Les NABIS et le DECOR, Musée du Luxembourg

Exposition temporaire du 13/03/19 au 30/06/2019 

Vuillard : Jardins publics (détail)

Les collections permanentes du Musée d’Orsay sont riches en Vuillard, Bonnard et Maurice Denis, nous avons vu récemment l’exposition autour du Talisman de Sérusier 

Ker-Xavier Roussel : La Terrasse

Je ne pensais pas être aussi agréablement surprise par tant de nouveauté! Le projecteur éclaire un aspect original de leur production : Le Décor. Comme dans l’exposition Mucha la frontière entre Beaux Arts et Arts Décoratifs se trouve effacée. Encore une autre exposition-parente récente, celle du Japonisme qui trouve un écho!

Maurice Denis : Juillet

Il faut imaginer les tableaux présentés non pas séparément, mais comme faisant l’objet d’une commande afin de décorer l’intérieur d’un appartement ou d’un hôtel particulier dans les plus grandes œuvres comme La Légende de Saint Hubert par Maurice Denis ou l’ensemble monumental pour Bing par Ranson. 

Bonnard : le Grand jardin

On entre dans l’exposition par l’illustration des Femmes au Jardin avec la série des Jardins Publics de Vuillard qui m’a énormément plu! En face je découvre un Maurice Denis plus intime – inspiré par l’amour de sa fiancée – qui a peint sur le thème des saisons de petits panneaux colorés très séduisants, conçus pour le décor d’une chambre de jeune fille (celui que j’ai préféré : Avril ne doit pas être pris en photo) .

Bonnard : femme robe à pois blanc – femme avec un chat

Bonnard a peint des jeunes femmes associées à des arabesques, des motifs végétaux et des animaux avec la série de grands tableau autour de la cueillette  des pommes et du grand jardin mais aussi des longs panneaux verticaux (qui m’ont rappelé l’esthétique de Mucha).

Vuillard détail

Vuillard a aussi excellé dans les décors d’intérieur où il a restitué avec tous les détails possibles l’atmosphère d’une bibliothèque ou celle d’un salon féminin où l’on joue du piano ou on se livre aux ouvrages de dame. Papier peint fleuri, robe fleuries, détails des motifs du tapis et comme éclairage un volumineux bouquet de fleurs blanches en ombelles posé sur le piano….

Vuillard (détail)

Le troisième thème abordé est celui de l’Art Nouveau dans ses applications décoratives : abat-jours peints, paravent (de Marguerite Sérusier), papiers- peints de Maurice Denis… cartons pour des vitraux et même tapisseries (Maillol et Ranson) et même marqueterie(Ranson).

Paravent de Marguerite Sérusier

Enfin, on retourne au symbolisme avec les Rites Sacrés : Sérusier s’inspire de la forêt avec Le Rendez-vous des Fées et la grande composition de La Légende de Saint Hubert de Maurice Denis (pas trop à mon goût).

Sérusier : la Vision près du torrent ou le Rendez-vous des fées

Ces Nabis ont su me surprendre! Quel bonheur!

Préhistoire – Une énigme moderne – Centre Pompidou

Exposition temporaire 8 mai-16 septembre 2019

 

Barcelo (argile sur verre)

Malgré l’affiche qui ressemble à un biface, malgré le titre, ce n’est pas une exposition archéologique et vous verrez très peu de ces silex taillés, haches polies ou harpons d’os que vous avez l’habitude de trouver – parfois bien poussiéreux – dans certains musées de la Préhistoire.

Ami Drach & Dov Ganchrow

C’est d’art contemporain (ou moderne) qu’il s’agit!

Exposition ou plutôt parcours chronologique dans une spirale des temps géologiques. Il faut ici prendre « Préhistoire » au sens large,  comme dans l’expression « animaux préhistoriques » parce que vous allez voir quelques fossiles et beaucoup de dinosaures. Il ne s’agit pas plus de géologie (même si on y fait allusion) mais d’art sous toutes les formes, sculpture, peinture et cinéma!

