Si j’étais touriste, j’aurais visité méthodiquement le Musée d’Orsayqui mérite une demi-journée et même plus. Négligente, je me dirige vers les expositions puis je gagne la sortie. Merci à Sonia qui m’a recommandé d’acheter la Carte Blanche qui sert de coupe-file également à l’Orangerie, 3 expositions suffisent à rentabiliser le prix annuel et surtout m’offre l’entrée aux collections permanentes.
Théodore Rivière : brodeuse tunisienne
Par un dimanche maussade, j’ai flâné sans but dans les deux premiers niveaux et fait de jolies découvertes. Peintures orientalistes : Delacroix, Gérôme, Fromentin… et surprise cette brodeuse tunisienne!
J’ai cherché des souvenirs de la Commune de Paris, et voici la Pétroleuse
Ginotti : La Pétroleuse vaincue
Cézanne a aussi peint des portraits, des scènes dramatiques, cette Olympia moderne, pas de pommes ni de montagne provençale.
Cézanne : Olympia moderne
Il y a aussi en ce moment une petite exposition de vases émaillés (projets, ce sont des aquarelles) de Soyer
Soyer : modèles pour vases émaillés
Au fond du hall, des maquettes de l’Opéra Garnier passionnantes ainsi que des maquettes de décors (Aïda) . on peut marcher sur un plancher de verre au dessus de tout le quartier de l’Opéra. Un énorme tableau montre Paris vu de montgolfière (1855) de Victor Navlet amusant!
J’aurais pu aller voir lesImpressionnistesdans les étages, ou l‘Art Nouveau, les valeurs sûres! J’ai préféré rester au 1er et au 2ème niveau découvrir des peintures et des peintres parfois célèbres parfois oubliés… amusantes rencontres . Tableaux monumentaux et ennuyeux, statues de petits formats du Prince Troubetzkoi. Il y a tant à découvrir!
Difficile de qualifier cet ouvrage : la Situation désigne une guerre civile déchirant la Région parisienne en 2030. Anticipation, emballement de la situation politique actuelle. Remake de la Commune de Paris. C’est un peu étrange de lire ce roman dans les échos des mortiers d’artifice des émeutes à la suite de la mort de Nahel.
Un président opportuniste à la tête d’un parti s’appelant Egalité, mène une politique antisociale, ultra-libérale. Fuyant la guerre civile, son gouvernement a fui Paris pour Chartre. Il est prêt à tendre la main aux Ligueurs, l’extrême droite qu’on appelle parfois les Versaillais (comme en 1871). Les Ligueurs ont mené le 6 février (référence au 6 Février 1934) l’attaque de l’Assemblée (comme celle du Capitole) qui s’est soldée par le massacre des députés noirs et arabes et même la pendaison de la Chef du Gouvernement noire. A la suite de la tentative de putsch l’extrême gauche (wokiste, islamiste, gauchiste, trotskistes…) on fait une alliance pour contrer les Ligueurs.
Le roman s’ouvre par un massacre dans un bar du XIème (rappelant les fusillades des terrasses de 2015)… Tout est outré mais rien d’invraisemblable.
Lecture haletante.
Beaucoup d’empathie pour le héros de l’histoire, un écrivain sexagénaire qui s’est terré chez lui pour éviter la violence et que le décès dans le bar de son quartier a forcé de prendre parti : il veut voir les criminels prisonniers des Ewoke ( ultra-gauche) qui ont tiré sur
L’analyse simpliste Ultragauche contre Ligueurs ne fonctionne pas. Les luttes de pouvoir compliquent tout. L’écrivain se trouve entraîné dans une véritable épopée…
Là, j’arrête, je ne veux pas spoiler!
