Juvisy-sur-Orge avec le Voyage Métropolitain

GRAND PARIS

La Gare de Juvisy-sur-Orge

Notre Voyage commence par un pique-nique à bord de la péniche l’Alternat amarrée sur la Seine à quelques encâblures du Pont de Juvisy . Eric, le batelier nous fait le, s honneurs de sa péniche, ou plutôt de ses deux embarcations. La plus grande, la plus ancienne aussi, 1936 est aménagée avec parquet, scène, bar comme un espace festif. Elle a échappé à la réquisition allemande qui a tronqué nombreuses péniches en vue d’un éventuel débarquement sur les côtes anglaises. C’est un gros gabarit autrefois chargeait du sable, gravier ou du blé. Eric nous fait prendre conscience de l’enjeu écologique du transport fluvial dramatiquement négligé en France. Une seule barge peut emporter le chargement de nombreux camions, avec l’équivalent du moteur d’un seul petit camion. De plus, les particules d’usure des pneus n’existent bien sûr pas sur un bateau! 

Sur la Seine : la péniche Alternat et le pont de Juvisy

L’Alternat m’a d’abord suggéré des politiques alternatives. En effet l’Alternat s’inscrit dans un mouvement de la Paix. Eric nous a invités à réfléchir à ce concept. Il est engagé dans des actions pédagogiques avec les écoles et collèges de Juvisy et Corbeil. Une belle exposition sur le thème de l’eau se trouve étalée dans la cale. Eric emmène les écoliers en croisières sur la Seine. Croisière qui peut durer plusieurs jours puisque la péniche est équipée de cabines, douches, cuisine. Dernièrement ils ont navigué jusqu’à Rouen. 

Avant qu’on quitte la péniche Eric a attiré notre attention sur un projet de mobilité fluviale RIVERCAT  : le projet MonBeauBateau pour l’Île de France : une navette de 100 passager qui desservirait l’Île de France de Soisy sur Seine à Saint Denis . C’est un projet coopératif qu’on peut soutenir. Il me rappelle la navette Voguéo qui reliait Maisons Alfort à Austerlitz et que j’avais plaisir à utiliser puis qui a disparu brusquement.

l’horloge de la gare de Juvisy a survécu au bombardement mais pas à la modernisation elle émerge d’une passerelle moderne

Juvisy-sur-Orge fut un temps la plus grande gare ferroviaire du monde : la ligne allant de la Gare d’Orsay, puis Austerlitz à Orléans et la ligne PLM partant de la Gare de Lyon y convergeaient. En plus des Grandes Lignes, les RER C et le RER D  s’y retrouvent. Le 18 avril 1944, Juvisy a payé très cher cette célébrité : le bombardement britannique a détruit non seulement les installations ferroviaires utilisées par les Allemands mais aussi tout le centre ville fut rasé avec 392 victimes. 

La reconstruction de la ville qui a suivi les destructions est particulièrement intéressante : les pavillons en meulières furent reconstruits presque à l’identique, un œil exercé remarque cependant que la meulière est utilisée seulement en parement sur le béton, les encadrements des fenêtres en relief sont des cadres préfabriqués. Les garages montrent l’importance de la voiture individuelle dans une vie « à l’américaine » . Certains ont eu la chance de voir leur pavillon reconstruit, d’autres furent relogés dans des petits immeubles collectifs toujours en meulière. On élargit aussi les rues en bordant certaines d’arbres d’alignement.

Dans le Centre-ville, l’actuelle Halle de marché, conçue par les architectes Ohnenwald, Aubert et Valdin, bâtiment remarquable, est actuellement classé. Un grand centre culturel est attenant au Marché mais il a été rénové avec façade en verre qui tranche avec la halle de béton.

L’Orge à Juvisy ici canalisée

Juvisy-sur-Orge est bien sûr irriguée par cette rivière de 54 km qui prend sa source  on loin de Rambouillet, traverse les Yvelines et l’Essonne. L’Orge est partiellement couverte dans le centre-ville mais elle est aussi canalisée et offre une belle promenade. 

Le centre-ville et la Gare se trouvent le long de la Seine bordé par un coteau bien raide, rebord du plateau de la Beauce. Autrefois, des vignes étaient cultivées à flanc de coteau, remplacée après le phylloxera par des arbres fruitiers. Il reste encore des espaces couverts d’une végétation sauvage, arbres, buissons et lianes. Nous empruntons un sentier au dessus de la rivière et au hasard de la promenade découvrons une jolie source : bassin arrondi au rebord de pierre contenant une eau très transparente. A Athis-Mons, la commune voisine on nous avait aussi parlé de sources.

