Edimbourg sous le soleil

JUILLET ECOSSAIS

 

une épicerie bien écossaise

Breakfast Ecossais

Dans notre « hôtel-résidence universitaire », Eurohotel,nous disposons d’une cuisine. A la réception on vend un « Kit breakfast » cher et peu engageant. L’hôtesse me recommande l’Auberge de Jeunesse de Blackfriars qui sert un breakfast buffet pour 3,95 £, service à gogo! mais attention: des pancartes préviennent : ne prendre que 6 items !Je choisis un pamplemousse, une tranche de bacon, une saucisse et ce que je prends pour des lentilles : du haggis. Un groupe de scolaires italiens fait une telle cohue que j’aurais pu manger gratuitement. Consciencieusement, je paie au bar.

Première promenade jusqu’à la gare de Waverley

9heures, sous un joli soleil, nous trouvons un raccourci: au lieu de suivre Cowgate jusqu’à St Mary’s comme sur le plan d’Eurohotel, nous montons la pente très raide de Blair Street qui nous conduit à une place élégante : Hunter Pl. dont le centre est occupé par un curieux édifice carré. Nous coupons High street entrevue hier soir (musique dans un pub) puis descendons Cockburn St.

Il fait beau. Les boutiques sont avenantes. Nous entrons dans une petite épicerie tenue par un Pakistanais très aimable, puis dans une petite échoppe dont les étagères sont toutes occupées par des bonbons colorés dans des flacons. Le marchand cuit des rolls au bacon bien appétissants. Deux tables rondes sont installées sur le trottoir.

 

Edinburgh Pass

Le Edinburgh Pass  est censé nous permettre de circuler librement et de visiter gratuitement attractions et musées.

Ce Pass est cher : 32 £ la plupart des musées sont gratuits, et il existe des billets à la journée sur le réseau urbain. J’ai beaucoup hésité et ne l’ai pas commandé sur Internet à un prix plus avantageux. C’est la même histoire que le forfait de ski, on regrette toujours de ne pas l’avoir pris ! 32£, pour deux jours, nous n’ avons droit qu’ à trois visites seulement : le Château, le yacht Britannia et le Palais d’Holyrood – fermé pour cause de visite royale – et nous ne pouvons emprunter que les bus pour touristes verts, rouges et bleus.

 

Old Town vu de Waverley

Une ville de grès

De la Gare, la vue est magnifique : flèches élancées, clochers en dentelle de pierre, toits pointus se détachent sur le ciel. Une tranchée, coulée verte occupée par un beau jardin, sépare la Vieille Ville de la ville Nouvelle, régulière et géométrique  (18ème siècle). Edimbourg est vraiment une belle ville – ville de pierre, bâtie en grès fin. Rose et poli, les strates roses ou plus claires forment un décor dans les bâtiments les plus neufs. Noircis, quand ils ont été oubliés par les ravalements. Sobres, gris clair, dans un appareil très simple de blocs rectangulaires lisses. A l’Antique, colonnades doriques ou ioniques. Moellons irréguliers, oxydés d’orange ou de marron…Le Nouveau Parlement de béton clair décoré de métal et la tente du Dynamic Earth me paraissent vulgaires à côté de l’aristocratique pierre à bâtir.

 

Promenade Guidée

Les bus touristiques partent de Waverley.  Dans un  bus vert, officie un guide doté d’un  micro et d’un sens de l’humour très british. Chevelure entièrement blanche, le vieux monsieur est un brin autoritaire. Il met en garde contre les téléphones mobiles intempestifs, les allers et venues, les bavardages. Il rappelle à l’ordre les touristes turbulents ou ceux qui, impolis, ne lui disent pas bonjour. Comme l’assistance est clairsemée il pose des questions précises, comme à des élèves ,pour maintenir l’attention de son auditoire. Gare à moi si mon esprit vagabonde !

monument à Walter Scott

 

Les Hommes Illustres

La promenade débute sur Princes str. le long de verts jardins, avec le Monument de Sir Walter Scott, pyramide ajourée dressant sa flèche au dessus de 287 marches. Non loin de là, la statue de Livingstone, prétexte à rappeler l’anecdote célèbre de sa rencontre avec Stanley. Notre cicérone a choisi d’illustrer la visite de la ville par l’évocation des hommes célèbres d’Edimbourg. Chaque statue, chaque plaque, font surgir un personnage célèbre.

