Tunisian Yankee – Cecile Oumhani – Elyzad

LIRE POUR LA TUNISIE

De Cécile Oumhani,  j’avais aimé Une Odeur de Henné chez le même éditeur et je m’étais promise de suivre cette auteure et cet éditeur qui fait de si jolis livres.

Tunisian Yankee est un roman plus complexe qui commence en 1918, dans la Grande Guerre, dans l’Oise. Dawood, le héros, est blessé il  raconte sa vie, en pensées et en parole au médecin qui est à son chevet. Daoud, est le fils d’un commerçant aisé de Tunis, tyran domestique qui se ruinera au fil du temps. Il est élevé par Mouldia, une esclave. Il y avait encore des esclaves au début du XXème siècle!

Jeune adulte, Daoud rencontre Berensky, un aventurier russe, qui le fait voler en montgolfière au dessus du Cap Bon.  De cette expérience, Daoud retirera le goût des voyages et le désir de devenir pilote. Du temps du Protectorat, un indigène ne peut postuler à un brevet de pilote! Cette première brimade marquera le jeune homme qui fréquente au café de Bab Souika de jeunes activistes, nationalistes un peu journalistes…C’est l’occasion pour Céciel Oumhani d’évoque une période de l’histoire que j’ignorait : les premières révoltes nationales contre le Protectorat. En  1906, la révolte des Fraichiches , paysans privés de terre se plaignant de la brutalité des colons et le procès à Sousse qui l’a suivie. En 1911, l‘invasion de la Libye par l’Italie .Le boycott des tramways par les indigènes à la suite d’un accident. Les jeunes tunisiens ne restent pas inertes et les puissances coloniales réagissent en arrêtant les amis de Daoud.

Daoud est contraint à l’exil. Son père est ruiné. En 3ème classe, il rejoindra Ellis Island avec les pauvres de l’Europe : Italiens mais aussi, Maltais, Grecs…Il trouvera à New York un travail chez un Syrien, parent d’un ancien client de son père. Il trouvera aussi Elena, une jeune veuve italienne, après que son mari, révolutionnaire ait été abattu par les autorités. A New York, Daoud Kaci deviendra Dawood Casey. Les Etats Unis entrent en guerre en 1917, Dawood est incorporé dans les forces armées.

C’est un très joli livre métissé.Livre de résistance. Livre d’exil. Fantaisie de la montgolfière, ou de l’acrobate du cirque. Routine de la maison traditionnel, du commerce….Livre de guerre aussi.

Et en prime,  cette chanson qui est celle qui accompagne Daoud à New York, surprise elle est grecque Smyrneiko minore et les poèmes de Khalil Gibran.

74 803 jours – Hicham Berrada à l’Abbaye de Maubuisson

Exposition temporaire jusqu’au 22 avril 2018

Hicham berrada : l’artiste laborantin,

Dans le cadre prestigieux de l’Abbaye de Maubuisson le plasticien Hicham Berrada  présente une installation en 4 actes :

Le Jardin inaltérable 

jardin inalterrable

Dans une enceinte stérile, d’air contrôlé,  le visiteur est prié de revêtir charlotte, sur-chaussures, masque… pour pas introduire de micro-organisme, un olivier au tronc recouvert d’or (minéral inerte) seul grandit et vit? un algorithme est matérialisé par des pixels sur un écran. Sur notre groupe de 14, seules deux ont « pris le risque » d’entrer dans l’enceinte, interloquées, dépaysées. On ne voyait pas tellement mieux qu’à travers les panneaux qui faisaient comme une glace sans tain. Mais c’était une impression d’aventure. comme participer physiquement à une oeuvre d’art.

Reflets dorés

Le temps qui passe étant le thème principal de l’exposition, dans cette salle séculaire, dorée, le temps semblait arrêté dans cette atmosphère abiotique.

Masse et martyr

masse et martyr

74 803 jours est le temps qui’l faudra pour que  la pièce en bronze qui s’altère, que le plasticien a nommé martyr soit décomposée en milieu naturel. Hicham Berrada en procédant à une électrolyse va rendre sensible cette altération, des bulles s’échappent d’une électrode tandis que des produits solides faisant penser à des fumées vont se sédimenter lentement après des flottement en convection.
J’avais déjà vu une installation semblable à Versailles dans le Voyage d’Hiver. En plein  air cette installation m’avais paru hors saison tandis que dans l’abbaye, dans l’obscurité et le calme, une méditation sur le temps qui passe m’a beaucoup touchée.Il faut dire que cette fois-ci, une médiatrice, une vidéo avec le making-of de mieux appréhender le phénomène. 

Méditation x240

Sur des écrans représentant la salle de l’Abbaye, une tache de lumière se déplace à la vitesse accélérée 240 fois. Encore une représentation du temps qui passe. mais qui ne m’a pas convaincue.

