Arouch et arrivée à Ashtarak

CARNET ARMÉNIEN

le caravansérail d’Arouch

Le GPS nous renvoie à Talin pour retrouver M1. Epuisée par les routes défoncées, la conductrice est ravie de trouver un axe principal. Repassant par le même itinéraire, nous trouvons le caravansérail bien en ruine, indéchiffrable.

La M1 est bien roulante.

Arouch église et palais des Mamikonian

Dernier arrêt (hors programme) à Arouch signalé par des panneaux. Non loin de la route nous voyons un caravansérail à trois arches au toit à double-pente (panneaux d’explications multilingues). L’église fléchée, paraît intacte. On a remonté les fenêtres vitrées, je ne sais pourquoi, la coupole effondrée laisse un trou béant vers le ciel, par lequel il pleut.

Ici aussi, il y a des panneaux qui décrivent  les structures : église Saint Grégoire (660-700) et palais (661-685) attribué à Grigor Mamikonian. Ici, je retrouve Vardam Mamikonia(388-391) et la bataille d’Avaïr, où les Mamikonians alliés à Rome combattirent contre les Perses, représentés sur la place de Gümri . Certains Mamikonians furent empereurs byzantins. Je me promène avec joie dans le palais fleuri de coquelicots et de moutarde jaune et découvre les grands chapiteaux.

vardam mamikonian

Nous arrivons tôt à Ashtarak. Encore une preuve de la gentillesse des Arméniens vis-à-vis des étrangers : le GPS ignore l’adresse de nos logeurs. Google-map nous a été bien utile mais nous avons dépassé la rue. Je m’adresse à un chauffeur de taxi en attente à la station< ; Très aimable, il se lance dans un long discours en russe, d’où il ressort qu’il faut faire demi-tour et tourner à gauche. On tourne trop tôt et repassons devant les taxis, le chauffeur démarre son véhicule et nous fait signe de le suivre. Quand on propose de payer la course il repart avec un grand sourire.

Nous logeons dans une maison cubique en pierre beige à étage, derrière de hauts murs qui enclosent un grand jardin. Un garçon d’une douzaine d’années, parfaitement anglophone vient à notre rencontre, aide à monter nos valises, propose du thé, allume la télé (très grand écran) et nous apporte même son ordinateur. Sa grand-mère est présente mais elle ne parle que le russe.

Notre chambre est vaste mais vide hormis 2 lits, une armoire et deux chaises les murs gris n’ont pas été peints (ni plâtrés). La salle d’eau est carrelée de neuf C’est très simple mais suffisant.

S’il avait fait soleil nous aurions été ravies de profiter du jardin. Il pleut. Nous nous sentons un peu abandonnées. Nous dînons seules à 7h30. La table est garnie des salades habituelles, herbes, fromage, lavach en plus d’un saladier rempli de dolmas toutes chaudes. La dame apporte un pichet de boisson au sirop d’abricot « fait maison », puis du thé.

Arménie-ouest de Gümri à Yereruik, Aragatsavan, Talin, Dashtabem

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sous la pluie, le long de la frontière turque, dans le brouillard….

 

Gohav a sorti du four 4 magnifiques beureks dorés. Nous en emporterons un pour le voyage.

Nous faisons nos petits sandwichs roulés, mélangeons fromage blanc, crème aigre et cerises en bavardant. Deux jours, et nous nous sentons en famille. Nous avons tant à nous dire….

Adieux : nous promettons de nous écrire, se revoir, peut être…

Il pleut. Nous quittons Gümri par une petite route qui longe un lac entre Turquie et Arménie. Un peu plus loin nous apercevons le lac derrière les barbelés. La vue serait magnifique s’il y avait un  rayon de soleil. Sous les nuages gris l’eau est d’argent. ON arrive à des collines caillouteuses.