Dans le désordre, j’apprends donc que Graham Bell, l’inventeur du téléphone est originaire d’Edimbourg, Simson, le premier utilisateur du chloroforme donna un impulsion à l’anesthésie en la pratiquant sur la Reine Victoria. Hutton, au 18ème siècle fonda la Géologie moderne en détachant l’Histoire de la Terre de la Création en 7 jours de la Genèse. Je découvre une vie intellectuelle et savante intense qui n’a rien d’étonnant au regard de l’étendue des bâtiments universitaires qui occupent une grande partie de la Vieille Ville.

Les écrivains, de Burns à Scott, Stevenson, Conan Doyle, Dickens, ont leur statue, une plaque, leur pub préféré !

Des  faits divers : le chien resté 14 ans sur la tombe de son maître, les Resurrectionists Burke et Hale qui vendaient des cadavres à la faculté de médecine dont j’ai, déjà entendu parler dans la Colline des Chagrins d’ Ian Rankin, un escroc dont j’ai oublié le nom…

Toutes ces anecdotes rendent la visite très vivante et très dense.

 

Le Circuit touristique

Holyrood sous la pluie

            Après Princes Street, le bus monte au château, fait une large boucle dans les quartiers universitaires avant de couper High street qui fait partie du Royal Mile qui rejoint le château au Palais d’Holyrood s’appelant par la suite Cannongate. Après le Palais il s’engage dans la Ville Neuve.

 

Visite du château

le château perché sur la colline

Forteresse imprenable juchée sur son volcan de basalte, elle occupe une vaste superficie sur des terrasses en étage. Les pavés rendent la marche pénible. Un audio guide en français raconte avec force détails les guerres qui se sont livrées ici. Pendant au moins deux siècles, l’histoire de l’Ecosse et celle de l’Angleterre, intimement liées, ont subi des luttes de successions compliquées combinées avec des guerres de religion. J’ai mal préparé ce voyage, je me trouve perdue dans les Jacobites, les Hanovriens, les Catholiques, les Presbytériens, les Anglicans, les Ecossais et les Anglais. Certains personnages se détachent : Mary Stuart, Bonnie prince Charles, mais aussi Cromwell…. L’autre thème récurrent est purement militaire et ne me passionne pas.

Lassées des explications très fouillées, nous profitons du site : de la vue étendue sur Edimbourg sous le soleil, des massifs de fleurs très simples. La vieille chapelle de la Reine Marguerite, minuscule, est la plus touchante. Les restaurations 19ème d’un Viollet Leduc écossais sont un peu « trop » bien faites.

A 13 heures nous ne manquons pas le coup de canon tiré chaque jour et nous offrons u n déjeuner à la cafétéria : sandwich au thon  et un somptueux cake avec plus de raisins secs et de cerises confites que de pâte, et tout ce qu’il faut de gingembre et d’épices. Cette visite nous a physiquement éprouvées après la courte nuit. Nous n’aspirons plus qu’à nous asseoir à nouveau sur l’impériale d’un bus touristique (nous avons bien fait de payer le Pass !). Dans l’autobus rouge on prend en montant des écouteurs et on choisi  la langue pour les commentaires. J’aime bien réviser mes connaissances fraîchement acquises et cela ne m’ennuie pas du tout d’entendre une nouvelle version des anecdotes.

