Germaine Richier – Pompidou Beaubourg

Exposition temporaire jusqu’au 12 juin 2023

Germaine Richier – La Montagne(1955-1956)

Quelle découverte! Comment ai-je pu passer à côté d’une telle œuvre?

La rétrospective au Centre Pompidou nous fait découvrir un e sculptrice majeure, reconnue et son œuvre variée et originale. 

Loretto (1934)

Germaine Richier (1902-1959) a étudié à Montpellier chez Guigues, ancien élève de Rodin.  A Paris elle intègre l’atelier de Bourdelle, expose dès 1928

 

Ces oeuvres de jeunesse montrent une grande maîtrise de la sculpture et sont très harmonieuses

Escrimeuses, l’une est nue et visage découvert, l’autre est masquée

Elle va cultiver un style personnel, avec des personnages robustes à la surface rugueuse, loin des critères de la beauté classique comme Pomone ou l’Orage homme terrifiant et sa version féminine l’Ouragane

l’Orage
L’Ouragane

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Son homme qui marche n’est pas assuré comme l’homme qui marche de Rodin, ni longiligne comme celui de Giacometti il a les pieds englué dans la terre, ahuri il symbolise une humanité blessée, menaçante à la sortie de la guerre. 

Nature et Hybridation

Cigale

Fascinée par la nature et les insectes, elle va collectionner dans son atelier (présenté dans l’exposition) des carapaces d’insectes, des os, un squelette de chauve-souris, des coquillages, des outils…tout un bric à brac qu’on va retrouver dans ses sculptures hybrides. J’ai été bluffée par ces inventions, ces chimères.

le crapaud

Certains hybridations sont à la limite : le Crapaud n’a rien d’animal à part sa posture, tandis que la Cigale n‘a rien d’humain. Chimère cette Mante, la Sauterelle est anthropomorphe. l‘Araignée est aussi très humaine sauf les fils…

la Mante

Le Griffu et son ombre m’ont beaucoup plu, sculpture à fil comme l‘Araignée

j’ai aussi aimé le cheval à 6 têtes en bronze doré, l’Homme de la Nuit qui étend ses ailes de chauve-souris avec sa tête qui ressemble à celle d’un oiseau

HOmme de la Nuit

L’impressionnant Christ D’Assy semble avoir fusionné avec la croix, les veines du bois se devinent dans le bronze de ses bras. Il a fait scandale et a même été retiré par l’évêque d’Annecy. 

Plomb et verre bleu

La fin de l’exposition devient plus colorée, Germaine Richier explore d’autres techniques comme celle de graver des os de seiche avant de les métalliser, on devine la matière initiale sous la pellicule dorée. Elle utilise le plomb et y mêle du verre transparent, s’apparentant aux techniques du vitrail ; à la différence qu’il y a plus de plomb que de verre. Une croix est ainsi traversée de lumière. 

L’échelle avec Zao wou Ki
la Ville avec Vieira da Silva

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Elle ose la peinture, s’associe avec d’autres plasticiens qui mettent en scène les sculptures dans un cadre de tableau (ou l’inverse). L’exposition se termine avec un Jeu d’échec de taille XXL avec des pièces colorées. 

 

 

 

 

Meudon de la terre au soleil avec le Voyage Métropolitain

BALADES EN ILE DE FRANCE

L’Observatoire de Meudon

Sous la pluie, mais dans la bonne humeur, nous nous sommes retrouvés à la Gare de Meudon (ligne N – 8 minutes de Montparnasse).  Nous avons remonté le coteau par des rues tranquilles et des  sentes aux noms pittoresques entre les murs débordant de lilas et de glycines et les jardins. Si près de Paris, un air de campagne, ou au moins de banlieue cossue. 

sculpture -habitacle bloc

Première étape : la Maison André-Bloc une grande villa bien cachée au creux d’un parc aux camélias roses et bruyères. La villa, habitée, ne se visite  pas. Jens a obtenu un rendez-vous exceptionnel pour que nous puissions voir les sculptures-habitacles construite par André Bloc (1951) . 

habitacle intérieur

la maisons aux briques blanchies émerge du sol , à l’intérieur on est saisi par la complexité des arches, des ouvertures, des recoins. Elle a servi de décor au film de William Klein, Qui a peur de Polly Magoo? on pourrait imaginer des concerts, des réunions dans cette maison-sculpture. 

tour

La seconde sculpture-habitacle est une tour de 25 mètres en briques rouges, ouverte à tous les vents. Elle est déstabilisante avec des escaliers très étroits, des couloirs étroits qui ne mènent nulle par. Par beau temps la vue doit être magnifique. Aujourd’hui c’est brouillard!