Un écriteau invite à jeter un coup d’œil à la ville d’Ani – en Turquie – 8km de très mauvaise piste. Nous renonçons après quelques minutes. De loin en loin, des miradors surveillent la frontière. Un berger vêtu d’une longue cape garde ses bêtes. Il fait un temps iralandais dans ces verts pâturages.

yereruik très ancienne basilique

La route d’Anipemza conduit à Yereruik où se trouve la basilique Saint Jean Baptiste du 5ème siècle. Notre documentation dit qu’ »elle ressemble aux basiliques syriennes illustrant la transition entre l’architecture romaine et l’art arménien »

Juché sur un piédestal aux marches hautes, ce grand bâtiment clair a un plan rectangulaire tout simple. Sa décoration est très fine et aussi très simple : bouquets de fleurs stylisés, croix et rosaces, chapiteaux aux feuilles d’acanthe.

Yereruyk : grande simplicité du décor

Au débouché de la route principale, un campement de nomades s’est installé avec deux grandes tentes, les moutons, un âne et un camion. Nous rencontrerons par la suite plusieurs très gros troupeaux avançant sur la route, entourant la voiture comme une marée laineuse – têtes noires, laine marron.

le campement des bergers nomades

Le paysage change : on traverse des vergers d’abricotiers. Aragatsavan est un gros bourg avec une gare, des petites maisons, des potagers à l’ombre des abricotiers mais aussi des HLM et une usine désaffectée. La route est de plus en plus défoncée. On circule à 10km/h. le GPS nous ordonne de quitter cette mauvaise route pour une autre, pire encore. Il y a tant de trous qu’on se retrouve plus souvent à l’arrêt qu’en marche. Cette petite route ne traverse pas un village. La conduite est épuisante.

cathédrale de Talin sous la pluie

On arrive par surprise à Talin grosse bourgade qu’i n’a même pas de station-service digne de ce nom, juste une pompe qui ne vend pas de premium. La cathédrale se trouve à l’écart près du cimetière. Aucune information disponible sur place. Le Petit Futé décrit la façade ornée d’arcatures en pierre orange et grise et les vastes espaces intérieurs. Kaplanian souligne la lumière inhabituelle qui arrive par la coupole décapitée par le séisme de 1840. C’est le domaine des oiseaux. Sous la pluie, le jacassement des pies est plutôt sinistre. Je filme les fines frises qui bordent les ouvertures.

le donjon de Dashtabem

Route vers le sud : nous passons sans le voir devant le caravansérail très ruiné et atteignons la forteresse de Dashtabem (10ème – 19ème ). Elle est entourée par un mur d’enceinte en grosses pierres irrégulières avec des tours d’angles et se voit bien de la route. On passe sous un porche décoré avec des animaux fantastiques. Le donjon est étrange, rectangulaire à l’origine, en forme de croix, avec 4 tours qui dépassent.  Haut de trois étages, il est construit en pierres oranges très finement découpées, très lisses. Construction futuriste ? Un médaillon en arabe ou en persan témoigne de l’ancienneté de l’édifice. A l’arrière, une grue rouillée raconte qu’il a été restauré autrefois. Autour du donjon un chantier de fouilles archéologique a creusé de dangereuses tranchées qu’il faut éviter. Evidemment aucun panneau ne renseigne le visiteur. Kaplanian p140 m’informe que « l’inscription au dessus de l’entrée est en arabe et que le bâtisseur appartenait à une famille Shahaddide règnant sur Ani pour le compte des Seldjoukides en 1174 »

Le GPS nous renvoie à Talin pour retrouver M1. Epuisée par els routes défoncées, la conductrice est ravie de trouver un axe principal. Repassant par le même itinéraire, nous trouvons le caravansérail bien en ruine, indéchiffrable.

dîner en famille à Gümri- Recette des noix confites

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noix confites

Retour chez les parents de Jack et de Tatev.

