Sur la route de Novarank

CARNET ARMÉNIEN

coquelicot et Ararat

 

La route M2 est maintenant à 2 voies, la chaussée a quelques trous, rien de très gênant. Sur la droite, dans  des bassins rectangulaire,  pisciculture : on vend le poisson vivant sur le bord de la route. Les cigognes sont nombreuses.  Nous approchons de Nakhijevan. Iran n‘est pas loin, la zone turque  large que de quelques kilomètres seulement.

Les coquelicots et diplotaxis colorent le sol en faisant un grand parterre rouge à traits jaunes. Je découvre aussi un mini coquelicot violet. Nous prenons nos derniers clichés de l’Ararat à Yeraskhavan.

E117, se dirige plein Est à travers une chaîne de montagnes rougeâtres très découpées. Plusieurs villages sont bâtis de maisons basses aux toits couleur de paille fort agréable à l’œil (tôle peinte ou asbest ?). Au col le GPS annonce 1799m. Arrêt apéro près d’une fontaine : apéro au yaourt liquide salé qui ressemble à l’ayran turc. On passe un autre col Tukh Manuk (1795m) puis la route suit une rivière où l’eau est très abondante et le courant très fort. Au printemps les montagnes sont d’un beau vert vif sur les crêtes rouges. De loin nous découvrons d’autres sommets enneigés. – peut être les montagnes au nord de Jermuk qui dépassent 3000m ?Nous dépassons le village d’Areni où les vignerons proposent sur le bord de la route la production locale : du vin rouge conditionné dans des bouteilles en plastique taille maxi. Le plastique nous rebute.

le canyon de Novarank

La route de Novarank s’engage dans un étroit canyon entre de très hautes parois criblées de grottes où l’on signale toutes sortes d’oiseaux, condors, « oiseau charogneux », rapaces et chauves-souris. Évidemment les oiseaux en liberté ne sont pas là pour attendre les touristes et nous n’en voyons aucun.

Aujourd’hui la circulation est intense sur cette petite route. Le 1er Mai est jour de pique-nique. Les familles arméniennes arrivent à bord de vieilles Lada, le toit chargé de sarments ou de brindilles, le coffre plein de couvertures et de victuailles. Alors que je photographie le monastère, une famille m’appelle. Ils sont une dizaine assis sur une couverture, deux adolescentes parlent anglais, ils mangent des kebabs toutes sortes de boulettes et des dolmas. J’aurais volontiers partagé leur repas ;

Novarank

Il y a un monde fou à l’entrée.

Je fais connaissance avec un nouveau personnage : l’architecte Momik(1260-1330) miniaturiste, sculpteur architecte qui construisit au 14ème siècle (1333) la très belle églises Sourb Astavatsadine : église-mausolée à deux étages avec un curieux escalier double menant au second niveau.

Les sculptures sont très fines. La pierre claire, de couleur crème se prête à toutes les fantaisie du sculpteur. Sur le tympan la Vierge à l’Enfant se trouve entre les archanges Gabriel et Michael. Les décors ressemblent plus à ceux des églises européennes qu’à ceux des églises arméniennes plus anciennes que nous avons vues. La délicatesse des sculptures, l’allure étrange de ces marches encadrant l’entrée sont très pittoresques mais la foule est très agaçante. Chacun veut se faire tirer le portrait debout devant l’entrée de l’église à l’étage. Un homme brandit une poignée de cierges qu’il compte allumer. Il pose pour la photo. Sans compter ceux qui ont gravi avec peine l’escalier et qui, pris de vertige, sont coincés à la descente !Nous ne nous attardons pas devant les khatchkars pourtant magnifiques ni dans le Gavit où nous ne trouvons ni la scène de chasse, ni la pierre tombale au lion du baron Sarkis que je comptais photographier pour montrer à notre voisine Madame Sarkis.

Au bord du ruisseau nous avions remarqué un restaurant où l’on déjeune au bord de l’eau sous des tentes en tunnel de toile bleue. Dès que le garçon apporte la carte nous comprenons que nous avons choisi un endroit luxueux, spécialisé dans le poisson (très cher). Nous commandons donc du poulet (pas cher) accompagné d’une garniture. Expérience gastronomique décevante : le poulet est dur, la garniture, des frites. Le spectacle est dans la salle : une tablée de colosses est installée devant une table chargée de victuailles, un nombre impressionnant de bouteilles de limonades et jus de fruit s’aligne sur la table. Nous n’avions pas  vu tout d’abord les petits verres discrets et la bouteille de vodka dans le seau à champagne qu’on a renouvelée plusieurs fois. Le Russes boivent et mangent en proportion. Repas pantagruélique !

Khor Virap

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Khor Virap et le Mont Ararat

Au petit déjeuner Hasmik a servi la curieuse verdure du marché « chouchan », des saucisses, de la confiture de figues et des pêches au sirop. Nous évoquons notre retour le 9 mai, ce sera la célébration de la fin de la seconde Guerre Mondiale, il y aura une parade militaire et des feux d’artifice embraseront toute la ville. Au jardin, je découvre les orties qui ne sont pas des mauvaises herbes mais tout à fait comestibles, excellentes pour la santé.

