L’exposition Modernités portugaises présentée à la Maison Caillebotte de Yerres s‘inscrit dans le mouvement lancé par Pessoa : Orpheuavec la création du modernisme portugais influencé par le cubisme et le futurisme inspirant Amadeo de Souza-Cardoso que j’avais découvert dans une belle rétrospectiveau Grand Palais .
Amadeo de Souza-Cardoso : le prince et la meute
Cette nouvelle exposition me permet de découvrir d’autres peintres portugais dans la même mouvance
Jose de Almada Negreiros : autoportrait en groupe(1925)Eduardo Viana : La Révolte des Poupées(1916)
les relations entre les artistes portugais et la peinture de Paris sont étroites : le couple Delaunay séjourne dans le Minho. Dans la continuité de l’orphisme, de nombreuses correspondances se font entre les artistes : dans la salle j’ai du mal à identifier les différents peintres
Amadeo de Souza-Cardoso : chanson populaire russe
j’aurais facilement attribué à Sonia Delaunay cette chanson populaire russe
Beaucoup plus cosmopolite qu’on ne l’imaginerait, le Portugal accueille le couple moderniste formé par Arpad Szenes et Vieira da Silva
Arpad Szenes : conversation
Ces artistes qui s’exilent pendant la seconde guerre mondiale au Brésil (Arpad Szenes est juif). leur production est extrêmement diverse aussi bien pour les thèmes que les techniques. J’ai bien aimé les tableaux de Vieira da Silva utilisant de petites touches comme des tesselles de mosaïques
Vieira da Silva : Carnaval de Rio
Une dernière salle est consacrée au surréalisme avec Cesariny
Je ne connaissais pas du tout Eugène Leroy j’avais juste vu les affiches dans le métro et je n’étais pas convaincue. C’est l’article dans le blog des Lunettes rouges qui a attiré mon attention. Et j’ai passé une matinée, fascinée.
L’exposition est thématique, des œuvres d’époques différentes se côtoient, certaines portent une date, certaines deux, le tableau a été revisité peut être vingt ans plus tard.
Leroy Valentine
Même modèle. Evolution dans le tableau qui a subi des empâtements
Leroy Valentine
Face aux portraits de Valentine ceux de Marina. Le modèle disparait sous les couches de peinture. Une femme blafarde émerge
Une démarche analogue s’applique à la section suivanteAprès les Maîtres
Leroy 1943 : La Parabole des Aveugles
Si les tableaux présentés ici sont loin de l’académisme, Leroy connaît les peintres, s’en inspire, les revisite. En 1943 sa peinture est ici très figurative. il ne copie pas le tableau de Breughel, on voit encore les personnages.
Leroy : La Ronde de Nuit d’après Rembrandt
On ressent une parenté dans l’éclairage, l’atmosphère. Il faut prendre du recul Giorgione est aussi revisité dans le Concert Champêtre – thème qui occupe toute une section .
Leroy Le concert Champêtre
le Concert Champêtre a tant de relief que je m’approche, essaie de l’aborder de profil par la tranche comme une sculpture.
Nus
Leroy : Les Trois Grâces
Avec les Trois Grâces toute une série de nus, debout, couchés, assis « bleus », « jaune »
Leroy Nu bleu
D’une sorte de magma de couleurs émerge une figure blafarde. Je m’assois sur le banc pour les voir surgir avec plus de netteté. Ces silhouettes informes au premier regard semblent venir vers moi.
Portraits
Leroy : autoportrait
Une grande salle est remplie de têtes, autoportraits : tableaux très sombres qu’il faut apprivoiser. Ils sont très expressifs. Un regard ébahi, halluciné sort de l’ombre, le haut du visage caché.
Fleurs, arbres, paysages
Les fleurs sont très colorées. Un rouge vif jaillit du tableau. J’ai proféré les arbres et les troncs.
Crucifixions
Leroy Crucifixion
Peintes autour des années 50, elles sont plus figuratives et moins épaisses.
Après toutes ces séries sombres la suite de l’exposition se trouve dans de grandes salles blanches avec un éclairage zénithal. De nombreux petits paysages , ciels et marines sont alignés. Les paysages sont frais et lumineux. On ne croirait pas qu’ils sont l’œuvre du même artiste. Tous sont datés des années 50 ou 60.
L’exposition se poursuit dans ces salles très claires mais déclinent encore de grands tableaux très épais, empâtés, encroutés avec beaucoup de brun et de noir. Retour à Giorgione et à Vénus. j’ai choisi la Vénus jaune
Venus jaune 1992
C’est une exposition surprenante. Il faut du temps et de la disponibilité pour se laisser attirer par cette peinture difficilement lisible, peu aimable. Elle incite à la méditation : Il faut laisse le sujet venir au spectateur.
