Les Croisades vues par les Arabes d’Amin Maalouf ( relecture)

CARNET DE JORDANIE

Après avoir visité les châteaux-forts de Jordanie, d’Ajloun à Kerak, Shaubak, autant de souvenirs des Preux chevaliers, de Saladin, des Mamelouks, j’ai eu envie de retourner au livre d’Amin Maalouf, lu et chroniqué il il a quelques années lire ICI

J’ai retrouvé les acteurs les plus marquants de l’époque:

Saladin, le héros incomparable, par son courage et l’importance des batailles de Hattin et la prise de Jérusalem mais aussi par sa courtoisie, son respect de ses adversaires et de ses prisonniers qu’il préférait libérer. Son attitude chevaleresque trouve un exemple qu château de Kerak où se déroulait une noce qu’il prit soin de ne pas bombarder ni déranger alors qu’il assiégeait le château.

Le rendez vous manqué de Richard Coeur de Lion et de Saladin,  illustré vu je sais plus où?

Admirable aussi de sensibilité, ce chevalier qui pleure!

En contrepoint, la barbarie de Renaud de Chatillon, le seigneur de Kerak, pillard qui étendit ses razzias jusqu’en Arabie, et qui fut tué des mains de Saladin.

Baibars, le mamelouk, je l’avais oublié. Si maintenant j’ai été beaucoup plus attentive à son histoire, c’est parce que je l’ai « rencontré » à Ajloun , mais surtout parce que la légende a été racontée dans Hakawati de Rabih Alameddine que j’ai lu récemment.

A cet ouvrage, je dois aussi, l’attention particulière aux pigeons voyageurs….

Je suis retournée au livre espérant me promener dans ces décors maintenant familiers.

J’ai été étonnée de ne pas trouver beaucoup d’allusions à ces châteaux d‘Oultre-Jourdain.  Forteresses qui me semblaient d’importance stratégique sur les routes des caravanes et des pèlerinages. Il semble que les sièges de villes  comme Antioche, Alep, Tripoli et Acre étaient d’importance incomparable! Sans parler des intrigues ourdies au Caire, Damas ou Bagdad.

Une lecture dense,  se déroulant sur près de deux siècles. Relire pour réviser m’a fait plaisir mais il faudra encore bien des lectures, et des voyages(? ) pour assimiler cette Histoire.

Kerak

CARNET DE JORDANIE 

Kerak

Kerak  ou Al-Kerak, est une ville moyenne animée avec deux universités. La citadelle des Croisés Kerak ou Krak des Moabites, est à l’écart de la ville au dessus de la route qui descend vers la Mer Morte à Potash city. Nous suivons les panneaux marrons « Castle Panorama » qui nous conduisent vers un mirador (et un restaurant) d’où on peut admirer le spectacle Sons et Lumières. Le château et son glacis sont impressionnants mais nous ne sommes pas rendus ! Entre le mirador et le château une profonde vallée entaille le relief.

Nous repérons la route à suivre mais aboutissons dans un marché où il faut rouler au pas des chalands qui ne se pressent pas. Je peux admirer des tenues féminines affriolantes, barbotteuses tissus panthère ou pastel, portées sous l’abaya ou à la piscine ? Les robes traditionnelles brodées au point de croix sont suspendues aux tôles des auvents, piles d’oranges, tomates concombre, oignons dans de grands sacs. Je demande le chemin « kalaat ? » un homme qui buvait son café se lève court devant la voiture, à droite, puis à gauche, puis direct (il fait le geste). Plus loin, c’est bouché ! Un petit camion a baissé son hayon devant une boulangerie et deux jeunes hommes déchargent des sacs de farine. Le plus jeune tire les sacs avec un crochet, l’autre, un sac vide sur la tête charge le sac plein sur son épaule. On nous fait signe de contourner. Avec une extrême précision (et l’aide des consommateurs du café) cela passe sans accrochage. Un très gros 4×4 est garé au coin de la terrasse du café. Vide. Nous sommes coincées. Le chauffeur du camion de farine recule. Dominique, au volant, peste. Je retiens mon souffle.

Le château de Kerak

Château de Kerak : vu de la basse-cour

Le château de Kerak a donné son nom à la ville. Un chapitre entier du guide bleu lui est consacré : son histoire remonte à la Bible, elle fut la capitale de Moab – ville des Tessons – et fut attaquée par les Israélites au 9ème siècle av. JC par le roi Joram guerre, racontée sur la stèle de Mesha.

 Evêché, à l’époque byzantine. L’importante population chrétienne facilita l’installation des Croisés. En 115, Baudouin 1er, roi de Jérusalem en fit la capitale d’Outre-Jourdain. En 1140, Payen le Bouteiller fit construire la forteresse qui échut à Renaud de Châtillon, sombre personnage qui terrorisait la région et les caravanes. Saladin assiégea le château en 1183 et 1184 mais ne réussit pas à le conquérir ; les Croisés firent un grand feu sur la plus haute tour et alertèrent le roi Baudouin IV, le roi lépreux, qui secouru les assiégés. Les Croisés furent vaincus à la Bataille de Hattin en 1187. Saladin, fit grâce à la plupart des Croisés mais tua Renaud des Châtillon de ses propres mains. Après la mort de son mari Etiennette de Milly soutint le siège durant plus d’un an et saladin ne put le conquérir qu’en novembre 1189. C’est Saladin qui a sa statue équestre devant le château.