J’ai lu ce livre avec beaucoup de plaisir, je me suis amusée à relever les clins d’oeil à l’histoire ou à la politique actuelle. Références littéraires aussi. Exotisme du mélange et métissage des cultures dans le
« la visite de Sarkozy est restée dans les mémoires comme le prologue des émeutes les plus violentes que la France n’ait connues depuis mai 1968(et jusqu’à ce que la Situation fasse passer ces périodes de troubles pour d’aimables plaisanteries). La dalle d’Argenteuil, depuis ce temps, c’est l’Esplanade des mosquées de Jérusalem pour un politicien israélien. Tu n’y joues gros bras que si tu penses que le moment est venu de déclencher une énième intifada. »
Pour cette présentation de l’art figuratif, entre 1950 et 2000, pas moins de 47 artistes sont mis en lumière. Artistes reconnus, ayant participé à de nombreuses expositions. Si j’ai parfois entendu ou lu, certains noms, je découvre la plupart d’entre eux en dehors de Szafran dont j’ai vu récemment la rétrospective.
Szafran
C’est une exposition très éclectique qui montre tout d’abord chronologiquement une figuration aux accents expressionnistes avec des plasticiens venus d’horizons différents mais beaucoup d’Europe de l’Est comme Dado (1939-2010) originaire du Monténégro. A l’occasion, je remercie George de Bucarest qui, dans les commentaires, a eu la gentillesse de m’envoyer le lien vers le site de ce plasticien : Dado (diminutif de: Miodrag ) = Miodrag Djuric
Pour voir plus: http://www.dado.virtual.museum
Dado (1964): la lapine. pourquoi la lapine? je ne vois aucun lapin plutôt des humains grotesques, grimaçants et des chimères.
Tibor Czernus, de Hongrie, Avigdor Arikho natif de Raudati, Bucovine, ayant étudié à Bezalel (Jérusalem)
Autportrait Avigdor Alekha
J’ai bien aimé le chien de Pierre Lesieur
Pierre Lesieur : Le chien
Une salle est dédiée à un binôme Jürg Kreienbühlet Gilles Aillaud . le premier a représenté la banlieue et particulièrement les tours nuages de Nanterre dont le père du second a été l’architecte.
Jürg Kreienbühl : le cimetière de Neuilly et les Tours de Nanterre
Aillaud a représenté des animaux exotiques prisonniers dans des cages de ciment: rhinocéros, sanglier et serpents sont prisonniers dans des loges de béton. Fragilité de l’existence humaine et remise en cause de la modernité dans la prétention des hommes.
le bonheur menacé
Leonardo Cremonini: au dos du désir
Plus coloré, l’univers de Leonardo Cremonini qui a inspiré Susanne Hay . Autant j’ai été impressionnée par la rigueur de la construction de Cremonini autant les œuvres de Susanne Hay m’ont semblé sombres et morbides.
Desmazières : l’atelier Taizé; gravure
Plusieurs graveurs sont accrochés dans la salle suivante : Desmazières avec ses dessins de précision (qui me font penser à certains de Szafran vus à l’Orangerie. Les gravures sur bois de Siemen Dijkstra sont d’une dextérité impressionnantes il faut s’approcher et les regarder de très près pour ne pas les confondre avec des photographies.
Siemen Dijkstra
Tout à fait différentes les gravures sur bois d’Astrid de la Forest
Astrid de la Forest : arbres
les années 1990-2000sont carctérisées par de grands tableaux presque hyperréalistes colorés, presque photographiques, souvent provocateurs. Un homme vêtu d’une combinaison de travail est sans tête, sur le tableau écrit « Qui suis-je », le bas du corps du d’une femme qui se touche le sexe de la main, sans le haut…je n’ai pas trop aimé non plus cette casquette jaune qui fait penser à une publicité.
jérôme Borel : la confusion de Narcisse la casquette jaune.
Enfin, étrange tableau deDominique Renson
Dominique Renson Quand on posez un portrait sur un chevalet c’est déjà une décapitation. Le cadre d’une boîte trop petite qui encage les personnages Un chevalet qui devient guillotine ou croix d’une crucifixion.
Dans l’Orangerie, des peintres contemporains plus jeunes sont exposés.
Songlines est un mythe fondateur des Aborigènesd’Australie, que l’on peut comparer à l’Odyssée ou à la Genèse.
les sept soeurs assises
Ce récit fondateur n’est pas transcrit sur un texte écrit, même pas sous forme de poème lyrique, il a donné lieu à des représentations plastiques, fresques, tableaux, sculptures réalisées par des femmes principalement dépositrices de la tradition que l’on peut connaître grâce à la vidéo
.
