Roman historique ou livre d’histoire?
Le sujet m’intéresse, et je rentre d’Arménie. j’ai donc lu avec beaucoup d’intérêt ce roman qui commence en 1896 avec la prise de la Banque Ottomane par des Arméniens et qui se termine en 1921 avec l’exécution des principaux responsables du Génocide de 1915. leçon d’histoire!
L’auteur met en scène différents protagonistes, une famille d’Erzeroum, un député arménien, les responsables politiques « Jeunes »Turcs », les témoins occidentaux… Fidèle aux faits et aux témoignages.
Leçon d’histoire, pour le roman historique, le souffle est court. Je ne suis pas arrivée à m’attacher aux personnages, trop conventionnels, dans un décor convenu, peu de littérature finalement. Mais est-ce important pour un tel sujet?
Dernier reproche : le titre .Pour quoi Erevan? L’action se déroule entièrement en Turquie et jamais à Erevan?
je me suis promise de rechercher les Quarante jours de Musa Dagh de Franz Werfel qui raconte aussi le génocide que j’ai lu autrefois et qui m’avait impressionnée.
140 ans de peinture allemande, forcément des choix, la période est longue, variées les inspirations.
Inspiration antique : découverte de l’Italie et de la Renaissance, historicisme, cathédrales gothique, plusieurs vues de la cathédrale de Cologne. L’historicisme m’ennuie prodigieusement. Tableaux bien faits, trop bien faits.
Retour à la nature : face à face, l’herbier de Goethe et celui de Klee. J’ai aimé, surtout Klee.
Grands et beaux tableaux de Caspar David Friedrich. Montagnes romantiques, arbre aux corbeaux, paysages surgissant de la brume. C’est pour moi une belle découverte.
XXème siècle, horreurs de la Grand Guerre Otto Dix, Metropolis, Beckmann, art décadent? Un choc.
Si cinéma veut dire pour vous, action ou histoire romanesque, si vous vous endormez facilement dans le rythme lent des films contemplatifs, passez votre chemin…
La Beauté alterne avec la plus grande vulgarité. C’est comme cela que j’imagine l’Italie berlusconienne. Dans un cadre de rêve (une terrasse avec vue sur le Colisée) des fêtes mondaines se déroulent, mariachi, variations sur le thème du petit train, danses hypnotiques réunissent les people, faune de parvenus, starlettes, artistes reconnus ou en panne d’inspiration. Danse hypnotique sur une musique abrutissante.
Le héros, Gep, écrivain qui n’écrit plus, plus mondain qu’écrivain déambule….philosophe, esthète désabusé…j’ai eu du mal à le trouver séduisant ou sympathique. Et pourtant, la fulgurance des images de Rome, une fontaine, une statue, une expédition dans un palais encore habité par des princesses vieillissantes qui jouent au cartes, m’a réjouie.
Le film est long (2h20) et j’en redemande; encore une statue, encore une fontaine. Je crois rêver, à La Dolce Vita, désabusée, mais pas encore vulgaire.
Critique de l’Italie berlusconienne? Caricature de cet ecclésiastique qui répond à une question angoissée sur la foi par d’interminables recettes de cuisine, et au final apparition de cette sainte improbable, et encore! Un enterrement, comme une mise en scène théâtrale. Que dire de cette cérémonie de l’injection de botox. Les trouvailles ne manquent pas dans cette histoire sans histoire. Et Rome est magnifiée. Gep, finalement humain.
Parlons d’abord cinéma : L’Attentatest un excellent thriller, le spectateur ne s’ennuie pas un instant. Même si on a lu le résumé , si on sait déjà que le Docteur Jafaari, célèbre médecin arabe israélien, apprend que sa femme s’est faite exploser dans un attentat, on ne s’ennuie pas un instant. L’action se déroule au rythme haletant d’un film policier.
Amine Jefaari mène l’enquête de Tel Aviv à Naplouse. Les indices sont minces et distillés petit à petit. Les acteurs excellents, le décor plus que réel (parti pris que le réalisateur libanais a imposé malgré le handicap d’avoir tourné en Israël, et qui lui vaut la censure dans son pays).