En 1283, Baybars, le mamelouk, s’empara de Kerak.

Du fier château, il ne reste qu’un squelette après qu’Ibrahim Pacha, en 1840 ne détruise une grande partie des fortifications.

Kerak :souterrains

Le visiteur individuel n’a aucune indication pour visiter la forteresse. Pour se repérer, seulement un plan à l’entrée. Je descends dans la Basse-cour où des étudiantes en blouse blanche et voile rouge tournent un film. Au niveau supérieur je découvre les fameux souterrains et parcours de fraîches salles sombres et profite de la fraîcheur, admire la taille des salles, la hauteur des voûtes. Incapable de savoir si je visite des salles de réception ou les réserves de victuailles ou d’arme. J’ai peur de m’y égarer et retourne sur mes pas. Je trouve le puits de lumière mais pas le musée ni la chapelle. J’aurais bien aimé voir les photographies de Gertrude Bell.

Quitter Kerak est un peu compliqué. Suivant les panneaux touristiques. Suivant les panneaux marrons nous n’avions pas branché le GPS, il est temps de le remettre en service.

La Nature exposée – Erri de Luca

IL VIAGGIO

 

J’achète les livres de mes auteurs préférés   sans chercher à connaître le sujet, sans lire la présentation ni le 4ème de couverture.  Je fais confiance à l’auteur. Si j’avais su que, chez les paysans de montagne, « la nature » désignait le sexe, j’aurais peut être hésité. Un livre sur le dévoilement du pénis du Christ! pas franchement ma tasse de thé. Et j’aurais eu bien tort. Parce que c’est un livre délicat, poétique et profond. Impudique? pas vraiment.

 

 

Le narrateur est un montagnard, ancien mineur, passeur d’occasion de ces voyageurs (il ne dit pas réfugié) sur les chemins des contrebandiers, sculpteur amateur, artisan capable de réparer un nez, un doigt, une main cassée dans la pierre.

A la suite d’une dispute avec le forgeron son ami, le narrateur descend de la montagne vers la mer et trouve par hasard, dans une église, une statue qui avait besoin de restauration. C’est une merveilleuse statue de marbre, un Christ en croix qu’on a affublé d’un drapé de granite pour cacher les parties honteuses. Au restaurateur, la tâche d’enlever le drapé et de réparer les dégâts au marbre.

Le héros se passionne pour ce travail. Il se documente sur la statue, le sculpteur, relit les évangiles, et même prend conseil chez un rabbin. Il ira jusqu’à Naples étudier les nus antiques.

Je retrouve Erri de Luca avec ses lectures laïques et érudites des textes sacrés. Son rapport au sacré me convient, respectueux aussi bien de la foi du curé et de l’évêque qui lui ont confié la restauration que des avis du rabbin et des commentaires de l’ouvrier algérien avec qui il dîne dans le petit restaurant populaire. Le sacré dépouillé de toute bigoterie, la tolérance prend toute sa transcendance.

« en quelques mois, j’ai fréquenté un curé, un ouvrier musulman, un rabbin. Aucun contact avant, et puis les trois  la fois, ils m’ont permis de me mettre à leurs balcons, où j’ai éprouvé des vertiges qui me sont inconnus lorsque j’escalade des précipices… »

Simplicité du montagnard qui a un rapport charnel à la pierre, à l’eau glacée du torrent, au sable de la plage, qui « engueule la neige » et délicatesse de son toucher quand il s’agit de la statue de marbre. C’est en la caressant qui’l découvrira ses secrets, ses messages cachés…

Générosité de l’homme simple qui est touché par la parole d’un enfant, un seul mot « Düsseldorf », qui rend l’argent des voyageurs une fois le passage de la frontière effectué.

Erri de Luca nous ramène à Naples :

« Un homme qui vient des bois et d’un village se retrouve à Naples, sorti du train au milieu de la place de la gare. Il doit étudier la situation. La difficulté immédiate, c’est la traversée[…]il ne faut pas croire que la mer Rouge s’ouvre en deux pour eux, c’est une mer rouge locale… »

Naples c’est aussi le Vésuve :

« Raimondo associe le sentiment religieux de la ville aux éruptions. « la miraculeuse liquéfaction du sang de la relique de Saint Janvier reproduit sous le verre la fusion volcanique. le sang est l’exorciste du Vésuve, sa statue est portée e, procession contre l’avancée du feu. A Naples le sentiment religieux ne vient pas du haut des cieux, mais des entrailles de la terre…. »

Un beau livre sur la beauté des choses, des sculptures…de la montagne, des textes sacrés.

 

La Mer, le matin – Margaret MAZZANTINI

IL VIAGGIO

Merci aux copines de la page FB du mois Italien/il viaggio, , Martine, Mireille et Paolina qui me l’ont recommandé. C’est une belle lecture! 

Cette lecture s’inscrit dans le Mois italien mais aussi dans une suite de romans qui a commencé par La terre qui les sépare d‘Hisham Matar qui raconte la quête d’un fils cherchant son père dans les geôles de Khadafi, puis par Looping d’Alexia Stresi qui se déroule en partie en Libye et traite de la colonisation mussolinienne de la Lybie (entre autres), enfin la vie ne danse qu’un instant de Theresa Revay se déroulant dans l’Italie de Mussolini et commençant par la conquête de l’Ethiopie.

