Tariq Ali – La Femme de Pierre

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 1899, dans un palais d’été sur les bords de la mer de Marmara une famille d’aristocrates ottomans se réunit. Parmi eux, un ancien diplomate, un officier, un armateur, un homme d’affaire, un baron prussien, mais aussi leurs épouses, sœurs, serviteurs, le barbier convié pour la circoncision d’un enfant….La  construction du roman est habile : chaque personnage raconte son histoire au cours d’un chapitre  imbriqué dans la progression. Le pivot : la Femme de Pierre,( une sculpture, un rocher ? une statue antique ? ) à qui traditionnellement les femmes se confient. La narratrice Nilofer : la plus jeune sœur de la fratrie a quitté son mari, un maître d’école grec, et vient avec son fils faire le point de son mariage raté.

Au début du roman, Iskander Pacha, le patriarche, est victime d’une attaque d’apoplexie : toute la famille accourt à son chevet.  Il apparaît comme une figure autoritaire gardien de l’ordre établi. L’arrivée de Memed son frère et de son amant prussien, le Baron, introduit comme une faille dans la famille traditionnelle. On apprend aussi rapidement que la mère de Nilofer est juive.  Toute la variété ethnique d’Istanbul, la cosmopolite,  est représentée. Petrossian, le fidèle serviteur est arménien. Le barbier est soufi. L’épouse de Salman est une copte d’Alexandrie. Si bien qu’on s’attend à voir apparaître un Kurde, une servante, un eunuque : un général, Catherine, la peintre est lesbienne,….le catalogue est complet, presque trop. Tariq Ali n’a oublié personne !

1899 , l’empire ottoman est sur le déclin qui préoccupe nos personnages dont ils discutent sans fin les causes. Ce sont des personnes éclairées qui lisent Machiavel dans le texte ainsi que Hegel ou Auguste Comte. Parmi eux des officiers trament une conjuration destinée à renverser Abdul Hamid. Je crois reconnaître en l’un d’eux le future Atatürk. On débat des réformes nécessaires, on se rend compte que la modernité n’ira pas sans sacrifice. Les assassins du père d’Orhan, grec , seraient-ils punis par le nouveau régime ? Les hésitations entre une identité ottomane cosmopolite et une identité turque sont intéressantes. On voit s’installer les prémisses de la purification ethnique dont les Arméniens seront les premières victimes, les Grecs suivront…

Le débat est passionnant. L’auteur par ses histoires centrées autour des personnages divers en livre toute la complexité. Cependant cet ouvrage est tellement politiquement correct que c’en est presque trop.   On a l’impression que Tariq Ali a voulu trop bien faire, que ce livre, quatrième volet du quintet de l’Islam est plutôt un manifeste qu’un ouvrage littéraire. J’avais eu la même impression à la lecture du premier roman : Un sultan à Palerme un beau sujet, une documentation intéressante, des idées généreuses mais un grand roman ?

Tariq ALI : La Femme de Pierre – Sabine Wespeiser Editeur – 392p

lire pour l’Afrique – Moussa KONATE : L’Afrique Noire est elle maudite ?


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Moussa Konaté est un écrivain malien.

 J’avais beaucoup aimé son roman policier : L’Empreinte du Renard polar ethnologique chez les Dogons, ressemblant aux enquêtes de Hillermann chez les Indiens Navajos.

Cet essai est écrit de l’intérieur , de l’Afrique Noire, par un Africain vivant en Afrique noire, contrairement aux ouvrages écrits par des écrivains africains exilés en Occident, pour des raisons politiques ou économiques. Konaté ouvre son étude justement par les critiques de ces écrivains noirs qui s’auto-flagellent et qui donnent des arguments aux pires dérives racistes.

«  L’Afrique n’est pas seulement victime du noircissement de son image : elle y contribue »

Contrairement aux livres que j’ai lus précédemment, d’Aminata Traoré ou  de Dambisa Moyo  basés sur une analyse économique, celui-ci ne cite pas l’influence de l’aide humanitaire et très peu le rôle du FMI. Konaté part de données intrinsèquement africaines et son analyse est plutôt culturelle ou sociologique.