Maison Prouvé Meudon

Les maisons-Prouvé sont également des expériences architecturales mais diamétralement opposées. André Bloc imaginait un sculpture, une réalisation d’artiste, éventuellement habitable. Prouvé se confronte à la réalité de la reconstruction d’Après-Guerre . Il veut offrir une solution immédiate de maisons industrielles à une urgence. 

« je suis prêt à fabriquer des maisons usinées en grande série, comme Citroën

l’a fait en 1919 pour les automobiles…le temps de la brouette est passé! le fer, l’acier…c’est mon truc. Avec le fer on construit vite et solide »

les 14 maisons posées sur un soubassement de pierre, à coque ou à portique, métal et bois, ont drôlement bien tenu le coup. Construites entre 1951 et 1952, elles sont de vieilles dames de 70 ans, certaines ont fait un lifting, mais pas tant que cela. Une habitante très fière de vivre dans une maison d’architecte nous raconte son quotidien, il faut combattre l’humidité de la forêt toute proche, humidificateur et poêle à bois (ramassé dans la forêt) .

Le groupe s’engage dans le sous-bois bleu de jacinthes qui m’enchantent. Une belle montée et nous arrivons rapidement sur le coteau où était construit le château de Louvois puis du Dauphin, fils de Louis XVI. Il ne reste pas grand chose des  châteaux (il y en avait un vieux, brûlé à la Révolution, puis détruit sur les ordres de Bonaparte, et un neuf ruiné pendant la guerre de 1870). L’Observatoire construit à l’initiative de Jenssen en 1876 sert encore pour les observations sur le soleil. De nombreux astrophysiciens y travaillent. En dehors des Journées du Patrimoine ou de la Nuit des Etoiles, il n’est pas ouvert au public. La terrasse est plantée d’une belle perspective avec bassin et massifs fleuris.

Nous aurions volontiers pris un café à la Loggia café-restaurant admirablement bien situé sous la terrasse. Nous y sommes fraîchement accueillis. On piquenique donc dans le parc. D’ailleurs il ne pleut plus. 

Le Hangar Y, qui devait être une belle visite s’avère décevant : tout est grillagé : même le coup d’œil sur le hangar et sur le bassin octogonal de l’étang de Chalais nous est interdit. Le gardien du parking nous vide comme des malpropres. La halle qui abritait les ballons dirigeables a été très bien restaurée, il y a même une sorte de fantôme de dirigeables. Le site a été restauré par un entrepreneur privé d’évènementiel qui a fixé des prix élevés (3€ pour un tour du bassin,  10€ pour des activités ) comme nous avons peu de temps, nous renonçons. 

Meudon a été un centre aéronautique, le hangar construit en 1878 pour l’Exposition universelle, c’est aussi le lieu du premier voyage en dirigeable : au-dessus de la forêt de Meudon jusqu’à Villacoublay. 

Meudon a gardé la vocation scientifique avec un Centre de l’ONERA (Office National d’Etudes et de Recherches Aéronautiques ) CLIC

Ce centre enfermé dans de grands murs dans la forêt occupe une partie de la vallée et ne se visite pas.

Juste au dessus du Hangar Y , une petite grimpette nous emmène sur le bord de L‘Etang de Meudon  nous attendait un naturaliste amateur, spécialisé dans les odonates (libellules) membre de l’association  caritative Espaces (Insertion et travaux d’entretien de l’étangs) . Il nous a fait admirer un grèbe castagneux, un cormoran, un héron, poules d’eau, foulques et canards tout en racontant les améliorations de la biodiversité. 

Parmi les mystères de Meudon : le gladiateur statue antique (ou non?) ornant un carrefour, citée par les visiteurs célèbres, acquis par Louvois. Etait-ce une copie du Gladiateur Borghèse ou une statue très différente, d’un gladiateur assis? Le mystère ne sera pas levé aujourd’hui puisqu’un mur coupe le chemin qui mènerait directement à la Terrasse. 

