Le mois de Mai, Mois de la littérature italienne se termine avec Camilleri, L’autre bout du fil, dernier opus sorti en français de la série policière, dicté par l’auteur malvoyant. Je suis retournée avec grand plaisir à Vigata pour retrouver Montalbano et son équipe, Fazio, l’inénarrable Catarella et la trattoria d’Enzo. J’ai aussi souri à cette langue « le Camillerese » comme la nomme Serge Quadruppani dans une longue et affectueuse introduction sous forme de lettre ouverte à Montalbano. Loué sot ile traducteur qui imprime une saveur méridionale à sa traduction. Comme j’aimerais être meilleure italiénisante pour goûter à la VO! .Le commissariat de Vigata est épuisé par les arrivées nocturnes d’embarcations de migrants que les autorités et la population accueille avec bienveillance et lassitude. (le roman est paru en 2016 en Italie avant les horreurs de Salvini). Mais l’intrigue de l’Autre bout du fil se déroule en ville. La couturière Elena qui devait justement réaliser un costume à Montalbano est retrouvée assassinée dans son atelier à coups de ciseaux. L’enquête piétine d’abord jusqu’au rebondissement final (que je me garderai bien de vous dévoiler). Nous assistons à de nouvelles arrivées de migrants, savourons avec Montalbano la délicieuse cuisine locale d’Enzo et celle que Angelina lui prépare, entre pâtes à la boutargue, sardines marinées à l’orange, risotto…Existe-t-il un livre de recettes de la cuisine sicilienne de Camilleri?Catarella adopte le « chat-témoin » du meurtre, le perd, s’y attache – péripéties amusantes – mais hilarantes sont ses transformations des noms propres (bravo encore Quadrupani). J’ai bien ri. Je n’ai pas laissé le livre jusqu’à la résolution de l’affaire.Encore un excellent Montalbano!
ESPAGNE ATLANTIQUE DU PAYS BASQUE AU PORTUGAL 2003
La Grotte d’Altamira
Altamira : bisons
Comme à Lascaux, la grotte est interdite de visite aux profanes. Une réplique du plafond orné de bisons se trouve à l’intérieur d’un musée très moderne. A Lascaux, nous avions vraiment l’impression de pénétrer dans une grotte avec ses tunnels, ses recoins, son obscurité. A Altamira, rien n’a été fait pour imiter l’ambiance souterraine si ce n’est un courant d’air humide et glacé : des rampes lumineuses courent le long de murets, des scènes de la vie préhistorique apparaissent en hologrammes. Si nous avions su cela, Dominique qui est claustrophobe serait venue.
Altamira : bison
L’effort est mis sur la pédagogie : on nous explique les étapes de la réalisation d’un bison, les pigments Je suis un peu déçue. Le musée est ultra moderne avec écrans interactifs, grands panneaux montrant l’évolution de l’Homme, vitrines bien présentées. Je préfère le Mas d’Azil près de Perpignan, moins interactif mais beaucoup plus fouillé du point de vue des recherches universitaires. Vers 11h le musée se remplit de groupes d’ados pas très motivés par la Préhistoire. Santillana del Mar
Santillana del Mar est décrit comme le « plus beau village d’Espagne». C’est plutôt une petite ville qu’un village avec un très bel ensemble de maisons anciennes : maisons bourgeoises à balcons fleuris de géranium et maisons patriciennes aux façades plates ornées d’écussons et d’armoiries. Certaines sont de véritables palais. Sur la Plaza Mayor, le dallage dessine un triangle et sur chacun des côtés se trouve un tour carrée tandis que l’Hôtel de Ville a des arcades en grès rose. Cette ville-musée est occupée uniquement de restaurants et de magasins de souvenirs (lesquels le plus souvent se mangent : anchois en conserve, huile d’olive, vin, biscuits secs et flans, charcuterie). Malheureusement des T-shirt suspendus défigurent un peu les lieux.
Collegiale :
La Collégiale se trouve au bout d’une des rues en pente. Elle est précédée d’un parvis formant une belle place carrée entourée d’un mur sur lequel s’adossent des banquettes de pierre, deux lions gardent l’entrée, devant lesquels les touristes se font tirer le portrait. Le portail est roman, très simple. Sur la façade au dessus du porche deux rangées de personnages ornent la façade. Au dessus une galerie de colonnettes surmonte le tout. L’édifice est flanqué de tours carrées ou cylindriques donnant un ensemble de volumes compliqués.