Ces 7 soeurs mythiques fuient à travers l’Australie un sorcier qui veut les piéger. Ces 7 soeurs sont assimilées aux 7 étoiles de la constellation des Pléiades. Elles ont laissé des traces « chemin du rêve » à travers le continent.
la traversée de l’Australie par les sept soeurs
leur voyage comporte des haltes où elles se concertent, se métamorphosent, cherchent des sources, de la nourriture, des remèdes. A travers le continent elles changent de langue et même volent.
Songlines le chemin du rêve
nous allons donc les suivre à travers des peintures pointillistes où l’on peut les repérer assises, endormies, dansantes. Chaque tableau pointilliste est aussi une cartographie qui permet de transmettre un savoir, de donner des indications sur la végétation, l’emplacement des dunes, des sources ou de grottes .
Une cellule carrée permet de voir la réalisation d’une œuvre collectives par 5 ou 6 femmes assises par terre, chacune se chargeant d’une zone du tableau. En parallèle on voit la végétation du bush, les récoltes, les brûlis.
Songlines nous conduit dans une grotte Cave Hilldécorée de peintures rupestres. Une expérience immersive dans un dôme nous conte le voyage des 7 soeurs, nous immerge dans la peinture rupestre et finalement nous montre le trajet des étoiles de la Constellation d’Orion. je suis toujours réticentes à ce genre d’expériences qui ne sont que des projections sur le plafond les murs et le sol. Dans ce cas précis c’est tout à fait réussi d’autant plus que cela permet de rassembler les parcours et de mieux appréhender l’histoire.
C’est une rencontre avec une dame extraordinaire. Je la savais actrice à succès, star internationale, comédienne accomplie.
Du demi-monde à la scène :
destin de la fille de courtisane, élevée à la campagne, revenue à Paris adolescente pour exercer le métier de sa mère : on voit le Livre des Courtisanes, registre de la police qui fichait ces-dames. Sarah avait des relations : le duc de Morny, (frère de Napoléon, excusez du peu!)la fit entrer au Conservatoire, puis à la Comédie Françaiseen 1862. Elle y triomphe en 1872 avec Ruy Blas.
Sarah Bernhardt par Clairin
Mademoiselle Révolte à la Comédie Française
Elle gagna ce surnom en quittant la Comédie Française où son talent était, selon elle sous-exploité. Dans cette section de l’exposition, on voit le corset, le châle porté dans Hernani joué 116 fois, et de nombreux objets.
Une artiste parmi les artistes
Autoportrait en marbre blanc
C’est, pour moi, la plus grande surprise. Sarah Bernhardt avait de nombreux talents. Elle vivait entourée d’artistes et était elle-même très douée pour la sculpture et la peinture. Son hôtel particulier, rue Fortuny, possédait deux ateliers de sculpture
Déjeuner dans la serre rue Fortuny peint par Louise Abbema
Louise Abbema,son amie, l’a peinte ainsi que le peintre Clairin. A l’occasion de l’Exposition de 1878, elle s’éleva avec le peintre Clairin en montgolfière ca qui inspira les caricaturistes : Robida, unPanorama de Paris très amusant, une autre « Sarah Bernhardt planant au dessus des hommes« . Les caricaturistes n’étaient pas tendres avec elle, elle fut leur cibles comme sculptrice et comme peintre si bien que Zola prit sa défense
Sarah Bernhardt : autoportrait en chimère
Goût du Bizarre
Son originalité s’est aussi affirmée par son goût pour le morbide. Pierre Loti a rapporté qu’elle aurait gardé dans sa chambre le squelette Lazare d’un jeune homme mort d’amour. Elle avait aussi un cercueil dans lequel elle aurait dormi. Comme dans la sculpture ci-dessus, elle a abusé du motif de la chauve-souris, coiffant des ailes de chauve-souris, l’utilisant dans ses décors…
Boulevard Montmartre – on peut reconnaître Sarah Bernhardt, Zola, Jules Ferry…
Grands Rôles
Une grande salle présente tous les grands rôles avec les affiches de Mucha (1894)
Alexandre Dumas : La Dame aux Camelias (1880), Sardou : Théodora, la Tosca(1884), Fédora (1882), Cléopâtre, Jeanne d’Arc…Ces derniers étaient de véritables peplums
Sarah Bernhardt dans Phèdre
Elle a triomphé dans Phèdrede 1874 à 1914.