Making-of du montage de l’exposition

Une vidéo d’une dizaine de minutes présente l’artiste, sa biographie, ses méthodes de travail,la philosophie de son installation. Si je n’avais pas visionné cette vidéo, je serais passée à côté de l’installation. C’est mon problème avec l’art contemporain, souvent très cérébral. Si on n’explique pas les intentions ces dernières restent souvent cachées à la béotienne que je suis. Quand on m’explique, tout s’éclaire.

Présage

est une vidéo réalisée dans un becher filmé. Différents produits chimiques précipitent, réagissent, cristallisent poussent, se métamorphosent…On a une impression de création du monde. d’un monde aquatique sous-marin. De paysages étranges, colorés. Limite entre chimie et vie. C’est très poétique et très joli.

 

Je suis sortie conquise. finalement l’art contemporain vaut la peine qu’on se donne un peu de mal pour l’aborder!

pour les vidéos, cliquer ICI  pour arriver sur mon blog blogspot qui permet de les intégrer!

La pensée chatoyante – Pietro Citati

ODYSSÉE

J’ai lu La Pensée chatoyante lentement, avec délectation, revenant sur certains paragraphes, retournant en arrière, rien que pour le plaisir. J’ai fait durer la lecture et je referme le livre à regrets. J’y reviendrai!

Il fait suite à la lecture de Mendelsohn sur le même thème : Une Odyssée:  un père, un fils, une épopée, que j’ai également beaucoup aimé. Deux commentaires d’une même oeuvre, et sans un moment d’ennui ou de redondance. Une même impression de découverte (re-découverte?). Et pourtant ma dernière relecture de l’Odyssée en voyage à Ithaque  ne date que de quelques années.

Mendelsohn livre une interprétation personnelle très humaine, un père, le sien, un fils, lui même en parallèle avec la (re)connaissance d’Ulysse par Télémaque.

En revanche, Pietro Citati met en scène les dieux. Le Prologue raconte la naissance d’Apollon et celle d’Hermès puis présente les Muses,  » filles de Mnémosyne, la Mémoire ». Apollon contradictoire,avec sa cithare-arc « entre terreur et harmonie, entre force et faiblesse, entre nuit et lumière, entre l’arc et la lyre….. » . C’est à Hermès qu’il attribue la Lyre, et aussi « un esprit au mille couleurs, chatoyant ». La Pensée Chatoyante, titre de l’oeuvre, est elle dédiée à Hermes ou à Ulysse, lui aussi sinueux, changeant, menteur, voyageur… en un mot hermétique. Ce dernier adjectif, est un mot-clé du livre. Très prosaïque, moi-même, je ne connaissais que le sens « se dit de tout objet étanche « , à la rigueur « difficile à comprendre » ; je n’avais jamais fait la liaison avec Hermès. 

Les Quatre parties de « l’Odyssée » font aussi la part belle aux dieux de l’Iliade et de l’Odyssée. Les premiers chapitres reviennent sur l’Iliade particulièrement sur le personnage d’Achille. Achille est à l’opposé d’Ulysse «  Achille est droit ; si Ulysse trompe il dit vrai ; si Achille est coloré il est blanc. » . Citati distingue alors un « premier Homère » qui a touché au sommet du sublime dans l‘Iliade tandis qu’un « second Homère » aurait rédigé l’Odyssée.

Cette référence au  « Premier Homère » et au  « Second Homère » se poursuit jusqu’à la fin du livre. Tout au long de la lecture, je me suis interrogée sur ce « second Homère« . J’ai trouvé sur Internet des articles savants sur une controverse entre hellénistes datant du temps des Romains portant sur l’existence-même d’Homère, sur la possibilité que l’Iliade et l’Odyssée ne soient pas du même auteur; le premier Homère aurait rédigé l’Iliade et le second, l’Odyssée.  Querelle de spécialistes, je n’y connais rien. Une hypothèse qui m’a poursuivie durant ma lecture était celle que, Ulysse lui-même, dans ses récits et ses mensonges, soit le « second Homère » . J’ai attendu jusqu’au dernier chapitre une explication définitive que je n’ai pas trouvée….

Comme dans l’Odyssée, et comme me l’a appris Mendelsohn, après le Prologue, la Télémachie conduit à la suite de Télémaque et d’Athéna à Sparte à la cour de Ménélas et d’Hélène. Nous retrouvons les héros de Troie et ce qui est advenu à leur retour. Le récit mystérieux d’Hélène m’a surprise. J’avais aussi oublié Protée

La suite de La Pensée chatoyante nous promène avec Ulysse dans lÎle de Calypso qui s’appelle ici « Ogygie, l’ombilic du monde » et que le tourisme moderne identifie à Gozo. Justement nous en revenons! La grotte de Calypso avait été une déception, une fissure plutôt qu’une grotte perchée loin du rivage. Mais si on pense qu’Ogygie était la prison d’Ulysse, la fente sinistre dans la roche suspendue au dessus de la plage devient beaucoup plus crédible. Il me plait que Gozo qui possède un des plus vieux temples de l’humanité, bien plus vieux que la Guerre de Troie, soit « l’ombilic du monde »

J’ai lu l’Odyssée à Ithaque et à Corfou, j’ai donc été plus attentive au récit d’Ulysse aux Phéaciens, cependant Citati, démêle les mondes doubles, celui proche de l’âge d’or où les dieux se montraient aux hommes, du monde des hommes, des contemporains d’Ulysse où ils apparaissent déguisés, du monde actuel ….Avec Calypso et Circée, le récit baigne dans la magie.