Italie/Lybie; colonisation/décolonisation mais aussi Exil/ émigration sont les thèmes de La mer, le matin. 

Deux histoires en parallèle :

Farid et la Gazelle raconte l’exil de la mère et de son fils fuyant la guerre civile en Libye qui a tué le père. Farid, enfant du désert n’avait jamais vu la mer. Il se retrouve sur un de ces bateaux pourris qui font naufrage en mer au large de l’Italie. L’innocence de l’enfant, qui apprivoise une gazelle innocente…

Couleur silence

Est aussi une histoire d’exil. c’est l’exil d’Angelina, la  mère de Vito, l’adolescent, puis le jeune homme sicilien, enfant de Tripolini – équivalent de nos pieds noirs – exilés de Libye. Enfants de ces colons que Mussolini a envoyé construire une campagne italienne de l’autre côté de la Méditerranée et que Khadafi a renvoyé ses eux en prenant le pouvoir.

Deux histoires en miroir. Farid qui quitte la Libye pour l’inconnu. Vito, de l’autre côté de la mer, qui a hérité de la nostalgie d’ Angelina, sa mère, de santa sa grand mère pour la Libye.

La mer,  le matin est la troisième partie du livre; celle qui fera peut être rencontrer les deux exils. On aimerait que Vito rencontre Farid, qu’il le sauve du naufrage…

Je ne vais pas raconter la fin. Il faut lire ce livre poétique, généreux qui soulève aussi un voile sur une histoire douloureuse.

Umm-er-Rassas et la route du roi vers le sud

CARNET DE JORDANIE

colonne stylite

Sur la Route du Roi, 32km au sud de Madaba, Dhiban est le site où l’on a trouvé la célèbre stèle de Mesha dont j’ai vu la copie au Musée archéologique de Madaba. L’original se trouve au Louvre – je me promets d’aller lui rendre visite.

De Dhiban, vers l’est,  on rejoint le site d’Umm-er-Rassas (très bien expliqué sur le Guide du Routard). A travers des champs de blé avec des moutardes jaunes, nombreux troupeaux paissent. Que font les bergers toute la journée.? Certains jouent de la flûte, d’autres manipulent leur téléphone.

Umm-er- Rassas

Umm-ar Rassas

Umm-er-Rassas est inscrit depuis 2004 sur la liste de l’UNESCO du Patrimoine de l’Humanité avec ses 16 églises et sa colonne Stylite. On a construit un très grand centre des visiteurs avec bureau de Poste, poste de Police, magasins de souvenirs, billetterie et restaurant. De tous ces aménagements, seul le poste de police est ouvert. Il faut d’ailleurs s’y faire enregistrer avec vérification de mon Jordan Pass. Un cheminement bien plat invite Dominique à la promenade jusqu’à Saint Etienne où un hangar de tôle protège les mosaïques.

Eglise saint Etienne

Celle de l’Eglise Saint Serge est un  tapis végétal, les personnages ayant été abimés par les iconoclastes. Je reconnais  une maison, des cornes d’abondance, des feuilles de vigne. Les bordures sont en meilleur état, plusieurs frises s »’emboîtent,  de l’intérieur vers l’extérieur : les vendanges avec grappes et corbeilles, une frise géométrique, enfin des frises « à la grecque ». !Dans le chœur près de l’autel sont représentés deux béliers que j’avais ris pour des chevaux, sous deux arbres.

Villes de Palestine t motifs nilotiques

J’ai vu une reproduction de la mosaïque de Saint Etienne à Madaba. L’original est quand même autre chose ! Je m’applique à filmer chacune des villes. J’identifie facilement Philadelphia (Amman), Madaba, Néapolis (Naplouse) je ne trouve pas Jérusalem. Les villes du delta du Nil figurées en face ne sont pas connues de moi. La bordure interne aux « figures nilotiques », bateaux, poissons, m’avait inspiré des voyages plus lointains.

Nou nous promenons au hasard dans les vestiges difficilement identifiables (toute une ville) . Il faut faire attention de ne pas tomber dans les ouvertures des puits ou des citernes.

Citernes ou caves?

La colonne stylite est un peu plus lin à l’écart. Ce n’est pas une colonne à proprement parler, plutôt une tour carrée. Souvenirs de lecture de Lacarrière, il faudrait que je relise Les Hommes ivres de Dieu. J’imaginais cette colonne moins haute. A une telle altitude, l’ermite était vraiment coupé du monde. Sa position sur la terrasse était plus confortable que je ne l’avais imaginée. En revanche le ravitaillement était peut être compliqué (quoique avec un panier et une corde….)

Iris noir de Jordanie

Au retour je photographie deux très beaux iris très foncés. Sont-ce les fameux iris noirs(Iris nigricans) symboles de la Jordanie ?

Wadi Al-Mujib : barrage

Retour à Dhiban sur la route 35 (Route du Roi)jusqu’à Kerak : étape de 50km parmi les cultures verdoyants sur les hauteurs coupées par le canyon creusé par la Wadi Al-Mujib, entaille profonde de 900m dans un désert très aride et pierreux. Un barrage sur le wadi retient un lac bleu turquoise dans un écrin de roches beige ou roses. Des bédouins ont installé leurs tentes. Près du barrage, une oasis  de cultures très vertes et d’autres sous plastique. Des enfants en uniforme bleu, les petis, verts, les plus grands sortent de l’école. La route passe sur le barrage. Dans le creux du canyon le thermomètre de la voiture indique 28°C (avec le soleil il doit faire beaucoup plus). Nous déjeunons sur le versant sud du canyon, dans un virage, au Restaurant Trajan Rest House qui propose pour 10JD le même buffet qu’à Jerash. Cuisine sans recherche ni goût mais il y a des gombos et j’adore cela. Comme à Jerash, nous payons plutôt pour l’emplacement magnifique que pour la cuisine quelconque. Des cyprès ont été plantés le long de la route qui remonte sur le plateau où nous retrouvons l’agriculture.

