The Black Snow/ La neige noire- Paul Lynch

LECTURES IRLANDAISES

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Donegal, 1945. Barnabas, Eskra et leur fils Billy sont revenus des Etats Unis pour exploiter une petite ferme. Ils vivent dans une relative aisance : voiture, piano…et vivent en bonne intelligence avec leurs voisins. L’incendie de l’étable va ruiner leur bonheur tranquille.

Si tous les voisins sont accourus pour éteindre le feu, la solidarité villageoise va, au fil des mois, se déliter. Eskra se rendre compte que son mari a résilié le contrat d’assurances c’est  la ruine de la famille Kane. Barnabas sombre le premier dans la dépression et l’alcoolisme. Quand il réagit et frappe à la porte des voisins, personne ne l’aide à reconstruire son étable. Une sourde méfiance s’installe. Est-il coupable de la mort de son ouvrier qui a péri en cherchant à libérer les vaches prisonnières? Cela se murmure dans les pubs du village…De son côté, Barnabas, impuissant et désoeuvré, cherche les raisons de l’incendie. Le soupçon empoisonne les relations de voisinages. d’autant plus que les terres des Kane font bien des envieux. S’il vendait ses champs, il retrouverait des capitaux pour reconstruire. Et puis, ils ne sont pas d’ici. Irlandais, certes, mais ils sont revenus d’Amérique, cela fait d’eux des étrangers.

Billy, son côté a d’autres soupçons. Il a suivi de mauvaises fréquentations et n’ose en parler à ses parents.

Quand on trouvera le chien égorgé, quand les abeilles qu’Eskra soignait avec tendresse seront décimées, elle ne supportera plus le malheur qui s’abat sur eux.

Après le départ d’Eskra, la catastrophe s’emballe…la fin est très noire.

Drame rural. La campagne peut devenir un enfer.

J’ai beaucoup aimé l’évocation poétique de la campagne irlandaise. Rythme très lent. L’auteur prend son temps pour décrire les nuages et le vent qui les apporte, les silhouettes décharnées des arbres. Il fait aussi des portraits saisissant des paysans, leur vie quotidienne, la vie sous la pluie et les vêtements trempés.   Il raconte aussi la tourbière. Évoque la famine, cent ans plus tard personne n’ose toucher aux ruines des maisons abandonnées. Quand Barnabas le fait c’est un sacrilège que personne ne lui pardonne.

Un livre parfait pour un retour de vacances irlandaises!

 

 

 

Dead I well may be Adrian Mc Kinty

ROMAN IRLANDAIS ?

 

 

À l’automne, je serai peut-être mort

 

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« What kind of an emotion is revenge? « 

A la veille de notre départ pour l’Irlande, j’ai téléchargé (en VO), sans trop me poser de questions cet ouvrage.
Pas de verte Erin! En prologue, « Belfast Confetti » notre héros décharge des camions de vitres après une explosion à Belfast, il perd ses allocations-chômage et ses retrouve de l’autre côté de l’Atlantique dès le deuxième chapitre. Il ne retournera pas dans son pays natal….

Je ne suis pas adepte des romans noirs ni des histoires de gangsters. J’ai donc failli interrompre cette lecture qui ne correspondait pas à mes attentes.

Pourtant je n’ai plus voulu le lâcher.

Je me suis surtout attachée au style particulier. Grâce au dictionnaire intégré dans ma liseuse, j’ai enrichi mon vocabulaire de tournures spécifiquement irlandaises (dixit le dico), petits mots de 4 ou 5 lettres qu’on n’apprend pas à l’école. J’ai aussi appris à distinguer les différentes bières des pubs irlandais de New York, appris à cuisiner un petit déjeuner Irlandais. Michael, le héros vit dans la nostalgie de l’Irlande, il en parle donc souvent.

Ce serait plutôt à l’occasion d’une visite à New York que cette lecture serait adaptée. Occasion de marcher avec le héros à travers Manhattan, Harlem et les environs.

« The cycle of violence that spreads itself out from West Belfast and the bogside an southe Armagh. Tit for tat and eye for eye; didn’t someone say that these rules leave us blind? »

Gangsters Irlandais, narcotrafiquants dominicains se livrent une bataille de territoires. C’est au Mexique que se déroule la partie la plus fascinante du récit, traversée presque onirique de la jungle .

