Monsieur le Ministre, Nous soussignés, habitants de la commune de Chaudun […] avons l’honneur de vous adresser respectueusement la requête suivante. Il n’est douteux pour personne qu’un des tristes privilèges conférés par la nature au département des Hautes-Alpes est celui de compter parmi les plus pauvres et parmi ceux où les conditions de l’existence sont les plus rudes et les plus précaires. Les montagnards alpins, sans cesse aux prises avec les difficultés les plus lourdes et les plus imprévues, disputent péniblement à un sol rebelle et à un ciel peu clément les chétives ressources qui suffiront à peine à nourrir leur famille. Pour ces déshérités de la nature, le combat de la vie est terrible, continuel et souvent fatal.
Privé de toute communication avec les villages environnants, enfoncé dans les replis abrupts de rochers dénudés, Chaudun est éloigné d’environ 19 kilomètres de son centre d’approvisionnement. L’élévation des montagnes, l’extrême déclivité de leur pente, le mauvais état des sentiers rendent le parcours du pays excessivement difficile et périlleux.
Vaincus par l’indigence, nous avons l’honneur de proposer au gouvernement l’achat du territoire de notre commune. »
p. 44 du livre de L Bronner
Chaudun évoque tant de promenades en montagne en Dévoluyoù j’ai passé mes vacances d’été pendant plus de trente ans.
Col de Rabou
Chaudun, c’était à l’ombre du Pic de Bure, entre Dévoluy et Champsaur, une montagne sauvage au delà du col du Noyer du col du Rabou où je n’ai pas eu le courage d’aller seule tant l’endroit est perdu. Vague souvenir d’une randonnée accompagnée il y a si longtemps. Je m’y suis installée souvent au-dessus du Col de Rabou avec mes jumelles cherchant mouflons et chamois ou surveillant les rapaces : une fois j’ai même vu un aigle chassé par un vol de choucas agressifs. J’aurais dû emprunter le sentier des bans en balcon au dessus du vallon. Chaudun est resté le graal, inatteignable pour la randonneuse solitaire.
Dès que j’ai vu le titre « Chaudun, le village sacrifié » de Jean Luc Fontaineje l’ai téléchargé dans la liseuse, sans me douter qu’il existait un autre livre « Chaudun, la montagne blessée » de Luc Bronner(Seuil) que j’ai également téléchargé sans même m’en rendre compte. Un troisième ouvrageLe destin brisé d’un village françaisde Pierre Bussière raconte l’histoire de ce village que les habitants, qui, dans une pauvreté extrême, l’ont cédé à l’Etat et ont dû abandonner leurs maisons en laissant la porte de leur maison ouverte.
Chaudun, le village sacrifié de Jean-Luc Fontaine
J’ai commencé par le livre de Jean-Luc Fontaine : Les trois premiers chapitres se déroulent à Chaudun
« Ce village de bouscatiers têtus est l’un des plus pauvres du canton, il est bâti là, coincé entre ces hauts sommets enneigés une grande partie de l’année.
(…)
Pour survivre les habitants n’ont d’autre solution que de continuer inlassablement à couper des arbres. »
Alimenter en énergie les machines de la Révolution Industrielle. a la fin du siècle, ils ont tout déboisé:
« Là où il y a encore quelques années la forêt prospérait, rien ne repousse, sans les racines qui s’ancrent sous terre et maintiennent le sol, les éboulements deviennent fréquents, les sangliers, chamois et bouquetins s’en vont ailleurs, privant les chasseurs d’un gibier bienfaiteur. Arides, les versants deviennent dangereux. »
En dehors du bois, quelques troupeaux et de pauvres champs. Mauricette, petite bergère, privée d’école parce que fille, a appris seule à lire et rêve de liberté et de grands horizons. Avec son amoureux Elzéard, ils s’enfuient à Marseille avant que le village ne soit déserté. La suite du roman raconte les amours de Mauricette et de sa fille , Marie, née en Argentine revenue à Marseille en 1939 juste avant que n’éclate la guerre. Résistance, déportation, Marie, se cache à Chaudun sous la garde d’ Elzéard.