Sans oublier les travestissements pour Lorenzaccio, Hamlet, ou L’Aiglon de Rostand
Sarah Bernhardt : l’Aiglon
Une salle : La Divine (nommée ainsi par Cocteau) montre l’exploitation de l’image de la star dans la publicité, support pour les biscuits LU, de l’absinthe ou de la Poudre de Riz.
Nous sommes restées plus de 2heures 30 dans l’exposition qui ne s’achève pas là.
La Femme engagée : la montre organisant un hôpital militaire pendant la Guerre de 1870-1871. Elle fut aussi active dans la défense de Dreyfus avec Zola. Pendant la Première Guerre mondiale elle fit une tournée aux Etats Unis en 1916 pour sensibiliser l’opinion américaine …
De la Scène à l’écran : dès le début du cinéma elle a interprété ses rôles pour l’écran.
L’exposition se termine par la projection d’un film montrant ses funérailles presque aussi suivies que celles de Victor Hugo.
C’est une très grande exposition qui nous a réservé de belles surprises. J’ai aussi beaucoup apprécié les photographies de Nadar
A 200 m du Métro Montparnasse (sortie 2), dans la tranquille rue Bourdelle, l’atelier dans lequel Antoine Bourdelle s’installa à 23 ans et travailla plus de 40 ans dans ce qui fut une cité d’artistes.
arcades du jardin sur rue
Même si je n’ai pas un goût immodéré pour les statues monumentales de Bourdelle – bronzes et plâtres – c’est une véritable découverte que ce musée à l’ombre de la Tour Montparnasse, autour de deux jardins. Dommage qu’il ait plu, par beau temps j’aurais beaucoup apprécié les bosquets et les arbres en fleur où se nichent des bronzes de tous formats. Je me promets d’y revenir cet été si la canicule s’abat sur Paris. A l’arrière de la grande salle des plâtres, un jardin intérieur est caché entre les ateliers de briques
jardin intérieur : Sappho
Une promenade secrète cache des petits bronzes
On est transporté dans le Montparnasse des artistes du début du XXème siècle. J’ai bien aimé le Beethoven dans le vent.
Beethoven dans le vent
Bourdelle fur le praticien de Rodin – très beau portrait de Rodin dans le jardin sur rue.
Salle des plâtres statue équestre d’Alvear
Dans la Salle des Plâtres sont exposés les bas-reliefs du Théâtre des Champs Elysées : quatre carrés figurant La Danse, la Comédie, la Musique, l’Architecture et la Sculpture, et en face une frise : Les Muses accourent vers Apollon et La Méditation d’Apollon.Le fronton de l’Opéra de Marseille – La Naissance d’Aphrodite – est un stuc coloré de rouge témoignant d’une recherche de la polychromie.
Une statue équestre énorme : Le Monument du Général Alvear (1783 -1852)héros de l’Indépendance de l’Argentine a été inaugurée en 1926 à Buenos Aires. Le cheval en bronze est aussi exposé dans le jardin sur rue.
J’ai été étonnée par la permanence des références à l’Antiquité grecque jusqu’à ce que j’apprenne qu’en 1912 Bourdelle a rencontré Cléopâtre Sevastos, une grecque qui va devenir sa femme. Mis c’est une hypothèse personnelle, peut-être seulement les thèmes antiques sont courants dans la statuaire.
3 têtes hurlantes
En plus de décorer des salles de concerts et des opéras, Bourdelle a eu pour commandes des Monuments patriotiques et des monuments aux morts, de la Guerre de 1970-1971 et de la Grande Guerre. Les têtes hurlantes (il y en a toute une série en bronze et en plâtre) témoignent de l’horreur de la Guerre plutôt que les poilus casqués qu’on a l’habitude d’honorer.
