L’Inde où j’ai vécu – Alexandra David-Néel

SAISON INDIENNE

Les récits de voyage des explorateurs me passionnent., Que dire des exploratrices qui n’hésitent pas à se travestir pour pénétrer dans les lieux interdits?
Le personnage de l’auteur est fascinant.
Cet ouvrage n’est pas un carnet de voyage mystique: c’est un reportage, une étude très complète des différentes croyances et pratiques religieuses de l’Inde.

« je ne me propose pas de rédiger le journal de voyage dans lequel mes mouvements à travers l’Inde et les divers épisodes…se succéderaient par ordre chronologique. Ce que je désire offrir ici c’est plutôt une série de tableaux présentant la vie mentale encore plus que la vie matérielle de l’Inde. Il convient donc de ne point morceler les tableaux et de grouper en un tout les informations obtenues à divers moments sur un  même sujet… »

Alexandra David -Néel présente d’abord les « Dieux tels que les Indiens les conçoivent. » Elle présente les dieux, leurs avatars, mais aussi les images, les idoles adorées par les Hindous. Elle raconte avec vivacité des anecdotes illustrant son propos comme celle de la petite statuette Râmbala représentant Râm enfant que le pèlerin baignait et berçait comme un enfant. Dans le chapitre suivant traitant des  » Sanctuaires prestigieux et leurs hôtes – chorégraphie sacrée et lubricité profane »  elle décrit les sanctuaires de Madoura et s’attache au culte de Shiva.

Un chapitre entier est consacré au « système religieux des Castes et à l’audacieuse intiative du gouvernement indien : abolition de l' »intouchabilité ». Ces analyses ne sont jamais fastidieuses: elle éclaire son propos par des anecdotes amusantes, se mettant en scène elle-même dans des situations cocasses : comment elle est devenue prophétesse, habillée de la robe couleur d’aurore et prédisant la pluie, ou comment, invitée à une célébration de la Déesse Dourga, elle fut adorée comme la Déesse.

A mesure qu’on avance dans la lecture, elle nous initie à des subtilités et à des coutumes que je ne soupçonnais pas :  « Les extravagances religieuses – j’assiste aux noces du divin Râma ». Elle raconte le Râmâyana et le Mahâbhârata de façon pittoresque et souvent naïve mais ne s’en laisse pas compter. Toujours, elle est capable de lucidité et d’analyse politique et au cours des quarante années avant et après la deuxième guerre mondiale, elle voit se tendre les rapports entre Indiens et occidentaux qui aboutiront à l’Indépendance de l’Inde

Le chapitre consacré à la Déesse-Mère : « Shakti, mère universelle, créatrice des mondes – ses dévots – différents aspects de son culte secret » m’a passionnée. je l’ai lu juste après avoir visionné le film de Satyajit Ray : La Déesse et je n’avais pas bien compris de quelle déesse il s’agissait.

Ce n’est pas seulement une aventurière, c’est une véritable érudite qui peut s’entretenir avec les religieux et et les lettrés. Elle garde toujours esprit critique et un solide sens de l’humour. Dans le chapitre consacré aux gourous et sadhous : « les gourous instructeurs, guides spirituels et protées aux mille formes »  Après avoir chanté les louanges des vrais sages, elle raconte comment elle a confondu un sadhou mendiant et comment elle a pris la place du fakir sur sa planche à clous. Ces épisodes sont hilarants.

 

Elle raconte les textes fondateurs avec vivacité, analyse les différences entre les multitudes d’interprétations et de sectes (c’est un peu trop pointu à mon goût). Elle nous fait rencontrer toutes sortes de personnages pittoresques et originaux.

Elle évoque des figures historiques comme Tagore, Nehru ou Gandhi. Son regard sur Gandhi est sans concession, elle ne cède pas à l’hagiographie et replace le Mahâtma dans son contexte indien, dans la tradition des gourous, des jeûnes..

« Toutefois sous Gandhi, l’habile politicien, existait un Gandhi imprégné de vieilles traditions indiennes concernant l’efficacité des souffrances que l’on s’inflige volontairement… ».
Au lendemain de l’Indépendance elle s’interroge sur l’avenir de la nouvelle démocratie.Son regard sur Gandhi est sans concession, elle ne cède pas à l’hagiographie et replace le Mahâtma dans son contexte indien, dans la tradition des gourous, des jeûnes.. « Toutefois sous Gandhi, l’habile politicien, existait un Gandhi imprégné de vieilles traditions indiennes concernant l’efficacité des souffrances que l’on s’inflige volontairement… ».