Pour dîner, nous aurons de la soupe parfumée à la coriandre avec des boulettes de viande qui cuisent dans le bouillon, du sarrasin, et une salade de chou avec des lamelles de pommes et, bien sûr, la salade tomate-concombre-coriandre avec le fromage qui figurent sur toutes les tables arméniennes ainsi que l’assiette d’herbes fraîches variées. Nous avons enfin appris à manger le lavach – pain arménien – fin comme une crêpe mais beaucoup plus solide. On en déchire un morceau, on place dessus du fromage et des herbes ou de la salade, ou n’importe quoi, on roule et on mange avec les doigts. Avec la tomate et le concombre il faut un peu se méfier que cela ne coule pas. Fromage et basilic violet vont très bien ensemble (chanson Michelle…)

soupe et boulettes

Ensuite on débarrasse. Le dessert n’est pas prévu tout de suite. Plus tard avec le thé ou le café. A cette heure-ci, thé c’est plutôt tisane. Gohav conserve ses herbes séchées dans un sac de toile. Tatev fait un mélange de thym, baies d’églantines et barbes de maïs qui flottent dans un mug. C’est très joli. Après avoir infusé un quart d’heure elle filtre. Avec les infusions Gohar apporte le gâteau et les noix confites que  nous ne pourrons pas emporter en France parce que le bocal fuit. J’ai demandé la recette des noix sans imaginer que ce serait aussi compliqué. La mère de Jack téléphone à sa sœur et Tatev note sur une très longue page. Certains ingrédients posent problème : la chaux et l’alun ainsi que la cardamome (mais je la reconnais). Il faudra une bonne heure pour collecter la recette et je suis un peu gènée parce que c’est si compliqué et si long que je pense que je les préparerai jamais.

RECETTE DES NOIX CONFITES

 Choix des noix : prendre une allumette. L’allumette doit entrer facilement.

Eplucher les noix avec un couteau ?

Les faire tremper dans l’eau 10 à 15 jours en changeant l’eau tous les jours jusqu’à ce que l’eau devienne blanche.

Préparer la chaux 300g de chaux pour faire du lait de chaux . Mélanger souvent< ;

Mettre de l’eau froide et laisser de 4 à 8 heures.

Piquer avec une fourchette

Pour 1kg de noix prendre 1litre d’eau chaude avec de l’alun

Chauffer à nouveau 15 à 20 minutes

Enlever les noix et les mettre dans l’eau froide pour durcir 2 heures

Enlever l’eau froide et mettre dans l’eau bouillante 15 à 20 minutes.

Enlever l’eau chaude et plonger dans l’eau froide

Sirop : pour 1kg de noix, 1.2 à 1.5kg de sucre

Ajouter les noix chauffer 2heures

Réserver

Chauffer encore 2 heures (goûter pour voir si c’est cuit)

Ajouter les épices 1 heure avant la fin : mettre dans de la gaze : cinnamome, cannelle et clous de girofle.

5 minutes avant d’enlever du chaud mettre de la poudre de citron (sel citronné)

Gümri : francophonie

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l’école francophone de Gümri

Jack et Tatev ont appris leur français parfait à l’Ecole francophone de Gümri. La directrice nous reçoit dans son grand bureau. Autrefois l’école regroupait les classes de la Maternelle jusqu’au Bac. Les effectifs ont fondu et c’est la dernière année qu’elle accueille les Terminales. Je viens de la part du Comité de Jumelage de Créteil, porteuse d’un projet d’E-twinning. Créteil n’est pas officiellement jumelée avec Gümri mais établi un partenariat. Les gens de Gümri se souviennent très bien de la visite de la délégation cristolienne et sont très demandeurs de coopération. Cependant e-twinning est un projet européen assez contraignant . Il faudra travailler dur si on veut le concrétiser.

En attendant, nous visitons l’établissement . Les Terminales répètent dans la Salle de spectacle la chorégraphie pour la fête de la « dernière cloche » (on pense à la chanson de Sheila !). Ils dansent sur la chanson « Aux Champs Elysées ». Sur la vitre de leur salle de classe ils ont déjà peint une cloche (symbole de la fin de leur scolarité) à la manière  des troufions,, une quille.

