Teverino George Sand

CHALLENGE ROMANTISME

 

Lecture Commune initiée par Claudialucia pour découvrir une œuvre méconnue! George Sand s’apparentait plutôt à mes lectures adolescentes. Sans cette Lecture Commune je n’aurais pas eu l’idée de chercher Teverino  dans le gros Omnibus : GEORGE SAND : Vies d’Artistes

Court roman ou longue nouvelle? Une centaine de pages qui s’apparenteraient à l’univers du conte avec la petite oiseleuse, petite fée, et l’apparition presque magique de Teverino, dans le rôle d’un enchanteur un peu transformiste.

Tousles invités que Lady G.  a invité à une partie de campagne se sont récusés à l’exception de Léonce, un ami de longue date. Pour éviter un tête-à-tête inconvenant (Lady G est mariée à un anglais, ennuyeux et buveur), ils emmènent en promenade dans le cabriolet, la servante noire Lélé, et un curé  rencontré en route.

Lady G s’ennuie, Léonce promet de la distraire mais sans l’embarrasser d’une cour inopportune:

 » – Nous sommes de vieux amis, et nous le serons toujours, si nous avons la sagesse de persister à nous aimer modérément comme vous me l’avez promis »…

Leur conversation prend le ton d’un marivaudage un peu agaçant, ils parlent d’amour sans y toucher, de  religion avec indifférence :

« – n’allez vous pas à la messe le dimanche?

– C’est une affaire de convenance, et pour ne pas jouer le rôle de l’esprit fort. Le dimanche est d’obligation religieuse, par conséquent d’usage mondain. »

Léonce se présente comme un artiste. Jusqu’à leur rencontre avec Madeleine leur ton badin et superficiel semble contraint.

Le déjeuner champêtre à la Roche-Verte dans un  pittoresque paysage de montagne avec le curé gourmand et la compagnie des jeunes pâtres des montagnes déride l’ambiance. L’arrivée de la « fille aux oiseaux » et l’allusion à la « noce fantastique du conte de Gracieuse et Percinet » chasse la conversation badine pour une jolie partie de campagne. Léonce avait tout prévu même le hamac orné de plumes multicolores pour la sieste. Le paysage est  romantique avec ses gorges arides cachant un vallon délicieux, le petit lac poissonneux.

C’est dans ce décor merveilleux que surgit Teverino, le vagabond,  le faune, le nageur qui se pare d’herbes aquatiques et de nymphéa ressemblant à un Neptune antique ou une de ces statues représentant un fleuve – le Tibre, comme le suggère son nom -.

« Léonce frappé de la perfection d’un semblable modèle, ouvrit son album et essaya de faire un croquis de cet être bizarre, qui, reflété dans l’eau limpide, à demi nu à demi vêtu d’herbes et de fleurs offrait le plus beau type qu’un artiste ait le bonheur de contempler… »

Teverino est un personnage singulier. Italien, enfant trouvé il a servi de modèle aux peintres et sculpteurs, chante merveilleusement bien, et a acquis un vernis de culture pour briller en société. Revêtant les habits de Léonce, il peut passer pour un marquis et  accompagnera la compagnie dans leur escapade.

Ce nouveau compagnon donne un tour nouveau à l’excursion qui devient une véritable aventure. La voiture quitte les chemins paisibles et les riants plateaux pour arriver dans des abimes, des rochers abrupts et neigeux, des torrents en crue. Les sentiments débordent également. Sabina (Lady G) se laisse emporter par la séduction de Teverino qui passe la frontière pour les emmener en Italie. Italie rêvée, Italie des artistes, des passions, de la musique. L’innocent pique-nique vire à la fugue. Les sentiments s’épanchent. La jalousie intrigue. Dépité par les rebuffades de Sabina et le succès de Teverino, Léonce fait mine de tomber amoureux la fille aux oiseaux.

La nuit sera une véritable farce: Lélé, la noire entre par mégarde chez le curé qui la prend pour le diable. Sabina est saisie de remords, coupable de s’être laissée entraîner avec Teverino.

Au lendemain, sur le chemin du retour, chacun reviendra à la raison.

 

C’est une lecture pittoresque, agréable, distrayante, pleine de surprises. Si le marivaudage entre les deux aristocrates, bien élevés, maîtrisant leurs sentiments est un peu convenu, Sand bouscule les conventions dès que Teverino paraît. La critique sociale devient plus virulente. Faux marquis, faux chanteur célèbre, vrai séducteur,  vrai virtuose des sentiments, Teverino pousse Léonce et Sabina hors de leurs retranchements et leur fait découvrir leurs sentiments. Étrange personnage que ce modèle masculin, on est habitué à la muse de l’artiste et Madeleine joue innocemment ce rôle. On devine que les rôles ne sont pas répartis comme le veut la tradition.

Étrange fin qui n’en est pas une.

les « outils de la blogueuse »

Étrange coïncidence, alors qu’un rangement s’imposait du côté de la pile des livres à lire (bien connue des blogueuses sous l’acronyme PAL) voici qu’un carnet surgit de la poussière (enfin, j’exagère)

carnet et stylo à l’effigie de George!

Lire les billets des autres lectrices : claudialucia, de cléanthe et enfin nathalie

Tabou – film portugais de Michel Gomes

TOILES NOMADES

Film attendu de longues semaines, film encensé par la critique, film de cinéphiles….