Gabritchevsky

Aux débuts de la Terre, une planète sans humains, peuplée de créatures fantastiques comme l’a peint Gabritchevstky qui avant d’être peint fut biologiste, entomologiste menant des recherches sur l’hérédité. Max Ernst et De Chirico ont aussi suivi cette inspiration en dessinant des monstres.

Max Ernst : frottage

35.000 ans,  28.000 ans. Non seulement les humains ont colonisé la Terre, mais ils sont déjà des artistes!

Vénus de Lespugue

La Vénus de Lespugue  est une des stars de l’exposition. Elle a fasciné les plus grands de Picasso à Giacometti qui en possédaient des copies et qui les ont inspirés. Elle se trouve donc en compagnie des œuvres de ces artistes et de bien d’autres. j’ai beaucoup aimé la vitrine contenant des sculptures de Brassai

Brassai

ma préférée est celle qui est en bas à droite. Brassai s’est aussi inspiré des graffitis sur les murs, analogues aux graffitis dans les cavernes? Sur Caresse de Giacometti , une main gravée sur le marbre blanc fait peut être allusion aux mains préhistoriques qui décorent les peintures rupestres, sensualité du marbre.

Giacometti Caresse, marbre blanc

Nous connaissons les outils préhistoriques. Miro s’est amusé sur les deux tableaux ci-dessous:

modernité? Clés à molette, hélices, tuyaux
Préhistoire? notez les analogies! massues, ossements, silex

Altamira, Chauvet, peintures rupestres. La caverne s’orne d’un art raffiné.

peintures rupestres
Yves Klein : Empreintes de corps de Femmes

ou

Richard Long

Et que dire des grandes fresques de Miquel Barcelo à l’argile sur du verre. Œuvres éphémères qui semblent surgir de l’âge de pierre, ou de la falaise des Dogons ou Barcelo a eu un atelier.

Barcelo – Danse macabre ou chasse primitive?

Les mégalithes de Carnac, les pierres gravées de Gavrinis se mêlent au Land Art de Spiral Jetty de Robert Smithson – une vidéo montre des engins de chantier déversant des chargements de roches dans le lac. A l’opposé Richard Long,  le marcheur, construit son oeuvre par ses pas

Richard Long, néolithique ou contemporain?

La spirale des temps va-t-elle se boucler avec une extinction? Avec du papier hygiénique, du carton et des cure-dents, matières périssables, dérision de l’art, Jack et Dinos Chapman ont scénographié les dinosaures à la veille de leur extinction

Les dinosaures de papier et carton des Chapman

Une vidéo se déroulant à Fukushima où un singe habillé préfigure peut être cette extinction des humains

La boucle du temps est bouclée

 

 

Le Modèle Noir de Géricault à Matisse – Musée d’Orsay

marie Guillemine Benoist : Portrait de Madeleine

EXPOSITION TEMPORAIRE du 26 mars au 21 juillet au Musée d’Orsay

 

C’est une grande exposition, prévoyez du temps!

Si vous prenez l’audio-guide vous serez guidé par Lilian Thuram et Abdelmalik. 

François-Auguste Briard : L’Abolition de l’Esclavage dans les Colonies Françaises

Elle couvre la période historique allant de la Première Abolition de l’Esclavage (1794) au XXème siècle. Exposition chronologique, sous un aspect historique où l’histoire de l’Esclavage et son Abolition occupe une place centrale.  Tableaux et gravures voisinent avec les décrets d’Abolition, des éditions originales, le manuscrit de Bug-Jargal de Victor Hugo.

On peut aussi adopter plutôt un regard plus pointu sur le Modèle Noir dans la peinture comme nous l’invite le titre de l’exposition.

L’ambition est de redonner un nom à ces grands oubliés du récit des avant-gardes en plaçant l’histoire de l’art en miroir de l’histoire des idées; des sensibilités et des représentation »

Joseph : étude d’homme par Géricault

Les conservateurs qui ont organisé l’exposition on fait des recherches pour nous présenter ces modèles, leur donner un nom, une identité au lieu des titres anciens « portraits de Nègre » ou de « mulâtresse »….Nous découvrons des personnages comme Madeleine, la jeune femme de l’affiche, domestique affranchie du beau-frère de Guillemine Benoist. Joseph, modèle de Géricault qui en a fait le marin central du Radeau de la Méduse, était aussi le modèle de Chasseriau

Etude d’homme noir par Chasseriau pour une composition d’Ingres

Joseph, acrobate et mélomane était très apprécié dans le milieu artistique, une vrai vedette à l’époque.

