Escapade à Metz : Centre Pompidou-Metz, promenade en ville

Le prétexte : deux expositions :  Chagall Le passeur de Lumière et  Face à Arcimboldo 

L’envie de bouger malgré le Covid 19 qui restreint notre horizon.

1h30 en TGV, possibilité de faire l’aller et le retour dans la journée confortablement.

Gare de l’Est, 8h13, le TGV est à destination de Luxembourg, un goût de voyage lointain, il quitte la région parisienne à grande vitesse, à peine je pense regarder le paysage que nous sommes en Champagne dans le vignoble, puis traversons une forêt que je ne connais pas. Les gares traversées sont « sur-Moselle » nous sommes loin….

La Gare de Metz

Gare de Metz, 9h44. Monumentale gare allemande inaugurée en 1908 en style médiéval-roman imposé par le Kaiser qui souhaitait marquer la puissance du Reich dans cette position stratégique. Le soin apporté au décor, aux chapiteaux de grès sculptés est tout à fait remarquable. Un passage conduit directement au Centre Pompidou-Metz.

le Centre Pompidou-Metz à la sortie de la gare

Un jardin, plutôt un verger sert d’écrin de verdure au bâtiment. Le gazon est ondulé, plissé presque.

La queue est tout à fait raisonnable, pas d’attente, seulement un scan du pass sanitaire, on ouvre soi-même son sac, pas d’installations de sécurité spectaculaires. La queue permet d’observer au-dessus de nos têtes les structures de bois des piliers et des alvéoles hexagonales sous la toile blanche de l’énorme chapiteau, au mât de 77 m.

Annette Messager : Le Désir attrapé par le Masque (2021)

L’installation d’Annette Messager occupe un vaste espace : des filets sont disposés en formant des sortes d’anneaux ;  des animaux empaillés, des peluches, souvent des chimères formés d’un corps naturalisé et d’une tête artificielle, sont dispersés et me mettent mal à l’aise. le plus déstabilisant, ce teckel portant un masque chirurgical qui paraît presque vivant. Au dessus sur des plateformes suspendues d’autres oiseaux-chimères, souvent encapuchonnés complètent l’impression de malaise. Aucune explication. 

L’exposition Chagall, Le passeur de Lumière se trouve au 3ème niveau. A la sortie de l’ascenseur de verre, je cherche à avoir une vue d’ensemble de l’installation d’Annette Messager et je découvre une autre œuvre collective rassemblant les mots de plusieurs artistes 

 

les 11 commandements (difficile de tout photographie en restant lisible)

 j’ai découvert Bintou Dembélé récemment avec le film Les Indes Galantes de Philippe Beziat qui est mon film préféré de la rentrée d’après-confinement. Je ne veux pas rater sa prestation au Centre Pompidou-Metz au Studio : S/t/r/a/t/e/s avec sa troupe Rualité. Nous avons donc terminé la visite du Centre au Studio pour cette vidéo d’une dizaine de minutes qui nous a bluffées et consolées de notre déception à la sortie de l’exposition Arcimboldo. 

Bintou Dembélé à Metz

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maquette du Centre Pompidou-Metz

Les architectes du Centre Pompidou Metz : Shigeru Ban et Jean de Gastines ont établi leur studio au 4ème étage du Centre Pompidou-Paris, sur la terrasse. Shigeru Ban est célèbre pour son utilisation du carton, il a conçu la Maison du Carton, un musée en carton, et des habitats temporaires pour des causes humanitaires. Ce studio le PTS (Paper Temporary Studio) est maintenant installé devant le Centre Pompidou-Metz. C’est un  tunnel de 35 mètres de long en, carton, bois parfaitement démontable et re-montable. 

PTS

Il est utilisé pour MEND PIECE de YOKO ONO : sur des tables on  trouve de la vaisselle brisée, de la ficelle, de la colle et du scotch pour « réparer » cette vaisselle. Nous avons volontiers participé à cette réparation. Les œuvres de nos prédécesseurs sont exposées sur des étagères où l’on trouve également des livres à emporter (1 seul) déclassés de la bibliothèque municipale. Réparer la porcelaine est une tradition au Japon. C’est aussi un geste politique. Mais cela demande une habileté que je ne possède pas. La colle demande beaucoup de temps et de patience, la ficelle de la dextérité, le scotch est d’une utilisation plus simple, mais c’est moche. 

