Winter Sleep –

TOILES NOMADES

 

Cliquez sur la bande-annonce pour entendre la musique de Schubert!

winter sleep affiche

 

 

Quelle est belle la Cappadoce en hiver filmée par Nuri Bilge Ceylan! Larges horizons d‘Il était une fois en Anatolie et  clair obscurs parfaits.

 

 

Dans un hôtel rupestre déserté par les touristes en hiver, le propriétaire M. Aydin,  Nihal, sa femme et sa sœur se jouent une pièce tchékovienne :  intimité, amours, désamours, amertume, désillusion rendent les soirées tendues.

wintresleep lui et elle

Les paysans n’ont pas les mêmes soucis que les bobos de l’hôtel. Leur situation précaire les empêche de payer le loyer. Les meubles ont été saisis. La violence se déchaîne.  L’imam essaie d’amadouer M. Aydin et ne parvient qu’à l’irriter plus. Deux mondes s’affrontent.

wintersleep écrivain

Les notables du village, instituteur ou fermier aisé, se réunissent entre hommes, pour boire ou chasser. Ici aussi rancœurs et non-dit ressortent quand l’alcool a délié les langues.

Dans le village assoupi dans la neige, plusieurs histoires couvent. Intériorité de la mise en scène.

Un très beau film. 3h15, pas toujours de « bonheur » comme je l’ai lu, plutôt de tension parfois à la limite du supportable. Les belles vues de l’extérieur, comme un bol d’air pour sortir de l’atmosphère étouffante.

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Ana Arabia – Amos Gitaï

TOILES NOMADES

ana arabia2le titre Ana Arabia, « je suis arabe »  me laissait imaginer autre chose. Ana Arabia est tirée d’une histoire vraie, une rescapée d’Auschwitz se convertit à l’Islam pour se marier avec un arabe. Après son décès, Yaël, jeune journaliste, veut raconter son histoire. Nous suivons ses pas dans un labyrinthe de cours, ruelles et jardins, le domaine de la famille de Youssouf, le mari et de ses amis.

Film tout en douceur, l’hôte est sacré, tous font bon accueil à la jeune femme, hésitante d’abord. On lui présente Miriam, la fille, Sara, la belle-fille, un fils pêcheur reconverti dans la vente des légumes, les voisins, les animaux, le cheval, les poules….

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Chacun est attaché à ce lieu bien délabré qu’il considère comme un paradis. leur paradis, depuis combien de temps? peut être 300 ans. Ici, ont vécu ensemble juifs et arabes. En 1948, une famille arabe a laissé à une femme juive un bébé qu’elle a élevé….Ici, on se préoccupe de la mer polluée, des plantes. Miriam préfère laisser les mauvaises herbes, ses grenades et citronniers poussent mieux avec

Chacun a une histoire émouvante, simple.

ana arabiaLes femmes parlent entre elles d’amour, de cet amour extraordinaire d’Hanna/Siam qui a duré malgré tout. De l’amour triste de Sara …qui plie le linge, trie les lentilles…

 

Un film envoûtant. Et finalement optimiste.

 

Tharros

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Tharros
Tharros

Une demi-journée ne suffira pas pour visiter le Sinis où est situé les site de Tharros  .

19km entre Oristano et le Cap San Marco. A l’entrée de Cabras, dans un jardin public ombragé nous pique-niquons notre menu gastronomique composé d’ailes de poulet mexicains et d’aubergines à la parmesane.

La campagne est très plate des champs de maïs alternent avec des champs de blé moissonnés où de grande roues de paille jonchent les chaumes. L’eau est très présente : canaux, lacs lagunes se confondent avec la mer toute proche et l’estuaire du petit fleuve Tirso que l’on ne peut certes pas comparer avec le Pô ou le Danube. Nous aimons bien ces zones humides.

Le site de Tharros au Cap San  Marco  est très fréquenté. Aujourd’hui, dimanche, les parkings sont pleins. Peut être les gens sont tout simplement venus à la plage : il y en a une belle face à la mer avec de jolies vagues et une autre protégée côté intérieur avec des eaux plus calme. Un petit train touristique va jusqu’au cap, permettant d’atteindre le site archéologique.