Je connaissais le sculpteur des jardins des Tuileries, les petites statuettes de Banyuls, les grands monuments de pierre mais pas du tout le peintre ni le décorateur, céramiste et dessinateur de cartons de tapisseries. L’exposition d’Orsay dévoilent des facettes inconnues de Maillol.
Maillol 1884 – Autoportrait
Avant d’être sculpteur, Aristide Maillol se destinait à la peinture étudie chez Cabanel, admire Puvis de Chavanne et Gauguin. Il peint des portrait de profil sur un fond coloré décoratif, fleurs ou branches de figuier
Maillol 1889 – La Couronne de fleurs
Avec ses amis nabis, il s’intéresse au renouveau de la tapisserie
Carton pour une broderie : le concert
s’essaie à la céramique, on voit une belle fontaine blanche et bleue. L’exposition montre diverses étapes du travail, les dessins, le carton et la tapisserie. C’est d’ailleurs une brodeuse Clotilde qui deviendra son modèle et sa femme.
Danseuse dans le tronc d’un poirier
Sous l’influence de Gauguin il traite le sujet des baigneuses et des lavandières. je suis surprise par la posture acrobatique de la femme très blanche dans La Vague : ayant lu le titre du tableau, je le regarde autrement, je regarde la vague et comprends le mouvement de la baigneuse
Maillol : La Vague
L’exposition présente les sculptures de Maillol entourée des tableaux des nabis : Vuillard et Rodin ont peint des natures mortes avec des statuettes. Maurice Denis fait figurer le buste de Marthe Denis sculpté par Maillol.
Maillol : Léda
Maillol le Catalan
Ripl Ronai : Aristide Maillol
Un film montre Maillol déjà vieux avec une longue barbe blanche dans son environnement de Banyuls, il se promène dans les vignes, discute en catalan avec un berger, dessine des feuilles de figuier…..
Je ne me lasse pas de regarder les petites statuettes d’argile qui me parlent plus que les bronzes pourtant très beaux, trop beaux, ou que les sculptures monumentales.
Maillol : l’Air monument commémorant un accident d’avion
je suis étonnée de voir que pour les commandes de monuments à Debussy, Cezanne ou Blanqui, Maillol choisit de représenter des corps féminins.
Une exposition fascinante dans le bestiaire fantastique du littoral, filmé sous l’eau avec cet équipement baroque ou au laboratoire en microphotographie.
puce
J’ai perdu la conscience du temps qui passe en regardant les films de Painlevé : La Pieuvre, Les Daphnies, Le Vampire, L’Oursin, Crevettes…filmés de loin, de près, de très très près, grossis 150.000 fois. Et j’ai découvert des animaux dont je n’avais jamais entendu parler : Aceras, (mollusque)Hyas et Sténorinques(crustacés), j’ai vu se déployer des Spirographes.
Certains films datent de 1929, d’autres sont beaucoup plus récents comme la Transition de phase des cristaux liquides, en couleur, presque de l’art abstrait (d’ailleurs pourquoi ai-je écrit presque)?
Des tirages Noir&Blanc d’une grande beauté, non dépourvus d’humour comme ces pinces de crustacés qui évoquent un profil (il y en a une autre où la pince de homard ressemble à De Gaulle).
J’ai pensé au temps jadis où la sortie du projecteur Super8 en classe déclenchait l’enthousiasme des élèves pas encore saturés d’Instagram et de documentaires animaliers pompeux. Loin des opéras filmés qui hantent les programmes télévision. Du cinéma slow, sobre, mais tellement bien filmé, du soin, de l’humour, de la précision, de l’observation, de la science quoi!
Après avoir passé le canal nous allons piqueniquer à la Poudrerie . Imaginée par Napoléon III, a proximité du Canal de l’Ourcq et de la voie ferrée, éloignée des centres d’habitation à cause des risques d’explosion, elle a été en fonction pendant un siècle de 1873 à 1973. Actuellement, la plupart des bâtiments ont disparu. On peut juste imaginer les 3000 ouvriers qui y travaillaient. Les rails inclus dans les allées pavées ou cimentées rappellent que circulaient des wagonnets et même des trains. Autre souvenir : les mares destinées au refroidissement et les merlons qui protégeaient les autres installation d’une explosion accidentelle : une chanson : La chanson du poudrier rappelle les risques du métier. Un musée est installé dans les bâtiments qui subsistent mais il est fermé.