Magie ou astuce? d’Ulysse à qui la vanité joue des tours? Ulysse ne donne pas son nom, et ne se dévoile qu’au dernier moment, aussi bien  aux Phéaciens qu’à Ithaque. Citati donne de l’importance à cet anonymat qu’il cultive. Personne, se nomme-t-il auprès de Polyphème, le Cyclope, ce qui le sauve. Ulysse fils de Laërte crie-t-il au Cyclope ce qui déclenche le courroux de Poséidon. Personne, reste-t-il caché dans la prison de Calypso.

En lisant La pensée chatoyante, je redécouvre de nouveaux épisodes, sur lesquels l’auteur a braqué le projecteur et qui m’avaient échappé; il dévoile aussi les intentions des dieux, leurs déguisements, le brouillard qui leur sert à masquer la réalité, les métamorphoses…Il établit aussi des concordances étonnantes avec des œuvres de la littérature. La comparaison la plus osée et une des plus réjouissante est celle d’Ulysse et du Docteur Freud dans l’Interprétation des rêves :

« Le « second Homère » pense qu’il est un bon interprète des songes. Il procède comme un psychanalyste moderne qui sépare les éléments les uns des autres et traduit les figures superficielles en figures profondes.

Je ne voudrais pas identifier la figure du mystificateur chatoyant, sur le point de reconquérir son trône avec celle de son austère élève de Vienne. Antre la psychanalyse du roi d’Ithaque et celle de Freud il y a deux différences. Les rêves freudiens sont issus de l’immense dépôt du passé, plein de sens et d’apparences indéchiffrables[….]Freud veut comprendre l’âme du patient et si possible le guérir. Le songe qu’Ulysse étudie ne renferme pas seulement le passé : l’avenir surtout s’y cache : c’est une prédiction, une prophétie qu’il entend révéler à Pénélope ; c’est ainsi seulement qu’il peut la guérir….. »

Je reviendrai à La Pensée chatoyante, pour y trouver encore d’autres relations avec la culture moderne, des raccourcis surprenants qui nous mènent à la madeleine de Proust ou à la chaise de Van Gogh que Citati compare au lit mythique qu’Ulysse a construit avec un olivier ancré dans le sol. On y découvre aussi les fondements du récit, de toute la littérature.

Le mot de la fin :

« Le livre contient des récits mythologiques que certains, ou la plupart connaîtront ; mais mon livre avait envie de les raconter : et je crois qu’il faut obéir aux désirs des livres. »

Le manuscrit de Beyrouth – JABBOUR DOUAIHY – Actes Sud

LITTÉRATURE LIBANAISE

Je suis entrée progressivement dans l’histoire. Démarrage lent, indécis.

Farid, l’auteur du manuscrit, est un personnage un peu flou dont la personnalité se dévoilera assez peu et plus tard.Peu sympathique, Il semble imbu de son talent d’auteur, talent qui n’est reconnu par aucun éditeur. Son Livre est aussi inconsistant. L’auteur a mis tout son âme dedans, est-ce de la prose? de la poésie? un essai? on ne le saura jamais. Sa valeur littéraire est uniquement sentimentale, semble-t-il?

L’histoire se déroule dans une imprimerie, et là, je ressens beaucoup plus d’intérêt. Imprimerie ayant traversé presque tout le siècle, puisque l’enseigne (en se vantant) précise, avec quelque vantardise, depuis 1908. Un siècle d’histoire du Liban, les caractères de plomb passent de l’imprimerie des Jésuites, au pouvoir des Ottomans, fin de la première guerre mondiale, arrivée des Français….un siècle aussi de techniques qui évoluent, les caractères qu’on compose à la main pour les apporter à la presse seront balayés par le numérique à la fin de l’histoire. La machine Heidelberg Speedmaster XL, 162, va révolutionner non seulement la technologie mais aussi la gestion et les financements de l’entreprise. Célébration d’un métier : la typographie, ainsi que de l’écriture arabe dont les caractères sont enjolivés par  certaines fontes qui sont comme des trésors qu’on vole et cache. Difficile pour le lecteur qui ne lit pas l’arabe d’entrer dans tous les détails de la calligraphie,.C’est aussi le charme du livre, ce qui en fait l’exotisme. et dans cette célébration de l’imprimerie et des caractères arabes, je commence à accrocher. Cela suffirait pour que le Manuscrit de Beyrouth soit un livre qui m’enchante.

Mais ce n’est pas tout, le Liban a vécu récemment une période troublée, de guerre civile, d’attentats, enlèvements et l’action se trouve prise dans cette violence, d’abord le patron de l’imprimerie est victime d’un attentat, ensuite il se trouve pris dans une série de trafics louche. Et là, le ton du livre change. On arrive dans un thriller. Un trafic de fausse monnaie d’une ampleur énorme, à l’échelle de cette énorme machine Heidelberg que l’on doit financer….L’action qui avait démarré si lentement voit son rythme s’accélérer…j’arrête ici, peur de spoiler.