Grenadier dans le hall

Un homme en uniforme qui passe dans le hall attire ma curiosité : c’est l’instructeur militaire. Pendant 4 ans les jeunes suivent un enseignement de préparation militaire. Très aimablement il propose de visiter sa salle, conforme aux instructions, et identique dans tous les lycées arméniens.

Peinture verte styles camouflage (très discret) . Un mur est occupé par les photos d’un vétéran arborant ses médailles de la 2de guerre mondiale, dans une vitrine, ses effets d’alors, y compris ses chaussures de foot. Un autre mur est consacré à la guerre au Karabagh(avec la liste des victimes originaires de Gümri) Un placard grillagé et cadenassé renferme les armes.

Dans ce lycée il y a un cabinet dentaire.

A côté de l’entrée sont placardés les portraits des meilleurs élèves.

Tous les halls et couloirs sont décorés de panneaux illustrés et colorés. Beaucoup en français racontent les voyages en France, la Classe d’Eau (2003). Il y a aussi des exposés d’élèves sur Paris, la France mais aussi la Journée des Femmes et d’autres sujets…

A 15h, nous sommes invitées du club des Francophones SPFA qui se réunit dans les locaux du lycée sous la direction d’Arévik Mkhoyan. Nous admirons la bibliothèque qui réunit toute une collection de la bibliothèque rose et de la bibliothèque verte. L’animatrice déplore que la lecture n’est plus très fréquente chez les jeunes. Chacun se présente, la plupart sont des lycéens de 10ème et de 11ème. Ils viennent au club pour le Français, bien sûr, mais aussi pour la guittare et l’informatique. Il y a également une écoute psy pour les adolescents et le club accueille aussi des autistes. L’été il organise des colonies de vacances à Vanadzor. Tous ont entendu parler de Créteil. Deux jeunes filles y ont même séjourné.

Nous parlons de jumelage, de pédagogie. J’apprends qu’il existe un groupe d’enseignants retraités qui se consacre à l’enseignement du français à l’étranger (GREFE) cela pourrait m’intéresser…pour plus tard !

Comme les jeunes ne participent pas trop au débat – sauf Sona qui termine ses études de pédagogie –  la rencontre se poursuit en chansons : Zaz dont Charles nous trouve immédiatement une version karaoké, Aznavour, puis des chansons arméniennes. Arrive à point le guitariste du club qui chante  aussi. Thé ou café ?on promet de graver le DVD de souvenir et de leur faire parvenir en souvenir. Une après midi chaleureuse ! Les échanges se poursuivront-ils ? Sous quelle forme ? J’aimerais bien que notre venue contribue à transformer le partenariat Créteil/Gümri en véritable Jumelage. Mais je n’ai pas la main là-dessus, c’est au comité de Jumelage, à la Mairie….aux officiels. Je n’oublie pas que nous sommes de simples touristes.

par  Youtube, un souvenir du passage des jeunes de Gümri à Créteil l’an passé:

Gümri : visite de la ville

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Gümri ou Léninakan soviétique?

La pluie tombe sur Gümri. Le contraste entre les façades de tuf rose, urbaines et sophistiquées, avec leur arches, colonnes, corniches, motifs sculptés géométriques et végétaux, avec les arrières cours immédiatement derrière les beaux immeubles qui sont campagnardes, vertes, aux arbres fruitiers fleuris (cerisiers et pêchers roses), est donc surprenant. Dans ces arrières- cours, il y a des maisons basses et même des baraques de bois et de tôle, la chaussée est de terre.

Le fort et Mère Arménie

Fort de Gümri – Léninakan?