Mukawir : Machéronte le Palais d’Hérode

CARNET DE JORDANIE

la Mer Morte le matin

Le muezzin m’a réveillée, la mosquée est toute proche.

Petit déjeuner local : sur une grande assiette carrée, des tomates en quartier, des concombres en rondelle, olives noires, humus, la confiture est présentée dans une tranche de poivron vert, pain arabe et café turc excellent.

Omar qui  sert ce matin, est professeur d’anglais et d’espagnol. Nous bavardons en attendant que son compère aille chercher une carte de crédit téléphonique. Même local, le téléphone est une ruine.

Le vent a chassé les nuages et le ciel est limpide.

La forteresse d’Hérode

Le détour par MachéronteMukawir en arabe – n’était pas à notre programme. Nous nous laissons tenter par le détour (une quarantaine de km en plus). C’est la forteresse f’Hérode bâtie par Alexandre Janneus au 1er siècle avant JC où se déroula l’histoire de Saint Jean Baptiste et de Salomé. J’ai eu l’occasion de lire récemment la pièce d’Oscar Wilde et de relire Hérodias de Flaubert. La forteresse fut détruite par Gebrinius sur l’ordre de Titus en 70 après JC.

Il faut quitter la Route du Roi à Libb vers l’ouest la route serpente au sommet de collines plantées d’oliviers, de blé bien vert égayé par les fleurs jaunes de la moutarde sauvage. Au détour de la route, la surprise : la Mer Morte et la Plaine du Jourdain, beaucoup plus nets et colorés qu’hier avec la brume. La vue est tellement belle que je prends mon temps pour marcher à pied. Je crois deviner les maisons coiffant une colline et pense que cela ne peut être que Jérusalem, Jericho plus proche est dans un creux.

Genet blanc

Au village de Mukawir, un grillage enclos deux églises byzantine contenant des mosaïques. Le bédouin, gallabieh brune, caffieh rouge à damier, canne et fine moustache blanche, devant sa tente ne m’ouvre pas le site mais me fait retourner pour pointer une colline pointue: « le château est là-bas !». Des mimosas en fleurs, un genêt blanc égaie la colline pelée. Sur l’acropole, deux colonnes : je devine les mus du palais. La pente est bien raide, notre route bien longue. Je renonce à gravir le chemin – à regret. Décidément, ce circuit en deux semaines est une série de renoncements, nous aurions dû prévoir trois semaines. Le paysage de désert est splendide, les bancs calcaires sont parsemés de brins verts qui sécheront sans doute bientôt, je distingue des grottes, certaines obturées par des murets : abris pour les hommes ou les troupeaux ? La rive occidentale de la Mer Morte est très nette. Bouffée de nostalgie !

 

HERODIAS :

La citadelle de Machaerous se dressait à l’orient de la mer Morte, sur un pic de basalte ayant la forme d’un cône. Quatre vallées profondes l’entouraient, deux vers les flancs, une en face, la quatrième au delà. Des maisons se tassaient contre sa base, dans le cercle d’un mur qui ondulait suivant les inégalités du terrain ; et, par un chemin en zigzag tailladant le rocher, la ville se reliait à la forteresse, dont les murailles étaient hautes de cent vingt coudées, avec des angles nombreux, des créneaux sur le bord, et, çà et là, des tours qui faisaient comme des fleurons à cette couronne de pierres, suspendue au-dessus de l’abîme.

Il y avait dans l’intérieur un palais orné de portiques, et couvert d’une terrasse que fermait une balustrade en bois de sycomore, où des mâts étaient disposés pour tendre un vélarium.

Un matin, avant le jour, le Tétrarque Hérode-Antipas vint s’y accouder, et regarda.

Les montagnes, immédiatement sous lui, commençaient à découvrir leurs crêtes, pendant que leur masse, jusqu’au fond des abîmes, était encore dans l’ombre. Un brouillard flottait, il se déchira, et les contours de la mer Morte apparurent. L’aube, qui se levait derrière Machaerous, épandait une rougeur. Elle illumina bientôt les sables de la grève, les collines, le désert, et, plus loin, tous les monts de la Judée, inclinant leurs surfaces raboteuses et grises. Engaddi, au milieu, traçait une barre noire ; Hébron, dans l’enfoncement, s’arrondissait en dôme ; Esquol avait des grenadiers, Sorek des vignes, Karmel des champs de sésame ; et la tour Antonia, de son cube monstrueux, dominait Jérusalem

FLAUBERT

 

Musée Stephane Mallarmé à Vulaines-sur-Seine par une belle journée ensoleillée

MAISON D’ÉCRIVAIN

 

 

La chair est triste, hélas ! et j’ai lu tous les livres.
Fuir ! là-bas fuir! Je sens que des oiseaux sont ivres
D’être parmi l’écume inconnue et les cieux !
Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux
Ne retiendra ce coeur qui dans la mer se trempe
Ô nuits ! ni la clarté déserte de ma lampe
Sur le vide papier que la blancheur défend
Et ni la jeune femme allaitant son enfant.
Je partirai ! Steamer balançant ta mâture,
Lève l’ancre pour une exotique nature !