Comment Amine n’a-t-il rien vu, rien deviné? Comment Siham a-telle mené une vie parallèle à l’insu de son mari? Comment une femme qui vit dans la bourgeoisie israélienne, moderne, éduquée, chrétienne, belle, aimée peut elle se transformer en martyre?
Un indice, une lettre : « A quoi sert le bonheur quand il n’est pas partagé ? »
Naplouse
La quête d’Amine le mènera à Naplouse où le point de vue sera radicalement décalé. Quels sont ces radicaux, ces terroristes qui ont « lavé le cerveau » de Siham? La réponse se trouve sans doute chez ce Cheikh exalté qui prêche à la radio?
Changement de décor : nouvelles perspectives, nouvel indice:
» Le bâtard n’est pas celui qui ne connaît pas son père, c’est celui qui ne connaît pas ses racines. »
Retour à Tel Aviv, Amine pourra-t-il reprendre sa vie à l’hôpital? quels seront ses rapports avec ses collègues et amis juifs? Plus grave, que fera-t-il de son enquête personnelle? Sa collègue qui l’a soutenu, lui rappelle: il y a eu 17 victimes dans l’attentat, des enfants qu’il a lui-même soignés! Il n’est pas question d’occulter cela non plus.
Tout est dans la nuance, l’ambiguïté, le refus du manichéisme…dans l’impasse aussi!
Au-delà des grilles du parc, la large rue Beyrouth avec ses plantations et ses fontaines. Un portique prolétarien nous emmène à des cafés à l’ombre de grands arbres puis à l’immense place Hanrapetyan, la grande place ovale entourée par les bâtiments officiels, ministère, Poste centrale, Musée National, Hôtel Mariott.
Exposition des Tapis Arméniens 17ème -19ème
tapis ancien arménien
J’avais prévu de visiter la Galerie Nationale de peintures et l’exposition des Tapis Arméniens ? Encore un programme trop chargé ! J’ai préféré me concentrer sur l’exposition des tapis. Deux salles au rez de chaussée du Musée National présentent des dizaines de tapis merveilleux. Un texte détaillé explique origine, dates, mais aussi analyse les motifs. Lire un tapis qui raconte une histoire est une aventure nouvelle pour moi. Les histoires des tapis arméniens sont des histoires merveilleuses d’eau et de dragons, associés comme symboles de fertilité. Histoire d’aigles aux ailes déployées, de béliers ou de taureaux sacrifiés. Dragons et eau ont été gravés depuis la Préhistoire sur des pétroglyphes : Vishaps. Mis en regard des tapis, des poteries très anciennes présentent les mêmes symboles : dragons à 7 têtes, zigzag de l’eau qui court…
Les tapis racontent aussi les fleurs, les pommiers en fleur. Les arbres sont parfois arbres de vie ou arbres de Jessé. Des croix affirment l’origine chrétienne du tisserand. . parfois, à côté d’un médaillon central tout l’espace est couvert de figures animalières , certains animaux sont facilement identifiables, les dragons pas toujours.
Il nous reste 18500dram. Le taxi du retour n’excèdera pas 1000 dram. Il nous faut changer l’argent en trop. Toutes les banques sont fermées. Je cours le quartier, tentant ma chance à l’Hôtel Marriott, où je suis éconduite et dirigée vers une galerie commerçante – fermée. aAprès avoir sillonné le quartier j’aboutis dans le hall de l’Hôtel Aviatrans où Jack a son bureau. Miracle, le changiste de l’hôtel travaille et j’échange 17.000dram. Un taxi nous remonte chez Hasmik. Dans le centre de Yerevan, son compteur reste bloqué à 600dram. Avenue Babayan, on arrive à 737dram.
Soirée d’adieu, un peu mélancolique. Hasmik nous a préparé une soupe délicieuse. Jack vient nous voir. Il a apporté un cadeau. Hasmik aussi nous fait une surprise : à la tisane qu’elle nous avait promise elle a ajouté des soudjouks que nous adorons. Puis quand elle me voit photographier ses sets de table en tissage elle nous en donne 4. Dernières photos. Jack se met au piano et nous donne un vrai récital de musique arménienne: Arno Babadjanian Elégia et Tigran Hamassyan.
