Le 6ème jour – Andrée Chedid (1960)/Youssef Chahine (1986)

LIRE POUR L’EGYPTE

« Dans six jours, je serai guéri. N’oublie pas ce je te dis : le sixième jour ou bien on meurt ou on ressuscite. Le sixième jour.... »

Explique l’oustaz Selim qui sent les premières atteintes du choléra à Oum Hassan, la grand mère d’Hassan, vieille paysanne revenant du village anéanti par l’épidémie.

1948, le choléra sévit en Egypte.

Dans les campagnes, pour éviter la contagion, une ambulance enlève les malades qu’on isole dans une sorte de campement tandis que leurs biens sont brûlés. Peu ou pas de soin, peu ou pas d’espoir de guérison. Les parents cachent les malades pour qu’on ne les emmène pas.

Saddika, Oum Hassan arrive juste à temps au village pour les funérailles de sa soeur. Quand elle revient au Caire la maladie a déjà atteint la ville. On rétribue les citoyens qui dénoncent les cas d’infection. Okkazionne, le montreur de singe, se réjouit de cette source de revenus providentielle.

Quand Oum Hassan découvre les premiers symptômes sur son petit fils, elle prend la fuite avec l’enfant. Elle fait confiance en la parole du maître d’école, il suffit d’attendre six jours. Elle installe Hassan sur une charrette à bras, puis le cache dans une cabine de lessive sur le toit, enfin dans une felouque qui descend le Nil vers la mer.

Ce court roman (156 pages) raconte cette fuite éperdue, l’amour immense de la vie. Saddika ne prodigue pas de soins, elle insuffle l’énergie vitale dont elle déborde en parlant à l’enfant, en lui racontant des histoire, en protégeant le petit corps affaiblit. Il lui semble que tout l’amour qu’elle lui porte le protégera pendant les six jours fatidiques;

Je chante pour la lune
Et la lune pour l’oiseau
L’oiseau pour le ciel
Et puis le ciel pour l’eau
L’eau chante pour la barque
La barque par ma voix
Ma voix pour la lune
Ainsi recommencera.
Dans la terre et dans l’eau
Ma chansonvoyagera
Où le noir est si haut
Ma chanson s’effacera
La lune m’entendit
Et par la lune, l’oiseau
Le ciel m’entendit
Et par le ciel, l’eau
La barque m’entendit
Et par la barque, ma voix
Ma voix m’entendit
Et j’entendis ma voix.
         

Une Egypte encore rurale et traditionnelle évoquée avec délicatesse et poésie.

J’ai voulu revoir le film de Youssef Chahine tiré du livre vu il y à sa sortie en 1986, dont je n’avais gardé qu’un très vague souvenir.

Première surprise, une grande Saddika : Dalida voilée de noir, mais loin de l’idée que je m’étais construite à la lecture du roman.

D’un récit tout simple, linéaire, le cinéaste a construit une oeuvre complexe où l’amour maternel n’est plus le sujet unique de l’histoire. Choléra, certes, mais aussi occupation britannique. Le personnage d’Okka devient central, de simple montreur de singe, vivant d’expédient, il devient un véritable acteur, danseur, inspiré par Gene Kelly qui danse sous la pluie présent dans la maison de Saddika avant le drame. Autre thème : l’amour du spectacle et du cinéma avec des allusions cinéphiles.

Même la fin, est très différente, plus visuelle au cinéma.

Le Pharaon renversé -18 jours qui ont changé l’Egypte – Robert Solé

LIRE POUR L’EGYPTE

Le pharaon c’est Hosni Moubarak, le théâtre, la place Tahrir, Robert Solé raconte jour après jour la Révolution du 25 janvier 2011.

Dans exactement une semaine, nous serons sur le lieux : notre hôtel City View donne sur la place Tahrir. Il était donc logique que je commence ma série de lectures égyptiennes par cet ouvrage! Notre dernier voyage date de 2010, nous avons eu peur de revenir au Caire depuis. Pourtant depuis la Révolution de Jasmin nous sommes allées deux fois en Tunisie!