 

 

Jean Fautrier – Matière et Lumière au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris

EXPOSITION TEMPORAIRE jusqu’au 20 mai 2018

De Fautrier( 1898 -1964), je ne connaissais que le nom. C’est donc une découverte pour moi bien que ce soit un peintre majeur qui a traversé le XXème siècle selon Jean Paulhan qui a travaillé avec lui dans Fautrier l’Enragé que nous reconnaissons dans deux vidéogrammes au milieu de l’exposition.

les trois vieilles

Les débuts de l’artiste en France (1922-125) sont représenté par des portraits très sombres, visages gris,  fermés, rehaussés de carmin des personnages habillés et coiffés de noir, de la Promenade du dimanche au Tyrol. Le Portrait de ma concierge n’est pas plus riant, la vieille femme a un visage gris verdâtre, des mains noueuse violacées. Trois  vieilles femmes sont très expressives mais toujours aussi sinistres. pas gai, mais saisissant!

La promenade du dimanche au Tyrol

La salle suivante est plutôt dans les tons bruns : de nombreux portraits de son modèle Andrée Pierson la montre nue, oit des sanguines, soit des huiles.Toujours dans la tonalité marron, des natures mortes, un lapin écorché.

Andrée Pierson sanguine

Aux bruns succédera la période noire (1926-1927). Les paysages de montagne des Alpes et du Tyrol l’inspire de paysages de glaciers saisissants, la montagne est noire, rehaussée d’empâtements blancs ou gris, en creux, lisse un lac bleu est spectaculaire.

tableau très sombre

Un un est couvert de tableaux noirs où les fleurs ou les chardons semblent jaillir de l’obscurité, jaillissement de la lumière, parfois réduite à une tache colorée qui attire le regard. les tableaux d’animaux écorchés, du grand sanglier pendu éventré, du lièvre écorché, sont tellement criants qu’ils sont difficilement soutenables.

fautrier : poissons

Les poissons sont moins difficiles à regarder. Un canard colvert noir sur fond presque noir se détache grâce à une tache blanche

Des nus émergent d’un magma noirâtre, d’une toile barbouillée, les seins,  la pliure d’un genou griffés dans la pâte, un halo clair autour des épaules. C’est saisissant!

J’ai été très impressionnée par cette salle sombre.

1928 Port-Cros 

La peinture évolue vers la couleur, la palette s’éclaircit. Les sujets se diversifient , on voit des végétaux, des paysages, des arbres torturés et même des aquarelles et pastels plus fluides.

les oliviers

1930-1940 : après la Crise économique de 1929, Fautrier devient hôtelier, moniteur de ski.

L’exposition chronologique est interrompue par la projection de plusieurs films où Paulhan interroge Fautrier. On voit aussi le peintre au travail : étalant au couteau un enduit pâteux qui’l va malaxer, griffer saupoudrer d’un pigment en poudre. Fautrier parle de son art : l’art informel différent de l‘art abstrait. Il cherche à sortir de la figuration qui n’a plus de sens depuis que la photographie existe pour faire émerger l’essentiel. Dans cet informel,  se trouvent bien sûr les images peintes mais aussi des images naturelles comme des coupes histologiques, ou une photographie en gros plan d’une feuille tombée à l’automne, ou des reflets sur l’eau.

Fautrier – art informel

Deux thèmes occupent chacun une salle : les illustrations de l‘Enfer de Dante(1928-1940) série de lithographies au dessins  énigmatique parfois dessins à la plumes érotiques et voluptueux pour illustrer l‘Alleluyah de Bataille.

Fautrier a aussi sculpté de nombreuses têtes féminines,en bronze le plus souvent.

moulin à café

Pendant la guerre  un nouveau sujet : les Otages évoquent les otages pris par l’occupant. Têtes massives, plutôt grosses taches blanches d’enduit épais, griffé

fautrier boites

1946 – 1955 Les objets sont d’une simplicité étonnante : un Moulin à café, une boîte en carton, ou plutôt les arêtes qui délimitent ses contours, une passoire bleue, des boîtes de conserve. La pâte devient de plus en plus épaisse. Sur l’enduit blanc des couleurs plus vives se détachent, des bleus, des verts.

passoire bleue

1955 – 1936 : la salle est intitulée l‘Oeuvre Final les tableaux sont plus grands, moins intéressants, plus répétitifs. je décroche.

 

 

 

la Dernière Odalisque – Fayçal Bey

LECTURES TUNISIENNES 

Ingres : la Grande Odalisque

L’auteur Fayçal Bey est un descendant de la dynastie husseinite  régnant sur la Tunisie, arrière-petit-fils du dernier Bey Lamine Bey (1943-1957). Il est né au Palais de Carthage  et raconte dans La Dernière Odalisque l’histoire de sa grand mère Safiyé. Biographie ou roman? Sur la couverture du livre, il est écrit roman. Je l’ai donc lu comme un « roman historique » sans savoir faire la part de l’inventé.