Une source cachée dans la& végétation du côteau

Un château gardait la ville, lieu stratégique où embarquait le blé de la Beauce, seul pont sur la Seine jusqu’à Paris. De ce château dominant la vallée de la Seine, il reste un beau parc. Juvisy fut (dit-on) pressentie pour la construction d’un royal à la place de Versailles. Le parc aurait peut-être été dessiné par Lenôtre.  Il reste une splendide terrasse avec une vue dégagée sur la forêt de Senart de l’autre côté de la Seine. Un joli bassin agrémenté de grottes en rocaille nous sert d’abri pendant l’averse. A l’occasion le groupe dérange un couple de petits amoureux. Joli endroit pour un flirt!

Le parc a été loti au fil du temps,  les perspectives ont été tronquées mais il reste de jolis coins comme ces fontaines que nous découvrons à la nuit tombante. Elles ont été déplacées et se trouvaient autrefois  sur le pont sur l’Orge.

les belles fontaines qui ornaient le pont à la tombée de la nuit

Des fontaines sur un pont? Etrange, pas tant que cela si on pense que le Roi Soleil le franchissait avec son carrosse et la Cour en route vers Fontainebleau. Approximativement, la RN 7 (la Route du Soleil) suit une Voie Romaine vers Sens, Lyon…Rome? A Juvisy, le dénivelé était important et peu confortable pour les équipages royaux, on inventa alors une déviation avec une grande courbe pour obtenir une pente douce.

l’Observatoire Camille Flammarion

Sous la nuit nous montons sur la RN 7 pour découvrir l’Observatoire de Camille Flammarion (1842-1925) . En son honneur un astéroïde a été nommé  (605) Juvisia clic

Sur la nationale on peut encore voir la pyramide de Cassini (1742)  qui a servi à mesurer le méridien de la Terre par triangulation avec celle de Villejuif. le cinéma Eden a disparu.  La fin de la randonnée est sous le signe des étoiles avec la projection du fillm Gagarine clic que j’ai déjà vu et beaucoup apprécié : destruction de la Cité Gagarine à Ivry vue par un jeune passionné par les étoiles.

A la gare panique totale : les tableaux des départs sont en panne tous rouge, quel quai? quel train? la foule court en tous sens. Des trains sont supprimés mais en l’absence de panneaux personne ne sait lesquels. Sur le quai 51 il faut pousser pour entrer dans le wagon, deux dames avec des poussettes renoncent juste devant moi et les portes se ferment. Sur le quai 49 des jeunes en gilet rouge dissuadent les voyageurs et les renvoient sur le 51 bondé attente 22 minutes, je retourne sur le 49, le train est là, vide, départ dans 3 minutes. Partira-t-il? Et bien oui contre toute attente.

 

 

Rosa Bonheur à Orsay

Exposition temporaire jusqu’au 15.01.2023

Rosa Bonheur dans son atelier

Depuis notre visite au Château de By j’attendais avec impatience cette exposition. Un billet d’un blog que je suis avec beaucoup d’intérêt m’avait un peu irritée : avec condescendance le blogueur comparait les peintures de Rosa Bonheur aux illustrations des anciens calendriers des Postes. J’étais donc pressée de voir les tableaux de Rosa Bonheur dont je n’avais vu que des photos ou des copie. 

labourage

j’ai aimé l’attention que Rosa Bonheur accordait aux animaux et au monde rural : charbonniers, laboureurs, bergers, marchands de bestiaux. le monde rural est décrit avec minutie et exactitude. Même si parfois les couleurs font un peu « chromos » (surtout dans les barques d’Ecosse).

Berger des Highlands

Le tableau qui l’a rendu célèbre en France, à Londres et en Amérique : le Marché aux chevaux exposé à New York n’a pas fait le voyage mais la copie londonienne si, toute une salle montre les différentes gravures, études pour ce chef d’œuvre

le marché aux chevaux

je ne vois aucune « miévrerie » dans la course musclée des percherons ni dans les attitudes des maquignons

course des chevaux sauvages fuyant l’incendie

Le tableau américain des chevaux sauvages est le contrepoint du précédent : impression de liberté de ces animaux sauvages.