Autre mystère : les canalisations du réseau hydraulique destinée  aux jeux d’eau dans le bassin du château : rigoles et aqueduc . Une association l’ARHYME s’occupe à restaurer ce réseau qui est apparent au niveau de l’Etang de Meudon : un gros tuyau en fonte y arrivait. Récemment il aurait disparu. Mystère? non pas, il est exposé au Musée Historique de Meudon

orme au dessus de l’étang de Villebon

Au-dessus une digue retient les eaux de l’Etang de Villebon Notre guide naturaliste nous emmène voir un orme reconnaissable à ses fruits en formation. Victimes d’une maladie, la graphiose, les ormes autrefois communs ont presque disparu. Celui-ci est donc un spécimen rare!

meudon la forêt

L’Etang de Tronchet est asséché depuis longtemps, un parc a pris sa place. juste derrière, nous découvrons le grand ensemble de Meudon-la Forêt : un quartier réalisé par Pouillon entre 1959 et 1967. Tous ceux qui s’y connaissent en architecture et urbanisme (ils sont très nombreux parmi les marcheurs de Voyage Métropolitain)tous se passionnent pour ce quartier, admirent le rythme donné par les verticales en relief, les infimes variations  qui sont censée couper la monotonie de l’ensemble, la qualité de la pierre de taille, le soin apporté à la construction. Certes, après plus de soixante ans, Meudon-la-Forêt a belle allure. Belle ouvrage. Mais je m’ennuie dans cette promenade interminable qui aboutit à un bassin carré. Chacun a quelque chose à raconter sur Pouillon. Je note le nom du livre qu’il a écrit en prison : Les Pierres sauvages qui raconte la construction d’un monastère roman. 

Nouvelle traversée de la forêt pour découvrir un élément m  majeur du paysage : Le tapis vert qui se déroule face à la terrasse et au château, pelouse de 600 m de long de la perspective voulue par Louvois. Mais nous n’allons pas le descendre, nous parcourons la forêt pour découvrir L’anémomètre au centre d’un parcours. Montée, descente, droit sans aucun égard pour le relief , les chemins des chasses royales. Nous retournons à la base de la terrasse au Musée d’Art et d’Histoire de Meudon installé dans une belle demeure XVII ème siècle avec un jardin de sculpture. Un monsieur de l’ ARhyme nous explique encore les restaurations sur le réseau hydrauliques. 

Fin de la sortie à la Loggia mais il me faut rentrer chez moi. 

Philippe Cognée à l’Orangerie et au Musée Bourdelle

PRINTEMPS DES ARTISTES

Philippe cognée à L’Orangerie

 

J’ai découvert la peinture de Philippe Cognée au Château de Chaumont ICI

Ses paysages floutés par la technique de la peinture à l’encaustique me semblaient vus d’un train roulant à pleine vitesse. J’ai retrouvé avec grand plaisir ses œuvres qui supportent hardiment le voisinage avec les prestigieux nymphéas et les Matisse.

ph Cognée à l’Orangerie

L’exposition au Musée Bourdelle apporte des aspects très différents

Triptyque supermarché (2003-2004)

Ce Supermarché est une introduction du trivial , mais aussi de la saturation marchande ou de la prolifération thèmes que nous allons retrouver parmi la série de photographies d’objets usuels : congélateurs, sièges en plastique blanc… recouvertes de peinture à l’huile et exposés en nombre sans autre explication; « degré zéro de la peinture » peut-on lire sur le livret du Musée. 

Catalogue de Bâle : détail

Cette technique a été utilisée dans le Catalogue de Bâle œuvre comprenant un millier de « repeintures » alignées comme sur les linéaires d’un supermarché. Cognée a arraché les reproductions du Catalogue de l’Exposition Art Basel les a collées sur un support repeint en blanc et a repeint grossièrement les photographies , œuvres de Picasso, Giacometti, Baselitz, pour les plus connus. Ces tableautins couvrent les murs de plusieurs pièces dans lesquels le visiteur se promène un peu éberlué. Les connaisseurs reconnaissent peut-être les originaux : Koons et Giacometti, facilement mais les autres? Ce genre d’installation me met en colère. Est-ce qu’on se moque du spectateur lambda, de bonne volonté transformé en gogo prêt à gober n’importe quoi? J’aurai des éléments de réponse dans la vidéo fort intéressante où Cognée commente et explique son travail. Il voit dans l’Exposition de Bâle un énorme supermarché de l’art moderne, où l’art est exposé mais aussi vendu. Présenté de cette manière le projet démesuré fait sens. 

