Kim de Kipling et le Grand Jeu

Plusieurs pistes dans Kim : celle du lama et de la recherche spirituelle, celle de l’espionnage.

Kim, connaissant le bazar de Lahore comme sa poche, débrouillard et serviable « l’Ami de Tout le Monde » a déjà rendu maints service à Mahboub Ali, Pathan à la barbe rouge,  maquignon vendant des chevaux à l’armée britannique et aux Rajahs des états princiers, officiellement, plus officieusement agent de liaison entre les troupes de Sa Gracieuse Majesté et les tribus afghanes ou les princes rajpoutes. Au caravansérail de Lahore il lui confie une mission d’importance : le pedigree d’un étalon blanc. Kim devine que le message est d’importance. Il parvient même à en déchiffrer le sens et gagne une réputation de devin auprès de la population indigène.

Kim est un « poulain de polo » d’après le maquignon, celui qui joue d’instinct. Fils d’un soldat irlandais, il est adopté par le régiment de son père(à l’insigne du taureau sur fond vert comme dans la prophétie) qui veut l’enrôler et le placer dans une école militaire. Kim est trop indépendant pour la vie militaire, les uniformes trop étroits et guindés. Sa connaissance du terrain, des langues et des coutumes indiennes, son intelligence en font une recrue de qualité pour les services d’espionnages britannique. Le roman est donc un roman d’espionnage – ou d’apprentissage d’un espion.

— Fils, j’en ai assez de cette madrissah, où l’on prend les meilleures années d’un homme pour lui apprendre ce qu’il ne peut apprendre que sur la Route. La folie des sahibs n’a ni bout ni fin. N’importe. Il se peut que ton rapport écrit t’épargne un plus long esclavage, et Dieu sait que nous avons de plus en plus besoin d’hommes dans le Jeu. » […..]

Ali Mahboub continue un peu plus loin dans le chapitre X

« Le poney est fait — fini — mis en bride et au pas, sahib ! À partir de maintenant, il ne fera chaque jour que perdre ses bonnes manières si on le retient pour des balivernes. Laissez-lui la bride sur le cou et lâchez-le, dit le marchand de chevaux. Nous en avons besoin. 

 


Le Grand Jeu se joue depuis 1815, depuis la fin des conquêtes napoléoniennes. Il oppose la Grande Bretagne à la Russie . Les Anglais surveillent la Route des Indes tandis que les Tsars voudraient un accès aux mers chaudes. L’Homme Malade, l’Empire Ottoman est une des pièces maitresses du Grand Jeu, avec l’accès à Constantinople, les détroits, Bosphore et Dardanelles où se joue aussi la Grande Idée grecque. L’autre pion, le plus coriace est Afghan. Kipling a situé d’autres nouvelles et romans dans les parages de la Passe de Khyber.

Après l’apprentissage de Kim chez Lugar Sahib, au collège saint François Xavier, et comme arpenteur notre héros âgé de 17 ans accompagne son lama dans les hautes montagnes de l’Himalaya à la poursuite de deux Russes (dont l’un est français). Il remplira pleinement sa mission nous faisant vivre des aventures époustouflantes dans un cadre grandiose et très exotique.

 

 

Le Jeu de Kim (Kipling)

C’est un jeu bien connu des scouts que j’ai pratiqué dans mon enfance. Bien avant d’avoir entendu parler du roman et de Kipling.

Kim s’est échappé du collège pendant les vacances. Il a rejoint le vendeur de chevaux Mahboub Ali qui a prévenu Creighton Sahib, le colonel des renseignements qui l’envoie en stage chez le docteur des Perles Lurgan Sahib à Simla…

L’enfant[…]s’élança vers le fond de la boutique d’où il revint avec un plateau de cuivre.

« Donne-les-moi dit-il à Lurgan Sahib. Qu’ils viennent de ta main, car il pourrait dire que je les connaissais avant.

– Doucement…Doucement, répliqua l’homme en extrayant d’un tiroir sous la table une demi-poignée de babioles dont le cliquetis sonna sur le plateau.

–  Maintenant, dit l’enfant  en agitant un vieux journal, regarde-les aussi longtemps que tu voudras, étranger. Compte, si besoin est touche. un regard me suffit à moi »

Il tourna le dos fièrement.

– « Mais en quoi consiste le jeu?

– Quand tu les auras comptées et maniées et que tu seras sûr de pouvoir te les rappeler toutes, je les cacherai et il faudra que tu en dises le compte à Lurgan Sahib. j’écrirai le mien.