 

Voyager pour lire/lire pour voyager : Islande

LIRE POUR L’ISLANDE

Une nouvelle aventure se profile. Avant de refermer ce carnet islandais, un bilan des lectures autour de ce voyage bien que je n’ai pas encore épuisé tous les titres que j’ai notés.

Avant de partir :

Coup de cœur pour Karitas de Kristin Marja Baldursdottir,surtout le premier tomequi m’a accompagnée tout au long du circuit aussi bien dans le salage du poisson que dans les fermes de tourbes, avec les machines à tricoter et les objets de la vie quotidienne rurale qu’elle raconte si bien. Avant la 1ère Guerre mondiale, pour faire le tour de l’Islande, il fallait prendre le ferry ou traverser des rivières glaciaires en crue. Tout cela fournit déjà un bon arrière-plan à un circuit touristique!

Thingvellir une eau transparente

Pour le Cercle d’Or et Thingvellir : La Cloche d’Islande de Laxness raconte le fonctionnement de l’Althing, ce Parlement qui s’est réuni de 930 à 1799, en plein air dans la faille d’Almanagja . C’est aussi un magnifique roman historique qui raconte la vie misérable de l’Islande au 18ème siècle, pressurée par le roi du Danemark, en proie à des épidémie et des catastrophes naturelles. Il évoque aussi un passé plus glorieux, plus ancien du temps des sagas et les guerres de Religion quand le Danemark a imposé la Réforme aux évêques catholiques. C’est un gros roman, de  pages, touffu que j’ai lu au retour de voyage. mais si je l’avais lu avant j’aurais sans doute mieux apprécié la visite de Thingvellir.

Des polars pour avant, après, pendant :

Les meilleurs, ceux D’Arnaldur Indridason aussi bien les enquêtes d’Erlendur que celles de Konrad, se lisent d’un trait. non seulement l’intrigue est très bien troussée mais on apprend des tas de choses sur l’Islande contemporaine, mon préféré : La Femme en Vert, les autres sont aussi très bien : L’Homme du Lac est situé pendant la guerre froide, Le Passage des Ombres commence en 1944 quand les troupes alliées étaient basées en Islande, j’ai moins accroché avec Hypothermie. Toutefois, tout Indridason est à lire!

Reykjavik moderne vue du clocher

Ragnar Jonasson est également l’auteur de romans policiers, peut être moins passionnants qu’Indridason mais décrivant très bine une ambiance islandaise dépaysante pour nous. Snjor se passe aux alentours de Noël à Siglufjördur, au nord de l’Islande dans une ambiance neigeuse, glaciale. La dame de Reykjavik est aussi une bonne façon d’aborder la capitale islandaise.

Au retour : les excellents romans de Jon Kalman Stefansson sont des coups de cœur littéraires et poétique : j’ai découvert l’auteur avec Le Cœur de l’Homme qui est le 3ème tome d’une trilogie, j’aurais mieux fait de me renseigner pour lire les deux autres tomes avant! J’ai beaucoup aimé D’ailleurs les poissons n’ont pas de pieds qui se passe beaucoup à Keflavik et aussi Asta, un roman d’amours complexes et multiples…

Vous pouvez aussi lire La sagesse des Fous d’Einar Karason, saga familiale un peu déjantée lue avec plaisir.

Avec grand déplaisir : Illiska d‘Erikur Orn Norddahl sous- titré « Le Mal » où l’évocation des massacres des Juifs en Lituanie voisine avec celle des milices nazie, et des ultra-droites actuelles dans une ambiguïté assez nauséabonde.  Cette littérature décomplexée me met mal à l’aise.

 

Audur Ava Olafsdottir est aussi bien traduite en français. J’ai été très déçue par Rosa Candida que j’ai trouvé bien mièvre (et qui ne se déroule pas en Islande). J’ai nettement préféré Miss Islande qui raconte comment dans les années 1950, il était difficile pour une femme de faire une carrière littéraire, et pour un homme gay de vivre ouvertement.

Nuage de cendre de Dominic Cooper est un roman historique qui

les coulées du Laki

raconte l’Islande de la fin du 18ème siècle après les éruptions volcaniques. Très noir. L’auteur est britannique mais le roman est très documenté.