Saint Barthélémy d’après Rubens

Heureusement en bonus de ce Catalogue, j’ai trouvé mon bonheur avec de la « belle » peinture. Cognée revient aux maîtres : Rubens et Ingres à qui il inflige sa technique de cire et de fer à repasser avec beaucoup de bonheur.

Madame Marcotte d’après Ingres

L’émerveillement est le dialogue entre le masque de Beethoven de Bourdelle et une série de grands tableaux de fleurs fanées Pivoines et Amaryllis. Contraste entre la finesse de la chair fragile des pétales et la puissance du  bronze ! La surprise est que cela fonctionne parfaitement. 

Possible dialogue entre Beethoven et les amaryllis

Manet/Degas à Orsay

 

LE PRINTEMPS DES ARTISTES

Exposition temporaire jusqu’au 23 juillet 2023

Degas
Manet

 

 

 

 

 

 

 

les exposer ensemble est presque une évidence: Manet (né en 1832) et Degas (1834) proviennent de familles de connaisseurs des arts. La légende raconte qu’ils se seraient rencontrés au Louvre  devant l‘Infante Marguerite de Velazquez dont ils ont réalisé une eau-forte . les deux gravures sont présentées face à face. Tous les deux ont voyagé en Italie, se sont inspirés des grands maîtres qu’ils ont copiés dans leur formation : Lippi, Mantegna, Titien, Carrache et Rubens

Manet : copie de la Vierge au lapin

Admirateurs de la peinture espagnole Velázquez, Zurbaran et Goya

Ils exposent dans les Salons : Manet en 1861, Degas 1865. Olympia fait scandale: c’est une prostituée dont le corps fait scandale, amplifié par la présence d’un chat symbole de lubricité. Degas peint une scène de guerre au Moyen âge, Manet Un Christ aux anges largement inspiré des peintres espagnols.

Manet : portrait de M. et Mme Manet

les deux peintres réalisent des portraits prenant pour modèle souvent leur famille et les proches comme les soeurs Morisot

Degas : portrait de Mme Gobillard née Morisot

Seul bémol pour l’exposition : Manet et Degas sont chez eux à Orsay et les visiteurs parisiens connaissent de nombreux tableaux! les beaux portraits avec Berthe Morisot ou Olympia  ou Lola de Valence ne sont pas vraiment une surprise. En revanche je découvre un Zola dans l’atelier de Manet tandis que Tissot est peint par Degas dans un décor analogue. 

Manet : champ de course

Il est amusant de constater que les sujets traités sont analogues : le champ de course, la plage en Normandie. le visiteur va jouer au jeu des différences. les chevaux de Manet galopent tandis que Degas s’intéresse davantage aux spectateurs. Sur la plage, également Degas traite avec plus de soin les personnages du premier plan tandis que les couleurs se ressemblent ainsi que le traitement des bateaux au loin

Degas
manet

Tous deux peignent les Parisiennes, à la toilette au Tub, au café ou chez la modiste

A vous de deviner quel est l’auteur de chacun de ces tableaux.

Cependant, D’une guerre à l’autre les tableaux diffèrent. Si tous les deux ont été engagés dans la Garde Nationale pendant le siège de Paris par les Prussiens, Manet, républicain convaincu, prendra position en dessinant des barricades, ou la queue chez le boucher quand le peuple de Paris avait faim. Degas rendant visite à de la famille, découvre les plantations de coton et la société esclavagiste mais ne peint pas de noirs dans ses tableaux de la Nouvelle Orléans. 

Degas et Manet voient émerger le mouvement impressionniste et se tiennent un peu à la marge. Degas peut avoir la critique acerbe.

Amis, mais aussi rivaux : le tableau de la discorde est celui que Manet a découpé, jugeant que Degas avait enlaidi sa femme jouant au piano. Degas en a conçu de l’amertume.