Je suis un peu déçue, pas assez de vie en montagne. Le roman s’est éparpillé dans la romance.
Une belle surprise tout de même : déplorant le déboisement, Mauricette a semé des glands, Elzéard poursuit les semis de la bergère, et rencontre un certain Jean Giono . Elzéard serait-il le héros de L’Homme qui plantait des arbres que j’ai tant aimé?
Chaudun, la montagne blessée de Luc Bronner (Seuil)
Contrairement au roman précédent qui est une fiction, le livre de Bronner est une enquête historique rigoureusement menée sur tous les témoignages que l’auteur a pu trouver, au cimetière et à l’Etat Civil, dans les registres de l’armée, dans les documents de la paroisse et de l’évêché, les rapports de l’Inspection Académique, des Eaux et Forêts… et dans la Presse de l’époque.
Et le résultat est passionnant! Nous imaginons la vie du village dans ses moindres détails, de la naissance à la mort des habitants. Nous connaissons leurs noms (quelques familles), le nom des maires, des curés ou des instituteurs. L’auteur a même retrouvé l’inventaire du mobilier de la pauvre église. Nous connaissons la taille, la forme du menton et du nez des conscrits pour le Service militaire (l’armée est une bureaucrate tatillonne).
Pas de roman, pas de fiction, mais tant de détails de la vie.
L’Homme qui plantait des arbres n’est pas un berger-ermite. Il n’aurait pas pu rencontrer Giono dans sa randonnée, c’est un fonctionnaire des Eaux et forêts : Le Vérificateur général du Reboisement. On ne planta pas au hasard des promenades des glands dans des trous mais on fit appel à des équipes de planteurs, parfois des italiens
« la République veut effacer le désastre des humains ; la République va donc replanter des arbres par milliers, en réalité par millions, une fois l’homme parti.
Les équipes de planteurs se composent généralement de 30 à 40 personnes,
63 000 feuillus et 3 363 280 résineux, des mélèzes, des pins noirs, des épicéas, des pins cembros, des pins à crochets, des pins sylvestres.
Chaudun, ce sont des millions d’arbres qui ont été plantés après le départ de l’homme… »
Renaissance de la montagne : en l’absence d’activités humaines, la nature a retrouvé ses droits, la biodiversité est remarquable, le loup est revenu, une orchidée rare pousse. Un territoire difficilement accessible est devenu une réserve intégrale. Et l’auteur nous livre avec gourmandise l’inventaire de ces richesses nouvelles, flore et faune.
Il existe un troisième ouvrage racontant l’histoire de Chaudun : c’est le livre de Pierre Bussière : Le destin brisé d’un village français (pocket) je l’ai inscrit dans mon pense-bête de babélio, pour plus tard!
Mille mercis à Jostein qui a organisé le concours et aux éditions Zulma pour cet excellent moment de lecture!
Evasion garantie dans un Soudan totalement inattendu . La variété de langues, d’identités, de coutume surprend : sont-ils Arabes, Ethiopiens, Soudanais, Erythréens, ces Jangos, journaliers nomades qui récoltent le sésame, le sorgho ou le blé qui se déplacent pour chercher du travail à la saison? Sont-ils musulmans, chrétiens ou animistes? Foules de croyances magiques, au Coran et aux textes sacrés se mêlent des grimoires magiques. Même les sexes ne sont pas définis : Safia est-elle une femme, un homme ou hermaphrodite? Wad Amouna, à son propre sujet se pose la même question. Alam Gishi est-elle un Djinn?
Au fil des anecdotes pittoresques, des aventures du narrateur ou de ses amis, se découvrent toutes les facettes des personnages. Conférences et séminaires bien arrosés sont le lieu de tous les racontars et de tous les commérages. Le lecteur se régale.
Si vous aviez des préjugés sur le Soudan islamiste rigoureux, vous allez être surpris de la place des boissons alcoolisées, artisanales, sources de revenu des femmes, ou importées, ruine des Jango à la morte-saison. Chassez aussi les a-priori sur le rôle des femmes. Elles ont une forte personnalité et jouissent d’une liberté étonnante : prostituées ou mères, mariées ou divorcées, et même révolutionnaires!
