En voiture pour Puerto Viejo!

CARNET DU COSTA RICA

au matin petite pluie

Minuit : grand fracas, une pluie diluvienne tombe sur les tôles du bungalow, les feuilles dégoulinent. Dans mon premier sommeil, vision d’enfer liquide. Et dire qu’on est en saison sèche ! Qu’est-ce que cela doit être en saison des pluies ! Toute la nuit, les averses se succèdent, et les réveils intempestifs.

6 heures, dernière promenade sur la plage. Pour éviter de mouiller les vêtements que l’on doit mettre dans la valise, je suis en maillot de bain. La pluie menace, l’eau est grise.

retour sur le canal

9h Maurizio charge avec beaucoup de soin le grand canot à moteur : valises devant, bien calées. Il va faire de la vitesse. Dernier parcours tranquille sur le petit chenal de l’hôtel puis trajet direct jusqu’au débarcadère où nous attendons le minibus déjà très en retard.

Le train des bananes

Devons prendre  la voiture à 11h  au restaurant Selva tropical à Guapiles où nous avons déjeuné il y a 3 jours. Nous n’y serons pas. Nous traversons la zone d’élevage, les petits villages aux maisons peintes, les bananeraies, Chiquita et Del Monte. Nous avons de la chance : le train des bananes est en mouvement. Les régimes sont emballés dans leur plastique bleu avec du carton ondulé pour réduire les frottements. Un homme est harnaché à la taille avec un câble. Il semble tirer le train des bananes. Les installations attenantes sont impressionnantes.

Après Siquirres, les champs d’ananas bleutés occupent la vallée. La route 32 San Jose-Limon est en chantier et complètement embouteillée. Une heure pour une vingtaine de kilomètres qu’il faudra parcourir à nouveau quand nous aurons la voiture. Nous avons plus d’une heure de retard.

Marvin est pressé de repartir. Le dernier repas pris « en groupe » est expédié : fricassée de bœuf tendre et poêlée de cœurs de palmier découpés en petits dés. Un beignet très fin nappé de caramel et des tranches d’ananas à volonté.

La voiture n’est pas là. Le loueur de Toyota était à l’heure. Il nous a attendu et s’est lassé. Il est rentré déjeuner chez lui. Les formalités se terminent à 14h30. Sur le Road Book, 3 heures de routes nous séparent de Puerto Viejo où nous aimerions arriver avant la nuit.

notre carrosse la Toyota

Le chantier  a mis la circulation à l’arrêt. Quelle perte de temps ! Il aurait fallu prendre la voiture à Siquirres. La route enjambe plusieurs torrents et rios, maintenant à l’étiage, dans un lit de gros galets surplombés par les Erythrines et leur belle floraison orange.

Le port de Limon

Le port de Limon s’annonce à l’avance avec des aires de stockage des containers en pleine campagne. Lego géant, empilements monstrueux. Loin du rivage, ils semblent insolites et déplacés. On imagine containers, grues et docks le long des quais et non pas loin de la mer. Nous passons la ville de Limon sans vraiment s’en rendre compte. Il est 17h45 quand nous faisons une halte à la sortie de la ville. Les installations portuaires sont noyées dans la brume et les embruns. Les nuages se déchirent au coucher du soleil, la lumière est rose, les grues du port cuivrées.

Il reste une soixantaine de kilomètres à parcourir dans la nuit ; La route longe la côte. On devine les vagues. Les phares des véhicules qui arrivent en face nous éblouissent ; Sur le bas-côté, marchent des enfants, roulent des cyclistes sans le moindre éclairage. Les ponts qui franchissent les ruisseaux sont très étroits ; il faut observer la signalisation peinte sur la chaussée pour savoir quelle file a la priorité, les autres attendent derrière la ligne blanche.

Nous traversons des bourgades très animées où les restaurants sont illuminés. Puerto Viejo est une agglomération touristique. La pluie tombe lorsque nous arrivons à Shawandha Lodge. Je remplis les formulaires à al réception comme un automate. Le réceptionniste me prête un parapluie ; Nous traînons les valises sur les allées cimentées, trempées et arrivons devant le perron du bungalow qui nous est destiné ; Les quatre marches nous dissuadent. Il existe un bungalow pour handicapés avec une rampe et tout près de la Salle à manger. Mais il est moins chic.

Le restaurant est sous un très haut toit pointu recouvert de chaume de feuilles de palmier, il est ventilé par deux hautes ouvertures triangulaires. Il y fait délicieusement frais. Après la pluie, les plantes ornementales ruissellent et les gouttes tombant du toit forme une fine cascade difractant la lumière. Cette humidité amplifie l’atmosphère tropicale. Le décor est raffiné : une bougie est posée au milieu d’un bouquet de fleurs rouges. Tagliatelle au saumon et tagliatelle aux crevettes roses servie avec des quartiers de citron vert, une herbe un peu acide comme de l’oseille.