« you are in rags caked with blood and filth. But you are a holy fool. Enthused. The Lord is in you. You are St Anthony in the demon-filled desert. You are Diogenes mired in grime. You are Buddha at Bodhgaya. You are  a Jain priest, naked, with a broom before you sweep away any living being….You are holy because you are possessed by a vision…. »

Roman très violent : violence des gangs, mais aussi violence de la vengeance. Jusqu’aux dernières pages les victimes seront nombreuses.

Mon traître – Retour à Killybegs – Sorj Challandon

LIRE POUR L’IRLANDE

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« mon Irlande c’était l’Homme tranquille, le Taxi mauve, l’île d’Emeraude, les pulls blancs torsadés, le whiskey, l’Eire de nos mots croises[…..]Elle était d’herbe verte, de rousses Maureen, de pierres plates en murets, de toits de chaume et de portes géorgiennes[…]une Irlande musicale, marine, agricole, accueillante, spirituelle, pauvre et fière, apaisée; 

C’est sans doute cette Irlande touristique que je vais visiter au mois de Juillet. Mais ce n’est pas cette Irlande-là que Chalandon raconte. C’est l’Irlande du nord, Belfast et ses rues catholiques pauvres où patrouillent les troupes britanniques, le Donegal encore plus pauvre. C’est l’Irlande de l’IRA, des prisons et des grèves de la faim. Le héros qui a interpellé Antoine, le luthier parisien, est mort en 1916, fusillé par les Anglais c’est James Connolly. Et pour ses 30 ans, en 1975 Antoine est parti à Dublin avec son violon, de là à Belfast où il a rencontré Cathy et Jim O’Leary.

Pourquoi Antoine a épousé la cause irlandaise, est pour moi assez mystérieux. La tentation de la violence politique n’était pas vraiment taboue…Action directe ou les brigades rouges étaient actifs dans les années 70-80. Un certain romantisme s’attachait aux luttes indépendantistes. Antoine, cependant,  était un musicien, pas un militant.Trentenaire, non plus un adolescent tête brûlée. J’ai eu du mal à m’attacher à ce héros, à admirer ces femmes attendant à la maisons leurs hommes emprisonnés, en élevant des familles très nombreuses,en égrenant des chapelets ou en brandissant une statue de la Vierge en plâtre. Mimétisme qui pousse Antoine à adopter la casquette irlandaise, le tweed ou les pantalons trop courts. Antoine se veut irlandais, il veut être Tony, l’ami, le « fils » de Tyrone son traître. Amitié ou recherche d’un père?

Le roman se déroule pendant une période assez longue, de 1975 à 2006 pendant laquelle les grèves d’hygiène ( dirty protest 1979) et de la faim 1981 rencontreront la fermeté de Margaret Thatcher, mais aussi la mort de Bobby Sands et des autres. L’évocation de ces luttes est poignante. Comme celle de de la résistance de toute la population civile de Belfast, des enfants, des femmes, de tous. En 1994, l’IRA dépose les armes, le Sinn Fein serait associé au processus de paix. Leçon d’histoire contemporaine magistrale.

Tyrone Meehan, un traître? je ne spoile pas, dès la première ligne du roman, l’auteur le présente ainsi. J’ai eu bien du mal à comprendre ce qui avait poussé un héros de l’IRA à trahir.

Ce premier roman ne m’a pas vraiment enthousiasmée – intéressée oui, beaucoup – Je l’ai noté 3* seulement, ce qui dans mon barème personnel veut dire « à lire, mais avec quelques réserves » ou « intéressant, mais pas un chef d’oeuvre ». Mais cela ne m’a pas dissuadé de lire le suivant « Retour à Killybegs » qui raconte la même histoire avec Tyrone Meehan pour personnage central. Et j’ai beaucoup aimé.