– Oh!

L’instinct de rivalité s’éveilla en son sein. Il se pencha sur le plateau. il ne contenait pas plus  que quinze pierres.

– « C’est facile », dit-il au bout d’une minute.

L’enfant glissa le papier sur les joyaux scintillants et se mit à griffonner dans un petit carnet indigène.

– « Il y a sous ce papier cinq pierres bleues – une grosse, une moins  et trois petites, » dit Kim, tout d’une haleine, « il y a quatre pierres vertes, l’une avec un trou ; il y a une pierre jaune, on peut voir au travers et une comme un tuyau de pipe. Il y a deux pierres rouges, et…et… donne moi le temps…

Lurgan compta jusqu’à dix. Kim secoua la tête

-« Écoute mon compte! éclata l’enfant avec un trille de rire impétueux:

– d’abord il y a deux saphirs avec des crapauds – un de deux ratis et un de quatre, à ce que je peux en juger. Le saphir de quatre ratis est ébréché. il y a une turquoise du Turkestan unie avec des veines noires, il y en a deux gravées – une avec le nom de Dieu en or, et, sur l’autre, qui est fendue en travers car elle sort d’une vieille bague, je ne peux pas lire les lettres.  nous avons maintenant quatre émeraudes, mais il y en a une percée en deux endroits et une un peu rayée….[….]

c’est ton maître dit Lurgan Sahib, en souriant.

 

– Huh, il savait le nom des pierres. Essayez avec des choses ordinaires que nous connaissions tout les deux….

La Version Originale du Jeu de Kim m’a enchantée.

Kim est  un roman d’espionnage, roman d’apprentissage d’un apprenti-espion. Alors que le lama lui paie l’enseignement du meilleur collège de Lucknow, pendant les vacances Kim complète sa formation. Lurgan Sahib est aussi magicien et expert en déguisements de toutes sortes, utiles quand Kim sera en mission

 

 

L’énumération des pierres précieuses m’a ravie! Elle prend un aspect documentaire quand je pense aux bijoux du film Akbar et Jodhaa. L’Inde et ses joyaux a fasciné plus d’un!

Robert Louis STEVENSON: The Master of Ballantrae

CHALLENGE VICTORIEN
les deux fils du Lord Durrisdeer ont joué à pile ou face leur étrange destin : lequel des deux fils du Lord suivra Bonnie Prince Charles dans la Rébellion Jacobite ? Lequel restera au château en compagnie de leur cousine, fidèle au roi d’Angleterre ? C’est James, le  Maître de Ballantrae,  qui suit les rebelles et disparaît une première fois à la bataille de Culloden. Son frère cadet, Henry, épouse sa cousine et devient donc le lord de Durrisdeer.


Le Maître de Ballantrae revient après des aventures maritimes avec de pirates et des tribulations en Amérique.
Ce livre peut se lire comme une suite d’aventures, livre de pirates, de cap et d’épées. C’est surtout la rivalité des deux frères qui se poursuivra toute leur vie.
Le Maître de Ballantrae est un gentilhomme séduisant brillant mais c’est aussi un personnage malfaisant. Son frère cadet est plutôt un campagnard balourd et méprisé de son entourage.
La problématique du Bien et du mal  est posée comme  dans Dr Jeckyll et Mr Hyde. Un personnage intrinsèquement mauvais et un autre vertueux, généreux et honnête. Ce n’est pas la vertu qui est récompensée de l’estime des autres !
168pages seulement, m’ont occupée pendant une bonne semaine. J’ai choisi la « lecture lente ». J’aurais pu dévorer le livre d’aventures sans m’arrêter aux mots inconnus, devinant le sens général d’un paragraphe et me laissant entraîner par ce roman d’action. J’ai préféré sortir le Harraps des étagères et chercher tous les mots nouveaux. Et R L Stevenson utilise un vocabulaire étendu et littéraire que j’ai eu énormément plaisir à découvrir. Des mots écossais donnent un goût original au dialogue. Sans parler de tout le vocabulaire nautique, tout à fait british ! Plaisir de sortir de mon « Globish » touristique, suffisant pour se débrouiller n’importe où,  pour une langue littéraire très riche et poétique.

Julian BARNES : Arthur & George

CHALLENGE VICTORIEN


Arthur, c’est Conan Doyle, né à Édimbourg, étudiant en médecine? puis médecin sans clientèle? qui devient le célébrissime auteur de Sherlock Holmes, auteur comblé, pair du royaume.