Le billet combinativo 9€ donne accès au site, à la tour Espagnole et au Musée de Cabras.

Rue romaine dallée de basalte
Rue romaine dallée de basalte

Le site s’étend à flanc de colline. Le port phénicien puis romain est maintenant immergé. De gracieux voiliers permettent d’imaginer les navires antiques. Les structures les plus reconnaissables sont les grandes rues dallées de basalte recouvrant les égouts et les adductions d’eau. L’aqueduc ne figure pas dans les éléments visitables. En revanche la première construction que nous abordons est le château d’eau, une vaste citerne, grand bâtiment sans ouverture soigneusement maçonné. Juste en dessous se trouve l’établissement des thermes. Les thermes (il y en a 3) sont facilement reconnaissables construits de brique ou de petits moellons avec les hypocaustes. Les panneaux évoquent. Sur les panneaux on parle de mosaïques que je n’ai pas vues.

Thermes
Thermes

Dans un creux se trouverait le forum avec des temples ( je ne les aurais jamais trouvé moi-même). Le plan romain facilement lisibles dans d’autres sites romains est confus, Les Romains ont bâti sur une ville punique déjà bien urbanisée et le terrain est loin d’être plat. Le cardo maximum et le décumanus font une sorte de fourchette et non pas un angle droit. Les maisons ont gardé le plan punique, je ne vois ni atrium ni peristyle.

Seules, deux belles colonnes blanches à chapiteaux corinthiens tiennent debout. C’est le sujet les plus photographié. Trois touristes posent. Monsieur en Apollon, puis en discobole. Madame et fiston photographient. Monsieur regarde le résultat puis reprend la pose. Perfectionniste, il re-regarde, re-modifie la gestuelle. Cela dure et ..dure tandis que D essaie elle aussi de faire sa photo. Excédée, je les apostrophe : « cela va encore durer longtemps ces singeries ! » . Ils le prennent très mal – je n’ai pas été très diplomate

Un peu à l’écart, en hauteur les cabanes rondes nuragiques sont bien visibles, elles dominaient le port et le marais. On loin, l’emplacement du tophet phénicien et les fortifications romaines.

J’y retrouve la famille Selfie ils m’agonisent de quolibets : « voila la bêtise avec un chapeau rouge ». Ils me donnent rendez-vous à la Tour espagnole. Peu désireuse de les y retrouver et impatiente de me baigner je renonce à cette dernière visite.

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San Giovanni di Sinis

Au bas de la colline, près du village composé d’une seule rue de maisons mitoyennes basses, se trouve la très belle église de San Giovanni di Sinis. Avec sa coupole rose, son toit légèrement arrondi, elle ressemble plus à une basilique byzantine qu’à une église romane italienne. Volumes tout en courbes, façade de pierres nues percées seulement d’arcades à l’arrière. Elle est très ancienne. Commencée au 6ème siècle, 10 ou 11ème. A l’intérieur, calme et fraîcheur, des arcades romanes séparent trois nefs verdies par l’humidité. L’autel est fleuri d’agapanthes bleues. Le bénitier est une très belle vasque de pierre.

Retour direct pour profiter de la plage de Torre dei Corsari. Hélas, le drapeau rouge flotte comme hier. Il faudra me contenter d’une promenade le long de la plage. De jeunes téméraires jouent dans les vagues, les surfeurs laissent la planche sur le sable.

Pour terminer cette belle journée nous assistons à un lever de lune spectaculaire au dessus des maisons qui couronnent la colline.

Oristano

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la cathédrale d'Oristano
la cathédrale d’Oristano

Le pont sur la lagune fait gagner une vingtaine de km. On le prend malgré la circulation chargée : samedi, tout le monde va à la mer. En repliant les rétroviseurs, en serrant bien le bord deux voitures peuvent se croiser. On découvre le moyen électronique de faire replier les rétros !

