Paris Romantique au Petit Palais

Exposition temporaire : 22 mai – 15 septembre 2019

1815 Passage des souverains Porte Saint Denis

PARIS ROMANTIQUE 1815 – 1848

L’exposition est une déambulation dans le Paris des années 1815 (Cent Jours) jusqu’à la Révolution de 1848. Quelques dates balisent notre parcours

  • 1819 Géricault Radeau de la Méduse,  Ingres : Grande Odalisque
  • 1822 Delacroix Barque de Dante
  • 1824 mort de Byron, Delacroix Massacre de Scio, 
  • 1830 Hernani, Symphonie Fantastique
  • 1931 La Liberté guidant le peuple  et Notre Dame de Paris

Nous ne verrons pas ces tableaux célébrissimes  qui sont pour la plupart au Louvre.

Une carte de Paris présente les étapes de notre promenade dans Paris qui commencera aux Tuileries dans les ors royaux, passera par les Galeries du Palais Royal, le Louvre, Notre Dame, la Bastille puis le Quartier Latin, la Chaussée d’Antin, la Nouvelle Athènes, les Grands Boulevards.

A chacune de ces étapes une salle est décorée, meublée et présenteles tableaux et objets traduisant l’esprit des lieux.

La Duchesse du Berry

Au Palais des Tuileries seront présentés les membres de la famille royale dans un décor royal –  très surchargé –  de meubles de marqueterie, de vaisselle d’or et de pierres précieuses, de lourds candélabres. Les broderies des robes de cour aux motifs d’or ou d’argent sont aussi précieuses  que le reste de la décoration. On fait aussi connaissance avec des personnalités sympathiques comme la duchesse de Berry,  Marie d’Orléans, artiste, élève d’Ary Scheffer. Dominante de rouge et ors, ce n’est pas la salle que j’ai préféré.

Palais royal scène de café

Le Palais Royal, était selon le cartel de présentation, l’épicentre de la vie parisienne. Une grande fresque murale presque à l’échelle humaine, deux belles maquettes nous familiarisent avec les lieux. Les vitrines des boutiques sont reproduites et occasion de présenter tout ce qu’on imagine être les Articles de Paris . On pouvait trouver des souliers d’une grande finesse, des bottines en satin (de très petite taille, les élégantes ressemblaient-elles aux Chinoises aux pieds bandés?), des éventails précieux en ivoire ajouré ou peints, incrustés…, sacs et bourses de formes extravagantes, pour les hommes, des cannes, véritables armes de défense, et même les bretelles de Balzac.

Balzac

Bronzes et pendules, coffres à ouvrages et même des fontaines de parfum. J’ai beaucoup aimé cette section évoquant la vie quotidienne et illustrant les nouvelles de Balzac que, justement je suis en train de lire. Le Palais Royal avait aussi une réputation sulfureuse avec les tripots des joueurs et le racolage.

Promenade de Julie et Saint Preux sur le lac de Genève

La 3ème salle représente Le Louvre. Mon regard est attiré tout d’abord par le très grand tableau de Delacroix : Le Christ au Jardin des Oliviers, trop grandiloquent pour mon goût ainsi que des Saints aux visages trop éthérés de Ary Scheffer. Je préfère m’intéresser à des tableaux de plus petite taille  de peintres aux noms oubliés (inconnus de moi) Bouihot, Debia, Roquelin…

Passage de Portes-de-Fer

La promenade en barque de Julie et de Saint Preux sur le Lac de Genève peinte par Le Comte de Crespy est une très belle surprise, et illustre l’idée que je me fais du Romantisme. Exotiques, les Portes-de-Fer (1839)illustrant la conquête de l’Algérie. Exotique aussi ce Souvenir de Voyage de Dumas à Cadix (1846) peint par Giraud. Orientaliste, Delacroix avec ces admirables Convulsionnaires de Tanger.

Delacroix : convulsionnaires de Tanger

Une salle nous emmène dans la Notre Dame de Paris, celle de Victor Hugo  (sans la flèche) avant la restauration de Violet le Duc. Pendule dorée de la cathédrale. Mais surtout des scènes du roman : Esméralda avec sa petite chèvre de Steuben et les Scènes de Notre Dame de Paris.

Daumier : Portraits-charges

Dans la Salle 5 on évoque le Paris de la Révolution de 1830 qui fut aussi celui de la Bataille d’Hernani illustrée par de nombreuses caricatures et celle de la Symphonie Fantastique. A propos de caricatures, je découvre les Portraits-charges, petites sculptures en terre-cuite peintes ou non

Le Quartier Latin met en scène le personnage de la Grisette(Mimi de la Vie de Bohème). Les Boites à marmottes étaient exhibées par les petits savoyards qui montaient à Paris faire les ramoneurs. Les étudiants furent les sujets des gravures de Gavarni : sur l’une d’elle une femme fait une mise en plis « Combien m’en mets-tu de papillotes? »

Erection de l’Obelisque Dantan

La Nouvelle Athènes réunit des artistes . Au centre on a mis à l’honneur un piano Pleyel comme celui de Chopin. Un fond musical accompagne la visite. On voit encore des portrait à charge de Dantan. Liszt est caché par ses longs cheveux. Une petite aquarelle montre George Sand et Liszt.

George Sand et Liszt

Les Grands Boulevards réunissent Théâtre et opéra; On y présente des décors des pièces romantiques, des costumes de scènes et encore des caricatures de Daumier, des Portraits-charges de Dantan; Dantan ne se limite pas à la caricature, il a aussi exécuté des bustes des musiciens : Meyerbeer, Bellini, Donizetti et Verdi. Les grands actrices et chanteuses La Malibran, Giulia Grisi, Rachel sont aussi présentes peintes sur de grands portraits.

L’exposition se ferme sur la Révolution de 1848 le bureau de Louis Philippe porte les cicatrices d’ouverture par les Révolutionnaires.