 

Arthur s Seat (1)

Arthur Seat

J’avais envie de monter à Arthur’s Seat depuis que j’ai lu la « Colline des chagrins » d’Ian Rankin. Un peu de nature sauvage m’aurait reposée de tout le bourrage de crâne de ce matin. Mais voilà que la pluie s’invite. Pour prendre en photo le volcan éteint nous descendons du bus sur la colline situe en face devant un portique d’un  classicisme des plus grecs. A quelques pas, dans un cimetière très vert, nous avons une bonne vue sur Holyrood et le volcan. Le bus suivant nous emporte jusqu’à Princes Street.

 

Peinture

Le beau temps est revenu, nous descendons dans les jardins dans le creux du jardin pour arriver devant deux musées de peinture:  la Scottish National Portrait Gallery et la National Gallery of Scotland installés dans de ravissants temples antiques de grès beige ravalées récemment. Sur un parvis à l’arrière des musées, trois Indiens d’Amérique du nord jouent une musique très électrifiée. Celui qui tape sur des tambours a revêtu une magnifique parure de plumes.

La National Gallery of Scotland renferme une très belle collection de tableaux italiens. Je regarde comme de vieux amis les Raphaël, les Titien, je reconnais immédiatement Andrea del Sarto rencontré à Volterra. Des petits Hollandais me plaisent bien, j’identifie deux Rembrandt. Deux du Gréco…Sans que les autres tableaux n’aient le moins du monde démérité, comment se fait il que je remarque ceux là au premier coup d’œil ? Ces chef d’œuvre ont-ils d’une autre facture, d’une autre qualité – marque du génie – ou alors je les reconnais parce que je les connais déjà, parce qu’ils sont reproduits dans les livres d’art, parce que je les cherche ? Dans les musées que nous visitons j’ai l’habitude de chercher de préférence Botticelli, Raphaël ou Rembrandt…

Nous terminons l’après midi sur l’impériale du bus rouge qui passe juste au dessus de notre « hôtel ». il suffit de descendre devant le Royal Muséum dans Chamber Str. Et de descendre un escalier. Pour dîner, j’ai repéré sur North bridge un Fish and Chips. J’ai des souvenirs très émus de cabillaud arrosé de vinaigre blanc à Dalkey près de Dublin voilà 11 ans ! de celui de Londres aussi.

 

Les Bêtes du Sud Sauvage – film de

TOILES NOMADES

Si les bêtes sont les aurochs de fantaisie, sangliers ou cochons affublés de défenses ridicules, je ne les ai pas beaucoup appréciées. Si ce sont les chiens, les chats, les poules, ou le cochon domestique, je les ai  bien aimés.  Si ce sont les hommes, femmes et enfants qui vivent en marge de la société de consommation américaine bien cachés dans le bayou qui font la fête, croquent à belles dents dans les écrevisses et les crabes tout juste pêchés, qui déchirent un poulet tout juste grillé à pleine mains, qui préfèrent se saouler pendant que la tempête, l’ouragan, Katrina peut-être inonde le bassin.

Est-ce un documentaire sur la Louisiane pendant l’ouragan? Est-ce une fable écolo? Le réchauffement climatique comme les pans de banquise qui s’effondrent le suggèrent. Provocation que cet incendie volontaire que la petite fille a allumé. Provocation que cet home qui tire sur les nuages pour effrayer la tempête déchaînée. Joie des feux artifice, de la musique, du désordre incroyable. Énergie que dégage ce petit bout de femme de six ans, bottée de caoutchouc, avec son air buté,  ses sourcils froncés sur un front boudeur.

Une jolie surprise: l’Amérique est capable de nous offrir mieux que des films formatés! Peut être pas le chef d’œuvre annoncé, mais qui a dit qu’on ne devait aller voir que des chefs d’œuvres?