La modernité, le progrès, selon elle se trouveraient plutôt chez Nehru, laïque que du côté de Gandhi. la conclusion de son livre quitte le domaine spirituel pour une analyse politique plutôt pessimiste au lendemain de l’Indépendance (le livre est publié en 1951) et les problèmes qu’elle soulève sont encore d’actualité (intolérance religieuse, tensions inter-communautaire, corruption….)même si l’Inde de 2012 devient une puissance émergente pesant beaucoup plus dans le concert des nations.

J’ai beaucoup appris dans ce livre. j’engrange toutes sortes de données et le sujet de l’Inde me paraît inépuisable.

Amadis de Gaule – J.C. Bach à l’Opéra comique

Amadis 3ème acte

Une rareté cet opéra!

Monté 7 fois à sa création en 1779 à Versailles. Puis tombé plus ou moins dans l’oubli.

Opéra français dont le livret était destiné à Lully un siècle plus tôt. Amadis était un paladin médiéval cité par Cervantès, admiré de Louis XIII.

L’intrigue est un peu simpliste : un couple de magiciens, Arcabonne et Arcalaus, ourdit une terrible vengeance contre Amadis et sa bien-aimée Oriane. Mais Amadis a été le sauveur incognito d’Arcabonne qui lui doit la vie et  en tombe amoureuse.

En pleine querelle des Bouffons, JC Bach ne prend pas partie ni pour Gluck ni pour Piccini, la musique agréable annonce déjà Mozart et Idoménéo (dixit la conférencière).

J’ai été surtout séduite par les costumes et les décors : très jolie mise en scène très 18ème avec des ruines, un arbre tout en découpe, des rochers, des paysages peints. Les forces maléfiques sont figurées par des diablotins ailés ressemblant à ceux qui figurent sur les fresques roumaines des puissances infernales, jolis masques, jolis costumes. Chorégraphies endiablées, ou paysannes presque tsiganes (danseurs venant de Ljubljana) .

Et surtout, le décor charmant de l’Opéra Comique. Nous étions au sommet du poulailler avec des places à 15€ et, de là, la vue était parfaite. Il faisait juste un peu chaud, mais on voyait bien, on entendait parfaitement. Un bien joli divertissement, peut être pas une œuvre majeure mais une jolie surprise!

Fin de l’aventure , Retour à Cotonou

JUMELAGE CRÉTEIL/POBE

Nous quittons Pobé sans avoir revu les enfants. Les cours ne reprennent qu’à 15 heures. Thimoléon, Michel et Kamal sont pressés de rentrer à Cotonou. En chemin Thimoléon propose de construire un site INTERNET pour nous avec l’aide de Clotaire. L’idée est séduisante. Mais je ne sais pas construire un site, c’est Clotaire qui devra tout faire. Le contrôle m’échappera cela me plait moins.

En sens inverse de la circulation, nous voyons des caravanes de voitures luxueuses, neuves ou presque, en route vers le Nigeria. Cotonou est la plaque tourante du commerce de la voiture d’occasion en Afrique de l’Ouest. Les Libanais y jouent un  rôle important.Pobé n’est qu’à quelques kilomètres de la frontière nigériane.

Les occupants du minibus sont accablés de chaleur. A partir de Porto Novo le trafic devient très dense. Les camions sont très nombreux. Nous arrivons à 16heures à Cotonou. La pollution est à son sommet. L’embouteillage est complet. Kamal cherche des chemins de traverse pour se dégager de la grande route saturée. Seulement trois ponts enjambent la lagune. Il faut obligatoirement passer par ces goulots d’étranglement.