Le « paradis africain perdu » : la famille africaine se réfère à un ancêtre et à un pacte social où les enfants seraient accueillis par toute une famille élargie et les vieillards respectés. Dans cette société hiérarchisée stable, une sorte de contrat lie les générations. Chacun a une place bien définie, l’enfant se tait, le vieillard juge et la solidarité est garantie entre tous les membres. La convivialité  et la chaleur humaine donne cette tonalité paradisiaque. Cependant Konaté relève que c’est une société d’hommes, les femmes sont cantonnées à un rôle secondaire où la polygamie et l’excision aggravent sérieusement leur position. La peur de la malédiction assure aussi la conformité du comportement de chacun : celui qui se singularise met en danger le contrat moral et le respect de l’ancêtre.

Cinq chapitres sont consacrés aux « épreuves » : l’esclavage, sans oublier l’esclavage des maures, la traite atlantique puis la colonisation. Cinquante ans après les « indépendances » il imagine le dialogue entre le Noir Africain et l’Européen

LE NOIR AFRICAIN : Tu m’as fait mal

L’EUROPEEN : C’est du passé, maintenant

LE NOIR AFRICAIN : le passé est en moi, il n’est donc  pas passé.

Il cite Césaire, Cheik Amidou Kane dans l’Aventure ambigüe

L’homme blanc est reparti !

L’auteur analyse les rapports entre les élites noires et l’ancienne puissance coloniale. Les richesses du sous-sol, les richesses de l’Afrique sont encore entre les mains des multinationales et que la Françafrique perpétue la présence du colonisateur. Connivence entre les dirigeants et les « Blancs » . L’analyse de la corruption qui gangrène l’Afrique est sans complaisance. Alors que l’analyse économique imputait le mauvais rôle aux généreux donateurs de l’aide internationale ou aux multinationales, Konaté cherche les causes endogènes et il impute cette corruption à ce qu’on loue généralement dans la civilisation africaine : la solidarité familiale. Parallèlement, il montre que la notion d’Etat n’est pas intégrée dans les esprits. L’Etat serait une invention du Blanc donc peu respecté tandis que la solidarité familiale, purement africaine excuserait les pires dérives et passe-droits. Poussant plus loin l’analyse, il montre que la solidarité se délite, la réciprocité qui était naturelle dans un milieu rural où l’invité aidait aux travaux des champs est devenue impossible. Il résulte alors une catégorie d’assistés. Il suffit pour survivre d’avoir un parent bien placé. Le modèle social en question  questionne donc aussi bien les élites que les dérives de la solidarité. Autre problème : la réduction du  ombre des fonctionnaires exigée par le FMI a permis l’extension de l’influence des confréries religieuses, financées pour certaines par les pays du Golfe. Même la convivialité africaine, cette chaleur humaine a été dévoyée et se trouve facteur de productivité basse, selon l’auteur.

A cette critique de fond, la critique de l’école du Blanc est celle qui me touche le plus avec celle de la francophonie. La lecture de L’Enfant Noir de Camara Laye, de Hampâté Bâ, de Cheik Amadou Kane,  la trajectoire politique de Senghor… ne m’avaient pas préparée à une telle critique. Il accuse l’école dans la langue du colonisateur d’être la cause de la reproduction des élites soumises au colonisateur : seule une minorité qui parle la langue du colonisateur a accès à la culture tandis qu’une majorité reste analphabète. L’école enseignée dans la langue africaine que parle l’enfant valorise la culture africaine et se trouve accessible à la majorité.

De cet état des lieux pessimiste, pour ne pas dire catastrophique, d’où vient l’espoir ?  Pas de l’Occident ni de la Mondialisation, ni du métissage ou des expatriés comme le proposait Amine Maalouf dans le Dérèglement du Monde. Ni de l’Inde ou de la Chine qui sont prêtes à investir ce nouveau territoire. Konaté n’évoque cette éventualité qu’en  quelques mots. Dans le monde en  noir et blanc décrit par Konaté, la solution ne pourra être qu’africaine à condition que l’Afrique accepte d’évoluer d’ouvrir à l’initiative individuelle le champ des possibles et de libérer les femmes de la double contrainte de la polygamie et de l’excision. Solution africaine qui ferait la synthèse entre la solidarité traditionnelle et une modernisation obligée. Réinventer l’Etat Providence ? Faire une Ecole Africaine. Développer la culture et donner leur chance aux langues africaines

Moussa KONATE : L’Afrique Noire est elle maudite ? – Fayard 258p.