La promenade en sous-bois nous mène dans des quartiers habités de Sevran. Je reconnais le quartier Montceleux où nous avions été accueillis en 2018. Le maraichage est tenu par Le Jardin Aurore (agriculture biologique distribution circuit court). J’ai le grand plaisir d’apprendre que le projet de méga piscine à vaguesqui devait noyer une grande parcelle de terre agricole et peut être les maraichers, est abandonné : pharaonique, inutile, anti-écologique et surtout impossible à mettre en eau en période de sécheresse. victoire du bon sens! Nous grimpons sur la Butte Montceleux d’où on jouit d’un panorama très étendu jusqu’à Paris : Tour Eiffel, Sacré Coeur, La Défense….Observation en musique : un groupe de 5 jeunes hommes répèpaysagte dune chorégraphie pour le mariage de l’un d’eux. C’est très sympathique.
Nous rejoignons enfin le Canal de l’Ourcq espérant un peu plus d’ombre et de fraîcheur. Mais il y a encore une visite : La Friche Kodak : grand terrain laissé libre à la fermeture des usines Kodak. Libre mais pollué avec tous les métaux et les produits chimiques qu’on imagine pour le développement des photos mais aussi des film radio et des microfilms. Impossible de cultiver quoi que ce soit ou de construire de peur des contamination. On a donc décidé de faire de cette friche un parc ouvert à tous, mais un parc dans lequel les paysagistes et jardiniers n’interviendraient qu’à minima. Expérience pour voir comment la flore et la faune vont reprendre leurs droits. Pour les paysagistes ces paysages ont un nom :le tiers paysage et » les étudiants apprennent à ne rien faire »
C’estGilles Clément (paysagiste du jardin Rayol) qui a énoncé ce concept.
Ici aussi, le livre de Marielle Macé : Nos Cabanes illustre
« Les noues touchent à ce « tiers paysage » que Gilles Clément a mis en valeur. Ces milieux qui émergent sans programme et vivent en marge des zones d’aménagement urbain ou d’exploitation agricole, ces fragments du « Jardin planétaire » constitués par l’ensemble discontinu, en liberté, indécidé, et très pluriel, des lieux délaissés (« délaissés urbains », c’est comme cela qu’on les appelle, mais aussi friches, talus, landes, lisières…) qui accueillent une diversité écologique surprenante,
Car le tiers paysage n’est pas exactement quelque chose que l’on aménage, c’est quelque chose que l’on ménage. Ménager plutôt qu’aménager. Jardiner les possibles, prendre soin de ce qui se tente, partir de ce qui est, en faire cas, le soutenir, l’élargir, le laisser partir, le laisser rêver.
Tiers paysage comme tiers état et pas comme tiers monde, précise Gilles Clément. « Espace n’exprimant ni le pouvoir ni la soumission au pouvoir. »
Et de revenir aux phrases prononcées par l’abbé Sieyès en 1789 :
Qu’est-ce que le tiers état ? – Tout.
Qu’a-t-il été jusqu’à présent? – Rien
Que demande-t-il? A être quelque chose.
Saules et peupliers prospèrent, pyracanthes aussi (d’où proviennent-Ils) les peupliers du temps de Kodak sont très hauts. On a planté des cerisiers (tuteurs) . pas d’allées tracées, seulement celles que les pas des promeneurs ont piétinées.
Un beau terrain d’aventure pour les gens de Sevran!
Après la Friche nous retournons sur le Canal pour des explications historiques : c’est son anniversaire quand même!
Le Canal de l’Ourcq fête sonbicentenaire occasion de retourner s’y promener et de s’intéresser aux communes qu’il irrigue : Tremblay-en-France, Sevran et Aulnay-sous-bois.
Tremblay-en-France
Une dame de la Mairie de Tremblay nous fait la visite guidée, tout de suite, elle nous parle « des bois » – vestiges des légendaires bois de Bondy infestés par les bandits? Ou bien le nom de Tremblay sonne-t-il comme tremble, espèce voisine du peuplier qui borde le Canal? ou même la silhouette de la commune sur la carte étalée sur le trottoir qui figure un arbre. On s’attendait à une banlieue de triste béton et on découvre une ville qui s’est construite à l’ombre de magnifiques hêtres et chênes dont l’Office National des Forêts prend encore soin. Autrefois, dans les années 70 ou 80, on empruntait encore des sentiers sous les arbres pour aller à l’école, à la gare, à la piscine….le XXIème siècle, sécuritaire, a dressé des grilles, équipé les portails de digicode, abattu les passerelles piétonnières….Il faut maintenant contourner les copropriétés et faire de longs détours.
cabanes perchées de Kawamata
On fait donc le détour pour découvrir le Parc de Tremblay, hautes futaies, mare avec des roseaux (plutôt à sec en cette année de canicules), de belles allées sont bordées de ganivelles pour éviter les piétinements intempestifs.
