Rêves d’or – film de Diego Quemada-Diez

TOILES NOMADES

L’expression train-movie comme on dit roadmovie existe-t-elle?

Rêves d’or nous fait parcourir le Guatemala et le Mexique jusqu’à la frontière américaine à bord (ou plutôt sur le toit) de trains de marchandises avec les émigrants prêts à tout pour réaliser leur rêve d’or, le rêve états-unien.

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L’histoire commence dans un bidon-ville guatémaltèque, baraques de tôles, récupération du plastique dans une décharge. Trois amis, au départ : Juan le chef, Sara-Osvaldo cheveux courts sous une casquettes, seins bandés, Samuel, le gentil, moustache naissante. Quatorze, quinze ans, peut être seize, pas plus mais une grande détermination. Au bord d’une rivière, Chauk, machette à la ceinture, dans sa besace de l’eau et une petite calebasse, indien tzotzil tente de les suivre. Sara l’accueille tandis que Juan, jaloux veut le chasser….

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Ce n’est pas un voyage tranquille, il faut monter en marche, grimper sur le toit des wagons. Et là, ils ne sont pas seuls. Pas moins de 600 noms des figurants, candidats à l’émigration, figurent au générique. Solidarité de ces hommes et de ces femmes venant de toute l’Amérique centrale, Nicaragua, Honduras, Guatemala…solidarité aussi des paysans mexicains qui leur lancent les oranges qu’ils cueillent, des prêtres qui les ravitaillent et les hébergent. Le voyage est interrompu par la police (ou l’armée) qui renvoie les enfants au Guatemala. Attaque (presque l’attaque des westerns par des bandits qui rançonnent et enlèvent les femmes). Intervention louche de passeurs, de narco-trafiquants. Au final : frontière murée par un dispositif impressionnant.

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On traverse des paysages magnifiques et très variés, la musique est bonne. Le rythme du film d’aventure rapide. on n’a jamais le temps de s’ennuyer. On prend quand même celui de rêver avec Chauk qui ne parle pas Espagnol et qui vient d’un autre monde, si riche. On s’attache aux personnages.

Les acteurs Karen Martinez et Brandon Lopez ont l’âge de leur rôle, 16 ans. Rodolfo Dominguez est un indien Tzotzil des montagnes des Chiapas. Il est d’une expressivité étonnante.

La surprise de la rentrée. Un excellent film!

 

Inside Llewyn Davis – film des frères Coen

New York, 1961, Llewyn Davis, guitariste et chanteur folk, survit dans l’hiver en se produisant dans des bars et en vivant aux crochets d’amis et d’inconnus qui lui offrent un canapé ou un dîner. Il ne fait même pas l’effort d’être sympathique avec les amis qui lui rendent service. Un chat roux s’échappe. Une virée en voiture jusqu’à Chicago pour une audition auprès d’un producteur célèbre….L’intrigue ne mérite pas qu’on s’y arrête. Et pourtant on se laisse prendre, emporter dans cette Amérique des années 60. On se souvient 500miles away from home, Peter Paul and Mary, Joan Baez, on attend Bob Dylan ou Woody Guthrie… c’est que la musique est bonne, et l’acteur convainquant dans son rôle de looser. Les Frères Coen ont du métier. Film d’atmosphère aussi, ce New York hivernal a du charme!

voici la version de Joan Baez

et une des chansons de celui qui a inspiré le film

 

Tinghir de Salomon Malka

Salomon malkaLIRE POUR LE MAROC

C’est un mince livre (150pages) à glisser dans le sac de voyage, en partance pour le Sud Marocain – ou à télécharger (il y a une version Kindle), à lire dans l’avion ou ailleurs…

Attention! ce n’est pas un guide , vous n’aurez aucun détail pratique, même pas une description de la ville, aucune anecdote touristique, et il n’est même pas récent (2 000) et pourtant il nourrira votre imaginaire, peuplera ces mellahs abandonnés…. Livre mémoire pour ces Juifs marocains qui ont quitté le pays sans l’oublier, qui retournent retrouver le goût du Maroc. qui retournent prier aussi. Très beau Kaddish. Chapitre amusant racontant les mendiants.
Léger mais émouvant.