Matisse- Cahiers d’art – Le tournant des années 30 à l’Orangerie

PRINTEMPS DES ARTISTES

Pour commencer ce mois d’Avril du printemps des Artistes :

Exposition temporaire jusqu’au 29 mai 2023

matisse : Odalisque au coffret rouge 1927

L’Orangerie présente les œuvres de Matisse « au tournant des années 30 »  avec pour fil conducteur la revue LES CAHIERS DE L’ART fondée en 1926 à laquelle Matisse et Picasso vont contribuer. C’est une période de doute pour Matisse qui va se consacrer au dessin, à la grande peinture décorative et va explorer de nouvelles techniques comme les papiers découpés de ses grandes compostions de La Danse. 

Femme à la voilette (1926-1927)

C’est aussi en 1927 que les Cahiers d’Art publient L’Art Nègre avec la collection de Paul Guillaume coïncidence, je viens de terminer l’étude de Diagne sur Senghor : l’Art Africain comme philosophie qui fait longuement référence aux écrits de Paul Guillaume – 

Fenêtre à Tahiti – c’est un carton de tapisserie

Autour de 1930, Matisse fait un tour du monde, en Océanie sur les pas de Gauguin puis aux Etats Unis, Martinique et Guadeloupe. Sur un mur, présentation d’un film muet Tabou réalisé par Murnau et Flaherty – splendides images de cocotiers et de jeunes gens couronnés de tiaré. 

la salle suivante est consacrée à la DANSE un film montre Matisse ajustant les papiers découpés avec une longue baguette et un escalier roulant. 

Dans une grande salle grise les dessins de Matisse et ceux de Picasso sont encore présentés. une certains analogie dans l’inspiration : Picasso illustre les Métamorphoses d’Ovide, Matisse, l‘Ulysse de James Joyce. Les deux dessinent des nymphes et des satyres. Matisse illustre aussi les Poésies de Mallarmé. 

Eole

Les sculptures des deux artistes se répondent : baigneuse de Picasso et deux Vénus à la Coquille de Matisse.

le Chant

Retour à Nice pour Matisse. La période de doute en peinture cède la place à une explosion de couleur dans Les Jardins d’hiver

odalisque à la robe persane jaune anémone

Après toutes ces études, la dernière salle est un feu d’artifice de couleurs vives, de motifs fleuris, fleurs, fruits, oranges citrons, anémones. Matisse peint son modèle au milieu de l’atelier et joue avec les motifs de sa robe rayée ou de la blouse roumaine.

la blouse roumaine

Senghor et les Arts – Réinventer l’Universel – Musée du quai Branly

Exposition temporaire  jusqu’au 19 Novembre 2023

Portrait de Senghor , Hostie Noires 2021 Roméo Mivekannin

Dans cette exposition Senghor et les Arts on apprend peu sur l’homme que fut Senghor, ses apprentissages, ses études ou sa famille. Senghor est présenté ici, comme président qui donna une importance capitale à la culture, l’inscrivant dans son gouvernement. Il était combattant de la négritude, concept inventé par Aimé Césaire, courant vivant de métissage paritaire, civilisation de l’universel. 

Modou Niang – Oiseau mystique – tapisserie de Thiès

L’exposition du Quai Branly fait m’inventaire des réalisations  comme la Manufacture des tapisseries de Thiès, le théâtre national Daniel Sorano (1965), L’école de Dakar proposant des enseignements de théâtre et de danse, Ecole de danse Mudra-Afrique en collaboration avec Béjart….

Hosties Noires – installation rendant hommage aux tirailleurs sénégalais à Châlons en Champagne

le Festival mondial des Arts Nègres de Dakar (1966) est un aboutissement  « rendre visible l’homme noir dans sa diversité« 

Diverses expositions d’artistes occidentaux se tinrent à  au Musée dynamique de Dakar : Picasso, Soulage, Hundertwasser, Chagall.

Parallèlement une exposition au Grand Palais à Paris a mis à l’honneur les artistes sénégalais.

Cherif Thiam1973

Toutefois, Senghor fut contesté surtout dans la mouvance de 1968 en dénonçant les connivences avec la France et exigeant plus de visibilités pour les mouvements anticolonialistes.