La route du sud est presue une autoroute avec les chaussées séparées. L’Ararat avec ses deux cônes Sis(le petit) et Massis(le grand) est séparé par la plaine de l’Araxe où les vergers alternent avec les champs. Le colza est en fleurs, la vigne verdit. Les cigognes arpentent les endroits humides.  La frontière turque est  signalée par des miradors et une petite base militaire où flottent les couleurs arméniennes mais aussi le drapeau russe. Artachat : une église moderne dépasse les barres soviétiques. Les zones industrielles sont délabrées. Aujourd’hui, 1er mai, tout est arrêté, on ne peut pas distinguer ce qui fonctionne encore et ce qui est à l’abandon.

Sis et Massis sous le porche de Khor Virap

Avant d’arriver à Khor Virap, on traverse un village tranquille aux maisons basses carrelées elles aussi de tuf rose. Ce parement est joli et donne l’illusion de maisons de pierre. Khor Virap est perché sur un éperon rocheux dominant la plaine de l’Araxe. Sur une petite colline, une statue de guerrier regarde la frontière turque matérialisée par des barbelés. Juste avant d’arriver, on traverse un cimetière impressionnant. Certaines tombes sont très récentes et le marbrier a gravé les portraits des défunts. L’un d’eux est représenté en pied, fusil mitrailleur à l’épaule. Ce cimetière est assez désagréable à voir parce que chaque concession est entourée d’une barrière métallique souvent rouillée. Pourquoi ces tombes ici ? A cause de la proximité de l’Ararat ? De la frontière ? Ou du monastère ?

J’essaie de cadrer dans mes photos les deux cônes et le monastère . Il semble bien petit à côte de la montagne !

De nombreux panneaux explicatifs multilingues guident le visiteur curieux.

Ce site est occupé de longue date. Dans l’Antiquité la ville d’Artachat fut fondée en 188 au confluent de l’Araxe et de la rivière Mitsamor.

Selon Strabon et Plutarque, Hannibal y passa ses années crépusculaires et fut le conseiller d’Artachès après la bataille de Magnésie quand Antiochos fut battu par les Romain.

Selon Moïse de Khoren une statue d’Apollon fut installée sur le bord de la route à la manière d’Hermès.

Selon Strabon et Tacite, Artachat était bordée e muraille de dix milles. Tigran II(140-55av JC) peupla la ville qui atteignit 150 000habitants et qui était équipée d’un système d’adduction d’eau et de bains publics.

L’histoire se poursuit sur le site :

Au 3ème siècle, les Perses sassanides renversent les Parthes. Tiridate, le roi arménien fut élevé à Rome où il étudia dans une ambiance hostile aux Chrétiens tandis que Grégoire l’Illuminateur à Césarée était élevé dans la religion chrétienne. Tiridate, à la tête d’une légion romaine nommée par Dioclétien (284-305) chassa les Parthes d’Arménie en 287. Sur la route Tiridate rencontra Grégoire et l’invita à sa cour. Il lui ordonna de remettre une couronne à Anahit. Grégoire refusa parce qu’il était chrétien. Tiridate le jeta dans une fosse à l’emplacement de Khor Virap pendant 13 années. Apres le massacre de Hrpsimé et de Gayané le souverain fut atteint d’une maladie dont il faut guéri à sa conversion.

la conversion de Tiridate

 Matenadaran : miniature représentant la conversion de Tiridate  figuré avec la tête d’un sanglier.

A la suite cette conversion, Khor Virap est devenu un lieu saint.

Il l’est aussi à cause de la proximité de l’Ararat où Noé échoua après le Déluge. Sur un belvédère face à la montagne un panneau cite la Genèse (8-1-17)

« Dieu se souvint de tous les animaux, de tout le bétail qui se trouvait dans l’Arche…. »

L’église est  17ème siècle. L’église primitive fut détruite par Timur Lang au 14ème.  Écroulée par de nombreux séismes, reconstruite en 1939,1949, 1957…Elle fut bâtie sur l’emplacement le Temple Ti-Apollon couvert de marbre, de feuilles de cuivre avec des statues dorées et argentées. C’est une église plutôt simple, très dépouillée (sauf des décorations actuelles kitsch).

Avant de quitter Khor Virap,  je grimpe à la petite colline pour faire des photos.

Avec Hasmik à l’école d’Art et au marché

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coquelicots

Hasmik  a promis de nous emmener au marché mais doit tout d’abord conduire Sona à son atelier de tapis. En route vers l’ l’Ecole d’Art dans la Mercedes noire au volant « japonais ». Zara a fait quelques séances dans l’atelier de poterie et modelé une jolie grenade. La qualité et la variété des travaux des élèves de cet atelier sont étonnantes. Les réalisations sont raffinées : coquelicots épanouis, un abricotier en fleur. L’atelier est agréable, chaque stagiaire dispose d’un établi bien individualisé. Nous partons avec un souvenir : une grenade.