Oristano ne compte que 30.000 habitants mais c’est la capitale de sa province et elle a toutes els caractéristiques d’une ville moderne : des industries et des zones commerciales, Leclerc…Nous garons la voiture devant l’archevêché et la cathédrale Santa Maria Assunta. Le clocher octogonal (15ème s.) est élégant coiffé d’un bulbe de tuiles vernissées et décoré d’une frise de masques. Construite en 1228 vous la volonté du Juge Mariano, le remaniement  au 17ème siècle fit disparaître le style  gothique. L’intérieur est baroque ou néo-classique peint (je n’aime pas beaucoup). Je rate la chapelle Remedio gothique cachée par un échafaudage.

Evêché
Evêché

Le grand bâtiment austère de l’Archevéché en pierres brunes est orné d’un escalier et d’un portail ciselé en trachyte gris qui tranche avec la façade sobre.

eleonora-di-arborea1Devant l’Hôtel de Ville jaune aux stucs blancs, sur la Piazza Eleonora, se dresse sur un haut piédestal la statue d’Eleonora Arborea.

 

 

 

 

 

Née en 1340 elle épousa le Gènois Brancaleon Doria et fut la Giudicea d’Arborea de 1383 à 1404. Elle s’opposa aux Espagnols et inspira la Carta di Logu code de lois particulièrement avancé pour l’époque reconnaissant des droits aux serfs et dans le droit des femmes. Ce code resta en  vigueur en Sardaigne jusqu’en 1817.

Le Corso Umberto est désert ce dimanche d’été et de nombreuses boutiques sont fermées.

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La Tour de Mariano II édifiée par des maîtres d’œuvre toscans au 13ème siècle est un vestige visible du mur d’enceinte de la ville médiévale (avec  une autre tour que nous n’avons pas trouvée). Cette haute tour carrée est creuse, évidée du côté de la ville close ce qui lui donne une silhouette étonnante.

Le Musée Historique – Antiquarium Arborense  est situé dans le Palazzo Parpeglia 18ème siècle. Nous y sommes très bien accueillies : la dame nous fait la visite guidée en français, nous signalant les plus belles pièces des vitrines. Pointes de flèches en obsidienne préhistoriques. Poteries nuragiques entassées dans la vitrine suivante,  les cruches entassées en liaison peut être avec le culte de l’eau et les puits sacrés. Dans une troisième vitrine, nous trouvons les moules pour couler le bronze : les forgerons nuragiques excellaient dans le travail du bronze. Je retrouve les mêmes moules découverts à Irgoli ainsi que les pintaderas – moules pour décorer le pain.

Aux murs une série de panneaux raconte les rites phéniciens : les sacrifices d’enfants en bas-âge au Tophet « la ville qui dévore ses enfants ». Souvenir de Sicile de Motzia où des restes d’enfants en bas-âge avaient été retrouvés mais l’hypothèse de sacrifices humain n’avait été retenue que comme une hypothèse parmi d’autres, la mort naturelle était aussi plausible ; la mortalité infantile à cette époque était énorme.

Bijoux phéniciens ou punique ? J’ai déjà oublié.

Certaines pièces de céramique sont extraordinaires comme ce masque punique d’homme aux dents écartées  au faciès terrifiant, ce vase en forme de petit cheval portant lui-même un vase, ce récipient  figurant un couple accoudé ressemblant étrangement à une urne étrusque vue à Volterra. Notre guide souligne que des échanges avaient bien lieu entre Sardaigne et Etrusques.

Une vitrine est consacrée aux écritures : phénicienne, grecque, romaine, étrusque et hébraïque. On peut retrouver en Sardaigne toutes ces graphies. Une inscription paléochrétienne porte des gravures, un bateau, une colombe une sorte de croix. Une autre est amusante : deux phallus et sous-titré qu’il y en a un troisième, celui qui lit, version romaine, plutôt vulgaire de « celui qui le lit qui y est … »

A l’étage, une salle abrite une maquette de la ville médiévale au 13ème ou 14ème siècle. Aux murs sont accrochées de très belles peintures : un beau saint Martin d’un peintre catalan provenant d’un retable et le martyre des franciscains portant chacun un poignard qui à sa gorge, qui à sa poitrine.