Le goût de la Cerise – Abbas Kiaraostami (DVD)

TOILES NOMADES

J’avais raté sa sortie en salle, le Père Noël a réparé cette lacune. J’ai donc visionné sans aucune préparation le DVD. quand un film est primé – Palme d’Or en 1997 – il est accompagné de tout un cortège d’articles de Presse et la spectatrice sait à peu près à quoi s’attendre. Une quinzaine d’années plus tard, le titre reste en mémoire, seul. C’est donc sans aucun préjugé que j’ai découvert Le Goût de la Cerise


Un automobiliste tourne dans les lacets d’une route en construction dans les chantier de la banlieue d’une grand ville – Téhéran ? jamais montrée – atmosphère poussiéreuse de ces collines qui ne sont plus la campagne et pas encore la ville. La terre est très présente, remuée par les pelleteuses, déversée sur les flancs de la route. L’automobiliste roule à petite vitesse, cherchant quelque chose. Repère-t-il des lieux? Surveille-t-il les constructions? Il cherche quelqu’un. Longtemps on ne sait qui ni pourquoi. Des ouvriers se présentent à l’embauche, il poursuit un carrier qui le fuit. Il cherche d’abord des déshérites pour leur proposer une grosse somme d’argent sans préciser la tâche. Un soldat finit par accepter de monter dans le gros 4×4. La conversation est simple, les questions anodines se répètent à chaque rencontre mais elles mettent chaque fois mal à l’aise l’interlocuteur (et le spectateur). Cherche-t-il à faire un mauvais coup? cherche-t-il un amant? quelle est cette affaire mystérieuse?

C’est au soldat, après un bon quart d’heure (de film) qu’il révèle la nature du travail. Il a besoin d’un fossoyeur qui viendra l’ensevelir d’une vingtaine de pelletées de terre le lendemain matin. Où le réveiller s’il n’est pas mort. La tombe est prête

Le soldat s’enfuit, il proposera la tâche à un afghan gardien du chantier, puis à un séminariste(aujourd’hui on aurait peut être traduit par taliban). Tous sont effrayés par l’idée de suicide contraire à la religion. D’autant plus que le héros n’expliqura jamais son désespoir. Au contraire il présente le suicide comme l’expression d’une liberté, du libre-arbitre donné à l’homme, comme un argument philosophique plutôt que d’en appeler aux sentiments, il fait appel à la raison. Cela dépasse l’entendement de l’étudiant en religion. En revanche, un vieil homme, taxidermiste au Musée, père d’un enfant anémique, accepte, pour son enfant. Mais il impose un détour qui lui permettra de raconter comme un conte son expérience d’un suicide avorté.  Comme il a retrouvé le goût de la vie, en goûtant le fruit de l’arbre qui devait être sa potence.

La suite du film est encore plus étrange. On ne saura jamais si l’homme a été convaincu par le vieil homme, un orage, un écran noir pendant une longue minute,fera une coupure. la fin est incohérente: on se retrouve sur le tournage d’un film, à une autre saison. La poussière a été remplacée par de la verdure. Mise en abyme? Film dans le film? ruse pour égarer la censure? A nous de décider!

Cherchant une explication, on rembobine dans sa tête. La symbolique de la terre est très présente, cette terre que les engins déverse fascine celui qui doit être enseveli. Le chemin sinueux où passe et repasse le véhicule sans arriver nulle part est aussi signifiant. Absurdité. Incompréhension? Peut être les Iraniens ont-ils des clés que je ne possède pas. Pouvoir militaire ou religieux sont-ils évoqués par hasard? comme cette ville tentaculaire qui s’étend. Les hommes  abordés sont des déracinés, l’un est kurde, deux sont afghans, le dernier turc, où est ce Loristan d’où est originaire le chiffonnier? Tous semblent des étrangers à Téhéran. Étrange politesse de celui   pauvre, offrant du thé à un parfait étranger venu à bord d’un 4×4 luxueux. Ces hommes sont dans un grand dénuement mais l’appât du gain ne leur fera pas transgresser l’interdit du suicide. Le vieux taxidermiste, a-t-il pensé qu’il avait redonné au désespéré le goût de la cerise?