Il faut se séparer et se coucher tôt : demain réveil à 3h30 !
Le marché est fermé, nous devions y acheter nos cadeaux : tisanes et fruits secs. Deux marchandes d’herbes proposent des asperges, des orties et l’herbe frisée qu’Hasmik nous a cuisinée la semaine dernière, des radis et même du plantain.
Mosquée de Yerevan
La mosquée se trouve juste en face. L’entrée est assez discrète dans la grande avenue Machtots, mosaïque multicolore et inscriptions en persan.
En bas de quelques marches, on découvre un jardin très frais entouré dans un patio entouré d’arcades de minces briques roses alternant avec de petits carreaux turquoise soulignant les arches orientales.
salle de prière et coupole persane
Au fond, une coupole turquoise ornée d’un bandeau jaune et de médaillons jaunes aux inscriptions persanes, surmonte la salle de prières cubique carrelée de motifs délicats de couleurs fraîches et extrêmement fleuris et compliqués : fond blanc, fond turquoise, fond jaunes arabesques et fleurs. Dans u n coin le minaret de briques aux motifs zigzagants, est surmonté d’une petite coupole assortie à la grande coupole.
Le jardin est organisé autour d’un bassin carré, bleu piscine, tour de marbre de facture peu soignée. Massifs de rosiers rouges, des grands arbres : marronnier en fleurs, acacias, noyers, lilas et chèvrefeuille. En dehors des agents de sécurité et d’un homme qui fume, assis sur un banc, il n’y a que nous. Halte tranquille que j’utilise pour écrire.
jardin tranquille
Pour rejoindre la grande Place de la République (appellation trouvée sur le Petit Futé mais inconnue des habitants), nous coupons par un parc populaire où l’on loue des voitures métalliques pétaradantes d’un autre âge (l’enfant est au volant, le papa sur un strapontin installé sur le garde-boue), où rouille une grande roue et de désuets chevaux à bascule. Dans une arène, des hommes jouent,. Les uns au trictrac, les triangles des « maisons » ne sont même pas dessinés. Debout, ils jettent les dés et font glisser les pions sous l’œil intéressé des spectateurs ; D’autres jouent aux échecs. Sur une table on peut décorer des masques blancs avec des couleurs….
Les statues des héros de l’Armée Rouge ont reçu hier, 9 mai, leurs couronnes….
Nous nous installons à une guinguette (musique-pop russe en clips sur un écran plat). Nous asseyons à une petite table ronde couverte d’une nappe de lainage à damier rouge et noir. Le serveur est très gentil. Notre commande est facile, 1 kebab, 1 chicken-burger, 1 taboulé, 1 verre de vin blanc et 1 bouteille d’eau. Le vin arrive en double. L’eau est servie dans une élégante bouteille de vodka, élégante mais pas capsulée, gratuite – c’est l’eau de la fontaine. Avec deux cafés l’addition se montera à 5.500dram (11€)Le kebab est servi enroulé dans du pain arménien qui le tient au chaud. Le taboulé est très vert, excellent. Le boulgour est noyé dans la coriandre avec une feuille coupée en lanières, très verte, pas identifiable, sauce à la tomate et beaucoup de citron. On se régale pour notre dernier déjeuner arménien. Demain nous serons arrivées à Roissy.
Yerevan vue de la Cascade : le jardin des sculptures et l’Opéra
Les Arméniens font le pont du 9 mai au lundi 13 : vacances scolaires, mais également banques fermées, administrations et même les escalators de la Cascade et le Centre d’Art Cafesjian que je me faisais une joie de visiter. La collection des sculptures de plein air me laissait présager un musée d ’art contemporain très intéressant. On se console en examinant avec soin les paliers de la Cascade. Le premier présente une piscine carrée où l’eau lisse reflète trois nageurs prêts à plonger en métal argenté brillant. Sous la fontaine deux tortues marines et des nageurs sont en bronze.
la Cascade
Au deuxième niveau : le bassin est à sec : carrés en damiers forment des gradins, chacun porte une grenade d’où jaillira un jet d’eau. Le bas relief du mur représente un oiseau merveilleux dont les ailes sont composées de grenades, grappes de raisin, motifs en amandes, fruits ou poissons. Renversé, sous l’oiseau : un éventail. Sur me rebord vers la ville, un homme est bizarrement agenouillé et grimaçant, du chinois Yu Minjun, lui font face trois mobiles très colorés d’Andrea Carson.