L’école est bâtie autour d’un patio couvert par une verrière où poussent des plantes vertes et un grand néflier. Le hall d’exposition occupe une aile. Les travaux des élèves les plus réussis sont à vendre. L’autre aile contient les salles de classe. A la charnière se troue une salle de spectacle.

le marché couvert

A l’atelier de tapis, les élèves sont de tous les âges de 5 ans à 70 ou plus. Sur deux ou trois métiers elles réalisent des tapis de grande taille au point noué, tandis que des cadres en bois sont tendus de fils pour des kilims. Les stagiaires dessinent elles-mêmes les canevas sur du papier à petits carreaux. Les sujets vont du dessin d’enfant à a copie de tapis anciens à partir de photos d’un livre d’art. Des adolescentes chantent pour nous d’anciens chants religieux arméniens en nouant leur tapis.

herbes mystérieuses

Le marché est désert parce que nous arrivons à la fermeture. Les fruits secs et les pastrami et charcuteries se vendent dans la halle couverte tandis que les légumes et  herbes sont à l’extérieur. Les légumes n’ont rien d’extraordinaire : choux, tomates, concombres, pommes de terre….les herbes sont étonnantes ; certaines n’ont aucun équivalent connu chez nous. Hasmik achète pour le dîner une plante aux feuilles épaisses, frisées, vert clair appelée chouchan Il y en a bien d’autres. Une qui ressemble à de l’oseille sauvage est mise à sécher et tressée. Je reconnais les asperges violettes parmi toutes ces verdures et les orties.

les musiciens de la noce

Au dîner Hasmik sert les lamelles de bœuf salé, très rouge, fondant. Elle a acheté des pâtes fraîches artisanales de farine complète et a cuisiné dans un poêlon l’herbe frisée avec des œufs qui ont un goût spécial rappelant des verdures que nous avons goûté en Thaïlande. Pour fêter notre départ, malgré son régime draconien Hasmik s’autorise un verre de vin rouge et elle a cuisiné un sirop de groseilles acides (sans ajout de sucre) très rafraîchissant. On termine par un thé – plutôt une tisane d’herbes avec les noix dans le sirop.

Monument du Génocide

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Il m’aurait paru inconvenant de ne pas aller le visiter. Dépouillement total : un plateau planté d’une pelouse, une aiguille fendue, des stèles autour de la flamme. Arbres du souvenir.

Le musée est caché en contrebas. Un anneau, des photos, des livres et articles de journaux dans les vitrines, même des caricatures. Le monde savait. Le 24 avril 1915 le monde était occupé par la Grande Guerre. Les généraux aux ont été jugés, puis se sont évadés. La France est un des seuls états à avoir reconnu les Génocide. Mais les autres ? C’est incompréhensible que les États Unis, la Grande Bretagne ou Israël n’en fasse pas autant.

Incompréhensible que les Ottomans, si accueillants pendant des siècles, aient si brusquement décidé d’éliminer ceux qui  avaient toujours été là. Pourquoi la République turque refuse-t-elle de reconnaître les atrocités de l’Empire Ottoman disparu ?

Qui se souvient des Arméniens ? Ont dit les Nazis planifiant la Solution Finale.

Erebouni

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Au petit matin j’ai une irrésistible envie de m’installer sur le balcon pour dessiner l’Ararat avec ses deux sommets Massis et Sis. Je triche un peu parce qu’un rideau de peuplier cache le petit sommet de là où je suis assise.

Hasmik a enroulé le pain arménien lavach fourré au fromage et l’a fait frire dans la poêle, puis parsemé d’herbes. Confiture d’abricots maison, et « thé » d’herbes aromatiques.

 Musée d’Erébouni

 Nous avons rendez vous à 10heures pour une visite guidée. Je reconnais Tigran qui guide un groupe de Belges. La conférencière mène sa visite rondement et avec humour.

Erebouni est la première ville fondée en 782 – une trentaine d’années avant Rome fait-elle remarquer -. Au mur, les divinités principales du royaume d’Ouartou Khaldi sur un lion, Techeba sur un taureau. Une maquette en liège représente la citadelle d’Erebouni avec ses remparts, ses tours, ses palais avec les cours des sacrifices,  la ziggourat où l’on  allumait des feux pour prévenir les gens.

la maquette d’Erebouni en liège

Des stèles gravées en écriture cunéiforme donnent le « passeport » de la ville : date de fondation, nom du souverain qui l’a fondée, mais aussi toutes sortes d’insultes et de malédiction pour qui oserait l’attaquer. Les stèles ouartiennes sont réparties dans les musées européens. Les Turcs ont empêché les archéologues qui fouillaient sur leur territoire de les emporter. Sur le sol arménien, les russes les ont  mises à l’Ermitage à Saint Petersbourg. L’écriture cunéiforme a été empruntée aux Assyriens mais les Ouartiens l’ont perfectionnée en ajoutant un système de voyelles et des indications de genre.

Une première vitrine présente les canalisations de terre cuite ouartiennes. Les Ouartiens ont fait de gros travaux reliant les lacs par des canaux. Le canal Sémiramis est encore fonctionnel. Un grand mortier de tuf servait à filtrer l’eau de pluie.

