APRES LE 7 OCTOBRE
Comment se fait-il que la laïcarde que je suis, l’ancienne kiboutznikit de l’Hashomer Hatzaïr, soit si fidèle aux écrits d’un rabbin, ou une rabine si on féminise la fonction? J’ai téléchargé le dernier livre de Delphine Horvilleur le jour de sa sortie, le 8 Octobre, à la suite de la lecture du livre d‘Askolovitch.
Ne pas se méprendre sur le mot « sermon » qui appartient plutôt au champ lexical chrétien. Un rabbin ne sermonne pas son audience, il/elle lit le texte consacré, le commente, s’en inspire pour éclairer les évènements actuels. Elle cite des histoires tirées de la Thora (parfois du Talmud), raconte des blagues juives. Dans ce dernier livre, elle revient sur ses interventions depuis septembre 2023 , à quelques jours de la catastrophe, jusqu’à 2025 et met à jour l’ évolution de ses prises de parole. Prises de paroles qui ont fait l’objet de critiques acerbes, au motif qu’on ne critique pas Israël de l’extérieur, et qu’il vaut mieux « laver son linge en famille » pour ne pas donner d’arguments à ses ennemis.
« Plus que jamais Israël a besoin des voix de la diaspora, de toutes ses voix, y compris des plus critiques. Celles
qui parlent avec la force de leur amour et la conviction solide de leur attachement à ce pays. Celles qui disent
le malaise et la douleur qui se sont emparés de beaucoup d’entre nous. »
A la veille du 7 Octobre, à l’occasion de Kippour, cinquante ans après le déclenchement de la Guerre de Kippour, elle invoque Léonard Cohen et sa chanson « Who by fire »qui cite une prière de Kippour. Elle commente le « testament de Moïse« , la « triple leçon du Deutéronomeavant l’installation du peuple dans la terre d’Israël quand ils deviendront propriétaires terriens, quand ils désigneront un roi et qu’ils seront tenter de devenir idolâtres.
« toute installation quelque part s’accompagne de menaces. Celle de se croire propriétaire et de ne plus savoir donner ou partager, celle d’idolâtrer la force militaire ou le pouvoir politique, celle de rendre un culte
démesuré au chef ou à la possession… »
Comme cette dernier affirmation s’applique à la situation actuelle!
Le 13 Octobre 2023, difficile de trouver les mots dans ce monde qui s’effondre. Et c’est vers Zweig qu’elle va se tourner :
« La douleur de Zweig n’est pas celle d’un exil géographique mais linguistique. C’est à l’effondrement de sa langue et de sa culture qu’il ne pouvait survivre. C’est là que se tient son désespoir. Et peut-être le nôtre :
comment vit-on quand les mots nous quittent ? »
Zweig et Nah’man de Bratslav, un conteur hassidique qui raconte la folie du monde.
Chacun des textes suivants correspondra à un évènement comme la marche contre l’antisémitisme (sans LFI ni Macron)
« pourquoi l’antiracisme et la lutte contre l’antisémitisme ont cessé de reconnaître qu’ils étaient frères jumeaux? »
Deux années passent avec leur cortège de fêtes que j’ai plaisir à découvrir sous sa plume, j’en ai une idée enfantine et je n’ai jamais cherché à approfondir. Fêtes et héros : la figure de Samson dont l’histoire se déroule justement à Gaza
Les Israéliens connaissent bien la Bible. Comment se fait-il qu’après le 7 Octobre, nous ayons oublié Samson ?[…] Pourquoi son image n’est-elle pas sur toutes les affiches, les autocollants et les réseaux internet ? La
réponse est que le message de Samson fait trop peur. Depuis le 7 Octobre, nous lui ressemblons tellement. L’
hubris, l’aveuglement, la vengeance, le suicide… tout cela fait beaucoup trop peur pour évoquer ce héros qui
perdit son âme, simplement pour être quitte avec les Philistins.
Même sans être pratiquante, je suis ravie de glâner un peu de cette culture qui me manque, de la poésie du récit biblique ou du Talmud. Bien sûr, ce qui m’importe c’est l’actualité. Delphine Horvilleur insiste sur la considération nécessaire pour l’étranger, la nécessité du dialogue
Soutenir ceux qui refusent toute politique suprématiste et raciste qui trahit violemment notre histoire.
Soutenir ceux qui ouvrent leurs yeux et leurs coeurs à la souffrance terrible des enfants de Gaza. Soutenir ceux
qui savent que seuls le retour des otages et la fin des combats sauveront l’âme de cette nation. Soutenir ceux
qui comprennent que, sans avenir pour le peuple palestinien, il n’y en a aucun pour le peuple israélien.
Et parmi ces mots qui divisent : « génocide » : David Grossmann a sauté le pas, Delphine Horvilleur est plus prudente : certains mots déclenchent des avalanches. Cela lui sera reproché : pourquoi ne pas dénoncer les actes du Hamas comme génocidaires?
Qu’est-ce qui empêche ces mêmes personnes de dénoncer comme génocidaires les actes du Hamas, le 7
Octobre, et leur permet d’y voir une forme de résistance ou, pire, une manifestation légitime du désespoir
Et toujours réfléchir, revenir aux mots qui permettent de dialoguer!