiques vivent ici. Adèle, Lisa, Clémence, Hyppolite, Rachel forment tout une société exploitées par les maîtres, bien vivante, au langage fleuri (plutôt ordurier) qui colporte les ragots et font circuler toutes sortes d’histoires. Dans le couloir des chambres de bonnes, certains messieurs très bien entretiennent une sexualité débridée, droit de cuissage des maîtres, ou initiation de leurs fils.

Pot-Bouille est une charge contre l’hypocrisie du mariage bourgeois : on se marie par intérêt, pour l’argent. On marie ses filles en menant une affaire d’argent. Evidemment ces couples ne sont pas heureux. Encore, les hommes vont voir ailleurs, maitresses entretenues, ou bonniches et cela ne tire pas à conséquence dans la morale de l’époque. Les frustrations des femmes sont plus exacerbées. Scènes de ménages violentes chez les Josserand ou adultères scandaleux. 

 

Octave Mouret, le jeune commis de belle prestance a décidé d’arriver à une position sociale intéressante par les femmes. Il courtise ses patronnes et console les esseulées. Un premier scandale est évité de peu mais un second éclaboussera tout l’immeuble, largement amplifié par le chœur des bonnes. Etrangement (ou pas) il n’en pâtira pas : les hommes peuvent se le permettre!

« C’est plein de cochonneries sur les gens comme il faut. Même on dit que le propriétaire est dedans ;
parfaitement, monsieur Duveyrier en personne ! Quel toupet !… »

Sous le masque de la respectabilité toute cette société fermente, les couples se défont, la violence couve. L’histoire que conte Zola est addictive, je n’ai plus lâché le roman. Alors que je m’étais un peu ennuyée chez dans les salons des femmes du monde de La Curée et dans ceux des courtisanes de Nana,  cette société bourgeoise et des domestique est tout à fait vivante et distrayante. J’ai envie de connaître la suite et j’ai commencé Au Bonheur des Dames à peine Pot-Bouille terminé. 

Un volume très réussi!

LECTURE COMMUNE avec Claudialucia