Au bord de la mer noire et…Israel Joshua Singer

Abusée par le titre Au bord de la mer noire (je souhaitais continuer encore mon périple en Bulgarie et Roumanie) j’ai emprunté ce livre et c’est une excellente surprise. C’est un recueil de huit nouvelles, Au bord de la mer noire, est la première. les autres se déroulent dans des lieux variés, aussi bien en Pologne, Ukraine, Russie qu’aux États Unis. Huit longues nouvelles, 90 pages,  presque un roman, traduites du Yiddish, racontent un monde qui disparaît.  Cette extinction du shtetl a commencé bien avant la Shoah. L’ouvrage a été écrit aux États Unis, publié en 1938.

La Première Guerre Mondiale et la Révolution Russe font basculer dans la modernité des communautés très religieuses encore rurales. L’émigration aux États Unis est aussi décisive. Ces nouvelles, toutes très différentes, racontent le destin d’hommes simples emportés par une histoire singulière. Comment le fils de rabbin, professeur d’hébreu qui ne rêve que de Palestine se retrouve-t-il commandant d’un bataillon de l’Armée Rouge? Qu’est- venu chercher Sholem Melnik en Amérique, le peintre en bâtiment de New York nostalgique de la campagne polonaise? Et ce garagiste passionné de mécanique qui déçoit les espoir de ses parents qui le rêvaient médecin?

Il raconte une société fondée sur l’observance des rites et des lois religieuses, une société solidaire où l’on n’aurait jamais laissé un colporteur ou un mendiant passer le Shabbat seul. Les solidarités n’ont plus cours en Amérique où la course à l’ascension sociale prime sur les anciennes valeurs. Il raconte aussi la solitude de l’étranger, du migrant, de ceux qui ont été égarés dans les tourmentes de la Révolution russe avec  humanité,  tendresse même. Il décrit les moindres usages  de la vie quotidienne avec une foule de détails oubliés, des expressions venant des prières, hébreu ou yiddish, coutumes des fêtes ou tenues vestimentaires. C’est vivant, précis, tellement fascinant.

Héritage – film de Hiam Abbass

TOILES NOMADES

Survol de la Galilée, vue aérienne. Magnifique image? Le ciel est dangereux, des escadrilles le traversent dans une guerre frontalière. Sous la menace des bombes, la vie continue. Au village derrière les oliviers, un mariage se prépare. Ce n’est pas une opération militaire qui l’empêchera a décidé Samira (Hiam Abbas, la mère de la mariée). Le mariage réunira toute la famille au village: le patriarche, son fils ainé qui veut se faire élire à la mairie avec le soutien d’un parti israélien, un autre, homme d’affaires ruiné et le troisième médecin, ses filles l’ainée la soumise, et la plus jeune, Hafsia Herzi, artiste moderne étudiante amoureuse de son professeur de peinture anglais.

« L’histoire d’Héritage, c’est plutôt l’histoire des conflits à l’intérieur d’une famille palestinienne qui vit dans un village palestinien, en Israël, sur la frontière avec le Liban, et cela concerne plutôt les conflits intérieurs dans une enveloppe de guerre générale. C’est presqu’une guerre virtuelle, qui existe toujours au-dessus de nos têtes, nous les Palestiniens d’Israël, parce qu’il y a cette menace d’une guerre entre les pays arabes et Israël. »

dit Hiam Abbass dans l’interview d’ARTE

Ce mariage m’a rappelé les Noces en Galilée de Michel Khleifi (1987) dont j’ai gardé un souvenir très vif. Le propos en est très différent mais il se passe dans le même décor.

Après la photo de famille, la noce sera interrompue : une alerte, un bombardement disperse l’assistance, le grand père est victime d’une crise cardiaque. La famille s’acharne  la jeune Hajar qui ne pourra pas vivre ses amours avec l’Anglais – Hafsia Herzi dans une interview parle d’un Roméo et Juliette palestinien. La campagne du candidat aux élections est interrompue par le cousin de sa femme qui le traite de collabo. Le médecin apprend qu’il est stérile. Toujours, les femmes paient le prix fort à la tradition même si elles sont modernes, polyglottes, avec un caractère bien trempé.