Santillana del mar : cloître chapiteau roman
Le cloître roman du XIIIème est une merveille. Les chapiteaux sont tous différents. La visite est commentée par un enregistrement très détaillé qui décrit chacun des chapiteaux. Voici encore une leçon d’Espagnol ! Ils représentent des scènes extrêmement détaillées : le combat du Bien et du Mal : un chevalier en cotte de maille combat un ours. Un homme combat un dragon. David et les lions.
Les costumes montrent avec un luxe de détails la vie de l’époque. Un moine en robe de bure et sa ceinture. Les centaures sont coiffés d’une sorte de béret basque. D’autres chapiteaux sont ornés de motifs végétaux. Le commentaire explique les symboles, les entrelacs représentent l’infini ou l’éternité. Je suis la visite avec beaucoup de plaisir. A l’intérieur de la Collégiale, un retable du XVème ressemble à ceux que nous avons vus à Bilbao (curieux martyre de Sainte Julienne pendue par les cheveux).
Dominique a acheté des sandwiches délicieux que nous mangeons assises sur la banquette du parvis.
Cette ville mérite de figurer en bonne place dans notre album ! J’ai toujours du mal à cadrer les bâtisses carrées. Si j’ai assez de recul, je peux les saisir de côté, mais sinon ils emplissent le viseur sans angle et la photo sera toute plate sans intérêt. Avec le vieil Olympus, j’avais un grand angle, le 35 mm n’est pas suffisant.
Exposition « Ibero-America Mestiza »
Dans les deux belles tours de la Plaza Major il y a une exposition « Ibero-America Mestiza ». Cette expression Mestiza ne m’évoque rien ! je débarque sans idée préconçue, à l’aveuglette dans un diaporama retraçant l’histoire de l’Espagne depuis les peuplements Celtes et Ibères, la conquête romaine, les grandes invasions, puis la conquête arable … Sur trois écrans les images sont projetées simultanément . Je suis très contente de cette leçon d’histoire. La suite de l’exposition interactive continue avec des écrans tactiles et des diaporamas tonitruants : Conquistadores et civilisations indiennes. J’ai épuisé mon crédit de concentration pour la journée et parcours distraitement les salles fuyant les sonorisations bruyantes. Dans l’autre bâtiment, la suite de l’exposition est plus tranquille et plus agréable. De très beaux objets sont présentés dans de belles salles disposées sur trois niveaux autour d’un patio. Entre temps j’ai compris le thème de l’exposition : il s’agit du métissage. Mélange entre Celtes, Ibères et romains, puis Romains et Wisigoths, puis Chrétiens, Juifs et Musulmans, enfin Espagnols et Indiens. De toutes ces influences différentes résulte un assemblage de jolis objets hétéroclites dispersés dur un trop long laps de temps et sur un trop large aire géographique. Un beau cavalier de pierre, guerrier ibère retient mon attention, un masque indien représentant la vie et la mort, masque coupé verticalement, lèvres relevées sur une moitié, pendantes de l’autre. Je retiens aussi de jolis tableaux du XVIIIème, colorés, un peu naïfs représentant le maître blanc et l’esclave noir, ou des métisses.
Le couvent abritant le musée diocésain est fermé jusqu’à 16 heures. Nous en avons assez de visites pour la journée et n’attendons pas l’ouverture. Quant à Dominique, déjà peu tentée par les musées, son anticléricalisme lui fait imaginer le musée diocésain comme un repoussoir.
Nous terminons donc l’après midi sur une toute petite plage encaissée entre deux falaises de roches plissées : une petite langue d’eau tranquille et transparente serpente entre les rochers. Une maison est curieusement encastrée, incluse dans un synclinal évidé, une plate-forme recouverte d’un tapis d’algues vertes fluo lui ait une pelouse étrange. Pelouse .Dominique plante le parasol, le ciel est sans nuages, la température parfaite. A plusieurs reprises je vais me baigner sans toutefois nager, l’eau est fraîche. A marée basse les hommes en blanc arrivent avec leurs râteaux, leurs pelles et leurs sacs plastique. Ici aussi, on nettoie …
Nous rentrons vers 19 heures à Comillas. La plage est métamorphosée : les parasols ont fleuri. Je monte au restaurant au dessus du port commander une tranche de thon à la plancha. Pendant que le thon cuit, j’interroge la serveuse à propos de la marée noire. Il vient du mazout tout le temps, par à-coups tantôt sur une plage tantôt sur une autre. Le Prestige continue à fuir le goudron vient aussi des rochers qui n’ont pas été nettoyés, la tempête enlève des fragments de mazout et les courants les font dériver vers le nord . Le thon est délicieux, piqué de gros morceaux d’ail.
