Voyage Métropolitain :de Mitry à Thorigny aux confins NE de la Métropole, à l' »ombre » du TGV

VOYAGE MÉTROPOLITAIN

sous les piles du TGV

Malgré des conditions météo exécrables une cinquantaine de courageux voyageurs sont sortis du terminus du RER B à la station Mitry-Claye. Courageux et décidés, le Voyage Métropolitain est toujours une expédition passionnante, intellectuellement très enrichissante grâce au regard aiguisé des spécialistes, architectes, urbanistes, paysagistes, photographes, journalistes…. et aussi pour les promeneurs lambda qui ne sont ni diplômés ni spécialistes, une journée de partage et de convivialité chaleureuse. Parce que de la chaleur humaine il en faudra pour nous réchauffer sous le crachin! Les randonneurs ont sorti les capes de pluie, pas seyantes mais efficaces, d’autres ont fait confiance aux parapluies.

voyage métropolitain n°32
merci au VM15

Mitry-Mory c’est la fin du RER et l’arrivée en rase campagne, la vraie campagne avec des champs sur des hectares, des espaces boisés. L’assurance d’une randonnée-nature? Cela commence très bien en lisère d’un bois aux couleurs rousses automnales, une allée pavée est couverte de feuilles. Un spécialiste des espaces verts nous signale une zone humide, un étang, un puits artésien, d’anciennes cressonnières…

L’ambiance bucolique est rompue par la ligne de TGV qui traverse le paysage et une rangée de pylônes de la ligne à haute tension. Les lignes de TGV seront  des éléments récurrents dans ce voyage en Seine et Marne. Autre axe majeur : le canal de L’Ourq qu’on suivra à plusieurs reprises autour de Claye- Souilly. J’ai rêvé d’une promenade tranquille sur le chemin de halage. Le Voyage métropolitain ne musard pas dans la  campagne, il  explore les circulations structurant le Grand Paris : chemin de fer et hydrographie.

Jens a renoncé à nous faire suivre le canal qui serpente autour de Claye Souilly et qui aurait rallongé la randonnée de plusieurs kilomètres. Nous coupons par le village de Souilly d’abord puis par Claye, plus urbain. Si les pesticides de l’agriculture intensive font disparaître les insectes, les  édiles des petites cités que nous traversons sont aux petits soins pour eux, construisant à chaque rond-point des hôtels à insectes aussi ravissants que spectaculaires. »Puisque les insectes désertent les campagnes, accueillons les dans les villes » ai-je entendu ce midi, à propos des abeilles de l’aéroport de Blagnac. La petite église de Claye se trouve près du canal, le monument aux morts aussi, Hymne à la Joie et Marseillaise puisque nous sommes le 11 Novembre. Je suis surprise par l’affluence sous les parapluies. On doit drôlement s’embêter ici pour venir en foule sous la pluie à la commémoration, ou on est anormalement patriote?

Nous avons retrouvé le chemin bordant le canal, pas pour longtemps puisqu’on préfère aux eaux courantes entraînant les feuilles mortes à grande vitesse, les grandes piles de béton des lignes ferroviaires qui forment  un triangle traversé par une quatrième ligne. Où vont tous ces trains? A Lille ou à Strasbourg, à moins que ce soit à Marne La Vallée? Es gros ronds rouges donnent un caractère japonisant.

Les Monts Gardés

Les Monts Gardés

Le but de la randonnée, et le lieu du pique-nique n’est plus loin. Jens nous a annoncé qu’on déjeunerait au sec « dans une sorte de grange ou dans une yourte« . Après avoir enjambé la Nationale 3 à chaussées séparées comme une autoroute, et longeant une route à circulation importante (D404) nous arrivons dans un endroit un peu étrange en face du site d’enfouissement des déchets de Véolia un cadenas garde un portail. Nous découvrons un site très étrange. Des poutres noires verticales balisent le terrain. Sous la brume, aujourd’hui 11 novembre, cela donne un aspect funéraire, stèles d’un bizarre cimetière? ici un carré de petits chênes, là des herbes hautes, plus loin des arbres alignés plantés régulièrement, on grimpe sur une verte colline, des animaux nous accueillent deux énormes cochons, très amicaux, des poules en liberté, un cheval et un âne dans une écurie. La grange est basse, la voûte consolidée par des palettes. Un peu plus loin il y a une ravissante roulotte de bois (made in Roumanie). Nous nous installons sur des bottes de paille, des caisses de plastique, une porte sert de table. Au dessus de nos tête sèchent des bouquets d’herbes, au fond sont stockés des légumes. Agnès notre hôtesse veut savoir qui nous sommes, présentation rapide du Voyage Métropolitain.