Le personnage de Tyrone Meehan dans toute son histoire, replacé dans l’histoire familiale et dans un contexte historique plus long et plus complet, m’a paru très intéressant. Personnage complexe : soldat de l’IRA, fils de soldat de l’IRA, dès l’enfance  il est confronté à la contradiction de la violence dirigée contre l’occupant et la violence familiale dont il souffre:

« Fier de Pat Meehan, fier de ce père-là, malgré mon dos lacéré de brun et mes cheveux arrachés par poignées[….]Avant d’être méchant  mon père était un poète irlandais…. » 

Complexité aussi des idées des combattants. La lutte ne se résume pas à une opposition religieuse, catholiques contre protestants, ou nationaliste, patriotes irlandais contre colonisateur anglais. Républicains contre monarchiste.

« mon père n’était pas seulement un républicain. Catholique par nonchalance, il avait combattu toute sa vie pour la révolution sociale. Pour lui, l’IRA devait être une armée révolutionnaire. Il vénérait notre drapeau national mais admirait le rouge des combats ouvriers »

A la mort du père, la mère s’exile à Belfast:

 » – Hein? vous avez vu ça? vous les avez comptés? Neuf! Ils sont neuf et moi je suis seule avec les neufs sans plus personne pour m’aider! »

Complexité de l’histoire. Les britanniques se battent contre les nazis sous les bombardements aériens tandis que les Irlandais n’ont pas cessé le combat contre les anglais. Dès 1941, les inscriptions « salauds d’Irlandais » sont peints sur les murs. La violence déchire les communautés.

Et l’IRA est partout dans leur quartier, l’IRA fit autorité, elle structure la vie du quartier qui en attend protection et la soutient des femmes,  aux enfants.

« Mais l’impression qu’il y avait toujours un jugement derrière le rideau. Les Britanniques surveillaient nos gestes, l’IRA surveillait notre engagement, les curés surveillaient notre pensée, les parents surveillaient notre enfance et les fenêtres surveillaient nos amours. Rien e nous cachait jamais. »

Soldat discipliné, intrépide, exemplaire, amis des héros mythiques qu’on chante dans les pubs. ?Comment ce combattant est-il devenu un traître? Cette question est toute la richesse du roman. A-t-il eu peur de retourner en prison après avoir subi un emprisonnement terrible? Est-il usé par es luttes, des enfants, des camarades tués au combat ou par hasard? Pensait-il hâter le cessez-le-feu?

« aux yeux de tous , j’étais un ancien des couvertures, un ancien de la grève de l’hygiène; un ancien combattant »

La réalité est encore plus sombre. mais je préfère laisser le lecteur la découvrir au fil des pages de ce roman vraiment excellent.

La Dame à la lampe- une vie de Florence Nightingale – Gilbert Sinoué

LE MOIS ANGLAIS

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J’ai « rencontré » Florence Nightingale dans l’excellent Winter on the Nile  de Sattin racontant le voyage simultané (mais séparés) de Florence Nightingale et de Gustave Flaubert en Egypte.

La biographie de Florence Nightingale de Sinoué  m’a d’abord paru honnête mais un peu plate. Le narrateur est un journaliste américain qui choisit, à l’enterrement de la Dame  à la Lampe, en 1910 de faire sa biographie.Il  se met en quête de témoignages de personnes l’ayant approchée de son vivant .

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A chaque chapitre, il  rencontre avec de très vieilles personnes qui fouillent dans leurs souvenirs, fournissent de nouvelles pistes. Son premier témoin est Henry Carter, un ancien collaborateur, secrétaire de la fondation de Florence Nightingale qui lui fournit des recommandations pour d’autres personnages. Le portrait qu’en brosse Carter est pour le moins complexe.

« Contradictoire. contradictoire étant un euphémisme. A titre d’exemple, savez-vous qu’après s’être posée en championne de l’émancipation féminine, elle refusa obstinément de soutenir le droit de vote pour les femmes? »

« Elle clamait à qui voulait l’entendre qu’il y avait bien assez à faire pour les femmes. qu’elles pouvaient opter pour les carrières d’enseignantes, de sages-femmes, ou d’infirmières, sans chercher à devenir des « hommes de troisième rang ».

C’est dans la description des courants sociaux traversant  la société victorienne que l’ouvrage de Sinoué est le plus convaincant.