Bien sûr, ces récits n’ont pas plu au pouvoir et le livre a été censuré!
Après de très belles journées ensoleillées, la dépression attendue est arrivée à grand fracas : vent et averses, pendant la nuit. Dès 10 heures du matin, elle est déjà passée. Cette météo pessimiste ne nous a pas incitée à préparer la randonnée et le pique-nique mais plutôt à prévoir un déjeuner le déjeuner de crêpes que j’attends depuis le début des vacances.
J’ai pris mon bâton de marche en prévision des chemins mouillés et glissants et je trouve le GR à deux pas de notre gite de Saint Antoine le long de l’Aber Wrac’h vers l’intérieur. Je me méfie, dimanche dernier, je me suis perdue à Kerviré, une ferme un peu à l’écart de la côte, j’avais fait au moins 3 km de plus pour retrouver le sentier (grâce au GPS de Visorando) . Au lieu de suivre le chemin agricole dans les maïs, je trouve le GR qui s’engouffre dans les taillis, petite trouée que je n’avais pas remarquée, le chemin creux est aussi bien gadouilleux, je me félicite d’avoir mon bâton. j’arrive rapidement au chantier naval où une belle épave est répliquée à neuf. Un jeune homme explique qu’ils ont prélevé les 3 mâts pour les mettre sur le nouveau bateau. C’est un gros chantier : 30 charpentiers y travaillent parfois.
Encore une petite grimpette et j’arrive sur l’aber près du petit port à côté du Pont de Paluden où se trouve la petite Crêperie du Pontoù nous avons réservé une table. Dans une ancienne maison de pierre deux salles sont meublées traditionnellement : tissu à carreau rouge et blanc, vieux et lourds meubles sculptés en bois sombre, une belle cheminée de granite. nous commandons des galettes Mont d’Arrée(chèvre chaud et miel) et Océane (saumon) et deux crêpes paluden (pommes caramel au sel) pour dessert.
Le soleil brille, je reprends le GR à la Plage de Saint Cava où nous avions piqueniqué dimanche. Entre le Pont Paluden et Saint Cava, le GR suit la route, puis s’éloigne de l’Aber en prenant de la hauteur sur un bon chemin agricole à 50 m au dessus du niveau de l’eau. Chemin facile, tout droit dans les champs de maïs qui descend au niveau du lieu-dit Perros en suivant une petite route. Après, c’est un peu compliqué parce que la côte est construite et qu’on ne peut pas suivre le littoral, il faut contourner les maisons (ce n’est pas très bien balisé non plus).
Après la plage de Saint Cava, le sentier colle bien à la côte, impossible de se tromper, une plage est bordée de restaurants, la pointe en face des phares de l’île Vierge – vue spectaculaire . A un tronçon plus sauvage vers Reun, succède une pointe un peu plus construite avec de jolies maisons bretonnes fleuries. Enfin, je retrouve Dominique à Porz Gwenprès de viviers. Mais c e sont aux viviers de Paluden que nous achèterons les dernières moules des vacances!
Cette rétrospective nous fait connaître un peintre majeur en Russie qui laisse une œuvre très vaste aussi bien par la durée (presque un siècle) que par la variété de ses tableaux : nombreux portraits, scènes de la vie du peuple Russe, peinture historique, peinture officielle. Véritable illustration de la vie en Russie de 1870 à la Révolution.
Répine : Ivan le Terrible et son fils
Le visiteur est accueilli par une séquence du film Ivan le Terrible d’Eisenstein. Pourtant le célèbre tableau de Répine, objet de scandale et vandalisé à deux reprise (1913 et 2018) ne figure pas dans l’exposition. Un document vidéo lui est consacré.