Nous cherchons les cabanes perchées du plasticien Tadashi Kawamata 21 cabanes, des « nids » et des nichoirs à mésanges, œuvre des enfants des écoles, composent cette installation appelée « Bain de Forêt ». les Japonais pratiquent le bain de forêt à but thérapeutique et cette pratique essaime en Europe aussi. Tadashi Kawamata est un artiste reconnu mondialement, il a construit ses cabanes au Centre Pompidou-Beaubourg, au Canada, à New York, en Belgique….Ces installations ne sont jamais gratuites ni coupées de la population. Elles ont été construite en matériel local (planches) en concertation avec les habitants. Aucun accès pour parvenir à la cabane perchée, ni échelle, ni corde. Les seuls occupants seront les oiseaux. Peut être vont-elles se dégrader? C’est fort probable, et prévu, aucune pérennité n’est exigible d’une cabane. Jeu philosophique entre la précarité de ceux qui occupent généralement les cabanes et la fonction d’abri provisoire…Enfants qui construisent des cabanes mais qui les abandonneront quand ils seront adultes, réfugiés, cabanes de misère des bidonvilles. Ces cabanes ne sont pas vouées à l’éternité.
Cabanes perchées de Tadashi Kawamata
Trois cabanes au dessus de nos têtes, Jens sort un petit livre jaune : Nos Cabanes de Marielle Macé (Verdier, éditeur) et nous en lit quelques passages:
Faire des cabanes : imaginer des façons de vivre dans un monde abîmé. Trouver où atterrir, sur quel sol rééprouvé, sur quelle terre repensée, prise en pitié et en piété. Mais aussi sur quels espaces en lutte, discrets ou voyants, sur quels territoires défendus dans la mesure même où ils sont réhabités, cultivés, imaginés, ménagés plutôt qu’aménagés.
Faire des cabanes en tous genres – inventer, jardiner les possibles ; sans craindre d’appeler « cabanes » des huttes de phrases, de papier, de pensée, d’amitié, des nouvelles façons de se représenter l’espace, le temps, l’action, les liens, les pratiques. Faire des cabanes pour occuper autrement le terrain ; c’est-à-dire toujours, aujourd’hui, pour se mettre à plusieurs…..
anneau de jeu
Le sentier débouche sur une perspective,. D’un côté, un très agréable café-bibliothèque, Café Cosy avec des chaises-longues et surtout des livres passionnant dont un beau livre d’art montrant les réalisation de Kawamata à travers le monde, parmi des guides de permaculture, de bricolage du bois….
A l’intérieur du tunnel
En face : l‘anneau de jeu destiné aux enfants que nous ne dédaignons pas. De l’extérieur on ne peut pas deviner les épreuves qui nous attendent.
nouvelle épreuve dans l’anneau
l’inclinaison du parquet nous déstabilise, à quelle hauteur nous trouvons nous? comment ressortir?
j’aurais dû laisser mon sac en bas, il faut ramper! choisir les toboggans? ou des escaliers traîtres qui me forcent à m’asseoir?
Jens a préparé toute une étude sur les aires de jeu : historique remontant à 1830- 1850 Kindergarten en Allemagne, terrains de sport en Angleterre. L’aspect du jeu dans la pédagogie est fort intéressante. Le jeu en plein air est très exploité dans les pays scandinaves. En France, les aspects sécuritaires et juridiques brident l’imagination des pédagogues, et des constructeurs.
Cet anneau conçu par Willemin Architecture Landscapeet Egis est particulièrement réussi.
La dame de la Mairie nous entraîne vers des endroits remarquables de la ville : un théâtre, un cinéma datant des années 30 fonctionnant encore comme salle Arts et Essais dédié à Jacques Tati (fresque Street Art C215)
Tout d’abord le plaisir de retrouver le Voyage Métropolitain que j’avais perdu de vue avec le Covid et les confinements! Toujours le même entrain, la même convivialité et des intervenants passionnants le plaisir du partage et de la découverte.