Cette exposition est très agréable par sa variété, plutôt que de mettre en évidence des chefs d’oeuvre de peinture ou de sculpture, elle a pu évoquer la vie quotidienne avec objets, musique, théâtre…

De Bièvres au Potager du Roi, en montant sur le Plateau de Saclay avec le Voyage Métropolitain

BALADES EN ÎLE DE FRANCE

Le plateau de Saclay : grandes cultures céréalières sous la surveillancedu CEA et du Centre d’Expérimentation de l’Armement

Le Voyage commence à la Gare de Bièvres (RER C). Quelques mètres plus loin coule la rivière, à l’ombre mais enserrée entre les propriétés, on passe un pont puis deux avant de grimper à flanc de coteau  bordée belles maisons. A un coin un magnifique pavillon de meulière dans un jardin : c’est la Poste.

La Bièvre à Bièvres

Un peu plus loin, les étals de la Foire de la Photographie : marchands et collectionneurs proposent sur leurs étals des appareils anciens ou simplement d’occasion, simple appareil-photo, caméras ou projecteurs, certains en bois vernis, d’autres vendent des photos anciennes, et des cartes postales. Nous n’avons pas le temps de nous attarder. Bièvres possède un Musée de la photographie, occasion d’y retourner ?

La 56ème Foire de la Photographie de Bièvres

Après avoir retraversé la rivière en empruntant le GR11, nous montons une côte raide sur une route jusqu’au Val d’Alban où nous faisons la  pause à l’ombre d’un petit bois(il fait déjà très chaud par cette journée radieuse de Juin). Jens nous fait la lecture d’un ouvrage A TRAVERS CHAMPS ET VILLES, REGARDS SUR LES NATURES CULTIVEES D’ÎLE DE France (INRA) et nous parle de la Fraise, culture qui faisait la réputation de la vallée de la Bièvre dès le 17ème siècle. Verrière la Buisson, non loin d’ici était une pépinière pour les plants de fraisiers qui étaient également cultivés dans les vallées de l’Yvette et de l’Orge. Alors, de nombreuses communes de la Région Parisiennes étaient réputées pour les cultures maraîchères et fruitières. Le RER C qui passe à Bièvres et Jouy-en-Josas faisait partie de la Grande Ceinture ferroviaire de Paris construite de 1877 à 1885 utilisée pour le transport des voyageurs, du fret et également à vocation militaire. Ce chemin de fer pouvait acheminer les fraises à Paris. Notons que l’extension du rail a entraîné ultérieurement une spécialisation au niveau national des cultures et une raréfaction variétale. Ces variétés d’Île de France tombent en désuétude maintenant.

D’Agriculture, il sera question pendant ce Voyage Métropolitain pendant la traversée du Plateau de Saclay recouvert d’un limon éolien très fertile et actuellement cultivé principalement en grandes cultures de céréales. Il n’en a pas toujours été ainsi : une couche d’argile sous le limon, imperméable, retenait l’eau stagnante et un marécage occupait jusqu’au 17ème siècle le plateau. C’est le drainage en rigoles aboutissant à l’aqueduc de Buc qui a fait disparaître le marécage et transformé le paysage en un paysage de cultures. Encore une fois, le Voyage Métropolitain a invité un spécialiste : Roland Vidal, professeur à l’Ecole du Paysage de Versailles qui nous fait une petite conférence illustrée d’une carte du relief, et d’une coupe géologique. On comprend que le Bassin Parisien a relief plat est creusé par les cours d’eau de profondeur variable.

Le drainage au temps de Louis XIV répondait à un double but : pour la Cour, il contribuait à l’alimentation des bassins et jeux d’eau glorifiant le prestige du Roi-Soleil, il était aussi utile pour le Peuple en créant des terres à blé très productives. Jusqu’à aujourd’hui, on n’a pas besoin d’irriguer les champs de Saclay même le maïs. Le roi a confié la culture à de très grands fermes de plusieurs centaines d’hectares. Le drainage mettait en œuvre des « rigoles », tuyauterie en poterie souterraine dont on a perdu la cartographie du réseau. Il arrive, quand on construit une route qu’on abime un de ces conduit souterrain et les champs, privés de drainage se retrouvent inondés.

Les étangs de Saclay - Photo prise de la digue

Les eaux sont retenues dans deux étangs artificiels jumeaux séparés par une digue. L’un d’eux est une réserve ornithologique où nous avons admiré deux beaux hérons et de nombreuses bernaches. L’autre rassemble des eaux utilisées par les Centres d’Essai de l’Armement et le CEA ne sont peut-être pas de même qualité. Dans l’un d’eux, nous avons observé un curieux phénomène de poissons énormes tournant sur eux-mêmes en remuant la vase, leurs nageoires émergeant en un ballet infernal. Ce sont peut-être des carpes, certaines très grosses nageaient tranquillement près de la digue.