Les adieux

Le camion s’engage dans un quartier plus calme aux rues sablonneuses où les enfants jouent dans la rue. Je reconnais le manguier qui pousse sur la voie devant le bureau de Sébastien. Ce dernier arrive, vêtu d’un magnifique costume bleu avec de grands motifs jaunes : prise électrique, fil ampoule. Sébastien fait la bise. Il ne lâche pas sèchement la main d’une personne. Il l’accompagne encore quelques pas. Pour garçons ou filles, il a des attentions affectueuses, il me prend par le bras puis manipule très délicatement le col de la chemise de Damien pour découvrir le collier en os qu’il s’est acheté. Nous ne tarissons pas d’éloges sur son village et sur ses frères. « Même père, même mère », ils ne sont que 4 frères. Symplice et Hyacinthe ne sont que des cousins si on applique le schéma de parenté européen. Elevés ensembles sur une même concession, ils se disent tous frères et ne savent même pas combien ils sont !

Sébastien et Michel nous raccompagnent jusqu’au Jardin Helvetia où nous buvons un dernier verre ensemble. Même Kamal, pour une fois, veut bien se joindre à nous. Nous avons fini par comprendre pourquoi il prenait ses distances : il est musulman pieux et rattrape les prières qu’il n’a pas pu faire pendant la journée pendant nos pauses.

Helvetia

Le voyage en minibus est terminé. Nous sommes heureuses de retrouver Helvetia et Moronikê. Nos avons l’impression de rentrer chez nous. Juste le temps d’aller à la plage. Les vagues sont puissantes. Après s’être fait rouler dans le sable je n’insiste pas. Pour dîner je revêts ma belle tenue africaine tout en me tartinant abondamment le dos décolleté pour ne pas me faire dévorer. Merci à Insect Ecran : cela marche !

Jumelage scolaire : Les cadeaux des correspondants

JUMELAGE CRÉTEIL/POBE

Le Père Noël à l’envers

A ma grande confusion, les enfants ont préparé de gros paquets emballés dans du papier cadeau métallisé. Nous ressemblons à des Pères Noël à l’envers. Dans le cliché, ce sont les « gentils riches blancs » qui apportent des cadeaux aux « pauvres africains ». Aujourd’hui, c’est le contraire qui se passe. Les 4èmeA de chez nous, n’ont rien donné pour leurs correspondants. Nous distribuons les bics cristal et les crayons. Je me sens plutôt honteuse de cette pitoyable distribution. D’autant plus, que j’ai bien peur que les enfants gâtés français n’apprécient pas leurs cadeaux à leur juste valeur.

Cuisine et couture

Dominique vient me cherche :
–    « Marcelle te cherche ! Elle a apporté plein de paquets ! »
C’est le déjeuner dans des boites isothermes et des faitouts et nos tenues. Le menu est le même que lundi, je me sers avec modération de hors d’œuvre pour pouvoir apprécier le poulet et les légumes au gingembre.
Les trois robes nous vont parfaitement. La couturière a beaucoup travaillé. Les encolures sont toutes piquées de « nervures » très fines qui ont du prendre des heures de travail. C’est habillée à l’africaine que je vais parapher le protocole de coopération entre le CEG1 de Pobé et le Collège Simone de Beauvoir avec aussi la Fefa dont Thimoléon est le Président.

Protocole
Thimoléon m’avait assuré au téléphone qu’il rédigerait le papier à Cotonou. Il est venu les mains vides. Nous improvisons  quelque chose de court mettant en avant l’échange de correspondance et la Réhabilitation de la Bibliothèque. Thimoléon et le Directeur veulent ajouter un paragraphe concernant une coopération informatique. L’informatique n’est pas mon domaine. Je n’ai pas envie d’engager la participation du collège sur ce plan. Thimoléon et le Directeur font valoir que ce n’est qu’une intention sans aucune obligation.
Le Directeur rédige dans un style plus imagé et plus emphatique, souhaitant « fouetter le goût de la lecture ». Il confie le texte à son secrétaire qui le dactylographie sur le champ. Dans une chemise cartonnée : le devis des travaux projetés. Notre petit paquet de billets couvrira tout juste la première tranche des travaux : le gros œuvre : tôles, plafonds en contreplaqué. Saurons nous trouver le financement des rayonnages ? Sans parler du sol qu’il faudrait cimenter !
Derniers cadeaux :
Marcelle a confectionné des biscuits apéritifs croquants et anisés présentés dans des flacons de verre.