Metz Cathédrale

Comme il restait deux heures avant le train du retour, nous sommes allées flâner dans Metz, dans les grandes rues allemandes, dans les vieilles rues, le centre piétonnier. Le but de la balade : la Cathédrale pour voir in-situ les vitraux de Chagall. 

Vitrail dans la cathédrale

Et comme il faisait beau et chaud, nous avons terminé la balade à la terrasse d’un beau café.

 

La Porte du Voyage sans retour – David Diop

LIRE POUR LE SENEGAL

Gorée : la maison des esclaves

« La religion catholique dont j’ai failli devenir le serviteur, enseigne que les Nègres sont naturellement esclaves. Toutefois, si les Nègres sont esclaves, je sais parfaitement qu’ils ne le sont pas par décret divin, mais parce qu’il convient de le penser pour continuer à les vendre sans remords. 

je suis donc parti au Sénégal à la recherche des plantes, des fleurs, des coquillages et des arbres qu’aucun autre savant européen n’avait décrit jusqu’alors. Les habitants du Sénégal ne nous sont pas moins inconnus que la nature qui les environne. Pourtant nous croyons les connaître assez pour prétendre qu’ils nous sont inférieurs. »

Merci à Babélio et au Seuil pour  ce voyage au Sénégal et au voyage dans le temps, à la fin du 18ème siècle jusqu’à l’Empire! Merci pour cette lecture passionnante et poétique!

Du même auteur,  David Diop, j’avais beaucoup aimé Frère d’Ame lu à sa parution et dont la lecture à Avignon par Omar Sy m’a enthousiasmée (podcast France Culture, Avignon Fictions). Quand Babélio m’a proposé ce livre, j’ai sauté sur l’occasion et encore une fois j’ai lu ce livre avec un grand plaisir. 

Le titre, La porte du voyage sans retour, évoque clairement la Traite Atlantique. la première fois que j’ai entendu cette expression c’était à Ouidah au Bénin. Puis à Gorée où se déroule une partie du récit.  

La Porte du Non-retour Ouidah

L’esclavage n’est pas le seul thème évoqué dans le roman de Diop. Le personnage principal du récit est un Savant du Siècle des Lumière, Michel Adanson, personnage qui a vraiment existé, qui a débarqué en 1750 à Saint Louis du Sénégal pour décrire flore et faune de la région, cartographier, étudier les coutumes…Le jeune homme a appris le wolof et s’est lié d’amitié avec un jeune prince, Ndiak,  qui l’introduit au plus près de la population. 

Le livre est aussi une réflexion sur la culture orale des Sénégalais, par un Encyclopédiste qui passera le reste de son existence à écrire son encyclopédie. Le botaniste, proche de la nature, reconnaît l’importance des croyances africaine :

 » Malgré mon cartésianisme, ma foi dans la toute-puissance de la raison, telle que les philosophes dont j’ai partagé les idéaux l’ont célébrée, il me plaît d’imaginer que des femmes et des hommes sur cette terre sachent parler aux arbres et leur demandent pardon avant de les abattre. Les arbres sont bien vivants, comme nous, et s’il est vrai que nous devrions nous rendre comme maîtres et possesseur de la nature, nous devrions  avoir des scrupules à l’exploiter sans égards pour elle. « 

C’est une histoire d’amour impossible. Orphée et Eurydice. 

Portrait de madeleine : marie-Guillemine Benoist (1800)

C’est aussi une relation de voyage aventureux et une exploration des paysages, des mœurs, aventure et magie.

Des surprises, rien n’est convenu, pas de manichéisme non plus, chaque personnage apparaît sous plusieurs points de vue….

Je n’en dis pas plus, lisez-le!

 

Paul Durand-Ruel et le post-impressionnisme à la maison Caillebotte, Yerres

Exposition temporaire jusqu’au 24 Octobre 2021

Renoir : portrait de Durand-Ruel

Marchand d’art à Paris et à New York, Durand-Ruel fut le soutien des impressionnistes et s’intéressa à leurs héritiers, Gustave Loiseau,  Henry Moret , Maxime Maufra, Georges d’Espagnat, Albert André qui étaient liés avec lui par un contrat d’exclusivité.