Je m’intéresse à la personnalité des modèles presque autant qu’à celle des peintres connus comme Géricault, Delacroix ou Chasseriau, qui soutenaient dès le début du XIXème siècle la cause abolitionniste.

Delacroix : Jeune Homme en buste coiffé d’un turban rouge

Le Jeune noir à l’Epée de Puvis de Chavanne a déchaîné l’admiration d’Abdelmalik dans le commentaire, pas le mien, je n’aime pas beaucoup ce peintre.

Le Châtiment des quatre piquets démontrant la cruauté de l’esclavage fut refusé au Salon de 1843 et la date de 1849 (après l’Abolition) est inscrit .

Châtiment des 4 piquets

Au milieu du XIX ème siècle l’anthropologie tenta de caractériser les types et les races (souvent pour établir une hiérarchie justifiant le colonialisme). Sans tomber dans ce travers négatif Charles Cordier produisit alors des bustes saisissants

Cordier : buste d’une femme des Colonies
Cordier : Vénus africaine

La salle suivante s’intitule Métissage littéraire un mur entier est dévolu à Alexandre Dumas d’abord caricaturé en exagérant ses traits africains puis portraituré comme un blanc quand il devient célèbre et respecté.

caricature de Dumas

Je découvre Jeanne Duval, la muse de Baudelaire

Jeanne Duval peinte par Manet

et dessinée par Matisse dans les illustrations  pour les Fleurs du Mal

matisse : illustration des Fleurs du Mal

D’autres personnages de couleur ou métisses sortent de l’ombre : Ira Aldridge acteur noir américain shakespearien qui émigra à Londres et triompha dans Othello. la musicienne havanaise : Maria Martinez, Miss Lala, acrobate peinte par Degas

Degas : Miss Lala

Autour d’Olympia est le thème d’une salle . On a retrouvé le modèle de la servante noire d’Olympia qui brandit un bouquet : elle s’appelle Laure.

Esther de François-Léon de Benouville
Bazille : jeune femme aux pivoines

On arrive au XXème siècle, une salle avec des vidéos est consacrée aux tirailleurs sénégalais (Valotton) et, après la Grande Guerre Joséphine Baker est célébrée ainsi que le jazz (Fernand Léger)

Paul Colin : La Revue nègre

Le jazz inspire Fernand Leger tandis que la dernière salle présente des collages colorés de Matisse. 

ROUGE au Grand Palais – ART ET UTOPIE AU PAYS DES SOVIETS

Exposition temporaire du 20 mars au 1er juillet 2019

ART ET UTOPIE AU PAYS DES SOVIETS

Plus qu’une exposition d’Arts Plastiques, c’est un parcours historique en deux volets : L’ART DANS LA VIE (1917 -1929) qui montre comment les artistes se sont portés volontaires au service de la Révolution pour mobiliser les masses. Délaissant l’art formel et figuratif, ils décorent le train de l’Agitprop, inventent de nouveaux motifs qui’ls répandent dans les rues par des pochoirs ou des affiches 

pochoir-fenêtre Rosta
Pour que le prolétaire distingue ses ennemis de ses amis

Tous les arts se conjuguent pour l’éducation du peuple : le théâtre et la danse.

Sont exposés des décors, costumes, ainsi que des vidéos et des films : la Biomécanique est une sorte de danse ou de gymnastique qui « transforme le corps en outil de travail puissant ». 

Plusieurs pièces sont ainsi présentées comme Le cocu magnifique(1922),  La Punaise (1928) de Maiakovski, satire de l’esprit petit-bourgeois, Je veux un enfant (1926) de Tretiakov fait frémir : il transpose les principe de la sélection des agronomes dans la reproduction humaine, eugénisme ayant pour slogan « un enfant sain est un futur bâtisseur du socialisme ». 

