matinée sur l’Acropole

CARNET DES CYCLADES

caryatides de lErechtéion

Un peu avant 9h, nous arrêtons un taxi sur Athinas.

 Nouveauté : le compteur du taxi imprime un ticket et le taximan rend la monnaie.

Les handicapés peuvent accéder à l’Acropole  grâce à un monte-charge le long de la paroi nord. Un cheminement cimenté y conduit et tourne ensuite autour du rocher jusqu’au théâtre de Dionysos. Nous découvrons la source de la Clepsydre qui aurait alimenté la clepsydre située dans la tour des Vents dans l’Agora romaine. On arrive derrière l’ancien temple d’Athéna, Pandroséion, et l’Erechtéion.

Le Pandrosion contenait les lieux sacrés d’Athènes : l’olivier d’Athéna et la source salée jaillie du trident de Poséidon, lieu de la compétition des dieux pour parrainer Athènes. Il fut détruit par les Perses en 480.

 

 

L’Erechtéion et  ses caryatides me fascine toujours autant.  Il fut construit après les guerres du Péloponèse (431-404 av JC)  Je ne me lasse pas de photographier les caryatides (ce sont des copies, les originales sont au Musée de l’Acropole) .

Il fait encore frais, la fréquentation est raisonnable. En revanche, plus question de s’asseoir pour se reposer sur un bloc. Des cordes interdisent de s’approcher de tout vestige, elles sont assorties d’avertissements « interdit de toucher le marbre !».  Les gardiennes qui font respecter les consignes à coups de sifflet n’ont aucune pitié pour Dominique et sa béquille. Elle finira par trouver un banc à l’ombre derrière le Parthénon.

Un échafaudage occulte le fronton ouest. Je m’intéresse aux restaurations successives du Parthénon : la grue Pothain qui occupait le temple depuis 1985 a été remplacée récemment par une autre plus discrète. Les blocs manquant dans la reconstruction sont remplacés par du marbre blanc qui se patinera peut-être un jour. L’usage dans l’anastylose est qu’on puisse différencier les éléments originaux. Des caissons de plafond attendent d’être remontés. On peut observer les restaurations de l’intérieur entre les colonnes du côté Est bien dégagé.

parthénon : angle du fronton

Deux têtes de cheval sont coincées à chaque extrémité du fronton – je les avais oubliés ! Je me souvenais en revanche des trous rectangulaires où étaient suspendus les boucliers offerts par Alexandre après sa victoire sur le Granikos (334 av JC) en revanche je n’avais pas remarqué les petits trous sur l’architrave regroupés en paquets correspondant aux lettres de bronze de l’inscription de Néron (61 après JC).

Puisque nous sommes arrivées par derrière je descends vers les Propylées pour effectuer le parcours « officiel ». Un couloir pour la montée a été aménagé avec un autre à la descente pour canaliser l’afflux es touristes. Leur procession est impressionnante. Il faut déshabiller les silhouettes colorées de shorts, chapeaux à visière, T-shirts criards et imaginer des draperies antiques, transformer les perches à selfies en torches, rubans ou banderoles. On peut ainsi, avec un certain effort d’imagination, voir les Panathénées où Athéniens et pèlerins allaient rendre leurs dévotions à la Déesse. Les Propylées faisaient partie du programme monumental de construction de Périclès (437-432), interrompu par les guerres du Péloponnèse. Selon Pausanias (au 2ème siècle), une pinacothèque contenait une belle collection de tableaux. En plus de la statue Chryséléphantine d’Athéna Parthenos, attribuée à Phidias il existait une statue géante en bronze également œuvre de Phidias, Athéna Promachos , visible depuis le Cap Sounion.

Sur une aire, maintenant nue, s’élevait le sanctuaire d’Artemis Brauronnia, à droite de la voie processionnelle. Le culte d’Artémis fut établi au 6ème siècle avec Pisistrate.

Une rumeur monte de la ville, me rappelant le 1er mai 2010, 1er mai de colère, de manifestations violentes. Les chants révolutionnaires entraient en compétition avec la Messe diffusée par haut-parleurs de la cathédrale et la musique de Théodorakis des socialistes. Du bastion en haut d’un petit promontoire qui domine la ville, je ne découvre aucun rassemblement. Quand nous descendons, je vais à la recherche d’un taxi. Nous irons volontiers déjeuner au bord de l’agora romaine près de la jolie mosquée et de la Tour des vents sur les belles terrasses des Aérides….Aucun taxi n’est disposé à nous conduire en ville. Le centre d’Athènes est bloqué par les manifestations contre les mesures d’austérité et les réformes du régime des retraites. J’avais remarqué les affiches appelant à la grève aujourd’hui sans entrer dans les détails. Les chauffeurs de taxi profitent de l’aubaine (pas de métro ni d’autobus) saur les bus à impériale colorés des touristes. Ils proposent de nous conduire au Pirée, « good sea-food at Microlimani » ou à Rafina, ou n’importe où à la plage….mais pas à Athènes !