Une salle est consacrée à Tharros : maquette de la ville romaine à l’époque impériale avec son port, son amphithéâtre, l’aqueduc. Les objets provenant de ce site : armes romaines et carthaginoises, projectiles romains, boulets de pierre et même balles de céramiques moulées pour de grandes frondes.

Enfin, on nous projette un très bel audiovisuel sur écrans. Mosaïque de toutes les curiosités des environs d’Oristano. Techniquement ce montage est un chef d’œuvre du genre. Pratiquement : il nous fait découvrir des sites naturels ou des églises négligés par nos guides. On fixe de nouveaux buts de promenade.

D’Orosei à Torre des Corsari – traversée de la Sardaigne d’Est en Ouest

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en passant par Marceddi
en passant par Marceddi

 

Nous quittons le beau jardin à 8h30. Arrêt à la pompe : 75€. La Golf n‘est décidément pas une affaire !

Jusqu’à Nuoro, les routes sont connues, traversant Onifai, Irgoli, apercevant Galtelli. Les arroseuses tournent dans les prés. Les brebis sont regroupées à l’ombre des grands chênes. Au sud nous reconnaissons les crêtes au dessus d’Oliena. J’aime bien reconnaitre les lieux y repasser, réviser, les apprendre pour s’en souvenir plus tard.

La SS (Strada Statale) 131 est une 2×2 voies à chaussées séparées, gratuite. Ce n’est pas une autoroute. Les tronçons de montagne ont leur vitesse limitée à 80km/h. Après Nuoro, le plateau granitique a des croupes molles recouvertes tantôt de forêts, tantôt d’herbe sèche couleur paille piquetée de grands chênes. Dans les vallons poussent de genêts. La route descend dans une dépression. Nous retrouvons les oliviers laissés à Irgoli. Dans le creux à Ottana de grandes cheminées  d’usine paraissent incongrues.  Le maïs est irrigué.

Le long de la route le Lac Omodeo serait une étape agréable. Nous loupons la sortie. La sortie suivante se trouve dans une zone de travaux. On peut sortir mais pas entrer à nouveau. Sur la carte, c’est le brouillard. Le GPS radote « faites demi-tour dès que possible ! ». Au hasard nous prenons la direction d’Aidomaggiore  qui est un joli village aux maisons de pierres volcaniques avec les portails soigneusement sculptés. A la sortie du village, sur une arête, un nuraghe puis un second.

A Abbasante  nous retrouvons la S131. A la sortie de la ville, encore un nuraghe, puis deux autres aux km 112 et km 110.

Oristano est une grande ville. On y entre par des zones commerciales. Le centre historique est piétonnier tout à fait charmant avec des cafés sur de petites plages qui invitent à la pause. Nous retrouvons la S131 puis le GPS nous fait tourner dans la campagne très plate où l’on cultive du maïs déjà très haut et où l’élevage se fait en stabulation dans de très grosses fermes.

Nous pique-niquons à l’entrée d’un champ de maïs. Le frein à main électronique fait bien de la misère : la voiture refuse obstinément de reculer.

Quittant le maïs d’Arborea nous longeons un lac une lagune ( ?) Arrivons au petit port charmant de Marceddi. De là, le GPS nous invite à passer un pont très étroit. Un panneau signale que la circulation y est interdite. On tente pour se retrouver nez à nez- capot à capot- avec le véhicule d’en face.

Retour à Marceddi où flotte une délicieuse odeur de poisson grillé. Le pêcheur nous dit :

–          « prenez le pont ! »

–          « mais le panneau ! »

–          « ce n’est pas interdit.  Le panneau est vieux ! »

On vérifie que personne ne se trouve en face, et on fonce. Après le village de San Antonio c’est très sauvage, dune ou colline couverte d’une végétation rase de cistes et de lentisques.

la tour espagnole qui a donné le nom
la tour espagnole qui a donné le nom

 

Torre dei  Corsari  a une belle tour espagnole érigée sur un promontoire rocheux qui limite une très belle plage de sable doré.