George est le fils d’un pasteur de la campagne anglaise, enfant solitaire, différent des fils de paysans, adolescent bouc émissaire des vauriens de sa campagne, juriste pointilleux accusé à tort d’un  crime dont il ne peut se disculper. Ce n’est qu’après une centaine de pages qu’on apprend que le père de George, le pasteur, est Parsi et que la solitude et la persécution dont George et sa famille sont l’objet sont sans doute d’origine raciste.

Arthur prend la défense de George pour sa réhabilitation, utilisant les méthodes de son célèbre détective pour disculper George.
C’est un livre dense, une biographie de Conan Doyle passionnante, une description de la société victorienne très intéressante.

Lire aussi cet article ICI  dans le blog d’Audouchoc

Kipling – Zorgbibe – la Gloire de l’Empire

CHALLENGE VICTORIEN

En vue de notre prochain voyage en Inde j’avais prévu de ne lire que la première partie de la biographie de Kipling  intitulée La saga des Anglo-Indiens, prise par la lecture et avec l’arrivée inopinée du Challenge victorien, j’ai poursuivi le gros livre. La première partie m’avait beaucoup diverti. Zorgbibe a dressé un tableau très pittoresque des années de jeunesse de Kipling, sa petite enfance indienne, ses tristes années en Angleterre puis le très british et amusant college Westward Ho, enfin les années de journalisme en Inde. Le biographe a su utiliser les personnages, les intrigues des écrits de Kipling pour tisser  biographie et fiction, donner des clés de lecture. Je me suis un peu perdue entre réalité et  romanesque avec beaucoup de bonheur.

En 1889, Rudyard Kipling âgé de 23 ans, quitte Calcutta en compagnie d’un couple Américain, effectue presque un tour du monde et redécouvre Londres. Il est déjà un journaliste reconnu. Occasion de croiser Jerome K. Jerome et de nombreux intellectuels et écrivains de l’époque, Thomas Hardy et Henry James masi aussi Rider Haggart auteur des Mines du Roi Salomon (dont j’ai vu une adaptation au cinéma) ainsi que d’autres intellectuels pas forcément connus par les francophones (mais peut être par les participants au challenge victorien) .

Le style de la biographie est bien différent de celui de la Saga : moins de citations moins d’anecdotes amusantes . Notre héros a vieilli, ce n’est plus un potache, c’est une célébrité, une  référence pour la politique coloniale de l’Empire. Épousant les préjugés des Anglo-Indiens, il s’engage dans la lutte (et le dénigrement) du Parti du Congrès indien sans reconnaître l’importance de la naissance du nationalisme indien.

Kipling est aussi un grand voyageur : un chapitre du livre de Zorgbibe s’intitule Le globe-trotteur de l’Agence Cook .C’est avec grand plaisir que je découvre le début du tourisme o et que je suis les tours du monde avec sa femme, puis ses enfants, qui le mèneront aux Etats Unis, jusqu’au Japon(où la banqueroute de sa banque le verra ruiné) puis, plus tard en Afrique du Sud où la famille prend ses quartiers d’hiver.


Le personnage de Kipling est  complexe.

Si, ses écrits sont principalement d’inspiration indienne, il a finalement assez peu vécu en Inde

Si, il a été propagandiste de la politique coloniale victorienne,

Si, il s’est engagé dans la guerre des Boers,  auteur d’un Mendiant distrait,poème patriotique levant des fonds pour les soldats

…..Il a donc bien gagné son surnom de Chantre de l’Impérialisme.

Il a aussi rencontré Mark Twain, fait le voyage des Samoa pour voir Stevenson (sans atteindre les îles). Il a également passé de nombreuses années en Nouvelle Angleterre près de la famille de Carrie, son épouse. Il a inspiré les frères Tharaud, romanciers français qui ont obtenu le Goncourt 1906 pour Dingley, l’illustre écrivain.

Même si des convictions anti-colonialistes empêchent d’être en pleine empathie avec le personnage, la lecture de cet ouvrage parcourant l’Empire de Victoria est passionnante.

 

 

Kipling – Charles Zorgbibe- la saga des Anglo-Indiens

SAISON INDIENNE

De Kipling, je ne connaissais que des clichés : le « chantre de l’impérialisme britannique », « tu seras un homme mon fils…. » ainsi que tout un folklore de mes années d’éclaireuses « jeu de Kim, » ou noms de « totems » tirés du Livre de la Jungle. Un auteur pour scouts, enfants ou nostalgiques des colonies.
L’écrivain Kipling vaut mieux que sa caricature.
C Zorgbibe a tissé un aimable et pittoresque patchwork des œuvres de Kipling pour raconter la vie aventureuse et voyageuse de l’écrivain et la saga des Anglo-indiens.
Histoire victorienne bien connue des Anglais, qui nous est  étrangère.