Dans la vitrine suivante, on voit des outils agricoles, fer ou bronze, ils sont peu différents de ceux d’aujourd’hui. Faucilles, pioches, houes. On a également retrouvé à moitié calcinés des grains de blé, d’orge, des lentilles, sésames et pépins de raisin. Dans les tissus d’époques on a pu reconstituer les colorants : rouge de cochenille – bleu – orange : les couleurs du drapeau arménien ? Le bleu symbolise la tranquillité du ciel, le rouge pour le sang et la victoire, l’orange, le blé, le soleil et l’abricot.

On a retrouvé enterrées d’énormes jarres de terre cuite dans le palais. Xénophon, dans l’Anabase, décrit la bière (eau d’orge) à l’époque très alcoolisée (19°). La conférencière raconte que selon Xénophon, les Arméniens auraient inventé le ski. Les jarres à vin étaient semi-enterrées pour conserver la fraîcheur. On tirait le vin avec une paille.

Dans d’autres vitrines sont exposées toutes sortes de poteries, lampes à huiles plates rudimentaires ayant deux compartiments, le grand pour l’huile, le petit pour la mèche avec un trou. Des lampes semblables ont servi il y a peu pendant la guerre qui a suivi l’Indépendance de l’Arménie. En 1991 il n’y avait plus rien, ni pétrole, ni gaz, ni électricité. Les urnes funéraires étaient percées de 3 trous pour laisser s’envoler l’âme du défunt.

Dans la dernière vitrine,   beaux rhytons d’argent,  l’un d’eux représente un satrape de Perse.

stèle d’Erebouni

La visite se poursuit sur le site d’Erebouni. Une incompréhension entre le groupe de Belges et nous, se produit ; un petit car blanc les transportera au site mais il nous faut nous débrouiller seules. Il aurait été si facile de dire au chauffeur du car de nous attendre pour qu’on le suive. Au lieu de cela, nous devons nous dépêcher . D se presse tant qu’elle ne boucle pas sa ceinture. La police l’appelle au micro. Il ne manquait plus que cela. Je parle français au policier à l’énorme casquette plate à la russe qui n’insiste pas. La voiture monte à la citadelle par une rampe pavée à la suite du car. Le gardien ouvre la barrière pour permettre au car de faire demi-tour mais pas à nous, il referme la barrière juste devant le capot de la Kia sous les yeux de Tigran qui aurait quand même pu intervenir ! Dominique est forcée de redescendre la rampe en marche arrière. Furieuse, elle loupe la visite.

Autant la guide était prolixe dans le musée, autant elle se hâte sur le site. Un auvent de bois soutenu par des piliers de bois (comme alors) protège de belles fresques sur fond bleu, sorte de roues ou de soleils surmontées de frises géométriques sur fond clair. Ici étaient reçus les ambassadeurs. Une allée court entre des murailles de gros blocs de basalte surmontés de briques crues ; La guide se désole : les intempéries vont détruire en quelques années ces vestiges âges de plus de deux millénaires. Le gouvernement ne peut rien faire, il est si pauvre, mais les Arméniens de la Diaspora pourraient faire des donations au lieu d’investir dans des choses aussi stupides que des casinos et des restaurants, se plaint-elle. On entre dans la grande salle des colonnes dont on voit encore les bases. Les jarres enterrées ne sont plus là.

Il faut se souvenir de la maquette du Musée pour imaginer la cour des sacrifices et la ziggourat.

La guide reprend son discours : du temps de l’URSS, l’Arménie était une république-modèle, la plus agréable des quinze républiques ! C’était un paradis. Elle pouvait voyager chaque mois où elle voulait . Maintenant son salaire couvre à peine les dépenses courantes indispensables.

Les Belges remarquent « nous avons entendu ce discours en Ouzbekistan ».

Nous avions tout sauf le pouvoir. Maintenant le gouvernement a vendu l’eau à la France, l’industrie à la Russie. Nous n’avons plus rien et tout se décide encore à Moscou.

Nous pique-niquons de fruits secs et de yaourts dans le jardin d’Hasmik. J’admire les variétés d’arbres fruitiers : pêchers, cerisiers, abricotiers, amandier, mûrier….

Garni : symphonie de pierres

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orgues basaltiques de Garni

Ayant fait provision de fruits secs et de brioche nous cherchons un coin-pique-nique. Les chemins sont vraiment terribles pour notre belle voiture neuve. Nous aimerions de l’ombre, des arbres en fleur et si possible la vue sur l’Ararat. Plus on monte, moins il y a de fleurs. La neige est toute proche. Le nombre de voitures qui circulent dans la montagne est étonnant : des Lada ou d’autres modèles russes antiques. Les camions ont aussi un profil exotique, désuets aux proportions réduites. Minuscules et charmants, les petits autobus jaunes qui desservent les villages. A l’écart de Erevan le capitalisme triomphant n’a pas effacé les décennies soviétiques. Les magasins ressemblent à ceux que nous avons vus en Lettonie, même décor, même présentation. Casquettes et costumes de cedtte époque, comme les grandes statues incongrues dans la campagne.