 

 

 

La petite station comporte 3 hôtels, quelques villas dans des jardins et surtout un très grand « condominium » : des dizaines et des dizaines de maisons adossées à la colline formant un amphithéâtre. A la base le rez de chaussée est en schiste avec les portes de garage en bois est surmonté de deux ou trois étages de balcons, terrasses en gradin avec des auvents de tuiles ou de canisses. Les façades sont jaunes, orange ou roses. Décalées elles font penser à un village traditionnel. Il ne manque que le clocher d’une église pour qu’on se croit dans un village.

Notre appartement est une excellente surprise. Il est très vaste : grande salle à manger salon, une chambre avec un lit immense, une très grande armoire, et une chambre d’enfants. Salle de ban claire avec douche.

Nous apprécions le confort dont nous avons été privées et surtout l’espace. La terrasse est très vaste, couverte d’un toit de cannisse et carrelée de beaux carreaux vernissés orange, elle fait un angle. En face il y a une très belle dune et un petit étang aux eaux vertes.

torre dei corsariplage

Après l’installation, je suis impatiente d’aller à la plage. 28 + 93 marches pour descendre, moins de 10 minutes. Le drapeau rouge interdit la baignade. D’énormes vagues se fracassent. J’ai oublié que nous sommes en Méditerranée, me crois sur l’Atlantique au Cap Vert ou au Sénégal. Personne ne brave les vagues. Je reprends mon habitude d’arpenter la plage à la frange de la vague là où l’écume vient mourir sur mes pieds. Une demi-heure pour arriver à l’extrémité de la plage. Le sable d’or est de la granulométrie qui rend la marche pénible. Je fatigue à m’enfoncer ainsi.

Première soirée sur la terrasse ; pas de moustiques. La bougie citronnelle offre son parfum et sa lumière. La lune se lève. Elle est énorme.

les tenores de Bitti

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14h45,  Bitti qui semble morte.

Pas une voiture, pas un cycliste, pas un piéton. Toutes les persiennes sont closes. Les volets roulants descendus.

Nous nous engageons à contre-sens dans une voie à sens unique faute d’alternative carrossable et tombons nez à nez avec la seule voiture roulant dans la ville. Le GPS n’est d’aucun secours. Il nous entraîne dans des ruelles étroites pentues, tortueuses …A la sortie de la ville,  nous croisons  un homme en bleu de travail dans une camionnette blanche

– « le Musée ? Vous l’avez dépassé. Garez la voiture ici et continuez à pied. C’est tout près »

Nous le retrouvons avec sa camionnette au pied d’une ruelle. Les murs sont peints à fresque. Les murales ne sont pas l’exclusivité d’Orgoloso. Nous en avons vus à Irgoli et dans tous les villages de la région. Ceux d’Orgoloso sont révolutionnaires. A Bitti, des cavaliers s’étalent sur trois étages.

Le Musée ethnographique est installé dans une demeure aux courettes compliquées et aux petites maisonnettes. Le Musée des Tenores occupe une maisonnette. En introduction un DVD est projeté sur un écran plat montrant Bitti, le site nuragi, puis nous entendons les Tenores.

Le chant à Tenores est un chant polyphonique de 4 hommes. Oche, celui qui chante, récite, décide de la mélodie. Les trois autres accompagnent  s’appellent mesu oche, lassu et contra.Tandis qu’Oche déclame, les autres répètent des syllabes. La dame du musée suggère que Oche serait le berger les trois autres le vent, le mouton, le bœuf. Les brochures signalent une grande variété dans le répertoire : chants de berger, de danse, religieux…et une grande part d’improvisation. Chaque village de Barbagia cultive une tradition orale différente.

De retour au gite, Vittorio n’a toujours pas réparé l’inondation. Il maugrée « qu’a-t-on jeté dans les WC ? », je proteste « Rien de spécial à part le papier ». Il nous culpabilise.

Vers le soir, il arrose les poteries en compagnie de Nadia qui m’explique que ce sont des racines qui ont bouché la canalisation. Demain, nous ne partirons pas fâchés !