Pour nous dédommager de la différence entre la casita et le beau bungalow qui n’est pas accessible, notre hôtesse nous offre le vin et le dessert. Le ginger cloud est une merveille : mousse au chocolat, une boule de glace chocolat et une boule de glace au gingembre maison avec du gingembre frais pilé. Notre hôtesse vient nous tenir compagnie. C’est une grande dame très distinguée et charmante. Elle est française et ravie de converser dans sa langue. La soirée se prolonge, la fatigue est oubliée. Nous sommes conquises par la magie des lieux.

 

 

 

 

 

 

Promenades naturalistes à Turtle Beach avec Marvin

CARNET DU COSTA RICA

Le petit canal tranquille de Turtle Beach

6h, départ en bateau sur le petit chenal qui relie l’hôtel au Cano Cana plus fréquenté.  Tous les canaux sont naturels sauf justement celui-là qui a été creusé au service de Turtle Beach Hotel. La forêt a été également replantée, on ne peut donc pas parler de « Forêt Primaire » bien que des essences endémiques ont été utilisées en respect avec l’écologie du Parc. La forêt se renouvelle naturellement : les grands arbres n’ont jamais plus de 300 ans alors que sous d’autres climats ils peuvent vivre des millénaires. La chute d’un arbre pluri-centenaire n’a rien d’une tragédie : il faut plutôt la considérer comme une chance pour que els arbrisseaux condamnés à végéter dans la pénombre trouve de la lumière pour se développer et que les semences nombreuses germent dans la clairière.

Hérons

feuillages de la jungle

Le matin, de six à huit, il fait jour mais encore frais, certains animaux nocturnes ne sont pas encore endormis alors que les diurnes sont actifs. A l’entrée du chenal, sur un grand arbre, un gros oiseau se tient sur son nid. L’ornithologiste qui accompagne un groupe de Canadiens l’avait désigné sous le nom Onore du Mexique, Marvin l’appelle Heron-tigre. Wikipédia les met d’accord avec le nom scientifique Tigrisoma mexicanum de la famille des Hérons (Ardéidés). Le gros oiseau brun est un juvénile, plus gros que ses parents, il n’a pas encore quitté le nid. Non loin de nous se tient un de ces derniers, gris. Un seul petit occupe le nid. La femelle pond deux œufs. Le plus fort, habituellement jette l’autre poussin à l’eau.  Il servira de proie aux caïmans ou autres prédateurs.

héron bihoreau

Au cours de la promenade, nous observerons un petit héron bleu sur son nid avec ses petits qui donnent des coups de bec sur le bec du parent. Aussi un Boat Bill Heron Cochkearius cochlearius ou Savacou en français.

Endormi : le héron nocturne Golden Crest Heron ou Yellow crowned night heron Nyctanassa violacea ou Bihoreau à calotte jaune.

Reptiles

Caïman

La promenade offre de nombreuses surprises : caïmans, grands et petits. Maurizio, le batelier, a les yeux très exercés pour les débusquer. Souvent seul le museau et les yeux proéminents émergent de l’eau presque noire. Pendant que Maurizio cherche, Marvin raconte. Les caïmans et les crocodiles, à la différence des tortues et lézards, prennent soin de leur progéniture ; Il faut imaginer la gueule effrayante d’un crocodile tenant le bébé.

basilisc

Marvin nous montre les iguanes et basiliscs avec son laser vert. Si le vert du Basilisco esmeralda (vert) se voit sur les troncs gris, les iguanes sont moins voyants même s’ils sont parfois très gros. Ils grimpent sur les hautes branches. Les basilisc vert est surnommé « lézard Jésus Christ » parce qu’il court sur l’eau. Marvin nous imite le bruit des pattes frappant la surface de l’eau.

chauve-souris

(Les chauves-souris dorment alignées sur un ton : petits tas bruns qu’on aurait bien du mal à remarquer sans l’aide du guide. 5 sur un arbre ne sont pas encore endormies, le museau pointu, les yeux ouverts (elles voient mal).

La sortie est sur le thème du camouflage : stratégie de survie pour nombreux animaux. Le Great Potoo (Nyctibius grandis) ou Grand Obijau est un oiseau nocturne qui ressemble à s’y méprendre à une vieille branche d’arbre cassée. La visite est obligatoirement guidée : les oiseaux vivent si bien cachés qu’hier – du bateau – je n’ai rien vu en dehors d’un cormoran, d’aigrettes blanches ou de vautours planant. Comment débusquer le nid minuscule d’un colibri à l’extrémité d’une feuille enroulée, derrière le voile d’une toile d’araignée. On devine le bec très pointu de l’oiseau qui couve.

Une colonie de nids allongés suspendus dans un grand arbre un peu à la manière de ceux des tisserins au Bénin, est celle des Orioles à queue jaune (Icterus mesomela) qui les ont construits groupés et en hauteur pour plus de sécurité. Nous aurons l’occasion de voir les oiseaux.

toucan : j’aurais aimé que cette photo fut mienne, c’est un cadeau de nos amis belges

Un toucan traverse le canal haut au-dessus de nos têtes. C’est un des oiseaux emblématiques du Costa Rica et j’ai hâte de le voir de plus près.