Cerfs dans la brume

les cerfs de la forêt de Fontainebleau sont aussi peints dans toute leur majesté comme ces bisons menacés par les « blancs usurpateurs »

Bisons

La personnalité de Rosa Bonheur transcende  son talent de peintre. Même si la peinture animalière n’est pas à la mode, sa figure de femme libre, défenseure des animaux, des Indiens, qui a adopté le pantalon quand les femmes n’y avaient pas droit, qui a vécu au grand jour avec une femme toute sa vie, en font une icone très moderne. En passant lire le petit livre  de la collection féministe la petite ixe.

Joan Mitchell rétrospective – Monet/Mitchell – Vuitton

Cyprès

Exposition temporaire jusqu’au 27 février 2023

Eblouie! Impressionnée par les immenses diptyques, triptyques, polyptyques éclatants de couleurs qui explosent et emportent tout.

J’ai adoré ces jaunes chaleureux qui évoquent des tournesols

Je suis captivée comme au spectacle d’un feu d’artifice. Je m’arrête pour détailler les traces des coups de pinceaux, des coulures, des reliefs, parfois des grosses taches épaisses (j’aime moins).

Difficile de mettre des mots sur ces sensations violentes. D’ailleurs, Joan Mitchell  ne donne que de très rares indices pour une analyse ou une description. Rares références de lieux ou de circonstances. 

No birds

No Birds est une allusion à Van Gogh : même champ de blé mais pas de corbeaux comme dans Le Champ de blé aux corbeaux . Joan Mitchell est à Vetheuil non loin d’Auvers-sur-Oise. 

.

 

J’ai beaucoup aimé les jaunes, mais Mitchell sait aussi varier les couleurs et les techniques : j’ai imaginé des prés, des champs dans ces à-plats rectangulaires, imaginé des fenêtres sans qu’aucune indication n’y fasse allusion.

Vétheuil

 

ici, dans cette salle où les toiles de Joan Mitchell dont confrontées à celles de Monet, le cartel précise qu’il s’agit bien de la vue de sa terrasse de Vétheuil. La mise en scène de cette confrontation est réjouissante!

Joan Mitchell et Monet : l’heure des bleus

Entre saule et nymphéas, les tableaux de Joan Mitchell s’insèrent parfaitement, se répondent. Accrocher un tableau face aux nymphéas pourrait être dangereux. Et bien non! Mitchell prend sa place en face du Maître de Giverny qui aurait pu être son voisin à cinquante ans près.

Monet : Pont Japonais

Le Pont Japonais frôle l’abstraction. Il figurait auprès des Peintres abstraits américains dans l’exposition à L’Orangerie en 2018 : Nymphéas : l’abstraction américaine et le dernier Monet .

Occasion aussi de découvrir un jardin de Monet que je n’avais jamais vu

Monet : Maison de l’artiste vue du jardin

ainsi que des hémérocalles, des agapanthes de toute beauté. Quelques fois j’ai des doutes, cet arbre est-ce Monet ou Mitchell?

Impressionnante, la série de la Grande Vallée dix immenses tableaux peints en 1983-1984

La Grande Vallée

J’ai volontairement photographié les visiteurs pour donner une idée de l’échelle.

la Grande Vallée

Une exposition réjouissante. Laissez-vous séduire par cette explosion de couleurs et de sensations!

Frida Kahlo au-delà des apparences à Galliera

EXPOSITION TEMPORAIRE jusqu’au 5 mars 2023

Frieda Kahlo – 1939 par FK Murray

Attention! Exposition très courue : réserver le créneau de visite à l’avance!

Le Palais Galliera  est le Musée de la Mode, assurance de voir les robes et les bijoux de Frida Kahlo plus que ses œuvres (très peu de tableaux, plutôt des photographies de ses tableaux).

J’avais été impressionnée par l’Exposition à l‘Orangerie en 2013 et j’avais lu Diego et Frida, le livre de Le Clezio CLIC.  

Récemment j’ai aussi lu Rien n’est noir de Claire Berest, biographie colorée CLIC

L’exposition Frida Kahlo au-delà des apparences apporte un autre regard se focalisant sur la personnalité de l’artiste plutôt que sur ses œuvres. Occasion, également, d’admirer de merveilleux portraits de son père d’abord qui était photographe et de photographes de renom comme Gisèle Freund, Man Ray , Murray et d’autres 

Portrait de famille, Frida Kahlo est habillée en garçon

Frida Kahlo a joué avec son image et avec l‘apparence de genre, valorisant son côté masculin, ses sourcils épais et sa moustache qu’elle a parfois exagéré. C’est un aspect que je découvre ici. 