Su Romanzesu – site nuragique dans les chênes-lièges

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Pour arriver à Bitti, nous reprenons la route de la vallée du Cedroni par Orosei, Irgoli à travers des collines molles et des prairies irriguées bordées de grands eucalyptus. Les foins et  sont coupés, on arrose la luzerne. De beaux chênes-lièges étalent leur feuillage. A l’entrée de l’autoroute (S131),  la SP 38 monte en lacets à travers le maquis. Des schistes affleurent. Au loin une haute barre rocheuse au sommet déchiqueté en petites aiguilles verticales se détache sur le ciel. Un très joli village est bâti autour d’une coupole à l’allure orientale. Au carrefour de la SP73, une madone est abritée dans une grotte de ciment .

chêne liège
chêne liège

Le site nuraghe, Su Romanzesu est distant de 8km de Bitti par laSP389 (guetter le panneau). Une magnifique forêt de chênes-lièges est enclose dans des murettes. Des bûcherons empilent le liège dans une remorque. Ils sont armés de haches et ont découpé l’écorce jusqu’à la hauteur de 1.20m. Le  tronc dégarni est d’un beau brun mais il noircit par la suite.

Le site de Su Romanzesu est ouvert à la visite tous les jours (3.5€-2.5€) 3 visites sont guidées le matin, autant l’après midi mais la dame nous donne un papier en français sans proposer de guidage.

Ce grand village-sanctuaire est situé à 800m d’altitude sur un plateau granitique planté de chênes-lièges. Avec le vent, il y fait très frais. Le toponyme est un souvenir de l’occupation romaine.

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La source nuragique fut découverte en 1919 pendant une campagne hydrologique. Comme à Irgoli, les ouvriers endommagèrent le puits sacré, les marches furent démolies et sa source captée. Une récente fouille a permis d’explorer le complexe couvrant 7ha et comprenant 3 édifices cultuels, un puits sacré et une grande zone cérémonielle ainsi que de nombreuses « cabanes » aux fondations circulaires en pierres sèches de granite et au toit conique en bois.

Le puits sacré se déverse dans un petit canal qui aboutit à une grande vasque entourée de gradins. Sur la photo du site, le bassin oblong est rempli d’eau mais  en juillet, nous le trouvons à sec. Il faut imaginer les ablutions rituelles et les cérémonies réunissant la communauté villageoise. En plus des purifications, le texte cite des pratiques ordaliques « surtout pour juger des délits contre la propriété ».

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Les grandes cabanes rondes étaient soigneusement dallées. Des banquettes bordaient la circonférence. Des niches étaient aménagées dans l’épaisseur des murs et il y avait un grand foyer central. Servaient-elles à la préparation des cérémonies ou simplement d’habitations ?

Deux temples à mégaron ont un plan rectangulaire compliqué par une entrée avec la cella à l’arrière. On y a retrouvé des récipients pour l’eau.

Le dernier édifice cultuel est appelé « le prêtre sorcier dans sa grande enceinte ». Il ressemble à un labyrinthe. Au centre se trouvait la cellule ronde du prêtre entourée par des murs concentriques.

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Nous pique-niquons sur le site dans l’endroit désigné par le gardien en compagnie d’une adorable petite chienne marron qui nous a accompagnées toute la visite. Mais il faut attendre 15h pour le musée de Bitti.

nuragheA 7km du site, sur la route S389, à l’entrée de Budduso se dresse le Nuraghe Loelle Budduso. C’est notre premier nuraghe, nous en verrons tant par la suite que nous serons blasées. Cette tour de deux étage reliés par une rampe a son sommet couvert par une coupole (tholos). Elle jouait le rôle de tour de guet contrôlant un vaste territoire. On peut encore monter à la tour. J’ai été surprise par la complexité des escaliers en spirales avec de petites salles cachées.

Non loin de là, un panneau indique des Tombes de Géants qui ressemblent à des dolmens. Je fais un tour dans les rochers, les tables de granite sans reconnaitre les structures indiquées sur le plan. Le fleuve Tirso est ici un joli torrent dans une forêt de chênes touffue couvrant complètement le plateau granitique. Lichens et mousses recouvrent troncs et branches des vieux arbres.