Après 1h45 de promenade magique dans des canaux silencieux, il est temps d’aller déjeuner. Chaque bateau pousse son moteur au maximum. Une grande vague vient à notre rencontre et submerge la proue plate où j’ai posé mon sac que j’attrape au vol (il contient passeports, téléphone et mon cahier). La vague ne se contente pas de mouiller mes affaires, elle m’éclabousse et je suis trempée.

promenade pédestre

vanille

Une promenade pédestre est l’occasion de découvrir les arbres ornant l’hôtel.

Le grand ficus n’a pas de racines profondes, il est stabilisé par ses racines superficielles dont l’étendue correspond presque exactement à la circonférence de la ramure. Des racines aériennes aplaties dans lesquelles on peut fabriquer des meubles ou des roues de charrettes maintiennent l’équilibre. Nous avons vu cela en Afrique avec des fromagers.

Le cacaoyer était largement cultivé au Costa Rica. Les plantations ont été ravagées par une maladie. Marvin est pessimiste. Peut-être le chocolat est destiné à disparaître.

La vanille est une liane. On voit les bourgeons floraux et une grosse gousse renflée. La vanille est une orchidée qui a besoin d’un champignon pour former des mycorhizes.

Le beau manguier n’est pas un inconnu pour nous.

Le jambosier (Syzygium malaccense) donne des « pommes d’eau » (manzanas de agua)

Un caïman de belle taille a élu domicile dans un coin reculé de l’embarcadère de l’hôtel. C’est un animal territorial.

L’hôtel a balisé un sentier d’observation. Après que ceux qui étaient mal chaussés aient trouvé botte à leur pied et que Marvin délivre ses « recommandations » concernant les dangers des serpents venimeux bien camouflés et autres bêtes dangereuses : Suivre le guide, ne pas sortir du chemin !

La vedette de la promenade est une minuscule grenouille rouge toxique au poison qui serait mortel s’il était injecté (mais les grenouillent ne mordent ni ne piquent) . Elles ont vraiment très petites (1cm – 2cm) et ont tendance à se cacher sous les feuilles où on n’a pas vraiment envie de les dénicher. En bougeant une feuille on en découvre une mais justement elle se met à sauter (une grenouille qui saute : normal !) Wikipédia m’apprend qu’elle est un dendrobate. Sa reproduction est originale : elle ne pond pas dans les mares comme les grenouilles ordinaires mais élève ses têtards dans l’eau contenue dans les broméliacées haut dans les arbres.

Il y a aussi des araignées de belle taille et de différentes espèces.

Sur un tronc poussent de curieuses feuilles rondes que Marvin appelle « philodendron » qui aiment l’arbre. Ce végétal se colle à l’écorce. Je n’ai pas trouvé le nom de ce végétal. A l’entrée « philodendron » sur Wikipédia j’ai trouvé les plantes aux larges feuilles découpées qu’on appelle parfois caoutchouc.

Enfin, à la fin de la promenade, le voici, le toucan avec son bec jaune à la forme caractéristique, puis un Oriole aux plumes jaunes sur la queue. Et finalement deux nids avec des petits hérons.

La piscine en forme de tortue

Quelques allers-retours dans la piscine-tortue pour se rafraîchir.

Déjeuner-buffet : riz-haricots noirs, brocolis-carottes, bœuf coupé en lanières, mijoté avec des oignons, fondant, très tendre. Salades et fruits frais au buffet froid.

L’après midi se déroule tranquillement entre la piscine et la table aérée au bar.  Le temps se gâte. Des vagues puissantes roulent dans une mer grise sous des nuages menaçants. Première tentative de promenade à la plage en robe bleue. L’averse commence. De petits vautours noirs picorent un gros poisson crevé. Certains s’envolent à mon passage, pas tous. La marée monte encore. Un gros rouleau explose tout près de moi. La vague écumeuse me trempe jusqu’à la taille.

Dépitée je rentre au bungalow. Vers 17h après la pluie je retourne sur la plage pour une marche les pieds dans l’eau étonnée de voir les déchets que la mer a laissés sur cette plage déserte à l’arrière d’un parc naturel très surveillé.

La nuit tombe tôt. 17h30, le ciel se teinte d’un pourpre étrange. A 18h il fait nuit noire, ni lune ni étoile. La délicieuse brise d’hier est tombée ; on étouffe un peu.

 

Arrivée à Tortuguero

CARNET DU COSTA RICA

Embarquement pour Tortuguero, le voyage se poursuit en bateau

11h30, au port, de nombreux bateaux conduisent les visiteurs à Tortuguero. Longs bateaux munis d’un toit, deux moteurs puissants qui s’engagent dans un canal très large dans la forêt bordée parfois de hauts palmiers au feuillage très fournis. Des canaux latéraux débouchent dans la mer Caraïbe très agitée avec de gros rouleaux dans un nuage d’embruns. Le bateau file en soulevant une gerbe d’écume. Maurizio, arrête parfois pour nous montrer les animaux. Les crocodiles aiment les espaces ouverts. Nous avons le plaisir d’en découvrir un accompagné de ses petits. Il ne doit pas être très affamés, des oiseaux marchent tranquillement sur son banc de sable.