Trop tôt pour rentrer! Nous décidons de visiter les villages. Goght se trouve entre Gueghart et Garni. Charmant village : pommiers et poiriers en fleur, tas de fumier et cabinets au fond du jardin. Une petite troupe de chevreaux noirs aux petites cornes pointues descend sur la place,  menés par un enfant blond et joufflu au T-shirt de Lionel Messi. Des jeunes fument à bord de vieilles voitures noire.

L’office de tourisme de Garni gère la Réserve de la Forêt de Khosrov. Il faut un permis pour randonner dans cette forêt millénaire et les randonnées sont réservées aux marcheurs confirmés. Je ne sollicite donc aucun permis, seulement un plan pour une courte promenade qui me conduira aux orgues basaltiques « stone symphony ». je descends la rue poudreuse du village et profite de l’atmosphère tranquille. Au bout de la rue, une chaussée pavée et très en pente est borde de deux ruisseaux tumultueux. C’est tellement aide que je suis forcée de me cramponner. J’arrive au torrent enjambé par un pont à une seule arche. Les orgues sont vraiment spectaculaires. Jeux de volumes et de lumière. Quatre filles russes sortent d’un énorme 4×4. Elles jouent les mannequins et posent comme pour un magazine. Un peu plus loin des alpinistes s’amusent à grimper aux prismes allongés. Des encoches fournissent d’excellentes prises.

le canyon dans la coulée en bas de Garni

L’église  de Garni est vraiment mignonne sur sa place occupée par toute une basse-cour de poules coq, une oie et même un paon. Elle est ouverte. J’y trouve des images pieuses bien naïves avec seulement deux rangées de deux bancs, ne contenant qu’une dizaine de personnes.

la petite église de Garni

Au diner Hasmik nous fait goûter à deux spécialités arméniennes : du yaourt liquide salé et dilué analogue à l’ayran turc et à une boisson bulgare dont j’ai oublié le nom, et de la limonade colorée en vert au parfum d’estragon que j’ai adoptée. Pour dîner deux ailes de poulet, du confit d’oignon-chou épicé et une salade de haricots rouges, maïs, cornichons, du riz au coriandre. Et comme d’habitude l’assiette d’herbes variées (menthe, coriandre, estragon, ciboulette).

monastère rupestre de Gueghart

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Gueghart

Huit km seulement séparent Gueghart de Garni. Après le village de Goght, on passe un petit col et on arrive dans une vallée très étroite, aux pitons ruiniformes exagérant la sauvagerie du lieu. Le monastère est enchâssé dans la montagne. Sa coupole pointue (bizarre les guides appellent ces poivrières pointues, coupoles) rappelle celles des églises d’Etchmiadzine. Marchands et marchandes proposent des produits locaux : grosses brioches plates décorées, pâte de fruits en plaques très fines de toutes couleurs, colliers de fruits secs enfilés (figues, abricots, raisins, pommes, pêches), mais aussi des boudins torsadés d’une pâte marron brillante de sirop qui enrobe des noix (soudjouk), délicieux! Une marchande nous fait goûter de la brioche qui remplacera le déjeuner.

Alors que nous gravissons la rampe, des musiciens très basanés très orientaux jouent des airs traditionnels : tambour,  instruments à vent.

Le monastère de Gheghart est aussi appelé monastère de la Lance – lance ayant transpercé le flanc de Jésus pour constater sa mort. Son propriétaire, un soldat romain, miraculeusement guéri d’une maladie des yeux en s’essuyant avec le sang de Jésus se serait converti ensuite…racontent les panneaux. La première église fut détruite au 7ème siècle. Construite en 1215, l’église principale à l’initiative de la famille Zakarian porte le taureau, symbole de la famille.

Nous restons longtemps à l’extérieur admirer les décorations sophistiquées, aux croix arméniennes extrêmement travaillées en filigranes et entrelacs mais aussi les motifs végétaux : grappes de raisin, grenades. De nombreux animaux sont aussi représentés : lion terrassant le bœuf (symbole du constructeur), colombes, aigles, petits oiseaux ornant le tambour de la coupole. Je pourrais rester des heures à  chercher tous ces éléments décoratifs.

Le porche a une allure très orientale ; on entre dans une salle ornée de stalactites comme ceux des édifices arabes (on pense à Marrakech). Une ouverture ronde en haut de la coupole laisse entrer le jour. Le rai de lumière tombe obliquement vers l’autel Puis on perd le sens de l’orientation : des salles troglodytiques se succèdent. Je ne sais plus si je suis dans l’église visible du dehors ou dans une grotte. Entre arcades et colonnes je me perds dans le dédale des salles. De l’eau très fraîche coule dans une rigole et refroidit sérieusement l’atmosphère. Plus tard, nous trouvons la fontaine miraculeuse : très basse à 20 ou 30 cm du sol qui coule d’abondance. Des femmes couvertes d’un foulard proposent de remplir la bouteille. Elles ont l’air très croyantes et très persuadées des vertus curatives de l’eau. Nous quittons rapidement la crypte pour ne pas troubler leur recueillement. Un escalier conduit au niveau supérieur creusé dans la roche. Sur les panneaux je lis :

Le Gavit (narthex ou vestibule d’une église arménienne) on a taillé pour le prince Papak Prochian 4 piliers dégagés dans la roche supportant 4 carrés. Il a servi de mausolée aux princes Prochian. L’acoustique est parfaite. Le monastère abritait une école de chant religieux. On raconte qu’une femme Sahandoukht composait de la musique et au 8ème siècle et enseignait cachée par un rideau pour rester invisible aux moines.