Des salles plus petites : atelier de peinture et atelier de sculpture complètent l’ensemble. J’ai eu un coup de cœur pour l’armoire contenant de petites statues grecques en terracotta : tanagras?
Quelle découverte! Comment ai-je pu passer à côté d’une telle œuvre?
La rétrospective au Centre Pompidou nous fait découvrir un e sculptrice majeure, reconnue et son œuvre variée et originale.
Loretto (1934)
Germaine Richier (1902-1959) a étudié à Montpellier chez Guigues, ancien élève de Rodin. A Paris elle intègre l’atelier de Bourdelle, expose dès 1928
Ces oeuvres de jeunesse montrent une grande maîtrise de la sculpture et sont très harmonieuses
Escrimeuses, l’une est nue et visage découvert, l’autre est masquée
Elle va cultiver un style personnel, avec des personnages robustes à la surface rugueuse, loin des critères de la beauté classique comme Pomone ou l’Orage homme terrifiant et sa version féminine l’Ouragane
l’OrageL’Ouragane
Son homme qui marchen’est pas assuré comme l’homme qui marche de Rodin, ni longiligne comme celui de Giacomettiil a les pieds englué dans la terre, ahuri il symbolise une humanité blessée, menaçante à la sortie de la guerre.
Nature et Hybridation
Cigale
Fascinée par la nature et les insectes, elle va collectionner dans son atelier (présenté dans l’exposition) des carapaces d’insectes, des os, un squelette de chauve-souris, des coquillages, des outils…tout un bric à brac qu’on va retrouver dans ses sculptures hybrides. J’ai été bluffée par ces inventions, ces chimères.
le crapaud
Certains hybridations sont à la limite : le Crapaud n’a rien d’animal à part sa posture, tandis que la Cigale n‘a rien d’humain. Chimère cette Mante, la Sauterelle est anthropomorphe. l‘Araignée est aussi très humaine sauf les fils…
la Mante
Le Griffu et son ombre m’ont beaucoup plu, sculpture à fil comme l‘Araignée
j’ai aussi aimé le cheval à 6 têtes en bronze doré, l’Homme de la Nuit qui étend ses ailes de chauve-souris avec sa tête qui ressemble à celle d’un oiseau
HOmme de la Nuit
L’impressionnant Christ D’Assy semble avoir fusionné avec la croix, les veines du bois se devinent dans le bronze de ses bras. Il a fait scandale et a même été retiré par l’évêque d’Annecy.
Plomb et verre bleu
La fin de l’exposition devient plus colorée, Germaine Richier explore d’autres techniques comme celle de graver des os de seiche avant de les métalliser, on devine la matière initiale sous la pellicule dorée. Elle utilise le plomb et y mêle du verre transparent, s’apparentant aux techniques du vitrail ; à la différence qu’il y a plus de plomb que de verre. Une croix est ainsi traversée de lumière.
L’échelle avec Zao wou Kila Ville avec Vieira da Silva
Elle ose la peinture, s’associe avec d’autres plasticiens qui mettent en scène les sculptures dans un cadre de tableau (ou l’inverse). L’exposition se termine avec un Jeu d’échec de taille XXL avec des pièces colorées.
Sous la pluie, mais dans la bonne humeur, nous nous sommes retrouvés à la Gare de Meudon (ligne N – 8 minutes de Montparnasse). Nous avons remonté le coteau par des rues tranquilles et des sentes aux noms pittoresques entre les murs débordant de lilas et de glycines et les jardins. Si près de Paris, un air de campagne, ou au moins de banlieue cossue.
sculpture -habitacle bloc
Première étape : la Maison André-Blocune grande villa bien cachée au creux d’un parc aux camélias roses et bruyères. La villa, habitée, ne se visite pas. Jens a obtenu un rendez-vous exceptionnel pour que nous puissions voir les sculptures-habitacles construite par André Bloc (1951) .
habitacle intérieur
la maisons aux briques blanchies émerge du sol , à l’intérieur on est saisi par la complexité des arches, des ouvertures, des recoins. Elle a servi de décor au film de William Klein,Qui a peur de Polly Magoo? on pourrait imaginer des concerts, des réunions dans cette maison-sculpture.
tour
La seconde sculpture-habitacle est une tour de 25 mètres en briques rouges, ouverte à tous les vents. Elle est déstabilisante avec des escaliers très étroits, des couloirs étroits qui ne mènent nulle par. Par beau temps la vue doit être magnifique. Aujourd’hui c’est brouillard!