Notre première visite est pour ce fort bas et circulaire, couronnant une colline, non moins d’une sculpture de Mère Arménie qui regarde la Turquie d’un air martial. Autant la sculpture de Mère Arménie de Yerevan avait un air sympathique (de dos on pourrait croire qu’elle joue de la guitare) autant son homologue de Gümri est figée pointant le ciel d’un geste menaçant. Le fort est en chantier. Peut être que dans quelques années il sera plus intéressant à visiter.

Vieux Gümri : quand Gümri s’appelait Alexandropol…

Dans les vieilles rues de Gümri . Alexandropol?

 

Une promenade dans les vieilles rues est balisée par des panneaux très détaillés, expliquant les particularités architecturales ou l’histoire des maisons anciennes. Mais il n’est pas aisé de trouver tout ce qui est décrit. Le nom des rues a changé, les numéros ne correspondent plus et sont dans le plus grand désordre. Les histoires sont charmantes : celle de la maison dont la fontaine (introuvable) devait porter chance à un  ménage arméno-russe avec une croix russe et une arménienne… La « maison du Traité »

….Je cherche une fontaine ancienne dont la photo illustrerait mon billet sur la Fontaine D’Heghnar de Mkrtitch Armen que j’ai beaucoup aimé. Je cherche, sans les trouver, les lieux du roman. Roman intemporel, qui raconte une ville sur plusieurs collines, une ville avec un quartier arménien, un grec, un turc…ville d’avant les Russes? Ville rêvée?

boutiques et échoppes des artisans

Promenade tranquille dans les rues pavées en pente où les maisons modestes alternent avec les maisons de maître. On a joué avec les couleurs du tuf. Basalte noir et tuf rouge faisant des damiers, des colonnettes. Les arbres fruitiers ont un air printanier. Je regarde par les fentes des portails de bois, entre dans les cours…Des artisans occupent le rez de chaussée, boulangers, cordonniers, photographe à l’ancienne, imprimeur…des restaurants un peu chics coexistent avec les échoppes. Ici on a briqué la façade. Là, on a ajouté un auvent de tôle disgracieux.

sur la place de la mairie Vartam Mamikonyan

Nous garons la voiture sur une grande place occupée par de nombreuses banques et descendons la rue piétonnière qui conduit à la place de la Liberté où il y a la Mairie – toute neuve crème – et deux églises. L’une d’elle complète et très noire, l’église des 7 douleurs avec sa coupole au toit pointu tombé en 1988,  en face la Cathédrale entourée d’un échafaudage. Un panneau raconte que pendant la période communiste, la Cathédrale était une salle de concert. Il est aussi expliqué que les clochers encaissent les secousses et protègent l’église. Dans le cas de la Cathédrale cela n’a pas dû aider, les dégâts furent spectaculaires : une photo de 1988 montre un pan de mur à la place du clocher. En 25 ans les chantiers se succédèrent et s’arrêtèrent faute de crédits. L’extérieur est pratiquement complètement remonté. Tatev, la sœur de Jack nous en racontera un peu plus : le groupe de statue qui occupe le centre de la place représente le roi Mamikonian entouré de ses guerriers, au 5ème siècle . Ce soir Vartan était censé donner son nom à la place, selon le désir du maire qui portait le même prénom. Tatev nous montre aussi le Cinéma Octobre joliment rénové.

avant et après le séisme

Dans la « cour de l’église » se trouvent de magnifiques khachtkars, l’une des stèles représente le séisme du 7 décembre 1988. Les stèles sont dans el style de la ville de Djura. – très belles.

Non loin de là, on entre dans le marché. Les étals les plus photogéniques sont ceux des conserves colorées, de viande séchée, de charcuterie de saucissons et pastramis rouges. Vendus avec les épices, les semences : graines de carottes, de chou-fleurs, de melons ; les haricots noirs et blancs, mouchetés roses, sont-ils à manger ou à semer ? Il y a même de l’encens à brûler avec les graines.

au marché : épices et graines

Nous achetons plusieurs mélanges d’épices très odorants après les avoir gouté : de couleur orange avec du sésame, rouge avec des paillettes dorées, basilic violet et une plaque de framboise en pâte fineséchée pour 1000dram.