Rue Rovertou Galli, 300m plus bas, nous nous installons sur la minuscule terrasse en angle (3 tables avec un pot de basilic) et une jolie enseigne TO KAFENADAKI pour déjeuner et attendre le retour de la circulation. Délicieux jus d’oranges pressées (4€) une assiette de gyros très bien servie, les fines lamelles de porc sont accompagnées de grosses tomates, de pain pita tzatzíki et oignons crus, parsemées de thym et de fines herbes (8€ quand même !) Rien à voir avec le gyros qu’on mange debout, entortillé dans du papier.

Le Musée de l’Acropole est à 750 m plus bas.

 

Premières promenades athéniennes

CARNET DES CYCLADES

La terrasse de l’Hôtel Economy donne sur l’Acropole

Forfait fixe pour les taxis(38€)  de l’aéroport à Athènes,  bien pratique, nous n’avons pas à nous soucier du parcours. Le taxi tourne dans les rues aux noms antiques Evripidou, Sofokleous, Socratous avant d’arriver à Clisthenous, où se trouve l’Hôtel Economy. Le réceptionniste est toujours le même, il avoue ne pas nous reconnaître.

La vue de notre balcon sur la place et le Lycabette

La chambre 604 a un petit balcon sur la grande Place où se trouve la Mairie, bâtiment néo-classique jaune pâle. Rectangle dallé qui se termine par un site archéologique : le Cimetière acharnien qu’on ne visite pas mais qui est visible de la dalle. En face de la Mairie, la Banque de Grèce est aussi une construction jaune à corniches néo-classiques.

manifestation devant la banque nationale

Des cris au mégaphone, des sifflets m’interpellent. Je traverse la place pour aller voir de près.  Les manifestantes ne sont pas bien nombreuses. Des femmes, 40 à 50 ans, bien coiffées, vêtues de noir se tiennent derrière une banderole brandissant des ballons de mousse noire au rythme des sifflets.  « Pas d’argent pour la banque Nationale ! » crient-elles. Les Grecs, inventeurs de la démocratie, et semblent adorer se rassembler dans la rue pour clamer à haute voix leurs doléances. Pas un voyage à Athènes ou à Thessalonique sans qu’on n’assiste à un défilé. Devant l’Université, des séides d’Aube Dorée ont apporté des drapeaux grecs et des pancartes dénonçant « l’islamisation ».

dans les rues autour de l’agora

Avant le déjeuner, je fais un tour au marché : l’Agora – tout un programme – Je me saoule de parfums méditerranéens   de l’huile d’olive, sur les étals, des olives sont de toute couleurs, calibres, et provenances des senteurs des aromates séchés sur les étals. Les effluves aigrelettes de la fêta et des fromages qui baignent dans le petit lait. Des fruits mûrs, parfois trop murs exhalent des odeurs sûres.

pour faire les dolmades

Les épiceries ont suspendu des saucissons, des guirlandes d’ail, de piments rouge et même d’aubergines séchées et coupées violettes, de courgettes en tronçons verts dont il ne reste que la peau. Des bouquets de camomille, de lavande et d’herbes de la montagne embaument. Dans des casiers on a déposé des tranches d’oranges  et de citrons séchés, des boutons de rose. Les brocanteurs ont accumulé des marchandises diverses : marmites, ustensiles pour le café, chaussures sous des instruments de musique suspendus, luths bouzoukis et guitares. Plus loin, ce sont éponges et loofahs qui garnissent les tours de portes (une recherche sur le net m’apprends que ces fibres qui servent de gant de crin sont les fruits d’une cucurbitacée comestible la Loofah d’Egypte. Verte elle ressemble à un concombre renflé.

brocante

Souvlakis et kebab au déjeuner (paketo que j’emporte pour la terrasse) avec des fraises et des cerises du marché.