Pique-nique dans la paille

Un hangar rempli de bottes de paille nous a offert une confortable salle à manger odorante et fraîche pour notre pique-nique. Une animatrice de l’Association Terre&Cité est intervenue sur le thème de la préservation des terres agricoles sur le Plateau de Saclay menacé par l’urbanisation et la bétonisation des terres.  Alors que la construction de lotissements mite toute l’Île de France, le Plateau de Saclay conserve encore 15 exploitations agricoles menacées. La préservation de cet espace agricole est une sorte de « cadeau » du CEA installé sur le Plateau au temps de De Gaulle du Centre d’Expérimentation de l’Armement (terrain militaire). Ces deux organismes ont fait peur aux riverains, effrayés par le Nucléaire (CEA) et par les nuisances sonores de l’Expérimentation des Armes. Personne n’avait envie de les avoir pour voisins….Cependant, l’installation de Grandes Ecoles dont HEC tout proche à Jouy-en-Josas, Polytechnique à Palaiseau, et du campus universitaire Paris-Sud à Orsay valorise la région. La pression foncière est donc redoutable ! Dès les années 2000, les agriculteurs se sont posé la question de leur existence en tant qu’agriculteurs et se sont regroupés pour demander un audit Patrimonial. A la suite de la concertation avec les différents acteurs locaux il a été créé une Zone de Protection Naturelle Agricole et Forestière avec la sanctuarisation de 2400 ha agricoles. Depuis 2015, l’Association Terre et Cités est aussi partie prenante d’un projet européen dans le Programme LEADER(Liaison Entre les Actions de Développement de l’Economie Rurale). Comme sur le Plateau de Saclay, de nombreux chercheurs (INRA, Université Paris-Sud, Polytechnique) sont partie prenante de recherche appliquée, de nombreux partenariat ont pu se mettre en place.  De la part des agriculteurs, depuis les années 80 de nombreux efforts de diversification, de circuits courts, de vente directe, de passage à l’agriculture biologique, méthanisation…ont été entrepris. Le Plateau de Saclay se trouve comme une sorte de laboratoire d’une agriculture innovante, seule garante du maintien rural de ce territoire convoité. Des contacts ont été pris avec la Silicon Valley en Californie où la problématique est analogue.

Cette intervention est complémentaire de celle de ce matin. Mais le problème demeure entier tant que le rêve des habitants est de posséder un pavillon avec un jardin ! L’urbanisation sort même du cadre de l’Île de France.

Pause dans la Cueillette de la Ferme de Viltain où la diversification s’est étendue à l’élevage, à l’arboriculture(pour la cueillette) et l’horticulture (idem). Ce week-end de l’Ascension, se tient une sorte de marché fermier où des producteurs des régions de France vienne proposer vin, charcuterie, miel….à des acheteurs très nombreux.

Les arcades de l’aqueduc de Buc

Nous descendons dans la vallée de la Bièvre par un sentier ombragé. La descente nous paraît interminable. Renseignement pris, il y a 100 m de dénivelée entre le plateau culminant à 168 m et la vallée autour de 60 m. Et il faudra remonter pour rejoindre Versailles ! Le sentier suit le tracé du GR dans une belle forêt entre Jouy-en-Josas et Buc où nous passons sous les arcades de l’aqueduc de Buc (encore fonctionnel). Encore une petite montée dans la forêt et nous arrivons à la ligne de Chemin de fer et Versailles Chantiers.

Versailles : une place tranquille

Comme il y a quinze jours, on nous fait le meilleur accueil au Potager du Roi. Le debriefing se fait assis sur des bottes de paille. Décidément la paille est le dénominateur commun de la journée ! Nous concluons la rencontre sur une citation de Maspéro dans les Passagers du Roissy Express que je me promets de lire dès notre retour.

Potager du Roi

 

 

de Louveciennes au Potager du Roi avec le Voyage Métropolitain

BALADES EN ÎLE DE FRANCE

Les Chevaux de Marly

Suivre le Voyage Métropolitain est très enrichissant. La compagnie de nombreux architectes, paysagistes, urbanistes apporte le regard très aigu des spécialistes, qui manque à la touriste lambda que je suis. Depuis que je suis leurs « voyages dans le Territoire du Grand Paris » je prête attention à de nombreux éléments du Paysage que je ne soupçonnais même pas autrefois. Le regard s’aiguise. Lire un paysage s’apprend aussi!

 

Le  travail en amont des organisateurs est essentiel : ils apportent textes et références bibliographiques et pour ce voyage, un livret-résumé très bien fait.

machine de Marly 1827

Des intervenants passionnants ont animé la visite. Merci à monsieur Bentz, l’archéologue de la machine de Marly,  à l' »homme des bois » animateur de l’ONF qui nous a accompagné dans son domaine ainsi qu’au Directeur de l’Ecole Nationale supérieure du paysage qui nous a ouvert le Potager du Roi!

Ce n’est pas le premier voyage dans ce territoire et pourtant les découvertes étaient au rendrez-vous!

Le thème du voyage : Frôler les Machines nous a conduit naturellement à la Machine de Marly, pompe géante destinée à élever l’eau de la Seine jusqu’aux réservoirs alimentant le Parc du Château de Versailles. Il est très impressionnant de considérer l’emprise du Château de Versailles sur le paysage de l’Ouest parisien sur un territoire beaucoup plus vaste que le Parc ou même le Grand Parc. En plus du caractère gigantesque du bâtis, de la statuaire, des jardins… il faut considérer l’ampleur de l’approvisionnement en eau de Versailles. La collecte s’étendait jusqu’à Saclay et même Trappes avec un système de drainage des  eaux de ruissellement avec rigoles, étangs et réservoirs .  Des aqueducs enterrés conduisaient l’eau ainsi que les aqueducs de Buc ou les Arches de Louveciennes. Le Paysage de la Région conservent encore de nombreuses traces de cette collecte destinée à alimenter les Grandes Eaux de Louis XIV . La Machine de Marly complétait le dispositif. Elle était actionnée par la force mécanique de Roues géantes dans le lit de la Seine à Bougival, puis par un système de pistons et de gros tubes de fonte dont certains sont encore visible. Notre conférencier, archéologue, envisage d’ici peu des plongées dans la Seine pour retrouver des vestiges éventuels immergés. Nous avons été captivés par ses explications.

En remontant, nous avons essayé de deviner le Château du Barry qui faut à l’origine construit par De Cotte pour De Ville, l’administrateur de la machine de Marly, puis offert par Louis XV à madame du Barry qui fit appel à Gabriel pour l’agrandir. Un pavillon de Musique est l’oeuvre de Ledoux.

Nombreuses propriétés sont cachée derrière les grands murs de pierre de Louveciennes, les randonneurs sont cantonnés à de méchants trottoirs étroits sur des rues en pente sans pouvoir les admirer.