Senghor poète

Balafons et koraillustré par Masson

Un autre aspect de l’exposition est l’édition des poèmes de Senghor illustrés par les artistes les plus renommés de l’époque , Chagall, Masson, Hartung, Soulage, Vieira da Silva, …

Poème illustré par Zao Wou Ki

j’ai beaucoup aimé cette reine de Saba de Etienne Hadju. je regrette que la photo ne soit entachée d’un reflet parasite

Reine de Saba – Etienne Hadju

j’ai aussi bien apprécié l’exemplaire de l’hebdomadaire le UN avec la participation de Mamadou Diouf, de Mohamed Mbougar Sarr entre autres.

Faith Ringgold – artiste féministe et engagée au Musée Picasso

Exposition temporaire jusqu’au 2 juillet 2023

Autoportrait 1965

Découverte d’une artiste afro-américaine puissante !

Parcourir l’exposition rétrospective Faith Ringgold c’est découvrir une plasticienne  marquante utilisant diverses techniques . C’est aussi parcourir 60 ans de l’histoire américaine, de 1963 où fut proclamée la fin des discriminations raciales et où Martin Luther King a prononcé son fameux discours « I Have a Dream« 

Série Black light : invisible woman 1968

Black is beautiful : En 1968, Faith Ringgold  peint sa série Black Light 

Dans cette série, elle peint 6 portraits presque identiques sur une sorte de nuancier où le fond passe du brun foncé au beige

American peopleSerie US Postal Stamp commemorating the Advent of Black Power (1967)

les créations de Faith Ringgold illustrent les luttes de Black Power (1967)

En novembre 1970 : The People ‘s Flag show , exposition à Judson Memorial Church où le drapeau américain et la carte des Etats Unis furent détournées, les organisateurs, dont Faith Ringgold furent arrêtés pour profanation du drapeau national. 

1971 AMERICA FREE ANGELA (papier découpé)

Angela Davis fut emprisonnée en 1970. Un autre collage est ouvertement féministe. les couleurs Rouge/Vert/Noir sont les couleurs panafricanistes. 

WOMAN FREEDOM NOW (1971)

 Faith Ringgold découvre à Amsterdam les peintures sur tissu tibétaines et népalaises qui l’inspirent pour une série textile où elle peint Martin Luther King et abord la question de l’esclavage dans la série de Tankas  Slave Rape 

1974 tanka Slave Rape

Elle utilise la tradition des Quilts (patchwork) que les femmes américaines réalisent en famille et coud des bordures autour des peintures sur tissu, autour des bordures un texte très dense raconte l’histoire de la peinture dans Bitter nest

Quilt : french collection les demoiselles d’avignon

la French collection est aussi une série de Quilts dont celui des Demoiselles d’Avignon

Quilt french collection Café des artistes

Dans le café des artistes on peut reconnaître Toulouse Lautrec, Utrillo, Gauguin, Van Gogh en compagnie d’artistes américains et Faith Ringgold elle-même.

Gospel performance raconte la mort d’un couple d’Afro-américain, couple de mannequins et des endeuillés . 

Gospel Performance : the flag is bleeding (1997)
Certaines œuvres sont très colorées comme les tournesols 

Faith Ringgold est aussi impliquée dans le mouvement plus récent Black Lives Matter. Le combat pour les Droits Civiques n’a toujours pas abouti! 

Baya – Femmes en leur jardin – à l’IMA

Exposition temporaire à l’Institut du Monde Arabe jusqu’au 26 mars 2023

Grande frise 1949

Baya jeune paysanne kabyle qui travaillait dans une ferme horticole, a rencontré en 1942 un couple arrivé en Algérie, fuyant l’occupation allemande. Marguerite Caminat qui a reconnu ses dons lui donne ses chances en lui permettant de peindre, d’apprendre à lire. 

illustration des contes

Elle illustre des contes qu’elle a entendu auprès des femmes kabyles. Si ses premiers dessins sont enfantins (elle a 14 ans) rapidement elle développe son style personnel qui séduira les personnalités reconnues comme André Breton, Dubuffet ou Picasso.

 

Baya 16ans

En novembre 1947 la Galerie Maeght lui offre une exposition, Baya a 16 ans.

Baya refuse de se laisser classer peintre surréaliste ou de l’Art Brut. Elle reste elle-même. En 1948, séjour à Vallauris, elle sculpte la terre

La fraîcheur des couleurs séduit

Elle peint le plus souvent des femmes, des animaux et des végétaux.

en 1953, elle se marie à un musicien, lui donne 6 enfants et cesse de peindre. mais après l’indépendance de l’Algérie, le Musée d’Alger expose ses tableaux ce qui la motive à recommencer .