Le mardi n’est pas très favorable pour les visites, de nombreux musées sont fermés. J’improvise  une  promenade par les petites rues derrière la Banque de Grèce jusqu’à Stadiou, Panepisthémiou juqu’à Syntagma dans l’Athènes Néo-classique du 19ème avec colonnes fresques et frontons sculptés de l’Université de de belles maisons. Entre Vassilis Amalias et Vassilis Sofias, le Jardin National offre une promenade ombragée. Je passe le long d’une rangée de palmiers à très hauts fûts. Les arbres remarquables sont étiquetés comme dans un arboretum ; ils ont été acclimatés des cinq continents. Une aimable compagnie se promène, jeunes ou vieux, touristes ou SDF. Une troupe théâtrale en habits 19ème déclame en marchant. J’imagine que faisaient ainsi les philosophes de l’antiquité. Je me gave de chaleur. Le bien être m’envahit.

Zappéion patio rond

A la sortie du jardin, je découvre le Zappéion que je ne connaissais pas : palais 19ème (1874-1888) rêve d’Evangelos Zappas, homme d’affaire grec vivant en Roumanie mais ayant combattu pour l’Indépendance grecque et désireux de faire revivre, avant de Coubertin, les jeux olympiques. Il a servi lors des jeux Olympiques d’Athènes en 1896 et plus tard.  Le Zappéion sert maintenant de Hall d’exposition, c’est là qu’a été signée l’adhésion de la Grèce à l’Union Européenne en mai 1979. Le fronton rectangulaire à colonnes plat ne laisse pas imaginer le patio à colonnes rond.

Non loin du Zappéion, se trouve un cinéma de plein air et un très beau restaurant (ou café). Le cinéma sous les étoiles est pour moi un souvenir très ancien, quand en 1968 j’avais été invitée à Glyfada par des collègues grecs de mes parents. Nous avions vu Romeo et Juliette de Zeffirelli. Je me souviens des écorces de pépites par terre (en Israël aussi) .

Non loin, j’aurais dû trouver le stade de Marbre, stade antique restauré pour les premiers Jeux Olympiques. Impossible de le trouver, je longe l’Ecole de Gastronomie, un très chic club de tennis, pas de marbre. Il est caché par les arbres mais je ne le savais pas.

Olympéion

En revanche j’arrive à l’Olympéion Temple de Zeus Olympien. Il est fini le temps où je présentais ma carte professionnelle et où avec deux ou trois mots de Grec, j’entrais gratuitement dans les sites ! Pour obtenir la réduction senior je dois sortir ma Carte d’Identité dument inspectée. La construction du temple fut initiée par Pisistrate, le petit fils du tyran en 515av JC sur le site d’une construction archaïque. Elle fut interrompue en 508 après la chute du tyran. C’était un monument gigantesque d’ordre dorique en calcaire sur le modèle des temples d’Asie Mineure. Construit en marbre au 4ème siècle il resta inachevé, puis il fut reconstruit par les Romains et complété par l’Arc de Triomphe d’Hadrien. 104 colonnes était encore debout en 1852. Sur une vaste esplanade un peu chauve, les colonnes restantes sont gigantesques ; j’ai déjà entendu ce refrain à Agrigente (encore un temple de Zeus avec ces géants les Télamones. Le gigantisme sied à Zeus ! L’Arc de Triomphe d’Hadrien est plutôt gracile pour un monument romain, original avec ses deux parties superposées très différentes.

Retour par Plaka avec ses restaurants, ses boutiques de pacotille ; cette année des bottes à lanières – sandales qui s’enroulent jusqu’au mollet, ses écharpes de mousselines, le linge de toilette et les ponces teintées de couleurs criardes à destination des touristes attablés aux « happy hours ».

Fin de la soirée en regardant le jour tomber et l’Acropole s’illuminer.

 

 

 

Noli me tangere – Andrea Camilleri

LIRE POUR L’ITALIE

nNoli me tangere Fra Angelico

Roman policier, puisque un policier, le commissaire Maurizi mène l’enquête sur la disparition de Laura, la femme d’un écrivain célèbre. Enquête discrète pour éviter un scandale.  Par ailleurs, le bien-fondé de cette enquête n’est pas évident : pas de cadavre, seule la voiture vide est retrouvée au bas d’un pont, le sac à Venise. La disparue a peut être organisé sa fuite sciemment.