Georges d’Espagnat : Crique au Lavandou (choisi pour l’affiche de l’exposition)

L’exposition à la Maison Caillebotte présente ces cinq peintres que j’ai le grand plaisir de découvrir. L‘exposition Vollard au Petit Palais est construite un peu dans le même esprit, réunissant autour de la personnalité d’un collectionneur et marchand d’art une pléiade de peintres. j’ai toujours beaucoup d’intérêt à admirer des Picasso, Chagall, Matisse… mais j’avais envie de découverte. Les Postimpressionnistes présentés à Yerres sont peut-être de moindre envergure mais je n’en connaissais aucun et j’aime les nouveautés et les surprises.

Gustave Loiseau, Maxime Maufra et Henry Moret occupent le niveau haut. peinture héritière des Impressionnistes, le plus souvent des paysages mais surtout des marines. Ces trois peintres se connaissaient et se sont retrouvés à Pont-Aven où ils ont rencontré Gauguin

Gustave Loiseau : Les Roches Vertes

J’ai beaucoup aimé les couleurs des paysages bretons de Henry Moret

henry Moret : Goulphar, Belle-Île

ainsi que ses personnages ayant une certaine parenté avec les bretons et bretonnes de Gauguin

Henry Moret : les Moissonneurs

Toujours des sujets bretons avec Maxime Maufra

Maxime Maufra : la Récolte du Goémon

On descend un escalier pour découvrir une toute autre ambiance avec Georges D’Espagnat, on quitte la Bretagne, les paysages marins pour des portraits, des enfants

G d’Espagnat : la Gare de Banlieue

ainsi que des couleurs chatoyantes comme la Crique au Lavandou ou l’après midi d’automne

G d’Espagnat :Après midi d’automne

Aussi coloré et décoratif, le travail d’Albert André a su nous séduire

Albert André : la femme aux paons
Albert André : la Tonnelle
Albert André : la Femme en Bleu

The Power of my hands au Musée d’Art Moderne

Exposition temporaire jusqu’au 22 Août 2021 

Je ne pouvais pas rater cette exposition féministe et très originale.

Le cartel présentant les œuvres précise que ces créations sont faites directement à partir de la vie quotidienne et des activités domestiques. La Sphère privée s’étend à la créativité et à la politique.

In the power of my hands – Tapisserie faite avec des nattes de cheveux artificiels

En effet ces plasticiennes utilisent les textiles, la terre, et même les tresses de faux cheveux des coiffures africaines . Mais j’ai aussi été bluffée par la modernité de ces œuvres qui utilisent largement la photographie et la vidéo.

« Mombathiseni de Bullieweze Siwani – il faut entendre les vagues des vidéos
textile
Dyptique de Njideka akunyali Crosby

Les techniques utilisées sont souvent métissée, composites avec surimpression photographiques et très sophistiquées. l’artiste nigériane vit à Los Angeles,.

Ana Silva : broderies sur sac

Ana Silva, Angola, a brodé des  femmes en fines broderies sur de la toile à sac servant à emballer des vêtements de seconde main arrivant en Afrique : dénonciation de la surconsommation de l’industrie de la mode.

D’autres œuvres dénoncent les violences faites aux femmes, ou l’impossibilité de représenter le sexe féminin.

Reinata Sadimba : Femme en train d’accoucher

j’ai beaucoup aimé la vidéo de Wura Natasha Ogunju (USA/Nigéria) dont est tirée l’affiche de l’exposition : Will I still carry water when I am a dead woman? Des femmes au visage masqué mais à la tenue courte, short ou robe courte trainent des bidons dorés qui les entravent. Elles défilent  dans les rues d’une ville nigériane dans l’indifférence des passants.

Comme le titre en anglais l’indique, ces artistes viennent presque toutes de l’Afrique anglophone, Afrique du Sud, Nigéria, Zimbabwe sauf Angola. C’et une région de l’Afrique que je ne connais pas du tout et j’ai été très dépaysée.