Le troisième niveau illustre le thème « urbanization versus wild life » : un ours polaire de marbre du Chinolis Zhaolui Liu, tourne le dos à une fusée chromée à deux étages polonaise (1980) tandis qu’un lion solitaire occupe tristement le centre du palier. Quand je m’en approche, je découvre que le sculpteur n’a pas fait son lion en bronze mais en pneus de moto lacérés.
Le 4ème palier est introduit par 4 lettres du mot LOVE ; Dans la piscine à damier, une demi-tête humaine est à demi immergée faisant face à un poisson de bronze exondé.
Lapin acrobate de Flanaghan et soldat de Botero
Enfin ! la descente des marches est terminée. Nous pensions tranquillement les descendre avec l’escalator. Le Chat de Bottero nous accueille en face de la Mouette bleue. Je note les noms des sculpteurs : Saraj Guha pour les impalas, Barry Flanaghan (UK) pour les lapins acrobates, trois sculptures sur ce thème.
Il fait bon ce matin. Il n’y a pas de voitures dans les rues. A l’Opéra nous prenons la rue Moskovian qui décrit une courbe pour aller à la Maison Musée Martiros Saryan.
Maison Martiros Saryan
Martiros Saryan (1880-1972) a étudié à Moscou. Il n’échappa pas à l’influence des impressionnistes puis des Fauves, disciple de Gauguin et de Matisse. La première salle (1909-1917) présente des tableaux colorés sur des sujets orientaux et égyptiens où les animaux sont très présents. Un de mes préférés Night landscape in Egypt montre la gamousse. Dans Persia, des ânes et des gazelles.
En 1921, Martiros Saryan et sa famille s’installent à Yerevan. Les Tableau de cette salle illustrent une Arménie rurale, colorée, orientale avec des maisons aux toits plats, des balcons de bois bleu. L’Ararat mais aussi l’Aragats. Je découvre Ashtarak tel qu’Ossip Mandelstamm a dû la voir, villageoise, orientale, au pied de la montagne. Réalisme socialiste oblige, Saryan peint aussi les usines d’Alaverdi et ses cheminées fumantes.
Nous avons téléphoné à Hasmik qui était avec ses enfants au Parc de la Victoire où se sont déroulées les Célébrations du 9 Mai. Elle arrive en même temps que nous poussant Mati endormie dans sa poussette. Sona, petite fille sage, tient deux ballons de baudruche rouges.
Le nettoyage de la voiture s’effectue à la main et au chiffon. Hasmik a pris rendez vous par téléphone au MOIKA de la rue Babayan. Pour 2000 dram deux semaines de pérégrinations dans les chemins boueux ou poussiéreux et de piqueniques sont effacés.
Nous invitons Jack à prendre un pot sur une jolie terrasse su le bord d’un frais bassin dans un café chic. Bilan de notre circuit : nous n’avons que des félicitations à lui adresser. Ma seule critique concernerait la belle Kia Rio, bien trop belle, trop neuve, trop basse pour les routes arméniennes. Une Lada Niva aurait été plus indiquée. Jack nous répond que, sans direction assistée, la conduite aurait été fatigante et que les Lada sont spéciales à conduire.
Des questions me trottent dans la tête :
Pratiques : absence de panneaux explicatifs sur les sites : selon Jack certains n’ont pas supporté les intempéries mais la plupart ont été retirés par le Ministère de la Culture pour correction des erreurs. Ils sont consultables sur Internet : armenianmonuments.org.