Nous arrivons aux grilles du Parc de Marly et passons devant un Musée-Promenade très prometteur mais fermé actuellement pour restauration ( ré-ouverture prévue à l’automne 2019).

Au creux d’un vallon, se trouve le château disparu, à la croisée d’une perspective de deux axes. Vers le nord , on descendait aux bassins et aux grilles.  Là,  se trouvent les fameux Chevaux de Marly : originaux au Louvre dont on a fait 3 séries de copies (Concorde, Marly et pour M. Bouygues le mécène). Vers le sud,  la Cascade et dans le bassin rond jaillissait le Grand jet haut de 40 m alimenté par la Machine de Marly. Louis XIV recevait ses intimes à Marly. Le grand Château de Versailles hébergeait une foule de courtisans qui interdisait toute intimité. Au contraire, Marly était réservé aux privilégiés. Le petit château au plan carré a été pillé à la Révolution, il était délaissé du temps de Louis XV et déjà dégradé. Après avoir tenté de le vendre à Napoléon le propriétaire a vendu les pierres.

Les archéologues ont fouillé le site du château disparu et retracé son plan. Monsieur Bentz nous fait entrer tous (80 voyageurs) dans la salle centrale. Nous tenons à l’aise. Cette expérience nous fait imaginer le volume. Il nous décrit les autres pièces, les pavillons disparus qui s’alignaient sur l’axe. Quelques gravures d’époques suffisent à nous fait surgir les fastes du Roi-Soleil.

Du parc de Marly, nous gagnons un site interdit au public :  Le Trou d’Enfer où nous pouvons exceptionnellement accéder. Chasses Royales, puis Chasses impériales, depuis MacMahon, chasses Présidentielles (jusqu’en 1995) le site est clos. Un si vaste espace quasi désert est exceptionnel si près de Paris. En compagnie du Guide, Animateur de l’ONF, nous découvrons une forêt de magnifiques chênes. Des haies rapprochées, écartées de quelques mètres seulement, taillées à environ un mètre de haut, nous intriguent. Elles sont encore entretenues, témoins patrimoniaux d’une technique de chasse que je n’ai pas bien comprise. Bien que leur entretien soit une charge pour l’ONF on les taille encore pour conserver ce souvenir et aussi pour favoriser la biodiversité.

Trou d’Enfer : le Pont Tournant

Au milieu d’un fossé actuellement inondé mais autrefois gazonné, se trouve le pont tournant. Il a perdu son tablier, il ne reste qu’un pilier unique. Quand le Roi chassait, on faisait pivoter les planches pour son attelage. Après son passage les planches étaient parallèles au fossé; importuns et animaux ne pouvaient plus passer.

 

 

 

Une Ecole à la Campagne permet d’organiser des classes vertes et autres visites pour les enfants autour des thèmes de l’agriculture, de la biodiversité. Les animateurs de cette Ecole à la campagne encadrent diverses visites pour les adultes, ornithologie, ou naturalistes.

Une très belle ferme cultive en agriculture biologique de grandes cultures.

En passant, nous voyons des distributeurs à grains pour les faisans qu’on n’utilise plus depuis que les chasses présidentielles ont été abandonnées.

Tour de Chappe

La tour de Chappe a été restaurée, les panneaux de bois sont fonctionnels. C’est l’occasion d’une révision avec l’alphabet correspondant dans le livret. Cette invention en 1793 a été utilisée jusqu’en 1850, détrônée par les signaux électriques. Justement je viens de terminer Une ténébreuse Affaire de Balzac qui y fait allusion. Impressionnant, ce réseau de tours presque tous les 10/12 km sur les axes principaux de communication, ici de Paris à Brest. on pouvait aussi installer le dispositif sur un clocher d’église ou sur la tour d’un château.

Non loin de là, le Fort du Trou d’Enfer est beaucoup plus récent (1878), il fait partie de la deuxième  ligne de défense de Paris.  De nombreuses chmabrées (800 hommes) des réserves de munitions. En bon état, il est à vendre; Qui voudrait d’un fort?

Pique-nique au triangle de Roquencourt : une curiosité que cet échangeur (le premier) conçu dans les années 30, avec un monument (jamais construit) des arches de meulière, un escalier,  une plateforme accessible aux piétons curieux de visiter une autoroute, comme 30 ans plus tard on irait voir décoller les avions à Orly. Étonnant, de faire raconter une histoire à une installation aussi banale aujourd’hui, de s’interroger sur un futur où peut être l’existence des autoroutes n’ira plus de soi. Questionnement passionnant!

Je passe sur la visite de Parly 2, son centre commercial et sa copropriété aux noms évocateurs, d’Auteuil, Jasmin, Rivoli ou Orsay, oeuvre de Robert de Balkany.

La pluie tombe dru, nous sous abritons un instant au Temple Mormon du Chesnay, le plus grand de la Région Parisienne, monumental et luxueux avec un jardin des annexes. Il est déjà tard et nous ne pouvons pas nous attarder pour voir la maquette comme on nous le propose très gentiment.

Nous traversons le Parc de Versailles en entrant du côté de Trianon. A la pause Jens nous fait la lecture d’un ouvrage étonnant de Grégory Quenet : Versailles une histoire naturelle (ed. La Découverte) où l’on prend conscience de l’importance du gibier dans le Parc de Versailles et de l’étendue du massacre d’animaux (200.000 têtes pour Louis XIV uniquement) . Le grand Parc de Versailles qui n’existe plus maintenant était voué aux chasses et à la régénération du gibier. Les paysans cultivaient pour ces animaux sauvages qui se repaissaient des récoltes de blé alors qu’à paris le pain venait à manquer.

Une surprise nous attendait aux abords du Château : une sonnerie de cors de chasse et juste après le jaillissement des Grandes Eaux, en musique s’il vous plait! Après la visite de la machine de Marly cet intermède prend une valeur exceptionnelle.