Vassilis Vassilikos est l’auteur de Z inspiré par l’assassinat de Lambrakis(1963 à Thessalonique) qui inspira Costa Gavras pour le film Z. Les Photographiessont parues en Grec en 1964 et en 1968, traduites par Lacarrière .
Ce court roman (212 pages) se déroule à Thessalonique.Cette ville est un des sujets du livre. Le héros se livre à de nombreuses errances que j’ai eu plaisir à suivre et à deviner quoique la ville dans les années 60 était bien différente de celle que j’ai découverte il y a peu. Souvenirs de l’occupation nazie, séisme qui a ravagé la ville…
Thessalonique vue de la Ville Haute
Un autre thème des Photographies est le cinéma. On comprend à la fin du livre que le héros est cinéaste et qu’il imagine la vie par images fixes ou animées. Son amoureuse lui reproche d’ailleurs de ne voir en elle qu’une héroïne de cinéma et non pas une femme réelle qui mange ou le désire .
Je me suis un peu perdue après deux ou trois chapitres, incapable de comprendre la trame de l’intrigue (si intrigue il y a). Mélange de réalité et de rêve, métamorphoses. Le narrateur, au milieu d’un paragraphe, est un chat errant. J’ai failli abandonner, n’y comprenant plus rien. Heureusement que je n’en ai rien fait. A la fin du livre, le film se déroule à l’envers, construction intelligente!
Ici je ne sais plus que dire. Tu existes, dis-tu, et moi je me console. Je ne reviens vers tes paroles que pour masquer le désarroi de mon cœur. Mais qu’est-ce là? Non ce ne sont pas des tuiles derrière toi, ce ne sont pas des toits de maison. Ce sont des carapaces des rêves qui se vidèrent, et qui s’imbriquèrent l’un dans l’autre, formant une surface dure où ton visage de givre est venu reposer son profil. Ce sont des feuilles desséchées ; si elles étaient rouges, ton visage serait plus blême encore. Mais la photo n’est pas en couleur et je les vois seulement comme des mots que leur sens a quittés et qui ont façonné pour les êtres peureux un toit contre l’orage. En dessous se cachent tous ceux qui ont renié leur vie et laissent envoler leurs fumées par une cheminée solitaire dans l’espace.
C’est aussi un roman d’amour que Lazare dédie à une femme le plus souvent absente qui fait irruption dans le récit pour disparaître sans prévenir.
Un livre à déguster sans se presser, une promenade dans Thessalonique.
ESPAGNE ATLANTIQUE DU PAYS BASQUE AU PORTUGAL 2003
les pics de l’Europe
J’ouvre les stores : le ciel est bleu, sans un nuage. Nous irons donc voir les Pics de l’Europe à une cinquantaine de km. Nous suivons l’itinéraire proposé par l’Office de Tourisme à partir de San Vicente de la Barquera le long de la vallée du Rio Tina Major. A Unquéra, des cafés-restaurants énormes proposent la spécialité locale la corbata (cravate) sorte de mille feuille sec torsadé en forme de nœud de cravate. Nous en achèterons au retour, c’est vraiment délicieux.
Nous remontons le cours du Rio Devaqui a creusé des gorges imposantes : le défilé de la Hermida. La route emprunte sur une trentaine de km une sorte de canyon entre des murailles grises verticales très hautes. Le paysage ressemble aux gorges de la Souloise, même couleur, mêmes à-pic, sauf que cela se prolonge sur 30 km.