 


 

Ravi Shankar, musicien et passeur de musique avec Yehudi Menuhin et Philip Glass

MA SAISON INDIENNE

 

J’ai été étonnée  en lisant hier les nécrologies dans la presse :le grand musicien, le virtuose était présenté comme le père de Norah Jones (c’est vrai mais tellement réducteur). Regardant les infos à la télévision, l’hommage fut pire : pas de sitar, une image furtive puis les Beatles qu’il a inspirés. Certes….. Heureusement, Télérama consacre un article plus étoffé au musicien.

De passage à la bibliothèque et discothèque j’ai emporté un DVD et des CD de musique indienne, regrettant l’an passé de ne pas avoir consacré plus de temps à cet aspect de la culture du sous-continent. J’ai corrigé mes copies en écoutant des râgas et mesuré l’étrangéité de la musique savante pour nos oreilles occidentales.

Le rôle de passeur de Ravi Shankar m’est donc apparu comme essentiel. peut être fallait-il qu’il joue avec Menuhin pour qu’il parvienne jusqu’aux mélomanes et avec les Beatles pour que nous le fêtions dans les années soixante: routards vers Katmandous sur les routes de l’Inde, babas et hippies des fleurs dans les cheveux, expériences psychadéliques et musique planante… malgré notre voyage au Rajasthan, c’est Shankar, le passeur que je retiens.

l’Autre Rive – film géorgien de George Ovashvili (DVD)

TOILES NOMADES

A sa sortie en salle, une curieuse mésaventure m’avait privée de séance : les bobines d’un navet américain homonymes étaient arrivées dans mon cinéma préféré. J’ai donc acheté le DVD!

Tedo ferme les yeux quand la cruauté du monde lui paraît insupportable

Très joli film sans prétention. Un gamin craquant dans les conflits inextricables du Caucase. Gamin géorgien réfugié d’Akhazie vit à Tbilissi dans une grande pauvreté, apprenti dans un garage, petit voleur d’occasion. Il veut rejoindre son père en Abkhazie sur l’autre rive. Géorgiens, Russes, Abkhaziens se font la guerre, on ne comprend pas bien ni où ni pourquoi. Violences gratuites? viol, vengeances? L’innocence de l’enfant lui sert de passeport, son obstination aussi. Il subit cette violence, se fait jeter du train, un camionneur l’abandonne en pleine montagne quand la vie lui parait insoutenable, il ferme les yeux mais poursuit sa quête.

 

 

Joseph Anton – une autobiographie de Salman Rushdie

Après les violences meurtrières à la suite de ce film que personne n’a vu, des caricatures de Mahomet, ce livre invite à la réflexion intellectuelle et politique, sur la liberté d’expression, la laïcité.

J’ai donc passé une bonne semaine en compagnie de Rushdie: 725 grandes pages!

Joseph (Conrad) Anton (Tchekov) est le pseudonyme de l’auteur des Versets Sataniques sous la menace de la fatwa de Khomeiny. Comment vivre dix ans caché, sous la protection des Services secrets de Sa Majesté? Je m’attendais donc à un roman d’aventure, d’espionnage – genre Le Carré mais en vrai . Dix ans d’Histoire, du 14 février 1989 au 11 Septembre 2001. Dix ans de luttes d’influence, de tractations avec l’Iran de Khomeiny puis de ses successeurs pour annuler la fatwa, rencontres avec Margaret Thatcher, John Major, puis Tony Blair, avec Clinton…  Voyages clandestins ou annoncés de Londres à New York mais aussi Oslo, du Chili à la Nouvelle Zélande. Mesures de sécurité oppressantes, parfois cocasses.

C’est aussi un panorama de la littérature contemporaine. Le livre s’ouvre sur la messe en l’honneur de Chatwin, ami de Rushdie. Si Rushdie a pu survivre à la condamnation à  mort iranienne c’est d’abord grâce à l’affection et à la mobilisation des écrivains amis. Le lecteur est donc entraîné à la suite de Salman et rencontre les plus grands auteurs anglophones ou non: Harold Pinter et Graham Greene  de Styron  à Paul Auster, Susan Sontag aux Etats Unis, Nadine Gordimer, Gunther Grass et même Borges. Ecrivains indiens de langue anglaise aussi: Arundati Roy et tant d’autres. Dix ans de littérature et de mobilisation sans relâche pour la liberté d’expression.