Un troisième axe est : Réinventer les objets du quotidien

pour jouer aux échecs

les motifs de tissus ou de papier peint intègrent les nouvelles idées comme cet imprimé avec des locomotives ou le bleu avec des bateaux

De nouvelles techniques apparaissent comme les photomontages

photomontage

La peinture traditionnelle n’est pas oubliée mais d’autres sujets sont traités :

Le bolchevik

Des peintres de toute l’Europe et du monde entier, sont invités et illustrent des sujets révolutionnaires

Eric Johnsson (Suède) En bas on a faim, en haut on s’empiffre
Malevitch

On est loin de l’école de Vitebsk (exposition Centre Pompidou l’an dernier). Malevitch en 1930 est arrêté.

Une série de films d’une très grande beauté plastique célèbrent les récoltes, ou la construction de 40 centrales électriques, ou les machines à écrire. Il faut prendre le temps de s’asseoir et de les regarder. Ces films montrent mieux que les œuvres picturales la vie en Union soviétique.

A l’étage, la seconde partie de l’exposition : VERS LE RÉALISME SOCIALISTE (1929 – 1940) 

Malevitch

Staline en 1929 a concentré les pouvoirs, les groupes artistiques sont dissous en 1932. En 1934 Jdanov théorise le Réalisme soviétique qui doit dépeindre un idéal futur « travail de remodelage idéologique du travailleur » . On assiste à un retour du réalisme.

  Au cinéma :  retour des films avec une intrigue. Certains montrent les procès staliniens : Le Tribunal du Peuple, glorification du Canal de la mer blanche creusé par les prisonniers du goulag en rééducation.

livre caviardé

Dans la peinture on exalte la vigueur physique : expression du volontarisme sans limite du Stalinisme.

Le bain des Marins de la Flotte Rouge

Komsomol militarisé

On rêve la ville stalinienne avec gratte-ciel, et métro monumental. L’exposition présente les plans de construction de la station Arbat. Les Constructrices du métro sont à l’honneur

Constructrice du métro avec une perceuse

On peint un avenir radieux

Lénine conduit des enfants

la dernière salle est décorée par des peintures historiques complètement kitsch représentant le cercueil de Lenine, Staline….et des films sont projetés à la gloire de Staline.

Nous sommes restées plus de deux heures tant il y a de documents à voir et de films à regarder. J’en garde une impression mitigée d’un monde disparu, presque aussi loin que celui de Toutankhamon, histoire révolue? Pourtant il n’y a pas si longtemps il ‘était riche de symboles et de références que nous connaissions bien et que nous utilisions.

 

 

Le Cavalier bleu : Franz Marc et August Macke à l’Orangerie

Exposition temporaire à l’Orangerie jusqu’au 17 juin 2019

Franz Mar : Le Rêve

Dans la lignée des expositions autour d’Apollinaire, Dada-Africa, l’Orangerie présente l’aventure du Cavalier Bleu , exposition autour d’une rencontre en 1910 de Franz Marc( 1880 -1916) et d’August Macken(1887 – 1914), rencontre, confrontation de deux contemporain et aventure du Cavalier Bleu en collaboration avec Kandinsky.

Nous faisons connaissance avec ces deux peintres allemands et c’est l’occasion d’une formidable leçon d’Histoire de l’Art. Marc comme Macke connaissaient, expérimentaient, étaient ouverts aux influences de la peinture européenne à la veille de la Première Guerre mondiale. Alors que nous découvrons ces tableaux qui sont neufs pour nos yeux, nous pouvons lire les influences, les recherches, les styles et l’évolution rapide d’un moment de peinture qui n’a duré que quatre ans.

La première salle présente les deux amis : elle est sous-titrée: LA RENCONTRE (1910) UNE AMITIE DE PEINTRE

Franz Marc Etude Verte

sur deux murs on voit la Nature telle que la voit Franz Marc , un peu à la manière de Van Gogh, dans l’Etude Verte ou de Gauguin avec les à-plats bordés d’un liseré noir, japonisme peut être? Le Torrent dans la Forêt m’a beaucoup plu.

Torrent dans la forêt

Absence des humains mais présence des animaux, surtout des chevaux. Les animaux ont un sens de pureté dans un monde naturel.