Deux jeunes Français lisent par-dessus mon épaule. Ils entrent dans la salle. Un chant grave se fait entendre, profond, irréel. Nous mettons un bon moment à réaliser que c’est le touriste qui chante. Cette salle communique par une ouverture avec l’église du bas.

Je monte voir les cellules des moines troglodytes, vraiment très petites.0

Un pont enjambe le torrent. Sur l’autre rive, des pèlerins ont accroché des rubans de couleur aux arbres. (Nous avons déjà vu cette coutume à Chypre et en Bulgarie).

Garni -temple hellénistique

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le temples hellénistique de Garni

La maison d’Hasmik est à 1170m des quartiers s’étagent plus haut. La route serpente ensuite dans une campagne printanière verte, herbes rases des alpages – on parvient rapidement à 1400m – peupliers aux feuilles nouvelles bien épanouies, splendeur des vergers, pommiers et poiriers en pleine floraison.

Panorama sur le Mont Ararat et sur la ville de Yerevan. Un arc de triomphe a été justement érigé : arc de triomphe de Tcharentz – poète arménien, admirateur des futuristes, influencé par Maïakovski/il s’engagea d’abord dans la voie socialiste mais fut emprisonné et supprimé lors des grandes purges staliniennes de 1937. Deux lignes du poème Ma douce Arménie sont citées :

« Cours le monde tel Ararat tu ne verras plus blanche amie

J’aime toujours mon fier Massis, unique voie d’éternité »

Le GPS a parfois de fantaisies : il nous fait quitter la route principale pour une piste défoncée qui traverse un village de montagne, occasion de voir un berger poursuivre son troupeau à grand renfort de houlette. Où sont donc ses chiens ?

La rase campagne est très animée si on se donne le mal de regarder aux jumelles. Trois personnes, un grand sac à la main ramassent des herbes (pour les lapins ou comestibles ?). Les hirondelles sillonnent les airs, un petit rapace marron (faucon ?) chasse.

Garni est très bien indiqué. Devant le site, le gardien de parking (brassard rouge et badge épinglé) nous fait ranger. Le site est très bien entretenu, pelouses tondues, massifs de rosiers, même sonorisé mais tous les panneaux explicatifs ont été enlevés. Il vaut mieux prendre un guide.

le torrent a entaillé la coulée et fait un canyon

La citadelle est installée sur un éperon rocheux, site exceptionnel, forteresse imprenable. Les falaises sont entaillées à pic par un torrent qui fait une épingle à cheveu. En face les montagnes sauvages surmontent une coulée de prismes basaltiques.

Le petit temple gris périptère est très harmonieux avec ses 24 colonnes. Très décoré aussi. La feuille d’acanthe typique des constructions hellénistiques est accompagnée de grenades arméniennes mais aussi, selon le guide de feuilles de chênes et de lauriers (que je n’ai pas trouvées). On pense qu’il était dédié à Hêlios ou Mithra, divinités solaires. Il faut construit en 77 ap. JC par Tiridate dès son retour de Rome avec l’aide de Néron.

Du palais, il reste quelques fondations mais surtout un très joli établissement de bains – hypocaustes bien reconstitués -mais surtout une ravissante mosaïque colorée et de fines tesselles. (Malheureusement enfermée, j’ai eu la chance de suivre un groupe de touristes italiens).

acanthes, grenades feuilles de laurier et de chêne

L’église est circulaire de l’extérieur mais à plan cruciforme à l’intérieur. Ses fondations en tuf brun contrastant avec le gris du basalte  sont bien conservées.

Zvarnots

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les arcades de Zvarnots

 

Le site est bien visible de la route d’Etchmiadzine à Yerevan. Avec l’Ararat en toile de fond, sur une estrade de pierre, la colonnade arrondie de l’ancienne église fait une magnifique carte postale. Cette église merveilleuse était admirée de ses contemporains jusqu’à Byzance et même à Paris dans la Sainte Chapelle, elle est représentée. A côté de l’église, il y avait le complexe palatial du catholicos Nerses, une ancienne basilique et des bains romains.

les chapiteaux de Zvarnots

Ce site remonte à la plus haute antiquité : une stèle cunéiforme  rappelle que Rusa II, roi d’Ouartou (685-662 av JC) construisit villes et canaux :

« Au dieu Khaldi, à son Seigneur

Rusa, le fils d’Argichi écrivit

Cette inscription

Par le puissance de Khaldi

Rusa, le fils d’Agichi dit :

La vallée de Kuraline était

Une terre vierge

Rien n’y étaiat

Quand Khaldi ordonna

Et je fondais ce champ de vigne

Je fondai un cham de blé

Je fondai une nouvelle ville

Je construisis un canal de la rivière Ildurani

…………………………………………………………….