Née dans la classe la plus riche, elle opte pour une position très sociale dans la discussion sur la New Poor law qui révoquait l’ensemble des mesures allouées aux indigents. Et bien que sa richesse personnelle fut mise à contribution pour le financement de ses fondations

« Miss Nightingale affirmait avec force que la philanthropie est une fumisterie? Qu’à travers elle on se contente de dissimuler les fractures. On soigne les symptômes sans s’attaquer à la source du mal, qui est le chômage massif, conséquence de la révolution industrielle. « 

Une sainte Florence Nightingale? mais pourquoi resta-t-elle quarante ans presque alitée? les rapports avec sa sœur Parthénope, également malade chroniquement sont ambigus. L’entrevue avec un aliéniste fournit une explication d’époque en décrivant la maladie de Parthénope comme hystérie. 

« Connaissez vous les causes de l’hystérie? – Vaguement. – Elle touche surtout les femmes, non parce que les femmes y seraient plus sensibles que les hommes, mais parce que dans les sociétés où la femme est opprimée, les femmes l’utilisent comme moyen d’exprimer leur malaise psychologique profond. « 

Les hésitations entre anglicanisme et catholicisme m’ont un peu ennuyée. La dame trouvait sa spiritualité aussi bien dans les temples égyptiens, et avait été très remuée par l’évocation d’Osiris, racontait Sattin dans l’Hiver sur le Nil.

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C’est dans l’évocation de la Guerre de Crimée que ce livre est le plus passionnant. Il faut dire que je ne savais rien de ce conflit, ni du prétexte qui l’a déclenché (une querelle entre les moines orthodoxes, soutenus par la Russie et chrétiens latins protégés par la France à Bethléem) ni des alliances et des enjeux stratégiques (contrôle de la navigation dans les détroits du Bosphore et des Dardanelles. Une anecdote m’explique ce que fait le zouave au pont de l’Alma. J’ignorait que l’Alma était une rivière de Crimée. Cette guerre terrible a été bien oubliée, le souvenir oblitéré par les suivantes. Les conséquences médicales sont encore bien dans nos esprits : méthodes d’hygiène mises en oeuvre  par Florence Nightingale. La  fondation de la Croix Rouge, après la bataille de Solférino (1859) , suit de peu la fin de la guerre de Crimée.

Si j’ai été plus touchée par la découverte de Florence Nightingale dans le livre de Sattin, celui de Sinoué m’a appris beaucoup d.

 

 

Les heures silencieuses – Gaëlle Josse

PORTRAIT DE FEMME

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Pour introduire l’oeuvre,  un tableau  de

« je m’appelle Magdalena Van Beyeren. C’est moi de dos sur le tableau[…]J’ai choisi d’être peinte, ici, dans notre chambre où entre la lumière du matin. […]C’est la lumière du soleil montant, celles des promesses du jour que j’ai voulue pour ce tableau. La journée n’est pas encore écrite et ne amande qu’à devenir. Ce sont mes heures préférées, j’aime leur reflet dans le miroir de Venise ou l’écho de nos silhouettes se perd dans les dorures…. »

Pendant deux mois Magdalena tient son journal, peut être sont elles ces heures silencieuses , où elle raconte en courts chapitres l’essentiel de sa vie.

Ce court roman – 88 pages – est le portrait d’une femme. Une hollandaise, fille de commerçant, femme  d’armateur. Mère de grands enfants. Enfant elle a couru dans les docks, dans le parfum des épices de l’Orient. Jeune son père l’a initiée au commerce qui fait la prospérité des Pays Bas à l’époque (1667). Toute demoiselle, elle est tombée amoureuse de Pieter le capitaine du Haarlem qui rapportait de la porcelaine de Chine…

L’épinette, représentée sur le tableau l’accompagne dans toute sa vie. Une de ses filles est particulièrement douée pour la musique. Ces heures ne sont peut être pas aussi silencieuses que le titre le suggère.

Un joli livre qui se lit d’une traite.