Les Lions de Sicile – Stefania Auci

CARNET SICILIEN

Palerme :Quattro Canti

 

Un pavé de 555 pages lu en trois jours, les pages se tournent toutes seules.

Roman historique racontant l’Histoire de la Sicile, plus précisément celle de Palerme de 1799 à 1868 à travers la réussite de la famille Florio.

On s’attache aux personnages, Paolo et Ignazio, les négociants  en épices qui quittent Bagnara en Calabre pour Palerme. Vincenzo le fils de Paolo développe l’affaire familiale et lui donne un aspect industriel et même un rayonnement international. Ignazio, prendra les  rênes d’un véritable empire. Cependant, malgré leur réussite commerciale, ils ne parviendront pas à s’intégrer dans la  noblesse sicilienne et on leur reprochera leur origine calabraise, « des hommes de peine ».

De courts chapitres retraceront les évènements historiques. La République Parthénopéenne, révolution napolitaine (1799) et la fuite des Bourbons avec l’avancée de Bonaparte bouleversent les  équilibres aussi bien géopolitiques qu’économique avec l’importance stratégique de la Sicile pour l’Angleterre dans son  antagonisme avec la France de Napoléon. On assistera au retour des Bourbons, aux insurrections de 1848, à l’expédition de Garibaldi et à l’Unité Italienne. Les Florio qui deviennent de plus en plus influents participent à cette évolution politique.

Santa Catarina et la fontaine de la Vergogne

Ce roman raconte aussi l‘arrivée de la modernité sur Palerme. Transformation d’un commerce traditionnel d’importation de quinquina, clous  de girofle, cannelle, sumac en une herboristerie fréquentée par la meilleure société. Vincenzo découvre la Révolution Industrielle au Royaume uni, les usines textiles, les machines industrielles et importe des machines anglaises, transforme sa flotte de voiliers en bateaux à moteur à coque d’acier. Il diversifie ses activités :se lance dans la pêche au thon, monte une conserverie, produit et exporte du vin de Marsala…

Il y a bien sûr, dans la saga familiale des histoires d’amour.

J’ai eu grand plaisir à retrouver Palerme, à imaginer les décors intérieurs des palais que j’ai admiré en me promenant. Imaginer la vie des palermitains de toutes conditions, des marins et portefaix jusqu’aux nobles.

 

Antoine Albertini : La Femme sans tête – Malamorte

POLARS CORSES

LA FEMME SANS TETE

Cap Corse, Santa-Lucia, 1988,  on retrouve dans un caveau de famille, le cadavre décapité d’une femme assassinée une dizaine d’année auparavant. Le major Serrier se consacre à donner une identité à la Femme sans tête et, 10 ans après le meurtre à enquête sur cet assassinat, classé depuis longtemps.

Dans ce polar très sombre se croisent trois destinées :  celle  de la Femme sans tête, celle de Serrier qui se fait phagocyter par cette difficile enquête  qui s’enlise, s’entête et finalement commence à couler. Un troisième personnage mène de son côté des recherches obstinées, un journaliste nommé Albertini (l’auteur?) et qui fait irruption,  en italiques, dans le récit du policier.

Lu à Bastia alors que nous faisions des excursions au Cap Corse, j’ai eu plaisir à imaginer les décors et les personnages. C’est vraiment très noir!

MALAMORTE

Novembre 2018, Bastia. Le capitaine chargé des « Homicides simples« , affaires sans importances, crimes d’après boire, misère crasse…a été placardisé après un dossier délicat. Appelé sur un carnage où une femme et une petite filles ont trouvé la mort, le mari à moitié suicidé, ce crime domestique semble « simple » mais rien n’est simple!

Deux femmes sont découvertes assassinées, à quelques jours d’écart, crime de rôdeur, de détraqué sexuel, encore une affaire « simple« !

Le capitaine est consciencieux, il va approfondir ces enquêtes et nous faire découvrir les différents services, police, gendarmerie, légion, et même barbouzes qui concourent au maintien de l’ordre dans l’Île de Beauté, et pas toujours en harmonie!

Le suspect du  massacre familial était entrepreneur dans le bâtiment, le policier enquête dans le milieu des promoteurs immobiliers. Beaucoup d’argent entre en jeu, argent propre ou argent du trafic de stupéfiants? L’affaire simple devient de plus en plus compliquée, trouble d’autant plus que sur l’île tout le monde se connaît.