Désindustrialisation : elle est ancienne. Dans la région de Gümri et de Vanadzor, la fermeture des usines est consécutive au séisme de 1988. La plupart des usines ont été conçues à l’échelle de l’Union Soviétique, correspondant à une demande globale. Elles sont maintenant surdimensionnées pour la petite Arménie. Jack ne regrette pas du tout les complexes chimiques très polluants qui empoisonnaient le pays. En revanche il critique les dirigeants qui ont bradé les usines et vendu les machines pour s’enrichir pour leur propre compte, privatisé les services. Il aurait fallu favoriser l’industrie légère et les fermes collectives au lieu de les démanteler.
Il soulève un problème douloureux : l’émigration. Sans travail, les hommes partent en Russie comme saisonniers et ne rentrent que les mois d’hiver déstructurant ainsi la vie familiale. Pire, une émigration est organisée par le Quebec et la Russie. 250.000 Arméniens ont quitté définitivement le pays, un dixième de la population totale.
Jack fonde de bons espoirs sur le tourisme pour fournir des emplois. Le secteur est encore embryonnaire. Les hébergeurs qu’il emploie n’ont pas de compte bancaire pour des virements. Il est forcé de les payer cash et ne peut pas déduire ces frais pour ses impôts. Il est donc imposé sur l’ensemble des transactions comme si c’était sa marge bénéficiaire.
Au dîner, Hasmik a préparé des pommes de terre et des croquettes de viande. A côté, comme il se doit, herbes, fromage et salades. Elle tient à nous faire goûter une de ses spécialités : une sorte de chutney à la prune et au paprika ainsi que du pot au feu en gelée.
Avec ses enfants et son mari nous partons sur la plateforme qui domine la Cascade voir les feux d’artifices censés embraser toute la ville comme les années précédentes. Économies ? on n’en a tiré qu’un seul près de Mère Arménie qu’on aurait bien mieux vu du balcon. Mais c’est l’occasion de passer un bon moment ensemble, de faire la connaissance de son mari qui parle un anglais parfait et surtout de converser avec Areg son fils, qui voulait absolument me parler russe la semaine dernière et qui, motivé par notre visite, a fait des progrès spectaculaires en Anglais . Il pose des questions et me fait répéter les réponses jusqu’à ce qu’il ait mémorisé la phrase.
Saghmosavank est un monastère célèbre, donc connu du GPS. Malgré tout, on réussit à s’embrouiller dans les bretelles d’accès à la voie rapide. Occasion de traverser une nouvelle fois Ashtarak et d’assister à la cérémonie du 9 mais au Monument aux Morts. En France, le 8 mai est occasion de ponts, vacances, week end, tout le monde a oublié la Seconde Guerre Mondiale. Pas les Arméniens. A Yerevan on se presse au Parc de la Victoire pour assister à la parade.
saghmosavank
Le monastère de Saghmosavank ou monastère des Psaumes (13ème) est situé à l’écart sur le rebord du canyon du Kassakh qui a creusé au moins 6 gradins dans les coulées empilées.
U n panneau raconte :
« Selon la tradition Saint Grégoire, après l’adoption du christianisme en 301, construisit une petite église dans la vallée du Kassakh dont on ne sait plus rien…. »
« ….quand la partie orientale de l’Arménie fut libérée des Turcs par les princes Zakarian, ces derniers récompensèrent les nobles en leur distribuant des terres. Les princes Vatuchian reçurent une grande partie de l’Aragats et reconstruisirent Saghmovarank… »
L’église date de 1215, le Gavit de 1235, la bibliothèque 1255.
L’ensemble est construit en belle pierre brune contenant des inclusions noires. On entre par une belle porte surmontée de motifs pentagonaux et d’étoiles à cinq branches. Au dessus dans un arc ogival le pavage est plus simple de losanges formant des fleurs à 4 pétales.. Le gavit est grand soutenu par d’épaisses colonnes. Dans l’église, le curé coiffé d’une toque blanche, enveloppé de satin blanc, dit la messe, aidé par deux enfants de chœur en rouge, des jeunes hommes, à grand renfort d’encens. L’assistance est clairsemée : un seul homme. Nous ne faisons qu’un passage discret. Dans le gavit une petite porte fait communiquer avec une église beaucoup plus petite. Une guide montre à un groupe allemand avec sa lampe de poche les anges sculptés sur un arc du chœur invisibles dans la pénombre. Elle dirige le faisceau lumineux sur les fresques très colorées : un évêque – Saint Grégoire ? –
le canyon du Kassakh
A la sortie du village la cérémonie du 9 mai réunit une assistance plus conséquente que la messe. Les enfants des écoles sont venus avec des ballons de baudruche, accompagnés par les mères.