La galerie des portrait la présente avec Diego Rivera, bien sûr, mais aussi avec d’autres artistes. Son exposition à Paris est l’occasion de fréquenter les surréalistes. Le rôle d’André Breton ne le présente pas à son avantage, plutôt un sale type misogyne, tandis que Duchamp l’a aidée. 

Murray

L’exposition présente des objets de la Casa Azul qui se sont trouvés enfermés 50 ans  après sa mort. Objets très intimes comme flacons de parfums, médicaments, trousse de couture….Ainsi que les robes mexicaines merveilleuses.

 

Ce sont précisément les tenues qu’elle portait sur les photos présentées ici.

Frida Kahlo a tiré de son handicap, une inspiration  créatrice . Elle cachait  sa jambe mutilée sous ses longues jupes mais elle en faisait état en  le mettant en scène dans de nombreux tableaux  figurant l’accident, sa colonne vertébrale et ses corsets, ses fausses-couches. Ses prothèses et corsets occupent une salle de l’exposition, certains sont peints, véritables œuvres d’art

Florence Arquin : Frida Kahlo en corset

Autre facette de la vie de Frida Kahlo : l’engagement politique. Bien que Trotski  ait logé à la Casa Azul, elle s’est représentée peignant le portrait de Staline assurant de sa fidélité au communisme. On voit aussi sa critique des riches Etatsuniens : elle n’omet pas de représenter les files d’attente à la soupe populaire même si elle a beaucoup apprécié son séjour américain.

Costume traditionnel mexicain avec le Resplandor cérémonies religieuses. Eisenstein dans son film Que viva Mexico!  a filmé ces coiffes
REsplandor Haute Couture

Enfin, l’influence de Frida Kahlo sur la Haute Couture est importante : Jean -Paul Gaultier a dessiné des hauts s’inspirant des corsets orthopédiques de Frida Kahlo. Karl Lagerfeld a fait défiler Claudia Schiffer maquillée avec l’uni-sourcil de la peintre. couleurs et broderies des robes mexicaines se retrouvent sur les modèles de Haute Couture, sans parler de la collerette traditionnelle mexicaine.

Erdem 2020

Oskar Kokoschka – un fauve à Vienne -MAM

Exposition temporaire jusqu’au 23 février 2023

Oskar Kokoschka – Autoportrait 1917

Un enfant terrible à Vienne(1904-1916)

C’est ainsi que s’ouvre cette exposition sous-titrée « Un fauve à Vienne » qu’on associe volontiers aux acteurs de la Sécession viennoise (Klimt et Schiele) mais aussi aux expressionnistes par la crudité du dessin, l’expression des portraits où les mains  et le regard intense traduisent le caractère du sujet

Le joueur de Transe

Oskar Kokoschka excelle dans les portraits et l’exposition du MAM les a mis en valeur en choisissant un petit nombre et en accrochant sur un mur blanc ou noir. Il a aussi peint des paysages et comme ses contemporains a illustré des livres, fait des séries de gravure. Deux peintures aux sujets religieux m’ont étonné comme le Saint suaire et Véronique ou une étrange Annonciation. 

Véronique et le suaire

Original ce dessus de cheminée, image de mariage dans le style de la Renaissance

Hans et Erica Tieze portrait de mariage à la mode Renaissance

Ses portraits sont très intéressants

Carl Moll

Si les portraits dominent, l’œuvre viennoise est variée comme les séries de gravures et dessins très fins des cycles graphiques , ses collaborations avec la Presse Der Sturm d’Adolf Loos, ses illustrations et affiches, les éventails offerts à Alma Mahler avec qui il a entretenu une relation amoureuse et fait des voyages.

Träumenden Knaben (illustration)

Engagé militaire dans la Grande Guerre, il fut deux fois blessé. On le voit en photo avec son camarade le peintre hongrois Rippl Ronaï. Il a également fait des pastels et des dessins de guerre.

les années de Dresde (1916-1923)

Blessé, réformé il fait une dépression et il est soigné dans un centre de convalescence près de Dresde. 