C’est l’histoire d’un homme, déraciné, d’une double culture, héritier d’une riche culture indienne, élève des meilleurs écoles britanniques. origines,   son patronyme de Rushdie venait d’Averroès Abul Walid Muhammad ibn Ahmad Ibn Rushd qui défendait déjà la liberté de la philosophie loin du carcan des théologiens. Années d’apprentisage à Rugby, école élitiste  où « il existait trois erreurs fatales que l’on pouvait commettre, mais si l’on n’en commettait que deux sur trois on pouvait être pardonné. les erreurs étaient les suivantes : être étranger, être intelligent, être mauvais en sport. […]Il les commit toutes les trois. »

 

C’est avant tout l’histoire d’un écrivain dont le métier est l’écriture. Il nous livre le processus d’écriture de ces livres les plus fameux, ses sources d’inspiration, les clés de ses romans. J’ai furieusement envie de relire les Enfants de Minuit que j’avais énormément aimé autrefois après ces précieux enseignements. Militant de la liberté d’expression, il veut d’abord être reconnu pour ses écrits.

J’ai dévoré les 250 premières pages. Je me suis un peu ennuyée quand il décrivait par le menu toutes les tracasseries des policiers et les mesquineries d’un certain milieu londonien, mesquineries aussi de son ancienne femme dont on n’a vraiment pas envie de connaître les rancœurs. Rushdie ne nous fait grâce de rien, ni de ses entrevues successives avec les  responsables des services secrets ou les fonctionnaires de Sa Majesté, des hésitations des éditeurs qui refusent de sortir l’édition en poche des Versets sataniques et hésitent à publier ses autres romans . Après tout, trois attentats ont touché traducteurs et éditeurs étrangers au Japon, en Norvège et en Italie! Il détaille aussi les efforts de ses amis, du PEN-club américain, du parlement européen des écrivains, de Bono et U2…il ne veut oublier personne. La lectrice a décroché parfois au milieu du livre. Et pourtant j’ai poursuivi, happée par l’enjeu et aussi par l’art de l’écrivain.

 

Chypre et Luca Penni au Louvre – Victoire de Nimègues cour Puget

TOURISTE DANS MA VILLE

CHYPRE ENTRE BYZANCE ET OCCIDENT

C’est une belle exposition présentant des objets, marbres, céramiques, icônes, monnaies et fresques du 4ème  siècle (fondation de Constantinople) à 1571(conquête turque). La chrétienté y est représentée aussi bien l’Orthodoxie que les Lusignan et les Croisés. De nombreux panneaux retracent l’histoire de l’île.

J’ai eu la surprise de découvrir les monuments gothiques dans le nord de l’île qu’on n’avait pas vus. la plupart des objets proviennent de Limassol ou de Nicosie. Une rencontre:un moine Néophite le reclus. Un tableau : cette arrivée du Christ à Jérusalem monté sur un âne blanc qui ressemble à un cheval tandis que, grimpé dans un arbre des hommes cueillent des rameaux qu’ils jettent au sol.

Dernière rencontre avec Catherine Cornaro, dernière souveraine de l’île.

Catherine Cornaro par Gentile Bellini

 

 

 

 

LUCA PENNI

Un peintre de la Renaissance à Fontainebleau.

Deux beaux tableaux : une Vénus et surtout une reine s’agenouillant devant un souverain portant un crâne. De très nombreuses gravures très fines sur des sujets mythologiques. Certaines ont été utilisées comme motif pour des assiettes ou différents éléments décoratifs.