A Vulaines-sur-Seine, Stephane Mallarmé louait cette maison face à la rivière. Le bateau n’était point un steamer mais une jolie yole à la voile en trapèze, qui naviguait sur la rivière.

De ses fenêtres il pouvait contempler le rideau des arbres bordant la Seine, ou un merveilleux jardin, verger de pommiers  en espaliers, de bordures fleuries qui sont une splendeur en ce moment au printemps.

La maison n’est pas très grande mais il faut prévoir un bon moment pour la visiter. Surtout prenez l’audioguide qui est remarquable. Chaque objet ou tableau est prétexte à écouter un poème, entendre une anecdote.Mallarmé était peu fortuné mais ses amis artistes lui firent cadeau de merveilleuses oeuvres exposées ici.  Mallarmé fréquentait les impressionnistes, ami de Manet qui a peint son portrait (à Orsay),  Berthe Morizot, mais aussi les nabis. Gauguin pour le remercier de l’avoir aidé à financer son voyage lui offrit une curieuse sculpture en forme de cylindre avec un homme/un faune enlaçant une femme polynésienne.

sculpure analogue mais ce n’est pas celle de Vulaines

 Liaison toute trouvée avec le poème et la musique de Debussy du Prélude de l’après midi d’un Faune. Un tableau illustre ce thème. 

Le faune observe la naïade prête à plonger

sur un éventail le poète a calligraphié un poème….

D’autres tableaux sont encore des invitations à la poésie qu délivre l’audioguide.

maison modeste, ameublement très simple mais que de merveilles. Renoir s’est essayé à la photographie : les deux amis ont posé longuement …

Je ne peux tout noter.

le jardin est merveilleux, invitation au rêve au dessin

 

Dans les salles du rez de chaussée se tient une très belle exposition d’Emmanuel Berry :MON CHER RODIN ù de très belles photos des sculptures de rodin dans le cadre du centenaire: j’ai beau avoir vu les originaux dimanche dernier au Grand Palais, je suis saisie par les photographies!

la belle matinée s’est terminée par un pique-nique et une promenade sur les bords de Seine jusqu’à Hericy. ù un bras mort de la rivière fait comme une île , une frayère à brchets;

en face à samois il y a une collection de très belles villas.

Quelle belle journée!

Madaba et le Mont Nebo

CARNET DE JORDANIE

 

Mosaïque de Madaba (parc archéologique)

Pour le Mont Nebo je fais confiance au GPS qui nous guide dans les petits chemins et les villages jusqu’à Madaba. Malheureusement, il est réglé sur le centre artisanal de ce nom et non pas sur le monastère. Petites rues embouteillées, nous avons un avant-goût de la conduite dans cette petite ville. La route du Mont Nebo est bordée de pins puis de centres artisanaux et des restaurants pour touristes.

Difficile de distinguer le « mont » sur l’épaulement des collines. Il est coiffé d’une « église » moderne Entrée payante (2JD) le Jordan Pass n’est pas accepté. Les nombreux cars ont déversé des classes de filles. Nombreuses sont « en cheveux » est-ce parce qu’elles sont chrétiennes ou parce qu’elles sont trop jeunes pour être voilées ? Elles ne s’intéressent que très peu aux mosaïques, trop occuper à se photographier les unes les autres. Les touristes les intriguent. Deux grandes (voilées) me font passer un véritable interrogatoire « Pourquoi avez-vous choisi la Jordanie ? – avez-vous visité d’autres pays du Moyen Orient ? pourquoi pas Dubai ? » . Les plus petites exercent leur anglais « what is your name ? ». Elles sont bien amusantes.

Mosaïque du Mont Nebo, la « girafe » tenue en laisse
girafe tenue en laisse

L’église, très moderne est conçue pour protéger une église ancienne et les précieuses mosaïques très exotiques avec des animaux. Un noir tient e laisse une autruche, un dromadaire, des chasseurs transpercent un ours et un sanglier ; thèmes de chasse étonnant dans une église. Cette œuvre remarquable a été datée (530) et signée. Elle conviendrait mieux au Palais de Constantinople qu’à un lieu sait.

La terrasse garde les fondations du monastère. Chacun vient contempler le panorama comme Moïse qui n’a pu fouler la Terre Promise.

Face à la Terre Promise, sur la Terrasse du Mont Nebo, crucifix ou bâton de Moïse avec le serpent.

Pour le déjeuner, les restaurants prometteurs semblent fermés (l’un d’eux avec des  scènes de la Bible en plâtre dans le jardin,  n’ouvrira que pour le dîner) le parking du suivant est encombré de cars…La conduite dans Madaba devient un véritable cauchemar pour Dominique. Le fenêtre « batterie faible » occupe l’écran, au pire moment  l’appareil s’éteint à nombreuses reprises (bien qu’il soit branché sur l’allume-cigare de la voiture depuis ce matin 8h) .  J1’ai programmé le Parc Archéologique c’est un complexe d’églises anciennes en pleine ville. Les rues commerçantes sont étroites, embouteillées ; Les habitants laissent leur voiture au milieu de la circulation, ouvrent leur portière, klaxonnent. Quand, enfin on a garé la voiture à proximité du parc archéologique, ce sont les restaurants qui sont introuvables.