Gümri: chez Gohar et Mouchegh : recette des dolmas, soirée en chansons

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cuisiner les dolmas

Nous logeons chez les parents de Jack, sur une belle artère du Centre-ville. Nous passons devant des casernes russes construites en belle pierre, qui semblent encore occupées. L’huisserie est toute neuve. Un détachement marche en rang sur le trottoir portant une sorte de toile en toile couleur jute (que nous avons vu en Lettonie dans la Prison militaire de Liepaja). Russes ou Arméniens ? Tout le quartier semble russe : le cyrillique remplace l’écriture arménienne. Un magasin porte même l’enseigne CCCP en grosses lettres rouges. Voyage dans le temps ? la frontière turque est à quelques pas d’ici.

Au centre de Gümri, la chaussée est en meilleur état avec quelques trous, sans plus. Les larges avenues sont construites de beaux bâtiments. Certains sont neufs, d’autres plus anciens. Arches, façades sculptées, des corniches ornées, 3 étages. Le père de Jacques nous accueille sur le trottoir. Les parties communes de l’immeuble ont connu des jours meilleurs, un coup de pinceau s’imposerait. Les balcons sont renforcés par de la tôle. Solidité de ces immeubles anciens ou hasard de la structure du sous-sol, ce quartier ne semble pas avoir trop souffert du séisme.

L’appartement est très haut de plafond, il possède de grandes fenêtres. Les pièces sont de belles dimensions. Elles sont très claires et très agréables. Les meubles de bois verni sont dans le style des années 50 ou 60  – périodes fastes. Notre hôte était ingénieur. Son usine a fermé à cause du séisme. Il n’a jamais retrouvé une position équivalente en Arménie et a dû travailler en Russie . Deux machines à coudre industrielles occupent un coin de la cuisine. On demande:

Êtes vous couturière ? »

– »Non !» sur un ton indigné.

Le père montre des chaussettes. Méprise. Je crois que les machines les reprisent, je montre mon pantacourt préféré qui a bien besoin d’être reprisé. « Non » Ces machines fabriquent les chaussettes et ne les reprisent pas. Machines bien inutiles.

La communication est un peu compliquée : quelques mots d’allemand,-un dictionnaire  Français-Russe sur la table, des dessins sur mon cahier,  des gestes. La mère de jack a autrefois appris le français qui revient en mémoire au cours de l’après midi. Le soir, elle construira des phrases entières correctes. On feuillette le dictionnaire et finalement on se comprend très bien.

Dolmas arméniennes

 Au programme : cours de cuisine. Confection des dolmas arméniennes, différentes des grecques ou des libanaises, dans des feuilles de vigne. On utilisera des feuilles de chou et cela ressemble plus aux sarmalés roumains  qu’aux feuilles de vignes que je connais.

A notre arrivée, la viande a déjà été hachée, mélangée avec des oignons. La dame hache au couteau sur une planche à découper en verre, des oignons verts, de la coriandre en gros bouquet. Elle ajoute du concentré de tomate, du piment, du paprika et du poivre. Elle émiette des feuilles de ce basilic violet séché. Un verre de riz trempe dans une écuelle en attente. On en versera tout le contenu (riz+eau) dans la bassine de viande. On farcira aussi des courgettes évidées. Dans un faitout il y a de l’eau qui bout pour blanchir le chou qu’elle effeuille encore chaud et cru. . Il reste à rouler les dolmas en enlevant les trop grosses côtes puis les ranger soigneusement au fond du faitout et placer les courgettes farcies sur le dessus. Le tout est bien tassé. Une assiette retournée appuie sur les farcis et assure la cohésion. A chaque étage et dans les courgettes elle met des portions généreuses de beurre. Les légumes vont mijoter dans une sauce tomate diluée, à feu doux jusqu’au dîner.