Dans les jardins de Malabar – Anita Nair

SAISON INDIENNE

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Un voyage dans le temps et dans l’inconnu de l’Inde au 17ème siècle… avant les Anglais, roman historique, et roman d’aventure, avec aussi des histoires d’amour.
Découverte de la paternité et de l’attachement d’un père – nomade invétéré – pour un fils inconnu qui lui ressemble. Inde des castes où le destin de chacun est fixé par sa naissance et auquel il faudra se soumettre.
Idriss, marchand somalien, aimerait ouvrir l’esprit de son fils qu’il emmène avec lui faire partager ses aventures, et surtout qu’il échappe à la vendetta cruelle et séculaire qui le menace. Idriss, l’éternel nomade apprend toutes les langues, négocie épices, textiles et même pierres précieuses, sert d’intermédiaire entre souverains et marchands, se met aussi bien au service des autorités que des navigateurs néerlandais ou portugais.
la traversée d’une rivière en crue. Marchands, marins et même mineurs des diamants de Golconde : de belles rencontres!
Les animaux ne sont pas oubliés, le chien fidèle, le chat Musa, le boeuf et même la belle jument turkmène!

 

Le Trône d’Adoulis – Glen W Bowersock

LE TRÔNE D’ADOULIS – LES GUERRES DE LA MER ROUGE A LA VEILLE DE L’ISLAM

le trone d'Adoulis

Envie d’exotisme? d’aventure? d’inconnu?

Ce trône d’Adoulis correspondait à une humeur d’évasion : les bords de la Mer Rouge, Yemen, Erythrée,  Aden ou Ethiopie…sont des contrées que je n’explorerais qu’en lecture. Evasion aussi dans une période que je ne  connais pas :  royaumes hellénistiques des Ptolémées, au IIIème siècle avant Jésus Christ  à la veille de la naissance du Prophète au VIème siècle.

Carte mer rouge

Les pouvoirs politiques, les rivalités entre Byzance, les Perses, les Éthiopiens d’Aksûm,  mettent en oeuvre des alliances étonnantes. Sur la route de la Soie, les commerçants font halte dans des ports inconnus…

Enjeux religieux, les monothéismes s’étendent et rivalisent. Chrétiens nestoriens, ou chalcédoniens s’opposent ou s’allient contre les Arabes juifs ou Juifs arabes, zoroastriens perses viennent aider les Juifs…persécutions de ces derniers contre les chrétiens et expéditions vengeresses d’Aksûm qui cherche à étendre son influence sur la péninsule arabique….

Le Trône d’Adoulis n’est pas d’une lecture facile. C’est un livre érudit. Je manque de références et, souvent, me trouve perdue dans les précisions épigraphistes, la graphie du gez ou l’emploi du grec dans ces contrées si éloignées …L’art de l »auteur est de mettre en scène, non pas seulement des personnages, mais aussi, et surtout le travail des archéologues, qui confrontent des écrits sur des stèles, des récits de marchands, des textes théologiques, des histoires d’éléphants. Je les imagine déchiffrant les écrits, démêlant les faits historiques et les vantardises des souverains qui les ont fait graver…et c’est aussi passionnant que les romans policiers que je viens de terminer.

 

Dubliners – James Joyce

LIRE POUR L’IRLANDE

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A la veille du voyage en Irlande, Joyce est une évidence. Nous atterrissons à Dublin, y passerons quatre jours. Il me semblait indispensable de connaître ces Gens de Dublin en VO pour tester la langue de Joyce avant de me lancer dans Ulysses, téléchargé sur la liseuse, que je compte lire sur place. 

La langue de Joyce est très fluide, abordable avec juste ce qu’il faut de petits mots désuets ou régionalistes pour m’amuser avec le dictionnaire intégré dans la kindle. Je la déguste lentement avec plaisir, nouvelle après nouvelles.

Les Gens de Dublin est un recueil d’une quinzaine de nouvelles écrites entre 1902 et 1914, sans vraiment de lien entre elles, si ce n’est l’unité de lieu et de temps. C’est le ton à la fois mélancolique et ironique qui définit cet ouvrage. Mélancolie, poésie, catholicisme et nationalisme irlandais. 