 

Je terminerai par trois ouvrages classiques Han d’Islande de Victor

les bateaux de la Grande Pêche

Hugo, Pêcheur d’Islande de Pierre Loti et Voyage au Centre de la Terre de Jules Verne. les deux premiers ne se déroulent pas du tout en Islande. Han d’Islande,dans une Norvège imaginée par le jeune Victor Hugo, Pierre Loti à Paimpol et Le Voyage au centre de la Terre dans un décor devant tout à l’imagination de l’auteur. Néanmoins, ces lectures cadrent bien dans le voyage littéraire en Islande.

J’ai gardé pour la fin, le plus difficile, le plus célèbre peut être :  Snorri Sturluson l’auteur de sagas et de l’Edda au 13ème siècle que les Islandais comparent à Homère et aux plus grands. J’ai cherché une saga , j’ai trouvé la saga de saint Olaf mais j’ai calé après un peu plus de 100 pages. Les vikings batailleurs m’ont un peu lassée.

En revanche j’ai beaucoup aimé les aventures de la Saga d’Eirikr le Rouge qui raconte la colonisation du Groenland et la découverte de l’Amérique, le Vinland.

La Cloche d’Islande – Laxness

LIRE POUR L’ISLANDE

Thingvellir : Almanagja

Halldor Laxness (1902 – 1998), lauréat du Prix Nobel 1955.

La Cloche d’Islande est une fresque historique se déroulant au début du 18ème siècle, en Islande et dans les pays voisins.

incipit :

« Il fut un temps, est-il dit dans les livres, où la nation islandaise ne possédait qu’un seul bien de valeur marchande. C’était une cloche. Cette cloche était suspendue au pignon de la maison de la Lobretta, à Thingvellir, sur la rive de l’Öxara, attachée à une poutre sous les combles; on la sonnait pour se rendre aux tribunaux avant les exécutions…. »

Cette cloche ne jouera aucun rôle dans l’histoire, le roi de Copenhague ayant besoin de bronze pour fondre des canons vint la réquisitionner. Cette cloche est le symbole de la nation islandaise et le rapt de la cloche est le prélude à l’oppression que le Danemark a imposé à l’Islande. Il est significatif de noter que La Cloche d’Islande fut publiée en 1943 alors que l’Indépendance de L’Islande fur prononcée à Thingvellir le 17 juin 1944 sur place.

Le livre se compose de trois parties : La cloche d’Islande  raconte les pérégrinations de Jon Hreggvisson, paysan gaillard et paillard, voleur de corde, peut être meurtrier sans remords du bourreau du Roi du Danemark. Rustre peut-être, mais insolent et poète, il rimaille à chaque occasion,

Le gaillard obtint son déduit,

Mit près de soi la femme dans son lit

De l’ivresse d’amour empli,

De l’ivresse d’amour empli

A peine avait-elle dit oui »

Toute sa vie, il chante Les Anciennes Rimes de Pontus pour narguer les bourreaux ou les autorités.

Condamné à mort, il s’enfuit, arrive en Hollande, puis au Danemark pour solliciter la grâce du roi. Roman picaresque, pas de cape ni épée, quand Jon a un chapeau, des bottes et une corde il est déjà heureux.

ferme de tourbe

La Vierge Claire, est centrée autour du personnage très séduisant de Snaefrid, le soleil de l’Islande, fille du Gouverneur de l’île mais mal mariée au junker Magnus de Braedradunga. Ce dernier  possède un domaine aux fermes de tourbe à moitié en ruine. Soiffard, il est capable de vendre ses terres, ses fermes et même sa femme pour un verre d’eau de vie. Réduite à la mendicité par son mari, Snaefrid se réfugie chez sa soeur, la femme de l’évêque de Skalholt.