Maison Prouvé Meudon
Les maisons-Prouvé sont également des expériences architecturales mais diamétralement opposées. André Bloc imaginait un sculpture, une réalisation d’artiste, éventuellement habitable. Prouvé se confronte à la réalité de la reconstruction d’Après-Guerre . Il veut offrir une solution immédiate de maisons industrielles à une urgence.
« je suis prêt à fabriquer des maisons usinées en grande série, comme Citroën
l’a fait en 1919 pour les automobiles…le temps de la brouette est passé! le fer, l’acier…c’est mon truc. Avec le fer on construit vite et solide »
les 14 maisons posées sur un soubassement de pierre, à coque ou à portique, métal et bois, ont drôlement bien tenu le coup. Construites entre 1951 et 1952, elles sont de vieilles dames de 70 ans, certaines ont fait un lifting, mais pas tant que cela. Une habitante très fière de vivre dans une maison d’architecte nous raconte son quotidien, il faut combattre l’humidité de la forêt toute proche, humidificateur et poêle à bois (ramassé dans la forêt) .
Le groupe s’engage dans le sous-bois bleu de jacinthes qui m’enchantent. Une belle montée et nous arrivons rapidement sur le coteau où était construit le château de Louvois puis du Dauphin, fils de Louis XVI. Il ne reste pas grand chose des châteaux (il y en avait un vieux, brûlé à la Révolution, puis détruit sur les ordres de Bonaparte, et un neuf ruiné pendant la guerre de 1870). L’Observatoireconstruit à l’initiative de Jenssenen 1876 sert encore pour les observations sur le soleil. De nombreux astrophysiciens y travaillent. En dehors des Journées du Patrimoine ou de la Nuit des Etoiles, il n’est pas ouvert au public. La terrasse est plantée d’une belle perspective avec bassin et massifs fleuris.
Nous aurions volontiers pris un café à la Loggia café-restaurant admirablement bien situé sous la terrasse. Nous y sommes fraîchement accueillis. On piquenique donc dans le parc. D’ailleurs il ne pleut plus.
Le Hangar Y, qui devait être une belle visite s’avère décevant : tout est grillagé : même le coup d’œil sur le hangar et sur le bassin octogonal de l’étang de Chalais nous est interdit. Le gardien du parking nous vide comme des malpropres. La halle qui abritait les ballons dirigeables a été très bien restaurée, il y a même une sorte de fantôme de dirigeables. Le site a été restauré par un entrepreneur privé d’évènementiel qui a fixé des prix élevés (3€ pour un tour du bassin, 10€ pour des activités ) comme nous avons peu de temps, nous renonçons.
Meudon a été un centre aéronautique, le hangar construit en 1878 pour l’Exposition universelle, c’est aussi le lieu du premier voyage en dirigeable : au-dessus de la forêt de Meudon jusqu’à Villacoublay.
Meudon a gardé la vocation scientifique avec un Centre de l’ONERA (Office National d’Etudes et de Recherches Aéronautiques ) CLIC
Ce centre enfermé dans de grands murs dans la forêt occupe une partie de la vallée et ne se visite pas.
Juste au dessus du Hangar Y , une petite grimpette nous emmène sur le bord de L‘Etang de Meudon oùnous attendait un naturaliste amateur, spécialisé dans les odonates (libellules) membre de l’association caritative Espaces (Insertion et travaux d’entretien de l’étangs) . Il nous a fait admirer un grèbe castagneux, un cormoran, un héron, poules d’eau, foulques et canards tout en racontant les améliorations de la biodiversité.