Santa Maria de Lebena
A la sortie du défilé nous quittons la route pour visiter la petite église de Santa Maria de Lebena du Xème siècle de style mozarabe, toute petite cachée dans la verdure. Le campanile, récent, a été rajouté il y a 100ans. Sous la toiture, de curieuses parures : les modillons à copeaux. La visite est guidée : nous sommes les seules visiteuses, la dame me raconte donc en espagnol toutes les légendes de l’église. Je décroche par moments, mais c’est une leçon particulière d’espagnol.
style mozarabe :modillons à copeaux
A retenir : lesarcs en fer à cheval venant des arabes, leschapiteaux en feuille d’acanthetrès stylisés, ni animaux ni figures humaines. Le plan basilicalrappelle celui des églises byzantines. Le retable est baroque, plutôt sobre, doré comme il se doit. Il porte des sculptures naïves – paysannes ? –Une Vierge en boispeint est très curieuse : c’est une Vierge allaitante, un concile (Trente ?) a interdit ce genre de représentation, plus tard la sculpture a été volée, puis retrouvée. La dame parle d’une façon touchante de sa statue « interdite, puis volée, retrouvée … » Derrière l’autel une dalle porte des inscriptions mystérieuses, des cercles décorés de signes : symboles solaires païens ou symboles chrétiens ?
A la montagne !
Le Rio Deva devient un torrent montagnard. Les villages sont équipés pour le tourisme de montagne : il y a beaucoup de locations. Des agences proposent des randonnées à cheval ou en 4×4, du canoé, raft. Et toujours de beaux balcons fleuris ! Nous traversons Potes sans s’y arrêter. Nous passons devant sa grosse tour carrée. Au dernier village avant le téléphérique, Espinama, nous entrons dans une épicerie où je demande des sandwiches : l’épicière coupe une baguette tandis que son mari m’entraîne au comptoir pour choisir les ingrédients : il tranche un fromage de montagne, le pèse et prépare le sandwich en coupant de fine tranches. Dominique prélève le jambon cuit.
Les Pics de l’Europe
Le parking du téléphérique de Fuente De est déjà bien plein. De jolis veaux gris paissent en face des voitures. La cabine rouge monte très vite le long de la paroi minérale. Arrivées en haut la vue est magnifique mais une foule marche en procession sur un large chemin. Horreur, des 4×4 l’empruntent ! Nous suivons le mouvement général jusqu’à un embranchement. A droite le chemin descend surplombant une vallée très verte, à gauche il s’engage dans un pierrier et monte vers les sommets 2600m. Nous sommes à la limite de la végétation (à Superdévoluy, ce serait le haut du Sommarel).
Un aigle magnifique plane longuement au dessus de nous, il est silencieux, nous l’avons repéré grâce à l’ombre qu’il projette au sol.
De retour au parking il fait très chaud, la voiture est un four, nous avions prévu de continuer les visites touristiques dans les villages mais ce qui me tente le plus c’est de rentrer le plus vite et prendre un bain de mer.
Baignade à Comillas
Vers 17h30, nous nous installons à notre coin attitré contre le mur de la plage de Comillas, je vais tenter un petit plongeon. C’est marée basse, de nombreux enfants barbotent, l’eau n’est pas assez profonde pour nager mais elle est très calme et très claire. Je vois les petits poissons, les anémones de mer. Ce spectacle me ravit toujours. Je marche, l’eau m’arrive à mi-cuisse, je guette la vie marine. Comme je me rapproche des rochers pour voir plus d’animaux, je me trouve coincée et dois nage pour rejoindre le sable et sors enchantée de cette courte baignade. Nous restons jusqu’à 9h sur la plage pour le coucher du soleil.
L’œuvre de Camilleri ne se résume pas à la série policière avec Montalbano que je suis avec beaucoup de plaisir. Elle est diverse. J’aime beaucoup ses romans historiques : le Roi Zozimo, la Révolution de la Lune, la Secte des Ange, etc… truculence et bouffonnerie. Les derniers romans que j’ai lus sont aussi dans le domaine du roman noir : Intermittence, ou de la peinture avec Noli me tangere et La couleur du soleil. Le Toutamoi pourrait être classé « érotique« .
Cependant, pour la première fois, c’est une déception. Je n’ai pas du tout aimé l’héroïne, Arianna, femme-enfant plutôt gâtée et capricieuse, narcissique et infantile. Je suis également mal à l’aise avec les histoires d’abus sexuel impliquant des enfants. L’histoire tourne autour d’une histoire de sexe mais c’est un sexe mécanique.
Le livre se lit bien. La chute est inattendue. Je compte me rattraper avec Montalbano avec L’autre bout du fil que je viens de télécharger.