La dernière partie L’Incendie de Copenhague gravite autour du savant Arnas Arneus , vice-gouverneur de sa Gracieuse Majesté, assessor consistori, professor philosophiae et antiquitatum Danicorum. Cet érudit cherche à retrouver et à préserver les manuscrits islandais anciens. Il les déniche dans les lits des paysans qui utilisent le parchemin pour ressemeler les chaussures, ou pour obturer les fenêtres. Pour retrouver le livre d’une islandaise parvenue jusqu’en Amérique dans les temps anciens, il va jusqu’à  Rome. Il ne se contente pas de collectionner les livres anciens, il tente d’utiliser son crédit auprès du Roi du Danemark pour améliorer l’ordinaire et la justice rendue à l’Althing de Thingvellir.

Livre d’histoire décrivant la vie misérable des Islandais au début du 18ème siècle. Les marchands danois ont le monopole du commerce et il est strictement interdit aux Islandais d’entrer en contact avec les navires hollandais ou anglais qui croisent dans la région. Les pêcheurs islandais n’ont d’autre choix que de livrer leur pêche à Copenhague (huile de baleine) quand ils peuvent pêcher car on leur rationne corde, ficelles et hameçons pour leurs lignes. La disette règne sur l’île. Peste, variole, lèpre déciment la population.

Livre d’histoire mais aussi livre de poésie nourri de légendes nordiques, de sagas, de généalogies, d’érudition et même de latin.

Au retour d’Islande, je peux mieux imaginer comment l’Althing – le parlement vieux de plusieurs siècles – a perduré, non pas comme institution qui légifère mais comme tribunal où se rencontrent nobles et mendiants, marchands et évêques. On voit aussi faucher l’herbe, traverser les rivières glaciaires. Chevaux, chiens ne sont pas oubliés.

Une conclusion magnifique à notre voyage et à toutes ces lectures islandaises!

Le Rêveur de la Forêt – Musée Zadkine

Exposition temporaire jusqu’au 23 février 2020

A l’entrée du Musée Zadkine

Le Musée Zadkine est au 100 de la Rue d’Assas juste en face de la Faculté de Pharmacie, en haut du Luxembourg. Il est bien caché sur une placette ombragée dans une maison basse  et un atelier au  fond du jardin arboré orné de sculptures en bronze.

Zadkine

L’exposition Le Rêveur de la Forêt est mêlée aux collections permanentes et s’y intègrent parfaitement. Les œuvres dialoguent. On entre d’abord en lisière de la forêt avec les très beaux vendangeurs de Zadkine qui sont en compagnie d’un beau tableau d’une forêt automnale

Natalia Gontcharova

De Natalia Gontcharova et d’un curieux tableau de Dubuffet où des couches de terre encroûtent la toile.

Dubuffet

On reconnaît facilement la forêt de Giacometti

Giacometti

La seconde salle est appelée Genèse – création ou matrice du vivant – colorée par le tableau fleuri de Séraphine de Senlis

Séraphine de Senlis

Forêt naïve du Douanier Rousseau ? Non, c’est l’étrange Conglomeros créature étrange de Victor Brauner dans le décor qui rappelle que Victor Brauner a succédé au Douanier Rousseau dans le même atelier, hommage au maître.

Victor Brauner : Conglomeros – la rencontre du 2 rue Perret

Un autre être hybride lui répond : l’Hermaphrodite de Zadkine

Zadkine : Hermaphrodite

Les nuages  blancs de Jean Arp ont pour titre chapeau-forêt . Mais Arp précise « nous ne voulons pas copier la nature…ces sculptures devfraient rester anonymes comme les arbres de la forêt ». 

Jean Arp

En compagnie de deux sculptures sur pierre, une Tête héroïque en granite qu’un glacier a laissé près de Vitebsk, et de Sisyphe gravé je découvre les créations d’Hichem Berrada, créatures aléatoires nées dans des aquariums à la cire perdue ou de cristallisations. je les ai rencontrées au Louvre-Lens, à Pontoise et dans le Parc du Château de Versailles et jamais elles n’ont été si bien à leur place!

Hichem Berrada : Keromancie

je suis fascinée par les étranges photographies de Pascale Gadon-Gonzalez, superpositions de microphotographies et jeu d’échelles, je me crois dans une forêt de pin un peu fantastique.

Germaine Richier : chauve-souris

J’aurais aussi pu citer Pennone et ses lentilles -miroirs, l’arbre foudroyé d’André Masson. Sans oublier les sons captés par Ariane Michel….