« He tried weigh his soul to see if it was a poet soul. melancholy was the dominant note of his temperament, he thought, but it was a melancholy tempered by recurrence of faith and resignation and simple joy. If he could give expression to it in a book of poems perhaps men would listen. »

Les premières nouvelles sont plutôt courtes. J’entre par petites touches impressionnistes dans la ville, une fenêtre allumée pour une veillée funèbre, une rencontre entre amis dans un pub, une balade d’écoliers d’école buissonnière..puis une histoire se dessine, les nouvelles s’allongent et s’étoffent :  cet employé de bureau incapable qui ne cherche qu’à s’échapper dans la boisson (on boit beaucoup à Dublin, il me semble), une rencontre très convenable entre un vieux garçon et la femme d’un capitaine de marine, unis par amour de la musique. La dernière nouvelle est plus longue, presque un court roman dont j’ai interrompu la lecture à plusieurs reprises, intriguée par le titre The Dead. 

Il me tarde d’emprunter le film de Huston tiré de ce livre!

 

Himera

CARNET SICILIEN 2016

Himera temple de la Victoire
Himera temple de la Victoire

Pour le petit déjeuner, je suis allée au verger chercher des mandarines.Trois grosses oranges attendent sur l’arbre d’être pressées demain !

Les scavi di Himera dépendent de Termini Imerese, à 12km de notre gîte sur la SS113.  se dresse d’un côté de la route, le musée est perché de l’autre. Le musée est riche de nombreuses collections provenant du site d’Himera et d’autres fouilles dans le voisinage jusqu’a Petralia Sottana et Cefalù.

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Phiale aurea

Les plus belles pièces sont une coupe aplatie en or finement ornée la Phiale Aurea de forme omphalos (nombril) et un lion qui ornait une fontaine du temple de la Victoire.

Peu d’objets spectaculaires sont présentés mais il y a beaucoup de lecture (en italien exclusivement). les auteurs anciens sont abondamment cités, surtout Diodore de Sicile et Cicéron (Verrines).

Gorgone d'or vue sous la loupe
Gorgone d’or vue sous la loupe

Les habitants légendaires de la Sicile furent les Cyclopes et les Lestrigons (ces derniers m’évoquent Ithaque de Cavafy). Il est dit qu’Himera fut fondée dix générations après la chute de Troie. Diodore de Sicile date sa fondation par des colons d’Eubée en 618 av. JC. Son destin fatal fut scellé en 409 sous la fureur d’Hannibal. Les premières vitrines rendent compte des fouilles des trois temples d’Himera : seul le Temple de la Victoire subsiste (construit après la victoire en 480 sur les Carthaginois). D’après Cicéron ce fut un Athénaion. On a exposé des vestiges du fronton et de métopes en terre cuite : plusieurs têtes de cheval des griffes de félins, têtes viriles. Une gorgone ornait le fronton. Le thème de la Gorgone est récurrent : une très jolie Gorgone en or s’observe derrière une loupe. En plus des temples on a mis à jour des quartiers d’habitation.

Scilla
Scilla apokopeusa

Les poteries domestiques sont très simples mais parfois délicatement ornées comme les autels domestiques en terracotta : la Scilla apokopeusa ressemble à une sirène dont la queue formerait des vagues ; un atre montre Dédale et Ikare (avec des ailes) chevauchant un bovidé (le minotaure ?) . Les nécroppoles ont livré des squelettes, mari et femmes ont été inhumés ensembles comme dans le lit conjugal, d’autre sont recroquevillés dans une sorte de grosse jarre. Les rites funéraires ont donc varié au cours de l’Antiquité. Des trouvailles tardives, médiévales complètent les vitrines. En sous sol ont peut voir une étonnante quantité de caisses en plastiques contenant des tessons ou d’autres débris – incroyable puzzle pour occuper les spécialistes. Nous sommes les seules visiteuses, toutes les gardiennes sont  fort empressées. Peut être ont-elles d’autres tâches que d’accueillir les visiteurs.

Temple de la Victoire
Temple de la Victoire

Le Temple de la Victoire, construit en calcaire coquiller poreux est bâti sur un socle haut de quatre marches. La base des grosses colonnes sont bien visibles comme les structures internes. Un mince et long serpent me barre le chemin – immobile – mort ? plutôt que de l’enjamber je m’arrête à 50cm. La vipère sort de sa torpeur et file se cacher dans les buissons. Le gardien ne s’étonne pas, « il faut faire attention, elles sont nombreuses ».