Un petit agneau fut sacrifié

Au dieu Khaldi

Un mouton à Khaldi

Un mouton au dieu Techeba

…………………………………………

 

Plus ancien encore, le culte de la fertilité  remontant au 3ème et au 2ème millénaire avec des pierres coniques en forme de phallus. J’ai cherché ces pierres malheureusement le musée est fermé(et sana doute pour longtemps puisqu’il y a des scellés sur la porte). Nous ne verrons donc pas la maquette de l’église ni les phallus.

Le site est très tranquille, seul un américain déambule tranquillement< ; je m’installe à l’ombre d’un abricotier dont je devine les fruits pour dessiner ; Dans le verger, l’eau s’écoule tranquillement dans des rigoles d’irrigation.

Il faisait très chaud pendant la journée mais la fraîcheur tombe vite. Nous nous reposons dans le jardin d’Hasmik qui est plutôt un verger où la vigne court sur une tonnelle et les cerisiers portent des fruits minuscules. Hasmik et ses enfants sont allés à une fête d’anniversaire (avec artistes et feux d’artifice) ; Nous avons la maison pour nous et nous nous installons dans la très belle chambre matrimoniale qu’ils nous ont laissée et qui a un très joli balcon avec vue sur l’Ararat.

Pour dîner, en plus des salades et des herbes, Hasmik a préparé des vermicelles qu’elle appelle « macaroni » et des raviolis à la viande cuits à la vapeur. Pour dessert des pêches au sirop de son jardin.

Etchmiadzine, dimanche matin

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Sainte Gayané 7ème siècle

 

Dimanche 28 avril : Etchmiadzine

Le petit déjeuner est copieux : feuilletés  au fromage, yaourt, saucisses, gâteau au chocolat et pommes. Nous allons à l’hôtel Aviatrans où se trouve le bureau de Vacances Arménie pour prendre notre voiture, une Kia Rio noire, impeccable, qu’il va falloir soigner et laver avant de la rendre, le GPS est ventousé au pare-brise.

Juste après la Place de la République, je détache le GPS, erreur à ne pas commettre, je perds la bonne échelle. Nous sortons trop tôt après les usines Cognac et nous retrouvons dans les quartiers résidentiels de Yerevan. On s’égare dans un marché (tapis beiges et marron moches) puis dans les barres et les tours au parement de tuf rose, aussi des maisons basses précédées de tonnelles.

dimanche matin à Gayané

11heures, le GPS nous annonce que nous sommes arrivées. Bizarre, nous sommes dans une impasse aboutissant dans les champs. Campagne qui embaume le fumier. Jardins de lilas fleuris sous les neiges du Mont Ararat. Une cloche aigrelette tinte. L’église est derrière un grand mur de pierre ? Très jolie églises toute simple et vraiment très petite. L’assistance  arrive pour la messe. Toute une compagnie de soldats en tenue de camouflage et en casquette, des gens endimanchés mais aussi des femmes en pantalon. Celles qui portent des mantilles sont les choristes.  Quand  on arrive, les prêtres en chasuble brodée promènent un étendard, les gens achètent ou tendent des sachets (hosties ?). Le prêtre qui dirige l’office est en bleu, les autres en violet. L’un d’eux agite l’encensoir d’où sort un nuage impressionnant. Je filme pour enregistre les chants, il me semble que mon appareil-photo est détraqué, tout est flou. Toute l’assistance suit le cortège derrière la bannière. L’église est très petite 2x5bancs. Sommes-nous dans la cathédrale la plus importante d’Arménie ? La messe se poursuit, les prêtres tournent le dos aux fidèles. Les femmes s’installent sur les bancs. Grands renforts de signes de croix (sens catholique), certaines s’agenouillent, d’autres se penchent touchant le sol de la main (nous avons vu faire cela en Roumanie). Avant de quitter l’église je découvre une borne multi-langue avec les explications touristiques. Nous ne sommes pas du tout dans la cathédrale d’Etchmiadzine  mais dans la petite église Saint Gayané (630) martyre massacrée par Tiridate du temps de Dioclétien.

la cathédrale d’Etchmiadzine

Pour rejoindre la Cathédrale d’Etchmiadzine (malheureusement derrière un échafaudage) il suffit de suivre la foule qui chemine entre palissades et bâtiments. On arrive dans une véritable cité ecclésiastique avec de nombreuses constructions de pierres de plusieurs étages et de toutes les époques y compris contemporaine : les logements des ecclésiastiques, la bibliothèque, le séminaire et toutes sortes de dépendances. La messe est diffusée dans les environs : nous nous guidons au son d’une cloche aigrelette.