Pour arriver au Bois sacré/Bois dormant, dans l’atelier il faut traverser le jardin. Dans ce Bois sacré, j’ai surtout retenu les grandes figures mythologiques de Zadkine : Prométhée, Daphnée. Mais d’autres grands de la sculptures les accompagnent.

Zadkine : Daphnée

Je pourrais ajouter toutes les photos des bronzes que j’ai prises dans le jardin….

 

 

La Saga d’Eirikr le Rouge

LIRE POUR L’ISLANDE

Un peu dépitée de n’avoir pas été capable de terminer la Saga d’Olafr de Snorri Sturluson que j’ai abandonné à peine à mi-parcours, j’ai cherché une autre saga plus abordable, et j’ai trouvé!

La Saga d’Eirikr le Rouge est un texte court et facile d’accès, avec la restriction qu’il faut se reporter aux notes de fin de chapitre pour se situer dans la géographie ou les titres islandais ainsi que les noms de bateaux.

Comme c’est la règle, chaque personnage est introduit par une généalogie abondante qui aurait pu être fastidieuse si les noms (récurrents) n’avaient pas été affublés de surnoms amusants.

« Il y avait un homme appelé Thordr qui habitaitt Höfdi dans les Höfdaströnd. Il avait épousé Thorgerdr, fille de Kjarvalr, roi des Irlandais. Thordr était le fils de Björn Beurre-en-Boîte, fils de Hroaldr-le-Triste, fils d’Aslakr, fils de Björn Flanc-de-Fer, fils de Ragnarr-au- braies-velues… »

Ces Vikings ne se contentaient pas de l’océan autour de l’Irlande et de la Norvège. On les suit en Irlande où le roi de Dublin (Dyflinn) était viking comme en Ecosse (Katanes) aux Hébrides et aux Orcades où aborde la dame Audr après avoir fait confectionné un knörr (navire) en secret.

Le voyageur du soleil sur le port de Reykjavik

Eirikr le Rouge fut d’abord mêlé à nombreuses querelles de voisinage quand ses esclaves provoquèrent un glissement de terrain sur les fermes d’un parent d’Eyjolf la Fiente qu’il tua, ce qui lui valut un bannissement. Puis une querelle à propos d’un prêt de poutres de sa salle

« alors il réclama ses poutres et ne les obtint pas. Il vint chercher les poutres à Breidabolstadr mais Thorgestr se mit à sa poursuite. Il se battirent à peu de distance de l’enclos de Drangar. périrent les deux fils de Thorgestr… »

Deux morts pour des poutres, ces vikings étaient vraiment très querelleurs!

Eirikr équipa un bateau et partit coloniser le Groenland.

Grands navigateurs, les vikings étaient aussi des voyageurs de commerce comme Einarr qui s’enrichit si bien qu’il pensa demander la main  de la fille du bondi Thorbjörn

« tu pourras, bondi, en retirer grand appui pour raisons pécuniaires »…- « Je ne m’attendais pas de toi de tels propos que je doive marier ma fille à un fils d’esclave ; et vous devez trouver que mon bien diminue pour me donner de tels conseils… »

Plutôt que déroger ils s’embarquèrent aussi pour le Groenland.

La saga se déroule autour de l’an mil, alors que les Vikings n’étaient pas encore tous christianisés. Des pratiques païennes étaient encore en vigueur et des prophétesses disaient l’avenir lors de banquets.

parures vikings au Musée National de Reykjavik

J’ai beaucoup aimé tous les détails relatifs à ce banquet et aux atours de la prophétesse:

En hiver, Thorbjörg avait coutume d’aller à des banquets : l’invitaient surtout les gens qui étaient curieux de connaître leur destinée ou ce que serait la saison prochaine. Et comme Thorkell était le plus grand bondi, on pensa que c’était à lui de savoir quand cesserait la disette qui régnait alors. Thorkell invita la prophétesse et on lui fit bon accueil comme c’était la coutume quand s’agissait de recevoir des femmes de ce genre. On lui prépara un haut siège et l’on plaça sous elle un coussin. il devait y avoir dedans des plumes de poule. Le soir, lorsqu’elle arriva avec l’homme qui avait été envoyé à sa rencontre, elle était équipée de telle sorte qu’elle portait un manteau bleu à fermoir, aux pans tout ornés de pierreries de haut en bas . elle avait au cou un collier de perles de verre, un capuchon de peau d’agneau noire sur la tête, doublé à l’intérieur de peau de chat blanche ; elle avait un bâton terminé par un pommeau ; ce bâton étai orné de laiton et le pommeau était tout entouré de pierreries. Elle avait une ceinture d’amadou à laquelle était attachée une escarcelle de peau de veau à longs poils, avec de longs lacets et de gros boutons d’étain au bout. Aux mains, elle portait des gants de peau de chat….. »

Pour que sa magie opère, il fallait chanter un poème Vardlokur. La seule qui le connaissait était une chrétienne qui fit d’abord des difficultés à se mêler à ces pratiques magiques…

Eirikr avait épousé une femme qui s’appelait Thjodhildr et eut d’elle deux fils Thorsteinn et Leifr. Alors que Thorsteinn était resté au Groenland auprès de son père, le cadet fit voile d’abord vers la Norvège à la cour du roi Olafr qui le chargea d » christianiser le Groenland.

Leifr le découvreur de l’Amérique : statue devant l’église de Reykjavik

« Leifr prit la mer, y resta longtemps et trouva des terres auxquelles il ne s’attendait pas du tout. Il y avait des champs de froment qui s’étaient ensemencés d’eux-même et des plants de vigne, il y avait là des arbres qui s’appellent mösurr (érables): ils emportèrent des morceaux de bois si grands que l’on s’en servit pour faire des maisons »

Leifr avait découvert l’Amérique qu’un bon nombre d’Islandais cherchèrent à coloniser. La coexistence avec les Indiens (ou les Inuits) fut d’abord pacifique puis la situation s’envenima et ils rebroussèrent chemin dans les années 1004.

la Saga de Saint Olaf de Snorri Sturluson – Régis Boyer

LIRE POUR L’ISLANDE

Thingvellir

A Thingvellir, à Reykolt où un musée est consacré à Snorri Sturluson, à Borganes  au Musée de la Colonisation où une exposition entière raconte la Saga d’Egill, j’ai eu très envie de lire une saga médiévale. J’ai commandé le livre de Régis Boyer édité dan la Petite Bibliothèque Payot. Couverture sobre noire, sans illustration titre en jaune, 313 pages, des notes, le tout imprimé en très petit caractère. 

Franchement, pas très attirant. Il m’a d’abord un peu effrayée. J’ai préféré les polars d‘Arnaldur Indridason, les romans islandais contemporains, repoussant cette lecture érudite quand la PAL islandaise serait liquidée. Il fallait bien se jeter à l’eau et emprunter le drakkar des vikings (le terme drakkar n’est pas correct, il y a un glossaire des bateaux à la fin de l’ouvrage).

J’ai donc suivi le jeune Olafr, fils d’Asta (je viens de quitter une Asta tout à fait moderne), élevé à la cour de Sigurdr-la-truie dans ses expéditions dès l’âge de 12 ans, au Danemark, puis en Suède,  en

« tu rompis encore, chef du serpent de la tourmente,

le martial pont de Londres ;

La chance t’a souri pour conquérir des pays.

Les écus, rudement heurtés dans le Thing de Gunnr

Jouaient et les vieilles mailles

Sautaient

Bataille s’en accrut« 

Tantôt en prose, tantôt en vers quand il cite les Scaldes qui chantent les héros (aèdes ou griots?) le texte n’est pas difficile à suivre, il faut aller chercher dans les notes la traduction de nombreux titres et surtout les noms de lieux, la géographie viking est bien différente de la géographie moderne comment deviner que Kinnlimasida désigne la Hollande, que Valland est la France, Varrandi, Guérande , Holl Dol de Bretagne ? D’autant plus que les Vikings naviguent très loin, dépassent l’Espagne, vont en Russie.

Les razzias, batailles navales sont un peu lassantes à force…ainsi que les alliances pour atteindre le pouvoir.