Je suis entrée dans la salle avec une certaine appréhension, les chefs d’œuvres trop annoncés déçoivent parfois une trop grande attente.

Je me suis laissée emporter par la douceur de la voix portugaise (que je ne comprends pas mais que je goûte avec plaisir), par l’exotisme du prologue, l’explorateur d’un autre siècle, son attirail dévoré par un crocodile. La première partie se déroulant à Lisbonne, est déconcertante. Ces femmes paraissent d’un autre temps, pourtant elles prennent le thé dans un centre commercial bien actuel. Aurora, ses fantômes, son crocodile, sa culpabilité… Santa, l’Africaine, la domestique d’un autre temps, très digne et maternelle, mais sur la réserve. Pilar, la bonne, la pieuse, la dévouée.

La partie africaine, sous-titrée Paradis Perdu, est d’un exotisme parfait. Afrique coloniale telle qu’on l’imagine. Les héros jeunes,  virils sont trop beaux pour être vrais, des acteurs de cinéma! Magnifiques paysages, on pense à la Ferme Africaine d’Out of Africa, mais en noir et blanc quand les Africains cueillent le thé. Parfois la pellicule d’un film d’amateur est rayée . Le noir et blanc, la bande son très rétro sont à l’unisson. Une histoire d’amour comme dans les films des années 50?

Je regrette de ne pas avoir la culture cinématographique pour jouir de tous les clins d’œils annoncés par la critique (un excellent article du Monde). Le crocodile a pour nom Dandy : facile! J’ai loupé le  parallèle voulu  par Gomes avec Le Fleuve de Renoir : je n’ai pas encore vu Le Fleuve!

l n‘y a pas de crocodile dans le fleuve de Renoir, mais c’est la même chose : le fleuve, le crocodile, c’est le temps qui passe, qui continue, avec des gens qui naissent, qui meurent, des amours qui commencent et finissent. C’est ça Renoir. Ici, dans la rivière, il y a un crocodile. (…) Le crocodile, c’est le cinéma : de la mémoire, des gens qui passent, des histoires d’amour et des empires qui commencent et finissent. « 

Neiges d’antan – Gregor Von Rizzori

LIRE POUR LA ROUMANIE OU L’UKRAINE?

Roman familial autobiographique.

Curieuse construction que cette autobiographie racontée en cinq portraits où l’auteur met l’éclairage sur un personnage différent : Kassandra, la nourrice paysanne houtsoule ou roumaine, la mère, aristocrate autrichienne, prisonnière des conventions de l’époque, jouant le rôle de la mère soucieuse de l’hygiène et de l’éducation de ses enfants, puis divorcée épousant les idéaux féministes, mais toujours conventionnelle, le père, fonctionnaire de la double monarchie, chasseur, mais aussi artiste, la sœur décédée jeune, complice rieuse du narrateur, Strausserl, la préceptrice. Un curieux épilogue est consacré au sixième personnage du livre : la ville de Czernowitz, capitale de la Bucovine, Autrichienne avant la Première Guerre Mondiale, Roumaine entre les deux guerres, Ukrainienne maintenant.
L’histoire de ce roman kaléidoscope commence à la naissance de l’auteur en 1914 à la fin de la seconde guerre mondiale. Famille attachée à ses racines, à ses propriétés en Bucovine mais aussi errante, réfugiée à Trieste pendant la Grande Guerre, le plus souvent en Autriche à Vienne, en Transylvanie, à Bucarest. Chaque portrait complète le précédent. Chaque personnalité s’avère plus complexe que dans le regard du personnage précédent. le père décrit par la mère comme un original, un chasseur brutal, un butor, un fou, est particulièrement déroutant, anticonformiste.
Ces analyses psychologiques très poussées me font penser aux romans de Schnitzler ou de Zweig, Rizzori n’ignore rien de Freud, même s’il le critique. Mais c’est surtout l’histoire de la Bucovine qui m’a passionnée. Bucovine, duché cédée à l’empire austro-hongrois en 1775 par la Sublime Porte, envahie plusieurs fois pas les troupes russes, sous contrôle roumain entre1919 et 1940, rattachée à l’Union soviétique par l’accord Ribbentrop- Molotov, partagée maintenant entre la Roumanie et l’Ukraine.


C’est Rumiz, dans son Voyage aux Frontières de l’Europe, qui m’a donné envie de lire von Rizzori, racontant cette Europe d’avant 1914 où l’on pouvait sans passeport voyager des confins de la Galicie ou de la Bucovine jusqu’à Trieste.

… »Avec la fin de l’Autriche-Hongrie impériale-et-royale, c’était comme si ce fut éteinte une lumière qui avait alors nimbé . Un nouvel âge du monde avait nos jours d’une lumière dorée. Nous n’étions pas les seuls à être concernés. Un nouvel âge du monde avait commencé…« 

Bucovine, Galicie, qui se souvient de ces provinces ? Quand construire des chemins de fer en Bosnie ou dans l’Herzégovine était une aventure comparable aux recherches des sources du Nil…. Mosaïques de populations cohabitaient à Czernowitz, manteau d’Arlequin que le parler de Kassandra qui mélangeait le Roumain, le Ruthène, l’Allemand, le Yiddish, multiplicité des croyances aussi : Autriche catholique, Roumanie orthodoxe, Saxons protestants, Juifs, mêmes théosophie, spiritisme…Richesse d’un monde disparu:

« On a attribué à l’esprit de Czernowitz à la juxtaposition et au mélange des populations tout à fait unique qu’on rencontrait en Bucovine, à leur compassion portée à l’extrême dans la capitale , à la fécondation culturelle et au polissage des mœurs  qui résultaient de tous ces contacts, à l’exigence et à la nécessité constante de s’adapter , de penser vite et de réagir de manière appropriée, ce qui, surout pour les juifs, constituaient un besoin vital… »

 

Les Désorientés – Amin Maalouf

J’ai dévoré ce gros bouquin de 500pages, le temps d’un week-end.