Elle peint des paysages, des natures mortes avec des instruments de musique et toujours des oiseaux, des poissons et des femmes …

La traversée de Bondoufle – Jean Rolin

AUTOUR DU GRAND PARIS

la gare de Juvisy

« Du moment où j’ai découvert la campagne à la périphérie d’Aulnay-sous-Bois, même sous l’aspect peu
engageant d’un champ de maïs desséché et d’un chemin sans issue, l’idée m’est venue de suivre tout autour de Paris sa limite, ou du moins la ligne incertaine, émiettée, soumise à de continuelles variations, de part et d’autre de laquelle la ville et la campagne, ou les succédanés de l’une et de l’autre, se confrontent. »

A la suite de la lecture du Pont de Bezons, j‘ai suivi avec beaucoup de plaisir le parcours à pied autour du Grand Paris à la recherche des confins entre la métropole urbanisée et la campagne. Rolin a bouclé ce tour complet  en commençant à Aulnay-Sous-Bois le 2 Août 2020 pour y revenir le 24 avril 2021, parachevant son périple par une seconde Traversée de Bondoufle

Rolin a noté avec une précision confinant à la maniaquerie parfois, toutes ses observations avec le noms des rues et routes. A l’occasion j’ai appris un mot odonymie. Sa démarche ne manque pas d’humour :

 » Que le chemin des Glaises soit justement boueux, c’est le genre de petites satisfactions que ménage de temps à autre une entreprise aussi vaine que la recherche de la limite entre ville et campagne. »

Cette entreprise coïncide avec la tentative d’occuper une ZAD à Gonesse :

« dimanche 7 février 2021, « par un froid glacial », comme la presse ne manquera pas de le souligner, quelques dizaines de militants ont établi à Gonesse une nouvelle ZAD, ou « zone à défendre », en plantant leurs tentes sur un terrain vague enclavé entre la D 317, la carcasse évidée d’un hôtel de bas de gamme en cours de démolition, la ferme de la Patte d’Oie et le chemin dit « de la Justice ». De l’autre côté de celui-ci s’étendent sur quelques centaines d’hectares des terres agricoles, au milieu desquelles doit être implantée une gare du Grand Paris Express dont les occupants de la ZAD ne doutent pas qu’elle entraînera l’urbanisation accélérée »

Le promeneur recherche l’emplacement de la ZAD sans être investi d’une mission militante, d’ailleurs, la ZAD a été évacuée par la police à sa seconde visite. Cependant l’établissement de ces « zones à défendre » marquent une tentative d’arrêter l’urbanisation galopante et la bétonisation de la campagne. Plus loin dans le livre, à Brou- Chelles,  il note un autre emplacement menacé par l’entreprise Placoplâtre .

Sans entrer dans le détail de son grand tour, il note toutes les installations caractéristique de la limite entre ville et campagne

« Parmi les commodités qui fleurissent sur la limite entre ville et campagne, à côté des établissements
d’enseignement et des équipements sportifs, des Ehpad et des centres équestres, des plateformes logistiques et
des terrains de golf, des lieux à l’abandon et des installations militaires à demi enterrées mais trahies par leurs longues oreilles, à côté des fortifications déclassées ou des campements roms, il faut compter aussi, comme je devais le vérifier à maintes reprises au cours de ce périple, avec les petits aérodromes voués principalement aux activités de loisir. »

Je remarque la permanence de ces installations aussi bien dans le Val d’Oise, qu’en Essonne ou en Seine-et-Marne. Récurrence aussi des décharges de gravats ou de déchets qui enlaidissent la campagne quand ce ne sont pas des labourages sciemment organisés pour empêcher des squatteurs de s’y installer.

J’ai parcouru quelques uns de ces itinéraires avec le Voyage Métropolitain je retrouve ici les souvenirs de balades moins aventureuses puisqu’elles étaient en groupe et guidées. J’ai beaucoup souri aux passages de Boissy-Saint-Léger dans la forêt Notre Dame que je sillonne par tous les temps. mais où est donc cette Ferme de Beaurose que je n’ai jamais remarquée?