Nous arrivons enfin au Potager du Roi, le directeur en personne nous accueille, présentant la Biennale du Paysage avec une exposition d’Alexandre Chemetoff : Le Goût du paysage, et différentes animations et ateliers tout au cours du mois à venir. J’ai déjà vu tant de choses pendant cette journée, nous avons tant marché que ma curiosité est émoussée. Je pense plus à m’asseoir sur les bottes de pailles et déguster le délicieux jus de pommes locales plutôt qu’à une exposition.

Après la pause nous flânons dans ce délicieux jardin abrité de grands murs, où des arbres vénérables taillés en espalier ou de façon savante font un premier plan à l’église toute proche et aux quartiers historiques de Versailles.

Une journée très bien remplie, et conviviale, comme d’habitude!

 

 

Retour à Vaux le Vicomte

PROMENADES EN ÎLE-DE-FRANCE

 

Par une belle matinée de mai!

Le temps est splendide, pourquoi ne pas retourner à Vaux-le-Vicomte nous

entraîner à faire des photos avec le nouvel appareil photo?

entouré d'eau

J’ai surtout regardé les meubles

 

 

 

pièce dédiée à LaFontaine
Table d’apparat

Au 17ème siècle, on apportait le repas sur des brancards dans la pièce où se tenaient les convives. A Vaux le Vicomte, une pièce faisait office de salle à manger d’apparat.

Très belle promenade ensoleillée, mais les broderies des buis ont disparu et des pelouses vertes remplacent les motifs. On a beau installer des panneaux d’aluminium pour faire un ruban de lumière, je préfère mes photos de 2013 même par soleil voilé.

voyez vous l’écureuil de Fouquet ?

 

 

Thomas Schütte : Trois Actes à la Monnaie de Paris

Exposition temporaire du 15.03 au 16.06.2019

L’Homme sans visage

J’ai hésité avant de me rendre à la Monnaie de Paris : l’affiche placardée dans le métro ne me disait rien : visage grimaçant d’un rose violacé violent. J’ai parfois du mal avec l’art contemporain (mais je me force)   de jolies surprises et parfois des déceptions.

Un monstre soufflant de la vapeur par les narines accueille les visiteurs dans la cour de la méridienne, tête de vache (ou de girafe) queue de dauphin. Je le retrouverai plus tard dans l’exposition en miniature, figurine de pâte Fimo colorée que le sculpteur a confectionné pour ses enfants.

Muses et Héros :

Si les personnages masculins – les Héros – sont souvent grimaçants, hiératique ou gesticulants, les Muses sont plus apaisées.

Femme d’aluminium
Femme d’acier

A ces deux femmes voluptueuses (surtout la femme d’aluminium) succède une rangée de gnomes perchés en hauteur dans un couloir. Têtes de céramique émaillée noires, bleues, vertes métallisées, vieux messieurs sévères ou grimaçants rappelant les bustes d’empereurs romains , les caricatures de Daumier ou des masques de carnaval (selon le cartel)

Gnome en céramique émaillée
Gnome

Une série de portraits à l’aquarelle ou de caricatures est interrompue par des ours en peluche

La salle la plus spectaculaire est celle des United ennemies, des petites marionnettes aux têtes colorées en pâte Fimo habillées de tissu et réunies par paire sont perchées sur des colonnes et coiffées de globes de plexiglas.

United ennemies

Les visages sont grimaçants, les couleurs violents, les attitudes conflictuelles. Comme si cela ne suffisait pas, Schütte les a mis en scène devant des photographies qui les montrent en gros plan.

La mise en scène est saisissante.

Autre mise en scène, une pièce de théâtre en trois actes : Mohr’s Life. L’artiste Mohr , au centre de l’intrigue, très petit personnage est placé dans un décor de taille réelle (placard à chaussure, penderie, armoire à vêtement). Dans l’un Mohr, sculpteur fait face à son oeuvre, dans un autre il peint des nuages et enfin il est confronté à un marchand d’art.

Deuxième acte (Mohr peintre au fond des chaussettes suspendues)

C’est amusant, déroutant par le décalage de taille, plein d’humour.

Les fantômes de verre en verre rouge de Murano sont aussi de petits personnages mis en scène dans une enceinte de miroirs

Fantômes de verre

Schütte a travaillé dans l’atelier de Berengo à Murano et a sculpté de très belles têtes de femmes en verre

Glaskopf

Séduit par cette belle matière, le sculpteur n’abandonne pas la céramique pour autant. Une énorme tête bleue est à l’honneur dans une belle pièce et se reflète dans le miroir 18ème siècle

 

Blauer Kopf

Des têtes géantes

L’art de Schütte ne se résume pas à ces têtes grimaçantes. Non seulement il travaille aussi bien le métal, le verre ou la pâte fimo, mais il fait de très délicates aquarelles et construit des maquettes d’architecture. Maisons inhabitables que ces « maisons pour une personne » mais aussi un centre d’art qui a effectivement été construit. Des étagères contiennent des maquettes ou des figurines minuscules.

Enfin, la dernière salle « Guillaume Dupré » avec son plafond à caisson en trompe-l’oeil et sa fresque ovale au plafond, ses balustres avec des dorures, les colonnes de marbre et ses vitrines luxueuses,  offre un écrin à la maison-cristal et aux sculptures mise à l’honneur dans des vitrines précieuses. Point d’orgue à une belle exposition.

La cour d’honneur et les géants de bronze

Il reste encore à admirer les géants de bronze dans les cours, les jambes englués dans la boue.

Royaumes oubliés des Hittites aux Araméens au Louvre

ARCHÉOLOGIE : Exposition temporaire du 2/05/19 au 12/08/2019

Les sculptures géantes du palais de Tell Halaf

Connaissez-vous les Hittites?