C’est le retour de l’exilé au pays natal – le Liban – jamais nommé. Après plusieurs décennies, Adam répond à l’appel d’un « ancien ami » mourant. Retrouvailles, mais aussi décalage entre celui qui a fuit et a gardé les mains propres, et ceux qui sont restés dans les conflits inextricables et qui ont dû se compromettre.

C’est aussi le roman de l’amitié indéfectible entre une bande d’étudiants qui refaisaient le monde, dans le début des années 70, quand il était de l' »air du temps » d’être « de gauche » et détaché de son appartenance communautaire. Le roman commence par une interrogation sur le concept d' »ancien ami », différent de l’ami de longue date, « l’ancien ami », c’est celui qui ne serait plus un ami aujourd’hui. Est-cer possible de rejeter ses amis? Comment se retrouver 25ans après une séparation, après que la bande se soit dispersée aussi loin qu’en France, au Brésil ou aux Etats Unis? Comment se retrouver au moment de la maturité quand les idéaux de jeunesses ont été oubliés si ce n’est bafoués?

C’est aussi l’analyse de l’historien – Adam est professeur d’histoire – du basculement de l' »air du temps »qu’il situe en 1 979 quand les révolutionnaires sont passés de la gauche communiste à l’islamisme avec l’arrivée de Khomeiny en Iran et à l’ultra-libéralisme avec Thatcher et Reagan. Analyse du communautarisme.

Les amis d’autrefois pourront-ils se réunir autour du souvenir de l’un d’eux décédé?

 

les Mille et une nuits à L’Institut du Monde Arabe

LE MONDE EN EXPOS

 Une exposition très copieuse qui s’intéresse d’abord aux manuscrits et éditions des Mille et Une Nuits, on connait diverses versions, différentes influences du IXème siècle au XIX ème. Bien difficile de décider quelle est la version originale!

Viennent-elles de la Perse? de L’Inde? de Baghdad d’Haroun-El -Rachid? du Caire? La première salle présente donc les manuscrits en arabe avec leurs calligraphies, quelques illustrations, mais aussi les premières traductions en Français par Galland (1701) ou plus récentes par Mardrus (1898 à 1904) dédiés à Mallarmé, éditions anglaises, allemandes, russes….l’histoire des Mille et Unes Nuits est tout un roman,  les suites également!

On passe ensuite dans une salle au plafond étoilé – lieu d’écoute – confortablement assis dans des alvéoles, on peut écouter un conte, ou plus grâce à des écouteurs.

 

La visite est loin d’être terminée. L’IMA nous a installé plusieurs salles pour recréer l’ambiance orientale des contes. Merveilleux objets des palais, cuivres, poteries, bijoux, coffres et portes de marqueterie…. mais aussi des photos du Caire, de Damas. Témoignages historiques, archéologiques mais aussi très kitsch, tous les aspects sont envisagés.

 

Une projection d’un film de Méliès (20minutes) se déroule dans des palais d’un Orient de fantaisie. Une salle Sindbad le Marin nous emmène en Inde, en Chine…La salle Aladin et la lampe merveilleuse est encore plus étrange, exposant des lampes à huiles yéménites ou égyptiennes de Siwa, récentes mais aux allures antiques qui voisinent avec un projecteur (lampe magique). On peut même visionner des films aussi grand public qu’Ali Baba à allure de Popeye, ou japonais…

Et toujours le personnage de Shéhérazade…. comme fil conducteur ou comme récitante. Ballets russes et danse du ventre. Telle est la richesse de l’expo!

Musique!

lullaby to my father – amos gitai

TOILES NOMADES

Un film comme une installation/une installation de cinéaste.

Cinéma intimiste, Amos Gitai évoque son père Munio Weinraub, architecte ayant étudié au Bauhaus, expulsé d’Allemagne vers la Suisse puis vers la Palestine. Un film comme un collage de photographies de famille. Naissance, un prologue étrange dans une forêt polonaise. On ouvre par effraction l’album de famille. Un ami de la famille, suisse, évoque la personnalité de Munio ; le vieil homme est très ému. Nous aussi, presque gênés. Une violoniste, sur le moment je pense que le violon est un instrument juif, c’est sans doute exagéré, mais je livre la pensée du moment.

C’est l’hommage du fils à son père, c’est aussi un manifeste d’architecture. Le Bauhaus, non pas comme un style mais comme une philosophie qui donne sa place à tous les acteurs de la vie, et à ceux de la construction d’un bâtiment, aussi bien les architectes, les décors que les artisans. Un long texte magnifiant le bois.  Munio Weinraub était d’abord menuisier. Une visite à Dessau dans l’école du Bauhaus. La modernité est stupéfiante. On n’a rien inventé depuis?