Le petit singe hurleur

Une petite tête noire sort de l’eau : c’est un singe qui traverse le canal à la nage au risque de ses faire dévorer par les crocodiles ou de ses faire percuter par un bateau. Quand il touche la rive, il est épuisé.

Village de Tortuguero

Au village de Tortuguero

Il faut acheter les tickets d’entrée dans le Parc (15$). Nous en profitons pour visiter le village tout en longueur le long de la rue principale, coincé entre le canal et la plage. C’est un village touristique, très coloré. Les façades rose fuchsia, bleues, violettes ou verte. Des fresques couvrent les murs : tortues géantes, animaux de la forêt, oiseaux…

fresques de Tortuguero

Des statues de bois laqué accueillent le visiteur, rappelant les statues béninoises. Il y a surtout des restaurants, des magasins de souvenirs, quelques supérettes. Le poste de traitement des ordures est très gai – pédagogique. L’école est toute verte ; on y fait cours les portes ouvertes. Au bout : la plage de sable, immense, celle où viennent pondre les tortues marines.

au village de Tortuguero : tortues et cocos

Retour au canot, rencontre avec un petit caïman(vraiment petit), puis sur un tronc avec un basilisc  Basiliscus plumifrons et aux abords du débarcadère d’un petit iguane

Hôtel Turtle Beach

Turtle beach

Après le pot de bienvenue, nous déjeunons . La salle à manger ouverte est organisée autour d’un buffet. Je choisi du porc mariné et des pommes de terre, des crudités variées et des fruits tropicaux. Je vais faire une cure d’ananas !

Notre chambre est située dans un bungalow de bois brut. Elle est très vaste (2 lits de 2 personnes) murs bleus, 2 gros ventilos à longues pales. Une penderie ouverte. Peu d’efforts de décoration. Je suis sous le charme du ventilateur de plafond. Des moustiquaires ferment les baies sur deux côtés. Les rideaux sont retenus par un simple nœud, ils tamisent la lumière douce qui vient du sous-bois. Dans les grands arbres, juste en face de l’entrée, des singes chahutent.

La piscine en forme de tortue
La piscine en forme de tortue

Toutes sortes de végétaux décoratifs ornent le parc de l’hôtel. Mes préférés sont deux arbres du voyageur, éventails décrivant un arc de 60° les crotons colorés sont hauts ; il y a aussi des plantes fleuries dont j’ignore le nom.

Tout juste installées, je plonge dans la piscine en forme de tortue marine ; au centre un bassin assez profond pour nager et quatre palmes bleu clair pour patauger.

La plage où viennent pondre les tortues

Il est impossible (et interdit) de se baigner dans la mer sur la plage de Turtle Beach qui n’est pas surveillée. Les rouleaux puissants m’auraient de toutes façons, dissuadée. Je marche pieds nus sur le sable gris ; la plage est bordée de cocotiers. Des crabes brandissent leurs pinces vers le ciel dans le reflux. De nombreux troncs blanchis jonchent la plage. Un peu plus haut, il y a une petite lagune avec une maison et une moto. Le Parc n’est pas si vide que je le pensais. Vers 4 heures de l’après midi la plage st déjà à l’ombre. Marcher sans craindre le soleil est très agréable. 6 heures, il fait presque nuit. Après dîner(7h) nous trouvons une table à l’écart du bar. Le vent souffle doucement. Le décalage horaire  semble apprivoisé.

 

Sur la route 32, à travers la campagne de San José vers Tortuguero

CARNET DU COSTA RICA

fleur extraordinaire

L’Hôtel Turtle Beach envoie une navette dans les hôtels de San Jose. Un minibus de 15 personnes  nous attend à 5h45. Le jour se lève tôt au Costa Rica : il fait presque jour.

L’ hôtel est excentré, le petit car emprunte une autoroute. Nous découvrons la ville et avec une belle vue sur les volcans. Quelques buildings se détachent. L’urbanisation semble très lâche, on ne sait pas si on est en ville ou à la campagne. J’admire la merveilleuse floraison rose de grands arbres.  6h : le soleil apparaît entre les volcans.

la navette de Turtlebeach

Nous suivons le Paseo Colon qui débouche dans l’Avenida Central. L’église de la Merced avec son clocher pointu servait de repère aux provinciaux qui se déplaçaient à la capitale. La cathédrale est plus imposante. L’architecture est mélangée : buildings en ciment avec de grandes enseignes peintes, petites maisons basses avec des terrasses, , maisons décorées de stuc. Il semble qu’on craigne les voleurs. Les balcons sont protégés par des barres de fer, parfois des barbelés. Parkings grillagés avec des barbelés en rouleaux.

combat de chats sur un toit

Le car fait le tour des hôtels.  Il stationne devant un petit hôtel caché dans la verdure. Sur le toit de tôle deux chats s’affrontent. Ils s’approchent museau à museau, les queues se balancent. Le gris au beau pelage occupe une position dominante. Le noir en dessous est tout hérissé. Son pelage est plus clairsemé. Vont-ils se battre ? Le gris tient bon, le noir recule et descend.