La cathédrale est beaucoup plus grande que Gayané. La cérémonie se déroule avec beaucoup plus d’apparat. La musique est magnifique. La foule se presse. Comme ils ne veulent pas tourner le dos à l’autel, ceux qui sortent vont à reculons et manque de se cogner dans ceux qui entrent. Je filme la haute coupole décorée de fresques. Les décorations m’étonnent par la sobriété des motifs très orientaux – des cyprès rythment les frises – pas un personnage – on se croirait dans un édifice turc.

Nous nous asseyons sur un banc de la cour plantée de grands arbres. Deux vieilles femmes se sont poussé pour nous faire de la place. Je sors mon cahier. Une vieille chante (faux). Je comprends assez vite qu’elle entend la messe dehors, qu’elle prie. Nous cessons toute conversation pour ne pas la déranger . Nous avons déjà assisté à une telle scène de gens assistant à la messe à l’extérieur en Bulgarie et en Roumanie où les églises sont exigües. Soudain le téléphone arménien sonne dans ma poche : Jacques situé de l’autre côté de la cour nous appelle. Le groupe de pèlerins qu’il accompagne est à l’intérieur de l’église, il peut donc nous donner des explications bienvenues.

Concernant la décoration intérieure, sous la domination persane, les décors ne devaient pas provoquer le pouvoir. Des fresques avec des représentations humaines auraient été détruites et auraient mis en péril l’église. Autour du tambour de la coupole, les médaillons des apôtres furent remplacés par les portraits des généraux persans et sur la clé de voûte on plaça la tête du Shah Abass (1587-1628). Quel soldat persan aurait osé mettre à bas l’effigie du Roi des Rois ? Cette ruse a donc préservé la cathédrale jusqu’à ce qu’elle passe sous contrôle russe. On a donc pu replacer les médaillons des apôtres, l’histoire ne dit pas de ce qu’il est advenu de la tête du Shah !

le khatchtkar l’Etchmiadzine avec une crucifixion

Jacques attire aussi notre attention sur les khatchkars, ces fameuses stèles portant des croix si finement décorées. L’un d’eux porte une scène de crucifixion ce qui est très rare en Arménie. On n’en connaît que trois exemplaire dans l’Arménie actuelle. Les khatchkars sont élevés en commémoration d’un évènement. Les trois crucifixions sont le signe d’une très grande souffrance. Après l’explication, je remarque que chaque croix porte une date.

Une église moderne très dépouillée en basalte gris est précédée d’un monument au Génocide de 1915.

Comme nous sommes à la campagne et qu’il fait un temps magnifique, nous regrettons de ne pas avoir emporté de pique-nique. Nous arrêtons la voiture devant un fast-food oriental avec pizzas et shwarma. A la descente de voiture, les patrons d’un restaurant se présentent. Pas facile de leur explique que nous cherchons des plats à emporter.  Je hasarde le mot « pique-nique ». la dame m’entraîne dans le jardin intérieur  très frais, très vert. Elle appelle sur son téléphone mobile quelqu’un qui parle anglais pour la commande. Affaire conclue !La dame m’entraine en parlant russe vers une table dans un coin derrière un muret sous une tonnelle, met la table.

Kebab et herbes
Kebab et herbes

« vodka ? – niet ?- pivo ? niet pivo ! » Je ne sais pas comment dire « vin blanc ». Elle revient avec une bouteille d’eau pétillante, de beaux verres à pied à bord doré et une bouteille de vin de grenade qui fait plutôt penser à du Porto. Sur la table il y a deux sortes de pains, du fromage (pas coupé), un grand plat de salade de tomates et concombres très parfumé à la coriandre, et un plat en  forme de poisson contenant toutes sortes d’herbes, coriandre, ciboulette, un genre de roquette et des feuilles violettes au parfum de menthe ainsi que d’autres indéfinissables et très gouteuses. Deux grandes brochettes arrivent, de la viande hachée (porc ?) très parfumées, torsadées présentées sur le pain arménien accompagnées d’un poivron rouge grillé, allongé que j’aurais dû goûter avec plus de prudence – véritable piment. Nous nous sommes bien régalées avec les brochettes, nous avons fait honneur à la salade et voici que la dame revient chargée d’un poulet découpé. Il y a erreur ! Nous renvoyons le poulet sans savoir si on nous le fera payer. L’addition s’élève à 4600 dram (9 €). On laisse 5000dram et la dame a l’air contente (malgré le poulet). Nous emportons l’addition pour nous la faire traduire quand nous rentrerons chez Hasmik.En prime, elle nous offre la boite de kleenex imprimée avec les photos du jardin et leur numéro de téléphone.

on vend des colombes sur le parvis de l’église, pour le plaisir de les libérer?

Nous poursuivons la route à la recherche de l’église de Sainte Hripsimé qui devrait se situer à l’entrée d’Etchmiadzine sur la route de Yerevan. Les mariages se succèdent dans la jolie petite église. Les gros 4×4 noirs aux vitres noires nous avaient fait penser à un enterrement ! Cette petite église du 7ème siècle a servi de modèle architectural aux églises arméniennes. Nous n’osons pas trop faire du tourisme au milieu de la bénédiction nuptiale.