Dans une première salle, on fait connaissance avec le peintre et le Mouvement des Ambulants autour de Kramskoïqui peignent une peinture réaliste reflet du peuple. A propos des Haleurs de la Volga, ce dernier écrit:
« Répine pense de manière actuelle. je ne sais pas ce qu’il fera après les Haleurs. nous ne pouvons pas revenir en arrière (…)non, décidemment l’Ecole Russe devient sérieuse… »
On fait connaissance avec le Cercle familial : Répine peint sa famille
Véra ChevtsovaLibellule (sa fille)Son fils : Youri Répine
Répine obtient une bourse pour aller étudier à l’étranger et part à Paris en 1873 . J’ai bien aimé ses tableaux de Montmartre encore en chantier avec ses carrières et ses fours à plâtre et ceux peints en Normandie.
Vendeur de nouveautés à Paris
Une vie intellectuelle russe très active gravite autour de Tourgueniev et de l’église russe de la Rue Daru (audiovisuel intéressant)
Portrait de Tourgueniev
il peint aussi de très jolis portraits comme ceux de la fille de pêcheur et de l’Ukrainienne.
La Vie en Russie
montre des épisodes de la vie du peuple encore majoritairement paysan : les traditions, fêtes et rites religieux
procession
procession religieuse, mais aussi veillée avec des jeunes gens et un duel
Répine portraitiste
Nous fait connaître les visages des musiciens russes : Cui, Moussorgski,Glinka, Glazounov ainsi que d’actrices et de célébrités de l’époque
Moussorgski
Il est aussi très lié avec Tolstoï. Toute une salle est consacrée à l’écrivain avec 4 portraits :
Tolstoï couché
Répine maîtrise aussi la Peinture historique dans de grands tableaux colorés où des cosaques sont truculents
Cosaques Zaporogues écrivant au sultan de Turquie
C’est aussi un peintre officiel qui obtient des commandes de Nicolas II avec des tableaux monumentaux. A côté de ces peintures royales il consacre des toiles au Narodniki(qui vont vers le peuple) . Un petit tableau montre un condamné à mort qui refuse la confession, l’arrestation d’un militant, et il existe plusieurs versions de Ils ne l’attendaient plus (retour de déportation avec également des femmes, étudiantes)
Ils ne l’attendaient plus
Ambiguïté des productions de Répine qui peint en couleurs joyeuses la Révolution de 1905et un rassemblement au Mur des Fédérés
Rassemblement au Mur des Fédérés
Répine s’installe dans sa propriété aux Pénates, à 40 km de Saint Pétersbourg sur le Golfe de Finlande.
Aux Pénates : Quelle liberté!
Après al Révolution de 1917, Kuokkala devient finlandaise et c’est en Finlande que Répine finit sa vie.
Départ de Korejou et à la petiteîle de Penn Enez accessible en voiture jusqu’à la Maison de la mer qui abrite le SNSM, un club nautique et un club de plongée. Le reste de la petite île est encore sauvage et herbue. La petite maison du garde date de Vauban qui a fortifié la côte et le Fort Cézonsur une petite île de l’Aber Wrac’h. Le GR fait le tour de l’île.
Marin de pierrer de François Breton
Vers le large un marin de pierre regarde vers le large. Je reconnais le style de François Breton vu à l’Abbaye des Anges et la grande Vierge à l’Enfant de Lilia.Un peu plus loin on voit une femme de pierre qui se tient sur un rocher.
Un ensemble de sculpture forme un Calvaire accompagné par un poème de Xavier Grall. L’œuvre est inachevée, un peu disparate. Les bas-reliefs racontent la vie des marins et des pêcheurs, on y voit aussi des bateaux.
Le GR34 se confond avec la route jusqu’à Moguéran puis il suit une petite pointe rocheuse jusqu’à la plage de Zorn. je marche dans un chemin creux, les buissons forment des arceaux. S’il pleuvait je pourrais marcher au sec sous cette voûte. Mais aujourd’hui, le ciel est sans un nuage. je m’amuse à faire des photos à travers les frondes des fougères.
A travers les fougères
Après la Plage de Zorn, le GR grimpe dans la colline; fougères et prunelliers forment un chevelu végétal impénétrable. je découvre d’en haut la Plage du Vougo, inaccessible. Après cette belle grimpette et le détour puis la descente parmi des maisons qui n’étaient pas détectables sur la carte je parviens enfin à la longue plage de sable fin, de temps en temps barrée par des amas rocheux qu’il me faut escalader. Le GR est tracé dans la dune appelée la Sècherie.