A la sortie de la ville, Marvin, le guide, se présente et va décrire le paysage avec intelligence et clarté. Il parle « spanglish » passant de l’espagnol à l’anglais sans transition. Une phrase commencée en espagnol se termine en anglais ou l’inverse.  Il a à cœur de souder le groupe « nous formons une famille multiculturelle venant de France, de Belgique, Suisse Danemark, Argentine ».

La route 32 reliant San Jose à Limon, le port où arrivent toutes les marchandises par mer est l’axe le plus important du Costa Rica. Il est question de faire du Port de Limon un port de très grande envergure et de cette route une sorte de « Canal sec », en référence sans doute à celui de Panama. Une société hollandaise APM investit dans ce projet. D’ici 6 ans la route 32 doit devenir un axe à 2x2voies. Les travaux se déroulent en saison sèche par une société chinoise. Les travaux causent des bouchons. Tandis que notre minibus est à l’arrêt j’admire les énormes camions rutilants aux chromes brillants et aux pots d’échappement relevés fièrement vers le ciel.  Dans les embouteillages des hommes passent vendant des chips de bananes et des patis (3000 colons =4$).

La route traverse d’abord la Vallée Centrale, très fertile où se concentre 60% de la population costaricienne. Marvin nous montre les plantations de café. Le café fut introduit en 1817 au Costa Rica. Il pousse sur un sol très riche d’alluvions de terres volcaniques. De très grands arbres à floraison orangée : les Erythrines, Erythrina poeppigiana, donnent de l’ombre aux plantations.

Marvin commente la géologie de la Vallée Centrale : sédimentaire contenant des fossiles marins, entre les volcan à la limite de deux plaques tectoniques Caribéenne et Cocos. Le volcan Irazu culmine à 3432 m, est le sommet du Costa Rica, Irazu et Turrialba sont deux volcans jumeaux, Turrialba est actuellement interdit  pour cause d’éruption. C’est un volcan qui connaît des périodes de repos très longues, les éruptions précédentes étaient il y a plus de 100 ans C’est dans la Vallée Centrale que se trouve la limite de partage des eaux entre Pacifique et Atlantique.

A partir de 1160m d’altitude à San Jose, la route 32 fait une grande montée et une interminable descente à travers le Parc National Braulio Carillo. Marvin nous montre les grandes feuilles en forme de parasol Gunnera insignis« sombrillo del pobre » qui poussent au-dessus de 800m et les fougères arborescentes. Sous un pont on peut voir le confluent entre deux rivière, Rio Susio et rio AmarilloOn voit nettement le torrent qui charrie les eaux jaunes colorées par le soufre du volcan et l’eau claire de l’autre rivière.

Plus bas : les champs d’ananas et de manioc s’étendent.

papillons morphos dans la serre

Petit déjeuner à Guapiles dans un restaurant qui a une serre de papillons. Riz mélangé à des haricots noirs, omelette et plantain. Il semble que les plantains costariciens sont plus tendres que les africains. Dans la serre, des plantes colorées et variées. Les papillons morphos ont l’envers des ailes bleues, d’autres sont rouge jaunes et noirs. Ils sont tellement rapides que je n’ai pas le temps de saisir les motifs. Plus facile à photographier : les fleurs.

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A Siquirres, on quitte la grande route pour la piste qui traverse des bananeraies. Autrefois le Costa Rica était une « république bananière » dominée par United Fruit pendant un siècle (1870 -1970) après la construction d’une ligne de chemin de fer au Costa Rica.  Elle a pris pour nom Chiquita. La culture des bananes est restée aux mains de très grandes entreprises comme Del Monte. C’est une culture à grande échelle. Les bananeraies s’étendent de part et d’autre de la piste bordées par des haies d’hibiscus en fleur.  Les régimes de bananes sont protégés des insectes, pollutions diverses, dans des sacs en plastiques bleus qui servent également de serre individuelle aidant à la maturation du fruit. Un train de banane avance parallèlement à la route : les régimes sont accrochés à un rail qui les emmène tout seuls au conditionnement. Parfois les rails franchissent la route. Marvin descend pour vérifier aue les valises sur le toit du bus ne touchent pas les installations. On a construit un petit aérodrome pour les avions qui pulvérisent les cultures. Le petit avion jaune est garé sous son hangar.

Les villages ont des maisons colorées bleues, violettes ou vertes. Leur auvent abrite des chaises métalliques, parois de confortables fauteuils ou canapés de salon, ou même une moto. Devant, une pelouse bien tondue et des arbres ornementaux.

erythrines

Dans pépinières de plantes ornementales exportées dans le monde entier, on voit nos plantes d’intérieur : Crotons, dieffenbachias….