Autoportrait au chevalet

Sa peinture devient plus colorée, moins empâtée avec plus d’à-plat

Diptyque Hans Mordersteig et Carl Georg

Voyages et séjour à Paris

Dans cette section sont accrochés des paysages colorés de Marseille, Annecy. Il voyage en Afrique du Nord : beau portrait Le Marabout de Temocine. Il exécute aussi des séries d’animaux : chevreuil, lion, tortues géantes ou Poissons sur une plage de Djerba

Poissons sur une plage de Djerba

Résistance à Prague 

mais sa peinture n’est pas appréciée, 5 de ses tableaux sont décrochés du Musée de Dresde et il s’exile à Prague. Sa peinture figurera dans une exposition nazie d’Art Dégénéré. En 1937 il se représente lui-même en artiste dégénéré dans une attitude en même temps de tristesse et de défi

Autoportrait en Artiste Dégénéré (1937)

Exil en Angleterre (1938-1946)

Les peintures que je retenues sont des allégories politiques comme L’Anschluss

Anschluss: Alice au pays des merveilles

ou le Crabe

le Crabe

Sur une plage britannique le crabe monstrueux cache une scène de noyade

L’oeuf rouge

tandis que dans l’oeuf rouge les accords de Munich sont mis en scène avec ma figure colossale de Mussolini, Hitler grimaçant, la France, un chat indolent et la Grande Bretagne détourne le regard.

un artiste européen (1946-1980)

Autoportrait 1969

Il s’établit en Suisse et reprendra sa nationalité autrichienne en 1975. Il continue à peindre et dessiner (suite lithographique de pan sur un thème de Hamsun

Cette très belle rétrospective m’a fait découvrir un peintre dont je ne connaissais que ses oeuvres viennoises de jeunesse.

Garouste au Centre Pompidou

Exposition temporaire jusqu’au 2 janvier 2023

Garouste : L’étudiant et l’autre moi-même

J’avais découvert Garouste au Musée de la Nature et de la Chasse dans une présentation du tableau Diane et Actéon qui m’avait bien intéressée CLIC

Pinocchio

Je ne connaissais pas la vaste production du peintre et cette rétrospective au Centre Pompidou a été une surprise. : elle retrace son œuvre sur une quarantaine d’années et se répartit sur plus de 18 salles (+ la chronologie). Il faut prévoir une bonne après-midi et peut-être, comme moi, vous fatiguerez avant la fin ; ce qui est dommage parce que les œuvres les plus récentes sont passionnantes.

EN CHEMIN LE PASSEUR S’INVITE DANS LES SALLES OBSCURES DU PALACE

Garouste, avant d’être un peintre reconnu à part entière se consacra à la décoration et au décor de théâtre. Il construisit une installation La Règle du Jeu avec des objets, des piquets figurant des personnages, un masque, des énigmes. Une série de tableaux  ayant aussi pour titre La Règle du Jeu représente une comédie policière, dispersant les énigmes comme au Cluedo. J’ai passé un peu trop de temps à chercher les indices…

Adhara

Après les décors on en arrive avec de très grands formats à des peintures impressionnantes: dans une atmosphère sombre, deux personnages, l’un d’eux, yeux bandés l’autre accompagné d’un chien, semblent dédoublés : sont-ils Le Classique et l’Indien, figures récurrentes à cette époque? D’autres tableaux sombres, gris ou bruns ont des titres lourds de significations, Constellations, Orthros et le Classique.

Orthros et le classique

Orthros est le chien bicéphale, psychopompe, dit le cartel je remarque une grande maîtrise dans le dessin. En même temps je cherche à mobiliser les souvenirs de la mythologie grecque, sans succès. Un autre tableau s’appelle Orion, encore une constellation, encore de la mythologie. Colomba, encore une constellation mais aussi des allusions littéraires à Prosper Mérimée, et à Henry James avec l’Image dans le le Tapis. 

Garouste nourrit sa peinture de clins d’oeil, un Déjeuner sur l’herbe est composé de  deux femmes habillées et d’un homme nu. Dans la Chambre rouge, encore une inversion aux codes habituels : l’homme git sur le lit alangui tandis que la femme est debout. 

La chambre Rouge

Personnages à l’antique (lutteurs) et nature morte géante avec un énorme vase bleu qui revient à plusieurs reprises dans la série de tableaux. La couleur violente fait apparition dans les années 1985. Le Commandeur, sa statue renversée sont aussi des sujets de la série.  La salle suivante nous plonge dans l‘Enfer de Dante avec des allusions à Delacroix avec le bateau qui conduit Dante et Virgile

Dante

Inspirée de Rabelais, La Dive Bacbuc, une curieuse installation cylindrique, peinte aussi bien dehors qu’à l’intérieur, visible par des œilletons. 