Salle à manger de luxe
Dominique m’attend à la Pointe près d’un centre nautique. Elle a sorti les chaises de camping dans une luxueuse « salle à manger » : des blocs de granite qui nous abritent du vent et elle est tapissé d’un vert et doux gazon. Le poissonnier de l’Intermarché de Plouguerneau a cassé les pattes de tourteau. Soudain, le vent forci et les morceaux de chair de crabe péniblement extirpés des pinces risquent de s’envoler. le soleil s’est caché, de gros nuages gris obscurcissent le ciel. le froid tombe. Repli dans la voiture.
Nous avions prévu d’emprunter la digue qui relier Le Curnic à Nodeven et qui enferme une lagune, site ornithologique réputé. Avec le vent fort, l’observation des oiseaux est inconfortable et il n’y a que quelques canards impassibles.
Guisseny est un village très tranquille à l’heure de midi.
Nous contournons un petit aber : Port de Tresseny en voiture . Le soleil est revenu. Je reprends la promenade juste avant Neiz Vran contourne un petit cap puis parcours pieds nus la longue plage de Kerlouarne sur le sable fin et doux.
Menez Ham, au bord de la carte IGN 0416 est un lieu touristique avec un grand parking, des attractions et des restaurants. Mais il est tard et les nuages sont très menaçants. Nous rentrons donc (25000 pas au podomètre)
Chimamanda Ngozi Adichie est l’auteure d’Américanah que j’ai beaucoup aimé. Le soleil du titre fait référence au soleil ornant le drapeau du Biafra
drapeau du Biafra
Qui se souvient de la guerre du Biafra (1966-1970), guerre civile meurtrière? Aux massacres ethniques s’ajouta une terrible famine orchestrée par le pouvoir Nigérian soutenu par les britanniques, les soviétiques, égyptiens…ligués contre les sécessionnistes Igbo. A l’époque, je n’avais rien compris des enjeux géopolitiques et économiques (le territoire du delta du Niger recèle des gisements pétroliers importants).
Imagine des enfants aux bras comme des allumettes, Le ventre en ballon de foot, peau tendue à craquer. C’était le kwashiorkor – mot compliqué, Un mot pas encore assez hideux, un péché.
je me souviens des images d’enfants dénutris au ventre gonflé et aux membres squelettiques.
Une carte n’est superflue pour suivre le roman
L’autre moitié du soleil raconte donc ces évènements du côté igbo. Nous allons suivre deux soeurs jumelles, filles d’un riche homme d’affaires Igbo. Olanna, belle, intellectuelle, vit avec un universitaire « révolutionnaire » autour de qui gravitent des intellectuels, des activistes. Ugwu, le boy du couple, treize ans au début de l’histoire, d’une fidélité sans faille, suit ses patrons dans leurs tribulations. Kainene, moins jolie, mais d’un caractère bien trempé, fait fructifier les affaires du père à Port Harcourt, intérêts pétroliers, importations diverses. Son amant, un écrivain britannique, essaie d’écrire un livre – sans succès -il se mettra au service du Biafra en rédigeant des articles dans la Presse anglophone.
L’auteure fait vivre ces personnages et toute une société de domestiques, de voisins de villageois, de militaires avec une attention particulière pour les personnages secondaires.
L’histoire commence dans les années 1960. En 1966, un premier coup d’état met au pouvoir des militaires igbos, un second coup d’état militaire chasse les Igbos . Des massacres ethniques d’une ampleur inédite provoquent , en réaction la sécession du Biafra qui se constitue en état indépendant. La guerre civile tourne à la catastrophe quand le pouvoir nigérian organise un véritable blocus alimentaire et que des bombardements des nigérians et de leurs alliés britanniques, égyptiens., russes réduisent la région à des ruines.