Marcello FOIS – Nel tempo di mezzo

LIRE POUR LA SARDAIGNE (NUORO)

nel tempo di mezzo

Marcello FOIS – Nel tempo di mezzo

Lu sur ma liseuse en VO. Je suis très fière d’avoir été capable de suivre le fil de l’histoire mais la faiblesse de mon niveau en Italien ne me permet pas de faire une « critique littéraire ».

Lu en Sardaigne.

12-17 octobre 1943 –  raconte l’arrivée  de Vincenzo Chironi en Sardaigne. Orphelin, élevé à Trieste, il va à la recherche de la famille de son père à Nuoro. Il marche dans une île dévastée par la guerre, la sécheresse, les fièvres . « Vers le sud, la mer à gauche ; vers le nord la mer à droite » Avec Orosei  pour cap. La découverte des paysages s’inscrit dans ma démarche touristique. Peu de rencontres dans ce maquis désolé, un vieil  aveugle « Tiresias en personne », un prêtre qui lui donne l’hospitalité dans sa chapelle perdue. Prêtre chasseur, prêtre sans paroissiens malades de la malaria…dont le meilleur ami est un chien qui va mourir. Quand Vincenzo parvient à Nuoro,  il trouve son grand père et sa tante seuls survivants d’une famille autrefois prospère et nombreuse. Ils trouvent une nouvelle raison de vivre  dans ce jeune homme de leur sang. Et un ami de hasard Mimmiu.

La paix revenue, Vicenzo s’installe dans Nuoro. On assiste à la modernisation du bourg rural qui devient une ville. Vicenzo et son ami se portent volontaire dans la lutte contre les sauterelles puis contre les moustiques, vecteurs de la malaria. Le fascisme est liquidé mais pas oublié… luttes politiques, communistes, monarchistes.

Vincenzo tombe amoureux, amour véritable, partagé,  qui reste stérile. Et cela se gâte.

La dernière partie  1972 1978 n’est plus racontée par Vincenzo mais par son fils Christian, né après la mort de son père.

Autant, j’ai  aimé le début du livre qui raconte Nuoro. Autant je n’ai pas accroché à la saga quand les fausses couches  de Cecilia sont vécues comme une malédiction qui vont détruire le couple idéal…..

Roseaux au vent – Grazia Deledda

LIRE POUR LA SARDAIGNE

Par les rues de Galtelli
Par les rues de Galtelli

 

Rose Grazia Deledda – Prix Nobel 1926 –est une gloire de la région d’Orosei.

Galtelli où se situe le roman Roseaux au vent l’a célébrée en offrant un parcours – un parc littéraire- où des citations sont placardées sur des plaques émaillées à la manière du nom des rues. Nous avons visité Galtelli trop tôt. Je n’avais pas encore lu le livre et je n’en ai reconnu qu’une seule :

« Voici là-haut, assis sur une banquette de pierre adossée à la maison grise du Milese, un gros homme vêtu de velours dont la teinte marron fait mieux ressortir le rouge du visage et le noir de la barbe »

Si  j’avais lu le livre plus tôt j’aurais vu les rues vides se peupler des silhouettes d’Efix – le narrateur – j’aurais cherché les figuiers de barbarie entourant la cour de Kallina, l’usurière. J’aurais imaginé la maison des nobles Pintor, les patronnes d’Efix. Pour moi, celle-ci est la maison transformée en Musée ethnographique – la seule maison que j’aie visitée au village.

Le livre m’aurait servi de guide pour nos promenades. Nous nous serions arrêtées à Oliena où Giacinto est allé chercher le vin de Don Pedru. Nous aurions cherché les chapelles où se déroulaient les fêtes et pèlerinages. Nous aurions mis des noms sur les sommets. Aurions prêté plus d’attention à la route de Nuoro, aux roseaux du Cedroni que nous avons traversé sur l’étroit pont de pierre d’Orosei ou sur le pont de fer d’Onifai.