Faute d’indices, Maurizi fait plutôt une enquête de personnalité. Il lit des lettres, interroge les anciens amis et amants. Laura est une femme complexe. Alors que les hommes qu’elle a fréquentés ont une opinion plutôt négative, son professeur d’Histoire de l’Art voit en elle un esprit très fin, et une grande intelligence. Égoïste et allumeuse?

Giotto Noli me tangere

Et comme nous sommes en Italie, un circuit artistique s’organise autour du thème Noli me tangere qui a inspiré de nombreux peintres et qui est le sujet de la thèse de Laura. Pour mon plus grand plaisir!

J’ai bien aimé ce roman fin et léger, mais je préfère toujours les romans siciliens  de Camilleri qui me font rire.

Noli me tangere Titien

 

Les Nuées – Aristophane

LIRE POUR LA GRECE

théâtre d’Epidaure

Après avoir refermé Le Va-nu-pieds des nuages de Takis Théodoropoulos dont le narrateur est le Démon de Socrate, racontant comment Aristophane  a choisi de ridiculiser  Socrate, encore inconnu, et les sophistes.

J’ai donc voulu la pièce antique : Les Nuées.

Pas d’effet de surprise : Théodoropoulos a  largement commenté la rédaction et la représentation de cette comédie sur une centaine de pages tandis que  le texte original est assez court (67 pages, y compris la présentation).

Nuées par Aristophane

« PARABASE DU CHOEUR :

aujourd’hui, comme une autre Electre, cette comédie paraît, cherchant à rencontrer des spectateurs aussi éclairés? Elle reconnaîtra du premier coup d’oeil, la chevelure de son frère. Voyez comme elle est réservée. Elle est la première qui ne vienne pas traînant un morceau de cuir, rouge par le bout, gros à faire rire les enfants. Elle ne se moque pas des chauves ; elle ne danse pas le cordax ; elle n’a pas de vieillard qui, débitant des vers, frappe de son bâton son interlocuteur, pour dissimuler des grossières plaisanteries ; elle n’entre pas une torche à la min en criant « Iou! Iou! » mais elle avance confiante en elle-même et en ses vers »

L’effet comique ne correspond peut être pas à ce qu’un spectateur moderne attend d’un « classique » beaucoup de pets et flatulences, des sous-entendus grossiers qui peuvent étonner. J’ai finalement beaucoup plus ri à la lecture du Va-nu-pieds des nuages qu’à celle de la comédie d’Aristophane.

« mais qu’est-ce qui tonne? […..]

SOKRATES : Je vais te l’enseigner par ton propre exemple. Quand tu t’es rempli le ventre aux Panathénées et que tu as ensuite le ventre troublé, le désordre ne le fait-il pas résonner tout à coup?

STREPSIADES : Oui par Apollon! Je souffre aussitôt, le trouble se met en moi ; comme un tonnerre le manger éclate et fait un bruit déplorable, d’abord sourdement pappax, pappax puis plus fort papapappax, et je fais mon cas, c’est un vrai tonnerre, papappax comme les Nuées. « 

En revanche l’aspect « témoignage archéologique » m’a beaucoup intéressée. Tout d’abord la structure du texte découpé en Prologue, Parodos, Choeurs, Scène lyrique, Agon, Episodes, Parabases… Alternent des dialogues en phrases courtes et dissertations sur le théâtre lui-même, des scènes triviales et des invocations des dieux (ou des nuées). Les allusions à la vie quotidienne m’ont aussi amusée. Allusion à la vie politique d’Athènes, heureusement j’ai eu une bonne introduction avec la lecture de Théodoropoulos! Aristophane ne se prive pas de moquer les auteurs de farces et comédies faciles et par cette occasion raconte l’Athènes du 5ème siècle!

Maintenant  j’attends l’occasion de voir la pièce jouée (ce n’est pas prévu dans le futur proche, malheureusement). Une pièce est faite pour être représentée!

Le va-nu-pieds des nuages – Takis Theodoropoulos

LIRE POUR LA GRECE

 

« BON TU T’EN DOUTES, Athéna n’allait pas rester les bras ballants pendant qu’Hermès et sa divine compagne mijotaient de lui piétiner ses plates-bandes. Athènes, c’était son domaine à elle; et si des fois elle acceptait une petite intervention de la part d’un de ses congénères, sous forme d’averse ou d’éclaircie dans le ciel de sas cité, ce genre d’incursion était tenu de s’apparenter au phénomène strictement passager, ou du moins rare, voire tout à fait exceptionnel. Avec cette histoire de contagion, elle s’était fait surprendre. Apollon, qui ne reconnaissait aucune supériorité au monde à part la sienne, avait berné tout le monde avec un de ces petits laïus froids et alambiqués – pareils à sa musique

Takis Théodoropoulos est aussi l’auteur du Roman de Xenophon et de l’Invention de la Vénus de Milo, deux ouvrages que j’ai lu avec beaucoup de bonheur.