L’architecte était un acteur majeur en Palestine se construisaient Tel Aviv et Haifa. Construction d’habitations,  aussi d’une nouvelle vie rêvée avec le kibboutz  . Cet aspect m’aurait intéressée. Curieusement, Amos Gitai est très discret sur cette histoire-là. Peut être elle n’avait pas sa place dans la relation du père au fils? C’est l’ami suisse qui l’évoque, près des larmes. Émotion aussi dans le poèmes de Leah Goldberg.

Attention! Ceux qui cherchent une fiction,  un documentaire construit ou pédagogique, s’abstenir! il faut être disponible pour cette berceuse tendre.

L’installation Traces de  Gitaï m’avait cependant plus parlé.

lire aussi ICI

Retour à Edimbourg

JUILLET ECOSSSAIS

Dernière promenade, les pieds dans l’eau. La température de la mer surprend : c’est le vent qui est froid. Route de Montrose à Brechin que nous connaissons bien. Là nous trouvons la A90,  4 voies, jusqu’à Dundee (une trentaine de km). Il fait beau, les paysans se dépêchent de moissonner le blé mûr.

Dundee, nous cherchons le Taybridge (payant 80p). Un panneau annonce au bout du pont : « Kingdom of Fife ». Ici, les maisons sont blanches et rouges avec un toit de tuiles. Le paysage est très ondulé : campagne cultivée de blé et prairies où paissent des vaches. A partir de Kirkcaldy nous suivons la « Tourist Coastal Road » bordée de camping de mobilhomes, de lotissements, de golfs, de cottage chics. De temps en temps on aperçoit la mer (Firth of Forth), inaccessible. Nous avons négligé un parking en front de mer à Kirkcaldy, nous le regrettons. L’heure du déjeuner est passée.

Finalement, nous nous arrêtons devant une petite crique de sable blanc entourée de rochers près d’un club de voile très chic. L’endroit est ravissant. Les pelouses sont soignées. Un curieux bâtiment ancien gris a une entrée surmontée d’un clocheton original. De l’autre côté du Firth of Forth nous voyons très distinctement Edimbourg, reconnaissons la silhouette de Arthur’s Seat et le château perché sur son rocher, les fins clochers pointent.

Après le Forth bridge, le centre d’Edimbourg est fléché, nous arrivons sans encombre jusqu’à New Town. Mais c’est après que tout se complique. Nous croyons tout connaître de nos voyages sur l’impériale du bus touristique. Les sens interdits ne sont pas les mêmes pour les voitures ! Nous devons faire tout un circuit pour éviter Princes Street autorisé aux bus mais pas à la circulation des véhicules ordinaires. Notre réservation est bien enregistrée à Eurohôtel ainsi que le parking 9£. Trop tard et trop beau temps pour visiter un musée. Je gravis Arthur’s Seat sous le soleil, nous reprenons des photos d’Holyrood que nous avions photographié sous la pluie.

Un peu inquiètes nous décidons de faire une répétition du trajet pour l’aéroport. L’avion est à 7h05, il faut rendre la voiture à 5h. il ne s’agit pas de se perdre. Dans notre souvenir c’était tout droit : Waverley, Princes Street, Haymarket Murrayfield. L’autobus semblait suivre tout droit son chemin. Le taxi pour Murrayfield avait suivi Cowgate puis Haymarket et toujours tout droit. On va tellement tout droit qu’on quitte la ville mais sans trouver trace de l’aéroport. J’arrête un jogger qui nous conseille de tourner à droite puis à gauche. On se trouve sur le périphérique mais pas dans la bonne direction : tout droit vers l’Angleterre. Nous avons fait 17 miles pour rien. Nous ne pouvons pas nous permettre cette fantaisie demain matin ! Heureusement sur le chemin du retour, je vois une flèche Glasgow A8 au bout de Princes Street.

Mon vendeur de Fish &Chips m’a reconnue il me donne deux morceaux de poisson pour le prix d’un. Nous nous couchons tôt en réglant le téléphone pour 4h le lendemain

Edzell Glen Esk

JUILLET ÉCOSSAIS

L’imagination est mauvaise conseillère, j’échafaude des romans. La réalité est bien plus prosaïque. Pas de fantômes ni de voisins bizarres : les enfants et petits enfants de notre hôtesse !

La route passe sous un portail de pierre avec trois arches gothiques à l’entrée d’Edzell, ce genre d’arc de  triomphe me rappelle le Maroc. Un calicot proclame Gala samedi. Cette petite fête campagnarde avec lancer de haggis s’appelle donc un gala !

Il semble que la montagne soit plus prisée en Ecosse que le bord de mer. En dehors du golf de Carnoustie, les installations touristiques sont peu développées en Angus près des plages pourtant magnifiques : des terrains de camping avec d’énormes caravanes, très peu de B&B. A l’intérieur des terres de très jolis villages sont fleuris, soignés, il y a de belles propriétés, des hôtels cossus. A Edzell, les B&B sont innombrables, les magasins luxueux, le club de golf est impressionnant.

rivière Esk

la rivière Esk : un torrent

Derrière la Poste, un chemin mène à la rivière Esk puis le sentier longe l’eau noire. Peu profond, le cours d’eau s’écoule vivement sur des dalles de grès rouge horizontales. L’eau est très pure, teintée de brun (par l’oxyde de fer ?) J’imagine comme il serait plaisant de la descendre en kayak ! Je chemine sous des hêtres magnifiques. Le sol est tapissé de faînes souples très agréables sous la semelle des chaussures. La rivière s’enfonce dans des gorges  profondes. Des rochers en barre le lit qui se rétrécit. L’eau bouillonne d’une écume épaisse. Mes rêveries de kayak s’éloignent. Quand parle t on de rivière, de torrent, de fleuve ? Malgré l’altitude minime l’Esk ressemble à un torrent ? Des ruisselets le rejoignent par de graciles cascades. Au bout d’une demie heure, je retrouve D sur un joli pont de pierre.