Comme d’habitude, Jens déplie ses cartes, celle de la région, celle du schéma directeur de Delouvrier (1965) correspondant à la création des villes nouvelles. Evry est sortie des champs à côté d’un petit village dans la vallée de la Seinn entre la Nationale 7, l’Autoroute du Soleil, une ville à imaginer : un plan original en X relié par un autobus en site propre reliant les quartiers, avec au centre la gare du RER D (qui était aussi à construire).
la voie de l’autobus passe sous une sorte de porche
Une ville avec une préfecture, une université, des entreprises, certaines innovantes, des emplois. Des quartiers d’habitations, une nouvelle population à loger. Un réseau de transport performant, voire révolutionnaire, ne faisant pas appel au tout-voiture. Des circulations sur 3 niveau, le niveau intermédiaires étant celui de l’autobus, les quartiers s’ouvrant sur une ville piétonnière. La ville idéale?
Frank, enseignant en arts plastique, en est tombé amoureux. Il vante sa ville, où il enseigne, où il vit depuis des décennies. Lucide il relève l’ anomalie : les habitants ne travaillent pas sur place, on observe un chassé croisé de travailleurs qui ne correspondent pas aux emplois que la ville offre. Emplois très qualifiés pour une main d’œuvre qui l’est moins. Résultat, une ville peu animée, les habitants rentrant tard après leur travail et leur déplacement n’ont guère envie d’aller boire un pot au bistro! Inversement les travailleurs préfèrent rentrer chez eux. Des fastfoods, oui mais peu de convivialité.
Malgré toutes les bonnes intentions des urbanistes et architectes, la mayonnaise n’a pas pris, faute aux crises pétrolières, avant 1973 l’argent était facile, on a commencé par financer les animations sur l’Agora, puis les moyens financiers n’ont pas suivi. Il en résulte un centre un peu étrange : un théâtre ouvert sur la ville, et sur le Centre commercial qu’on est en train de rénover avec des projets de restaurants (comme à Créteil-Soleil) et un chantier peu lisible pour les visiteurs. Dommage! Pourtant le théâtre est une Scène Nationale avec des programmes ambitieux et une municipalité très désireuse de favoriser le secteur culturel.
Le Bâtiment creux
De l’Agora, nous passons le long d’une grande Patinoire (encore un projet ambitieux) sur un cheminement perché au dessus de parkings. Un petit jardin en contre-bas est condamné à brève échéance, délaissé peut-être pour des raisons sécuritaires. Plus haut, on découvre encore un autre jardin bien caché (jardin zen où se déroulent des activités de yoga ou de méditation). Ce serait un très joli coin pour respirer mais il est fermé, cadenassé quand il n’y a pas d’activité. Une longue barre d’habitations borde le cheminement, le Bâtiment Creux, très original, mais il faut être plus loin pour l’apprécier. En face un bas relief en céramique rappelle l’histoire de la construction de la Ville Nouvelle : c’est le grutier.
Le Grutier
Une passerelle enjambe la route de l’autobus : surgissent les Pyramides, 6000 logements prévus, 2000 construits.
Le Voyage Métropolitain à la découverte des Pyramides
Les architectes, Michel Andrault et Pierre Parat, ont imaginé des logements qui s’ouvriraient sur une grande terrasse avec des jardinières en béton permettant de végétaliser l’ensemble (il y a la même à petite échelle au lac de Créteil). L’ensemble est très bien pensé, les pyramides sont construites en dégradé, les plus hautes près de la passerelle s’échelonnent avec des moyennes, puis des petites. Les couleurs sont étudiées une face verte, une face rose.
Moyennes pyramides avec décor de fougères
le quartier se termine par de très petites pyramides
les plus petites pyramides
On a pensé la ville ouverte, sans passage automobile on avait ouvert aussi l’école sur l’extérieur. Puis les mentalités ont changé, on referme et la cloche de l’école se retrouve au centre d’une sorte de rondpoint.
La cloche de l’école.
les enfants ont perché un ballon de foot piégé entre les grosses sonnettes. Aubaine pour Jens qui a prévu de nous faire tirer des ballons dans la Lucarne. Les garçons se font la courte échelle pour le récupérer. La Lucarne est une attraction-phare de la ville. Les amateurs de foot avaient l’habitude de tirer dans une petite fenêtre d’un immeuble. Après les protestations des voisins on a construit une réplique dans un endroit dégagé, avec porte en trompe-l’œil, digicode…
La Lucarne
C’est donc une attraction sportive, il faut se mettre à 12 m sur un repère et viser la lucarne. C’est difficile, personne dans notre groupe n’a réussi! Cette lucarne est si connue que Djibril et ses associés ont fabriqué une « lucarne pliante » et qu’ils se déplacent dans toute la France pour des animations.
