De Tartu au parc de Lahema


On se croirait revenu au printemps : les champs de colza jaune fluo ravivent le ciel gris et bas. Géraniums bleus font des plaques colorées ainsi que les épilobes roses sur les bords du chemin. Dès que le soleil apparaît, l’envie est trop forte de faire des photos de cette explosion végétale. On arrêt la voiture entre deux champs de colza et on photographie en rafale. Du colza, quoi de plus banal ? Colza avec chardons au premier plan, colza et coquelicots, colza et campanules…. Ces immenses prairies fleuries. Parfois le foin est stocké dans de grandes roues blanches protégées par une housse plastique. Mais où sont donc les vaches ?

Des barres HLM délabrées et grisâtres sont incongrues dans ce paysage verdoyant. Non loin des étables et des poulaillers dans le même état de décrépitude. Un ancien kolkhoze ? On double des groupes de cyclistes. C’est dimanche, certains portent des tenues de cyclistes, d’autres sont suspendu des seaux au guidon pour récolter des baies de bois. Un train passez à petite vitesse traînant des dizaines de wagons-citernes russes.

Rakevere

Rakevere est un joli bourg cerné de pavillons. Au centre-ville les rues sont bordées de maisons 17ème ou 18ème ressemblant à celles de Tartu, façades classiques colorées. Soudain surgit un château-fort 14ème -16ème bâti tout d’abord par les Danois, puis passé aux Allemands, aux suédois et aux Polonais et détruit pendant la guerre Suédo-Polonaise de 1602-1603. Après Hadjala, les champs sont ponctués de blocs erratiques. Le GPS  nous annonce à Vihula « vous êtes arrivés » devant une …étable.

Tartu : musée estonien et rapide promenade en ville sous la pluie

Tartu : maison de boisL’hôtel Alexandri

L’hôtel Alexandri a belle allure avec sa grosse tour ronde de briques complétée par un étage de bois en forme de tonneau.

Les bâtiments de briques  et la large cour font penser à une ancienne usine (idée toute personnelle sans aucune preuve). Les chambres sont fonctionnelles sans aucune recherche décorative,  meubles de pin, salle d’eau minuscule. Deux accessoires nous ravissent  le ventilateur de plafond avec de longues pales et la vieille télévision qui a des sorties vidéo permettant de visionner nos photos. Paradoxe des hôtels baltes : il y fait une chaleur exigeant un ventilateur alors que la température extérieure n’est que de 23 ° à 25°C. La clientèle est jeune et bruyante.

Musée National Estonien

la mariée arrive en traineau

Scènes de la vie quotidienne estonienne  : atelier du bois – occupation hivernale des paysans-,  forge, pêche au phoque.

On y raconte un mariage, costumes et coutumes:  la mariée arrive en traineau coiffée de fourrures, portant des moufles avec la couverture offerte par sa belle-mère qui lui confie les clés. La mariée est ensuite vêtue de sa tenue de cérémonie avec une coiffe blanche, son tablier lui servira à serrer les cadeaux. Attablés, parents et amis, devant des chopes de bière en bois. Le musée en possède toute une collection, des bocks de bois gravé avec une infinité de motifs, la poignée et le couvercle en bouleau, le récipient en merisier en forme de seau. Les costumes traditionnels estoniens sont très variés, occasion de souligner la diversité des origines : Russes, Vieux Croyants au Lac Peipous, Suédois sur les côtes baltiques…

Maryke m’avait parlé de la diversité des dialectes en Estonie. En 1950, lors de l’incendie de forêt qui a détruit la moitié de Suhka, certaines personnes avaient brûlé dans leur maison faute d’avoir compris les alertes d’évacuation à temps. Depuis, le feu est une préoccupation quotidienne et son mari Vale est pompier ;

Dans des tiroirs, sont rangés des broderies, des gants et des bonnets aux couleurs vives et aux motifs géométriques variés. J’ai vu plus tard dans l’église Saint Jean une autre collection de mitaines tricotées soulignant l’importance de des travaux d’aiguilles. Les jeunes estoniennes actuelles savent-elles encore tricoter ?

Maisons de bois

De somptueuses demeures méritent la photo : portes et fenêtres en véritable dentelle de bois. 1906 inscrit sur une maison. Alors qu’à Riga on élevait des immeubles Art Nouveau, à Tartu on découpait le bois, il y a toutefois une certaine parenté dans les motifs.

Traversant un parc au relief escarpé, très vert avec de beaux arbres, la Cathédrale fortifiée des Chevaliers Porte-Glaives  surgit au sommet de sa colline. La façade massive de brique est bien conservée. La nef est ruinée, il reste de belles arcades gothiques. Le chœur a été reconstruit postérieurement.

Les guides nous avaient prévenues : garer la voiture est un problème. Ceci est vrai en semaine mais pas le week -end, c’est gratuit et vide. Sous le ciel très gris et quelques gouttes de pluie, Tartu est tranquille, trop tranquille. Les étudiants de l’immense université sont en vacances sans doute.

Place de l'Hôtel de Ville de Tartu

La belle place de l’Hôtel de ville est vide. Le couple  de bronze qui s’embrasse sous un parapluie est solitaire. Les façades pastel forment un ensemble harmonieux mais il manque un rayon de soleil. La longue rue Rüütli est bordée de petits musées, des Sports, de la Poste ou du Jouet qui ne me disent rien L’église Saint Jean se distingue des église de briques que nous avons vues à Riga par une foule de personnages ou de têtes de terre cuite alignées (2000 selon le Guide Vert) . La célèbre université est un bâtiment massif avec un fronton à colonnes classiques plutôt ennuyeux. Quand au célèbre Pont de Pierre offert par Catherine II, détruit par des bombardements,  attend une restauration, c’est aujourd’hui une passerelle de ciment bien décevante.

Le triste temps nous a fait bâcler la visite de Tartu. Difficile de s’enthousiasmer deux fois dans la journée. Nous sommes pressées de voir nos photos sur l’écran de télévision et d’opérer le tri nécessaire.

Vastseliina : château épiscopal à la frontière de la Russie

Il est prévu dans notre circuit de grimper au « sommet de l’Estonie », le Suur Munamagi, environ 300m d’altitude, la tour d’observation (avec ascenseur) n’ouvre qu’à 10heures.

châéteau de Vaastiliina

En attendant, Maryke nous propose une autre visite : le château de Vastsellina dont elle nous montre des photos et mime la légende : une femme aveugle aurait vu une croix qui brûlait en haut du château.

Le GPS nous indique une distance de 40km au lieu des 15km par la piste. Il faut ruser et faire passer l’itinéraire par de petits villages dont le mari de Maryke nous a fait la liste.

Le GPS nous promène sur des chemins de terre parmi les prairies odorantes. Les fermes sont cachées dans le creux des collines. Le château de Vaatseliina dresse encore de belles murailles, une tour a été équipée d’un escalier de bois. Une autre assez ruinée porte un nid de cigogne ? D’une dernière, il ne reste plus que l’axe de l’escalier en colimaçon où de gros galets de granite s’enroulent parmi les briques. Il est trop tôt mais les site est ouvert. Je monte à la tour précédée par un petit oiseau très coquin au plumage fauve et au bec pointu. Du haut on devrait apercevoir les bulbes des églises de Pskov dépasser des forêts. Un écriteau prévient « attention aux abeilles ! » qui ont installé une ruche dans une cavité de la muraille. Je lirai cet après midi au Musée National Estonien de Tartu l’importance du miel dans l’économie estonienne. Les paysans exploitaient les ruches sauvages et un impôt était acquitté au Seigneur sous forme de miel. L’Eglise également en avait besoin pour les cierges.

Vastseliina : château épiscopal

Une ceinture de forteresses fut construite dès le début du 13ème siècle, aux frontières de la Livonie mais aussi à l’intérieur du pays. En 1340 la situation avec la Russie s’est détériorée. On construisit en 1342 le château de Vastseliina Les communications avec la Russie et Pskov passaient là.

Une lettre de l’Archevêque de Riga au pape Innocent VI de 1354 dans le registre des doléances en Avignon décrit un miracle arrivé à Vastseliina : en septembre 1353, de la musique se fit entendre au château vide et deux cierges brûlaient avec une lumière surnaturelle. La Croix, détachée du mur,  flottait  au dessus de l’autel. Elle y était encore en janvier 1354. Vastseliina fut appelé le Château de la Vierge.

L’Archevêque de Livonie demandait une remise des pêchés pour les visiteurs de Vastseliina. Le pape Eugène renouvela les indulgences au 15ème et au 16ème. Les guerres épargnèrent le château qui fut assiégé sans succès en 1463, mais se rendit aux Russes en 1558, passa aux mains des Polonais en 1582 puis des Suédois en 1625.

Du haut on devrait apercevoir les bulbes des églises de Pskov. La forêt russe ressemble bien à la forêt estonienne.

Un petit musée tout neuf n‘a guère d’objets authentiques à présenter. Des panneaux  racontent la vie au château et les échanges commerciaux. Après la visite de Turaïda et de Césis, celui-ci soutient mal la comparaison.

La Livonie(carte de 1573) comprenait l’Estonie actuelle et la Courlande. Les relations avec la Russie étaient complexes. En 1501-1502, la Russie demande un tribu à l’Evêque de Tartu, un impôt sur les paysans et sur les ruches. Tartu appartenait alors à la Hanse sur la route de Novgorod.

Vers Tartu

Confiante dans les injonctions de Catherine-GPS, nous nous promenons dans la campagne. Parfois nous désobéissons, elle ne se vexe pas. Nous arrivons à l’arrière d’une menuiserie artisanale, les ateliers sont ouverts mais déserts sur la pelouse des statues de bois plutôt fantastiques. Nous poursuivons sur un chemin de terre. Une rocade contourne Vöru. Nous ne verrons pas la ville construite par Catherine II ni le musée du Grand Poète estonien. Dans la campagne le colza est éblouissant. Dire qu’en France les fleurs étaient déjà flétries fin Avril ! Le blé (ou le seigle) commence à dorer. La route Vöru-Tartu est excellente, on a même le droit de rouler à 100km/h !

Un détour par un petit lac pour pique-niquer nous arrivons à Tartu en début d’après midi.

Estonie : le gîte de Suhka

le gîte de Suhka (Hanjja)

Le gîte de Suhka est à Hanjja.

Il suffirait d’interroger les habitants pour  le trouver. – croyais-je –

Le GPS sera plus efficace. Quand je programme Sukha il me suggère Hanjja confirmant qu’il s’agit bien du même lieu et prévient que la route n’est pas revêtue. « Voulez-vous continuer ? » Et comment ! On se retrouve sur un chemin de terre « tournez à gauche ! » s’obstine Catherine- GPS. Nous sommes en plein champ! un vieux monsieur nous confirme qu’on peut rouler sur l’herbe. Nous retrouvons une belle piste. Quelques temps plus tard une dame nous appelle : nous sommes arrivées!

les cigognes de Suhka

La maison a des fondations de pierre, gros moellons arrondis comme des galets entourés de petites pierres. Le reste est en bois. Juste en face, sur un poteau, un nid de cigognes et trois cigogneaux prêts à prendre leur envol.

Les chambres sont à l’étage. La nôtre est revêtue de frisette, ensemble bleu et blanc sur les boiseries de pin. Il y a également un salon  avec cheminée-poêle-banquette, table et télévision.

Au rez de chaussée, le restaurant est très bien décoré : bouteilles, flacons et bougies bleues aux fenêtres, suspendus aux murs de vieux cors, clairons et ustensiles divers…

Nous demandons à manger dehors. Pas de problème puisque nous sommes les seules clientes ?
Notre hôtesse nous apporte d’abord une large cruche de verre, contenant de l’eau avec des tranches de citron.  Puis une très grande assiette de poterie bleue de la taille d’un plat à tarte 8 personnes avec une tranche de rôti de porc froid, des pommes vapeurs, de la sauce crème aigre et aneth, des champignons conservés dans le vinaigre, deux petites pommes de la taille d’une mirabelle, tomate et concombre en tranches, poivron et oignon. Pour dessert, deux boules de glace à la vanille et plein de fraises des bois.

dîner au gîte

Petit déjeuner somptueux : toasts au fromage fondu, saucisson, ciboule tomate, épaisses crêtes, coulis de framboises, porridge (semoule). Le thé est délicieux. En ouvrant la théière je découvre des feuilles fraîches et des fleurs jaunes.

–           « Qu’avez vous mis dans le thé ? »,  Maryke  répond qu’elle cueille les fleurs au hasard.

Le « smoke-sauna » est au fond du pré. Un puits à balancier fournit l’eau. Dans la salle, des affaires de toilettes assez banales.

Arrivée en Estonie : Rouge, sentier des énergies renouvelables

moulin hydraulique

Valka/Valga, le poste frontière  désert, les installations encore présentes mais rouillées.

La  campagne est cultivée : champs de céréales (blé ou seigle ?) et  colza encore en fleur. Les maisons de bois sont peut être plus nombreuses mais nous ne voyons pas de différences frappantes entre Estonie et Lettonie.

 Rouge. Nous attendions beaucoup du « chapelet de lacs bordés de maisons fleuries ». Stoppons devant le « lac le plus profond d’Estonie » : une plage, de gens nagent. Ce n’est pas tout à fait ce que nous imaginions.

Un peu plus loin, une prairie, une tour de bois couronnée par une structure évidée (éolienne ?). D’ici part le sentier écologique de l’énergie renouvelable.

 Moulins à eau ont été construits pendant les trois derniers siècles, cinq d’entre eux fonctionnent encore.

La vallée de Ööbikuorg est célèbre pour ses « hydraulic ram », pompes à deux valves utilisant l’énergie cinétique du choc hydraulique, technique élaborée dès 1797. En Estonie, une pompe originale a été mise au point par Friedrich Johanson pour approvisionner en eau sa ferme située sur le bord de la falaise.

pompe

Cette vallée résulte de la fonte des glaciers lors de la dernière période Glaciaire. Des cascades ont creusé les grès Dévoniens de Gauja et d’Amata. Les dépressions creusées étaient beaucoup plus importantes puisqu’on a estimé à 180m de moraine et de sédiments glaciaires. Les lacs se seraient formés avec la fonte des blocs de glace enfouis sous les moraines.

Un site exceptionnel, des curiosités intéressantes, une idée porteuse, les énergies renouvelables. Avec un peu plus de méthode et de communication, le sentier des énergies renouvelable aurait dû être passionnant. Au lieu de cela, c’est mal fichu. Le sentier n’est pas balisé. On n’en voit pas le départ (ni la suite d’ailleurs). Les explications sont soit pas traduites, soit confuses. Même les WC ne sont pas indiqués !

Nous errons avant de trouver le départ.

Des archéologues débitent à la hache un  tronc de pin. Ils construisent une maison varègue (8ème siècle) utilisant les techniques d’époque : pas de scies seulement des haches et des couteaux. Ils bouchent les interstices avec des mousses ou des sphaignes et enduisent l’intérieur à l’argile. Une cuisine primitive à l’intérieur consiste en un tas de pierres, où se trouve le foyer et un gros trou dans lequel on met les poteries de cuisine sur des braises et sous la cendre. Ils ont retrouvé sur place les restes d’une forteresse de l’ « âge de fer » qui a disaru au 11ème siècle. C’est amusant de noter que leur « Préhistoire » est, chez nous, une période tout à fait historique.

Nous n’avons pas vu les chapelets de lacs ni les maisons du bord de l’eau promis par le Guide Vert.