Le Va-nu-pieds dans les nuages est Socrate, ou plus exactement, Socrate mis en scène par Aristophane dans les Nuées.

Le Va-nu-pied-dans les nuages commence avec la mort de Périclès de la peste (la contagion) en 429. Roman historique? Certainement, mais avec certains anachronismes qui font sourire le lecteur. Le narrateur est un Démon, le temps des mortels ne le concerne pas.

Un roman ironique et très amusant : p.21, « L’IRONIE N’EST PAS UN EFFET STYLISTIQUE, monsieur l’écrivain. » Affirme l’auteur. [….] « L’ironie est une perspective existentielle. «  J’ai beaucoup souri et même franchement ri au cours de cette lecture.

« AU COURS DU BANQUET  organisé par le cercle de l’éternité afin de fêter la déconfiture de l’orgueil humain, At.héna eut peine à cacher sa maussaderie »

Un roman mythologique : les scènes qui se déroulent sur l’Olympe sont les plus jouissives. Les dieux veulent rabattre leur caquets à ces prétentieux d’Athéniens. Après avoir envoyé l’avertissement de la contagion, ils pensent à d’autres mesures. Socrate, l’Original, pourrait servir leurs plans. Ils envoient le Démon, le narrateur du roman. Aristophane pourrait aussi être utile. Le Dieu en charge du Théâtre étant Dionysos, Athéna va essayer de le séduire, elle se maquille, porte une robe rouge sexy….la scène est absolument roulante..

Un roman philosophique? l’auteur possède une solide culture classique, il présente le cercle de Socrate, présente la plupart de ses disciples. Alcibiade, le sublime est aussi un chef d’oeuvre  comique. Intéressant mythe de la Caverne…syllogismes…et allusions à Nietzche (on s’est permis des anachronismes). Le procès de Socrate est annoncé.

J’ai moins aimé la fin : la mise en scène et la représentation des Nuées ne m’a pas vraiment fait rire. Théodoropoulos est très fidèle  au texte d’Aristophane.

Un roman érudit? Certes, mais une érudition qui se veut comique, et qui l’est. Une réussite

 

Le Miel des anges – Vanghèlis Hadziyannidis

LIRE POUR LA GRECE

« Quand j’étais petite, mon père me parlait des registres aux secrets. tout ce qu’il y a sur terre, on le trouve dedans. Il suffit que le secret ne puisse pas être percé ici-bas. Alors il est inscrit dans les registres. Donc si mon père ne se souvient pas du petit poème de la recette, il ne sera pas perdu : il ira dans les registres aux secrets…. »

En prélude à notre prochain voyage dans les Cyclades….le miel (et les yaourts au miel, mais ce n’est pas dans le livre), un monastère, creusé dans la colline (c’est plutôt un souvenir de Turquie que ces villes souterraines), une île qui n’est pas nommée, un peu mystérieuse, archétype des îles grecques. 

Une atmosphère un peu étrange, des personnages bizarres,  hors du temps et de la société, pris dans un rêve, celui d’obtenir le meilleur miel qui soit en réunissant des plantes, arbres et herbacées pour que les abeilles y butinent. Et ils y parviennent.  Angelico, le miel des Anges fera la fortune, et le malheur de l’apiculteur.

Encore plus étrange, ce monastère, La Bâtie, que les moines creusent dans la colline, dédale de salles, cryptes, cellules, où Rodakis, l’apiculteur sera enfermé. Personnage ambigu, l’higoumène intraitable.

« Comme l’avait dit l’un des higoumènes, réputé pour la sagesse de ses formules, le résultat du labeur de tous ces hommes, pendant des années, n’était pas seulement un chef d’oeuvre d’adresse et de patience, c’était aussi une carte où l’on voyait immortalisés les paysages mentaux de ceux qui avaient travaillé là, les caractères de chacun dessinés en relief…. »

L’histoire commence doucement, et l’on se laisse prendre par l’intrigue à suspense, de plus en plus invraisemblable, de plus en plus prenante.

« Pourquoi faire la lumière? Laissez l’affaire dans l’ombre! Quand l’heure viendra pour nous de mourir, nous chercherons dans les registres aux secret et alors nous découvrirons comme le baron est mort… »

ainsi se termine le livre. 