On a tourné près de deux heures au hasard, empruntant toujours les mêmes rues. Enfin, à la limite de la ville, nous découvrons une échoppe de falafels . Pour 1JD nous avons deux pita/falafel et pour un autre JD deux oranges, deux bananes. Déjeuner tout à fait suffisant !

Madaba : église de la vierge, curieuse mosaique ronde

Le parc archéologique expose de nombreuses mosaïques provenant des églises voisines, il contient l’Eglise de la Vierge redécouverte en 1857, érigée sur un ancien temple romain. On voit encore les arches romaines . Le  plan circulaire inhabituel pour une église repose sur les structures du temple. Une très belle mosaïque ronde entourée d’entrelacs islamiques fait la synthèse entre toutes ces origines, l’art byzantin rencontre l’art islamique.

La salle d’Hippolyte raconte la tragédie d’Euripide. On reconnait Phèdre, Aphrodite, et les petits amours. Trois villes sont personnifiées Rome, Gregoria et Madaba (j’ai cherché sans trouver Gregoria). C’est une mosaïque vraiment extraordinaire

Moins spectaculaires, les mosaïques de l’église de Matrouh : les médaillons ronds ou hexagonaux sont entourés de belles frises en camaïeu gris-beige-jaune ou rouge-rose-bleu.

Sur un mur, on voit de belles maisons représentant les villes des environs.

Le decumanus de la ville romaine passe dans le Parc Archéologique.

Il y a aussi une mosaïque provenant de la forteresse de Machéronte  d’Hérode le grand que nous verrons demain.

La mosaïque la plus fameuse est celle du plan de la Palestine qui se trouve dans l’église Saint Georges. A l’issue de ma visite au Parc Archéologique je pars à la recherche de Saint George. Me guidant à un clocher qui dépasse les maisons j’arrive à la grande église Saint Jean Baptiste qui est diamétralement opposée sur le plan. Il faut dire que nous avons tant tourné que j’ai perdu le  nord.

les écoliers de Saint Jean Baptiste

Saint Jean Baptiste est une église catholique encore en fonction avec un haut clocher carré coiffé d’un toit à 4 pentes et surmonté d’une croix. Dans le presbytère, on aménagé une sorte de musée avec la reproduction moderne de la mosaïque de Saint Etienne. Aux murs des photographies anciennes très intéressantes des années 1900 : on voit des paysans et les élèves des écoles catholiques. Les petits garçons arbore une tenue bédouine avec chèche et cordelette, les filles habillées de noir et parfois voilées.

Le prêtre me propose de découvrir les souterrains sous l’église ; C’est une promenade très surprenante. Je ne sais pas trop où j’arrive. Je renonce à l’autre attraction : grimper au sommet du clocher pour avoir une vue plongeante sur Madaba. Des souterrains on débouche dans l’église, très vaste, moderne de peu d’intérêt.

A proximité, notre hôtel Saint Jean. Je retourne à la voiture en mémorisant le parcours. Nous sommes passée dans ces rues, n’avions pas remarqué l’hôtel ni les resaturants alors que les cherchions.

Comme il est déjà 16h et que tout ferme à 17, je choisis les visites les plus proches.

Le Musée est poussiéreux. J’aurais sans doute profité de la visite si un vieil homme à caffieh à damier ne s’était imposé comme guide et ne m’avait imposé ses commentaires en arabe. Les mosaïques ont perdu leur éclat dans la poussière, les lampes à huile en poterie, les lourds bracelets en argent auraient mérité des efforts de présentation.  Par politesse, je laisse mon hôte me détailler chaque objet, il méritera son bakshish !

L’Eglise des Apôtres se trouve en périphérie de la vieille ville. Ce n’est pas une église mais une structure protégeant les mosaïques. Pierre et tuile, rien de l’extérieur ne laisse deviner que c’est une construction relativement récente. Le gardien fait des efforts pour mobiliser mon attention en pulvérisant de l’eau pour raviver les couleurs des mosaïques. Je lui donne un JD qu’il accepte en feignant d’être surpris.

Il est trop tard pour l’église Saint George. Je ne verrai pas la mosaïque la plus célèbre de Jordanie.

Hôtel saint John : lobby

Accueil très chaleureux à l’Hôtel Saint John dont la gestion est familiale. Comme tous les Jordaniens, le réceptionniste s’inquiète de notre perception de la Jordanie et des Jordaniens ?

Notre chambre est simple mais confortable ; Il y a un très grand lit et un écran plat de grande taille (avec BFMTV en français. La climatisation a été inversée pour servir de chauffage. La fenêtre est petite et il n’y a pas de vue, ce qui n’est pas grave puisqu’au 4ème étage la terrasse est très agréable avec une vue étendue sur la ville, le clocher de l’église Saint Jean Baptiste, la coupole dorée et les minarets comme   effilés au taille-crayon, de type turc.

Sur une terrasse voisine, un homme brandit une épuisette à la manière d’un filet à papillons. Il siffle. Une troupe de pigeons arrive à son appel.

Nous y passons le reste de la soirée. Thé à la menthe au soleil couchant en triant les photos dans des fauteuils confortables/ La température a sérieusement fraîchi, j’enfile une polaire et m’enroule dans le cachemire de ma grande écharpe grise.