Lire pour Naples : Le jour d’avant le bonheur – Erri de Luca

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Deux « jours avant le bonheur » : le premier, celui de Don Gaetano, le concierge de l’immeuble napolitain, en 1943 quand la ville s’est soulevée contre les Allemands avant l’arrivée imminente des Américains. Le second, celui du jeune homme, le narrateur, le jeune orphelin, qui va retrouver Anna,  la petite fille derrière la vitre de son enfance, qui lui a promis leur grand rendez vous d’amour, les noces que la petite fille et le petit garçon n’osaient rêver.

Entre ces deux grands jours, l’histoire d’un orphelin qui grandit sous la protection de Don Gaetano dans une cour où se tient une statue du roi Roger. Orphelin gracile qui récupérait les ballons que perdaient les grands pour s’approcher de la petite fille de la fenêtre. Orphelin studieux qui trouvait son évasion dans la lecture des livres d’occasions prêtés par don Raimondo, le libraire. Bon élève, étudiant le latin et le grec mais trouvait que le dialecte napolitain convenait parfaitement aux maximes et proverbes. Plombier et électricien aidant le concierge à toutes les réparations de l’immeuble, même les dépannages les plus improbables chez une certaine veuve.

Don Gaetano, également orphelin, lui transmet tout son savoir, lui enseigne la scopa, mais surtout l’histoire de sa ville, Naples, la révolte du peuple, le sens de l’honneur.

Roman d’apprentissage. Evocation merveilleuse de Naples, de ses vieux quartiers, du bord de mer à Mergellina…de sa cuisine, de son dialecte. Naples et son volcan. Naples et ses souterrains Naples et ses quartiers espagnols. Et la camorra…

« Naples s’était consumée de larmes de guerre, elle se défoulait avec les Américains, c’était carnaval tous els jours. C’est à ce moment là que j’ai compris la ville : monarchie et anarchie. Elle voulait un roi et pas de gouvernement. C’était une ville espagnole. L’Espagne a toujours connu la monarchie, mais aussi le plus fort mouvement anarchiste. Naples est espagnole, elle se trouve en Italie par erreur. »

Le jour d’avant le bonheur est le livre jumeau de Montedidio, autre roman napolitain où un jeune garçon apprenait la vie auprès d’un homme qui vivait encore au temps de la guerre. Ce livre m’avait tant ému que quelques semaines plus tard nous nous envolions pour Naples.

Lire également le billet :

http://memoiredeurope.blog.lemonde.fr/2010/09/19/derriere-la-vitre-%C2%AB-le-jour-avant-le-bonheur-%C2%BB-ou-nuncepenzammocchiu/#comments

Erri de Luca ; Le Jour avant le bonheur – Gallimard138 p

Lire pour Venise : La Bulle de Tiepolo – Philippe Delerm

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Lire pour Venise 

 

J’avais gardé un excellent souvenir de la Première Gorgée de Bière et autres Plaisirs Minuscules. Quand Claudialucia a publié un article je me suis précipitée à la bibliothèque pour emprunter ce livre ! mais peut être faut-il savourer cet excellent billet après avoir lu le livre?

Le court roman s’ouvre sur la description d’un tableau trouvé dans une brocante : allusions à Matisse et à Marie Laurencin. Quel rapport avec Venise ? Le narrateur est critique pictural, le tableau le tente mais il laisse passer l’occasion. C’est une italienne de passage à Paris qui l’achètera.

Un si joli petit livre l’expression pourrait qualifier La Bulle de Tiepolo ou plutôt la Première Gorgée ; c’est le livre (à succès)  Granité Café, allusion transparente à cet ouvrage de Delerm? Dédoublement de l’écrivain ? L’auteur est la jeune femme qui a emporté le tableau. Antoine Stalin travaille à une biographie de Vuillard.