Franz Marc : Chevaux au soleil

en face les tableaux d’August Macke , montrent des portraits et des natures mortes, un peu à la manière de Cézanne, ou de Matisse

La joueuse de Luth
August Macke : Portrait de Franz Marc

Début d’une amitié : les deux peintres échangent des tableaux peignent de portraits l’un de l’autre. Seul le portrait de Franz Marc subsiste.

la 2ème section s’intitule LES ANNEES BLAU REITER (1910 -1912)

Les deux amis rencontrent les peintres qui exposent en Allemagne  Matisse et Van Dongen, mais surtout ils se lancent dans la’aventure du Cavalier Bleu avec Kandinsky. Les couleurs deviennent très vives, contrastée

August Macke : autoportrait caricaturé
Franz Marc : chat derrière un arbre
Franz Marc : chat derrière un arbre

Ils rencontrent aussi les cubistes et les animaux de Marc subissent l’influence cubiste

Franz Marc : chien couché dans la neige/

Kandinsky est l’un des principaux instigateurs du Cavalier bleu.

Kandisnsty : Murnau attelage.

Je fais connaissance avec une artiste que je ne connaissais pas, compagne de Kandinsky : Gabriele Münter qui allie inspiration spirituelle et inspiration populaire dans le combat du Dragon

Gabriele Münter : Le combbat du Dragon

Inspiré de la Pastorale de Kandinsky Rococo de Macke

August Macke : Rococo

Offert à Kandinsky : le Rêve de Franz Marc

3ème section : UNE AVANT-GARDE EUROPEENNE

En 1912 Marc et Macke se rendent tous les deux à Paris, rencontrent Delaunay, Apollinaire (1913) . Une exposition des futuristes italiens les marque.

Franz Marc : Ecuries
Franz Marc : Ecuries

les 3 jeunes filles d’August Macke sont présentées en regard avec le travail de Delaunay

A Macke : 3 juenes filles avec des chapeaux de paille

4ème section : VERS L’ABSTRACTION

Macke s’éloigne du Blau Reiter, part en Tunisie avec Klee. j’ai bien aimé son Kairouan/

1914, la guerre éclate. Franz Marc comme les Futuristes voyait dans la guerre un renouvellement, une purification possible….Les deux amis mourront au front.

 

 

Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris RUMEURS ET LEGENDES – HOUSEAGO

EXPOSITIONS TEMPORAIRES

Houseago

Sitting nude

Sculpteur né à Leeds en 1976, installé à Los Angeles depuis 2003. Présente des sculptures anthropomorphes plutôt monstrueuse, le plus souvent en plâtre (tuf cal) parfois hybridées de bois contenant des tiges métalliques.

Serpent (?)

On peut admirer la puissance du mouvement, de la musculature,  walking man, sitting nude ou standing boy. Dans la sculpture, je prête beaucoup attention à la matière, j’aime caresser (du regard) le marbre, le poli du bronze, ou les veines du bois. Le plâtre n’est pas une matière aimable. Ébauche de plâtre ou d »argile, je veux bien mais pour la sculpture définitive, cela ne me séduit pas vraiment.

Houseago

En 2010, à la Biennale de Venise son homme press installé au Palazzo Grossi a connu une heure de gloire

l’homme pressé

les dessins au charbon sur toile m’ont plus intéressée.

Somatic paintings 2018 Death

Rien à dire des grands tableaux noirs.

En somme, une déception.

Rumeurs & Légendes : un nouveau parcours dans les collections

La dernière fois j’avais parcouru les collections permanentes avec joie, revu les Delaunay, Herbin, Soutine….On les a rangés ailleurs (?) pour rajeunir les collections avec un nouvel accrochage en deux temps (1960 – 2000) et (Depuis 2000).

Le résultat est tout à fait passionnant et j’ai fait la connaissance d’artistes de premier plan que je ne connaissais pas – pas même de nom.

Entre mémoire et temps : le récit sculpté d’Etienne Martin

rhinocéros
rhinocéros

Une passion dans le désert est une nouvelle de Balzac que trois peintres Gilles Aillaud, Eduardo Arroyo et Antonio Racalcati ont illustré par un cycle de 13 tableaux complétés ici par trois tableaux identifiés par chacun des artistes. J’ai bien envie de chercher la nouvelle et de revenir à ces illustrations que j’ai bien aimées.