Si vous vous intéressez à l’Egypte ancienne, vous avez peut-être entendu parler de la bataille de Qadesh que Ramsès II a fait représenter sur nombreux temples. Si vous êtes allés en Turquie, vous aurez peut être vu des vestiges. Les Hittites sont les grands inconnus et pourtant leur empire s’étalait sur un vaste territoire et ils étaient les rivaux des Pharaons.

Stèle de Ramsès II hommage au roi Hattusi II

Cette exposition est pour moi une surprise. Je ne savais pas à quoi m’attendre quand je suis entrée.

La rotonde à l’entrée est décorée de panneaux en noir et blancs : frottage au fusain des Orthostates – travail de Rayyane Tabet, collection Tell Halaf. Me voici partie pour l’inconnu. que sont ces Orthostates : ce sont des plaques de roches (basalte ou calcaire) portant des bas-reliefs.

orthostates

A l’entrée nous sommes accueillies par des sphinx ou plutôt des sphinges monumentales

Sphinges

A côté de ces sculptures géantes il y a aussi des très petits objets métalliques, sceaux en rouleaux ou chevalières; un rhyton en forme de cerf, des petites figurines, cavaliers, dieux….Les Hittites et les Araméens maîtrisaient la métallurgie et le travail de l’or dès 1400 av. JC.

personnage en métal

Autres objets : les tablettes et les écrits. Une double écriture est employée : les signes cunéiformes sur ablettes d’argile et les hiéroglyphes louvites. Plus tard l’Araméen utilise un alphabet assez comparable aux alphabets phéniciens ou sémites en usage au Moyen Orient. Les textes ont été déchiffrés et racontent les échanges entre les différentes puissances : une lettre raconte que la veuve de Touthankamon a cherché un mari chez les fils de Suppiluliuma . Une tablette raconte la légende de la disparition du soleil et le mythe de la paralysie de la terre par le gel.

La religion des Hittites était originale : un dieu de l’orage apparaît souvent sur les stèles avec une déesse portant grenade et miroir rond.

Les hittites et leurs successeurs ont construit des palais en Anatolie et en Syrie.

L’archéologue allemande Max von Oppenheim a fouillé le site de Tell Halaf reconstituant deux palais dès 1911. la guerre a interrompu les fouilles et il a dû attendre pour les poursuivre. Le musée dédié à Tell Halaf à Berlin a été soufflé pendant la seconde guerre mondiale par les bombardement et les statues monumentales ont été pulvérisée. On a quand même pu effectuer une restauration minutieuse qui donne une idée des statues. Une vidéo raconte le travail de Max von Oppenheim. Des images de synthèse permettent de visualiser le site détruit.

J’ai été très impressionnée par cette exposition. Cependant il m’est difficile de rédiger un compte-rendu complet tant la visite était riche et tant cette histoire est nouvelle pour moi. Peut-être faudrait-il que je retourne au Louvre pour m’attacher à l’aspect historique, ou symbolique?

Les NABIS et le DECOR, Musée du Luxembourg

Exposition temporaire du 13/03/19 au 30/06/2019 

Vuillard : Jardins publics (détail)

Les collections permanentes du Musée d’Orsay sont riches en Vuillard, Bonnard et Maurice Denis, nous avons vu récemment l’exposition autour du Talisman de Sérusier 

Ker-Xavier Roussel : La Terrasse

Je ne pensais pas être aussi agréablement surprise par tant de nouveauté! Le projecteur éclaire un aspect original de leur production : Le Décor. Comme dans l’exposition Mucha la frontière entre Beaux Arts et Arts Décoratifs se trouve effacée. Encore une autre exposition-parente récente, celle du Japonisme qui trouve un écho!

Maurice Denis : Juillet

Il faut imaginer les tableaux présentés non pas séparément, mais comme faisant l’objet d’une commande afin de décorer l’intérieur d’un appartement ou d’un hôtel particulier dans les plus grandes œuvres comme La Légende de Saint Hubert par Maurice Denis ou l’ensemble monumental pour Bing par Ranson. 

Bonnard : le Grand jardin

On entre dans l’exposition par l’illustration des Femmes au Jardin avec la série des Jardins Publics de Vuillard qui m’a énormément plu! En face je découvre un Maurice Denis plus intime – inspiré par l’amour de sa fiancée – qui a peint sur le thème des saisons de petits panneaux colorés très séduisants, conçus pour le décor d’une chambre de jeune fille (celui que j’ai préféré : Avril ne doit pas être pris en photo) .

Bonnard : femme robe à pois blanc – femme avec un chat

Bonnard a peint des jeunes femmes associées à des arabesques, des motifs végétaux et des animaux avec la série de grands tableau autour de la cueillette  des pommes et du grand jardin mais aussi des longs panneaux verticaux (qui m’ont rappelé l’esthétique de Mucha).

Vuillard détail

Vuillard a aussi excellé dans les décors d’intérieur où il a restitué avec tous les détails possibles l’atmosphère d’une bibliothèque ou celle d’un salon féminin où l’on joue du piano ou on se livre aux ouvrages de dame. Papier peint fleuri, robe fleuries, détails des motifs du tapis et comme éclairage un volumineux bouquet de fleurs blanches en ombelles posé sur le piano….

Vuillard (détail)

Le troisième thème abordé est celui de l’Art Nouveau dans ses applications décoratives : abat-jours peints, paravent (de Marguerite Sérusier), papiers- peints de Maurice Denis… cartons pour des vitraux et même tapisseries (Maillol et Ranson) et même marqueterie(Ranson).

Paravent de Marguerite Sérusier

Enfin, on retourne au symbolisme avec les Rites Sacrés : Sérusier s’inspire de la forêt avec Le Rendez-vous des Fées et la grande composition de La Légende de Saint Hubert de Maurice Denis (pas trop à mon goût).

Sérusier : la Vision près du torrent ou le Rendez-vous des fées

Ces Nabis ont su me surprendre! Quel bonheur!