Un autre tableau  est prétexte à l’enquête à Venise : Le Nouveau Monde de Tiepolo. Le critique part-il dans l’espoir d’y retrouver l’écrivaine ? Il prend pension à l’hôtel Felice que tient la mère de cette dernière. Est-ce un roman d’amourou une double enquête picturale?Il y a décidément beaucoup de doubles dans ce court ouvrage qui se révèle très dense.(Double Tiepolo pour l’ignorante qui croyait connaître l’artiste ! Non le peintre du Nouveau Monde c’est Giandomenico ! Le Tiepolo que je connaissais était son père Gianbattista).

Vraie rencontre, amour avorté, complicité dans leur quête qui s’écarte de Venise pour aller à Vicence visiter une villa décorée d’une autre fresque du Nouveau Monde qui donnera la clé du mystère qui a piégé le narrateur. Les deux complices s’embarqueront sur le vaporetto pour les îles de la lagune à Burano où se résoudra la deuxième enquête. Pénible découverte : le drame du grand père d’Ornella  coupable (ou non) de la déportation de six cent cinquante juifs à Auschwitz. Pourquoi Venise est-elle , pour moi inséparable du Ghetto ?

Le roman avait commencé légèrement. Roman ou nouvelle m’étais-je demandé ? Futiles recherches érudites. Au fur et à mesure de la lecture, il gagne en densité et en gravité.

Le Caire : Arrivée et Khan Khalili

EGYPTE 2008/ Retour au Caire

 

En 2002, nous étions arrivées au Caire en pleine nuit et avions traversé très rapidement Héliopolis et Le Caire. Aujourd’hui le trafic est très dense.

Le voyagiste de Sylvia Tours venu nous accueillir, se plaint des embouteillages :

–    « savez vous qu’il y a 3 millions de voitures au Caire ? »
–    « pour combien d’habitants ? »
–    « 19 millions »
–    « C’est énorme ! »

On ressent physiquement cette pression démographique avec la horde de voitures qui n’avancent pas et la foule compacte sur le trottoir. Et encore, nous sommes Vendredi, 14 heures ! La prière vient de se terminer et c’est l’heure de la sieste.

On  reconnaît les boutiques de chaussures et de vêtements de Kasr en Nil. On soulève pour nous les chaînes de la rue piétonnière qui mène à l’Hôtel Cosmopolitan. Extérieurement, l’hotel a vraiment très belle allure avec ses mosaïques Art Déco, ses corniches et ses colonnes. Le porche a perdu sa belle porte à tambour. Les vitraux sont tapissés de papier journal. Le lobby a gardé son lustre de cristal et sa belle glace. Avec la poussière qui s’accumule sur les fleurs de tissu des bouquets, il semble en voie de tiers-mondisation avancée. A la place des grands chasseurs nubiens en veste rouge, des ouvriers coiffés d’une calotte blanche se prélassent dans les fauteuils du lobby au milieu des perceuses et des fils électriques. L’ascenseur d’époque est essoufflé. Il ménage des arrêts inattendus avant d’atteindre le 4ème. La chambre est toujours belle, haute de plafond meublé de bois très foncé avec des lampes de laiton ciselé et ses grandes tentures vertes. Le petit frigo fonctionne, la télé aussi ainsi que la clim. La literie est parfaite.

Que visiter cette après midi ?

Nous avions prévu une ballade sur le Nil en ferry public
– « l’autobus », selon Magdy de Sylvia.
Le service s’arrête à 18heures et l’arrêt n’est plus à Maspero. Trop juste !

En remplacement on se décide pour un tour au Khan Khalili.
Taxi « ten pounds ». Le chauffeur nous commente les statues équestres des places « Ibrahim Bacha » (qui est ce ?). Après avoir dépassé El Azhar, le taximan stoppe le véhicule au milieu de la circulation et arrête le flot des voitures pour nous permettre de traverser. Nous avons eu un certain entraînement à Naples et à Saïgon mais au Caire, c’est pire. Les feux ne sont là que pour la décoration, les très nombreux policiers n’esquissent pas un geste.

Mosquée Sayedna el Hussein

Devant la Mosquée Sayedna El  Hussein, le jardin public et la place sont bondés aujourd’hui vendredi. Sur les pelouses, les femmes sont assises par groupes. Les enfants jouent. Les terrasses des cafés sont pleines : des touristes – bien sûr – mais pas tellement. Des femmes en famille,  voilées pour la plupart, mais assises, au café, avec leurs enfants. Nous avons du mal à trouver une place assise pour lire Gallimard et Voir. La mosquée El Hussein paraît trop neuve pour nous attirer. D’ailleurs, elle est interdite aux non -musulmans. Par les fenêtres nous voyons lampes, colonnes et ventilos. Nous contournons la Mosquées à l’opposé du souk par une rue tranquille.

