A la découverte des environs immédiats, à la recherche d’une belle plage pour se baigner…
Roccapina
Taffonu : abri sous roche
La petite route de Serraggia rejoint la T40 en corniche tout près de Roccapina. Le point de vue sur le chaos granitique est fantastique. Les rochers arrondis sont creusés en taffoni. Dans le chaos granitique du Sidobre , les rochers avaient des formes bizarres ; le touriste croit reconnaître des animaux. A Roccapina ces formes fantastiques peuvent stimuler l’imagination mais quand ils sont creux, les rochers ont aussi servi d’abri sous roche pour les bergers. La maison cantonnière a été aménagée en musée, malheureusement fermé le dimanche et le le lundi. Un sentier d’interprétation descend à travers le maquis très dense mais sans indication de longueur ou de temps. Au parking deux cars déversent des touristes hollandais et le 3ème âge de Carpentras (selfies et commentaires navrant, au moins incompréhensibles pour le Néerlandais). Un essaim de motos sonorise les lieux. Les motards italiens contemplent la Sardaigne toute proche. La côte est très découpée. Nous nous arrêtons à chaque parking.
Roccapina : la Tour Génoise, le Lion de Roccapina, la plage
Pianottoli-Caldarello est le bourg le plus proche du gîte. Le Spar nous rendra service. Nous cherchons les plages en faisant un grand tour. On devine la mer mais pas les plages et on se retrouve revenues à notre point de départ. Echappatoire vers le port très tranquille dans une baie arrondie. Plaisanciers exclusivement, quelques gros voiliers, des catamarans. Un passage dans le grand parking mène à une mini plage à peine 1 m de sable orange, parfois moins le long du rivage. Aucun espoir de baignade : quelques dizaines de centimètres d’eau sur les rochers. Je me déchausse au plaisir de marcher dans l’eau. Une propriété privée interrompt ma promenade avec un grillage hostile.
Pianottoli- Caldarello port
La plage de la Tonnara. de Ventilegne où se jette un petit fleuve malodorant et où s’ébattent les kitesurfeurs.
La plage de La Tonnara est à l’abri de petits îlets. Sur la plus grande île les goélands sont nombreux. Le sable est clair, l’eau cristalline, bleu lagon. Le restaurant qui a installé sa terrasse nous fait bien envie. Nous reviendrons ! Le car de Carpentras y déjeune pendant que nous pique-niquons. Quand je vais me baigner ils se massent autour de la voiture bouchant la vue sur mer et surtout nous abrutissant de leurs inepties.
Ma baignade sera mémorable. Je parcours tranquillement le plan d’au abrité. Un vrai bonheur.
L’Ermitage de la Trinité
Situé sur un rocher portant une croix dominant le Capo di Feno en face de Bonifacio au-dessus d’une petite baie étroite comme un fjord. Le contraste entre le rocher granitique et les falaises calcaires est saisissant. Trois ermitages, une grande église du XIXème siècle san grand intérêt sauf les ex-votos, plaques de marbre qui tapissent la nef. Un petit ermitage se trouve dans une grotte. Sous de beaux arbres, des bancs entourent une grande table portant un très grand gâteau de nougatine. Mariage ou communion ? toute une famille est assise, les assiettes sur les genoux
Le titre est trompeur : la Corse aurait-elle une côte Atlantique, en plus de la Tyrrhénienne et de la Méditerranée?
Balco Atlantico est une promenade à Larache, au Maroc, et deux personnages de ce roman seront Khaled et Hayet, deux marocains, frère et sœur, venus en Corse chercher une vie meilleure…
Comme dans le Sermon sur la Chute de Rome, l’action se déroule essentiellement dans un café de village où se réunissent jeunes gens et moins jeunes qui trompent leur ennui par un activisme indépendantiste forcené. Chacun va chercher sa virilité par la lutte armée et les armes.