Pour poursuivre la promenade, il suffit de pousser une porte laquée bleu vif. Ailleurs qu’en Écosse je n’oserais jamais pénétrer dans une propriété privée. Ici, c’est naturel, il ne faut pas oublier de refermer derrière soi. Un plan détaille les différentes étapes de la randonnée. Le chemin continue en corniche tandis que les pêcheurs peuvent descendre par des accès aménagés pour eux.

J’en descends un en m’aidant de la main courante qui est une épaisse corde en nylon bleue. Nous sommes à la limite des techniques d’escalade. La pêche au saumon est vraiment un sport ! Ce sont les mêmes saumons, attendus sur la plage qui remontent l’Esk. Ils doivent vraiment être puissants pour remonter les rapides entre les dalles de grès. Là où je suis descendue, le lit est presque complètement obstrué par d’énormes blocs de poudingue détachés de la falaise. L’eau se précipite dans la brèche avec force. Les gorges deviennent de plus en plus profondes. Le sentier s’est partagé en trois corniches. Sans indications, laquelle choisir. Je monte sur la plus haute, logiquement la plus proche de la route. Après les essences nobles, hêtres et chênes, la forêt est maintenant plantée de bouleaux au feuillage léger mais aux troncs épais. Je croise un couple avec un labrador. D’après eux, je serai arrivée d’ici un quart d’heure au Roc de la Solitude. La « silver car » attend là bas. Notre Vauxhall n’est pas gris métallisé, elle est argent. Le carrosse d’argent est un nom très approprié !

Bruyère sur les collines

La route continue le long du Glen Esk. Au sortir de la forêt de bouleaux nous continuons dans une très verte campagne et passons devant de belles propriétés. Plus loin, les sommets sont recouverts de bruyère et de fougères. La lande a pris des teintes mauves et brunes de tweed épais, moussu.

 

En montagne dans la lande

Je suis ravie de revoir la lande comme dans les Highlands, bien que le relief soit atténué. Au parking de Turfside, deux promenades, malheureusement,  mal balisées. J’ai une fiche topo sur un dépliant mais il est mal fait. La carte est beaucoup trop petite et les explications trop vagues. Rien ne correspond. J’ai quitté le goudron trop tôt. Je marche ¾ d’heure à l’aveuglette dans un vent plus que vivifiant. Une nappe de brouillard envahit un col. Il peut dru. Heureusement que j’ai le bonnet acheté à Glendale et mes gants de soie. Je suis ravie de trouver D qui vient à ma rencontre dans la Silver Car.

Pique-nique dans la lande. A nos pieds un cadavre de lapereau. De quoi sont morts tous les lapins? Sur la route nous avons rencontré d’innombrables lapins écrasés. J’avais attribué cela à une surpopulation lapine et à une trop forte circulation automobile. Ici, au milieu du pré, les voitures ne sont nullement responsable de l’hécatombe. Il faut trouver une autre hypothèse. Une épidémie ?

 

Fin d’après midi à la Mer

Nous emménageons « chez nous » dans la caravane de Eskview Farm, ravie d’avoir une maison à nous seules et de pouvoir faire la cuisine. La caravane est très vaste. Huit personnes pourraient y dormir. Une banquette fait tout le tour du salon, deux autres banquettes encadrent la table de la « salle à manger » et il y a deux chambres à coucher.

      Glacière,

Nous terminons l’après midi à la plage. Nous avions remarqué une curieuse construction comme un  demi-tunnel de pierres aménagé en habitation à côté de belles maisons. C’est une glacière. Les belles maisons seraient celles des  pêcheurs qui posent les filets pour piéger les saumons conservés grâce à la glace. A Cromarty, nous avions vu une glacière en demi cylindre recouvert d’herbe tout à fait analogue.

 

Un B&B très bien situé

Enfin, nous montons sur la falaise au B&B qui se vante sur la route d’avoir d’une vue « spectaculaire » Fisheries Woodston . http://www.woodstonfishingstation.co.uk/woodston_fishing/cottage_accommodation.shtmlDes casiers peints en bleu sont alignés le long de la route ; tout est bleu et blanc. Un drapeau écossais bleu avec la croix blanche en diagonale s’accorde avec la maison blanche sur le ciel bleu. Quel bel endroit ! Le propriétaire m’enjoint de chercher sur Internet son site si je veux voir la décoration des chambres (30 à 45 £ par personne).

promenades, Arbroath, House of Dun, Edzell

JUILLET ECOSSAIS

 

La cuisine d’Eskew farm notre B&B


A 6heures ciel tout bleu. Une belle journée en perspective ? Le mari de Kath nous sert le petit déjeuner. Il a été marin et a parcouru le monde du Venezuela à Odessa. Nous ne l’impressionnons guère avec nos voyages touristiques ! Maintenant il voyage pour présenter ses chiens à des concours canins.