 

 

LA VICTOIRE DE NIMEGUES COUR PUGET

 

Cherchant un banc pour nous reposer, La cour Puget est l’endroit parfait : lumineux, sous sa verrière,  vaste et tranquille. Un regard à Alexandre, après la lecture de Gaudé. Une chinoise partage notre banc. Avec son iphone elle mitraille les sculptures de la cour puis se tourne vers moi pour demander des explications que je suis bien en peine de lui donner. Le Louvre a fabriqué des fiches explicatives géantes. Nous y lisons que toutes les statues appartiennent à un ensemble commémorant la Victoire de Louis XIV  à Nimègues destiné à décorer la place des Victoires.

Les quatre personnages de bronze à genoux, des esclaves figurent les nations vaincue au traité de Nimègues : Espagne, Brandebourg, Empire et Hollande. Sur le côté, trois plaques de bronze racontent l’Europe se soumettant au roi. En face, de nombreux médaillons étaient suspendus autour de la place.

Nous décidons d’aller voir la Place des Victoires. Nous traversons la cour du Conseil d’État avec les colonnes de Buren rafraîchies qui n’évoquent toujours rien pour moi! La Comédie Française en chantier n’est pas à son avantage. Le Palais Royal hivernal est vide, un peu triste. Pensée pour Colette. Les rues Vivienne, de Valois autour de la Banque de France sont vides le dimanche. La Place des Victoire, arrondie offre un écrin à la statue équestre du roi Louis XIV par Desjardin qui a disparu à la Révolution, remplacée par une autre, fondue encore, celle qui est là est donc la troisième!Sur le socle les plaques de bronze sont là. Les médaillons ont perdu leurs colonnes et supports.

Je n’étais jamais venue là. Il a fallu une étudiante chinoise pour piquer ma curiosité!

 

Pour seul Cortège – Gaudé

Alexandre : Puget au Louvre

Nous suivons le cortège funéraire d’Alexandre le Grand avec les pleureuses.

Alexandre le Grand d’Angelopoulos

Alexandre est un personnage que je croise souvent: au Louvre, à Naples, à Siwa et à Perpérikon, en Bulgarie où les oracles lui ont prédit la gloire, même dans une exposition sur l’Afghanistan au Musée Guimet même dans le film de l’Homme qui voulait être roi…ou l’Alexandre le Grand d’Angelopoulos.Plusieurs versions de la Légende d’Alexandre ont traversé les siècles. J’ai bien aimé celle de Lacarrière.

Gaudé livre sa version poétique du mythe. Chant funèbre en prose, lente épopée au rythme du pas des caravanes dans la première partie, de Dryptéis, la princesse perse mariée à Hephaistion, compagnon d’Alexandre, de Nemrou sa servante et de la vieille Sisygambis, la vieille pythie, diseuse de mort, tapie dans les ruines de Persépolis. Au galop effréné du cavalier sans tête Ericléops qui a dépassé l’Indus où Alexandre avait arrêté sa conquête et qui a atteint les rives du Gange, Ericléops qui rapporte le message du roi indien, son défi qui ranimera Alexandre et le ramènera à la vie.

Au palais de Babylone où agonise Alexandre, on sent se nouer les intrigues, les rivalités entre les femmes et les compagnons qui se disputerons la succession de l’empire. Alexandre meut au mitan du livre.

La deuxième partie raconte l’étrange errance de la dépouille d’Alexandre. Qui détiendra son corps, détiendra le pouvoir. Au rythme des centaines de pleureuses vers la Macédoine, puis traversant le Nil, enfin vers l’Orient. Au delà de la mort, la voix d’Alexandre commande encore. Il ne sait pas mourir avait dit la pythie. Il ne connaît ni le repos, ni la fin de ses conquêtes.

Affranchi de la « vérité » historique, Gaudé imagine cet étrange entre-deux, entre terre et enfer. Déjà dans la Mort du Roi Tsongor on devinait cette fascination, Dans la Porte des Enfers, elle était explicite. Alexandre dont on ne connaît pas la sépulture , cénotaphe vide en Alexandrie, introuvable correspondait tout à fait à cet univers.