Elevage : des buffles blancs ou gris se reposent à l’ombre. De véritables ranchs aux barrières peintes en jaune et marron.

Dans un bouquet d’arbres un paresseux est suspendu ; on ne devine que ses pattes qu’il bouge très lentement.

La piste est creusée de nids de poules. Le minibus progresse lentement.

 

 

Créteil/San José : Vol AF 430

CARNET DU COSTA RICA

 

Vol Air France

Voyage Créteil/San José, vol Air France AF 430 – 13h50 – arrivée 18h30 – près de 12heures de vol en comptant le décalage horaire de 7 heures.

Confortable, agréable, Air France oblige. J’ai prévu de dormir avec le tour de cou gonflable, les  bouchons d’oreilles et le masque bleu pour être d’attaque à l’arrivée.

Dormir 12 heures, c’est beaucoup ! Je regarde l’Homme Pressé: Lucchini  fait du Lucchini sans surprise, c’est très bien dans l’avion.  Pas de paysage à admirer, je suis assise au milieu, des nuages sur la France et à l’arrivée au Costa Rica, nuit noire.

Le taxi nous conduit de l’aéroport à Alajuela jusqu’à San Jose, 17 km sur des voies rapides qui traversent des zones urbanisées. Je suis bien trop abrutie pour faire une étude de paysage. L’hôtel prévu est complet, l’agence Trio nous réserve une chambre dans un autre hôtel très luxueux .

Jus de fruit de bienvenue. Remise du Road Book, quelques conseils.  Hop ! au lit, demain on se lève tôt : 5h15

Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris RUMEURS ET LEGENDES – HOUSEAGO

EXPOSITIONS TEMPORAIRES

Houseago

Sitting nude

Sculpteur né à Leeds en 1976, installé à Los Angeles depuis 2003. Présente des sculptures anthropomorphes plutôt monstrueuse, le plus souvent en plâtre (tuf cal) parfois hybridées de bois contenant des tiges métalliques.

Serpent (?)

On peut admirer la puissance du mouvement, de la musculature,  walking man, sitting nude ou standing boy. Dans la sculpture, je prête beaucoup attention à la matière, j’aime caresser (du regard) le marbre, le poli du bronze, ou les veines du bois. Le plâtre n’est pas une matière aimable. Ébauche de plâtre ou d »argile, je veux bien mais pour la sculpture définitive, cela ne me séduit pas vraiment.

Houseago

En 2010, à la Biennale de Venise son homme press installé au Palazzo Grossi a connu une heure de gloire

l’homme pressé

les dessins au charbon sur toile m’ont plus intéressée.

Somatic paintings 2018 Death

Rien à dire des grands tableaux noirs.

En somme, une déception.

Rumeurs & Légendes : un nouveau parcours dans les collections

La dernière fois j’avais parcouru les collections permanentes avec joie, revu les Delaunay, Herbin, Soutine….On les a rangés ailleurs (?) pour rajeunir les collections avec un nouvel accrochage en deux temps (1960 – 2000) et (Depuis 2000).

Le résultat est tout à fait passionnant et j’ai fait la connaissance d’artistes de premier plan que je ne connaissais pas – pas même de nom.

Entre mémoire et temps : le récit sculpté d’Etienne Martin

rhinocéros
rhinocéros

Une passion dans le désert est une nouvelle de Balzac que trois peintres Gilles Aillaud, Eduardo Arroyo et Antonio Racalcati ont illustré par un cycle de 13 tableaux complétés ici par trois tableaux identifiés par chacun des artistes. J’ai bien envie de chercher la nouvelle et de revenir à ces illustrations que j’ai bien aimées.

Le soldat de l’armée de Bonaparte
le soldat et la panthère
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Bernard Dufour : parcours d’un peintre écrivain 

Est le plasticien qui m’a le plus parlé. Peut être parce qu’il parlait politique?  Le polyptique Holger Meins raconte la mort de faim d’Holger Meins, le prisonnier de la Fraktion Armée Rouge, mort à la suite d’une grève de la faim.

Polyptique Holger Meins

Il raconte aussi son amour pour Martine dans une série des figures du temps de l’agonie de Martine

série de l’agonie de Martine

D’autre peintures politiques m’ont interpellée.

Mythologies individualistes : Annette Messager et Christian Boltanski 

ne sont pas inconnus de moi. J’y reviendrai!

Faites le déplacement au Musée d’Art moderne avant le 14 juillet mais réservez votre temps pour cette deuxième exposition!

pause vacances!

BLOG EN PAUSE!

Demain nous serons dans l’avion pour San Jose, Costa Rica.

Nous espérons bien voir des paysages comme sur la photo!

Je n’emporte pas d’ordi, seulement 3 cahiers de brouillon,  96 pages et mon carnet moleskine, un crayon et une gomme…l’appareil photo, bien sûr, et la liseuse, chargée.