Nous montons sur le viaduc de chemin de fer démantelé. De là nous avons une très belle vue sur l’embouchure du fleuve Esk, les dunes, les prés et les champs.

les filets pour pêcher le saumon

Je poursuis le « nature trail » de la réserve de Saint Cyrus dans les dunes. Le chemin passe entre des ajoncs et des aubépines maintenant défleuris. Les géraniums sauvages sont éclatants et les campanules violettes flashent avec leurs clochettes ramassées en bouquets fournis. Des lapins détalent ? Le pêcheur a étalé ses filets qu’il répare.

–          « Que pêchez vous ? »

–          « des saumons, deux fois par jour avec la marée. »

–          « où es vendez vous ? »

–          « Ils partent en France »

–          « nous apprécions beaucoup le saumon écossais ! »

J’aurais aimé poursuivre cette conversation. Si rare pendant ces vacances écossaises ! Ici, les gens sont aimables. Ils saluent le promeneur par un « Hello » chaleureux ou glissent une remarque polie et anodine « what a lovely day ! » qui me désarçonne un peu. Je n’aurais jamais pensé que cette matinée brumeuse et fraîche puisse être qualifiée de « gorgeous ! » ou de « wonderful ». J’ai du mal à partager leur enthousiasme. On conclue avec philosophie un jour de pluie incessante « au moins, c’est mieux qu’en Angleterre ! Pauvres gens inondés ! ». Jamais l’échange ne va plus lin que ces considérations météorologiques. C’est pour cela que la conversation avec notre logeur et avec le pêcheur prennent tout leur prix.

Le sentier monte sur la falaise, puis se poursuit en corniche jusqu’à la pointe. Sur les rochers de la plage, je vois une colonie de cormorans.

Le ciel s’est obscurci, vers 11 heures, il pleut quelques gouttes. Nous ne pouvons pas rester sur la plage comme prévu.

Arbroath

    « et si on allait acheter du saumon à Arbroath ? »

 

 

 

Distante de 15 miles par l’A92 bien roulante, nous sommes vite rendues. Plusieurs B&B sont indiqués par des flèches marron. Mercredi dernier nous n’avions rien trouvé sur la petite route. J’en tire une nouvelle leçon : ne pas sortir des itinéraires balisés si on cherche un  hébergement. Hors des zones touristiques, pas de B&B !

L’Abbaye de Arbroath est très célèbre pour la Déclaration d’Arbroath (1320) sous Robert Bruce. C’est un des textes fondateurs de la nation écossaise. L’Abbaye, construite en grès rouge comme toute la ville est encore très impressionnante. Malheureusement Arbroath, ville active de 24 000 habitants souffre d’un problème de stationnement. Nous y avons tourné à notre premier passage et nous ne nous attardons pas. Nous retournons sur le bord de la mer dans la rue bordée de petites maisons peintes de couleurs vives où nous avions acheté le saumon dans une fumerie. Mercredi la rue était envahie de l’odeur de poisson fumé. Aujourd’hui, samedi le magasin est ouvert mais on ne fume pas le poisson.

Nous allons le déguster sur la digue au pied des falaises de Seaton. La marée est haute. L’eau arrive jusqu’à la digue. A l’arrière du parking, une belle pelouse verte où les enfants jouent, les chiens s’ébattent et un char à voile file à grande vitesse (la voile est un cerf volant). Avec mon pain j’attire mouettes et goélands ? Les mouettes ont la tête noire ou gris foncé, elles sont plus petites et plus élégantes que les goélands. A l’entrée du sentier des falaises un panneau très détaillé explique la formation de la falaise de grès rouge il y a 400 millions d’années dans le delta d’un fleuve. Je reconnais ensuite les stratifications entrecroisées et le granulo-classement typiques de ces formations.

15heures, Tesco de Montrose, sous une pluie battante, courses. Il y a foule.

House of Dun

House of Dun

15h30, la pluie a cessé. House of Dun est une très belle maison géorgienne ouverte à la visite (billet très cher : 8£ pour les adultes, 5£ concession). Le célèbre architecte  Adams  a dessiné la maison protégée par une haie de séquoias Wellingtonia géants (38m) . Grosse bâtisse carrée, des colonnes encadrent le perron, sobre et classique. Attenante, une cour bordée des maisons basses des communs, au centre de la cour une curieuse ronde de tilleuls taillés comme des charmilles. On entre dans la cour en passant sous une Tour de l’Horloge. La façade regardant vers le parc est agrémentée d’un escalier aux ferronneries délicates, dessinant une courbe et portant des fleurs en abondance. Un petit labyrinthe en bus, taillés, termine la terrasse qui domine les prés et dessine une perspective jusqu’au bassin de Montrose.

Le château est encore meublé. Certaines pièces conservent l’ordonnancement original d’Adams de 1750 d’autres ont été refaites à la période victorienne. La famille Erskine possédait le château. Le châtelain le plus célèbre devint le Roi George IV, entouré de sa maîtresse et de leurs neuf enfants, représenté sur un tableau ornant la salle à manger. Devenu roi, il se maria à une princesse autrichienne qui ne lui donna pas d’héritier. Les neuf enfants considérés comme illégitimes ne pouvaient pas régner. Victoria fut donc désignée comme reine.

marionnettes, féerie vénitienne?