Je suis entrée lentement dans cette lecture. Je n’ai été prise par le récit que vers le tiers de l’histoire. Les amours de l’écrivain britannique, les minauderies et les rivalités des deux soeurs m’ont d’abord agacées. Ces riches nigérianes avec leur accent britannique, leur éducation anglophone, leurs belles maisons avec domestiques ne m’ont pas accrochée de prime abord. Dès que la situation politique se tend et que le Biafra fait sécession, j’ai été happée par la tragédie.
Il y a deux réponses aux choses qu’on t’enseignera sur notre pays : la vraie réponse et celle que tu donnes à l’école
pour passer. Tu dois lire des livres et apprendre les deux réponses. Je te donnerai des livres, d’excellents livres. »
Master s’interrompit pour boire une gorgée de thé. « On t’enseignera qu’un Blanc du nom de Mungo Park a
découvert le fleuve Niger. C’est n’importe quoi. Notre peuple pêchait dans le Niger bien avant la naissance du
grand-père de Mungo Park. Mais le jour de ton examen, écris que c’est Mungo Park.
J’ai énormément aimé le personnage d’Ugwu, lien entre la population rurale avec ses traditions et l’élite universitaire. En grandissant, l’adolescent devient un acteur important de l’histoire et témoins de l’horreur:
Ugwu l’avait remercié et avait secoué la tête en réalisant que jamais il ne pourrait traduire cet enfant sur le papier, jamais il ne pourrait décrire assez fidèlement la peur qui voilait les yeux des mères au camp de réfugiés quand les bombardiers surgissaient du ciel et attaquaient. Il ne pourrait jamais décrire ce qu’il y avait de terriblement lugubre à bombarder des gens qui ont faim.
Quand j’ai refermé la dernière page, j’ai quitté ces personnages à regrets, j’aurais tellement aimé connaître la suite.
La promenade le long de l’Aber Benoit est une des plus belles de la région. Mais attention! Elle est plus longue qu’il n’y paraît. Félicitations à l’Office de Tourisme ou à la Mairie : le parcours est très bien entretenu. le début après le pont à Tréglonou est bien signalé. Les marches solides sont équipées de grillage antidérapant. Parfois on a installé une rambarde ou une corde. J’avais pris mon bâton de marche par peur des glissades. Aucun souci de ce côté là. Le bâton facilite les petites montées raides. C’est donc une randonnée facile en sous-bois de hêtres, châtaigniers, près de l’eau à marée haute. Le miroir de l’eau est calme. on voit de nombreux oiseaux. Le sentier colle aux renfoncements imprévus et aux petites pointes, l’évaluation de la distance en comptant un index pour 250 m sera complètement fausse.
des surprises : un manoir caché, une petite guérite de pierre, une plage…je marche parfois entre de très hautes fougères. Un ruisseau je jette dans l’aber, formant une profonde échancrure que je confonds avec celle du Garo de la vallée des Moulins. L’heure tourne, je ne pourrai pas faire le détour par les moulins qui me tentait.
moulin
Cette dernière partie de la balade s’éternise. Je monte des marche, le GR s’éloigne de l’eau, monte sur des petites routes, contourne des propriétés . les six kilomètres deviennent onze.
J’arrive enfin à Saint Pabu au quai deStellac’h. Je passe devant un chantier naval avec d’assez gros bateaux et de grands catamarans. plus loin, se trouve le petit port avec le club nautique où Dominique m’attend pour un pique-nique délicieux avec les rillettes de thon de la Cancalaise, du pâté au poivre vert et kouing aman.
Après midi : tour de la presqu’île Sainte Marguerite entre l’Aber Benoit et l’Aber Wrac’h. Dominique me lâche dans l‘anse de Brouesnou . Je découvre de très belles plages de sable découvertes par la marée basse, me déchausse et préfère marcher pieds nus que suivre le sentier. Approchant de la pointe , je devine le phare de l’île Vierge qui annonce l’Aber Wrac’h. La pointe est rocheuse, il y a de beaux thuyas. Le Fort Cezon(construit par Vauban)coiffe une petite île accessible par marée basse.
Fin de la soirée au Sémaphoreun trois mât passe sur l’eau bleu marine.