Lire Kipling et comprendre ce qui se passe en Afghanistan! Imaginer l’importance de la Route des Indes à l’époque. La Guerre des Boers,La Guerre des sahibs, me renvoie à la biographie de Gandhi d’Attali que j’ai lue il y a peu.Et terminer la fresque par la Première Guerre mondiale.

Je me livre à la singulière expérience de lire en même temps cette biographie de Kipling et Kim (expérience dictée par des contingences pratiques et non pas par une volonté littéraire : j’ai téléchargé gratuitement Kim sur ma liseuse tandis que le gros pavé de Zorgbibe est trop lourd pour être emporté : Kim me suit dans le métro, dans mon cartable…tandis que Kipling attend sur la table de chevet. ). Cette confrontation est tout à fait fructueuse : je saisis mieux des détails qui pourraient paraître secondaires : le fameux canon de Lahore se trouve en face du Musée dont le père de Kim était le directeur….le maquignon Mahboub a vraiment existé….Par ailleurs, j’identifiais Kim à Kipling enfant, erreur, il fut envoyé à 6 ans en Angleterre.

J’imaginais une sorte de chef scout pontifiant, je découvre un potache farceur, un lecteur de Rabelais dans le texte, un journaliste qui préfère écrire des ragots en vers. Montage de héros de ses romans et de ses nouvelles, l’auteur de la biographie dresse un tableau coloré de la société victorienne. Je me perds dans les personnages réels et ceux que Kipling a créés, et je m’amuse bien!(je ris même aux éclats)

 

cet article est ma première contribution au challenge victorien

 

 

 

Le cheval de Turin

Cinéma du dépouillement, de l’épure.

Un cheval gris, fourbu, en sueur, peine en tirant une charrette dans la tempête, il gravit une côte pour arriver à une ferme isolée dans une campagne déserte. Une musique lancinante l’accompagne. L’homme et une femme rentrent l’animal et sa charrette. Gestes simples. La femme aide l’homme à s’habiller – (je m’interroge) – la femme cuit des pommes de terre. L’homme écrase la sienne et mange avec difficulté – son bras droit est paralysé.

Cinéma du dépouillement : gestes quotidiens répétitifs, chaque jour la femme tire l’eau au puits, cuit les pommes de terre, fait la vaisselle, aide son père à s’habiller. Ils vont ensuite à l’écurie. Le cinéaste filme en longs plan-séquences qui donnent l’impression de laisser se dérouler le geste domestique dans toute sa durée. Dépouillement : ces gens n’ont rien : palinka et pommes de terre bouillies, une chacun. pendant le long plan-séquence on a tout le temps d’admirer les images magnifiques : la table de bois brut, la porte, la lampe à pétrole. Visages sauvages du père et de la fille, économie de paroles. Répétition des tâches :chaque jour les mêmes immuables.

Dehors une étrange tempête fait rage – sèche – il ne tombe ni pluie, ni neige. Les feuilles volent en abondance. Chaque jour, le quotidien perd quelque chose. Le second, le cheval refuse d’avancer, la musique est remplacée par le bruit du vent. Le voisin vient emprunter de la palinka, lui seul parle de la désolation qui s’étend…Arrive un curieux attelage de tsiganes, menaçants. Le lendemain, le puits est à sec. L’homme tente de résister au malheur, chargeant leurs biens sur une charrette à bras tirée par la femme, ils tentent de fuir. Après l’eau, c’est la lumière qui vient à manquer. Assis à table, dans l’obscurité, ils tentent de manger les pommes terre qu’on ne peut plus cuire.

L’écran devient blanc. Plus d’image. Fin du film, fin du monde.  !comme la création à l’envers : disparaissent les hommes, le cheval,  l’eau, la lumière….Bela Tarr met fin à sa carrière de réalisateur sur cette absence d’image.

C’est un très beau film. Les 2h26 ont passé sans aucun ennui. Tellement sont belles les images!