En attendant le très gros:

Histoire des relations entre juifs et musulmans des origines à nos jours de Abdelwahab Meddeb et Benjamin Stora

 

 

Tinghir-Jerusalem, film de Kamal Hachkar

TOILES NOMADES

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J’ai raté la sortie du film Tinghir/Jerusalem. Vendredi dernier, il se jouait encore à l’Entrepot, mais une seule séance. Il reste la VOD et Youtube.

Retrouvailles combien émouvantes entre Kamal Hachkar, marocain, français, natif de Tinghir qui a fait l’effort d’apprendre l’Hébreu et d’aller chercher en Israël ces Juifs marocains, « Berbères judaïsants » comme je l’ai lu quelque part, natifs aussi de Tinghir ou des environs. En VO on entend du Français, bien sûr, de l’Hébreu, de l’Arabe et du Berbère que certains pratiquent encore. Étonnant d’entendre que c’est l’Arabe marocain qui leur est naturel de parler. Mélange de Berbère et d’Hébreu pour les femmes.

Par de-là les relations judéo-musulmanes, la construction de l’identité dans l’exil est primordiale pour le cinéaste.

« C’est dans l’exil que je me suis construit… » [….] « c’est lorsqu’il y a un autre qu’on peut savoir qui on est »

 

Némésis – Philip Roth

némesis rothDans la lignée d’Indignation ou de la Tache…Roth raconte l’Amérique, son  Amérique, celle de Newark, 1944, dans un quartier juif.

Bucky Cantor, le héros, est un jeune sportif accompli dont l’armée américaine n’ a pas voulu en raison de sa mauvaise vue. Tandis que ses camarades se battent en Normandie ou dans le Pacifique, il dirige un terrain de sport pendant les vacances où les enfants du quartier se réunissent. D’être exempté, pendant que les autres sont à la guerre, il a conçu une certaine culpabilité.

Une épidémie de poliomyélite s’étend parmi les enfants de Newark. Comment s’en prémunir? La transmission de la maladie est encore mal connue. On s’en remet à une bonne hygiène, la lutte contre les mouches, une vie saine et sportive…sans empêcher que les enfants ne soient atteints et même que certains en meurent. Bucky Cantor y voit sa guerre personnelle.

Et voilà que sa fiancée lui donne l’occasion d’un nouveau poste dans la campagne. Bucky Cantor part pour un camp de vacances dans un lieu idyllique, loin, pense-t-il de la contagion. Mais il ressent l’abandon de Newark comme une désertion.Une de plus.

Némésis, la déesse de la Vengeance, de la Juste Colère, étendra sur lui ses foudres.

Encore une fois, Roth a su raconter avec talent et mesure l’Amérique des petits juifs de bonne volonté dans la tourmente, tragédie ordinaire.

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Le Peintre et le Pirate – Costas Hadziaryiris

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Une jolie surprise!

Un court roman qui commence par une histoire de pirates bien saignante, avec abordages pittoresques, qui tourne court et se poursuit avec un miracle rocambolesque en Angleterre pour se terminer dans un village grec perché. Nous allons de surprises en surprises. Jubilatoire! On esquisse un sourire, pour pouffer franchement. et plus on avance dans la lecture, plus c’est drôle!

 

 

Le dernier seigneur de Marsad – Charif Madjali

LIRE POUR LE LIBAN

Majdalani

La guerre en Syrie, la situation politique volatile – depuis longtemps – n’incitent pas au voyage touristique.

Reste la lecture!

Dernièrement j’ai été comblée:  Anima de Wajdi Mouawad et les Désorientés de Maalouf parus l’an passé, mais aussi le Voyage en Orient de Nerval et celui de Lamartine m’ont transportée sur cette rive de la Méditerranée.