L’une de ses filles Augusta était une véritable artiste qui a marqué le château de ses talents : broderies sur les panneaux et les rideaux, jardins merveilleux. Le château nous raconte la vie à l’époque victorienne, de l’éducation des enfants aux passe-temps aristocratiques : chasse surtout et aussi pêche, jeux de société mais aussi un théâtre miniature tout à fait merveilleux. Des centaines de figurines avec une tête en porcelaine et des vêtements richement décorés. On manipulait les poupées avec des tringles qui glissaient dans des fentes du parquet de scène. Certaines pouvaient également tourner.

Le théâtre de marionnette exerce sur nous une étrange fascination qui vient peut être du plus profond de l’enfance Les crèches de Trapani ou mieux celles de Naples avec leur foule de personnages décrivent mieux la vie d’antan que de solennels portraits accrochés aux murs. Le théâtre de la House of Dun représente plutôt des féeries : Cinderella ou  Ali Baba, pas de témoignage documentaire mais un miracle d’ingénuité et de richesse des costumes.

Avec le retour du soleil nous allons nous promener dans les jardins fleuris en abondance et dessinés par Augusta.

B&B à Edzell : Ballochy House

nuit en rose au manoir

A 17 heures, nous découvrons notre nouveau BxB « dans les arbres ». Après la House of Dun on tourne en direction d’Edzell. Ballochy  House est une grande bâtisse grise à l’allure victorienne cachée derrière une haute haie de houx. Pignons pointus, elle semble déserte. Une vieille dame très distinguée et très gentille nous montre notre chambre : toute rose. Sur les murs, papier peint à grands bouquets à dominante rose, les têtes des lits sont capitonnés vieux rose tandis que les couvre lits sont assortis au papier peint. L’abat-jour vieux rose est posé sur une colonnette tarabiscotée. Sur la commode ; un miroir à trois pans porte un cœur rose enrubanné. Les rideaux sont à rayures roses et blanc ; au sol, une somptueuse moquette rose.

Nous hésitons entre profiter de notre chambre bien kitsch ou aller visiter Edzell.

Edzell est un très joli village très touristique avec un golf et un club house monumental, de coquettes maisons et de nombreux BxB et hôtels. Nous entendons une cornemuse : c’est le gala au village. On nous convie à partager un moment avec les villageois et on nous invite au lancer de haggis affublées d’un béret écossais et d’une perruque rousse. D refuse de se prêter à cette mascarade ; Nous mangeons sur place un hamburger avant de rentrer chez la dame dans la « maison sous les arbres » qui m’évoque les policiers anglais de Patrica Wentworth que D affectionne. J’imagine Miss Silver tricotant dans la chambre rose tandis qu’au salon s’emmêle l’écheveau d’une intrigue campagnarde. D’ailleurs la maison comporte une bizarrerie : l’entrée de l’allée de biais est cachée entre des arbustes touffus et épineux, houx piquant ou petit houx. De notre fenêtre nous comprenons la raison de cette entrée oblique : une autre pelouse carrée est séparée par un mur. Notre maison s’appelle Ballochy West.Sans doute la pelouse interdite est celle d’un Ballochy East. Il existe une autre entrée à l’arrière mais rien ne laisse soupçonner l’existence d’une maison jumelle. Notre hôtesse est particulièrement discrète. Elle est au salon où l’on entend la télévision. Un détail trahit son passage dans notre chambre qui n’a pas de clé pendant notre absence : j’avais oublié la loupiote de la salle d’eau allumée, je la trouve éteinte.

 


Angus – Brechin, Pictavia B&B à Saint Cyrus

JUILLET ÉCOSSAIS

 

les enseignes des fermes dans l’Angus


  Montrose et Arbroath sont des villes de l’Angus, une province plutôt agricole avec des villes et des villages beaucoup plus peuplés que dans les Highlands ou dans les Trossachs. Nous sommes surprises par la densité de population. Nous avions l’habitude de nommer village un groupe de quelques maisons sur le bord d’une route. Ici, plus de lande inhabitée, de moutons dispersés ou de forêts denses. Le blé est mûr dans les champs. L’or des céréales nous étonne après le vert fluo de Skye ou le camaïeu brun rose des bruyères. Les grosses fermes ont de vastes hangars fraîchement repeints.

Brechin

cathédrale de Brechin avec sa fine tour ronde

Brechin est situé à 7.5 miles à l’Ouest de Montrose. Cette petite ville tranquille est presque entièrement construite d’un  grès rose qui semble gris violacé sous le ciel plombé et orangé  quand le soleil paraît. Les maisons ont des façades austères, plates. Pas de bow-window ou d’entrée de fantaisie, pas de suspensions fleuries, une extrême simplicité. Seule la rue principale avec les devantures des magasins et l‘Hôtel de Ville transformé en musée présente quelques couleurs.