 

Une journée d’école au CEG1 cde Pobè

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Mozart à la récré

Nous arrivons au CEG1 pendant la récréation. La cour est pleine. Une musique sonorise la récré. Nous reconnaissons Nana Mouskouri. C’est le surveillant général qui choisit le CD. On nous fait entrer dans le bureau du Principal, aussi jovial qu’à  la première rencontre, mais très affairé. La fin de la récré est annoncée par Mozart.

En classe

Romain nous introduit dans la classe des 4ème1 où se déroule le cours d’Anglais. Les élèves se lèvent et chantent la chanson qu’ils ont écrit pour nous :

« Nous sommes les élèves du CEG Pobé, soyez les bienvenus. Chers Cristoliens, chers gens de Fefa, soyez les bienvenus ! ».

Comme nous, ils portent le T-shirt orange avec l’Aigle Bleu, leur tenue de sport.

les correspondants


Aux murs de la salle

La salle est  nue comme toutes les salles du collège, colorée par la poussière rouge.Seules quelques feuilles blanches ont été collées:

La maxime de la semaine est affichée :

« N’ATTENDS RIEN DE PERSONNE, COMPTE SUR TOI-MÊME CAR SI LE PARTAGE DEVAIT ÊTRE FAIT PAR L’HOMME TU N’AURAS JAMAIS TA PART. »

Sur une poutre, à la craie :

« L’ECHEC N’EST PAS AU PROGRAMME CETTE ANNEE ! ».

D’autres inscriptions sibyllines : « CONGO ! CONGOLAIS ! » (???)

La feuille avec la liste des élèves pour la corvée de balayage.

Pédagogie expérimentale

Les tables sont en nombre suffisant mais on les a regroupées par paquets. 4 à 6 élèves sont assis perpendiculairement au tableau. L’effectif est à peine(!) d’une trentaine d’élèves, silencieux et calmes. mais ils se déplacent parfois et se parlent doucement en suivant à plusieurs sur le même polycopié. Je suis assez étonnée de ce fonctionnement. Romain nous expliquera plus tard que la 4ème M1 est une classe expérimentale où l’on met en œuvre une  pédagogie active. Les enfants travaillent en groupe. La disposition des tables et le « petit effectif » doivent favoriser les échanges entre les élèves « un peu comme chez les scouts » précise Romain qui me regarde, se souvenant que j’ai, moi aussi, été éclaireuse dans ma jeunesse.

Cours d’anglais

Le jeune professeur d’Anglais est imperturbable. Notre arrivée ne modifie en rien le déroulement du cours qui est la correction des compositions semestrielles. Mariette, une élève volontaire, écrit la correction au tableau que l’enseignant a soigneusement divisé en trois colonnes. Un élève lit le texte d’une dizaine de ligne. Sa voix est inaudible, son accent africain est étrange à nos oreilles. Je n’y comprends rien ! Je m’intègre donc  à un groupe d’enfants pour pouvoir suivre sur le polycopié.
Deux exercices de compréhension de texte, rien de bien méchant ! Les élèves sont volontaires pour répondre:

– « Moi ! Monsieur ! »,

Ils lèvent la main vers l’avant. L’élève désigné pour répondre se lève.
Lorsque vient l’exercice de conjugaison avec des difficultés dans la  concordance des temps, les réponses se font plus rares. Enfin, une fille trouve la solution. Le professeur d’un geste déclenche des applaudissements et un ban sonore retentit accompagnés de  gestes éloquents. L’élève félicitée se contente de sa gloire. Le  calme revient immédiatement dans la classe.
La correction achevée à l’oral, le professeur s’assied à une minuscule table dans un coin et laisse le temps aux élèves pour recopier. Nous sommes tous admiratifs devant le calme des enfants. Nous n’avons jamais entendu l’enseignant forcer sa voix. Tous paraissent bien motivés même pendant cette correction aride.
Il y a quand même un  puni. Seul, juché sur une table de côté. Pourquoi l’a-t-on isolé ? Il est arrivé en retard.

Nous aimerions récolter les lettres et aller voir la 4èmeM2 dans la salle voisine. Le professeur distribue ses copies sans se soucier de nous, puis permet, seulement ensuite, aux élèves de nous remettre ce qu’ils ont préparé.