De Bondoufle, je n’apprendrai pas grand-chose, pourquoi a-t-il choisi cette commune pour la consonnance un peu originale qui rimerait avec pantoufle? Il ne la traverse que p. 140 sans y trouver rien d’extraordinaire si ce n’est une « extraordinaire monotonie » Et pourtant, il y est retourné avant de terminer son livre

 

« C’est alors que commence la traversée de Bondoufle à proprement parler, menée de bout en bout le long de la
rue de Villeroy, que je tiens à tort ou à raison pour l’artère principale de cette ville. Je n’ai pas songé, pas plus lors de ma première visite que lors de la suivante, au mois de juin, à minuter la durée de cette traversée de Bondoufle par la rue de Villeroy, mais je ne pense pas qu’en marchant d’un pas normal elle m’ait pris beaucoup plus d’une demi-heure, y compris plus longue, que j’ai remarqué à quel point l’homogénéité de l’habitat pavillonnaire, récent pour la plupart,
l’abondance et la qualité de la verdure, mais aussi l’extraordinaire monotonie qu’exhalait cet environnement, à quel point tout cela m’évoquait les quartiers résidentiels d’une petite ville australienne, »

j’ai préféré Le Pont de Bezons qui est un coup de cœur mais je relirai volontiers La Traversée de Bondoufle comme un topoguide quand mes pas me mèneront dans ceux de Rolin. 

Kimono au Quai Branly

Exposition temporaire jusqu’au 28 mai

Le kimono est un des symboles de la culture japonaise.

Pendant l’ère Edo (1603-1868) , le kimono est associé au « monde flottant » avec  divertissement et érotisme  ; le kimono est  un moyen d’afficher son statut social.

« monde flottant » divertissement sur l’eau

Les kimonos atteignent un tel degré de sophistication que des des lois somptuaires ont été édictées pour freiner les surenchères. Broderies, fils d’or, paysages illustrant des poèmes connus comme le « Temple d’Ishiyima »

Au temple d’Ishiyama
La lune éclairant
Le petit lac de Grèbe
est aussi merveilleuse
Qu’aux baies de Suma et Akashi

Les broderies ou les teintures sont variées. il existe des kimonos masculins et féminins, des kimonos d’été légers et des sur-kimonos.

Le Japon est fermé-théoriquement – au commerce, les échanges uniquement par l’intermédiaire  des Néerlandais, pourtant certains tissus ont parcouru une longue distance de Coromandel (Indes), par la Thaïlande et même parfois d’Angleterre. Les kimonos sont présentés avec un luxe d’accessoires en laque ou écaille ou métaux travaillés : peignes, boites pour maquillage, peignes, aiguilles à chignon. Des estampes illustrent la toilette

une élégante à sa toilette

1859 : ouverture du Japon au commerce extérieur avec l’ère Meiji les hommes adoptent le costume occidental et le kimono devient un apanage des femmes gardiennes de la tradition. En même temps, le kimono devient à la mode en Europe et aux Amériques. Victoria et Albert firent l’acquisition d’un kimono en 1891, représentation de Madame Butterfly (1904) et déclinaison du kimono en toutes sortes de modèles pour l’exportation : robe de chambre  pour l’Ecosse (bien chaude) robe imitant un kimono

Robe ou kimono?

Ces kimonos sont présentés avec un luxe d’explications techniques : matières, teintures, broderies (teinture à la pâte de riz, par ligature…) .

Surkimono rouge de la mariée brodé de grues

La dernière partie de l’exposition est résolument moderne. On y découvre l’usage actuel du kimono : essentiellement rituel : mariages, ou présentation d’enfants au temple shinto

kimonos d’enfant

A côté des kimonos dédiés à la tradition et aux cérémonies, toute une section de l’exposition montre l’inspiration très moderne dans le monde du spectacle et de la haute couture. Des stars comme David Bowie, Björk, Freddie Mercury ont porté des costumes de scène très japonisants. Sans parler de Starwars

le kimono au cinéma : Starwars et Kurosawa

Enfin nous assistons à un défilé Haute Couture avec Galliano (entre autres) et des créations modernisant le kimono pour en faire un article ultra-moderne comme un kimono « camouflage » ou l’obi est remplacé par une ceinture de cuir, ou une version costume et toutes sortes de variations

Défilé de mode contemporain

j’ai beaucoup apprécié la chimère Waxafrica

Waxafrica

Un de mes préférés