Passant sous une arche nous découvrons un monument magnifique rouge avec des arcades et des ornements. La pancarte est en arabe : nous ne saurons pas  ce que c’est.

Même le vendredi les échoppes sont ouvertes et les artisans, à leur ouvrage. Dans les  boutiques, se vendent des balances de toutes sortes, modernes pour la plupart. Dans les ateliers, on travaille le cuivre. Sur le trottoir, d’imposants pinacles de mosquées avec pointes et croissant se tiennent, en cours d’exécution. Nous voyons aussi des étalages de cylindres de laiton ou de cuivre, des rondelles de diamètres et d’épaisseurs variées.

Puisqu’on ne vend pas de souvenirs pour les touristes nous déambulons sans être importunées et débouchons face au complexe du sultan Qalaoun facile à reconnaître avec son portail gothique normand rue Cham Mouizz el Din.

Collection de minarets

Dans cette rue, l’œil est sollicité par une foule d’éléments architecturaux. Les minarets présentent des variétés incroyables. Nous nous appliquons à les photographier. Dans le contre-jour, ce n’est pas facile. L’un d’eux est hérissé de bâtons, à quelle mosquée appartient il ? Un autre est de style fatimide, plus trapu, aux volumes compliqués. Ceux d’El Hussein sont très hauts. Au loin, on reconnaît ceux d’El Azhar, si travaillés, si élégants.

Visite guidée au Palais Bechtak

Les yeux vers le ciel, on oublierait de regarder les murs couverts de calligraphie, les colonnes antiques qui bordent le bâtiment. Est-ce une madrasa ? Un hôpital ? Où est le mausolée ?

Il faudrait un guide pour retrouver le fil au milieu de toutes ces splendeurs. Justement, il s’en présente un : un homme plutôt gras, en chemisette bleue collée à sa bedaine, parlant Français :

–    « J’ai la clé ! »

Il brandit sous mon nez un trousseau, ouvre notre guide Gallimard et nous montre le Palais Bechtaq. Pourquoi pas ? Je le suis tandis qu’il arpente à grand pas la rue. Dominique peine à le suivre, elle nous attendra sur les marches d’une construction turque : le Sabil Koutab Abd El Rahman 1744. Le guide autoproclamé a une très haute opinion de lui-même :

–    « mon Français, formidable ! »
Comme je lui demande son prix, il hésite :
–    « 30, 40 livres »

C’est beaucoup! je ne suis pas tellement en mesure de marchander, il aurait fallu le faire avant de le suivre. Je n’ai qu’un gros billet de 50

–    « je suis honnête » affirme-t-il.

Il me rend 20LE. Mais quand je sortirai l’appareil photo il invente un supplément…tout le billet y passera.

Le Palais Bechtak date de 1334 à 1339. Autour d’une très haute salle on voit les galeries des femmes avec de beaux moucharabiehs. Les plafonds – à caissons ou à stalactites sont remarquables. 0 l’étage, je soulève un panneau de bois tourné et découvre une chambre au plafond de cèdre du Liban encore peint. Je suis mon guide sur les toits. Il me montre les maisons écroulées lors du séisme de 1992, partout minarets et coupoles mais aussi ruines et paraboles. Visite magique, pour moi seule, on a ouvert un palais fermé. Il suffit d’ouvrir les yeux et son porte-monnaie !

Mosquée ???

Devant chaque édifice des hommes stationnent et nous invitent. J’entre dans une mosquée après m’être déchaussée. Des hommes allongés y dorment dans l’entrée, plus loin le mihrab et deux sarcophages. Au dessus du plus ancien : une coupole fatimide. Où suis- je ? Quelle mosquée ? Quelle date ? L’homme qui m’a entraînée ne parle guère anglais. Il me montre des euros, je lui en donne deux –cela fait 17LE c’est bien suffisant ! Ce n’est pas ce qu’il voulait. Il voulait simplement les changer.

bijoutiers

La foule s’épaissit aux abords du souk des bijoutiers. Curieusement, peu de touristes. Des familles égyptiennes viennent acheter de l’or et font la queue dans les boutiques.