Comme il ne pleut pas et même que les nuages se séparent, nous continuons la route vers le nord espérant apercevoir les sommets enneigés de l’Aragats. Sur la gauche de la route M3 ; des lettres géantes accompagnées de statues et sur la haut de la colline une croix métallique moderne en fer, forment le Monument aux lettres arméniennes. Ce n’est pas bien beau, mais c’est un témoignage de l’attachement des Arméniens à leur alphabet si original, à leur culture millénaire liée à cette écriture.
monument des lettres arméniennes
Le plafond nuageux est remonté un peu, laissant entrevoir les névés et une ligne de crêtes dont il faudra se contenter. Je chercherai les Souvenirs Arméniens d’Ossip Mandelstamm qui célèbrent ces paysages et l’Aragats.
Hovanannavank
Hovanannavank est aussi construit sur le rebord du canyon du Kassagh. Il est entouré de fortifications.
tympan d’hovanavank
Comme à Saghasmosavank, le porche est ciselé de frises à entrelacs et de motifs orientalisants.
Le Gavit est étonnamment éclairé et aéré : sa coupole est soutenu par des colonnettes et non pas par un tambour plein. Il sert aussi de clocher : 5 cloches sont suspendues. Les murs sont également percés d’ouvertures en arcades vers l’extérieur.
Au dessus de la porte le tympan est sculpté : de part et d’autres du Christ deux groupes de personnages. A la droite du Christ, les Vierges Sages, bénies, (Kaplanian p.96) brandissent bien haut un bâton, à sa gauche, les Vierges Folles s’en iraient la tête basse….l’auteur note toutefois « l’ennui c’est qu’il semblerait que ce soient des hommes et qu’ils portent tous des auréoles… » L’interprétation reste donc énigmatique.
L’église fleure bon l’encens, elle est de bonnes dimensions.
Chercher un coin pique-nique dans la campagne par ce jour humide n’est pas facile. Dans les alentours, la campagne est assez urbanisée. Les chemins défoncés sont remplis d’eau après la pluie. On mange donc dans la voiture au petit village d’Ushi : les restes de pastrami acheté à Gümri, du beurek de Gohav, des pâtes de fruits. Rangement de la voiture qu’il faudra rendre propre dans quelques heures.
Au petit déjeuner,:fromage blanc et de la crème aigre avec du miel.
Il fait encore gris, la pluie a cessé. La première traversée d’Ashtarak n’a pas été passionnante : barres roses soviétiques, magasins sans intérêt. Nous n’avons pas trouvé le centre-ville. La route passe entre des immeubles et des maisons carrées dans leurs jardins. L’église Karmravor (église rouge) est située derrière notre gite !
Le pont d’Ashatarak dessin de Martiros Saryan
Perché sur un plateau basaltique, au dessus du canyon de Kassakh, se dresse une petite église accessible par de nombreuses marches. La vue est merveilleuse sur le canyon ; la rivière gonflée par la pluie, est enjambée par un vieux pont de pierre. Mais la description ne correspond pas à celle de nos guides. Je suis à l’église abricot et pas à l’église rouge, coiffée de tuiles, que j’aperçois au loin. Tout le creux du canyon est occupé par un petit parc avec des bancs et des tables sous abri, des balançoires et des pelouses. De grands saules cachent le pont. En m’approchant je découvre que le pont a trois arches dissymétriques. Une route bien dégradée gravit une rampe raide. L’église rouge est toute petite. Sa coupole de vieilles tuiles lui donne l’air des églises byzantines.
église abricot
Le ciel s’est dégagé, la lumière est plus agréable qu’hier.