Parmi les mystères de Meudon : le gladiateur statue antique (ou non?) ornant un carrefour, citée par les visiteurs célèbres, acquis par Louvois. Etait-ce une copie du Gladiateur Borghèse ou une statue très différente, d’un gladiateur assis? Le mystère ne sera pas levé aujourd’hui puisqu’un mur coupe le chemin qui mènerait directement à la Terrasse.
Autre mystère : les canalisations du réseau hydraulique destinée aux jeux d’eau dans le bassin du château : rigoles et aqueduc . Une association l’ARHYME s’occupe à restaurer ce réseau qui est apparent au niveau de l’Etang de Meudon : un gros tuyau en fonte y arrivait. Récemment il aurait disparu. Mystère? non pas, il est exposé au Musée Historique de Meudon
orme au dessus de l’étang de Villebon
Au-dessus une digue retient les eaux de l’Etang de Villebon . Notre guide naturaliste nous emmène voir un orme reconnaissable à ses fruits en formation. Victimes d’une maladie, la graphiose, les ormes autrefois communs ont presque disparu. Celui-ci est donc un spécimen rare!
meudon la forêt
L’Etang de Tronchet est asséché depuis longtemps, un parc a pris sa place. juste derrière, nous découvrons le grand ensemble de Meudon-la Forêt : un quartier réalisé par Pouillon entre 1959 et 1967. Tous ceux qui s’y connaissent en architecture et urbanisme (ils sont très nombreux parmi les marcheurs de Voyage Métropolitain)tous se passionnent pour ce quartier, admirent le rythme donné par les verticales en relief, les infimes variations qui sont censée couper la monotonie de l’ensemble, la qualité de la pierre de taille, le soin apporté à la construction. Certes, après plus de soixante ans, Meudon-la-Forêt a belle allure. Belle ouvrage. Mais je m’ennuie dans cette promenade interminable qui aboutit à un bassin carré. Chacun a quelque chose à raconter sur Pouillon. Je note le nom du livre qu’il a écrit en prison : Les Pierres sauvages qui raconte la construction d’un monastère roman.
Nouvelle traversée de la forêt pour découvrir un élément m majeur du paysage : Le tapis vert qui se déroule face à la terrasse et au château, pelouse de 600 m de long de la perspective voulue par Louvois. Mais nous n’allons pas le descendre, nous parcourons la forêt pour découvrir L’anémomètre au centre d’un parcours. Montée, descente, droit sans aucun égard pour le relief , les chemins des chasses royales. Nous retournons à la base de la terrasse au Musée d’Art et d’Histoire de Meudon installé dans une belle demeure XVII ème siècle avec un jardin de sculpture. Un monsieur de l’ ARhyme nous explique encore les restaurations sur le réseau hydrauliques.
Fin de la sortie à la Loggia mais il me faut rentrer chez moi.
J’ai découvert la peinture de Philippe Cognée au Château de Chaumont ICI
Ses paysages floutés par la technique de la peinture à l’encaustique me semblaient vus d’un train roulant à pleine vitesse. J’ai retrouvé avec grand plaisir ses œuvres qui supportent hardiment le voisinage avec les prestigieux nymphéas et les Matisse.
ph Cognée à l’Orangerie
L’exposition au Musée Bourdelle apporte des aspects très différents
Triptyque supermarché (2003-2004)
Ce Supermarché est une introduction du trivial , mais aussi de la saturation marchande ou de la prolifération thèmes que nous allons retrouver parmi la série de photographies d’objets usuels : congélateurs, sièges en plastique blanc… recouvertes de peinture à l’huile et exposés en nombre sans autre explication; « degré zéro de la peinture » peut-on lire sur le livret du Musée.
Catalogue de Bâle : détail
Cette technique a été utilisée dans le Catalogue de Bâle œuvre comprenant un millier de « repeintures » alignées comme sur les linéaires d’un supermarché. Cognée a arraché les reproductions du Catalogue de l’Exposition Art Basel les a collées sur un support repeint en blanc et a repeint grossièrement les photographies , œuvres de Picasso, Giacometti, Baselitz, pour les plus connus. Ces tableautins couvrent les murs de plusieurs pièces dans lesquels le visiteur se promène un peu éberlué. Les connaisseurs reconnaissent peut-être les originaux : Koons et Giacometti, facilement mais les autres? Ce genre d’installation me met en colère. Est-ce qu’on se moque du spectateur lambda, de bonne volonté transformé en gogo prêt à gober n’importe quoi? J’aurai des éléments de réponse dans la vidéo fort intéressante où Cognée commente et explique son travail. Il voit dans l’Exposition de Bâle un énorme supermarché de l’art moderne, où l’art est exposé mais aussi vendu. Présenté de cette manière le projet démesuré fait sens.