Gabriële – Anne et Claire Berest

ARTS MODERNES…..

Francis Picabia 1912 La Procession Séville

« Gabriële est un Roi, Gabriële est une Reine.

Elle aime l’envoûtement.

Même prise dans une toile d’araignée, elle reste claire comme le jour »

Jean Arp

Gabriële est la biographie de Gabriële Buffet-Picabia écrite à quatre mains par deux de ses arrières-petites-filles qui ne l’ont jamais connues.

« Nous nous sommes alors lancées dans la reconstitution de la vie de Gabriële Buffet, théoricienne de l’art visionnaire, femme de Francis Picabia, maîtresse de Marcel Duchamp, amie intime d’Apollinaire… »

écrivent-elles en avant propos. « la vie de Gabriële est un roman »

Romanesque, un roman d’amour passionné pour Picabia pour qui elle a abandonné brusquement sas vie de musicienne, son indépendance de célibataire en une époque ou le célibat des femmes était un véritable combat. Un roman d’amitié pour Marcel Duchamp et pour Apollinaire.

Mais aussi une formidable histoire de l’art en une période passionnante de naissance de l’art abstrait, du cubisme,  du  mouvement dada, dans la période bouillonnante précédant la Grande Guerre, pendant celle-ci et après.

J’ai trouvé ce livre un peu par hasard en revenant de Clamart où nous avions visité la Fondation Arp, en me documentant sur Internet. Je l’ai immédiatement téléchargé parce qu’il fait écho à plusieurs expositions que j’ai vues récemment:

Apollinaire, le Regard du Poète

Dada Africa

et mes dernières visites autour de Céret, cubistes avec Braque et Picasso…

Je me suis donc passionnée pour cette période et pour ces artistes qu’on fréquente dans Gabriële. Avec des surprises, Gabriële Buffet se destinait à la composition musicale, elle a étudié sous la direction de Fauré, de Vin ent d’Indy à la Schola Cantorum, de Busoni à Berlin où elle rencontre Varèse.

« Peindre des sons! Francis, tu dois peindre des sons! »

La musicienne va transposer sa culture musicale dans le domaine de la peinture

« La couleur qui est vibration de même que la musique »

 Cette biographie a pour décor le Paris de la Belle Epoque, Berlin qui était à l’avant-garde, puis New York pendant la Grande Guerre Séville et Barcelone puisque Picabia avait des origines espagnole. Zürich aussi avec le Café Voltaire Tristan Tzara et Arp.  Dépaysement garanti, ambiance de fêtes, et parfois de fêtes décadentes et folles, ivresse et opium.

« joli et sérieux : voilà contre quoi va se battre toute une génération en train de pousser ses premiers cris. Picasso qui naît la même année, Picabia qui a déjà trois ans, Guillaume Apollinaire qui n’a que quelques mois, mais aussi les petits frères, Marcel Duchamp, Arthur Cravan, Tristan Tsara et tous les autres. Ils sont le siècle à venir – et avec eux, le bon goût, c’est bientôt terminé ».

Marcel duchamp – Nu descendant un escalier

J’ai eu grand plaisir à utiliser le smartphone pour trouver les tableaux dont il était question dans le livre.

C’est aussi l‘histoire d’une femme extraordinaire,  magnétique elle attirait tous les talents, savait mettre en valeur les artistes, expliquer en théoricienne. Paradoxale : féministe engagée, elle a sacrifié sa carrière pour soutenir son mari qui était un homme-à-femmes et qui la trompait copieusement.  Si peu mère pour ses 4 enfants qu’elle a souvent confiés à d’autres et si maternelle pour son mari! Personnalité complexe.

Mon seul regret est que les biographes aient laissé cette vie en suspens après la Première Guerre mondiale, et n’aient pas raconté la rencontre avec Stravinsky, ni les développements de la carrière de Duchamp. J’aurais aimé voir Gabriële dans les périodes troublées du 20ème siècle.

 

 

La grande embrouille – Eduardo Mendoza

POLAR BURLESQUE

Mendoza : la Grande embrouille

De Mendoza, j’avais bien aimé Le Mystère de la Crypte ensorceléej’ai continué l’escapade à Barcelone avec La grande embrouille et je n’ai pas été déçue, c’est même mieux! Toujours aussi farfelu et embrouillé. Je me suis laissé conduire dans le récit sans trop chercher à comprendre ou à résoudre l’intrigue comme j’ai l’habitude de la faire dans les polars, deviner qui est le meurtrier, quels sont les motifs. 