Don Quichotte et les livres brûlés

Cervantès aussi : un portrait de Quichotte avec la figure de J. M. Ribes

Le théâtre de Don Quichotte

On voit maintenant les ânes qui vont peupler nombreux tableaux. Ânes bibliques ou non

Balaam 2005
L’ânesse et la Figue

l »âne et les ânesses figurent dans  nombreux tableaux y compris dans Le Pont de Varsovie et les ânesses

le Pont de Varsovie et les ânesses 2017

Comme j’ai beaucoup de sympathie pour les ânes je les ai photographiés!

A partir de 1990 Garouste s’intéresse à l’hébreu, aux épisodes bibliques mais aussi au Talmud et au Midrach. Il Illustre la Haggadah de Pessah et la Meguilat Esther.

 

Meguilat Esther

Une grande trilogie prend pour sujet Pourim : les masques m’avaient fait penser à Venise avant que je ne lise le titre,

Pourim

Nombreux tableaux sur des thèmes juifs, aussi bien bibliques que plus modernes comme les portraits de Kafka que de rabbins. Celui qui m’a touchée c’est la sculpture de Jonas une arche avec une voile sur des vagues qui contient dans un tiroir secret 4 chapitres du livre de Jonas pliés en leporello (livre accordéon) en hébreu, français, phénicien, yiddisch, latin, allemand. 

Jonas

A vrai dire, je suis arrivée fatiguée et saturée dans ces dernières salles aux thèmes juifs qui sont très intéressantes et j’ai regretté de ne plus être assez concentrée pour m’y consacrer plus sérieusement.

Pourim : le festin d’Esther

 

Hôtel de la Marine : deux magnifiques collections, Al Thani et Gulbenkian

TRESORS

Rhyton : cerf or et cornaline

Emerveillée! Eblouie! Ebahie! Etourdie!

Devant tant de splendeurs, me voici sans voix!

D’abord l’écrin : toutes les glaces et les dorures de cet Hôtel de la Marine restauré. 

Collection Al Thani

Comme un coffre-fort secret, comme la grotte d’Ali Baba, « sésame ouvre-toi!« , le trésor s’ouvre sur mon passage, d’abord quasi obscurité,  dans la salle noire brillent des centaines de petites étoiles, fleurettes dorées suspendues en guirlandes légères et brillantes.  Des vitrines éclairées sur des socles noirs, très sobres contiennent les plus beaux chefs d’œuvres façonnés, pour certains dans la nuit des temps, de toutes provenances. 

Contemplatrice d’étoiles – Anatolie (3300-2500 av JC)

Ma préférée est la Contemplatrice d’étoiles de marbre blanc qui ressemble aux idoles cycladiques. Son nom vient de l’étrange posture de la tête horizontale vers le ciel alors que sa silhouette suggère la fertilité. Beauté absolue, vieille de 5000 ans.

Ours affectueux  Chine han (206 av .JC -25 apr. JC)

Le petit ours doré qui se gratte derrière l’oreille faisait partie d’un groupe de quatre poids pour tenir un tapis. Il est craquant. 

J’ai aussi admiré le Rhyton cerf (ci-dessus) la tête  rouge en forme de masque de la Reine Hatshepsout. Dans cette pièce on voit aussi un masque mexicain incrusté de jade (200-600 apr. JC) qui voisine avec la coupe de vin de Jahangir (1607-168) finement ciselée de plusieurs calligraphies persanes. 

tête de sumérien en quartzite

La galerie des têtes va de la Sumer antique  à l’Egypte avec une princesse amarnienne, Sérapis et le Nigéria,

africain Nigéria

en passant par un masque du Guatemala, ou un dieu hindou d’Asie Centrale.

Buste d’Hadrien

Le buste d’Hadrien qui a appartenu à Frédéric II de Hohenstaufen est-il une sculpture romaine restaurée au XIII ème siècle, une lettre retrouvée attesterait l’antiquité de la tête de cornaline alors que l’armure d’apparat serait médiévale? la série se termine par deux têtes africaines de toute beauté.

gabon

la collection Al Thani se poursuit par une galerie des trésors d’une richesse inestimable : or, argent, vaisselle, bijoux des trésors macédoniens de Pella, d’Asie Centrale et Iran avec en ensemble de vaisselle sassanide, ou du Tibet

Service incrusté de turquoises (tibet)

ou de jade Olmèque.