ESPAGNE ATLANTIQUE DU PAYS BASQUE AU PORTUGAL 2003
Le village de Comillas
Le Capricho de Gaudi
Malheureusement aujourd’hui, lundi est le jour de fermeture des musées en Espagne. Il nous faut adopter l’ »heure espagnole ». Impossible de déjeuner avant 9h30. A 10h, nous montons au village et trouvons des supermarchés bien achalandés, une jolie place touristique avec des maisons en hauteur aux balcons fleuris, la Plaza Mayor avec ses arcades et des magasins de luxe. Visite des curiosités locales.
Gaudi détail de céramiques
Capricho de Gaudi : villa délirante recouverte de céramique décorée rose, vert, jaune. Chaque carreau jaune est orné d’un tournesol, les verts de plusieurs feuilles. Les ferronneries végétales ressemblent à celles de Guimard. Des chapiteaux sont sculptés de palmes et d’oiseaux. Une tour cylindrique en forme de minaret coiffe le tout.
Gaudi Capricho : détail de chapiteau
Un peu plus loin, une chapelle gothique et le château (1880) du marquis de Comillas Lopez y Lopez.La végétation est luxuriante : hortensias, agapanthes bleus, magnolias, hauts lauriers et marronniers. Le château kitsch ressemble un peu à celui de Cintra. Nous visitons le château. MartorelletGaudi ont collaboré à ce manoir prétentieux d’un marquis nouveau riche (nouveau marquis) fier d’accueillir le roi Alphonse XII Vitraux, billard surdimensionné, salle de réception décorée de fresque représentant la visite du souverain et l’inauguration de l’Université Pontificale (travail de Martorell), encore du gothique catalan fin XIXème.
Gaudi : château
Si la visite n’avait guère d’intérêt, elle m’a au moins servi de cours d’Espagnol. La guide débite à toute allure son boniment. J’ai le plus grand plaisir à tout comprendre.
Recuperacion plage d’Oyambre
Nous retournons sur la plage d’Oyambre découverte hier. Ce n’est pas une plage déserte et vierge comme je l’avais cru ! Les équipes de la « recuperacion » sont à l’œuvre. D’abord un tracteur et sa pelle ramasse les algues puis les cribleuses passent. Elles ressemblent à de grosses tondeuse à gazon ou à de petits motoculteurs : une lame tourne et envoie le sable dans un tamis. Ensuite les piétons en combinaisons blanches, gants et bottes de caoutchouc, râteaux, pelles ou truelle à la main, creusent, farfouillent et remplissent des sacs poubelles de sable souillé. J’essaie d’interviewer l’un d’eux.
– « Non ce ne sont pas des volontaires. Au début, il y avait des volontaires. Ceux là ont un contrat, ils sont payés. «
Mon Espagnol ne suffit pas pour poser les bonnes questions. D’ailleurs, je me rends compte ensuite que je n’ai pas interrogé la bonne personne. Avec sa tenue rouge, c’est un maître nageur sauveteur.
Dominique s’installe dans un creux en bordure de dune. Je marche le long de la plage. Nous avons quitté les pantalons pour des shorts, je peux donc marcher dans l’eau. Cela change un peu mon point de vue sur les arrivées de mazout. Hier j’avais été optimiste. De tout petits agrégats de quelques mm sont apportés par les vagues. Dans certains endroits où le courant a réuni les coquillages cassés ou les gros grains de sable, ces petites particules sont concentrées. Et il y en a encore ! Les petites boulettes de l’ordre du cm sont plus rares. Avant qu’elles ne soient ramassées, les algues font un liseré sur la plage. Elles sont étonnamment variées : rubans bruns des laminaires, ficus vésiculeux (assez peu), ulve verte, mais aussi petites algues rouges rigides qui font penser à du corail, algues vertes épaisses ressemblant à des arbres miniatures, et encore des brunes décolorées en forme d’éponges . Elles sentent très bon. Après le pique-nique, Dominique se plaint du froid. Un petit vent du nord souffle.
Bien que ce roman soit dans la collection de polars, j’hésiterais à le qualifier de « policier« , des meurtres, des enquêtes, certes mais pas le moindre carabinier dans cette histoire mafieuse. Chez les Cordellaro on règle les affaires en famille en effaçant les preuves ou les traces qui pourraient donner lieu à une enquête, on fait taire les témoins gênants, d’ailleurs inutile de leur demander de se taire, l’omerta règne. Vous avez compris, c’est une histoire de mafia, d’hommes d’honneur. En résumé, d’hommes.