La violence barbare se déchaîne dès la première page quand Stéphane Campana est abattu à la porte du bar de Marie-Angèle. Règlements de compte? Vengeance? Affrontement fratricide entre factions rivales? Toutes les hypothèses sont plausibles. Le roman va démêler les raisons de ce crime
Campana est pleuré par Virginie adolescente, inconsolable, les femmes savent pleurer les deuils! Mais, la pleureuse est bien jeune, en socquettes blanches et la scène, sordide.
Beaucoup de violence et peu d’héroïsme. Collection de frustrations masculines : un professeur à l’université de Corte poursuivi par le fantôme d’un colonel paoliste mort en 1769, un étudiant doué qui préfère inventer des histoires héroïques et écrire de la propagande, plutôt que de se livrer à des recherches sérieuses, un ancien des « colonies » qui évoque des exploits érotiques dans l’Océan Indien, des brutes épaisses qui se livrent à des ratonnades, meurtres racistes gratuits de petits dealers arabes..
Il faut le style et le talent de Jérôme Ferraripour que le livre ne me tombe pas des mains. Déjà, je m’y étais reprise à deux fois avant de terminer Le Sermon sur la Chute de Rome!En revanche, j’avais beaucoup aimé A son Image toujours bien violent mais dont le personnage principal était une photographe.
Notre hôtesse nous a fait cadeau de la recharge électrique de la FIAT. Même remplie à 100%, l’autonomie n’est pas suffisante pour envisager le voyage par la route côtière, Calvi, les Calanche de Piana, Ajaccio (275 km), et même par la route intérieure Corte Ajaccio (229 km). Le GPS conseille le trajet le plus court (219 km) par Corte, Aleria, Porto Vecchio et Figari. Au compteur 230 km d’autonomie, c’est juste. Il faudra trouver une borne !
Nous connaissons bien la route jusqu’à Ponte Leccia. Ensuite la route de Corte T20 est bordée par la voie ferrée. Nous passons entre d’imposantes montagnes où la neige est encore très présente (le 1er juin). On voit très peu de villages dans ce paysage très vert de forêts et prairies. A Corte nous prenons la tangente avec la T50. J’aurais aimé voir la ville (je peste encore contre cette limite de l’autonomie de la voiture électrique. La T50 suit le cours du Tavignano, fleuve de 88 km qui se jette dans la Mer Tyrrhénienne près d’Aléria. Aléria , nous trouvons la route qui longe la côte orientale de Bastia à Bonifacio . Nous reconnaissons le parcours Ghisonaccia où nous faisions les courses il y a 2 ans, nous passons devant notre ancien gîte à Casamozza. De Solenzara à Tarco, la route longe le littoral avec des jolie plages. Est-ce raisonnable de s’arrêter ?
L’application e-Motum signale une borne de rechargement à Sainte Lucie de Porto-Vecchio à l’Hôtel Olmuccio ; un petit détour de 5 km vers la mer sur une route qui tortille. L’hôtel est désert, mais la mer est proche « il suffit de suivre la rivière » dit un camionneur qui tracte des grumes. Le sentier passe dans une roselière. Je traverse à gué le cours d’eau pour arriver sur un cordon dunaire de sable orangé d’une granulométrie assez grossière. Le vent soulève de petites vagues mais je me lance en restant près du bord et en me laissant porter par le courant. Nous déjeunons dans la voiture (branchée) que l’on a rempli de 20% en 2 heures et nous arrivons vers 16h à Serraggia.
U caseddu
U Caseddu que nous avons réservé par Booking.com est une minuscule maisonnette perchée sur une petite butte herbue que Dominique n’arrivera pas à grimper. Si, au moins, on avait fauché les graminées et les fenouils on aurait pu peut-être approcher la voiture. Dans la broussaille, impossible d’entrer avec la petite FIAT . La dame comprend très bien. Elle nous propose le grand gîte qui est à plat. Par chance, il y a une prise électrique dans le garage (celle du sèche-linge) et je branche d’autorité la voiture. C’est indispensable. Le village de Serraggia est très petit, nous ne pouvons pas y rester coincée. Pas de visites, ni de randonnées, ni de courses. Le premier supermarché se trouve à plus de 15 km et la borne à Pianottoli.