Qu’est-ce donc qu’une odalisque?

Matisse : harmonie en rouge

la définition que j’ai trouvée sur Wikipédia :« Une odalisque était une esclave vierge, qui pouvait monter jusqu’au statut de concubine ou de femme dans les sérails ottomans, mais dont la plupart étaient au service du harem du sultan. Le mot vient du turc odalık, qui signifie « femme de chambre », d’oda, « chambre ». »

Pour moi, l’odalisque était plutôt une figure de la  peinture orientaliste : La Grande Odalisque d’Ingres, bien sûr, mais aussi d’autres dans le Bain turc de Delacroix ou d’autres de Matisse. Femmes alanguies, lascives, nues ou très dénudées dans des harems fantasmés?

Ingres Le bain turc

La Dernière Odalisque raconte l’histoire d’une femme au caractère bien trempé. Il fallait une volonté et une énergie peu commune pour une fillette achetée à prix d’argent – une esclave en somme – pour s’élever jusqu’au rang de presque souveraine. Les marchandes d’odalisques achetaient de belles circassiennes dans le Caucase pour les revendre à Istanbul dans les harems des dignitaires turcs, pourquoi pas dans celui du sultan?  L’histoire de Safiyé commence donc dans le Caucase à la fin de la Grande Guerre, au moment de la Révolution d’Octobre. On assiste à Istanbul à la chute de l’Empire Ottoman, à l’ascension de Mustafa Kémal. La fillette se fait remarquer par sa vivacité, son intelligence acérée et surtout son caractère indomptable.  Une insolente au harem? Et bien oui, c’est comme cela qu’elle va se faire acheter  par une princesse qui l’élève comme sa fille et qui assurera son avenir en l’envoyant à la cour du Bey de Tunis à une de ses amies, circassienne et odalisque également. C’est cette dernière qui insistera sur la fermeté de caractère pour éviter les pièges des intrigues de la cour; La beauté, certes, est indispensable pour une odalisque, elle ne suffit pas, si elle veut faire un beau mariage. Son ami les plus fidèle est un eunuque noir, lui aussi esclave acheté à prix d’argent.

Henri Matisse odalisque chaise turc

C’est donc une tranche d’histoire d’un demi siècle ou presque (1918_1957) . On voit s’effondrer les empires et les palais, on voit l’ascension des républicains laïcs : Kemal et Bourguiba. Les puissances coloniales ne sont pas ignorées. Le rôle des Anglais et des Alliés à la suite de la Première Guerre Mondiale dans le dépècement de l’Empire Ottoman, le Protectorat français, les influences fascistes à Tunis,  puis l’occupation allemande. C’est une histoire que j’ai lue dans La Villa Jasmin, et dans qui se souvient du café rubens? l’histoire était racontée par des Juifs . L’éclairage est différent, vu des Palais.

Le silence même n’est plus à toi – ASLI ERDOGAN (Actes sud)

RÉSISTANCES

Asli Erdogan est une écrivaine et une journaliste turque. Elle a reçu le Prix Simone de Beauvoir en janvier 2018.  Emprisonnée à la suite du coup d’Etat de juillet 2016, elle a été libérée en décembre 2016 mais reste encore sous la menace d’un jugement. De nombreuses pétitions ont circulé sur les réseaux sociaux. Le meilleur soutien à une écrivaine est ses écrits. Les lire et les faire lire.

Le silence même n’est plus à toi  (chroniques) est un recueil de textes, articles pour son journal.

« C’est l’histoire s’un voyage qui commence à cent kilomètres d’Auschwitz et s’achève cent kilomètres avant Cizre »

ainsi commence un texte intitulé GUERRE ET GUERRE

C’est une lecture éprouvante, tragique. L’écriture est très belle, poétique.  Les faits relatés sont d’une violence terrible. Sa dénonciation ne se limite pas à l’actualité en Turquie, à la censure après le coup d’état (au fait il y en eu d’autres), Daesh, la guerre des kurdes. Elle rappelle aussi le Génocide Arménien, la Grande Catastrophe. En un raccourci, elle nous conduit à Auschwitz, questionne la Turquie sur l’existence ou non du racisme. Ecrivaine féministe, elle accompagne les mère kurdes, proteste contre le féminicide, contre le laxisme de la justice dans les cas de viol. Son TEXTE DU 9 MARS réclame explicitement l’égalité homme-femme.

Tous ces sujets sont graves, elle n’oublie pas la poésie, la poésie universelle.

Un très beau texte de Séféris commence son texte du 22 avril, que je ne résiste pas à l’envie de copier ici:

« A l’heure où les dés heurtent le sol, à l’heure où le combat heurte l’armure où rencontrant ceux de l’étranger, les yeux des âmes expirantes s’emplissent d’amour… A l’heure où regardant alentour, tu ne vois que pieds arrachés, mains mortes, et ces yeux qui s’éteignent…A l’heure où désormais même mourir t’est refusé… »Séféris

Asli Erdogan commence un autre article en citant Rilke, évoquant Kader,  une militante venue se battre à Kobanê contre Daesh en 2014.