L’intérieur des courgettes est mélangé à des oignons verts, de la coriandre, de la sauce tomate et du beurre, poêlé pour faire une « salade » chaude.

A 19h, on goûte les dolmas. Je me préparais à les couper au couteau et fourchette ; la dame me montre qu’il faurt prendre un morceau de lavache – pain mince comme une crêpe – y insttaller la doma avec un peu de tomate et concombre et rouler le tout.

Au dîner, on mange les dolmas dans une assiette.

En attendant le dîner, pendant que les dolmas mijotent. Nous partons pour un tour en ville. Rapide tour en voiture parce qu’il pleut et que cela a fait nettement baisser la température.

Le dîner est joyeux. La dame chante en arménien et en français. On chante aussi. On filme.

monastère de Marmachen

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Le monastère de Marmachen dans le creux du vallon

 Le monastère de Marmachen se trouve à une quinzaine de km de Gümri vers le Nord Ouest tout près de la frontière turque. La route traverse des zones de ruines et à  proximité du site un dépotoir, sacs en plastique volants et gravats. La route devient une piste pleine de trous qui descend en lacets.

Nous avions imaginé un  monastère perché sur une colline comme les autres vus précédemment. Marmachen est niché dans un creux. Marmachen se mérite. La descente sur la route défoncée en épingles à cheveux est une épreuve. Mieux vaut finir à pied. Tout à coup, les coupoles émergent d’une floraison blanche et rose. A l’arrière, un petit canyon, un ruisseau qui a créé en aval un petit lac, plus loin paissent des troupeaux dans une prairie vert vif. Un coin de paradis après l’enfer du séisme. Deux églises : une grande et une petite qui se ressemblent ; un mur circulaire comme une tholos, à l’intérieur, comme à Garni : une église à plan cruciforme très ruinée.

Marmachen avant l’orage

Des noirs nuées d’orage s’accumulent. Les bergers à grands cris rassemblent leurs troupeaux. Le vent se lève. J’avais envie de dessiner. Nous avons juste le temps de rentrer en voiture ; une grosse goutte s’écrase sur le pare-brise. C’est l’averse, courte mais drue. Quand nous atteignons la ville la pluie a cessé.

Arrivée à Gümri

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A l’entrée de Gümri, d’autres monuments de style soviétique : une colonne géante à section carrée très haute et très large porte l’étoile rouge. En face des statues à taille humaines : trois travailleurs peints en gris mais déjà atteints par l’érosion.

La traversée de Gümri tout au moins de ses quartiers périphériques, laisse une impression étrange. La chaussée est complètement défoncée. De nombreux immeubles sont en ruines ; Abandonnés après le séisme ? D’autres, dans le voisinage sont habités. Difficile de comprendre. Certains quartiers sont rasés. Des gens habitent dans des sortes de baraquements. Le séisme a eu lieu en 1988, il y a maintenant 25 ans et les plaies sont encore béantes. Nous avons déjà traversé une zone sinistrée par un séisme à Izmit (Turquie), un an après le tremblement de terre. Des immeubles étaient effondrés  comme  des châteaux de carte à côté d’autres intacts. A côté des ruines, on a construit de belles maisons de pierre aux façades finement ciselées et des bâtiments de verre.

 

sur la route vers l’ouest : d’Haghpat à Gümri

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Complexe industriel à Alaverdi

Quittant le village, nous passons sous les « arcs de triomphe » du gaz, tuyaux jaunes faisant de hauts coudes à chaque intersection pour laisser passer les camions. Les compteurs individuels sont dans la rue et les petits tuyaux passent par les jardins. Repassant sur la même route qu’hier, nous découvrons entre Haghpat et Sanahine, perchée sur une butte, une forteresse. La vallée est occupée par les complexes industriels qui rouillent et se ruinent. La route franchit la rivère à Alaverdi ; Un téléphérique monte d’Alaverdi à Sanahine.