Depuis le 8ème siècle, Brechin est le siège épiscopal. La cathédrale est flanquée d’une haute tour ronde très fine. Les tours rondes sont irlandaises et n’y en a que deux dans toute l’Ecosse. On a pensé aux touristes étrangers : des traductions en toutes les langues sont disponibles sur des cartons plastifiés. La traduction française est peut être l’œuvre cybernétique et automatique d’un logiciel. A sa lecture, nous piquons un fou rire: « A partir de la Réforme, le chœur était devenu inutile, pendant la Sainte Communion, on y pratiquait des mises en plis !!! » Grande simplicité de cette église réformée, plafond de bois magnifique. Des pierres sculptées très anciennes sont exposées : une croix picte, une tombe « à dos de cochon » décorée d’animaux entremêlés.

croix picte

Pictavia

A quelques kilomètres de Brechin sur la route A90 Pictavia est un centre d’Information sur les Pictes. Difficile de qualifier Pictavia de musée. Il ne renferme que quelques pièces authentiques et des répliques en plâtre. C’est du grand art de faire venir les visiteurs, quand on a si peu à montrer! La mise en scène doit être spectaculaire.

La visite commence donc dans un couloir obscur arrondi où on a inscrit la chronologie de l’Histoire des Pictes commençant à l’invasion romaine en 79 AD. Ce sont les Romains qui ont donné le nom de Picti. Elle se termine en 848 avec la victoire de Kenneth Mac Alpin et la fondation du royaume d’Ecosse. On visionne une vidéo assez générale moins intéressante que celle de Rosemarkie. On débouche dans un  autre couloir semi circulaire décoré par une fresque représentant la bataille de DunNechtan où les Pictes vainquirent le roi de Northumbria. Cette fresque est inspirée d’une pierre d’Aberlemno. Dans la salle suivante on peut jouer avec des ordinateurs : apprendre les différents symboles gravés, localiser les différentes pierres, résoudre des énigmes…Finalement on aboutit dans la salle d’exposition pour ne pas découvrir grand-chose. Difficile de s’émouvoir devant des moulages en plâtre après toute cette débauche de virtuel ! Et pourtant je suis admirative : si peu de choses connues sur un tout petit peuple qui n’a laissé que des gravures et quelques objets usuels et pourtant nous avons passé une bonne heure sans nous ennuyer.

Détail : pictes partant à la bataille

Nous ne sommes que plus impatientes de rencontrer les vraies stèles sur le terrain. Comme dans les Highlands on nous a donné au musée un « Pictish trail ». L’étape suivante est tout près : Aberlemno sur la route B9134 reliant Brechin à Forfar, 6 ou 7 miles plus loin. Trois pierres dressées nous attendent sur le bord de la route sur un tapis vert vif et sous un ciel tourmenté, nuages d’orage mais soleil brillant. Elles sont beaucoup mieux mises en valeur qu’à l’intérieur d’un musée. Nous reconnaissons les symboles, le serpent, le croissant, les double disques…les scènes de chasse et les croix décorées. La quatrième stèle se trouve dans le cimetière entourant la petite église. Elle est vraiment très belle. L’église  nichée dans un vallon, est très dépouillée comme celle de Nigg. Nous nous promenons parmi les tombes sur la pelouse verte. Je remarque l’inscription : « décédé à Turin, 1918 », je gamberge, je mélange les guerres mondiales. Turin n’est pas en Italie, c’est le nom du village d’à côté ! Comment je peux inventer des choses en voyage ! Je remarque un détail et mon imagination se met en route. Méfiance !

Sur la piste des Pictes

La route Picte nous emmène à Forfar, agglomération assez grande pour que nous nous perdions. Forfar dont je n’avais jamais entendu parler me semble au nœud de toutes les communications de l’Angus : il y a la route de Montrose, celle de Dundee, celle d’Arbroath, de Brechin…

Dernière étape de la journée : le Prieuré de Restenneth sur la route de Montrose dont il reste une tour carrée haute et très simple, des pans du mur du chœur et pas grand-chose de l’Abbaye. Encore une ruine poétique et très ancienne puisqu’elle fut fondée par Nechtan, roi Picte 706- 724 AD.

B&B à la ferme Eskview

Nous nous installons à 4heures  dans notre très beau B&B à la ferme Eskview de Saint Cyrus près de Montrose. Les oies ne sont pas là pour nous accueillir. Notre chambre est très soignée, mobilier rustique de bois clair, une belle commode assortie, des petits abat-jour en papier écossais plissé, une moquette moelleuse et des parures de lit brodées de fleurettes bleues avec des taies d’oreillers en dentelle. La salle d’eau est très claire. Sur le rebord de notre fenêtre des jardinières avec un mélange de fleurettes rouges et de bleues. C’est vraiment une très jolie chambre !

sur la falaise

La promenade le long de la plage est un rite qui me repose de toutes les visites. Je marche vite, les pieds dans l’eau, curieusement pas froide et j’atteins les rochers volcaniques qui masquent une cascade. Au retour, vent fort de face. Le ciel est devenu très menaçant. Nous ne nous attardons pas à la plage. Il fait froid lorsqu’on reste immobile. On a envie de monter sur la falaise et d’aller voir ce qu’il y a à la pointe. Nous montons donc en voiture un raidillon et nous retrouvons sur la grande route en direction d’Aberdeen. Après avoir traversée le village de Saint Cyrus  nous descendons dans un creux où un petit port est caché : Johnshaven. Dans le port, quelques bateaux colorés sont affalés en attendant le retour de la marée. Des casiers à crustacés sont empilés. Des hangars abritent sans doute une criée. C’est un vrai port de pêche, minuscule mais actif. Les maisons, presque partout de grès grisâtre sont toutes sur le même modèle qu’à Beauly. Apéro sur le port. Je dessine. Nous rentrons au gîte alors que les premières gouttes s’écrasent sur le pare-brise.

Johnshaven