Grenadier en fleur
Grenadier en fleur

Une voiture entre sur le site : toutes les gardiennes et le gardien accourent et nous font signe : c’est le boulanger. Chacun achète une part de pizza. J’avise une fougasse qui serait très bien pour demain. « elle est vide » remarque le boulanger qui nous recommande deux rouleaux plein de sucre ; peut être contiennent ils de la crème comme les croissants ?

Dernière promenade sur la plage de Salinelle avant le déjeuner au restaurant La Voce Del Mar que Marina nous a recommandé. Nous nous installons dehors malgré la fraîcheur et le vent. Dominique commande un risotto aux asperges, crevettes, crème et parmesan présenté avec du paprika sur le tour de l’assiette. J’ai pris les spaghetti de la mer avec moules, palourdes, poulpes, tomates -cerises, huile, persil et ail. C’est excellent. Nous avons attendu longtemps mais j’en ai profité pour consulter mes mails.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cefalù : la cathédrale et le Musée Mandralisca

CARNET SICILIEN 2016

Cefalù côté port
Cefalù côté port

Matinée nuageuse; arrêt au café Eolo sur le port où j’ai maintenant mes habitudes pour Internet. La météo de Google me rassure : pas de pluie.

Duomo
Duomo

Du port, un quart d’heure à pied pour arriver au duomo  en passant par la Porta Giudecca. La grande cathédrale normande avec ses deux clochers carrés surmontés de pyramides pointues, trônant sur un parvis auquel on accède par un escalier imposant.

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cloître de Ceffalù

Je visite d’abord le cloitre situé plus bas : les colonnettes géminées sont toutes différentes, certaines sont torses, d’autres droites agrémentées de chevrons. La feuille décrivant chaque chapiteau est intitulée CALUSTRUM SIGNIFICAT PARADISUM, on reconnait Adam et Eve très usés, Noé et son arche sont lisibles, viennent ensuite des Harpies et Ibis très décoratifs avec des acrobates aux bras repliés dans la même pose que les télamons. Le plus souvent il y a des feuilles d’acanthes.

Cathédrale

Christ Pantocrator
Christ Pantocrator

Le porche en pierre très blanche est finement sculpté mais un filet anti-pigeons m’empêche de faire une photo nette. Dès l’entrée, le regard est attiré parla mosaïque du chœur :  le Christ Pantocrator très byzantin sur fond doré.  En  dessous,  la Vierge entourés par des anges et des saints, beaucoup trop loin pour les identifier. Plus près de nous un décor baroque pâtit de la proximité avec l’éclat de la mosaïque dorée. Je ne le remarque que longtemps après. Les statues baroques semblent surgir des parois. Par comparaison avec la rigidité byzantine paraissent bien agitées, chacune en déséquilibre ce qui suggère le mouvement. Deux chapelles encadrent le chœur avec des autels surchargés, l’un d’eux est tout argenté.  La nef est très simple et dépouillée. De très hautes colonnes lisses avec des  chapiteaux à feuilles d’acanthes, certains historiés avec des personnages,  supportent un magnifique plafond de bois. Des Une magnifique croix de bois peinte est suspendue. Il faudrait des jumelles pour bien voir.  La lumière est tamisée par des vitraux modernes au dessin abstrait et au verre translucide.

Antonio da Messina : prtrait d'un marin iconnu
Antonio da Messina : prtrait d’un marin iconnu

Il suffit de descendre la rue qui descend juste en face pour arriver au Musée Mandralisca. Le Musée est le palais du Baron Mandralisca, né en 1809 à Cefalù. La visite commence au 1er étage par un vestibule orné des portraits de famille ; A droite, s’ouvre la très belle bibliothèque du baron, collectionneur d’œuvres d’art mais aussi érudit, s’intéressant à l’histoire naturelle et à l’archéologie. Une salle rassemble des icônes du 17ème siècle de l’Ecole Crétoise que j’aime beaucoup(j’en ai vues à Ravenne, Corfou et bien sûr en Crète). En face, des tableau religieux d’époques et origines diverses de 15ème à 18ème siècle. Dans l’obscurité les deux chefs d’œuvre d Musée sont mis en valeur : le Portrait d’un marin inconnu d’Antonello da Messina et Saint Jean Baptiste de Sogliani. Le portrait d’un inconnu fut acheté à Lipari à un pharmacien et servait de porte de placard. Lui seul vaut le déplacement. Une section archéologique occupe une autre aile du palais. On y trouve des sarcophages, cassés, des inscriptions grecques, peu « touristiques », j’ai retenu deux cylindres funéraires musulmans à écriture coufique (12ème 13ème ). La salle suivante est remplie de poteries  grecques provenant pour la plupart de Lipari avec des ushabtis égyptiens et quelques flèches en bronze. Mes préférées sont toujours les statuettes en terracotta – tanagras – en particulier une petite danseuse qui ondule.