 

Ensemble El Ghouri

Au bout de la rue El Mouizz on devine les grands bâtiments rayés rouge et blanc dominant les maisons basses du souk. C’est le but de  notre promenade. Il faut d’abord traverser la grande avenue d’El Azhar au trafic terrifiant que nous n’avions pas osé franchir lors de notre voyage en 2002. Justement, elle est enjambée par une passerelle devant l’ensemble El Ghouri que nous nous proposons de visiter. Un groupe d’hommes nous invite à entrer dans la mosquée, nous proférons le caravansérail transformé en galerie d’Art vide. Des derviches tourneurs s’y produisent. Malheureusement dimanche nous aurons déjà quitté Le Caire.

 

Le Caire en soirée

EGYPTE 2008/retour au Caire

El Azhar de nuit

El Azhar

A  la nuit tombée, nous traversons un marché alimentaire pour arriver à El Azhar. Des femmes nous invitent dans l’aile qui leur est réservée. Je me déchausse, déploie les voiles. Une femme  nous chaperonne parmi celles qui prient puis elle nous congédient trouvant mon obole trop mesquine.

Retour et dîner

Devant El Azhar, pour traverser, il y a une passerelle. Un jeune policier nous arrête un  taxi. Nous convenons du prix avec lui :

– « Talaat Harb, ten bounds ».

Lorsqu’ on monte, le chauffeur grommelle. Le prix monte à 15LE. Un billet prestement roulé passe d’une main à l’autre. Sans doute nos 5LE supplémentaires. Le chauffeur joue les guides et nous montre le parking construit sur l’emplacement de l’Opéra, la foule grouillant dans le quartier Ataba. Sur Talaat Harb, je reconnais la bonne pâtisserie Ard.

Pour dîner j’achète du shwarma chez Felfela, poulet et mouton, des yaourts et des bananes chez le petit épicier de la rue piétonnière occupée par des tables de plastique coloré. On y fume la chicha en buvant jus de fruits et milk shakes. Les filles sont aussi nombreuses que les garçons. Avancées en dent de scie de la condition féminine. Les voilées sont bien plus nombreuses qu’en 2002, les voiles plus couvrants. Je m’amuse à compter les « filles en cheveux « sur Kasr en Nil, peut être 4 sur 10, beaucoup moins que vers El Azhar.

Le Caire citadelle : Mosquée d’albâtre

retour au Caire

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Les oiseaux me réveillent à 5h15. Où nichent ils donc ? Il n’y a pas un arbre dans le pâté de maison.

Le petit déjeuner est décevant. Les omelettes ont disparu, avec elles les fèves et les légumes. Comme nous sommes les seules clientes le personnel est aux petits soins. Le maître d’hôtel remplit nos verres de kerkadé bien chimique et nos assiettes de viennoiseries dès qu’ils sont vides. On n’ose pas embarquer les œufs durs pour le pique nique comme prévu !

En bas de l’hôtel un taxi attend, un gros break 504 avec une galerie sur le toit. Le chauffeur a belle prestance, une chemise bleue bien repassée et il parle bien l’anglais. J’avance mon prix habituel :
– « ten pounds ».

Il proteste que la citadelle, c’est loin. 10 pounds c’est pour Khan Khalili. Le samedi matin les cairotes ne travaillent pas et le trafic est fluide. Les cars de touristes sont arrivés avant nous et nous devons faire la queue. Entrée chère : 40LE. Contrôle de sécurité très pointilleux. A la radio ils détectent une bouteille qu’il faudra laisser à la consigne.

Mosquée d’Albâtre

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De la terrasse de la Mosquée de Mohamed Ali, le panorama est extraordinaire. Nous cherchons le quadrilatère d’Ibn Touloun, les minarets d’El Azhar. La pollution noie les édifices sous un voile gris. Un militaire garde une gloriette en saillie d’où il est commode de faire les photos. Il abaisse la cordelette puis demande un bakchich sans trop insister.