AINSI FAISONS NOUS NOS ADIEUX cite un poète palestinien Taha Mohamed Ali que je ne connaissais pas. Les lignes des poètes se mêlent aux mots d’Asli Erdogan qui les habite et évoque aussi les circonstances dans lesquels ils ont été écrits.

Mon seul regret est mon ignorance de la Turquie.  J’aurais aimé que les différents articles aient porté la date de parution, et quelques indications sur les circonstances, les lieux…Je me suis perdue, j’ai cherché, trouvé parfois, mais pas toujours. Ce qui paraît évident dans un journal turc l’est beaucoup moins pour une lectrice à Paris.

 

 

Qui se souvient du café Rubens – Georges Memmi

LECTURES TUNISIENNES

Georges Memmi est l’auteur de Une île en Méditerranée que j’ai eu le plaisir de lire à Djerba.

Qui se souvient du café Rubens a été publié en 1984, l’auteur, « à 50 ans, se souvient de son enfance juive à Tunis[….]Une fête de couleurs vives, d’odeurs raffinées, de saveurs douces qui prendra un goût amer : celui de l’exil » nous apprend le 4ème de couverture. 

Contemporain de la Villa Jasmin de Moati, cet ouvrage est aussi un hommage à ses parents et à son enfance tunisienne, qui se terminera par le départ des Juifs tunisiens et l’exil. Toutefois, c’est un livre bien différent. Les deux enfants juifs ne sont pas issus du même milieu : l’enfant du Café Rubens, est fils de bourrelier et habite dans une ruelle.

Le livre commence par un véritable hymne à sa mère, alors qu’il se souvient de sa petite enfance lorsqu’il pouvait encore la suivre au hammam..la mère tendre. La femme analphabète qui connaît des histoires :

« elle était notre théâtre et, cent acteurs à la fois, elle nous enseigna le juste et le bon l’inévitable. Et combien Rabbi Samuel du Kef qui tenait le mal pour masque de la vie et apprenait à le réduire.  Âgée de douze siècle au moins, ma mère se souvient de la reine Kahena…. »

La mère cuisinière et nourricière, et le livre devient presque livre de recettes des douceurs tunisiennes ou guérisseuse. Beignets au miel, makroud, ou pigeon farci. On imagine les saveurs, les parfums de Tunis.

L’auteur se souvient aussi de ses frères et sœurs. Il évoque le Seder de Pâques, les cabanes dans la cour..

Quand il a grandi le père le prend en apprentissage et nous apprenons les secrets des meilleurs bourreliers, les cuirs, les outils et les gestes. Évocation du père, de sa fierté mais aussi de son amertume : la guerre arrive, les Allemands vont occuper Tunis. Disette, bombardements. Mais aussi les humiliations spécialement dirigées contre les Juifs :« au dire des Allemands et des pétainistes, les bombardements sortaient de nos doigts comme une vannerie habile. Du sol et dans la nuit nous dirigions les avions allés grâce à des signes secrets »

La demande d’un Allemand au bourrelier de faire une blague à tabac avec le parchemin de la Torah.

L’exil, le départ de toute la communauté juive est évoqué avec nostalgie alors que les Juifs étaient en Tunisie depuis des siècles et des siècles, depuis les temps de Carthage

« Les navires de la princesse Didon ont jeté l’ancre à l’ombre de ces rives neuves, de ces collines boisées sur lesquelles va bientôt naître Carthage. Mille esclaves enchaînés aux flancs de ces galères ont ramé jour et nuit. Parmi eux des juifs dont on récompensera la tenacité. Ils seront affranchis sur cette terre sauvage, africaine… »

Déracinement.

Je ne peux oublier ces absents, et je cherche leurs traces, étoiles de David sur les bijoux, les portes ou les décors et lis avec émotion ces récits.

 

Une île en Méditerranée – Georges Memmi

LECTURES TUNISIENNES

 

« vous souvenez vous du village de Sabika, lorsque de sa splendeur paisible s’écoulait le temps, qui fut pour tant de générations celui de l’innocence et de la piété?

Deux mille juifs y vivaient, persuadés que Sabika était « l’antichambre de Jérusalem ». Qui se souvient de ces cardeurs, de ces tisserands, de ces négociants, tous talmudistes ergoteurs et lettrés... »

Lu à Djerba, à quelques encablures de la Ghriba! J’aime lire sur place.

Téléchargé presque par erreur:je voulais relire Albert Memmi et j’avais cherché ce qui est disponible en lecture électronique. Nous voyageons léger et je ne me charge plus de livres depuis que j’ai une liseuse. Presque par erreur, parce que j’avais bien remarqué que le prénom n’était pas le même. Même sans l’homonymie le Titre seul : Une île en Méditerranée aurait justifié le téléchargement.

Et c’est une excellente surprise!