70 élèves au cours de maths

70 élèves au cours de maths

En 4ème M2, c’est très différent. Près de 70 élèves sont assis face au tableau. Certains se tassent à 3 sur un banc de 2. Ce n’est pas une classe expérimentale c’est  de la pédagogie traditionnelle. Ici, aussi correction de l’examen, mais en maths. Le tableau est couvert de factorisations et de fractions. Je ne suis pas sûre que les 3èmes de chez nous arriveraient à calculer aussi vite que les béninois. Nous attendons en compagnie de Romain, parmi les enfants sages, la fin de l’heure pour emporter nos lettres.

De Cové à Pobé par Kétou

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station service!

Une cinquantaine de kilomètre séparent Cové de Pobé par la route. Par la piste, c’est plus court (36km)    mais la piste est mauvaise.  Ketou  se vante de posséder des sites historiques que nous ne visiterons pas.

Nous passons le fleuve Ouémé qui prend sa source dans l’Atakora. C’est un cours d’eau tranquille. Les champs de maïs sont soignés. Nous passons devant la grosse usine de ciment Lafarge. De gros camions ont défoncé la voie. Une poussière rouge enveloppe tout sur leur passage.
Pobé s’étale le long de la route, comme  Cové et Kétou. Nous passons devant un gros collège islamique tout neuf et bien peint.

 

Cové :La Cité du Bonheur

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Cové est un gros bourg commerçant aligné le long de la route. Aucune trace d’un hôtel. Le minibus sort de la ville. Michel hèle un passant.
–    «  En arrière ! »
Kamal fait demi-tour. Pas plus de panneaux. Chaque fois qu’on demande à quelqu’un, l’avis est différent. C’est amusant de les voir pointer des directions opposées d’autant plus que les Béninois utilisent beaucoup leurs mains pour parler.
La Cité du Bonheur est un hôtel qui appartient à un douanier devenu ensuite député (dixit Michel). L’établissement regroupe plusieurs bâtiments bas, une salle de conférence, un restaurant rond tout cela dans une verdure bien entretenue. De gros climatiseurs dépassent à l’extérieur. Nos trois chambres occupent un édifice circulaire caché derrière un gros manguier. On découvre des chambres biscornues peintes jusqu’à mi-hauteur d’un marron assez repoussant. Moustiquaire. Ventilateur au plafond à grandes pales, une salle de bains carrelée pimpante. « il y a coupû(r)e ! ». Nous ne pensons qu’à une chose : la douche ! On nous assure que l’eau reviendra d’ici un quart d’heure. Un énorme seau (une poubelle de 30 L) recouvert d’un couvercle plein à ras bord nous fait penser le contraire. Nous nous rinçons à l’écuelle comme au village.

Pour dîner : de l’agouti

Nous traînons à la terrasse du restaurant . Pas de visites. Pour une fois, nous apprécions bien cette détente. Michel a fait installer des chaises sous le manguier.
Au dîner : de l’agouti, une sauce délicieuse et du couscous. L’agouti ressemble à un ragondin, on l’appelle aussi rat palmiste. Sa chair est ferme rappelant celle du lapin, en plus ferme (tout est plus ferme au Bénin, souvent trop cuit et coriace). Michel avait proposé une bouteille de vin rouge qui n’est jamais venue. Pendant le dîner « il y a coupu(r)e ! ». Nous dînons à la bougie. Moins plaisant : l’arrêt des ventilateurs, les chambres seront des fournaises. On dormirait volontiers dehors sans les moustiques.

"Il y a coupû(r)e!" dîner aux chandelles!

Bonne assise !

Nous terminons la soirée sous les étoiles innombrables. Une femme passe et nous souhaite : « Bonne assise ! ». Douceur de la nuit africaine. Retour du courant : le ventilateur brasse de l’air chaud. Dernière douche au seau. Si on ne bouge pas un orteil la chaleur sera supportable !