Des jeunes filles aux longs cheveux lâchés jouent aux cartes en fumant des narguilés. Elles  sont très gaies (et bruyantes). La musique est au volume maximum La lumière passe du rouge au bleu donnant au Skybar une ambiance de boîte de nuit (il n’est pas 19h). De nouvelles jeunes filles arrivent, toutes sur le même modèle, pantalons serrés, blousons gris ou rouge, cheveux très longs, peu ou pas de maquillage à la différence des voilées qui arborent un rouge brillant et des yeux très charbonnés. Embrassades entre filles (discrètes) entre garçons, bises, pas de mélange de genres. Autant les filles sont exubérantes, autant les garçons silencieux.

Quand arrive l’heure de la prière, la musique est mise en sourdine ; l’hôtel Saint John est catholique mais respect le chant du muezzin.

Les pigeons au coucher du soleil

On nous apporte une très grande variété de salades : persil haché et tomates coupées très fin, servie sur des feuilles de salade, humus décoré de feuilles de menthe et lignes de sumac, tehina décorée de pois chiches, fétouche avec des croutons arrosés d’une sauce couleur caramel, une salade absolument  délicieuse de tomates, concombres aubergines finement hachés avec des poivrons, de la pomme et des amandes. Au début nous chipotons, ne picorons que pour goûter – pour garder de l’appetit pour le plat principal – puis on liquide tout. C’est tellement bon ! Quand on nous apporte le poulet coupé en dés dans des oignons recouvert de pita chaude nous n’avons plus faim ; Nous goûtons pour faire honneur au cuisinier en se forçant un peu.

La Mer Morte

CARNET DE JORDANIE

Mer Rouge et cristaux de sel

Après la route de l’aéroport,  fluide, la descente est interminable dans les collines. Avec un dénivelé de 1200m, les oreilles se bouchent comme en avion. Au détour d’un virage j’aperçois la Mer Morte dans une atmosphère très embrumée.

.Nous renonçons à Béthanie, le site du baptême du Christ – payant hors Jordan Pass – qui nous rallongerait le circuit. Nous ne sommes pas en pèlerinage !

la Mer morte  et la Plaine du Jourdain noyés dans la brume

La vallée du Jourdain est moins verte que je ne le présumais. Nous passons devant une bananeraie (bien gourmande en eau). Dans la luzerne tournent  les arroseuses. Plus loin des champs de pommes de terre et des choux. Des haies de cyprès cachent d’autres cultures. Enfin elle émerge de la brume, bleue opaline, évanescente. Les collines de Judée estompées se confondent avec le ciel. Je suis submergée de souvenirs : descente d’Arad à Metzada à grande vitesse dans els tournants, baignade vers Ein Gedi….

les écolières à la plage, en face la Rive Occidentale

Une première tentative d’approcher la mer tourne court. Nous empruntons une petite route agricole qui s’arrête 50m plus tard dans un champ. Une piste nous ramène à la route par des acacias. Deuxième essai près d’un hôtel, on arrive sur un grand parking où sont garés deux minibus. Un cavalier fonce sur nous à bride abattue « Bicture ? »je fais « non » d’un claquement de langue puis me dirige vers le groupe de gamines qui pique-niquent sur des tables de bois. Elles sont mignonnes. La baignade c’est beaucoup plus bas et inaccessible. Les hôtels de luxe ont installé des plages privées invisibles et surtout très chères. Il y a bien une plage publique Amman Beach mais l’entrée est à 20JD cela fait très cher si on n’a pas l’intention d’y passer la journée. Nous renonçons, il y a tant à voir dans cette journée. Le maillot sera inutile, ainsi que les soins intensifs pour guérir à temps les bobos aux pieds aussi.

derrière le drmadaire, Amman Beach

La température était de 12°C à Amman, sur le bord de la Mer Morte elle frise les 30°C et le soleil brûle, au lieu de rouler la caffiah en turban, je me voile pour cacher le visage .

Nous dépassons les hôtels espérant approcher de l’eau, en vain. J’arrive quand même à photographier des concrétions salines qui font une frange blanche brillante sur les roches foncées. Les nuages se sont dissipés, la brume s’est levée. Les montagnes de Judée – Palestine ou Israël ? – en face sont blanches tandis que la rive jordanienne est brune ou pourpre.

Une route passant par le « complexe panoramique » et les sources chaudes de Ma’in va vers Madaba. Spectacle en technicolor, les strates alternent brunes et vertes ou roses et blanches, photogéniques !La descente sur la cascade de Ma’in est impressionnante. A l’entrée du site, il y a une grande queue. Entrée 15 JD chacune.  Comme pour la Mer Morte, nous renonçons à la baignade, je privilégie les mosaïques de Madaba. Décidément il manque une journée Mer Morte à notre programme ! la remontée se fait bien, et continue dans le désert jusqu’à ce que je remarque des asphodèles (fanées) puis des pins, isolés au début, enfin une véritable forêt. Nous sommes au col, les pins sont touffus. Le plateau est cultivé, blé bien vert sur la terre rouge, paysage agricole paisible, oliviers gris-bleus, maisons dispersées. Il y a aussi des vignobles avec de hauts ceps et des sarments courant sur les fils.