Et les femmes dans tout cela? Jeunes filles, elles seront promises à des héritiers prometteurs, pour souder des alliances, agrandir des domaines d’influence, sceller des différends, comme les princesses autrefois au gré de la géopolitique. Il ne sera pas question d’amour, tout juste d’amour maternel, et encore, les enfants sont l’objet de chantage si la mère se rebelle. Rares sont les manipulatrices qui , comme l’Araignée, joueront de leur pouvoir pour avancer leurs pions, fils ou neveux, dans les rivalités des clans. Nombreuses, les victimes, qu’on enferme dans le secret des grandes maisons et qui disparaissent mystérieusement.
Je croyais découvrir un village de Calabre, berceau des Cordellaro. La romancière m’entrainera à Zurich, Rotterdam où la famille a des succursales pour développer ses trafics. Magasins Bio ou Jus de fruits tropicaux pour couvrir les importations de cocaïne, bienfaisance pour exploiter les migrants, main d’œuvre bien utile dans les diverses récoltes de tomates ou d’agrumes. Ni vu, ni connu!
C’est un thriller psychologique où les manipulations, les exécutions, s’enchaînent. C’est aussi une histoire d’amour. Cela se lit bien, même si au début on s’emmêle un peu dans les relations familiales. Quand on est accroché on ne le lâche plus pour savoir la fin.
ESPAGNE ATLANTIQUE DU PAYS BASQUE AU PORTUGAL 2003
Barcenillas :
Le village de Barcenillas
Découverte des villages de l’intérieur de Cabezon de Sal à Valle de Cabuerniga. Nous ratons les entrées de Cabezon et de Ruente à l’écart de la route et entrons d’abord dans Barcenillas.
Ce village est très paisible, très harmonieux, à l’écart de la route et de la circulation automobile. Ce n’est pas un village-musée, pourtant, il est préservé de toute construction parasite. Les maisons, en rez de chaussée sont construites de belles arcades de pierre surmontées d’un balcon de bois fleuri abrité par un large auvent sculpté . Les épis de maïs ramassés en gros bouquets renversés suspendus ornent les façades. Aux balcons des géraniums rouges mais aussi de la lessive qui sèche montre que ce village est bien vivant. Les chiens nous le rappellent bien. Dans les étables, il y a des vaches. Les jardins sont soignés, les haricots ramés, les tomates sulfatées, oignons et salades sont plantés en rangs serrés. Certaines bâtisses anciennes portent des écussons sculptés.
Nous ne trouvons pas la maison de Calderon de la Barca signalée par le guide. C‘est un des rares auteurs espagnols que je connaisse, nous avons vu récemment à Ivry, La Vie est un Songe. Difficile de photographier les maisons carrées qui ne donnent pas d’angle à la prise de vue et s’imposent d’un bloc dans le cadre de l’image.
Valle de Cabuerniga
Valle de Cabuerniga est moins soigné, des maisons neuves altèrent l’unité architecturale. Ces balcons travaillés sont vraiment communs dans de nombreuses régions de montagne, en Espagne, en Suisse, à Chypre ou en Turquie.
Après Cabuerniga la route s’élève à un petit col à 600m. La montagne plantée d’eucalyptus, embaume. Au col, on se dirait en haute montagne, prairies et pente couverte de fougères. Un troupeau et des chevaux paissent sous la surveillance de chiens très dissuasifs. Nous nous engageons sur une piste de cailloutis sur les crêtes pour une promenade.
Au retour, nous visitons Ruente, encore un beau village cantabrique et sa « curiosité géologique » la Fuentona: une résurgence d’eau très claire bien mise en valeur dans un petit parc vert aménagé avec des petits ponts et des bassins.
Nous profitons de la fin de la soirée à la plage où nous dînons en regardant les nettoyeurs en combinaisons blanches faisant la chaîne pour remonter les sacs du bord de l’eau au parking. C’est un travail épuisant, leurs va et vient sont incessants. J’aurais envie d’en savoir plus.
Enfin, ballade sur le port où nous trouvons un sentier qui borde la falaise. L’horizon est dégagé, illuminé par une belle couleur orange qui baigne Comillas, les silhouettes de l’université Pontificale, du château et des villas cossues.