Nombreux rebondissements, un bon rythme, un style efficace pour nous faire découvrir les aspects de la Corse loin de l’île solaire et touristique.

Le Grand Erratum de jean-Baptiste Pérès suivi de Jette le masque Bonaparte! Leonardo Sciascia

FAKE NEWS

Tout à fait d’actualité ce petit livre de 65 pages!

Actualité cette année de commémoration 200 ans de la mort de Napoléon à Sainte Hélène. Difficile d’y échapper.

Actualité quand Fake news et conspirationnisme polluent la vie politique si ce n’est pas citoyenne tout simplement (avec refus des vaccins sous des prétextes parfois farfelus). 

Et voici comment on peut facilement démontrer que Napoléon n’a pas existé.

Trois parties à cet opuscule :

Arthur  Bernard : Le Grand Erratum de Jean-Baptiste Pérès ou l’histoire du dix-neuvième comme source d’un nombre infini d’errata

Comme quoi Napoléon n’a jamais existé ou grand erratum, source d’un nombre infini d’errata à noter dans l’histoire du XIXème par M. J.B.Pérès A.O.A.M, bibliothécaire de la ville d’Agen

Leonardo Sciascia : jette le masque Bonaparte! 

La première partie annonce le texte de Pérès, le complète, l’analyse.

La seconde prétend que Napoléon n’a pas existé, que c’est un personnage allégorique, le soleil personnifié (je serais tentée de faire une plus longue citation mais je préfère que vous le découvriez par vous-même)

La dernière partie met en scène une émission de télévision où sont invités Savinio, Napoléon lui-même, Chateaubriand, un jeune homme dans le rôle de candide. Ces dialogues sont très amusants se référant également à Gramsci, Stendhal ou Jean Jacques Rousseau. Des allusions au XXème siècle – Guerre des Malouines, Budapest ou Varsovie – ne sont pas fortuites.  Un régal, je suis fan absolue de Sciascia!

marie Ferranti : Une Haine de Corse – histoire véridique de Napoléon Bonaparte et de Charles-André Pozzo di Borgo

LIRE POUR LA CORSE 

Napoléon, écrit Stendhal, se lia intimement avec le célèbre Paoli et avec Pozzo di Borgo, jeune Corse plein de talent et d’ambition. Depuis, ils se sont portés tous deux une haine mortelle.

Avant notre départ pour Bastia j’ai téléchargé cet ouvrage (368 pages). j’avoue que je n’ai pas été jusqu’au bout.

J’ai été très intéressée par les premières parties du livre qui racontent l’histoire de la Corse, le personnage principal n’est ni Bonaparte, ni Pozzo mais plutôt Paoli. Retour au XVIIIème siècle  : de Rousseau à Boswell, la Corse , sa constitution a fasciné une partie de l’Europe avant la Révolution français.  La Révolution vue de Corse, la Terreur ne séduit pas, au contraire, elle révulse et une Consulta réunie à Corte

Le lendemain de cette Consulta, il fut décidé que : « Le peuple corse abandonnait les Bonaparte, nés de la fange du despotisme, à leurs propres remords et à l’opinion publique, qui  les avait déjà condamnés à l’exécration éternelle et au déshonneur. » Paoli ordonna qu’on arrête Napoléon. Celui-ci prit la fuite, manqua d’être tué à plusieurs reprises et réussit à quitter la Corse.

J’avais déjà lu cette histoire de fuite des Bonaparte à l’occasion de notre voyage à Ajaccio mais n’avais pas bien compris les enjeux.