A Toumanian, la vallée est aussi encombrée d’usines en ruine ainsi que Vanadzor. Cette désindustrialisation spectaculaire est attristante. Que sont devenus les ouvriers ? Cette industrie lourde des années communistes était-elle viable ? Est-ce la fermeture des frontières, des approvisionnements, des marchés qui a causé cet effondrement ? J’ai oublié sur le moment le séisme de 1988.

la récolte des « asperges »

Après Vanadzor, la route M3 continue vers l’ouest. A droite, les montagnes sont très pelées, l’herbe, rase, pas un arbre, pas un buisson. A gauche, vers le sud, il y a des villages et des arbres en fleurs. La route évite Spitak par un tunnel moderne et bien éclairé. Nous entrons dans la Province de Shirak. Nous traversons alors une plaine où l’herbe est très verte et  constellée de fleurs blanches. Deux femmes courbées déterrent avec un grand couteau des plantes. Ce sont des tiges très blanches puisque enterrées qui portent des feuilles dentées, épaisses brillantes. Elles sont très gentilles, acceptent de se faire photographier : la plus jeune enlève le foulard et libère une belle chevelure brune et brillante. Difficultés pour communiquer. J’appelle Jack avec notre téléphone arménien, passe l’appareil à une des femmes afin qui’il nous donne le nom de la plante énigmatique. Il traduit spontanément « asperge », « non ! les asperges, nous les connaissons ! » Il fera une recherche plus poussée sur Internet et rappelle : c’est une plante endémique qui ne pousse que dans certaines régions d’Arménie .

Qui connait ces herbes?

Nous passons un col à 2000m où se trouvent encore des névés. Un peu plus loin se trouve une série de monuments (tout en arménien, incompréhensible) deux colonnes, une fontaine et une stèle de basalte gris. Plus loin, un aigle sur un grand monument rouge.

Le monastère d’Haghpat sous le soleil

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le monastère d’Haghpat

La lumière très belle du matin nous invite à retourner au monastère d’Haghpat. Nous découvrons la grande fontaine (1256) toujours en fonction. Il y a même un miroir pour y faire un brin de toilette. Le fronton triangulaire est soutenu par des colonnes trapues aux chapiteaux carrés formant de belles arcades.

On entre d’abord dans le Gavit avec ses 4 très grosses colonnes. L’église Saint Néchan (Saint Signe)  fut bâtie de 976 à 991 par les frères Sembat et Gurgen, fils de la reine Khosrovanouch. Le dôme fut l’œuvre de l’architecte Tiridate d’Ani qui avait réparé celui de Sainte Sophie de Constantinople. Un balcon spécial est réservé à la famille Kiourykian. Ce matin, la lumière est superbe pour admirer les fresques du 13ème  : un Christ Pantocrator qui ressemble à celui des églises byzantines, domine dans la coupole au dessus du chœur. Dans les autres fresques on devine une Cène.

A côté de la grande, la petite église Sourb Astvatsatine est très mignonne.

Le Khatchkar où figure le Christ en croix est tout à fait exceptionnel. De plus il est coloré au rouge de cochenille. Cette cochenille aurait été très recherchée dans les cours égyptiennes à Constantinople et en Europe.

Dans la bibliothèque, les jarres enterrées m’avaient intriguée. Les panneaux officiels donnent une autre explication : dans ces jarres étaient entreposés du vin et des produits laitiers. L’atmosphère humide était favorable à la conservation des manuscrits et de la nourriture ; A chaque invasion, les moines cachaient les manuscrits précieux dans des cavernes. Au 13ème siècle les Mongols torturèrent les frères pour connaître les cachettes. Mais les moines ne donnèrent pas les « perles aux cochons ».

Dans le Gavit d’Hamzasp (1257) se réunissait l’assemblée des moines. Deux puits de lumière (erdik) éclairaient le refectoire. Le sol du Gavit est pavé de pierres tombales qui littéralement mettaient les puissants de la famille Kourikyan à nos pieds.