Je suis toujours fidèle au rendez-vous de Mai du Mois Italienque Martine anime avec enthousiasme. En revanche, j’ai fait quelques infidélités à nos policiers vedettes, Brunetti et Montalbano pour découvrir une nouvelle héroïne : Mariella De Luca, inspectrice principale romaine qui fait équipe avec sa collègue Silvia à la Questure de Rome. L’auteure, Gilda Piersanti, née en Italie, vit à Paris et écrit en français.
Jaune Caravagefait partie d’une sérieLes saisons meurtrières que je découvre à l’occasion. Peut être eût-il été judicieux de commencer par les premiers, qui ont aussi un titre coloré : Rouge abattoir, Vert Palatinoet Bleu Catacombes. Les allusions aux épisodes précédents n’entravent pas la compréhension. J’ai été attirée par la couverture avec une belle photo du Tibre.
254 pages qui se tournent toutes seules pour une enquête bien embrouillée avec des rebondissements et une chute déconcertante (dont je ne vous dirai rien). Lecture distrayante avec ce qu’il faut de meurtres, de sexe et de drogue en filigrane. Passions adolescentes. Amitiés de lycée. Rêves de photos de mode et de gloire.
Et le Caravage dans tout cela? vous le trouverez à S. Luigi dei Francesi :
« Eva l’avait sortie de l’ombre comme le Christ de Caravage sort Mathieu de son tripot obscur et l’inonde de lumière jaune. Jaune Caravage. »
et à la Villa Borghese .
L’intrigue se déroule d’abord vers la Via Ostiense près du Gazomètre, un peu à l’écart de la Rome pour touristes. Si c’est la Rome touristique que vous connaissez, vous retrouverez les bords du Tibre et le Castel Sant Angelo et le pont qui y conduit. Vous imaginerez les traversées de Rome sur la Vespa rouge d’Eva…
Pour l’ambiance : des vers, des chansons, des poèmes et même des évocations artistiques plus sophistiquées, musique et peinture. Comme les pages se tournent vite, c’est bien amené, pas prétentieux.
ESPAGNE ATLANTIQUE 2003/ DU PAYS BASQUE AU PORTUGALBruyante Espagne
Sur la plage de Comillas on nettoie encore les galettes de la marée noire du Prestige
L’Espagne c’est aussi le bruit ! Hier soir, impossible de s’endormir avant une heure du matin. Vers onze heures, braillements dans la rue des supporters de foot ? Puis des voix qui s’interpellent. Enfin, tout le monde fait sa toilette la plus bruyante qui soit, de minuit à une heure
De Bilbao vers la mer
De l’autoroute, nous découvrons les zones industrielles et le port de Bilbao. Cette ville bourgeoise resserrée dans le creux de la Ria me semblait beaucoup trop petite pour 400 000 habitants. Tout cet effort d’urbanisme ne pouvait pas être seulement justifié par l’implantation du Guggenheim. Vue d’en haut de la Begona, nous n’avions pas percé cette énigme. L’essentiel de la ville se trouve dans les quartiers du port. Ce qui explique pourquoi le plan du métro dépassait les frontières de la ville connue par nous.
Toutes les usines, les raffineries, les cimenteries sont installées sur le littoral ou plutôt dans les petites vallées entaillant la montagne. L’autoroute traverse un paysage de collines boisées, très peu d’agriculture, quelques prairies avec des vaches.
La côte cantabrique
Traversant une verte campagne
Bretagne, l’Irlande ou la Pays de Galles : terres celtiques bien vertes. Ne pas se demander pourquoi, il pleut toute l’année !
Vers Laredo, la Nationale 634 double l’autoroute, c’est plus intéressant. Nous traversons des petites villes balnéaires aux immeubles de briques, avec de grosses villas à toit en double-pente appelées curieusement « chalets ». Sur les collines, des églises romanes. Nous évitons Santander par l’autoroute, encore des usines et des raffineries ; Solvay a construit un complexe pétrochimique qui empeste jusqu’à la mer.
Hier soir, en étudiant les guides, nous avons sélectionné trois localités Suences, Comillas et San Vicente de la Barqueracomme étape .
Suences
Suences est la plus proche de Santander. Les effluves de Solvay sont encore perceptibles. Constructions affreuses sur un site qui aurait dû être préservé. Pause au phare : la vue est pittoresque. La côte est très découpée avec des îlots rocheux des criques de sable blanc enclavées dans la falaise. Mer émeraude, mais ciel gris.
Des reliefs de beuveries nocturnes, verres, bouteilles, polluent le site. C’est sale et peu engageant. Dommage !