Le soldat de l’armée de Bonaparte
le soldat et la panthère
x

Bernard Dufour : parcours d’un peintre écrivain 

Est le plasticien qui m’a le plus parlé. Peut être parce qu’il parlait politique?  Le polyptique Holger Meins raconte la mort de faim d’Holger Meins, le prisonnier de la Fraktion Armée Rouge, mort à la suite d’une grève de la faim.

Polyptique Holger Meins

Il raconte aussi son amour pour Martine dans une série des figures du temps de l’agonie de Martine

série de l’agonie de Martine

D’autre peintures politiques m’ont interpellée.

Mythologies individualistes : Annette Messager et Christian Boltanski 

ne sont pas inconnus de moi. J’y reviendrai!

Faites le déplacement au Musée d’Art moderne avant le 14 juillet mais réservez votre temps pour cette deuxième exposition!

autour du Talisman de Sérusier au Musée d’Orsay

UNE LEÇON DE PEINTURE!

En 1886, à Pont Aven,  Gauguin, déjà célèbre donna à Sérusier une véritable leçon de peinture

« Un conseil : ne copiez pas trop d’après nature. L’art est une abstraction. Tirez-la de la nature en rêvant et pensez plus à la création qu’au résultat »

Le Talisman, ou Paysage du Bois d’Amour est un tableau de très petit format peint sur un panneau qu’on a parfois attribué à une boîte de cigares. Très coloré, il se trouve à l’éclosion du Synthétisme quand Gauguin et Emile Bernard se sont retrouvés à Pont Aven, caractérisé par simplification des formes, l’utilisation de couleurs pures posées en à-plats et les cernes foncés délimitant les masses.

Emile Bernard : l’arbre jaune
Emile Bernard : Repos sur la falaise

Gauguin au dessus du gouffre, marine avec une vache

De retour à Paris, de 1888 à 1900, le groupe des nabis réunit Bonnard, Vuillard, Maurice Denis, Sérusier, George Lacombe, Verkade . En plus de leur style pictural, les nabis(prophètes en hébreu) faisaient des simulacres de cérémonies religieuses et manifestaient de l’intérêt pour l’ésotérisme et les sciences occultes.

Paul Sérusier : Portrait de Paul Ranson en tenue nabique

J’ai beaucoup aimé tous les tableaux de forêts ou d’arbres colorés dont on voit seulement les troncs

Sérusier : arbres rouges

Japonisantes ces vagues qui me font penser à un plumage de paon

George Lacombe : marine bleue et effet de vague.

George Lacombe : marine bleue et effet de vague.Et bien sûr il ne faut pas oublier Bonnard et Vuillard qu’on a vus en passant avant de pénétrer dans l’exposition Le Talisman

François Maspero – Le Figuier

le figuier maspéro

François Maspero de (1932-2015) est une figure qui m’a souvent accompagnée. Dans ma prime jeunesse , comme tant de lycéens et étudiants, j’ai traîné dans sa librairie, et espéré croiser des révolutionnaires patentés, ou rencontrer une âme-soeur, feuilleté tant de livres. Pas volé comme d’autres, je trouvais cela minable, sans risque! Sa petite collection Maspero a égayé mes étagères. J’aimais ses couvertures aux couleurs vives. Prêtés, pas rendus, égarés, je regrette de ne plus avoir un seul de ces livres. Je ne me souviens plus de tous les titres les Damnés de la terre de Frantz Fanon, Louise Michel, Aden Arabie de Paul Nizan…. A notre premier voyage en Bulgarie, j’ai emporté Balkans-transit de Maspero que j’ai lu pour une seconde fois quand nous sommes allées en Albanie. Ce livre m’a tellement impressionnée que j’y ai consacré 4 billets de mon blog.

 

De retour, j’ai pioché Le Figuier dans la bibliothèque familiale et il a sommeillé dans ma PAL. Quel bonheur de l’en avoir sorti!