Comment ne pas reconnaître Djerba dans cette Sabika? Sabika est le nom de la colline de Grenade portant l’Alhambra. L’auteur a écrit un roman, non un reportage. Le bombardement israélien en Tunisie qui a provoqué, dans le roman l’incendie de la synagogue  n’a pas eu lieu en 1984 mais en 1985. La Ghriba de Djerba a subi un attentat plusieurs années plus tard en 2002. Les personnages sont sans doute fictifs. mais l’histoire de la Communauté millénaire arrivée après la Destruction du Temple est celle des Juifs de Djerba, comme la coexistence entre juifs arabophones et musulmans était celle des Juifs tunisiens.

J’ai beaucoup aimé le début qui est une succession de portraits de personnages : Siméon, le bijoutier, le personnage principal. L’histoire de  Houtane, le menuisier, écrivain public, veuf inconsolable m’a émue. Et que dire de l’aveugle Baba Soussi qui rassemblait les jeunes filles pour leur raconter des contes et qui disparaissait comme il était venu.

« Mes frères, dit-il, les Hébreux sont venus jusqu’ici régler leurs problèmes avec les Philistins. J’aurais préféré qu’ils choisissent un autre champ de bataille. Ce qui est fait appartient à Dieu. Voudront-ils nous faire payer le prix de leur humiliation. Peut être, en effet. Cette terre de miel et de fleurs a souvent été une terre de tragédies. Nous leur avons souvent survécu. Rappelez-vous, il n’y a pas si longtemps, le bandit Roger de Sicile avait tué tous els hommes de l’île et emmené en esclavage toues les femmes et les enfants. Du moins, le crut-il. Mon grand-père a vu abattre par le Bey de l’époque la tour de Borj Erouss que le pirate Dragut édifia avec des crânes de cinq mille de ses victimes. Parmi elles combien de Juifs, que sa querelle ne concernait pas? De Juifs qui nous ressemblaient et qui furent enlevés par un jour semblable à celui-ci après une circoncision ou un mariage? Nous avons traversé ces épreuves et nous en connaîtrons d’autres; Avec l’aide de Dieu, nous vaincrons comme toujours celle qu’Il nous envoie aujourd’hui… »

dit Siméon, après le bombardement israélien.

La deuxième partie est infiniment triste.

C’est l’incendie

« C’est donc ainsi que brûle le Temple se disaient les hommes. Et l’incendie leur parlait de Titus et de Nabuchonosor. »

« Un à un, ils allaient partir, leurs valises ficelées, pour être absorbés à Tel-Aviv ou à Belleville, comme des pierres dissoutes par la pluie »

Fin du séjour à Djerba : les vacances!

CARNET TUNISIEN DU NORD AU SUD

DJERBA samedi 23

Le circuit touristique s’achève, nous avons passé 5 jours à Djerba il y a quelques années, nous sommes un peu saturées de visites culturelles. Les retrouvailles avec MBarka, Salah et leurs enfants sont chaleureuses. Nous avons tout simplement envie de nous poser dans cette atmosphère familiale, de partager trois jours de convivialité et de douceur de vivre.

A notre arrivée, nous avons eu à peine le temps de poser les valises que nous partons à deux voitures dans la nuit et les flaques dans les faubourgs de Houmt Souk pour assister à un mariage. Des tentes ont été dressées pour les invités, dans une cuisine extérieure des cuisiniers mijotent un couscous géant pour plusieurs centaines d’invités. Dans la grande tente toutes les tables sont occupées, on en apporte deux dans une chambre. La mère du marié vient nous embrasser, c’est une cousine de MBarka. La fête se déroule sur trois jours et c’est le deuxième. Certaines femmes ont revêtu des habits de fêtes traditionnels brodés, dorés, l’une d’elle a une belle robe bleue avec des pièces dorée (d’or ?) cousues. D’autres sont en jeans. D’autres encore se serrent dans de longs manteaux de laine. C’est l’hiver, il fait froid à Djerba ! Les jeunes femmes qui nous tiennent compagnies ont leurs mains tatouées au henné et des bagues à tous les doigts. Toutes sont voilées sauf Israr et Omaima, je m’emballe dans mon écharpe de cachemire gris. Le couscous est très savoureux. J’aurais aimé voir les mariés, mais ils se préparent dans une autre maison et on n’a aucune idée de l’heure où ils vont venir. Il y a un va et vient incessant, des voitures se garent d’autres repartent. Cette foule nous étourdit un peu.

DJERBA – Dimanche 24

Au petit déjeuner Salah a une surprise pour nous : un agneau est né, il a trait la brebis et lui a soustrait le colostrum pour le faire chauffer et confectionner une sorte de confiture de lait hyper-grasse et calorique. J’ne mange une cuiller, pas plus tant c’est nourrissant. Après le petit déjeuner pris au soleil sur la terrasse nous allons voir les brebis, les deux agneaux nouveau-nés accompagner MBarka qui les fait pâturer sous leurs oliviers et libérer les poules. Avec les deux chiens, les trois chats, ce sont des vacances à la campagne !

Le soleil brille, il fait très beau, un peu frais avec le vent. Nous décidons de passer la matinée à la plage : ce sont les vacances !