Saint Barthélémy d’après Rubens
Heureusement en bonus de ce Catalogue, j’ai trouvé mon bonheur avec de la « belle » peinture. Cognée revient aux maîtres : Rubens et Ingres à qui il inflige sa technique de cire et de fer à repasser avec beaucoup de bonheur.
Madame Marcotte d’après Ingres
L’émerveillement est le dialogue entre le masque de Beethoven de Bourdelle et une série de grands tableaux de fleurs fanées Pivoineset Amaryllis. Contraste entre la finesse de la chair fragile des pétales et la puissance du bronze ! La surprise est que cela fonctionne parfaitement.
Possible dialogue entre Beethoven et les amaryllis
les exposer ensemble est presque une évidence: Manet (né en 1832) et Degas (1834) proviennent de familles de connaisseurs des arts. La légende raconte qu’ils se seraient rencontrés au Louvre devant l‘Infante Marguerite de Velazquez dont ils ont réalisé une eau-forte . les deux gravures sont présentées face à face. Tous les deux ont voyagé en Italie, se sont inspirés des grands maîtres qu’ils ont copiés dans leur formation : Lippi, Mantegna, Titien, Carrache et Rubens
Manet : copie de la Vierge au lapin
Admirateurs de la peinture espagnole Velázquez, Zurbaran et Goya
Ils exposent dans les Salons : Manet en 1861, Degas1865. Olympiafait scandale: c’est une prostituée dont le corps fait scandale, amplifié par la présence d’un chat symbole de lubricité. Degas peint une scène de guerre au Moyen âge,ManetUn Christ aux angeslargement inspiré des peintres espagnols.
Manet : portrait de M. et Mme Manet
les deux peintres réalisent des portraits prenant pour modèle souvent leur famille et les proches comme les soeurs Morisot
Degas : portrait de Mme Gobillard née Morisot
Seul bémol pour l’exposition : Manetet Degassont chez eux à Orsayet les visiteurs parisiens connaissent de nombreux tableaux! les beaux portraits avec Berthe Morisot ou Olympia ou Lola de Valence ne sont pas vraiment une surprise. En revanche je découvre un Zola dans l’atelier de Manet tandis que Tissot est peint par Degas dans un décor analogue.
Manet : champ de course
Il est amusant de constater que les sujets traités sont analogues : le champ de course,la plage en Normandie. le visiteur va jouer au jeu des différences. les chevaux de Manet galopent tandis que Degas s’intéresse davantage aux spectateurs. Sur la plage, également Degas traite avec plus de soin les personnages du premier plan tandis que les couleurs se ressemblent ainsi que le traitement des bateaux au loin
Degasmanet
Tous deux peignentles Parisiennes, à la toilette au Tub, au café ou chez la modiste
A vous de deviner quel est l’auteur de chacun de ces tableaux.
Cependant, D’une guerre à l’autre les tableaux diffèrent. Si tous les deux ont été engagés dans la Garde Nationale pendant le siège de Paris par les Prussiens, Manet, républicain convaincu, prendra position en dessinant des barricades, ou la queue chez le boucher quand le peuple de Paris avait faim. Degas rendant visite à de la famille, découvre les plantations de coton et la société esclavagiste mais ne peint pas de noirs dans ses tableaux de la Nouvelle Orléans.
Degas et Manetvoient émerger le mouvement impressionniste et se tiennent un peu à la marge. Degas peut avoir la critique acerbe.
Amis, mais aussi rivaux : le tableau de la discorde est celui que Manet a découpé, jugeant que Degas avait enlaidi sa femme jouant au piano. Degas en a conçu de l’amertume.