La transparence des élections au Nigeria

7 h du matin, un employé frappe à notre porte, un lourd seau à la main.
Il justifie :
    « Il y a des élections au Nigeria. Quand il y a eu des élections au Bénin, le Nigeria a prêté beaucoup de courant pour qu’elles se déroulent dans la transparence… »
–    « Quel rapport avec l’eau ? »
–    « quand il n’y a pas de courant, l’eau ne monte pas à la pompe. C’est pareil dans tout le Bénin, à Porto Novo ou à Cotonou… »

C’est vrai, le Bénin subit une grave crise énergétique. Le Ghana, son fournisseur principal, ne peut plus fournir la demande car le barrage est à sec. On est parfois obligé de faire appel à la Côte d’Ivoire. En tout cas, aucun rapport avec le manque d’eau ici.
Au petit déjeuner, la dame arrive :
–    « Bonjour à table ! »

De Natitingou à Cové, longue journée de route

JUMELAGE CRÉTEIL/POBE

Peugeot à la béninoise

L’orage a lavé le paysage. A Djougou, je cherche les enseignes qui m’avaient amusée l’an passé. Le minibus roule trop vite pour des photos. Nous traversons Savalou vers 13 heures nous commençons à avoir faim. Michel décide que l’on déjeunera à Dassa.

Gastronomie sur la route

vu sur la route!

Le restaurant situé sur le bord de la route est composé de plusieurs paillotes rondes. On choisit les plats dans de grosses boîtes isothermes : riz ou semoule de maïs que l’on accompagne d’épinards, ou de poulet ou de fromage baignant dans une sauce rouge. C’est délicieux, surtout les épinards très parfumés et relevés. Le fromage est bizarre, tout rouge avec une texture spongieuse. Nous partageons l’addition 700CFA, boissons comprises. Je regrette notre méfiance vis-à-vis de la nourriture africaine. Au lieu de chercher désespérément des beignets et des bananes nous aurions pu nous régaler à peu de frais !

dans la chaleur de midi

Dassa Bohicon : je somnole après le repas dans la chaleur écrasante de midi. A Bohicon, nous partons plein est dans une campagne très verte et plus ordonnée que celle que nous connaissons au Bénin. Les palmiers à huile sont bien alignés. Michel fait arrêter le véhicule pour nous montrer les plants de coton (après la cueillette). Deux rangées d’une vingtaine de mètres. On ne peut pas appeler cela un champ ! Que font ils donc de la petite quantité récoltée ? je fais la remarque à Michel que la campagne me paraît plus entretenue. Il acquiesce, selon lui, la pénétration des Blancs en est la cause.

petit déjeuner à Nati, conférence sur les Tatas somba

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tata somba

Journée de route, pas de tourisme.

Lever à 8 heures, cela fait bien longtemps que nous n’avons pas fait la « grasse matinée » si bien que je m’éveille à 6h 30 après avoir dormi d’un sommeil si lourd que je n’ai entendu ni l’orage violent qui a refroidi l’atmosphère, ni le muezzin à 5heures.

Le Cours de Tata de Marcelline

Petit déjeuner à l’auberge Taneka : viennoiseries et les mangues de Pobé. La dame qui nous sert porte une étrange coiffure en tulle orange, mi-turban à volants mi-charlotte. Son opulente poitrine est moulée dans un T-shirt noir court. Ne pas se fier aux apparences, ce n’est pas la serveuse. C’est la dame qui devait nous monter le repas à Koussou hier soir. Elle y est d’ailleurs montée « avec un très bon repas et de la moutarde de Dijon ». Dès qu’elle a vu la fête et l’état d’imprégnation alcoolique de Momo et de tous, elle a compris. Même le jeune homme qui nous avait fait visiter la tata a été incapable d’expliquer notre défection.
–    «  J’ai tout arrangé ! » lâche Michel avec un petit sourire,
–    «  Comment ?
–    «  J’ai payé ! »

Marcelline nous fait un cours sur les tatas. Tous les tatas ne sont pas des tatas d’habitation. Il existe aussi des tatas rituels. Selon elle, le bœuf a été égorgé dans un tata rituel. Avec le sang du sacrifice on a arrosé tous les points consacrés à l’âme des défunts que la fête honorait.

Le  but de cette fête est, pour nous, très flou. Tout d’abord, on nous a dit qu’il s’agissait d’un enterrement. Comme nous voulions savoir qui était mort (seul le décès d’une très vieille personne donne lieu à une fête joyeuse), il nous a été répondu que la personne était décédée il y a 35 ans. Marcelline nous livre une nouvelle version : il s’agit d’une commémoration de tous les morts d’une classe d’âge décédés il y a 35 ans. Marcelline s’occupe d’une agence pour la promotion du tourisme dans les Tatas Somba. Elle déplore la mauvaise tenue de l’auberge de Koussou. Maurice devrait aérer les matelas et les retourner tous les jours.
–    « Il ne le fait jamais ! » soupire t elle

Elle est également professeur d’anglais. Demain c’est la reprise des cours. Je lui laisse mon adresse électronique. Elle écrira peut être. Nous verrons bien.