Exposition temporaire Gulbenkian

Lalique

Dans le cadre de l’année France-Portugal, une partie des collections du Musée Gulbenkian est présentée ici rassemblant aussi bien des objets rares, des manuscrits anciens, ou des reliures précieuses du XXème siècle,  des textiles ottomans ou japonais, de la vaisselle islamique; des porcelaines chinoises et des tableaux de Dürer, Watteau ou Guardi. 

Plat chinois

Tous ces objets sont exceptionnels et rivalisent de finesse. mais l’accumulation de l’éclectisme nuit à la visite. Il faut beaucoup de concentration pour admirer chaque œuvre individuellement et je ne comprends pas toujours pourquoi le plat émaillé voisine avec la tunique du pharaon.

Toutes ces richesses m’étourdissent un peu.

Ces collectionneurs richissimes : Gulbenkian, magnat du pétrole et Al Thani de la famille régnante du Qatar  font partager au public leurs collections.  C’est magnifique mais il manque un  peu de cohérence, de pédagogie surtout pour l’échantillonnage de Gulbenkian. La présentation de la collection Al Thani est au contraire scénographiée selon une intention affichée : montrer l’universalisme de la beauté et l’ouverture d’esprit qatarie. Le conservateur, dans une vidéo promet des nouvelles présentations avec des objets en réserve, le public aura des surprises. Et de toutes les façons je reviendrai visiter les appartements Louis XV!

Modernité portugaises à la Maison Caillebotte – Yerres

Exposition Temporaire jusqu’au 30 octobre 2022

Jose de Almada Negreiros – portrait de Pessoa

L’exposition Modernités portugaises présentée à la Maison Caillebotte de Yerres s‘inscrit dans le mouvement lancé par Pessoa : Orpheu avec la création du modernisme portugais influencé par le cubisme et le futurisme inspirant Amadeo de Souza-Cardoso que j’avais découvert dans une belle rétrospective au Grand Palais .

Amadeo de Souza-Cardoso : le prince et la meute

Cette nouvelle exposition me permet de découvrir d’autres peintres portugais dans la même mouvance 

Jose de Almada Negreiros : autoportrait en groupe(1925)
Eduardo Viana : La Révolte des Poupées(1916)

les relations entre les artistes portugais et la peinture de Paris sont étroites : le couple Delaunay séjourne dans le Minho. Dans la continuité de l’orphisme, de nombreuses correspondances se font entre les artistes : dans la salle j’ai du mal à identifier les différents peintres

Amadeo de Souza-Cardoso : chanson populaire russe

j’aurais facilement attribué à Sonia Delaunay  cette chanson populaire russe

Beaucoup plus cosmopolite qu’on ne l’imaginerait, le Portugal accueille le couple moderniste formé par Arpad Szenes et Vieira da Silva

Arpad Szenes : conversation

Ces artistes qui s’exilent pendant la seconde guerre mondiale au Brésil (Arpad Szenes est juif). leur production est extrêmement diverse  aussi bien pour les thèmes que les techniques. J’ai bien aimé les tableaux  de Vieira da Silva utilisant de petites touches comme des tesselles de mosaïques

Vieira da Silva : Carnaval de Rio

Une dernière salle est consacrée au surréalisme  avec Cesariny

mario Cesariny

Eugène Leroy au MAM

Exposition temporaire jusqu’au 28 Aout 2022

Eugène Leroy Autoportrait

Je ne connaissais pas du tout Eugène Leroy j’avais juste vu les affiches dans le métro et je n’étais pas convaincue. C’est l’article dans le blog des Lunettes rouges qui a attiré mon attention. Et j’ai passé une matinée, fascinée.

L’exposition est thématique, des œuvres d’époques différentes se côtoient, certaines portent une date, certaines deux, le tableau a été revisité peut être vingt ans plus tard.

Leroy Valentine

Même modèle. Evolution dans le tableau qui a subi des empâtements

Leroy Valentine

Face aux portraits de Valentine ceux de Marina. Le modèle disparait sous les couches de peinture. Une femme blafarde émerge

Une démarche analogue s’applique à la section suivante Après les Maîtres

Leroy 1943 : La Parabole des Aveugles

Si les tableaux présentés ici sont loin de l’académisme, Leroy connaît les peintres, s’en inspire, les revisite. En 1943 sa peinture est ici très figurative. il ne copie pas le tableau de Breughel, on voit encore les personnages. 

Leroy : La Ronde de Nuit d’après Rembrandt

On ressent une parenté dans l’éclairage, l’atmosphère. Il faut prendre du recul Giorgione est aussi revisité dans le Concert Champêtre – thème qui occupe toute une section .