Arrêt sur la route en corniche pour photographier les flamands roses dans les marais de salicorne ; Ils sont tout près !

Nous allons dans la zone hôtelière. Les hôtels sont vides. La plage est magnifique avec les beaux rouleaux qui déferlent. J’ai le plaisir de marcher pieds nus, les pieds dans l’eau sur 3 km (6 aller-retour, j’ai mis les podomètre). Nous déjeunons à la terrasse du seul restaurant « les pieds dans l’eau » ouvert en cette saison. Dar el Bahr qui est un hôtel de charme avec une jolie piscine et un petit patio arboré. Le déjeuner est rapide : pizza 4 saison et trio de bricks. Cuisine un peu décevante, la pâte à pizza est bonne mais la garniture laisse à désirer ; les bricks sont quelconques. Décidément rien n’égale la cuisine familiale et raffinée de Maisons d’Hôtes.

Au souk

Houmt souk

Salah, Mbarka et leurs enfants m’emmène au souk de Houmt Souk. C’est un marché immense où l’on trouve de tout : du chauffe-biberon, aux jantes de pneus, un peu marché aux puces, un peu marché de fripes. Il y a quand même des stands qui vendent du neuf.  La famille Saïdi part en vacances dans le désert mardi : ils achètent des chèches et des lunettes de soleil. Les textiles neufs sont en provenance de Turquie. Nous passons un temps infini à choisir les nuances qui conviennent au teint de chacun. Pour les lunettes de soleil c’est encore plus long : Dior, Gucci, Ray ban, ce sont des produits de contrefaçon bien sûr (les modèles se ressemblent tous seule l’étiquette change, et encore c’est la même typographie et la même étiquette quelle que soit la marque).

Sous des auvents s’étalent les stands des fripiers sur des centaines de mètres ; Nous allons y passer un long moment. Les vendeurs se promènent entre les étals en criant 5/dinar, 7/dinar ce qui signifie qu’on peut acheter 5 pièces pour 1 dinar (30 centimes d’Euro) ; A ce prix on ne va pas être difficile, on farfouille, on retourne tout, on cherche ce qui pourrait éventuellement convenir. On découvre des articles étonnants, certains neufs avec leurs étiquettes, il y a même un Levi Strauss 501 tout neuf pour 100 millimes, deux robes noires improbables, des drapeaux de supporteurs de clubs de foot italiens ou allemands, un torchon souvenir des îles Lipari…c’est un jeu. Pour qui a du temps et une machine à coudre, c’est un trésor et on ne prend aucun risque puisque cela ne coûte rien ;

Comme ma valise est pleine et que rien ne me tente j’observe les acheteurs, ou plutôt les acheteuses. Il semble que tout le monde viennent au marché aussi bien les paysannes enveloppées dans les voiles blancs à rayures chapeau de paille sur la tête (costume traditionnel djerbien, que des jeunes filles élégantes, court vêtues mais voilées, des femmes ordinaires enfoulardées  emmitouflées dans de grands manteaux, des élégantes maquillées, des bourgeoises lunettes noires et permanentes…C’est un amusement, une loterie, un jeu de détecter la bonne affaire.

Après les habits, les chaussures. C’est encore plus avantageux, du neuf pour 10 dinars la paire. Tout est mélangé, il faut d’abord reconstituer les paires, ensuite évaluer les tailles, parfois c’est marqué, le plus souvent non. Et de toutes les façons les tailles italiennes, américaines ou allemandes ne correspondent pas. L’abondance des après-ski et moon-boots m’étonne dans une île où il ne neige pas (mais il a grêlé récemment, Salah m’a montré les photos des glaçons qu’il appelle des pierres dans son téléphone). Et pourtant ces après-skis plaisent ! Essayage impossible, cela ne fait rien, on achète quand même.

Nous revenons chargés de paquets, on s’est bien amusés !

C’est le Réveillon de Noël. Pour les Tunisiens cela ne veut rien dire. Le dîner à la grande table familiale se compose de soupe chaude et épicée, de brick, et de poisson. Le téléphone de Salah vibre. Il doit aller « pour une urgence ». On passe au salon sans lui. MBarka apporte du thé à la menthe. Nous n’avons pas entendu Salah revenir mais un gâteau au chocolat est arrivé par miracle sur un plateau ! Comme les Djerbiens ne fêtent pas Noël c’est un gâteau d’anniversaire Joyeux anniversaire Nawel a inscrit le pâtissier. Cela fait rire tout le monde.

Lundi 25 décembre

Le soleil est encore plus chaud qu’hier, le vent est tombé. Nous avions pensé à un tour en bateau, sur l’Île aux flamands mais c’est une excursion pour touristes. Nous préférons passer notre dernier jour à la plage. Nous allons directement au restaurant Dar el Bahr, Dominique s’installe sur les canapés de skaï tandis que j’arpente la plage.

Déjeuner de fruits de mer.

Journée détente, quel plaisir ce soleil, cette douceur !

 

 

 

 

 

 

0