Le narrateur est sorti de sa maison de fous, le commissaire Florès est parti à la retraite, le Docteur Sugranes sévit encore, Candida a quitté la prostitution.

Barcelone est toujours plus cosmopolite : un bazar chinois s’est installé de l’autre côté de la rue et rêve de coloniser le salon de coiffure de notre héros pour en faire un restaurant. Mais n’anticipons pas….C’est le seul bémol, les Chinois sont un peu caricaturaux, quoique hilarants. N’allons pas taxer l’auteur de racisme, il fait évoluer une accordéoniste de l’est, un albinos africain, un indien du Pérou (ou de Colombie), tout un peuple de marginaux, statues vivantes, livreurs de pizza….qui vont constituer la troupe d’enquêteurs la plus loufoque possible. Sans parler du gourou indien qui est aussi catalan que possible…

Evidemment, on s’y perd, mais la lectrice rit aux éclats. Et finalement, il y a quand même un dénouement!

Les bois de Meudon et la Fondation Arp à Clamart

BALADES EN ÎLE DE FRANCE

Fondation Arp

J’ai découvert Jean Arp et Sophie Taeuber à l’Exposition Dada Africa à l’Orangerie. Comme nous aimons bien à l’occasion de la visite  des maisons d’artistes ou d’écrivains faire un pique-nique et une balade, nous avons attendu le mois de mai.

Au programme de la journée, une balade (7km) autour des étangs de Meudon au départ de l’étang de Villebon. De nombreux sentiers sont balisés (trop, on s’y perd) les arbres sont magnifiques, certains chênes majestueux. La promenade est ombragée. J’ai l’occasion d’observer le système de petit canal pour conduire l’eau à Versailles (encore) . Meudon est urbanisée mais pas trop, la forêt garde une ambiance sauvage.

La terrasse de l’Observatoire de Meudon

Courses au Monoprix de Meudon tout proche.Je remarque  la, »Fête à l’Observatoire ». C’est une fête foraine installée sur la terrasse de l’Observatoire. De la terrasse, la vue sur Paris est panoramique, la perspective inédite, la Seine proche.

Jules Janssen

La statue de l’astronome Jules Janssen domine la terrasse, cet astronome du 19ème s’est distingué par un envol en ballon pendant le siège de Paris par les Prussiens en 1970 pour aller observer une eclipse à Oran, un bas relief sur le socle de la statue raconte cet exploit. L’Observatoire est fermé, il ne se visite pas mais il est situé dans un élégant château.

Arp

la Fondation ARP se trouve à quelques kilomètre, à Clamart au 21 de la petite rue des Châtaigniers, rue en pente bordée de belles maisons et de jardins fleuris. C’est la maison-atelier où Jean Arp et  SophieTaeuber vivaient et travaillaient. Maison de meulière, comme souvent les pavillons de banlieue, dessinée par Sophie Taeuber, construite en 1929. Sophie Taeuber a également fabriqué les meubles, très simples et sobres, placards et supports. En contrebas, se trouve un joli jardin peuplé de grandes sculptures de Arp, et au fond un double atelier.

Arp -Demeter

Les pièces présentées sont bien postérieures à l’époque dadaïste de l’exposition Dada Africa, elle sont le plus souvent datées des années 50. Formes souples, fluides, arrondies qu’on est tenté de caresser. Difficile pour moi de bâtir quelque interprétation. A défaut je note les titres souvent amusants : Outrance d’une outre mythique (un très beau bronze), Configuration aux mouvements de serpents, un étrange Thalès de Milet, Démeter.

Au pays de Thales

 

« Quand les pierres se grattent des ongles poussent aux racines

Bravo, bravo

les pierres sont des oreilles pour manger l’heure exacte »

Jean Arp 1933

A l’étage, plus de compositions de Sophie Taeuber, une gouache colorée, des dessins préparatoires.

Les statues de Jean Arp sont groupées par deux ou trois sur des supports, qui se répondent.

Évocation d’une forme lunaire spectrale correspond avec un torse. Au pays de Thalès regroupe un bronze, un plâtre et une sculpture sur pierre.

Dans la petite pièce, de très petits dessins à l’encre sont des illustrations de la Bhagavad-Gita, il me font penser à des Picasso.