Quatre personnages se croisent dans ce roman :

F.G. l’éditeur du Figuier, est une figure énigmatique, connu sous plusieurs identités, ayant vécu des aventures lointaines, chez les Inuits, combattant de la Guerre d’Espagne. Polyglotte, capable de traduire et de citer aussi bien Saint Jean de la Croix (1542-1591) Gongora, qu’Ulysse. Editeur, imprimeur, typo, encore artisan maniant le plomb et le beau papier, imprimeur de poèmes confidentiels comme de brûlots du FLN.

François Serre, le Libraire, propriétaire de La Vigie, librairie militante, au départ collective réunissant des Khâgneux, puis vitrine de l’anti-colonialisme au temps de la Guerre d’Algérie. La Vigie pourrait être considérée comme le personnage principale du roman.

Manuel Bixio, qui assure l’intérim dans la librairie quand son propriétaire sert en Algérie, devient, par militantisme, éditeur. Il est saisit par Lady Sion comme l’a formulé F.G. En 1961, menacé pour ses activités, il fuit à l’étranger et devient journaliste . Indépendance de l’Algérie, Cuba, Afrique de l’Ouest, Amérique Latine, il couvre l’éclosion des Indépendances africaines et les révolutions latines…

Mary Kendale est photographe, de ceux qui s’approchent tant du sujet qu’ils passent au-delà de l’objectif pour vivre les luttes de ceux qu’elle photographie.

 

C’est presque un roman d’aventures. Roman historique et révolutionnaire faisant revivre la Guerre d’Espagne- « mierdroico » plus qu’héroïque. A la suite de  la Retirada, il se présente en Espagnol et se trouve interné au camp de Prats-de Mollo. Guerre d’Algérie, à Paris : deux récits du 17 Octobre 1961, tortures de la police parisienne et menaces de l’OAS…Liesse à Alger, Conakry, Cuba.

Le livre s’achève en 1967 à Athènes avec le coup d’Etat des colonels. Che Guevara est encore quelque part en Bolivie.

Au delà de l’aspect historique, le thème du livre, de son impression à sa diffusion, est central dans Le Figuier. La traduction aussi. Et la poésie, très présente.

Un ouvrage très dense, très riche qui va retourner dans la PAL parce que je suis sûre de le relire!

 

Eça de Queiroz / 202 Champs Elysées – Ed. Chandeigne

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

J’ai lu autrefois d’Eça de Queiroz un tout petit essai : L’Egypte sans les Anglais qui . m’avait bluffée : analyse concise de l’impérialisme britannique. J’avais imaginé l’auteur, soit journaliste soit diplomate. Wikipédia m’apprend qu’il a exercé les deux fonctions.

Je ne savais pas qu’Eça de Queiroz était un écrivain réputé, un très grand selon Borges (toujours Wikipédia)! Je ne m’attendais pas à recevoir un roman, plutôt un essai. La Masse Critique de Babélio est toujours source de surprise. Cette fois-ci, c’en est une excellente.

202, Champs Elysées, est l’adresse de l’hôtel (un véritable palais) d’un aristocrate portugais, richissime et amoureux du Progrès comme on pouvait l’être à la fin du XIXème siècle, dans cette époque d’Expositions Universelles, de réalisations technologiques étonnantes qui ont bouleversé la vie quotidienne.

Le narrateur est un étudiant en Droit, ami du propriétaire des lieux, enthousiaste comme « son Prince » qui découvre la brillante Vie Parisienne. Il décrit avec une précision presque obsessionnelle tous les équipements dont le 202 est pourvu : ascenseur, chauffage central, téléphone, monte-charges, bien ordinaires pour la lectrice de 2019, novateurs à l’époque. Inventaire de gadgets d’un Concours Lépine à venir(il n’existera que quelques années plus tarde en 1901) machines à fermer les boutons, à décacheter les lettres, à timbrer… ou inventions que je ne soupçonnais pas : Conférençophone, Théâtrophone, concertophones. j’ai cru à des exagérations burlesques et cherché sur Internet. Et bien si! ces inventions sont dues à Clément Ader! La vie mondaine est racontée dans la même veine baroque, quel régal que cette fête où l’on attend le poisson en croûte coincé dans le passe-plat entre les étages!