Préhistoire – Une énigme moderne – Centre Pompidou

Exposition temporaire 8 mai-16 septembre 2019

 

Barcelo (argile sur verre)

Malgré l’affiche qui ressemble à un biface, malgré le titre, ce n’est pas une exposition archéologique et vous verrez très peu de ces silex taillés, haches polies ou harpons d’os que vous avez l’habitude de trouver – parfois bien poussiéreux – dans certains musées de la Préhistoire.

Ami Drach & Dov Ganchrow

C’est d’art contemporain (ou moderne) qu’il s’agit!

Exposition ou plutôt parcours chronologique dans une spirale des temps géologiques. Il faut ici prendre « Préhistoire » au sens large,  comme dans l’expression « animaux préhistoriques » parce que vous allez voir quelques fossiles et beaucoup de dinosaures. Il ne s’agit pas plus de géologie (même si on y fait allusion) mais d’art sous toutes les formes, sculpture, peinture et cinéma!

Gabritchevsky

Aux débuts de la Terre, une planète sans humains, peuplée de créatures fantastiques comme l’a peint Gabritchevstky qui avant d’être peint fut biologiste, entomologiste menant des recherches sur l’hérédité. Max Ernst et De Chirico ont aussi suivi cette inspiration en dessinant des monstres.

Max Ernst : frottage

35.000 ans,  28.000 ans. Non seulement les humains ont colonisé la Terre, mais ils sont déjà des artistes!

Vénus de Lespugue

La Vénus de Lespugue  est une des stars de l’exposition. Elle a fasciné les plus grands de Picasso à Giacometti qui en possédaient des copies et qui les ont inspirés. Elle se trouve donc en compagnie des œuvres de ces artistes et de bien d’autres. j’ai beaucoup aimé la vitrine contenant des sculptures de Brassai

Brassai

ma préférée est celle qui est en bas à droite. Brassai s’est aussi inspiré des graffitis sur les murs, analogues aux graffitis dans les cavernes? Sur Caresse de Giacometti , une main gravée sur le marbre blanc fait peut être allusion aux mains préhistoriques qui décorent les peintures rupestres, sensualité du marbre.

Giacometti Caresse, marbre blanc

Nous connaissons les outils préhistoriques. Miro s’est amusé sur les deux tableaux ci-dessous:

modernité? Clés à molette, hélices, tuyaux
Préhistoire? notez les analogies! massues, ossements, silex

Altamira, Chauvet, peintures rupestres. La caverne s’orne d’un art raffiné.

peintures rupestres
Yves Klein : Empreintes de corps de Femmes

ou

Richard Long

Et que dire des grandes fresques de Miquel Barcelo à l’argile sur du verre. Œuvres éphémères qui semblent surgir de l’âge de pierre, ou de la falaise des Dogons ou Barcelo a eu un atelier.

Barcelo – Danse macabre ou chasse primitive?

Les mégalithes de Carnac, les pierres gravées de Gavrinis se mêlent au Land Art de Spiral Jetty de Robert Smithson – une vidéo montre des engins de chantier déversant des chargements de roches dans le lac. A l’opposé Richard Long,  le marcheur, construit son oeuvre par ses pas

Richard Long, néolithique ou contemporain?

La spirale des temps va-t-elle se boucler avec une extinction? Avec du papier hygiénique, du carton et des cure-dents, matières périssables, dérision de l’art, Jack et Dinos Chapman ont scénographié les dinosaures à la veille de leur extinction

Les dinosaures de papier et carton des Chapman

Une vidéo se déroulant à Fukushima où un singe habillé préfigure peut être cette extinction des humains

La boucle du temps est bouclée

 

 

Le Modèle Noir de Géricault à Matisse – Musée d’Orsay

marie Guillemine Benoist : Portrait de Madeleine

EXPOSITION TEMPORAIRE du 26 mars au 21 juillet au Musée d’Orsay

 

C’est une grande exposition, prévoyez du temps!

Si vous prenez l’audio-guide vous serez guidé par Lilian Thuram et Abdelmalik. 

François-Auguste Briard : L’Abolition de l’Esclavage dans les Colonies Françaises

Elle couvre la période historique allant de la Première Abolition de l’Esclavage (1794) au XXème siècle. Exposition chronologique, sous un aspect historique où l’histoire de l’Esclavage et son Abolition occupe une place centrale.  Tableaux et gravures voisinent avec les décrets d’Abolition, des éditions originales, le manuscrit de Bug-Jargal de Victor Hugo.

On peut aussi adopter plutôt un regard plus pointu sur le Modèle Noir dans la peinture comme nous l’invite le titre de l’exposition.

L’ambition est de redonner un nom à ces grands oubliés du récit des avant-gardes en plaçant l’histoire de l’art en miroir de l’histoire des idées; des sensibilités et des représentation »

Joseph : étude d’homme par Géricault

Les conservateurs qui ont organisé l’exposition on fait des recherches pour nous présenter ces modèles, leur donner un nom, une identité au lieu des titres anciens « portraits de Nègre » ou de « mulâtresse »….Nous découvrons des personnages comme Madeleine, la jeune femme de l’affiche, domestique affranchie du beau-frère de Guillemine Benoist. Joseph, modèle de Géricault qui en a fait le marin central du Radeau de la Méduse, était aussi le modèle de Chasseriau

Etude d’homme noir par Chasseriau pour une composition d’Ingres

Joseph, acrobate et mélomane était très apprécié dans le milieu artistique, une vrai vedette à l’époque.

Je m’intéresse à la personnalité des modèles presque autant qu’à celle des peintres connus comme Géricault, Delacroix ou Chasseriau, qui soutenaient dès le début du XIXème siècle la cause abolitionniste.

Delacroix : Jeune Homme en buste coiffé d’un turban rouge

Le Jeune noir à l’Epée de Puvis de Chavanne a déchaîné l’admiration d’Abdelmalik dans le commentaire, pas le mien, je n’aime pas beaucoup ce peintre.