Leroy Le concert Champêtre

le Concert Champêtre a tant de relief que je m’approche, essaie de l’aborder de profil par la tranche comme une sculpture.

Nus

Leroy : Les Trois Grâces

Avec les Trois Grâces toute une série de nus, debout, couchés, assis « bleus », « jaune »

Leroy Nu bleu

D’une sorte de magma de couleurs émerge une figure blafarde. Je m’assois sur le banc pour les voir surgir avec plus de netteté. Ces silhouettes informes au premier regard semblent venir vers moi.

Portraits

Leroy : autoportrait

Une grande salle est remplie de têtes, autoportraits : tableaux très sombres qu’il faut apprivoiser. Ils sont très expressifs. Un regard ébahi, halluciné sort de l’ombre, le haut du visage caché.

Fleurs, arbres, paysages

Les fleurs sont très colorées. Un rouge vif jaillit du tableau. J’ai proféré les arbres et les troncs.

Crucifixions

Leroy Crucifixion

Peintes autour des années 50, elles sont plus figuratives et moins épaisses.

Après toutes ces séries sombres la suite de l’exposition se trouve dans de grandes salles blanches avec un éclairage zénithal. De nombreux petits paysages , ciels et marines sont alignés. Les paysages sont frais et lumineux. On ne croirait pas qu’ils sont l’œuvre du même artiste. Tous sont datés des années 50 ou 60.

L’exposition se poursuit dans ces salles très claires mais déclinent encore de grands tableaux très épais, empâtés, encroutés avec beaucoup de brun et de noir. Retour à Giorgione et à Vénus. j’ai choisi la Vénus jaune

Venus jaune 1992

C’est une exposition surprenante. Il faut du temps et de la disponibilité pour se laisser attirer par cette peinture difficilement lisible, peu aimable. Elle incite à la méditation : Il faut laisse le sujet venir au spectateur.

Aristide Maillol – La Quête de l’Harmonie au Musée d’Orsay

Exposition Temporaire jusqu’au 21 Aout 2022

Maillol : jeune fille de profil

Je connaissais le sculpteur des jardins des Tuileries, les petites statuettes de Banyuls, les grands monuments de pierre mais pas du tout le peintre ni le décorateur, céramiste et dessinateur de cartons de tapisseries. L’exposition d’Orsay dévoilent des facettes inconnues de Maillol.

Maillol 1884 – Autoportrait

Avant d’être sculpteur, Aristide Maillol se destinait à la peinture étudie chez Cabanel, admire Puvis de Chavanne et Gauguin. Il peint des portrait de profil sur un fond coloré décoratif, fleurs ou branches de figuier

Maillol 1889 – La Couronne de fleurs

Avec ses amis nabis, il s’intéresse au renouveau de la tapisserie

Carton pour une broderie : le concert

s’essaie à la céramique, on voit une belle fontaine blanche et bleue. L’exposition montre diverses étapes du travail, les dessins, le carton et la tapisserie. C’est d’ailleurs une brodeuse Clotilde qui deviendra son modèle et sa femme.

Danseuse dans le tronc d’un poirier

Sous l’influence de Gauguin il traite le sujet des baigneuses et des lavandières. je suis surprise par la posture acrobatique de la femme très blanche dans La Vague : ayant lu le titre du tableau, je le regarde autrement, je regarde la vague et comprends le mouvement de la baigneuse

Maillol : La Vague

L’exposition présente les sculptures de Maillol entourée des tableaux des nabis : Vuillard et Rodin ont peint des natures mortes avec des statuettes. Maurice Denis fait figurer le buste de Marthe Denis sculpté par Maillol.

Maillol : Léda

Maillol le Catalan

Ripl Ronai : Aristide Maillol

Un film montre Maillol déjà vieux avec une longue barbe blanche dans son environnement de Banyuls, il se promène dans les vignes, discute en catalan avec un berger, dessine des feuilles de figuier…..

Je ne me lasse pas de regarder les petites statuettes d’argile qui me parlent plus que les bronzes pourtant très beaux, trop beaux, ou que les sculptures monumentales.

Maillol : l’Air monument commémorant un accident d’avion

je suis étonnée de voir que pour les commandes de monuments à Debussy, Cezanne  ou Blanqui, Maillol choisit de représenter des corps féminins.

Maillol : l’Action enchaîné monument à Blanqui