 

Glamis château royal

JUILLET ÉCOSSAIS

 

L’arrivée à Glamis est tout à fait majestueuse. Le château apparaît au fond d’une allée bordée de chênes centenaires alignés sur un gazon impeccable. Les rangées de chênes frappent l’imagination. Dans un parc, le chêne est généralement un arbre solitaire sur une pelouse où il peut étaler sa large ramure. Dans une forêt le chêne prend sa place. Cette série d’arbres nobles sur plusieurs kilomètres marque l’importance et l’âge du château : plus de 600 ans. Au fur et à mesure que l’on s’approche, on découvre les tourelles, les poivrières, les toits pointus ou arrondis, les créneaux, portant fièrement bannière.

Ce n’est pas une ruine vénérable ni un musée décati mais un château « en activité », habité, et pas par n’importe qui ! La Reine Mère y faisait des séjours réguliers et la Princesse Margaret y est née. Tout est donc impeccable.

Le plan de l’édifice est assez singulier : autour d’une tour, deux ailes s’articulent, formant un angle droit, d’autres bâtiments moins massifs s’ajoutant, couverts de rosiers grimpants et se terminant en dégradé dans les jardins.

visite guidée

La visite est guidée. Le conférencier, très distingué. Sa diction est parfaite. Il hasarde des plaisanteries, des histoires de fantômes, toujours avec son ton très snob. La visite commence dans les salles d’apparat de l’époque victorienne. Dans la salle à manger 36 couverts pouvaient être servis. La table est mise : seulement deux verres par convive mais pas moins de quatre fourchettes et presque autant de couteaux. Avant de monter dans les étages nous traversons la « crypte », salle des serviteurs dans les premiers temps du château, maintenant décorée de trophées de chasse et d’armes anciennes. Ici s’est déroulée la première histoire de fantômes : deux joueurs de cartes sont emmurés dans une pièce secrète pour avoir refusé de terminer leur partie le samedi soir à minuit pour respecter la trêve dominicale.

Le Grand Salon est orné des portraits des châtelains à toutes les époques, il y a même le portrait d’Elizabeth 1ère. L’un des Comtes s’est fait représenter « à la romaine » moulé dans une armure de cuir rose chaire d’un aspect saisissant. Attenant à ce salon, une dépendance : la pièce à poudrer – réservée aux perruques des messieurs. Actuellement la pièce à poudrer est un euphémisme poli pour désigner les WC des femmes.

A l’époque victorienne, on a installé un piano et un billard dans la bibliothèque. Un de ses plus beaux ornements est le tableau d’un Marché aux Fruits d’un peintre hollandais connu.   Dans la chapelle on nous parle de la Dame Grise – fantôme d’une femme injustement accusée de sorcellerie – Elle a l’habitude de s’asseoir juste à côté de la porte. C’est justement le siège que D occupe !

 Les Appartements Royaux sont plus intimes. La Reine Mère qui ne s’attendait pas du tout à être reine d’ailleurs, est venue passer son voyage de noce puis est revenue à Glamis chaque année. On nous montre des photos où Elizabeth, en 1926, était une jeune fille ravissante.

Dernière légende : ce serait ici que Macbeth aurait tué Duncan. Malheureusement la vérité historique contredit cette invraisemblance : le château n’était pas encore construit à l’époque de Macbeth (1040) et Duncan est mort à la guerre.

La visite des jardins est moins agréable que prévu. Il a beaucoup plu la nuit dernière, le fin gazon est détrempé. Le Jardin à l’Italienne est fleuri mais pas exceptionnel et le jardin entouré de Murs ne se visite pas actuellement.

Au lieu d’aller directement à la plage nous partons dans les dunes vers le petit cimetière à mi pente sous la falaise, entouré de murs bas et très romantique.  Puis, traversant la dune, nous dérangeons les lapins pour déboucher sur la plage où un vent très frais soulève le sable et le pousse vers le nord ouest. Nous retournons au petit port de Johnshaven pour terminer la soirée.