Le Dernier seigneur de Marsad raconte la chronique familiale des Khattar, clan grec-orthodoxe originaire de Marsad, faubourg de Beyrouth, des années 1870 aux années 1980. Ascension  sociale de  cette famille de menuisiers qui sut profiter de la Première Guerre mondiale pour spéculer, des alliances avec des notables chrétiens, de l’acquisition de terres et d’un domaine dans la montagne. Chakib, le dernier seigneur, règne sur son quartier, son usine de marbre, le village de Kfar Issa avec une autorité quasi-féodale. Il distribue ses largesses à ses vassaux campagnards, est entouré d’une véritable cours en ville, fait et défait des élections et veille à maintenir son influence jusque dans les soubresauts de la guerre civile, quand Marsad se vide des chrétiens qui rejoignent Beyrouth-Est et que les musulmans réfugiés investissent les demeures restées vides.

C’est en seigneur que Chakib règne. Son souci est la transmission de son patrimoine, son usine, son domaine, son prestige. Son fils aîné, dépensier, volage et superficiel n’est pas capable de lui succéder. Il a bien des gendres, mais ils ne valent pas mieux. Le plus jeune fils Elias, serait brillant. Intellectuel, il épouse la cause des Palestiniens et des communistes et ne saurait prendre la direction de l’usine…

En lisant cette saga, on assiste aux mutations du Liban pendant un siècle, on découvre les rivalités,  les subtilités des équilibres de pouvoir entre les clans, les communautés, les alliances parfois contre nature. La guerre  s’installe à Marsad, respectant d’abord l’autorité du notable puis s’enfonçant dans  la destruction, le chaos, et la spéculation foncière.

lire aussi ICI

 

La Fin de l’homme rouge – Svetlana Alexievitch

La Fin de l’homme rouge ou LE TEMPS DU DÉSENCHANTEMENT

 

 

 

Sur la couverture, l’homme rouge est une femme brandissant d’une main, le drapeau rouge avec la faucille et le marteau, et, de l’autre, un bouquet – rouge –  bien sûr!

 

 

 

 

Le Désenchantement est double: désenchantement de la grande utopie communiste avec pour corollaire le goulag et le militarisme.  Désenchantement de ceux qui ont cru au libéralisme, manifesté en 1991 au nom de la Liberté et ont perdu dans les privatisations les maigres économies, ils sont restés sur le bord de la route tandis que d’autres s’enrichissait de manière insolente.

L’Homo sovieticus, était programmé pour la construction du socialisme dans la grande Union Soviétique allant de la Baltique à Vladivostok, cimentée par un patriotisme indéfectible…. Il vivait à la fois dans la croyance que l’homme est bon, et que tout travailleur est respectable, et dans  la crainte des dénonciations, étouffant les conversations dans les cuisines. Après 1991, il devient inadapté au capitalisme sauvage, aux privatisations, à l’enrichissement effréné et à la concurrence.

La liberté, est-ce plus de saucisson? des jeans dans les magasins?

vu au musée de Talinn

A travers une vingtaine de témoignages,  de destins individuels  et singuliers, on découvre une galerie personnages, du paysan qui se suicide en s’arrosant d’acétone, du héros de la guerre, de la fillette née au goulag,  au maréchal de l’armée, du jeune juif donné pour mort dans la forêt près de Minsk qui rejoint les partisans et y est fort mal accueilli, du couple de Roméo et Juliette – arméniens et azerbaïdjanais –  des Tadjiks, autrefois soviétiques, maintenant esclaves caucasiens soumis aux pogroms…. la mort d’une milicienne en Tchétchénie….

Il est beaucoup question d’amour, de solidarités familiales, de religion, de suicide et d’alcoolisme aussi. Une réalité complexe.

J’ai beaucoup aimé ce livre, j’en sors émue, mais perplexe :  ne sachant que penser des deux réalités, la soviétique d’avant Eltsine, la Russie capitaliste de Poutine.