La Corse devient anglaise,

La Corse devint officiellement anglaise le 15 juin 1794. Son drapeau était frappé de la tête de Maure et des
armes du roi, son hymne était le Salve Regina et la religion catholique, apostolique et romaine, la religion d’État.
On voit par là que les Anglais faisaient preuve de souplesse et désiraient ardemment[…]

Que Paoli se tournât vers l’Angleterre n’était donc pas une hérésie : il connaissait bien ce pays, il y avait vécu
plus de vingt ans et croyait l’Angleterre assez éloignée de la Corse pour la protéger sans l’asservir

L’Histoire de Bonaparte puis de Napoléon 1er , et en parallèle celle de Pozzo quitte la Corse et prend les chemins de l’exil

Napoléon et Pozzo connurent tour à tour chacun des lieux par où l’autre était passé. La première étape de l’exil
de Pozzo fut l’île d’Elbe, conquise de fraîche date, ainsi que Capraia, par Nelson, victoires minuscules comparées aux conquêtes de Napoléon dans la péninsule italienne. Pozzo, devenu apatride, connaît le sort des émigrés et l’amertume de l’exil, pendant que Bonaparte vole de victoire en victoire et revient d’Italie auréolé de gloire.

Campagnes de Napoléon, exils sur l’île d’Elbe et Sainte Hélène…émigration de Pozzo jusqu’en Russie. On s’éloigne vraiment de Corse et je ne suis pas fan d’épopée napoléonienne, ni des tractations de Talleyrand… J’abandonne.

 

Mort aux Hypocrites – Petros Markaris

LIRE POUR LA GRECE

J’ai attendu avec impatience la parution du nouvel opus de la série policière du commissaire Charitos (juin 2021 en français – 2020 Grèce) . C’est donc un tableau tout à fait contemporain de l’état de la Grèce que Markaris va dresser. La Crise Grecque est-elle derrière nous? l’économie grecque décolle-t-elle? On peut se référer à Markaris pour prendre le pouls d’Athènes. 

En m’approchant, je vois que dans les petites assiettes, il y a du maquereau et de la truite fumés, et des sardines. J’en déduis que nous aurons une soupe. Mania apporte une casserole et Adriani commence à servir la soupe aux haricots. Le premier à lui témoigner son admiration est Uli. – Je vois que tu as un faible pour notre plat national, lui dit Zissis.

Plaisir de retrouver la famille de Kostas : Katerina vient de donner naissance à Lambros, ainsi nommé en l’honneur de Zissis, l’ancien communiste gérant d’un refuge pour les Sdf (mon personnage préféré), Adriani – fort affairée avec son petit-fils –  confectionne comme toujours des plats délicieux (soupe aux haricots et tomates farcies). Je me demande bien si un jour Markaris ne nous gratifiera pas d’un livre de recettes de cuisine (des écrivains très fameux l’ont fait avant lui). L’évocation des saveurs grecques est toujours un grand plaisir pour moi, d’ailleurs je me prépare à cuisiner une moussaka!

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Plaisir de me promener dans les embouteillages d’Athènes, bien sûr je ne connais pas toutes les rues, mais quand même….

L’administration en Grèce est une suite de cavernes, monsieur le commissaire. Et plus on avance, plus elles sont ténébreuses et doivent être explorées avec précaution. Je suis parvenu à traverser les cavernes jusqu’à la fonction de proviseur. Kaplanis, lui, était un troglodyte virtuose. Non seulement parce qu’il savait comme personne parcourir les cavernes, mais parce qu’il avait la capacité d’en créer, impraticables pour les autres.

Le commissaire et toute son équipe nagent en plein brouillard : attentats à la bombe, revendications calligraphiées, victimes irréprochables. Qui se cache sous le nom Armée des Idiots Nationaux, redresseurs de tort luttant contre les Hypocrites?  je ne vous en dirai pas plus, je déteste quand on spoile un polar.

 

le Retour du Hooligan – Norman Manea

LIRE POUR LA ROUMANIE

 

« Hooligan ? Qu’est-ce qu’un hooligan ? Un déraciné, un non-aligné, un marginal ? Un exilé ? 