 

Une femme fuyant l’annonce – david Grossman

Depuis dix jours, je suis les pas d’Ora et d’Avram sur leur randonnée dans les collines de Galilée. Cheminement lent, dans une lecture dense, où se découvrent des histoires d’amour intenses et des paysages sauvages. .
Pensée magique:  Ora imagine que, tant qu’elle sera hors d’atteinte des messagers, il n’arrivera rien à son fils, parti dans une opération militaire dangereuse, tant qu’elle pensera à lui, qu’elle parlera de lui, elle le protègera. Pouvoir des mots?
Ce n’est pas une lecture facile que cette fuite anxieuse, et que l’évocation de plusieurs guerres.

La Guerre des Six Jours est  à peine évoquée:  rencontre des adolescents hospitalisés, premiers émois, camaraderies, amitiés, amours adolescentes. Pendant la Guerre de Kippour se noueront et se dénoueront les liens d’amour et d’amitié. Le récit des combats sur le Canal de Suez est particulièrement éprouvant, la captivité en Égypte d’Avram aussi.
Amours, amitiés, amour maternel inconditionnel, paternités incertaines, rapports fusionnels entre frères, toutes les affections sont mêlées. Amour de la terre aussi.
Pouvoir des mots, écritures, carnets griffonnés, c’est aussi un livre d’écrivain, sur l’écriture. La chasse aux références littéraires, de Melville à Thomas Mann,ou à la Bible, peut aussi être une piste de lecture.

J’ai attendu ce livre. Pas seulement parce que les critiques sont excellentes ni parce que la littérature israélienne m’intéresse.Lue sur le  site de la Paix Maintenant l‘oraison funèbre à son fils Uri, tombé au Liban en 2006, m’avait terriblement émue. J’avais imaginé que ce roman était une réaction à ce deuil. La dernière page m’a détrompée, Grossman avait commencé l’écriture en 2003 alors que son autre fils Yonatan faisait son service militaire;

Dernière phrase du livre :

« Ce qui a changé surtout, c’est l’écho de la réalité dans lequel la version finale a vu le jour. »


j

Le Salon de Musique – Satyajit Ray (DVD)

SAISON INDIENNE

http://www.dailymotion.com/swf/video/xhkyb6<br /><a href= »http://www.dailymotion.com/video/xhkyb6_le-salon-de-musique-begum-akhtar_shortfilms &raquo; target= »_blank »>Le Salon de musique – Begum Akhtar</a> <i>par <a href= »http://www.dailymotion.com/zimol-music &raquo; target= »_blank »>zimol-music</a></i>

Un lustre de cristal aux coupes en tulipes se balance dans l’obscurité, symbole du luxe, de la sophistication du palais tandis que le générique se déroule, lettres hindoues sur fond noir. Noir et blanc, ombre et lumière. Extrême dépouillement. Unité de lieu : un palais au fronton et aux colonnes grecques domine le fleuve.Roy, le zamindar – noble propriétaire terrien – entend au loin la musique que donne le voisin parvenu .

le zamindar Roy sur sa terrasse

 » M’a-t-il invité? » demande-t-il à son serviteur Ananta.

– « Est-ce que je vais quelque part? »

Le noble Roy, ne va nulle part, en revanche, il invite ses voisins dans son salon de musique, à des concerts fastueux qui le ruinent

Chronique d’une décadence. Le fleuve a emporté le jardin et une partie des terres lors d’une crue. Grand seigneur, Roy, a accueilli un millier de paysans, rappelle-t-il à sa femme qui lui reproche d’avoir hypothéqué ses bijoux. L’intendant prévient son maître qu’il a déjà commencé à vider l’ultime coffre. Une rivalité s’engage entre l’ancien noble et le parvenu Ganguli, fils d’usurier, qui a installé l’électricité, qui se déplace en voiture et qui se pique d’apprécier la musique.

Ganguli, le parvenu

Les dernières richesses seront dilapidées dans cette rivalité. La tragédie se déroule pendant un de ces concerts : le lustre se balance, les éclairs illuminent la nuit, le fleuve emportera la femme de Roy, son fils est noyé. Le zamindar vend ses meubles. Le palais est vide, reste le lustre et l’estrade où une danseuse se produira dans un  dernier concert .

Mauvais présage: une énorme araignée se détache sur le portrait de Roy…

L’issue fatale est prévisible depuis la première scène, la décadence est peinte avec raffinement et noblesse. Un monde s’achève, un monde de palais, de chevaux et d’éléphant, dans l’indifférence et la grandeur.

J’avais vu ce film autrefois, il m’avait laissé un souvenir indélébile. Tellement classique qu’il n’a vieilli en rien.