Le Châtiment des quatre piquets démontrant la cruauté de l’esclavage fut refusé au Salon de 1843 et la date de 1849 (après l’Abolition) est inscrit .

Châtiment des 4 piquets

Au milieu du XIX ème siècle l’anthropologie tenta de caractériser les types et les races (souvent pour établir une hiérarchie justifiant le colonialisme). Sans tomber dans ce travers négatif Charles Cordier produisit alors des bustes saisissants

Cordier : buste d’une femme des Colonies
Cordier : Vénus africaine

La salle suivante s’intitule Métissage littéraire un mur entier est dévolu à Alexandre Dumas d’abord caricaturé en exagérant ses traits africains puis portraituré comme un blanc quand il devient célèbre et respecté.

caricature de Dumas

Je découvre Jeanne Duval, la muse de Baudelaire

Jeanne Duval peinte par Manet

et dessinée par Matisse dans les illustrations  pour les Fleurs du Mal

matisse : illustration des Fleurs du Mal

D’autres personnages de couleur ou métisses sortent de l’ombre : Ira Aldridge acteur noir américain shakespearien qui émigra à Londres et triompha dans Othello. la musicienne havanaise : Maria Martinez, Miss Lala, acrobate peinte par Degas

Degas : Miss Lala

Autour d’Olympia est le thème d’une salle . On a retrouvé le modèle de la servante noire d’Olympia qui brandit un bouquet : elle s’appelle Laure.

Esther de François-Léon de Benouville
Bazille : jeune femme aux pivoines

On arrive au XXème siècle, une salle avec des vidéos est consacrée aux tirailleurs sénégalais (Valotton) et, après la Grande Guerre Joséphine Baker est célébrée ainsi que le jazz (Fernand Léger)

Paul Colin : La Revue nègre

Le jazz inspire Fernand Leger tandis que la dernière salle présente des collages colorés de Matisse. 

ROUGE au Grand Palais – ART ET UTOPIE AU PAYS DES SOVIETS

Exposition temporaire du 20 mars au 1er juillet 2019

ART ET UTOPIE AU PAYS DES SOVIETS

Plus qu’une exposition d’Arts Plastiques, c’est un parcours historique en deux volets : L’ART DANS LA VIE (1917 -1929) qui montre comment les artistes se sont portés volontaires au service de la Révolution pour mobiliser les masses. Délaissant l’art formel et figuratif, ils décorent le train de l’Agitprop, inventent de nouveaux motifs qui’ls répandent dans les rues par des pochoirs ou des affiches 

pochoir-fenêtre Rosta
Pour que le prolétaire distingue ses ennemis de ses amis

Tous les arts se conjuguent pour l’éducation du peuple : le théâtre et la danse.

Sont exposés des décors, costumes, ainsi que des vidéos et des films : la Biomécanique est une sorte de danse ou de gymnastique qui « transforme le corps en outil de travail puissant ». 

Plusieurs pièces sont ainsi présentées comme Le cocu magnifique(1922),  La Punaise (1928) de Maiakovski, satire de l’esprit petit-bourgeois, Je veux un enfant (1926) de Tretiakov fait frémir : il transpose les principe de la sélection des agronomes dans la reproduction humaine, eugénisme ayant pour slogan « un enfant sain est un futur bâtisseur du socialisme ». 

Un troisième axe est : Réinventer les objets du quotidien

pour jouer aux échecs

les motifs de tissus ou de papier peint intègrent les nouvelles idées comme cet imprimé avec des locomotives ou le bleu avec des bateaux

De nouvelles techniques apparaissent comme les photomontages

photomontage

La peinture traditionnelle n’est pas oubliée mais d’autres sujets sont traités :

Le bolchevik

Des peintres de toute l’Europe et du monde entier, sont invités et illustrent des sujets révolutionnaires

Eric Johnsson (Suède) En bas on a faim, en haut on s’empiffre
Malevitch

On est loin de l’école de Vitebsk (exposition Centre Pompidou l’an dernier). Malevitch en 1930 est arrêté.

Une série de films d’une très grande beauté plastique célèbrent les récoltes, ou la construction de 40 centrales électriques, ou les machines à écrire. Il faut prendre le temps de s’asseoir et de les regarder. Ces films montrent mieux que les œuvres picturales la vie en Union soviétique.

A l’étage, la seconde partie de l’exposition : VERS LE RÉALISME SOCIALISTE (1929 – 1940) 

Malevitch

Staline en 1929 a concentré les pouvoirs, les groupes artistiques sont dissous en 1932. En 1934 Jdanov théorise le Réalisme soviétique qui doit dépeindre un idéal futur « travail de remodelage idéologique du travailleur » . On assiste à un retour du réalisme.

  Au cinéma :  retour des films avec une intrigue. Certains montrent les procès staliniens : Le Tribunal du Peuple, glorification du Canal de la mer blanche creusé par les prisonniers du goulag en rééducation.

livre caviardé

Dans la peinture on exalte la vigueur physique : expression du volontarisme sans limite du Stalinisme.

Le bain des Marins de la Flotte Rouge

Komsomol militarisé

On rêve la ville stalinienne avec gratte-ciel, et métro monumental. L’exposition présente les plans de construction de la station Arbat. Les Constructrices du métro sont à l’honneur

Constructrice du métro avec une perceuse

On peint un avenir radieux

Lénine conduit des enfants

la dernière salle est décorée par des peintures historiques complètement kitsch représentant le cercueil de Lenine, Staline….et des films sont projetés à la gloire de Staline.

Nous sommes restées plus de deux heures tant il y a de documents à voir et de films à regarder. J’en garde une impression mitigée d’un monde disparu, presque aussi loin que celui de Toutankhamon, histoire révolue? Pourtant il n’y a pas si longtemps il ‘était riche de symboles et de références que nous connaissions bien et que nous utilisions.