Cornes à boire

En revanche je me délecte de détail de la vie quotidienne, comme d’apprendre que le roi lui-même faisait les foins, comment on versait la boisson dans des cornes à boire qui comportaient des mesures, on pouvait boire des rations mesurées ou au contraire à volonté…

Au chapitre XXXII, Asta se prépare à recevoir Olafr, son fils

Asta se lève sur le champ, ordonnant à tout le monde, hommes et femmes de tout préparer pour le mieux. Elle fit prendre par quatre femmes les décorations pour la salle qu’elle fit rapidement orner de tapisseries, aux murs et sur les bancs. Deux hommes couvrirent de paille le plancher, deux autres dressèrent la desserte, deux les victuailles ; elle en dépêcha deux depuis la ferme, deux apportèrent la bière, tous les autres hommes et femmes sortirent de l’enclos….

Malgré le pittoresque des noms comme Einarr Secoue-Panse, j’ai fini par me lasser des batailles et des intrigues où je me suis perdue dans les alliances. Je ne suis pas venue à bout de la saga mais ne regrette pas la lecture du début.

 

Asta – Jon Kalman Stefànsson – Asta

LIRE POUR L’ISLANDE

Asta, à une lettre près signifie amour en Islandais.

Attendons-nous à un roman d’amour! Dans les contes, et dans les romans d’amour il y a souvent une princesse (ou une bergère) un prince charmant (ou un valeureux amoureux), un coup de foudre et de nombreuses péripéties. Les histoires d’amour finissent mal, dit la chanson.

Pour Jon Kalman Stefansson, il peut y avoir plusieurs amours, et tous aussi passionnés et passionnants, plusieurs amoureuses pour un héros et plusieurs amoureux pour la même femme, l’un après l’autres, ou parfois ensemble. Cela complique l’histoire d’amour.

Un homme et une femme, du sexe, et éventuellement des enfants formant une famille. Dans les romans d’amours ordinaires.

Pour Jon Kalman Stefansson,existent des amours passionnés entre sœurs, frères, enfant et nourrice,  parfois des trahisons. L’amour maternel ne va pas de soi : Helga abandonne ses filles, et plus tard Asta laissera sa fille à son père et à sa belle-mère. L’amour filial non plus ne va pas de soi.

Et tous ces amours vont se dérouler pendant un demi-siècle dans le plus grand désordre chronologique. Au lecteur le soin d’être très attentif et de remettre de l’ordre dans toutes les confidences qui le submergent comme les vagues de l’océan qui refluent et se déferlent.

Au lecteur, d’attribuer les récits aux nombreux narrateurs, à Sigvaldi, tombé d’une échelle qui voit sa vie défiler alors qu’il est étendu sur le trottoir et qui la raconte à une passante, à Asta qui écrit des lettres, à l’écrivain qui a loué un chalet perdu dans un fjord de l’ouest pour rédiger son roman….au poète, frère de Sigvaldi qui rédige son autobiographie….

Rien ne se déroule comme prévu dans la quête de bonheur et d’amour. Le lecteur est embarqué dans un roman étrange, poétique qui foisonne d’amours.

Amours et littérature. Amour et poésie. L’univers d’Asta est à la fois exotique(avec neige, aurores boréales, fjords sauvages), et familier, j’aime entendre Leonard Cohen, ou Nina, il m’a fait découvrir un poème de Brecht « à ceux qui viendront après nous » et un de Cavafy 3 décembre et donné envie de lire d’autres auteurs islandais.

Un passage m’a amusée :

L’idée est ridicule. Totalement loufoque. On veut me transformer en macareux moine. En peluche pour touristes? En boutique de souvenir. En sommes-nous arrivés là, la littérature a-t-elle été repoussée dans ce périmètre, ferait-elle partie désormais du divertissement, de l’industrie? Un écrivain islandais est un macareux moine. Un jacuzzi alimenté par des sources chauds. un écrivain islandais est une aurore boréale. De l’air pur, une nature préservée. Un écrivain islandais est un produit destiné à la vente »

Laissez-vous embarquer!