Le blog sera en pause, mais je vous enverrai des cartes postales sur Facebook

 

autour du Talisman de Sérusier au Musée d’Orsay

UNE LEÇON DE PEINTURE!

En 1886, à Pont Aven,  Gauguin, déjà célèbre donna à Sérusier une véritable leçon de peinture

« Un conseil : ne copiez pas trop d’après nature. L’art est une abstraction. Tirez-la de la nature en rêvant et pensez plus à la création qu’au résultat »

Le Talisman, ou Paysage du Bois d’Amour est un tableau de très petit format peint sur un panneau qu’on a parfois attribué à une boîte de cigares. Très coloré, il se trouve à l’éclosion du Synthétisme quand Gauguin et Emile Bernard se sont retrouvés à Pont Aven, caractérisé par simplification des formes, l’utilisation de couleurs pures posées en à-plats et les cernes foncés délimitant les masses.

Emile Bernard : l’arbre jaune
Emile Bernard : Repos sur la falaise

Gauguin au dessus du gouffre, marine avec une vache

De retour à Paris, de 1888 à 1900, le groupe des nabis réunit Bonnard, Vuillard, Maurice Denis, Sérusier, George Lacombe, Verkade . En plus de leur style pictural, les nabis(prophètes en hébreu) faisaient des simulacres de cérémonies religieuses et manifestaient de l’intérêt pour l’ésotérisme et les sciences occultes.

Paul Sérusier : Portrait de Paul Ranson en tenue nabique

J’ai beaucoup aimé tous les tableaux de forêts ou d’arbres colorés dont on voit seulement les troncs

Sérusier : arbres rouges

Japonisantes ces vagues qui me font penser à un plumage de paon

George Lacombe : marine bleue et effet de vague.

George Lacombe : marine bleue et effet de vague.Et bien sûr il ne faut pas oublier Bonnard et Vuillard qu’on a vus en passant avant de pénétrer dans l’exposition Le Talisman

La Conférence des oiseaux – JC Carrière – Guy Pierre Couleau à Ivry

THÉÂTRE DE LA MANUFACTURE DES OEILLETS A IVRY

Le cantique de la conférence des oiseaux

« Nous avons un roi. Il nous faut partir à sa recherche. Son nom est Simorg. Il est le vrai roi des oiseaux. Il est près de nous, et ,nous en sommes éloignés. Le chemin pour parvenir jusqu’à lui est inconnu. Il faut un coeur de lion pour le suivre »

La Conférence des Oiseaux est un conte soufi du Persan Farid Uddin Attar (1142-1220). Les oiseaux partirent en quête du Simorg afin de le prendre pour roi. Après avoir traversé 7 vallées et montagnes, ils découvrirent le le Simorg était en eux…

J’avais vu autrefois la Conférence des Oiseaux mis en scène par Peter Brook et en avais gardé un souvenir ébloui (mais lointain) récemment Shâhnâme au Quai Branly qui montrait le Simorgh. La programmation des théâtres d’Ivry ne m’a jamais déçue. Je me suis rendue avec impatience à la Manufacture des Oeillets et la soirée a été à la hauteur de mes attentes.

Les acteurs portent des masques têtes d’oiseaux élaborés par le facteur de masques Kuno Schlegelmilch. Ce sont des têtes très légères mais très réalistes d’une dizaine d’oiseaux : la huppe qui mène la conférence et qui est la conteuse, le moineau, le canard, le hibou, la perruche…Quand les acteurs sont masqués, leur gestuelle est celle des oiseaux. Adorable petit moineau en blouson de fourrure, rapace (faucon ou aigle) en uniforme militaire, jolie perruche verte dans sa cage symbolisée par un cerceau.

 

Quand ils posent les masques, il redeviennent humains. les voyageurs, fatigués à l’étape, un peu craintifs, migrants. La Huppe qui les guide leur raconte des contes. Ils vont découvrir 7 vallées, On ne verra pas le Simorgh. Le Simorgh était en eux et le voyage une initiation mystique….Humains, migrants, très humains (mais j’ai eu le regret de ces beaux masques qu’ils ont abandonnés).

De retour à la maison, j’ai cherché l’interprétation de Peter Brook sur Youtube et trouvée. J’ai pu mesurer l’oubli de ma mémoire. il restait si peu de souvenirs!

J’ai aussi cherché, et trouvé le texte de la Conférence des Oiseaux qu’on a aussi nomme Cantique des Oiseaux. J’aurais pu acheter la pièce de Jean Claude Carrière, j’ai téléchargé le texte ancien traduit par Henri Gougaud et l’ai commencé sur le champ.

J’ai été étonnée de la proximité  de la pièce et du texte original. L’adaptation théâtrale a sauté la belle introduction poétique qui lraconte la Genèse, compare notre âme à un oiseau, énumère les Pères et les Prophètes jusqu’à Mohamed et fait alterner textes religieux et contes profanes. Le premier « Un jour un chevalier sur un lit de coussin découvrit son épouse avec un inconnu » est franchement comique, il suffit à la femme de glisser un crouton de pain dans la main de son amant pour désarmer le mari!