Gertrud Bell – archéologue- aventurière agent secret – CHRISTEL MOUCHARD

VOYAGE EN ORIENT

 

 

J’ai choisi Gertrude Bell pour m’accompagner en Jordanie. Je viens de terminer la biographie de TE Lawrence, son presque contemporain, et collègue en archéologie et en espionnage… J’ai lu récemment son récit de son  expédition en 1905 de Palestine en Syrie The Desert an the Sown et j’ai eu envie de connaître mieux cette grande dame. Quelle compagne! Globe-trotter, archéologue, puis espionne et diplomate…

La biographie de Christel Mouchard est passionnante. C’est un travail sérieux et minutieux, inspiré de la correspondance de Gertrud Bell qui écrivait pratiquement chaque jour à Florence, sa belle-mère et à ses sœurs ainsi qu’à nombreuses relations. A la fin de l’opus elle livre toutes ses sources avec précision.

Christel Mouchard raconte avec luxe de détails la vie d’une certaine aristocratie britannique pendant l’époque victorienne qui a forgé le caractère de l’héroïne.

 

Née dans une famille d’industriels, Gertrude Bell, dès l’enfance, a manifesté une indépendance et un caractère bien trempé. Elle a commencé sa « carrière » par de solides études à Oxford qu’elle réussi avec succès. A l’issue de ses études c’est une jeune fille parfaite

« Où trouverait-on une jeune fille plus accomplie? [….] Elle a de la grâce, de l’élégance. elle sait danser, converser, séduire. Sa dot a de quoi faire rêver… »

Elle a le goût des toilettes, fréquente le meilleur monde. elle est même très exigeante, terriblement snob. Les maris potentiels  apprécieront  peu son érudition et sa force de caractère.

Sa famille l’envoie à Bucarest en compagnie d’un cousin qui est quasiment son fiancé en voyage romantique mais…

« Gertrude a beau répéter qu’elle ne rêve que mariage et enfant, elle n’arrive pas à rester dans son rôle: elle parle comme si elle rêvait aussi d’influer sur la marche du monde »

Après Bucarest, Téhéran, elle apprend le Persan, goûte la poésie, fait des randonnées en compagnie de Cadogan, dont elle tombe amoureuse. Que serait arrivé de Gertrude si son père avait consenti au mariage?

Désormais, elle ne cherchera plus de mari et voyagera …

« Il est de coutume de dire des femmes qui voyagent qu’elles fuient. elles partent pour éviter le face à face avec elles mêmes, pour ne pas réfléchir sur les occasions manquées…. »

« Voyageuse victorienne » ou « globe-trotteuse« , elle va sillonner le monde « Curieuse, résolue, enthousiaste…ces qualités, Miss Bell les a en commun avec ses consoeurs… » N‘allez pas imaginer une routarde. Attentive à à la mode en toutescirconstances, elle n’a pas peur des bagages volumineux. Dans le désert, elle emporte sa baignoire et son service à thé en porcelaine, son matérielphotographique  et « kodake tout ce qui veut bien se laisser kodaker », et les théodolites dees cartographes . Plus encore que des bagages, elle est soucieuse d’apprendre la langue des pays qu’elles visite

« comprendre un beau jour la conversation de deux mendiants; voir le visage d’une vieille marchande à laquelle on demande une pomme s’illuminer de surprise : c’est le bonheur ultime »

De touriste, de globe-trotteuse, elle va devenir orientaliste, elle apprend l’arabe, achète un cheval et affrète une véritable caravane. Elle ne voyage plus seulement our le plaisir : elle devient archéologue.  A Kerkemish elle rencontre, entre autres, Lawrence ainsi que les archéologues émérites:

« Ce chantier-là a quelque chose de plus que les autres. Kerkemish n’est pas seulement une antique cité hittite sortie du néant, c’est un carrefour de l’espionnage européen »

Une passion amoureuse, malheureuse, on n’imagine pas comment la sexualité féminine est contrainte dans la bonne société anglaise de l’époque, la conduit près de la dépression. Son remède est encore d’aller plus loin, tenter ce qui n’a pas été exploré : la traversée de l’Arabie, du Hedjaz, mal contrôlée par les Ottomans, sous le règne des tribus bédouines.

 

« Aujourd’hui je retourne au désert. |…]Puis, traversant les rails, frontière du monde extérieur, je me suis sentie comme cette divinité qui incarne le Destin, armée de ses grands ciseaux – Clotho, devant laquelle nous courbons la tête. j’ai coupé le fil. »

« par dessus tout, elle va chercher le rappe omniprésent de la mort. Elle sait combien les Arabes y sont sensibles, et la voyageuse reprend à son compte le fatalisme mystique des nomades »

Malgré son expérience, malgré la fortune, le voyage est difficile. Elle est même retenue prisonnière. Physiquement elle a souffert de cette expédition. 

En 1915, l’aventurière sans aventure, sans mari, sans amant croit que sa vie est finie quand elle reçoit un appel du Caire, de David Hogarth, l’archéologue , chef des services secrets. Elle va retrouver ses collègues de Kerkemish, TE Lawrence aussi. sa connaissance du terrain, ses entrées au Foreign office, ses relations avec les tribus arabes font d’elle non seulement une espionne mais aussi une diplomate.

A l’issue de la Première Guerre Mondiale, dans le partage de l’empire Ottoman, elle jouera le rôle de conseillère auprès du roi du nouvel état créé : l’Irak. Elle s’installera à Bagdad, fondera le Musée Archéologique de Bagdad et s’y éteindra le 12 juillet 1926.