Le deuxième étage est moins intéressant. Un service de vaisselle occupe une vitrine : porcelaine blanche avec une frise sur fond noir et un liseré rouge. Des peintures, surtout napolitaines sont souvent sombres, noircies. Dans la lumière crue il y a des reflets, ils ne sont pas mis en valeur. La visite se termine par une salle contenant des animaux empaillés. La collection de passereaux est intéressante.

Midi, temps de faire les courses, les rues de la ville historiques sont occupées par le commerce touristique, ce n’est pas ici que je trouverai des sardines ! Pour trouver pescherie et Orto et Fruta,  mieux vaut chercher dans la ville moderne. Les sardines sont terminées, il ne reste que de minuscules anchois. On achète donc du poisson-sabre et des pommes de terre que nous mangerons sur la terrasse profitant aussi des chaises longues et du jardin.

acanthes sous les oliviers du jardin
acanthes sous les oliviers du jardin

J’ai eu envie de prolonger la corniche vers Messine. La route est coincée entre la voie ferrée et la mer. Avec le relief escarpé il y a peu de constructions mais l’accès à la mer est très compliqué. Passant St Ambrogio accroché à la falaise, nous traversons Finale et Tusa. Le premier est précédé d’une grande usine à moitié démolie, carcasse d’un aspect désolant puis traversons des rues d’habitations rébarbatives (peut être les quartiers des ouvriers allant à l’usine) Le second est plus touristique  comme l’attestent les nombreuses flèches marron, l’une indique un château, une autre un point panoramique, le monument du 38ème parallèle, des ateliers d’art, un restaurant….Le château est perché. Aujourd’hui il est gardé par des militaires lourdement armés ce qui nous rebute, la voiture fait demi-tour au point de vue, la pyramide du 38ème  parallèle est en ferraille perchée sur la colline de l’autre côté de la SS113. Un panneau proclame que la bellezza sauvera le monde (ateliers d’arts, fermés hors saison !).

DSCN6910 - CopieNous descendons sur le lungomare bordant une plage de galets où je me tords les pieds. (pour la baignade j’affectionne les galets, l’eau est plus limpide, mais pour marcher c’est différent). Dans les rues, il n’y a que des vieillards et des éclopés. Par ce jour gris c’est déprimant. Lot de consolation :  la très belle terrasse du restaurant Le  Lanterne en face de pittoresques rochers aux formes contournées non loin d’un petit port aux barques multicolores hissées sur les galets. La terrasse est déserte même si le couvert est mis ; la fraîcheur et les nuages n’engagent pas à y paresser. La rampe pour remonter sur la route est très pentue. Elle est bloquée par un petit camion chargé de meubles. Les déménageurs le rangent après qu’on aie parlementé (la rampe est à sens unique et reculer sur cette pente est hasardeux. La Fiat cale et on découvre qu’il faut négocier un virage à angle droit dans une ruelle si étroite qu’il faut replier els rétroviseurs.

Retour morose  après ces villages tristes et vides.  On voit au retour d ‘autres plages(accessible à pied). Suprise ! les îles éoliennes sont bien visibles dans la brume. Par les jours de tempête dans les embruns je ne les avais pas vues ;

Pour terminer cette après midi un peu ratée nous retournons sur la plage de Lascari pour une longue promenade (5km aller-retour pratiquement seule) je n’ai vu qu’une jeune fille qui promenait ses deux chiens et une grand-mère qui joue au frisbee avec des petits enfants. Nous nous promettons de revenir demain déjeuner à la pizzeria.

le soir tombe
le soir tombe