Comillas
la plage de Comillas
Sans entrer dans la ville, nous descendons au port, surtout préoccupées du déjeuner. Des guinguettes proposent des moules, gambas et du poisson. Nous commandons une paella (une heure de préparation) et nous attendons sur la plage.
Beau sable blanc, quelques rochers. Des familles sont installées, peu de baigneurs, 22 ou 23°C, un peu frais. Irruption d’une troupe en combinaisons blanches jetables, bottes et sacs poubelles. Ce sont les nettoyeurs de la marée noire du Prestige. Le sable sec est ratissé, impeccable, pas un mégot, pas même une brindille de bois flotté. Les plages n’ont jamais été aussi propres, partout des poubelles. Pendant ma promenade, les pieds dans l’eau, je guette les boulettes de mazout. Il y en a quelques unes, les estivants surveillent la plante des pieds. Ce n’est pas dramatique. Les dégazages ordinaires en laissent autant sans qu’on y trouve à redire ? Inlassablement, le commando blanc ratisse et remplit des sacs plastiques. Le naufrage a eu lieu en novembre il y a maintenant sept mois ! La paella à emporter est servie dans son plat traditionnel (15€20 avec une bouteille d’eau). Il en restera pour le dîner. Deux grosses gambas et deux grosses moules pour la décoration. Dans le riz, des poivrons, rouges très doux, crevettes calmars, poulpes et petits pois. C’est très bon !
Sur le front de mer, dans une pension, pour 43 €, une chambre très propre avec une magnifique salle de bains.
Une fois installées, nous allons visiter les environs immédiats : la petite ville de Comillas, hôtels chics et château XIXème très kitsch.
Réserve Ornithologique et plage tranquille
Réserve naturelle de Oyambre : un paradis pour les oiseaux
Sur la route de San Vicente de la Barquera : réserve naturelle ornithologique. Une ria fait des méandres, les vasières sont un refuge pour les oiseaux. Des troncs écorcés gris argentés sortant de l’eau nous rappellent les barrages à castors du Canada. Qu’est ce qui a fait mourir les arbres ? Nous nous promenons en lisière d’un golf. Un geai prend la fuite à notre approche. De jolis passereaux à tête noire volettent. La promenade tourne court. Le golf nous barre l’accès. Fleurs bleues et jaunes des marais.
Nous découvrons une vaste plage de sable fin en bordure de l’estuaire presque déserte. Pause tranquille. Je pars seule vers l’embouchure de la ria barrée de boudins orange (protection contre la marée noire), à l’arrière de la dune où est installé le golf, une immense plage déserte ou presque. C’est marée basse, le sable mouillé est sculpté de rides ondulatoires (ripple-marks) que j’ai plaisir à sentir sous mes pieds nus. Cette belle plage est bordée de prés très verts. Au loin des montagnes dans la brume. Le ciel est très noir mais il fait doux. Promenade tranquille. Jubilation de me trouver dans un endroit préservé – nature vierge de toute installation. Le tourisme de masse n’a pas encore abâtardi tout le rivage .Le golf sur la dune, un petit restaurant avec une cabane en bois, quelques familles pataugent en escaladant les rochers. Dans la campagne surtout des prés, quelques maisons isolées, décor paisible.
San Vicente de la Barquera
San Vicente de la Barquera
Traversons encore d’autres marais et une campagne tranquille, des vaches, des maisons fleuries.
A l’entrée de San Vicente de la Barquera, un très long pont de pierre aux nombreuses arches enjambe une ria très large. Ici aussi, des barrages flottants de boudins orange protègent le marais. San Vicente est une petite ville construite autour d’un petit port actif sur deux rivières. Ville basse commerçante avec une esplanade fleurie avec un bassin où de nombreux jets d’eau génèrent une véritable tempête.
La ville haute est entourée de murailles. Elle comporte tout un ensemble médiéval : muraille, château fort, maisons anciennes église fortifiée. Perchée sur une arête séparant deux rias. L’église est décrite comme « gothique de montagne »avec des portes romanes. C’est un édifice massif carré assez trapu situé sur le point le plus haut du rocher. Elle est entourée d’un vaste parvis le portail roman est entouré de colonnettes avec des chapiteaux sculptés rappelant Serrabonne. A l’intérieur, un retable baroque surprend. Il s’éclaire, la messe commence, nous nous éclipsons.