un cochon amical

Elle nous fait le récit de son travail de réhabilitation du site des Monts Gardés que lui a confié dans les années 2000, la SNCF. Dans le triangle défini par les trois lignes à Grande Vitesse, on a creusé, déposé des remblais,déposé du matériel, compacté et massacré le sol et le sous-sol avec des engins lourds. Il convient donc de donner à ce chantier un aspect acceptable. Agnès est paysagiste. On attendait d’elle qu’elle plante le maximum d’arbres pour masquer les dégâts. L’usage est de déposer des bâches plastiques et d’installer des petits arbres en espérant qu’ils pousseront. Ces plantations sur plastiques sont courantes sur les remblais d’autoroutes. Cette solution ne lui a pas semblé satisfaisante et elle a préféré une vrai réhabilitation des sols à un maquillage artificiel. Combler, fertiliser, refaire du sol. Ce que la nature fait toute seule depuis des millions d’années, elle se propose de le faire. Au lieu d’acheter des arbres tout poussés, elle préférerait laisser les oiseaux et les animaux semer des graines, et comme c’est une expérience sur 35 ha elle a travaillé en association avec l’INRA et le CEMAGREF pour une expérimentation d’agro-foresterie en vrai grandeur.

la roulotte

Sa description dantesque de l’endroit qu’elle a trouvé est impressionnante, non seulement le site est dégradé, mais il est environné par les 3 lignes de trains à grande vitesse qui roulent avec un vacarme assourdissant, la proximité de la Nationale 3 n’améliore pas les choses. Et comme cela ne suffisait pas, il faut aussi savoir que la région est une décharge énorme de tous les gravats et déchets industriels non recyclables, avec la noria des camions et les pollutions diverses. Nous ne l’aurions jamais deviné en gravissant la jolie colline herbue. Après quelques années elle « s’est associée » à un troupeau de mouton pour l’entretien et la tonte de l’herbe. Les poteaux noirs sont les traverses des rails, ils balisent les différentes parcelles expérimentales. Sans eau, sans électricité et depuis 2007, sans financement de la SNCF qui a considéré que le site était maintenant d’un aspect acceptable, Agnès et son associé continuent leur expérience cultivant des jardins et même du blé, déposant des couches et des couches diverses, graviers, mulch, feuilles, élevant en quasi liberté leurs animaux. Elle dit que l’instinct paysan revient facilement aux humains qui peuvent à partir de presque rien cultiver et construire. Des bouteilles et des résidus des brasseries de bière font un matériau de construction intéressant. On pourrait l’écouter pendant des heures. On aimerait en savoir plus….Curieusement la SNCF vient de re-découvrir son travail et lui propose à nouveau une collaboration. En attendant, elle bricole, invite des volontaires et laisse la nature faire… Elle nous fait part aussi de son nouveau projet d’ouvrir une boutique pour écouler ses légumes (étrangement, cultivés sans engrais ni pesticides ils ne seront jamais bio, le substrat n’étant pas aux normes) , elle imagine une boulangerie de pains aux farines anciennes, et même un magasin de café pour récupérer cette substance précieuse pour le sol qu’est le marc de café qu’on gaspille. L’acheminement se ferait par le Canal de l’Ourq tout proche….

 

Cette rencontre est extraordinaire. Elle justifie à elle toute seule notre cheminement le long de la D 404 très passante, sur un toute petite bande d’herbe détrempée et bien glissante (je me suis payé un gadin spectaculaire dans la boue) jusqu’à Annet-sur-Marne. Ici aussi, décharge industrielle, piétons interdits dans les environs! Cette campagne est-elle la poubelle d’un Paris Métropole déposant remblais, gravats ou pire?

On coupera à travers la base de loisir de Jablines-Annet, parc arboré et pièce d’eau délicieuse après l’enfer de la circulation. malheureusement il faudra rebrousser chemin à deux reprises : carrières souterraines, entrée interdite!

A la tombée de la nuit on suivra quelques centaines de mètres l’aqueduc de la Dhuys qui achemine en souterrain l’eau potable jusqu’aux réservoirs de Télégraphe à Paris. Ce serait encore une très belle randonnée pour un jour ensoleillé! Enfin la nuit tombe sur Thorigny et  où nous trouverons un café accueillant et la gare de Thorigny Lagny ligne P – 25 minutes  pour la Gare de l’Est avec seulement un arrêt à Vaires et à Chelles.

 

 

 

 

Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

6 réflexions sur « Voyage Métropolitain :de Mitry à Thorigny aux confins NE de la Métropole, à l' »ombre » du TGV »

    1. @Aifelle : pour les déchets c’est encore pire que ce que j’ai vu. je me suis documentée sur Internet, les déchets viennent de partout et pas seulement des chantiers voisins, cette région est vraiment une poubelle!

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