« Dans les écoles soviétiques, on nous enseignait que l’homme est foncièrement bon. Qu’il est magnifique. Aujourd’hui encore ma mère croit que ce sont les circonstances horribles qui nous rendent horribles. Mais que l’homme est bon. Mais ce n’est pas vrai…Non ce n’est pas vrai! Toute sa vie,  l’homme est ballotté entre le bien et le mal.[….]Bon, on a farfouillé dans l’Histoire…des milliers de révélations, des tonnes de vérité. Le passé pour les uns,  c’est une malle rempli de chair humaine et un tonneau plein de sang. Pour les autres, une grande époque…. »

Angkor au musée Guimet

LE MONDE EN EXPOS

Angkor, Naissance d’un mythe, Louis Delaporte et le Cambodge

Mystérieux site redécouvert enfoui ans la jungle par les Français au 19ème siècle, Angkor a inspiré autant les explorateurs que les écrivains, Malraux cumulant dans la Voie Royale le roman d’aventure, l’archéologie et l’exploration. Notre guide, Prun, nous avait parlé de Mouhot. Delaporte participant à la mission de Lagrée en 1866 puis dirigeant deux autres missions est présenté dans cette exposition comme le découvreur d’Angkor.

les tours à visages du Bayon

J’aime les récits de voyages et les expositions dédiées aux explorateurs, même si, de leur temps ils furent mêlés à l’aventure colonialiste, même si les méthodes scientifiques n’étaient pas aussi rigoureuses que celles des archéologues actuels. Delaporte était marin, comme Loti comme Yersin. Le premier objet que j’ai remarqué dans l’exposition est l’uniforme de Delaporte. Natif de Loches, en Touraine, il peint  son pays natal en deux aquarelles. Les aquarelles d’Angkor Vat et du Bayon sont d’une grande poésie ainsi que ses carnets de voyages.

moulages des bas reliefs du Râmâyana à Angkor Vat

Dans ses missions, Delaporte était accompagné d’un très bon photographe. Ces épreuves anciennes m’ont impressionnées par la qualité des tirages aussi bien que de la précision des clichés que des matériaux employés. Il a rapporté des moulages de grande précision et magnifiques. Ces éléments décoratifs d’une grande finesse ont été depuis abimés aussi bine par l’érosion que les pilleurs ou les guerres, ce sont des témoignages inestimables pour les motifs disparus.

moulage des bas reliefs

Un autre pôle de l’exposition et de l’œuvre de Delaporte est la construction du Mythe d’Angkor dans un musée qui se tenait à Compiègne et dans la construction des différents pavillons des expositions Universelles et coloniales de Paris et de Marseille avec la présentation de  cartes postales, articles de Presse, affiches, maquettes

maquette

Bien sûr, en dehors de l’exposition,le Musée Guimet présente des trésors d’Angkor que je revois toujours avec plaisir

Frida Kalho et Diego Rivera – l’Art en fusion à l’Orangerie

 

Les personnages sont célèbres, personnalités passionnantes et passionnées! Et je n’étais pas seule dans la queue pour l’exposition.

 

 

 

Chronologie oblige, on fait d’abord connaissance avec  Diego Rivera en Europe au début du 20ème  siècle – influence de Picasso – Diego Rivera cubiste,  toujours figuratif et mexicain (Paysage zappatiste). Le magnifique tableau de Tolède   me fait penser à Martiros Saryan vu à Erevan.

Une petite salle présente des dessins et de magnifiques photos. Je  regrette que dans la revue de Connaissance des Arts que j’ai achetée ne figure pas celle où Frida Kalho de profil se regarde de face dans un miroir – ma préférée!

Dans la grande salle, les œuvres des deux artistes sont accrochées, encadrées par les reproductions des fresques monumentales. On passe de l’un à l’autre à plusieurs reprises. C’est sans doute cela : l’Art en Fusion, artistes complémentaires mais différents. Monumental, serein, politique pour Diego. Intimiste, souffrant, pour Frida. Frida en madone hiératique mais stérile,  ou en Saint Sébastien percée de clous à la colonne brisée, presque surréaliste, Peinture presque naïve évoquant les ex-votos…

Mention spéciale pour l’audio-guide qui est vraiment très intéressant!

A la librairie de l’exposition plusieurs biographies de Frida Kalho sont disponibles . Laquelle choisir?