Le « manpower » lieu mythique de l’Art du Déplacement
A Evryest né un sport : l’Art du Déplacement ou Parkour popularisé par un film Yamakasi (2001) avec Luc Besson. Yamakasi a une consonnance asiatique (le film est sous-titré les Samouraïs) mais c’est une expression en lingala.
Plus que du cinéma, c’est du sport, le franchissement avec ou sans acrobatie des barrières, matériel urbain, y compris des sauts impressionnants comme du haut du Manpower en atterrissant sur l’immeuble d’en face. L’entraîneur de l’académie d’Evry est venu nous présenter son sport plus tard dans l’après-midi. Le Patrimoine vivant de la ville m’a bluffée!
Piquenique dans le très grand et frais parc du Coquibus où nous avons vraiment apprécié l’ombre de vieux arbres.
Puis découverte d’autres quartiers dont certains ont été labellisés pour l’architecture particulièrement remarquable.
Cité des épinettes
Brique et béton, mais si on regarde de près on apprécie le décor du porche
Bas relief avec des amours
Moins apprécié les barres de fer qui sécurisent les balcons jusque dans les étages élevés!
Un autre ensemble est dû à Sarfati : les glycines qui sont un peu « villas de bord de mer » , un peu kitsch, et beaucoup dépaysantes dans cet univers de béton.
Les glycines Sarfati
Nous traversons l’ensemble de briques des terrasses, très vert, très calme.
Les Terrasses
Pour revenir sur nos pas à travers le Parc vers la Cathédrale de Botta dont j’ai beaucoup aimé la couronne de tilleuls qui ont l’air de s’y plaire. Le travail de la brique est intéressant avec des motifs variés. l’intérieur est impressionnant.
Exposition temporaire du 11 mai ay 5 septembre 2022
Otto Dix : Bildnis der Journalistin..
Titre à rallonge et exposition à rallonge aussi!
Copieuse, parce qu’elle aborde divers points de vue : une histoire de la création artistique dans les Années 20 en Allemagne, avec le courant Nouvelle Objectivité aussi bien peinture que cinéma, théâtre, Architecture et design. En parallèle, elle expose l’Œuvre du photographe August SanderMenschen des 20. Jahrhunderts (Hommes du XXème siècle). Je m’y suis un peu perdue parce que les cheminements sont compliqués.
Räderscheidt : Junger Mann mit gelbe Handschuhe
J’ai été très impressionnée par l’œuvre du photographe August Sander qui, dès 1910, photographe ambulant dans la région de Cologne, s’attacha à faire une galerie de portraits de paysans, de leur famille. Il continua ces portofolios en photographiant des artistes, des révolutionnaires, des ouvriers, des artisans mais aussi des professions libérales…Tous ces tirages sont soignés, il peut refaire plusieurs tirages d’un même négatif comme pour le manutentionnaire qui porte des briques sur un plateau, ou le pâtissier. Avec la prise de pouvoir des nazis en 1933 et l’arrestation de son fils en 1934, cet inventaire de la société allemande est interrompu quoique les images les plus récente montrent des victimes des nazis en 1945.
Une très belle exposition qui se suffirait à elle-même! (Comme il est absurde de faire des photographies avec le téléphone de tels images, je n’en ai pas fait.)
August Sander : Le Peintre Heinriche Hoerle
L’exposition August Sander est accompagnée d’images de plasticiens avec qui Sander a collaboré en photographiant leurs œuvres. Dans une vitrine, la correspondance entre les peintres et le photographe montre leur étroite collaboration si bien que le nom de Sander est associé à ceux de Räderscheidt,Hoerle, Seiwert, Arntz, entre autres sont associés au photographe.
Gerd Arntz : Douze maisons du temps
A la suite de la défaite de l’Allemagne dans la Première Guerre mondiale, l’Expressionnisme se basant sur l’exaltation de l’individu est remplacé par le Mouvement de la Nouvelle Objectivité qui se caractérise par une standardisation de la représentation . L’attention des artistes se porte davantage sur l’appartenance sociale qu’aux caractères individuels. Cette nouvelle objectivité s’est exposée en 1925 à Mannheim.
Affiche Nouvelle Objectivit
Ce mouvement se divise en deux ailes, la gauche, réaliste politiquement engagée plus classique. Les progressistes de Cologne développent des utopies socialistes.
Frantz Wilhem Seiwert Die Arbeitsmänner (les Travailleurs)
Cette standardisation s’exprime aussi dans l’urbanisme
Georg Grosz : Ohne Titel Konstruktion
le tableau de Grosz fait penser aux places vides de Di Chirico.