Un déraciné, un exilé, un dissident : est-ce cela, être un hooligan juif ? Et l’anti-parti, l’extraterritorial, l’apatride
cosmopolite qui te parle, quelle sorte de hooligan est-il ? »

Norman Manea, écrivain roumain, exilé aux Etats Unis depuis 1988, accompagne un ami musicien à Bucarest en 1997 où il n’est jamais retourné. Ce livre s’articule en plusieurs parties, tout d’abord avant le départ, les hésitations de celui qui a fui le régime communiste. Il a écrit un essai critiquant le soutien de  Mircea Eliade  au mouvement nationaliste La Garde de Fer antisémite, a été accusé de blasphème et de trahison par les patriotes locaux  et par la presse de la nouvelle démocratie. Critique aussi de l’écrivain  juif Sebastian qui  ne s’est pas désolidarisé de Mircea Eliade . Les  Hooligans sont justement le titre d’un livre Eliade. Sebastian a aussi  utilisé  le mot « Hooligan »  dans un ses titres Comment je suis devenu un hooligan? Ce livre s’annonce donc comme très littéraire en ce qui concerne la littérature et l’histoire roumaine. Heureusement, j’ai déjà entendu cette histoire dans plusieurs livres (Eugenia de Lionel Duroy et Athénée Palace de Rosie).

 

Après ces préambules, Manea raconte son histoire et celle de sa famille à Suceava, en Bucovine, histoire d’une famille juive dans les années 30, « années hooliganiques » qui sera déportée en Transnistrie en 1941, et reviendra en 1945 à 9 ans. En même temps que le communisme s’installe en Roumanie, le jeune garçon est enrôlé comme pionnier tandis que son père, comptable dans une sucrerie, se voit offrir la carte du parti et promu directeur du « commerce socialiste ». L’utopie  séduisante, tout d’abord, se révèle mortifère. Piégé, son père est condamné aux travaux forcés dans le camp de Periprava. Norman Manea, ingénieur hydraulicien, mène sa carrière d’écrivain et son travail d’ingénieur. La seule solution pour survivre : l’exil. Nombreux sont ceux qui ont émigré, en Israël ou ailleurs. Manea ira aux Etats Unis, accueilli par une université en 1988. 

 » Captivité et liberté ne cesseraient jamais, au cours des quarante années suivantes, leurs improbables négociations, leurs compromis et complicités de tous les instants, leurs escapades vers des refuges, des compensations secrètes. L’Initiation se poursuivait, et le prisonnier attaché au pilier de granit socialiste persistait à rêver, comme tous les prisonniers, de délivrance et d’évasion. Mais entre-temps, il s’était lui-même enchaîné, Ulysse immature, à sa table à écrire. »

Après avoir fait part de ses doutes, de ses craintes, de ses hésitations, il raconte par le menu son retour, une dizaine de jours du 21 avril au 2 mai 1997. L’écrivain  célèbre est invité à des festivités officielles, au Séder de Pâques de la Communauté juive. Il retrouve ses amis, ses anciens collègues. il voyage à travers le pays. Plus éprouvant, il se rend sur la tombe de sa mère qu’il n’avait pas revue. Et c’est l’occasion de présenter toute une galerie de personnages, intellectuels ou politiques. Occasion aussi de faire le point sur la situation du pays après la chute des Ceausescu. C’est intéressant mais il y a des longueurs pour le lecteur qui ne connaît pas la Roumanie et les arcanes de sa bureaucratie. J’ai préféré la première partie, plus personnelle, plus intime.  

Ce qui me retenait en Roumanie n’était pas la religion ni le nationalisme, mais la langue, et les chimères qu’elle me
faisait entrevoir. Et aussi, naturellement, pour le meilleur et le pire, ma vie entière, dont elles étaient l’essence.

C’est aussi une réflexion sur l’identité. L’écrivain est attaché à la langue roumaine. Religion ou nationalisme ne le concernent pas, écrire en Roumain, entendre parler Roumain constituent le principal de la personnalité de l’auteur.

C’est bien sûr une critique mais critique avec humour!

Un milicien envoyé d’urgence dans le grand hôpital psychiatrique de la capitale resta interdit devant les fous qui, se
contaminant mutuellement, s’écriaient allégrement ici et là : « À bas le communisme ! À bas le Conducător ! »
Alors qu’il s’apprêtait à les arrêter, il s’était heurté à l’opposition du directeur. « Nous sommes dans
un asile de fous. De fous, ne l’oubliez pas ! » Ce à quoi le policier rétorqua, avec un parfait bon sens :
« Fous ? Comment ça, fous ? Mais alors, pourquoi ne crient-ils pas : “Vive le Communisme, vive le
Conducător” ? » Il formulait, sans le vouloir, toute l’ambiguïté de la maladie nationale.