Je me faisais une joie de cette exposition – bonus en plus de Répine. merveilleux, enchanteur, poète…les qualificatifs des critiques sont très élogieux. A l’entrée du Petit Palais les briques de verre bleue formant la rivière ne me convainquent pas, d’autant plus que le technicien les frotte avec de grandes lingettes jaunes jetables. On ne connaît pas les chiffons et les serpillières dans le monde de l’Art Contemporain?
La marque de fabrique du plasticien : les perles de Murano
la Couronne de la Nuit
la Couronne de la Nuit qui coiffe l’escalier prend bien sa place, mais ne m’éblouit guère. Encore des perles!
le complexe de Narcisse
Il fait descendre au niveau bas pour découvrir le Complexe de Narcisse ou des colliers de perles de verre de Murano forment des nœuds. C’est joli, brillant mais un peu gratuit. Il faut des explication préalable pour imaginer l’homme-fleur qui se mire dans le miroir de l’eau.
xx
Dans le jardin, ce sont des perles d’or qui forme le Lotus d’Or
Lotus d’or
je suis un peu déçue, j’avais beaucoup aimé les fontaines de Versailles.
Nous avons terminé en musique ce beau dimanche, au Café du Port de l’Aber Wrac’h. Sur une petite scène installée au fond du jardin, trois musiciens : un rouquin à bouille rigolote, accordéon et clarinette, un guitariste guitare et bouzouki, et le chanteur en maître de cérémonie: petit chignon sur le haut du crâne, petit gilet serré et boucles d’oreilles.
Ils chantent de vieilles chansons maritimes du Boulonnais. Trouvées dans les carnets de chanson, écrites par des gens du peuples, marins, conscrits mais aussi des femmes, parfois en patois boulonnais.
Chansons inconnues de moi, surprenantes. Chansons d’un autre siècles, certaines ont plus de ans. Accompagnement inattendu: clarinette jazzy, bouzouki chamarré, pas du tout grec par ailleurs. mandoline miniature. Ces instrument sont de beuax objets .
Si les marins sont boulonnais ou originaires des villages entre Boulogne et Calais, les airs naviguent entre Antilles et Algérie.
Exposition immersive : la musique de Jean-Michel Jarre élaborée avec les sons concrets de la forêt nous plonge dans un univers inconnu. Les panneaux portant les photos de Sebastiao Selgado balisent un parcours initiatique .
Des vues aériennes donnent une impression d’immensité quand on découvre la courbure de l’horizon ; des pics émergent du moutonnement de la canopée comme des îles dans un océan. Du ciel, les méandres de rivières dont j’ignorais l’existence. L’une d’elles, le Jurua fait 2400 km dont 1800 navigables.
Permanence de l’eau et présence des nuages qui donnent un aspect dramatique à l’image. Marque de la pluie, pluie diluvienne, pluie spectaculaire qui ressemble à un champignon atomique. Pluie torrentielle sur la surface de l’eau.
Rencontre des eaux de deux fleuves de couleur différentes qui ne se mélangent pas….Puissance de l’image en noir et blanc d’un relief extraordinaire qui n’est bien sûr pas rendue par mes photos avec le smartphone. Il faut voir les vraies!
Dans une salle obscure un diaporama sur un très grand écran est sonorisé par la musique d’Heitor Villa-LobosErosao-Origem do rio Amazonia. La musique donne une autre dimension bien que les photos soient les mêmes que celles de la salle d’exposition.
Les phénomènes naturels nous dépassent. Il y a aussi les hommes.
Dans de petites salles rouges des écrans vidéos en couleur donnent la parole aux Indiens,qui dénoncent très clairement le désastre qui se profile : les rivières polluées par les orpailleurs, les épidémies propagées par les routes qui pénètrent leur forêt, le changement climatique déjà perceptible avec le dérèglement du régime des pluies, la chaleur sèche. Ils nomment Bolsonaro comme responsable de l’aggravation de la catastrophe. De nombreuses photos donnent une idée de la diversité des populations, des costumes, des peintures corporelles. Certains n’ont aucun contact avec la civilisation moderne, d’autres ont eu des échanges avec les civilisations précolombiennes. Tous sont unanimes, la forêt est en danger et ils veulent la défendre.