Cette Nouvelle Objectivité devient un slogan dans divers domaines et même dans celui du spectacle. Appliquée à l’Architecture, elle rejoint les recherches du Bauhaus : le projet Das Neue Frankfurt concerne l’édification de 10.000 logements en une cité-logement homogènes de maisons mitoyennes toutes construites sur le même standard.
Un autre procédé ayant cours alors est celui du montage, aussi bien dans les arts plastiques que dans le cinéma. On peut visionner dans l’exposition une partie du film Berlin, die Sinfonie der GrossStadt.
Otto Dix est le plus connu des peintres de cette époque, il se représente dans le montage au titre ironique An die Schönheit (Selbstbildnis) A la beauté autoportrait, mélangeant divers éléments entre autres une tête de coiffeur ou d’institut de beauté.
Otto Dix An die Schönheit
En parallèle aux portraits objectifs et systématiques de Sander, certains peintres livrent une image acide, presque caricaturale de leurs contemporains
Gert Heinrich Wpllheime Abschied von DüsseldorfHeinrich maria Davringhausen : Le Profiteur
je me suis surtout intéressée aux portraits mais l’exposition montre aussi des natures mortes, des études de végétaux, et même une cuisine aménagée…
Bertolt Brecht et Kurt Weill ont bien sûr leur place.
Je terminerais ce compte-rendu bien incomplet par cettevision du travail et de l’exploitation
Les Provinciaux et Touristes étrangers visitent Paris mieux que les Parisiens! C’est souvent à l’occasion d’une de leur arrivée que je visite les collections permanentes d’un musée. pour les expositions, l’urgence me presse. C’est donc la visite de Claudine et Francis qui m’a décidée à retourner aux Thermes de Cluny devant lesquels je passe avec indifférence.
Et ils viennent d’être rénovés!
Je suis passée avec beaucoup de scepticisme par la nouvelle entrée en ferronnerie contemporaine rouillée comme il se doit, en râlant que la jolie cour gothique de l’Hôtel des abbés de Cluny avait quand même plus d’allure!
Frigidarium
Et c’est injustifié parce que cette rénovation met en valeur les Thermes que j’avais toujours négligés. Il est d’ailleurs judicieux de descendre directement au Frigidarium où sont exposés les antiquités romaines : remarquables Piliers des Nautes Les thermes font un hall d’exposition extraordinaire (comme à Rome où j’avais vu dans les Thermes de Dioclétien les œuvres d’Henry Moore).
Têtes des rois de Juda
Des vestiges provenant des églises et des monastères de la Région Parisienne sont mis en valeur. Ces têtes géantes de Notre Dame de Paris ont été retrouvée relativement récemment. Elles avaient un temps servi de bornes. Toute une série de chapiteaux romans me fascinent.
tissu copte
le parcours est chronologique, logiquement, après les Gaulois et les Romains, la Salle 2 propose un véritable trésor des couronnes d’or et de pierreries du trésor wisigothique de Guarrazar(7ème siècle) suspendues sont entourés de vitrines contenant des merveilles orientales comme les tissus byzantins ou coptes et surtout les ivoires finement ouvragés.
Ivoire
le XIème -XIIème, entre Roman et Gothique, livre ses trésors. mais c’est avec les vitraux qu’on a les plus belles surprises : c’est rare de pouvoir les contempler à hauteur d’homme, généralement on se dévisse le cou sans distinguer les détails que les verriers de l’époque ont soignés.
vitraux
Il faudrait de nombreuses visites pour s’attacher à chaque style, chaque provenance. La Sainte chapelle (1241-1248) nous enchante.
Nous sommes restés longtemps à admirer un coffret en ivoire : l’Assaut du Château d’Amour d’une finesse exceptionnelle et que le sujet profane nous a séduit
L’Assaut du château d’Amourl’Assaut du Château d’Amour
Ces ivoires (parfois os) sont pour moi un véritable coup de cœur
j’ai aimé ces Saintes Barbe si douces et ces Vierges
Sainte Barbe
Tant de sculptures, lesquelles choisir?
Le chef d’oeuvre du musée est bien sûr la tapisserie de la Dame à la Licorne mais ce n’est pas la seule tapisserie. j’ai bien aimé ces départs à la Chasse
Départ à la chasse
ou les vendanges
Vendanges
et le bain qui racontent la vie quotidienne
Le bain
la tapisserie de la licorne est si merveilleuse qu’elle mériterait à elle-seule un billet de blog. Et que dire de la Tapisserie de Saint Etienne que j’ai tout juste entraperçue, j’était fatigué, comme repue. Il me faudra revenir!