La sagesse des fous – Einar Kararason

LIRE POUR L’ISLANDE

 

Deux mois après notre retour, je continue l’exploration de l’Islande littéraire et je n’ai pas épuisé les ressources de la Médiathèque. Moins recommandé par les blogs de ma connaissance, je pars défricher des auteurs moins connus. 

J’ai passé un agréable moment avec les membres de la famille Killian, si nombreuse qu’on la qualifierait facilement de « tribu » tant ils sont nombreux, les enfants et petits enfants de Sigfus  « Fusi la récup », les voisins, conjoints…Une bande d’originaux et de débrouillards.

Au début, en 1924, le célèbre poète Einar Benediktsson fonde une compagnie minière sur le terrain aurifère de Laekjarbakki et charge Sigfus de l’exploitation. D’or, ils n’en extraira pas,  il fera du terrain en un casse automobile. Sa nombreuse famille grandira dans les pièces de voiture. Sigfus junior prendra la succession de son père tandis que frères et soeurs connaîtront des destinées très différentes : champion sportif et banquier, psychiatre ou aliéné, Lara épousera un ecclésiastique, Hrodny un marin pêcheur, Bardur, vivra d’expédients les plus variés entre combines et beuveries avec des compères aussi allumés.

La troisième génération, les petits enfants de Fusi la Récup, formera une cousinade originale.

Certains épisodes sont franchement drôles,  certains plus amers. Le roman se déroule à petite vitesse, le temps de dérouler les anecdotes les plus folles. j’ai adoré le sauvetage d’un navire échoué sur des rochers.

Une vision originale de la société islandaise, assez ouverte pour que dans une même famille on fasse le grand écart entre la grande bourgeoisie et ceux qui sont presque clochardisés.

 

L’Âge d’Or de la Peinture Anglaise – Musée du Luxembourg

Exposition temporaire jusqu’au 16 Février 2020

1760- 1820 

Sir Joshua Reynolds, The Hon. Miss Monckton,

L’exposition s’ouvre avec les deux maîtres Reynolds(1723 – 1792) et Gainsborough (1727-1788), grands portraitistes « peintres du roi », leur rivalité se donne en spectacle. De très grands portraits en pied, des dames se tiennent devant un paysage. Ma préférée est Lady Bates Dudkey, peinte par Gainsborough  peinte avec beaucoup de soin, de fluidité et de brillance avec un rendu soyeux plus flatteur que les coups de pinceaux plus mats de Reynolds. 

Gainsborough : lady Bates-Dudley

De ce dernier j’ai plus aimé son jeune Frederick Howards dans la posture d’Apollon (selon le cartel) dans un décor d’architecture classique (antique) au costume argenté plein de plis et rubans très flatteur.

Reynolds : Frederick Howards

Le duel Reynolds/ Gainsborough ne se poursuit pas dans la salle suivante au titre : portraits, Images d’une société prospère : où la bonne société commande aux peintres en vogue des conversation pieces, scènes familiales ou scènes d’enfants

Francis Wheatly : famille dans un paysage

ou

Reynolds : Master Crewe en Henry VIII

D’autres portraitistes  émergent, Zoffany, Francis Cotes, Thomas Lawrence, que je découvre ici

Romney : Mrs Robert Trotter of Bush

Aux solennels portraits en pieds on préfère ici les scènes familiales, les animaux.

la 3ème section : Aux frontières de l’Empire nous fait découvrir les colonies aux Antilles et en Indes

Zoffany : Le Colonel Blair avec sa famille et une servante indienne ; Calcutta 1783

Peindre à l’aquarelle et Le spectacle de la Nature

mettent en valeur de nouveaux artistes que j’aime beaucoup comme Turner, et Constable que j’aime beaucoup mais aussi Cotmann que je découvre dans un tableau rès romantique de Carnavon. 

Paysage de Gainsborough

Chiens, et chevaux inspirent aussi beaucoup les artistes (moi moins)

L’exposition se termine de façon fantastique avec William Blake (un de mes coups de coeur)

Blake : Homère et les poètes antiques

et de façon spectaculaires avec la destruction de Sodome par Turner et la Destruction de Pompéi et Herculanum par John  Martin

Turner : Destruction de Sodome