L’étudiant est rappelé au Portugal pour gérer le domaine familial dans les montagnes et ne revient que 7 ans plus tard. Jacinto (le Prince du 202) a changé, son optimisme n’est plus de mise. Rassasié, blasé, il n’a pour refrain « la barbe! » et pour pensées l’Ecclésiaste et Schoppenhauer. Avec ses 60 000 livres bien rangés dans sa bibliothèque, ses 39 brosses à cheveux sur sa table de toilette, il s’ennuie mortellement. Eça de Queiroz raconte avec beaucoup d’humour cet ennui au lecteur qui s’amuse.

Un glissement de terrain sur ses terres ancestrales portugaises provoque le voyage dans la montagne. Le voyage en train est une aventure savoureuse.

Et, dans la deuxième partie du livre, changement de décor! Contre toute attente, Jacinto est conquis par sa montagne!  Avec autant de précision, de détails pittoresques que précédemment, l’auteur nous décrit le domaine ancestral, les coutumes portugaises provinciales. Jacinto, qui ne jurait que par la Ville, est séduit par la nature. Avec le même enthousiasme, il découvre arbres et montagnes, puis, s’imagine propriétaire terrien entrepreneur, et bienfaiteur de ses paysans (il a aussi découvert la misère), il se déclare même socialiste! Il oublie sa bibliothèque et découvre la lecture de Don Quichotte ou d’Homère….Oubliés les pessimistes, nihilistes, ruskinistes… mais pas le progrès qui’l veut appliquer sur ses terres.

Une lecture savoureuse qui fait un peu penser à Bouvard et Pécuchet .

Merci aux éditions Chandeigne qui ‘ont envoyé ce livre!

 

L’Envers du Décor au Palais de la Porte Dorée Musée national de l’Histoire de l’Immigration

un week end au musée de la Porte Dorée

L’exposition Persona Grata est démontée, bien sûr il reste de belles collections permanentes, mais pour 3 jours (vendredi 1, samedi 2 et dimanche 3) le Palais est ouvert aux visiteurs et ceci, gratuitement, comme vide. Des installations, performances s’y déroulent dans un aimable désordre (bien organisé).

Le Palais de la Porte Dorée a été construit pour l’Exposition Coloniale de 1931, tous les décors, bas-reliefs extérieurs et fresques intérieures, sont à la gloire de l’Empire Français, exhibant les richesses apportées par les colonies à la métropole.

bas relief du musée

Ce week-end est une occasion de réfléchir au colonialisme et à ses méfaits. Une visite guidée satirique a conduit un groupe de visiteurs dans les salles, escaliers et coursives : intitulée L’inconscient colonial sur le divan. Utilisant un vocabulaire psychanalytique ronflant, les guides décodent fresques et grilles (montrant dans les cercles, des allusions aux entraves des esclaves) dans les fers forgés les barreaux d’une prison… Une montée de contrition puis de catharsis a terminé la visite.

Une très belle installation Les statues meurent aussi (visible jusqu’au 3 mars) m’a beaucoup plu. Oeuvre de trois artistes allemands Jan Mammey, Falk Messerschmidt, Fabian Reimann. les plasticiens ont photographié les vestiges de l’Exposition coloniale et des statues, des plaques commémoratives. Ils projettent sur de nombreux écrans tandis qu’une tête de statue trouvée dans le Bois de Vincennes raconte son voyage au dessus de Paris, texte poétique. j’ai beaucoup aimé  cette performance.

Différents spectacles musicaux se déroulent dans la grande salle vide, meublée uniquement d’un tapis bleu et de quelques bancs. Un percussionniste joue, une danseuse l’accompagne. puis de la musique arrive de quelque part. Nous levons les yeux vers les galeries, un chef de choeur dirige des choristes invisibles. Consultant le programme j’en déduis qu’il s’agit d’une Intervention musicale dirigé par le metteur en scène Antoine Gindt, le chef d’orchestre Léo Warynsky avec les chanteurs Métabole.

Malheureusement à l’heure où paraîtra le billet toutes les performances sont finies, il reste le superbe bâtiment et Les statues meurent aussi. Vous pouvez toujours faire un tour au Bois de Vincennes.