Le Salut aux oiseaux est une merveille de poésie et d’observation naturaliste :

« Huppe, je te salue, guide des hauts chemins et des vallées profondes, toi qui t’en fus (heureux voyage!) jusqu’au royaume de Saba et revins chanter à la reine à l’oreille de Salomon »

« Et toi, bergeronnette, ô bergère des âmes, que ta flûte fluette annonce k’aube neuve et le réveil de Dieu! »

« Salut, ô perroquet à la robe superbe, toi qui bâtis son nid, au vieux temps de l’Eden dans l’arbre du savoir »

« Salut, faucon royal à l’oeil impitoyable! Jusqu’où va ta violence et jusqu’où ta passion »

La huppe essaie de convaincre les oiseaux d’aller à la quête du Simorgh

« Que la route soit une fête, chantez marchez dansez! »

Les oiseaux cherchent des prétextes pour se défiler.

« L’amoureux rossignol s’avança en premier : Le front haut, l’âme ardente, il semblait à le voir incendié d’amour… »

« Voici le perroquet à la bouche de miel, à la robe pistache, à la gorge dorée, »

je me régale aussi bien avec les oiseaux qu’avec les contes médiévaux qui me conduisent aussi bien à la Mecque qu’à Byzance, histoires de derviches ou de chevaliers, ou simple avare qui enterre son trésor….

Quel joli texte. J’ai vu que Diane de Selliers a édité un de ses beaux livres illustré par des miniatures persanes. Quel beau cadeau!

 

Ma Cabine Téléphonique Africaine – Lieve Joris – Actes sud

INVITATION AU VOYAGE

J’ai reçu Ma cabine Téléphonique Africaine en cadeau au pique-nique de Babélio. Comme je n’avais aucune idée de ce que cachait ce titre original, le livre est resté longtemps dans ma PAL. Quelle bonne idée de l’en sortir!

164 pages, 10 récits, autant de rencontres en Afrique, au Moyen Orient, en Europe de l’Est.

J’aime les écrivains-voyageurs et encore plus  les écrivaines-voyageuses. Après Alexandra David Neel, Mary Kingsley, Isabelle Eberhardt et d’autres, je découvre Lieve Joris  née en Belgique(1953) mais basée aux Pays Bas, donc néerlandophone. Journaliste, boulingueuse elle a écrit de nombreux livres que je compte bien lire!

Ma cabine téléphonique africaine est le titre du premier récit : rencontre avec Bina, receveur des postes dans un village malien en 1996, déjà les touaregs rebelles menacent les autorités ou leurs représentants. La téléphonie mobile n’existe pas dans cette contrée. La cabine de Bina est une institution….Comme j’ai aimé ce récit! Lieve Joris s’efface devant les personnages africains. Elle les campe magnifiquement.

Le second récit, Les Enfants de Mobutu, se déroule au Congo, en 1998, le règne de Mobutu s’ achève, il reste un grand désordre et pourtant l’auteure se promène dans la province qui paraît paisible. Elle accompagne un homme d’affaires qui vend, troque, ou achète un peu n’importe quoi. Elle nous fait imaginer l' »ambiance du poisson » sur le bord du lac, on rencontre des pauvres pêcheurs, des cyclistes qui font des kilomètres de pistes défoncées pour transporter 3 malheureux poissons….Aventure humaine, chaleur africaine…

On passe aussi par Dar-es-Salam ou par Saint Louis du Sénégal .

Lieve Joris a posé ses valises en 1982 au Caire. Elle nous invite dans l’appartement de Madame Taher, sa logeuse, bourgeoise déclassée qui fait survivre un monde féminin, désuet, étriqué et décalé.

Puis elle part à Alep et à la frontière de la Syrie et de la Turquie, rencontre Ismaïl,  Kurde qui préfère disserter sur Baudelaire et les surréalistes que de lui faire rencontrer la réalité, « Baudelaire est sans danger » : rencontre touchante.

Les 50 dernières pages se déroulent en Pologne (1987)et en Hongrie (1990) . Rencontre avec Kapucinski – un écrivain -voyageur que j’aimerais lire. Ils ne parleront pas de l’Afrique que les deux auteurs ont parcouru, Kapuscinski fera découvrir la Pologne grise de la fin du communisme. Enfin Lieve Joris aboutit dans un petit village hongrois  sur la Tisza.  Avec une grande délicatesse, elle nous présente les protagonistes de l’histoire récente, l’idéaliste qui voulait changer le monde, le maire communiste, l’institutrice aux prises avec les enfants tziganes qui ne supportent pas la sédentarisation imposée…Aucun jugement, juste une grande sympathie.

Lieve Joris ne se met pas en avant. Elle ne se vante pas de ses aventures. Elle laisse parler les personnages qu’elle rencontre, nous fait sentir les ambiances, les odeurs, les goûts, les manques aussi. Un tout petit livre, un concentré de saveurs!