Les organisateurs de l’Exposition Pharaon des Deux Terres ont mis le projecteur sur une période très courte : un siècle où la dynastie kouchite venant de Napata au Soudan a pris le pouvoir sur les Deux Terres, non pas seulement la Haute Egypte et la Basse Egypte comme les pharaons des dynasties précédentes mais sur le Royaume de Kouch et sur l’Egypte.
Chabarka
Je croyais connaître un peu de ces pharaons noirs après avoir visité deux fois le très beau Musée Nubien d’Assouan. A Assouan, toute l’Antiquité et même bien après étaient présentés, je n’avais même pas remarqué ces pharaons.
Stèle triomphale de Piânkhy
La conquête de l’Egypte par Piânkhy est documentée par la Stèle triomphale où les rois d’Egypte se prosternent devant le conquérant (registre juste au dessus des hiéroglyphes). Avant cette conquête les Pharaons Egyptiens et le Royaume de Kouch entretenaient des rapports commerciaux (or, ivoire, bétail) illustrés par la fresque de Houy
tome de Houy : tribut des kouchites
Les rapports étaient parfois mouvementés et les Egyptiens représentent parfois les kouchites entravés comme des esclaves/ Au Nouvel empire la conquête du Sud fut entreprise.
kouchite représentation égyptiennekouchite
Après cette introduction « égyptienne » , les expéditions en Nubie de Champollion, Lepsius, et bien plus au sud le long du Nil avec l’expédition Bankes et Louis Maurice Adolphe Linant de Bellefond ont rapporté des témoignages, cartes, relevés des sites kouchites en particulier le relevé de Djebel Barkal « la montagne pure » avec à ses pieds de nombreux temples
Napata Djebel Barkal
Djebel Barkal est situé entre la 3ème et la 4ème cataracte, ce relief tabulaire dominait la plaine de 100 m de haute et une aiguille pointue rappelait l’Uraeus, le cobra des pharaons.
Au temple d’Amon, un bélier solaire incarnant Amon-Rê est impressionnant
Bélier solaire protégeant Aménophis III Djebel Barkal
la richesse du royaume de Kouch est matérialisée par de nombreux objets en or – les kouchites maîtrisaient parfaitement la métallurgie et l’orfèvrerie
Triade d’ElephantineCriosphynx : corps de lion tête de bélier
Si les béliers et les sphynx sont nombreux, les Kouchites vénéraient également les oiseaux : déesse vautour, ou Horus le faucon
Déesse vautour de SanamTaharqa à genoux offrant le vin à Horus
Les Kouchites de la XXVème dynastie se sont installés sur toute l’Egypte, de Memphis, Saqqara à Napata, en passant par Thèbes. Thèbes, ville d’Amon revêtait une importance capitale pour ces Pharaons qui aspiraient à restaurer l’unité de l’Egypte et une certaine orthodoxie dans les cultes. le temple de Karnakfut complété avec un vaste chantier de nouvelles constructions et le relais était assuré par Les Divines Adoratrices D’Amon
Divines adoratrices à Thèbes
Un couloir voûté figure le Sérapéum de Saqqara . Mariette y a retrouvé des stèles correspondant à l’enterrement des taureaux Apis
Enterrement du boeuf ApisEnterrement du boeuf Apis
Cependant, dans le Delta Saïs a résisté aux rois de Napata . Le dernier pharaon de la XXVème dynastie Tanouetamani fut balayé par les Assyriens d’Assourbanapal. Assourbanapalprend deux fois Thèbes et Psammetique II avecl’aide de ses mercenaires, des hoplites grecs mène une expédition jusqu’en Ethiopie et saccage Napata.
Assyriens et char
Assyrien prenant une ville égyptienne et soldats kouchite s’enfuyantPlaque chryséléphantine :lion assyrien dévorant un kouchite
La fin de l’exposition montre les répliques des statues de la cachette de Douki Gel trop fragiles pour voyager réalisées à l’imprimante 3D comme le colosse de Taharqaqui accueille les visiteurs. Ce procédé, au début m’a un peu désarçonnée, les statues tellement impeccables, comme neuves, revêtues de parements à la feuille d’or et avec une coiffe peinte en rouge vif. Elles n’ont pas le charme des ruines, mais pourquoi se priver de les montrer telles qu’elles étaient alors?
En épilogue : l’épopée d’Inaros et l’opéra Aïda, avec les costumes dessinés par Mariette lui-même