Le Joueur d’Echecs – Stefan Zweig

FEUILLES ALLEMANDES 

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Quand revient Novembre et les feuilles allemandes je retourne à Zweig qui ne me déçoit jamais. Le Joueur d’Echecs, lu d’une traite m’a encore éblouie. Dernier œuvre romanesque de l’auteur exilé, écrite – selon la préface – au milieu des valises, publiée d’abord en américain (1941) en allemand à Buenos Aires plus tard. Le décor : un paquebot de New York à Buenos Aires, . La date :  après l’Anschluss et l’entrée des nazis en Tchécoslovaquie. Le narrateur : Zweig lui-même?

Les deux protagonistes : Czentovic, le champion d’échecs dont

« l’inculture atteignait la même universalité dans tous les domaines »  » fils d’un batelier yougoslave »

 « Il arriva ainsi que dans l’illustre galerie des maîtres des échecs, laquelle réunit les types d’esprits supérieurs les
plus variés – des philosophes, des mathématiciens, des gens au tempérament calculateur, imaginatif et souvent créatif – pénétra pour la première fois un outsider parfaitement étranger au monde de l’esprit, un jeune paysan lourdaud et taciturne »

« Toute ma vie, les diverses espèces de monomanies, les êtres passionnés par une seule idée m’ont fasciné, car
plus quelqu’un se limite, plus il s’approche en réalité de l’infini « 

Face au champion, un aristocrate autrichien, éduqué, avocat proche du parti clérical et de l’empire, secret, silencieux, cérébral le met au défi.

 Entre deux parties, le narrateur aborde l’Autrichien qui lui livre une longue confession. Interné par les nazis, l’isolement, utilisé comme torture pour qu’il livre ses secrets :

Or, même si elles semblent immatérielles, les pensées ont besoin d’un point d’appui, sinon elles se mettent à
tourner, à tourbillonner sans but sur elles-mêmes ; elles non plus ne supportent pas le néant. Du matin jusqu’au
soir on attendait quelque chose, et rien ne se passait. On recommençait à attendre. Il ne se passait rien. On
attendait, on attendait, on attendait ; on réfléchissait, on réfléchissait, on réfléchissait jusqu’à en avoir mal aux tempes. Rien ne se passait. On restait seul. Seul. Seul.

Les attentes entre les interrogatoires, interminables, sont une autre forme de torture. Mais au cours d’une de ces attentes, le prisonnier fait une découverte qui va changer sa détention

J’avais découvert que sur l’un des manteaux la poche latérale était légèrement boursouflée. Je m’approchai et
crus reconnaître à la forme rectangulaire de cette bosse ce que recelait cette poche un peu gonflée : un livre !
Mes genoux se mirent à trembler : un livre ! Pendant quatre mois, je n’en avais pas tenu un entre mes mains, et la simple idée d’un livre dans lequel on puisse voir une suite de mots, des lignes, des pages et des feuilles, un livre où l’on puisse lire des pensées différentes, nouvelles, inconnues, distrayantes, pour les suivre et se les mettre dans la tête, avait quelque chose de grisant et d’étourdissant à la fois.

Ni poésie,  ni roman, ni un essai mais un recueil de 150 parties d’échecs. Les échecs ont meublé  son existence. Partie cérébrale, à l’aveugle, le prisonnier ne disposait ni d’échiquier ni de pièces.

Leur affrontement tient le lecteur en haleine, même totalement ignorant en ce qui concerne les échecs.

Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

5 réflexions sur « Le Joueur d’Echecs – Stefan Zweig »

  1. J’ai fini récemment « La pitié dangereuse » pour la lecture commune du 26 novembre et je comprends tout à fait que tu reviennes vers Zweig. Quelle écriture, de surcroît très accessible. Je ne doute pas que je le relirai bientôt, pourquoi pas d’ailleurs avec ce titre qui a l’air tout aussi passionnant. Merci beaucoup pour ta participation !

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