Un escalier d’albâtre descend vers l’entrée cachée du palais des Hôtes du sultan. Une glace à encadrement doré reflète les motifs de l’albâtre. Le pavillon lui-même n’offre que peu d’intérêt : dans la salle du trône une galerie de portrait des rois d’Egypte: Mohamed Ali, Tewfik, son fils, Fouad et Farouk jeune. Des commentaires dactylographiés rappellent l’ouverture du Canal de Suez et d’autres anecdotes vivantes.

En 2002, Zeynab nous avait conduites à la mosquée de Mohamed Ali. Nous venions de visiter les mosquées d’Istanbul et nous avions trouvé que celle-ci ne soutenait pas la comparaison avec la mosquée bleue. Avec le recul, nous étions sévères. Cette mosquée est nommée parfois la mosquée d’albâtre. Ce minéral translucide miel aux dessins étranges donne un grand charme à l’édifice et surtout à la galerie entourant la cour. La fontaine des ablutions est très finement ciselée. L’horloge offerte par Louis Philippe, sorte de beffroi turquoise est un bon sujet de photo.

Cette fois ci, nous prenons notre temps pour flâner à l’intérieur de la mosquée, d’aller voir le tombeau de Mohamed Ali, le Minbar, les lustres. Sur les tapis, sagement assis en rond, les touristes écoutent leurs guides.

Le Caire, citadelle : El Nasser Ibn Kalaoun

Retour au Caire

 

Plus que les deux minarets turcs, effilés comme des crayons, deux minarets plus trapus m’attirent. Leur cylindre est cannelé avec des chevrons penchés sur leur bulbe bleu coiffant un balcon ouvragé. La coupole voisine est très simple, vernissée de vert, lisse étincelante au soleil. Ils appartiennent à la mosquée El Nasser Ibn Kalaoun datée de 1335 de l’époque mamelouke. Des arcades bicolores rouge et noires reposent sur de belles colonnes antiques ou byzantines soutenant une galerie à étage. Les marbres ont été emportés à Istanbul. La mosquée donne une impression de sobriété, de majesté et de calme. Une tourterelle a fait son nid dans une lampe de verre opaline décorée d’une belle calligraphie bleue. Le mihrab est finement ouvragé : mosaïque de marbres de différentes couleurs évoquant Palerme ou Florence. Cette visite me ravit : c’est une belle découverte !

Courte incursion au Musée de la Police à a recherche d’un point de vue sur le Mokkatam.

Le Caire : mosquée Ibn Touloun

Retour au Caire

C’est encore un  policier qui nous aide à trouver le taxi qui nous emmène à Ibn Touloun. Nous avions vu cette mosquée en compagnie de Zeinab en 2002  elle était alors en  restauration. Des bâches vertes cachaient la colonnade. Les travaux sont finis. La mosquée est très vaste et très calme. Je grimpe au minaret par sa rampe hélicoïdale extérieure. Le dernier étage est une plateforme de bois qu’on atteint par des marches lisses glissantes et très hautes. A peine me suis-je hissée que partout résonne l’appel à la prière. Je n’ai qu’une peur : que le haut-parleur tout proche ne m’assourdisse et me déséquilibre.

Le Caire : musée Gayer Anderson

Egypte 2008: Retour au Caire

 

 

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Quand j’arrive au musée Gayer Anderson qui jouxte la mosquée, les gardiens prient sur des nattes étendues à l’ombre des bâtiments. Je suis un peu gênée. L’un d’eux se lève pour me vendre un ticket. Je suis la seule visiteuse de cette belle maison meublée. Gayer Anderson est un médecin qui l’a occupée jusqu‘en 1940. C’est  la maison d’un collectionneur. Les pièces d’apparat traditionnelles ont été reconstituées ainsi qu’un salon syrien aux meubles incrustés de nacre, un « salon turc » une pièce « chinoise ». Ce que je préfère ce sont les moucharabiehs qui tamisent la lumière. On peut jouer avec les ombres en ouvrant de minuscules panneaux. Les plafonds peints sont de toute beauté ainsi que les panneaux perses peints de personnages des miniatures. Les terrasses sont aussi ombragées par des moucharabiehs.

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Place Midan Tahrir,  nous achetons des nuggets chez KFC. Degré zéro de la gastronomie mais pratique, pas cher et sûr.