Notre gîte à Serraggia
Notre gîte est en pleine nature, graminées et fenouils montent à presque 2 m. Un tilleul embaume. Le grand olivier perd ses fleurs noyant la terrasse et le salon de jardin sous une sorte de sciure.
J’ai écouté le podcast de RadioFrance : l’Expérience : L’Antigone Corse CLIC juste avant notre départ pour la Corse. Antigone est une figure qui me passionne et je ne rate aucune occasion de l’évoquer. Ma préférée est celle de Sophocle. C’est aussi un épisode tragique de l’histoire corse.
En 1768, la République de Gênes cédait la souveraineté de la Corse à la France. Voltaire écrivait : « Il restait à savoir si les hommes ont le droit de vendre d’autres hommes ; mais c’est une question qu’on n’examinera jamais dans aucun traité.
Après avoir écouté le podcast j’ai cherché la pièce de Marie Ferranti
« En 1768, la République de Gênes cède la Corse à la France. Un an plus tard, la bataille de Ponte Novu met un terme aux espoirs des Corses de demeurer indépendants. Malgré la paix, des jeunes gens, dénoncés pour conspiration, sont condamnés à être roués vifs et pendus, et les autorités interdisent qu’on leur donne une sépulture sous peine de subir le même châtiment. En 1769, Maria Gentile n’a pas vingt ans. Elle est fiancée à Bernardu Leccia, qui figure parmi les condamnés. Au péril de sa vie, elle passe outre à cet ordre inique et enterre u so caru (son amour). Cette nouvelle Antigone devient ainsi une grande figure de l’histoire corse et une héroïne de légende. »
La Passion de Maria Gentileest une pièce en cinq tableaux .
La pièce ne se déroule pas dans le palais de Créon, pas de Dieux antiques, mais à Oletta, un village du Nebbiu . Les hommes ont été faits prisonniers, ou exécutés, certains ont pris le maquis. Au village, il ne reste que des femmes, certaines apeurées, certaines raisonnables, Maria amoureuse.
« Parce que nous étions amants. On sera comme ces amants dont parlait le vieux curé. Ils étaient prisonniers sur un nuage de l’enfer. Ils se désiraient toujours et ne pouvaient jamais se toucher… Et elle ne l’avait pas maudit, celle-là, son amour. Mais, moi, de ma bouche amoureuse est sortie cette malédiction. L’enfer serait trop doux pour une amante comme moi. »
Tragédie antique, luttes héroïques mais aussi histoire d’amour.
travers ce personnage, je voulais faire l’éloge de la désobéissance face à la barbarie et celui de la révolte, érigée en vertu.
Maria Gentile, Antigone, celles qui disent non seront toujours me fascineront toujours.
C’est la tempête : les lauriers roses se secouent furieusement. La mer est agitée. La voiture est chargée à 100 %, au moins, on ne gâchera pas la dernière journée à la borne ! Journée de révision à l’Île-Rousse. Dominique retrouve sa place au parking sous la tour génoise. Difficile d’ouvrir la portière et de marcher droit contre le vent. Les embruns mouillent. Même avec la parka, j’ai froid. Après la promenade au phare, en marchant en crabe dans les rafales je me fais copieusement arroser sur la digue qui relie l’Ile Pietra à l’Île-Rousse.
A quai, le Kalliste de la Méridionale embarque ses derniers passagers pour Toulon. Sur sa coque est peint un fil électrique t une prise dessinant un cœur autour de la planète. Kalliste serait-il un bateau électrique ? Wikipédia m’apprend que ce navire a été construit en 1992 en Finlande et qu’il est pourvu de quatre moteurs diésel. Quand j’arrive en ville, je vois le Kalliste s’éloigner sans avoir l’air gêné par les vagues.
L’Île-Rousse Place Paoli
Pour m’abriter du vent, je parcours les petites rues de l’Île-Rousse avec ses restaurants, ses boutiques plus ou moins élégantes. On vend des couteaux corses à des prix raisonnables. Sont-ils authentiquement corses ? Les prix en-dessous de 30 € m’en font douter. Il y a aussi des bracelets de corail assez bon marché pour éveiller les mêmes interrogations. Les cartes postales sont introuvables, la tradition est sérieusement mise à mal par les réseaux sociaux. Je n’en trouverai que de l’autre côté de la Place Paoli dans une belle librairie-papeterie. Ce n’est pas drôle de faire de lèche-vitrine sans rien acheter. J’ai besoin d’un bob mais cause de l’inflation( ?) ils ont sérieusement augmenté. Des tout simples sont affichés 35 €. Pas question de mettre une telle fortune à l’eau puisque je compte me baigner avec. La vendeuse m’en trouve un très laid à 9€ avec une tête de maure, unitaille règlable avec un lacet à coulisse.
Sur la plage personne à l’eau à cause des vagues et de la fraîcheur.
Nous sommes retournées déjeuner au Via Mare où Dominique a repris le filet de Saint Pierre et moi, un ceviche de daurade.
De retour à Corbara, je tente de joindre l’hôtesse du prochain gîte qui m’a envoyé un Sms mais qui ne rappelle pas. SFR m’informe qu’il n’y a pas d’abonné au numéro demandé. Hier, pourtant cela répondait. Je soupçonne une arnaque. Nous ne connaissons ni l’adresse du gîte, ni le nom de la propriétaire. Seul recours « Gérer la Réservation » avec le Service-Client de Booking.com. Presque 2 heures au téléphone pour obtenir une vraie personne et non pas une voix électronique qui me demande de taper 2, ou 3….Je demande des garanties, puis un relogement. L’opératrice de Booking est très compréhensive et efficace. Pendant qu’elle cherche un logement de remplacement les SMS défilent en haut de l’écran. L’hôtesse de Serraggia s’est « réveillée », elle envoie un nouveau numéro de téléphone de contact, des photos, le téléphone de son amie qui nous recevra demain. Il n’y aura pas de relogement mais notre confiance est ébranlée.
Je suis bien énervée. Une bonne marche me calmera.
le Couvent de Corbara
Ce soir, à 18h30, à l’auditorium de Pigna, il y a un concert de Polyphonies Corses. 3 km seulement séparent notre gîte de Pietralta à Corbara de Pigna par la route. Il existe aussi un sentier pédestre mais je n’ai pas le temps de le chercher et j’ai peur de me perdre. Après la sortie du village, la route est bordée de tombes monumentales et de mausolées. Dans la lumière du soir, les marbres blancs prennent une teinte dorée ou rosée. Le grand Couvent de Corbara surplombe la route. Il accueille des fidèles pour des retraites. On voit bien les plages d’Algajola de Pigna.
Pigna vue de loin, de la route
Pigna est construite dans un creux, je ne la découvre qu’au dernier moment, adossée à une autre colline. C’est un tout petit village qui a banni les automobiles cantonnées au parking. Les ruelles sont pavées de cailloux arrondis. Des artisans travaillent dans les ateliers-boutiques. J’ entre chez la fabricante de boîtes à musique peintes à la main. L’église est fermée comme la chapelle au toit de lauzes. Le restaurant et les cafés sont ouverts. Le village semble exclusivement vivre du tourisme.
ruelle de Pigna
A Cumpagnia est en résidence à Pigna. Cinq musiciens entrent sur scène, deux jouant de la guitare, deux du violon, le cinquième plus âgé est en retrait assis, à ses pieds toutes sortes d’instruments à vent de sa fabrication, un en corne, d’autres en bois avec une drôle de forme. Il a aussi une très petite guitare, sorte de mandoline à la caisse coupée à plat. Le clarinettiste est aussi percussionniste. Les parties instrumentales du concert occuperont une grande place dans le spectacle.
Les chants sont chantés en solo, ou en polyphonie a Paghjella (chant à trois voix, parois la basse est doublée)
Les explications sont passionnantes. Le groupe fait revivre des chants anciens du XIXème ou du XXème, comme cette lettre d’amour d’un condamné au bagne pour une vengeance. Traditions rurales : chants de métiers, chant du muletier ou lamento du châtaigner ou de l’olivier. Jeux où participaient les villageois : la moitié du village jouait les envahisseurs sarrazins tandis que l’autre moitié jouait les défenseurs. La dernière razzia date de 1805 et le souvenir reste encore vif dans les villages. A Corbara la m^me femme fut enlevée à deux reprise pour finir femme du Sultan.
A côté de ces chants ruraux laïques ils interprètent aussi les chants sacrés des Franciscains que – bizarrement j’apprécie plus que les chants corses – Ils sont en latin que je comprends à peu près en tout cas mieux que le Corse. Pour chanter ces chants sacrés, 4 chanteurs se regroupent au fond de la scène dans la quasi-obscurité. C’est très impressionnant. J’ai du mal à applaudir à la fin ; Applaudir la Messe ?
Pour terminer le spectacle, ils ont choisi des chansons plus légères, plus entraînantes, comme ce « chant d’accumulation » sur le principe de « alouette, gentille alouette »mais ici on mange le merle.
Fin du concert 20h15. Aurais-je le temps de rentrer au gîte avant la nuit. Je marche d’un bon pas sur la route. Le coucher de soleil au-dessus d’Algajola est parfait. Pas un nuage. J’aimerais m’arrêter pour le contempler.9 heures sonnent à A Nunziata. J’arrive à 9h05, il fait encore clair.
Je ne résiste jamais à un récit, un conte, une lecture qui a Ulyssepour héros. Et je n’ai pas été déçue, je remercie Babélio et l’éditeur pour ce cadeau.
Joli petit livre (12 cmx 16.5 cm), 91 pages, illustré en Noir et Blanc, relevé d’un trait d’orange discret.
A glisser dans la valise, ou le sac de plage, légère lecture, facile. A lire ou à faire lire. L’Odysséecomme un conte qui commence avec le cheval de Troie continue avec Circée la Magicienne, l’outre d’Eole, la grotte de Polyphème. Un avant-goût d’Homère?
Et si vous voulez en savoir plus, il restera tant à découvrir dans l’Odyssée d’Homère.
Il me reste à l’offrir à un enfant de 9 ou 10 ans!
Nous sommes si bien sur notre terrasse de Corbara que nous y retournons déjeuner.
L’après-midi sera consacrée à l’exploration du village et de ses sentiers.
La Boucle de Carbunghja (3.5km, 1h30, 170 m de dénivelée) propose de découvrir le patrimoine de Corbara. Le départ du sentier se trouve à quelques dizaines de mètres du gîte, bien signalé par un poteau portant une flèche jaune. Le chemin empierré et fleuri de chardons mauves descend sous les ombrages de petits chênes verts et conduit à une fontaine qui coule en permanence. Le bassin de pierre est empli d’une eau verte.
A Nunziata
Après la fontaine la pente est moins rude. Je suis le balisage jaune et bleu et arrive presque au niveau de la mer dans un lotissement de maisons neuves avec piscines : Carbunghja, pas palpitant ! Il faut alors remonter tout ce que j’ai descendu, au début sur le goudron, c’est rude. Etrangement, quand la route devient piste puis sentier, même avec une pente plus raide, c’est plus facile. Je gagne la petite chapelle blanche cubique Pierre et Paul dans un virage à l’entrée de Corbara. Le sentier s’élève droit vers le sommet du village, passe devant la grande maison blanche avec son pigeonnier, un palazzo, un sentier plat me conduit ensuite dans des ruelles entre les maisons accrochées à la pente. Enfin un escalier va à la Chapelle des Sept douleurs qui se dresse à contre-jour presque noire sur un ciel pommelé. Fermée. Le sentier de crête va aux ruines du Château Guido. Je croyais que l’imposante construction face à notre gîte que je dessine chaque matin, où Paoli, furieux de n’avoir pas pu prendre Algajola, avait décidé la fondation de l’Île Rousse était le Château Guido. Pads du tout. Les ruines sont au sommet d’une autre colline, au-dessus de l’impressionnante A Nunziata qui s’impose dans le paysage.
la Chapelle des Sept douleurs
L’ »épicerie-dépôt de pain » est sur le versant opposé, assez haut ; sur une ardoise sur le bord de la route on peut lire la liste des plats cuisinés aujourd’hui avec un numéro de téléphone. J’appelle : « Reste-t-il du pain ? -Oui, de la baguette, mais je n’ouvre qu’à 17 heures » Il est 16h40, je renonce à la baguette.
Excellente surprise : notre hôtesse nous offre le chargement de la FIAT. Elle nous a prises en pitié, coincées sur la terrasse. Ce n’est pas une punition, mais quand même. J’appréhendais la manœuvre, simplissime encore. La fiche correspond à n’importe quelle prise de la maison. Mais la durée de charge est impressionnante : 8h11 alors que le compteur affiche déjà 65 %. Charger la nuit nous convient très bien. Il faut une prise accessible dans le garage et un propriétaire consentant. Oserons-nous nous rebrancher une autre fois ?
Ce soir la visibilité est très bonne. On distingue les côtes niçoises à l’horizon.
Soleil et vent. La mer est agitée, les petites crêtes blanches soulignent le bleu outremer. Sur la route qui descend à l’Île Rousse, un panneau indicateur « Algajola » nous interpelle. Nous rejoignons la T30 en direction de Calvi. Nous dépassons une petite zone commerciale (comment peut on construire une horreur pareille en pleine campagne ?), on oblique vers la mer, passe la voie ferrée. Justement le petit train est en gare, tout neuf, tout pimpant.
Le village ancien se blottit autour de l’église et de la citadelle. Les hôtels s’alignent le long du rivage, un 3* ; le reste des 2*. La citadelle et les environs sont des meublés touristiques. Bars et restaurants occupent des placettes ombragées, sympathiques pas du tout tape-à-l’œil. Leds prix les mêmes que partout.
Dominique gare la voiture à la plage, derrière des tamaris. Je longe la côte, passe sous des arcades, parviens à une promenade qui arrive au bastion de pierre.
Un peu d’histoire :
D’après le Guide Vert, la fondation de la ville est phocéenne, d’après un site corse, phénicienne.
Au XVIème siècle, Algajola fur la capitale administrative de la Balagne. Le château-forteresse fut érigé en 1531. Site de la guerre contre les Français (Henri II) . En 1559, reprise par les Génois. Résidence du gouverneur de Balagne
En 1620 le port était le second de l’île en importance.
En 1643, Algajola fut saccagée par les Ottomans.
1764, la citadelle devint française
1767, passe aux mains des Corses.
Paoli fonda l’Île-Rousse, furieux de ne pas avoir pu entrer dans Algajola.
Nous n’avons pas vu le monolithe, colonne de porphyre qui devait servir de support à la statue de Napoléon.
Après la promenade dans cette petite ville, j’arpente la belle plage de sable coupée par un enrochement de granite qu’il est formellement interdit de grimper dessus. Il faut faire le tour d’une résidence hôtelière très bas de gamme (les chambres sont installées dans des sortes de baraquements). La belle plage de 1.5 km de long est déserte. Sable blanc assez grossier. Un restaurant de plage a installé ses tables sur le sable. Au bout de la plage, un très gros rocher de granite évoque la carapace d’une tortue.
Il ne sera pas dit que, malgré le vent frais je ne me serai pas baignée. Après avoir joué avec les vagues je me lance à nager et me retrouve, sans m’en rendre compte déportée près des blocs au bout de la petite plage.
Vous serez transportés bien loin du quotidien, dans des paysages sauvages, des traditions médiévales, ou dans un passé pas si lointain, où l’Albanie avait des points communs avec la Corée du Nord actuelle. Sujets originaux mais surtout un grand écrivain.
Le parc de Saleccia ouvre à 9h30, il est très fréquenté? même hors saison. Pour me promener au calme, je ne suis pas l’itinéraire proposé et déambule au hasard.
Promenade instructive : les végétaux sont étiquetés avec de nombreux panneaux explicatifs. Je révise les fleurs jaunes du littoral au feuillage argenté : Cinéraires maritimes, Hélichryses d’Italie (Immortelles de Corse), Armoise annuelle (Artemisia). Les immortelles sont encore en bouton tandis que les Cinéraires nous réjouissent de leur jaune éclatant.
A retenir également : le nom des buissons : les Filaires en grosse boules, le l’Alaterne (Rhamnus).
Je recopie les panneaux présentant les arbres méditerranéens : oliviers et oléastres, amandiers, mûriers blancss, Lentisques, Laurier roses…je l’avais déjà fait à notre précédente visite en 2018 mais copier retient mieux mon attention. Ce jardin me fait penser à celui du Rayol de Gilles Clément en moins exotique. Le Parc de Saleccia est le résultat de 38 années de travail . l’incendie de 1974 a détruit 17 communes et réduit en cendres le domaine. Depuis lors huit incendies se sont déclarés en 30 ans. Le thème « après le feu » est présenté. Les plantes pionnières sont d’abord les Asphodèles – pyrophytes favorisées par le feu. Ensuite viennent els Cistes dont les graines résistantes à la chaleur germent après l’incendie. Le maquis Lentisques, Myrtes, Arbousiers., s’installera après. C’est la nature du sol qui distingue le maquis de la garrigue, maquis sur un sol siliceux, garrigue sur un sol calcaire.
La lutte contre l’incendie est une lutte sans fin. Une association « Sauvez Saleccia » surveille le démaquisage qui est la condition nécessaire pour que le feu ne se propage pas au sol. Noté au passage, la résistance au feu des mûriers blancs et le rôle incendiaire des hélichryses dont l’essence très volatile attise les brasiers.
Armoises
Je parviens à une rotonde charmante : comme les rayons d’une roue, partent des petits jardins de part et d’autre d’une allée de galets, séparant chaque jardin, une petite fontaine. L’eau ne s’écoule goutte à goutte d’un petit canal terminé par une tuile ronde. De ce rond-point part une allée de lauriers roses. Une allée des quatre fleurs réunit Euphorbes roses, helichryses, agapanthes (pas encore en fleurs) .
du jardin cultivé, je passe à un bois de chênes verts puis à une oliveraie. Noté aussi que les oliviers ne sont pas plantés mais greffés sur des oléastres.
hélichryses
Je découvre enfin une très grande pelouse verte figurant la Mer Méditerranée et sur ses bords les différentes flores. Une rive figure aussi la Californie(climat méditerranéen, les Canaries. Bien sûr une « île » représente la Corse.
Cette promenade enchantée a duré deux heures. J’aurais pu rester encore plus mais j’ai le projet de rentrer à l’Île Rousse par le sentier littoral qui relie en une heure de marche le Parc Saleccia à la Plage de l’Île Rousse. Pour le trouver il suffit de traverser la route T30. Le sentier est fléché en face du parking. Ce joli sentier côtier traverse malheureusement une zone urbanisée en fin de parcours.
Pique-nique sur le parking de l’Île Pietra.
Pendant que Dominique charge la FIAT500e à l’hôtel Escale-Port je vais me baigner jusqu’à un rocher qui ressemble à un aileron de requin. La charge ne dépasse pas 73% à mon retour. Décourageant!