A propos de l’arrivée à Galtelli : château de Pontes

« Voici d’un coup, la vallée s’ouvre sur le sommet d’une colline  semblable à un énorme amas de décombres, apparaissent les ruines du château, d’une muraille noire, une fenêtre bleue vide comme l’œil même du passé regarde le panorama rose mélancolique du soleil naissant, la plaine tachetée de gris des sables et du jaune pâle des joncs qui ondulent, l’eau verdâtre du fleuve, les petits villages blancs avec leur clocher au milieu comme le pistil dans la fleur, les petits monts au dessus des villages et au fond le nuage mauve et or des montagnes du Nuorese. »

C’est une très jolie histoire, très bien racontée que celle d’Efix, le serviteur des  dames Pintor  qui cultive le petit domaine de ses patronnes nobles mais trop pauvres pour le payer. Trop nobles pour travailler sauf en cachette, ou se marier sans déchoir. Trois vieilles filles – elles étaient quatre sœurs mais l’une d’elles s’est enfuie. Et justement, le fils de la fugitive, Giacinto paraît au village. Ce jeune homme sera-t-il capable de redonner son lustre au domaine ? Tandis que les sœurs sont méfiantes, Efix donnera toute son affection au jeune homme. Même quand cela tournera très mal et que l’usurière lui permettra de ruiner ses tantes…

 

Galtelli

CARNET SARDE

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Galtelli paraît cher au cœur des habitants de la région. Toutes les personnes que j’ai interrogées semblent être attachées à ce bourg et le louent avec chaleur.

C’est un joli grazia deleddavillage où Grazia Deledda (Prix Nobel 1926) a situé son roman Roseaux au vent que m’a recommandé Nadia et que j’ai téléchargé hier sur ma liseuse. Le village offre une promenade littéraire : à chaque coin de rue un panneau de céramique porte une citation du roman en situation. Comme je ne l’ai pas encore lu, je ne peux les apprécier.

 

A notre arrivée résonne un charmant carillon. Remontant une rue très calme nous découvrons la petite église Santa Croce de 1612 aves ses arcades, son petit pignon et plus loin la grande église Crocifisse(13ème) avec son haut clocher carré comme une tour. En 1394, arriva un Christ de bois (gothique  catalan) miraculeux qui se mit à saigner en 1612. Ce miracle eut un fort retentissement dans toute la région drainant un pèlerinage qui occasionna la construction d’autres églises. Malheureusement la statue miraculeuse est emprisonnée derrière un grillage imposant et disgracieux.

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Le Musée ethnographique se trouve plus bas rue Cavour dans une très belle demeure campagnarde où l’on entre par un porche qui a une très belle arche et un puits dans la cour où on a disposé le matériel agricole d’autrefois : charrues, araires, herses, une antique botteleuse en bois. De vieux vélos, des meules de pierre ou des abreuvoirs de basalte complètent la collection. Le gardien du musée me trouve en train de photographier sans billet. Il se fâche un peu et me vend un ticket.

galtelli

La visite est guidée. Il existe deux sortes de guides. Ceux qui s’efforcent de parler pour être compris en ralentissant le débit et en vérifiant que je comprends. Ceux qui me noient sous un déluge de paroles et de détails sans imaginer que je suis incapable de capter une telle somme d’informations en Italien de surcroit. Ici, c’est la deuxième version.

La première salle est celle des bergers dont la condition est la plus dure à cause de l’isolement et de la pauvreté : on a suspendu les besaces en cuir, les gros godillots, les pièges à oiseaux. Les agriculteurs se trouvent plus haut dans l’échelle sociale : leurs outils sont plus élaborés. On visite un intérieur meublé : la salle à manger cossue a une belle vaisselle mais c’est une ièce aveugle.

J’ai aimé les jeux des enfants. Beaucoup utilisent des roseaux pour faire des pipeaux mais aussi des sortes de crécelles qui font des bruits terribles pour effrayer les corbeaux. Des roues montées sur de longs manches font des cerceaux.

Nous rentrons déjeuner au gite et passons une après midi tranquille au jardin malgré le vent qui souffle en tempête.

La plage est déserte. Le vent souffle de l’Ouest poussant l’eau vers le large et supprimant les petites vagues qui se brisent sur le sable. Je reprends mes aller/retours me tenant plus près du rivage que d’habitude. Je suis seule dans l’eau. Est-ce bien raisonnable ?