Le rez de jardin est la salle de séjour au plafond bas.

bronze dans le jardin

On peut flâner dans le jardin de sculptures, entre dans les deux atelier où de nombreux plâtres sont soigneusement rangés sur la table près de la fenêtre dans des casiers. On imagine les maîtres d’oeuvres… Quelques œuvres d’autres artistes voisinent les plâtres d’Arp, je remarque Armen  Agop et d’autres.

En parcourant le site de la fondation Arp, je lis que Max Ernst, Kurt Schwitters, Tristan Tzara, James Joyce, Paul Eluard, Robert et Sonia Delaunay ont fréquenté ce lieu. Cela fait rêver.

Jean Arp

Guernica (sans Guernica) au Musée Picasso

exposition temporaire jusqu’au 29 juillet 2018

Le monumental tableau est resté à Madrid, il fallait un certain culot pour faire une exposition Guernica sans le montrer.

Guernica est sans doute le tableau le plus étudié du 20ème siècle, il me rappelle des sessions de Brevet des collèges en Histoire des Arts, régulièrement présenté. Je me souviens aussi d’une exposition à Ravenne qui y faisait ouvertement référence en montrant des tableaux italiens s’en étant inspiré.

  1. L’exposition actuelle, en six salles, commence par une analyse des symboles représentés dans le tableau : le cheval, le taureau, le soldat, le héros antique découpé à terre, la lampe électrique…. Différents critiques sont cités avec de longues citations, les hypothèses sont diverses. Tantôt on voit dans le cheval, le nationalisme espagnol, tantôt on en fait le symbole du peuple. De même le taureau serait la figuration du peuple selon certains, ou de la brutalité…L’oiseau est-il comme la colombe l’espoir de la paix? La lampe électrique, dans la bombe peut être interprétée comme « une invention bienfaisante qui se transforme en force destructrice »? Cette présentation, même si elle montre des arguments contradictoires a au moins le mérite de faire observer le tableau.
    la guerre civile

  2. Les débuts de la Guerre Civile (17 juillet 1936- printemps 1937) est un rappel historique qui replace Picasso dans le contexte espagnol. De Janvier à Avril 1936, l’exposition Picasso circulait en Espagne pour soutenir le Front Populaire. Picasso fut même nommé par le gouvernement républicain directeur du Musée du Prado. Le 8 et 9 janvier Picasso réalisa une gravure : Songe et Mensonge de Franco

    Songes et mensonges de Franco
  3. les sources de Guernica présentent aussi bien les sources anciennes comme les Désastres de la Guerre de Goya que les œuvres de Picasso comme les tauromachies, minotauromachies et même une crucifixion

    Crucifixion
  4. la commande et les premières esquisses : pour le Pavillon espagnol de  l’Exposition internationale des Arts et Techniques 1937. La peinture devait occuper un mur entier. L’idée initiale était d’exploiter le thème du peintre et de son modèle. Nature morte à la lampe et les études au dessin pour cette peinture montrent des éléments utilisés dans Guernica 
  5. La transformation du projet : à la suite du bombardement de Guernica le 26 avril 1937. Au mur, les unes de l’Humanité du 28 et du 29 avril 37, montrent la désolation, voisinent avec des photographies des ruines. Picasso dès le 1er mai et les jours qui suivent commence les études préparatoires, certaines au crayon, en noir et blanc, d’autres en couleur. Le noir et blanc ne s’est pas imposé encore.

    Le portrait de Dora Maar
  6. Guernica dans l’œil de Dora Maar . je connaissais Dora Maar par le portrait que Picasso a fait d’elle. je ne savais pas qu’elle était une photographe d’origine croate, que Picasso a rencontré par l’intermédiaire d’ Eluard. Dora Maar reçut en commande le travail de photographier Picasso en train de réaliser le tableau. 8 photographies sont projetées sur un grand écran et nous pouvons ainsi suivre l’oeuvre qui se transforme : on voit apparaître le cheval puis disparaître le bras au poing levé serrant un bouquet avec un soleil ; la bombe remplace le soleil avec l’ampoule, le triangle lumineux se matérialise de plus en plus clairement, le cheval semble se lever.Je termine donc la visite de l’exposition comme je l’avis commencée par un examen attentif de chacun des éléments composant le tableau.

Ensuite je me suis promenée dans les étages pour retrouver les Picasso que j’aime et en croiser d’autres qui n’étaient pas là à ma dernière visite.

Et dans une petite pièce j’ai croisé ceci: