Céphalonie : Fiscardo


Fiscardo est le village le plus septentrional de Céphalonie face à Ithaque. C’est le seul village qui n’a pas été détruit par le séisme de 1953 et qui conserve des maisons vénitiennes. Ce dernier argument suffit à nous attirer.

A Argostoli, nous tournons après le carrefour de Marinopoulos, laissant la ville. Nous traversons un petit bois d’eucalyptus d’une hauteur et d’une majesté impressionnante. Jai lu que les eucalyptus sont des catastrophes écologiques, très gourmands en eau et  stérilisant le sol avec des feuilles coriaces qui ne se décomposent pas. Par contraste avec la flore méditerranéenne plutôt racornie, je les trouve magnifiques.

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 Le Golfe d’Argostoli est très étroit, on voit nettement Lixouri sur la rive opposée et sa péninsule basse et agricole.

 La  rive occidentale de Céphalonie est plus escarpée. Le paysage est plus sauvage et moins construit que la côte sud trop urbanisée et touristique. Ici, les villages sont perchés et invisibles . Quel plaisir de trouver des paysages intacts, de croiser des troupeaux de chèvres et de moutons marrons fraichement tondus. L’air embaume. Des petits cousins roses de thym aux feuilles très charnues aux fleurs denses poussent sur les bas-côtés de la route. On arrête la voiture et je trouve de la menthe et de la sauge défleurie qui sent très fort. Tous ces parfums me ravissent. Mon préféré, le jasmin, je le reconnais entre mille,  ne s’exprime que le soir.

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Les flancs de la montagne sont pelés et arides : phrygane ou garrigue ? Dans les creux des torrents printaniers, poussent chênes kermès et pistachiers, et de temps en temps, un bouquet d’amandiers. En regardant bien, on découvre des cabanes rudimentaires, planches et tôles, on devine aussi les murettes très dégradées. Que cultivait-on sur ces terrasses abandonnées : de la vigne peut être ? La garrigue a tout envahi. Cet aspect sauvage de l’île, intouché par le tourisme m’enchante. Jusque là, j’étais un  peu déçue par Céphalonie, trop construite, trop civilisée, trop moderne par comparaison avec les îles de la Mer Egée. Enfin elle me charme ! A chaque tournant, nous nous arrêtons. Surplombant la mer, nous découvrons la belle plage de Myrtos qui figure sur les cartes postales.

Nouveau mirador : petite bourgade d’Assos, les maisons s’entassent près dune jetée naturelle qui relie la presqu’île couronnée par une forteresse vénitienne aux remparts bien conservés. Un petit port est enchâssé dans cet abri naturel.

Fiscardo

La route s’enfonce dans les terres, traverse des villages tranquilles. Ici tout est écrit en Grec. Fiscardo se livre par surprise, une fois la voiture garée au parking. Maisons colorées aux tons pastels, volets de bois laqué de teintes vives croulant sous les bougainvillées de toutes les couleurs, les plumbagos bleus, les lauriers roses. Les maisons « vénitiennes » sont de simples maisons à un étage, plutôt modestes (on ne s’attendait pas à des palais). L’ensemble est très touristique, appartements à louer, boutiques de souvenirs chics, restaurants (une ressemblance avec Pythagorio à Samos). Un joli front de mer : autour de la marina de belles terrasses de restaurants et de cafés. Les yachts qui se balancent sont de taille maxi, tous les pavillons s’affichent : Canada, Danemark, USA, France, Italie. La marina est petite. Dès qu’un emplacement se libère un  autre bateau qui attendait prend la place.

Endroit idéal pour un café frappé en terrasse. Je sors le carnet moleskine. Dessiner au café est un de mes grands plaisirs des vacances.

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Le Musée de Fiscardo ressemble  à un temple antique avec ses colonnes. Avec la proximité des tombes romaines je m’attendais à un musée archéologique. Pas du tout ! Une salle divisée par des cloisons présente tout un bric à brac, un herbier, le squelette d’une petite baleine, une tortue… un travail de pédagogue avec ses maquettes bricolées et des panneaux dessinés à la main fabriquées par les élèves, bien intentionnées, sympathiques  mais hétéroclites.  

Je me baigne dans une petite anse à l’écart des bateaux, l’eau est limpide et surtout très calme. Je nage jusqu’à une bouée et fais deux allers/retours. Il fait très chaud aujourd’hui. Le thermomètre ne marque que 28°C mais l’hygrométrie est très élevée et surtout il n’y a pas de vent.

Nous rentrons d’une traite, un seul arrêt pour l’essence (1.63€ /l).

Colette nous a apporté l’énorme livre de Robert Bittlestone : The Search for Homer’s Ithaca, 600 pages illustrées mais en grec. Il existe aussi en Anglais (Cambridge). D’après cet auteur le palais d’Ulysse se trouverait à Céphalonie et non à Ithaque. Ne lisant pas le grec je le feuillette pour les illustrations qui sont passionnantes en ce qui concerne la géologie. Il montre les épicentres des secousses, du séisme principal de 1953 : 7.2  près de Skala et ceux des répliques 6.8, 6.3, 6.4, situés autour de l’île, en mer ce qui explique que toute l’île ait été ravagée. D’après Bittlestone, Céphalonie était formée de deux îles : la péninsule de Louxouri aurait été séparée par un canal étroit il y a moins de 10.000ans (cartes géologiques à l’appui) Ces cartes sont hachurées de failles de façon impressionnante. La péninsule occidentale serait l’Ithaque d’Homère, le reste de Céphalonie, Sami.

La liste des séismes pendant la période 1444 – 1999 supérieurs à la magnitude 7 est impressionnante. Une faille transformante NNE/SSW  est tangente à la côte Ouest de Céphalonie.  

Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

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